Journalisme made in CIA : DIA-PhG, Belgique et JSF-Rafale

Il nous a semblé, à l’une ou l’autre réaction de l’un ou l’autre lecteur, que le récit détaillé de la manipulation de la DIA à l’encontre de PhG mentionnée le 22 octobre 2014 pouvait être de quelque intérêt pour nos lecteurs. Pour cette raison, nous publions par ailleurs, ce même 24 octobre 2014 [lire plus bas] , un extrait conséquent de ce qui est actuellement, – classification accessoire ou par défaut, ou peut-être sans avenir, – la Troisième Partie du Tome III des Mémoires du dehors, dans laquelle est décrite la participation de l’auteur, en tant que journaliste éditeur d’une Lettre d’Analyse indépendante (de defensa & eurostratégie), à la bataille entre la France et les USA, entre 1986 et 1989, pour la participation de la Belgique au développement d’un avion de combat nouveau, dit éventuellement de « quatrième génération et demie ». Il s’agissait de l’avion français Dassault Rafale, que la France offrait en co-développement à la Belgique, et de l’Agile Falcon que General Dynamics offrait en concurrence à la Belgique. (L’Agile Falcon était une version-papier du F-16 qui n’exista jamais et dont il ne fut jamais question dans l’esprit de la direction de General Dynamics qui produisait le F-16 qu’elle existât jamais, qui fut un simple instrument de relations publiques pour contrer l’offre française.)

Ce récit détaillé, qui comprend notamment les situations et certaines évolutions des psychologies des personnages, permet de mieux détailler ce que peut être la bataille de la communication dans cette sorte de marché. D’autre part, la bataille franco-US elle-même pour un Rafale franco-belge est aujourd’hui largement oubliée, si pas complètement ; à cette époque, la France avait des arguments, et l’on pouvait se considérer comme « européen » sans déchoir complètement, et même avec une certaine alacrité. (PhG lui-même affirmait l’être sans penser déchoir dans la servitude bureaucratique et idéologique, c’est dire…) On trouve une autre longue mention de cette affaire du « Rafale en Belgique » de 1986-1989 dans un autre de nos textes qui pourrait être lu par les grands-pères qui participèrent à cet affrontement, aux « jeunes » d’aujourd’hui peuplant les cabinets ministériels, qui ont tout vu et tout compris (texte, le 10 octobre 2009)… Nous en donnons quelques extraits.

Parallèlement, une autre affaire avait démarré, impliquant une coopération sur le Rafale. A propos de la même réunion du GEIP du 28 avril 1986 à Madrid mentionnée plus haut, nous notions, dans de defensa du 10 mai 1986: « À Madrid, les Belges ont annoncé officiellement leurs contacts avec les Français à propos du programme Rafale (éventuel ACE-II). Des délégations industrielles des deux pays vont commencer le travail de négociation dans les prochaines semaines. » Une affaire était lancée, qui allait durer trois années agitées… L’idée était celle d’une participation financière belge dans le programme de développement du Rafale, les Belges attendant des retombées technologiques et des charges de travail. Implicitement, les Belges envisageaient le remplacement rapide de leurs F-16 par le Rafale… […]

Il y eut même un « concurrent » américain, annoncé en avril 1987 et sorti de sa pochette-surprise sous forme d’illustrations et de plans trois-vues en novembre 1987 – une bonne année après l’entrée en lice du Rafale. Le « maître d’œuvre » de ce coup publicitaire était évidemment General Dynamics (constructeur du F-16, racheté par Lockheed en 1992 et donc aujourd’hui partie intégrante de Lockheed Martin avec sa grande usine de Fort-Worth). Il s’agissait de l’Agile Falcon, version du F-16 classique dotée de quelques boulons et fioritures de plus et présentée comme une sorte de « super-F-16 » (le nom de baptême du F-16 est Falcon)… […]

Les Français sont arrivés en ne comprenant pas grand’chose à la Belgique, et ils en repartirent sans en savoir plus. Ils écoutèrent des conseillers intéressés qui leur recommandèrent de traiter cette affaire de la façon la plus discrète possible. Le principal conseiller belge des Français, qui trônait dans un grand établissement financier et bancaire belge et francophone, et en logique cartésienne intéressé d’investir dans le projet de coopération Rafale, était lui-même un ancien chef de cabinet d’un Premier ministre belge flamand, et lui-même, ce conseiller, avec un pied dans des intérêts flamands opposés par intérêt et idéologie à un projet français de cette importance. On aurait pu imaginer qu’il (ce conseiller) avait été placé là, autant pour soutenir que pour bloquer le projet français soutenu à fond par un establishment militaire belge alors très pro-français, voire de culture « gaulliste » (sauf les opérationnels de la Force Aérienne, plutôt de culture western-Hollywood).

Les Français se laissèrent prendre dans les rets de leur(s) conseiller(s) autochtone(s) : « Il faut agir discrètement, en sollicitant les influences souterraines dans les milieux politiques et financiers ». Ils ne comprirent pas l’un des fondements du système belge: il n’y a pas d’argent disponible mais si des mouvements publics y poussent, on en trouvera. Le choix de passer par des canaux souterrains, où il y avait de forts intérêts anti-français soutenus par la puissance financière US (plus efficace que l’Agile Falcon), conduisait effectivement à se heurter à la fin de non-recevoir vertueuse des apparences d’austérité du système belge.

Avec la meilleure foi du monde, la plus grande ingénuité possible, les Français conduisirent une désastreuse campagne de relations publiques. Convaincus par leurs relais belges et discrets d’eux-mêmes rester discrets, ils furent plutôt les « victimes » de la méthode. Ils ne comprirent jamais qu’en rendant le dossier public, ils auraient pu obtenir un soutien médiatique basé sur l’intérêt technologique pour la Belgique d’une coopération, qui aurait poussé le monde politique belge dans ce sens. En trois ans de bataille rangée en Belgique, Dassault organisa [en 1987] une seule tournée de promotions de deux jours (usines de Bordeaux, centre d’essais de Istres, direction parisienne), pour une trentaine de journalistes belges. Dans les deux mois qui suivirent, on décompta plus de 80 articles dans la presse belge, tous à la gloire de la puissance technologique française qui avait stupéfié les journalistes belges. Malgré quelques timides tentatives, aucune visite des infrastructures Dassault ne fut organisée pour les parlementaires belges, à propos de laquelle certains, et non des moins influents, se montraient très intéressés jusqu’à la solliciter par des intermédiaires officieux.

La dialectique était également fautive. La proposition française avait comme fil logique de fournir la base franco-belge à un Rafale transformé en deuxième chasseur européen, selon la logique [du secrétaire d’État à la défense néerlandais] Van Houwellingen. Il fallait donc parler Europe. Un exemple éclairant de la chose : lors de la luxueuse conférence de presse Dassault (Serge Dassault et Bruno Revellin-Falcoz), au Rond-Point des Champs-Elysées, en clôture de la tournée de presse signalée plus haut, pas une seule fois les deux dirigeants français ne prononcèrent le mot « Europe ». […]

… L’année 1989 fut celle de la débâcle du projet franco-belge. Les Français tentèrent d’intéresser l’exécutif wallon (dirigeant la partie francophone du pays). L’affaire aurait pu se faire, comme elle aurait pu se faire plus tôt, avec l’exécutif national (fédéral), avec plus d’alacrité, de volonté, de dynamisme impératif du côté français, et la conscience de chercher à faire un avion étiqueté « européen » plutôt que de vendre un projet français.

En 1989, il était trop tard…

… Au fait, pourquoi nous attarder à une affaire qui paraît si dépassée, par le temps, par les mœurs, par les protagonistes, et surtout par les circonstances politiques et métahistoriques extraordinaires que nous connaissons ? Parce qu’un fantôme est réapparu récemment, ou une sorte de monstre du Loch Ness rescapé d’une autre époque. C’est le retour de la Belgique sur la scène de l’aéronautique de combat avec la projet fabuleux, – au sens qu’on donnait au conte d’antan, pleins de magie et d’enchanteurs, – de remplacer les F-16 belges d’un autre siècle par un nouvel avion, – qui pourrait être idéalement, certes, pour tant d’esprits acquis au Système, le JSF… Mais pas si vite, car l’affaire n’est pas encore conclue.

La Belgique a une longue histoire polémique et significative, dans le domaine des avions de combat, avec des rapports souvent spectaculaires et des marchés extrêmement agités, essentiellement avec les États-Unis et la France comme concurrents. On doit essentiellement songer au « marché du siècle » qui aboutit au choix du F-16 contre le F1-E Mirage français, en 1973-1975 (voir le texte du 2 décembre 2002, qui reprend dans une de ses parties l’historique détaillé de ce marché) ; la bataille entre le Rafale et l’Agile Falcon en 1986-1989, dont nous venons de parler abondamment ci-dessus ; et une prise de position significative contre le JSF, en 2002, lorsque les Hollandais choisirent effectivement le JSF (voir le texte du 15 février 2002).

Or, il se passe que ressurgit aujourd’hui la possibilité d’un nouvel affrontement entre la France et les États-Unis sur le territoire de la Belgique. Un nouveau gouvernement belge (depuis début octobre) se met en place, qui a à son programme, de façon explicite, le remplacement des très vieux F-16 (livrés en 1979-1983) de la Force Aérienne. On parle de ce remplacement depuis deux bonnes années, et le précédent ministre de la défense avait affiché sa préférence impérative pour le JSF américaniste. Il semble désormais acquis qu’il n’y a pas encore de choix réel et qu’il y aura compétition entre plusieurs avions, dont le JSF et le Rafale. (On compte normalement 5 concurrents pour ce marché : outre les deux nommés, l’Eurofighter Typhoon, le SAAB Gripen suédois, le F-18 des USA.) Il existe également la possibilité que les F-16 ne soient pas remplacés et que la Belgique abandonne la composante « de combat » de sa flotte aérienne, mais cela reste une option très marginale, d’autant que les pressions sur la Belgique pour le maintien d’une flotte de combat sont et seront considérables, venues essentiellement de l’OTAN sacro-sainte.

Comme on l’a dit, jusqu’à cet été et depuis deux ans, le choix du JSF semblait être presque acquis. Ce n’est plus le cas avec le nouveau gouvernement, où le ministre de la défense Pieter De Crem, le partisan acharné du JSF, n’est plus à ce poste. Une nouvelle position est apparue, qui émet de graves réserves à propos du JSF et affirme qu’il faut tenir compte des autres concurrents. On trouve cette position dans les déclarations d’un député belge, qui est du parti MR présent dans la nouvelle coalition (le Premier ministre est lui-même MR), déclarations faites le 26 août 2014 pour l’agence Belga…

Le remplacement des F16 qu’envisage la future majorité doit également être analysé du point de vue du retour industriel et en termes d’emploi, estime le député Denis Ducarme (MR). Or, à cet égard, l’offre du F-35 n’ouvre guère de perspective. « Quand j’écoute les déclarations du vice-président de la firme F-35, et que j’entends qu’il n’y a pas de retombées économiques pour un marché comme le marché belge, je dis qu’il faut regarder les offres des autres firmes », a déclaré M. Ducarme au micro de La Première. […]

La Belgique ne s’est pas jointe au programme de fabrication de ce chasseur-bombardier coûteux mené par la société d’armement américaine Lockheed Martin. Les chances du royaume d’attirer sur lui des retombées économiques sont donc minces. Selon M. Ducarme, les offres des concurrents européens du F-35 sont plus intéressantes. « Je pense qu’aujourd’hui, en termes de retour industriel, les offres européennes du point de vue du retour industriel sont plus intéressantes. Je parle ici en milliers d’emplois. Remplacer des F-16, c’est aussi créer de la richesse en Belgique », a-t-il ajouté.

La bataille pour le remplacement du F-16 devrait commencer d’ici la fin de l’année et battre son plein dès 2015, pour durer peut-être jusqu’en 2017. Malgré la petitesse du marché (autour de 40 appareils), ce n’est pas un cas inintéressant, – bien au contraire, dirions-nous, ce pourrait être une affaire fondamentale pour l’aéronautique, pour la situation politique transatlantique, les relations USA-Europe, l’UE, l’OTAN, etc. Cette sorte d’empoignade, ce fut toujours le cas pour la Belgique, et ce pourrait l’être plus que ce ne le fut jamais si les événements y contribuent. Nous développons quelques points qui justifient cette appréciation hypothétique et font que cette affaire de quincaillerie militaire qui semblerait assez mineure pourrait acquérir des dimensions considérables, sinon colossales, où les classifications entre Système et antiSystème, et la situation de « discorde chez l’ennemi » (à l’intérieur du bloc BAO) pourraient y trouver une place.

  • Stratégiquement, la Belgique est importante pour les USA et le JSF, non pour l’importance de sa commande, mais parce qu’avec ce pays se complète l’investissement par les USA du noyau central de la soi-disant « vieille Europe » par le JSF en même temps que ce reconstitue le « quatuor magique » de la grande victoire US de 1975 (le choix du F-16 par la Belgique, le Danemark, la Hollande et la Norvège, quatre pays regroupés en consortium). Avec la Belgique et les trois autres petits pays cités, les USA tiennent l’Italie et le Royaume-Uni, laissant la France, – leur grand concurrent avec le Rafale, – complètement isolée en Europe dans le domaine des avions de combat, – et donc avec une option irrésistible pour eux (pour les USA et le JSF) pour les autres pays européens lorsque viendra le temps du remplacement de leurs flottes actuelles. Bien entendu, il s’agit là d’une raisonnement typiquement américaniste, absolument monopolistique, anti-français (malgré le président-poire), et surtout ne tenant aucun compte des conditions déstructurantes et dissolvantes colossales de la grande crise d’effondrement du Système qui exerce sa pression partout… Mais nous n’utilisons cet argument que pour faire comprendre pourquoi ce marché assez réduit de la Belgique est important pour les USA et est par conséquent important per se.
  • D’une façon plus générale, la Belgique est un pays sans beaucoup de poids, aux engagements élastiques faits pour déplaire le moins possible à toutes les puissances qui s’exercent sur lui, – mais qui, pourtant, certainement contre son gré, occupe une place géographique et européenne centrale, et a la réputation d’être à la fois atlantiste et européen. Du point de vue de la communication, sans même chercher à discuter des valeurs politiques intrinsèques engagées ou pas dans cette affaire, la Belgique est importante du point de vue de la communication et une compétition pour de nouveaux avions de combat aurait un très grand écho.
  • Elle aurait et aura d’autant plus d’écho que c’est sans aucun doute la première fois, d’une façon aussi ouverte, aussi frontale, aussi spectaculaire du point de vue de la communication, que le JSF ayant établi son empire quasi-monopolistique aura affaire à un véritable adversaire, – c’est-à-dire le français Rafale. Les deux avions ont déjà été opposé en évaluation (voir notamment la Hollande, le 30 janvier 2002), et le Rafale s’est montré factuellement (il était déjà opérationnel) largement aussi bon qu’un JSF évalué théoriquement (avec toutes les impostures qui accompagnèrent les présentations qui en furent faites par Lockheed Martin, et le parti-pris pro-US extraordinaire de la Force Aérienne hollandaise). Depuis, le JSF a trouvé son énorme marché, non sur sa valeur qui est au mieux totalement insaisissable et marécageuse, et au pire absolument nulle sinon négative, mais par la pression écrasante des USA et du Système. Et c’est là qu’on peut parler d’une « première fois », l’avion français s’attaquant vraiment à une forteresse appuyée sur la puissance US. (Les autres concurrents, qui vont du médiocre [Gripen, F-18] au catastrophique [Eurofighter] peuvent être mentionnés si l’on s’y intéresse, mais ils ne sont là que pour la figuration, – ce qui n’exclut pas qu’ils aient leur chance, simplement par terreur de la Belgique d’avoir à choisir entre le JSF et le Rafale.) Bref, nous aurons pour la première fois face-à-face, grandeur nature, la meilleure narrative du monde (le JSF, éventuellement le modèle en bois exposé au sommet de l’OTAN, [voir le 2 septembre 2014]) et le meilleur avion de combat, peut-être du monde (les avions russes font le poids, tout de même…), certainement du bloc BAO.
  • Les deux principaux concurrents sont déterminés. Les USA exercent d’ores et déjà une pression constante sur la Belgique, ils mettent en place leurs réseaux, ils renforcent leurs équipes de désinformation et de diffamation (DIA, CIA & compagnie), etc. Mais les Français, certainement Dassault dans tous les cas, sont déterminés à figurer dans ce marché, d’une façon offensive, pour l’emporter. Ils utiliseriont à fond l’argument européen qui, pour une fois, peut s’avérer utile. La complète soumission de la France du président-poire à Bruxelles leur donne une pseudo-vertu européenne qui leur était chicanée lorsque la France avait encore quelques miettes de gaullisme. Cette fois, les Belges ne pourront qu’accepter l’argument européen, d’autant qu’il sera assorti d’offres de compensation et de coopération où les Français excellent, au contraire des USA, qui se foutent absolument de cet aspect des choses, comme ils se foutent de leurs clients qui doivent être d’abord des vassaux. Eux, les Américains, ils auront pour eux la terreur transatlantique, les drones-tueurs, les pratiques de la CIA-DIA, leurs inclinations roboratives à bombarder tout ce qui bouge, la « menace russe » d’invasion de l’Europe jusqu’à Brest en partant de Vladivostok et ainsi de suite.


Mémoires du dehors: DIA-PhG à Bruxelles, 1987-1988

Très récemment, nous avons publié deux articles consacrés à ce que nous nommons « Le journalisme Made-in-CIA », qui concerne les méthodes de la CIA et autres services de renseignement US vis-à-vis des journalistes européens. Les deux textes sont du 20 octobre 2014 et du 22 octobre 2014. Dans le premier des deux textes, Philippe Grasset (PhG) prenait la parole directement au cours du texte, et il la conservait dans le second. Il évoquait ainsi des souvenirs personnels dont le sujet est évidemment celui des rapports entre les journalistes européens et les « services » US, essentiellement avec des rappels de la période de sa propre carrière allant jusqu’en 1985-1988. Dans le premier texte du 20 octobre, on lit notamment :

Ce qui m’intéresse ici est de comparer ces méthodes à celles d’aujourd’hui telles que les rapporte Ulfkotte. Je vais m’abstenir de donner des détails de lieux et de personnes et autres précisions opérationnelles qui nous entraîneraient trop loin. (L’affaire m’ayant alerté à cet égard, il serait logique et devrait être envisagé de mettre en ligne, prochainement, un passage des Mémoires du dehors concernant cette période et ces situations. [Concernant les Mémoires du dehors, deux textes ont déjà été mis en ligne les 5 novembre 2005 et 6 novembre 2006])

Les textes ci-dessous rencontrent la promesse faite ci-dessus. Il s’agit de passages des Mémoires du dehors, selon les termes d’un texte Bloc-Notes mis en page ce même 24 octobre 2014, concernant l’affaire de la tentative de désinformation et de diffamation de la DIA à l’encontre de PhG, où d’ailleurs les questions psychologiques et affectives soulevées par de telles circonstances sont également évoquées. Voici donc deux extraits de la « Troisième Partie du Tome III » des Mémoires du dehors, dans laquelle est décrite la participation de l’auteur, en tant que journaliste éditeur d’une Lettre d’Analyse indépendante (de defensa & eurostratégie), à la bataille entre la France et les USA, entre 1986 et 1989, pour la participation de la Belgique au développement d’un avion de combat nouveau, dit éventuellement de « quatrième génération et demie ». Il s’agissait de l’avion français Dassault « Rafale », que la France offrait en co-développement à la Belgique, et de l’« Agile Falcon » que General Dynamics offrait en concurrence à la Belgique.»

… À propos de ce travail des Mémoires du dehors de Philippe Grasset, qui se poursuit malheureusement de façon très, très épisodique, nous rappelons ce que nous avions indiqué à l’occasion de la publication d’un premier extrait, 5 novembre 2005 :

Précision concernant ces Mémoires du dehors : leur publication est envisagée par l’intermédiaire du site dedefensa.org, d’abord avec vente « en ligne », directement sur le site. Nous devrions commencer cette publication durant la période des douze prochains mois. Nous informerons précisément nos lecteurs de l’avancement du projet de vente en ligne de ces Mémoires. »

Il s’agissait de belles perspectives et de jolies promesses. Aujourd’hui, nous ne savons plus rien à cet égard, si Les Mémoires seront jamais publiées, mises en ligne, etc. Il s’agit d’un problème pendant, énorme dans l’entreprise qu’il implique, qui semble de plus en plus être rangé dans le grenier des beaux projets jamais menés à terme… Rien n’est jamais tout à fait perdu tant que tout n’est pas perdu, et l’on verra bien. Mais, pour l’instant, la perspective est bien incertaine par rapport aux ambitions de 2005-2006 ; en attendant, pourquoi pas des extraits… Voici donc l’extrait des Mémoires du dehors se rapportant à cette affaire PhG-DIA. Dans cet extrait, fait de deux parties détachées du récit suivi, les protagonistes sont désignés par leurs initiales (et l’un par un surnom imité de ses initiales) pour éviter toute gêne par identification formelle.

De la DIA et de PhG à Bruxelles, 1987-1988

… Je rencontrai WS à une réception que donnait, à l’hôtel Sheraton à Bruxelles, la société américaine à laquelle il appartenait, General Dynamics (GD). C’était un jour de 1983, le directeur de GD quittait ses fonctions et je crois que Wes lui succédait, ou bien devenait-il adjoint au nouveau directeur avant d’occuper lui-même ce poste. (Je fais une exception dans ce passage par rapport à ma politique d’utiliser des initiales pour les protagonistes, et je désigne WS du diminutif de prénom de « Wes » qui équivaut phonétiquement aux initiales, pour l’humaniser parce qu’il mérite de l’être, parce que ses initiales y invitent, parce que ce prénom pourrait tout aussi bien être le sien…) Je parlerai de Wes à partir de 1985-86, quand nous commençâmes à nous rencontrer régulièrement, et lui-même à cette époque sans aucun doute devenu directeur de GD Europe, et moi-même qui venais de lancer de defensa & eurostratégie (c’est cette initiative qui nous avait rapproché, puisque je l’avais sollicité pour un abonnement, qu’il prit d’ailleurs et renouvela avec régularité, jusqu’à son départ en 1990). Dès nos premiers contacts s’était établi entre nous ce courant de sympathie si fort, au-delà de toute raison et avant toute connaissance de l’autre, qu’on parle en général d’un sentiment né d’une chimie qui lie deux êtres avant que le sentiment et le jugement n’entérinent ce choix ; c’est une sympathie marquée d’empathie, de même qu’il existe, aussi forte, une antipathie également chimique qui vous oppose presque mécaniquement à un être, avec lequel s’installe avant même de le connaître une détestation qui vient du fond de soi, qu’on définit complètement à tort comme étant « à fleur de peau », où la peau ne joue un rôle que dans la mesure où elle transcrit vers l’extérieur cette hostilité du fond de soi. Bref, aussitôt rencontré Wes était un ami.

C’est un paradoxe, si l’on veut. Il représentait à Bruxelles la société qui fabriquait le F-16 Falcon, qui allait proposer un modèle nouveau de cet avion, l’Agile Falcon, qui serait opposé au français Rafale, l’Agile Falcon contre lequel j’allais suivre une ligne rédactionnelle complètement hostile, et même pas dissimulée derrière les artifices de la fausse objectivité dont se gavent mes confrères journalistes. Cela fut aussitôt conclu : cet antagonisme serait entre nous l’objet d’une plaisanterie constante.

Bien au contraire, d’ailleurs, — cet antagonisme formel que nous dépassions aisément, dont nous nous jouions, était devenu notre gloire dans cette mesure où, justement, nous le méprisions complètement. C’est comme une sorte de cessez-le-feu, d’armistice au cœur d’une guerre ; les soldats ennemis qui fraternisèrent durant la Grande guerre, notamment à la Noël 1914, durent ressentir ce sentiment. Soudain, au cœur d’un engrenage dont vous acceptez l’empire parce qu’il est impossible d’imaginer une autre situation, vous parvenez à vous libérer et faites triompher un instant ce qui est la transcription humaine et terrestre de ces slogans pompeux, particulièrement, si vous voulez, celui qui parle de la « grande fraternité humaine » ; soudain, vous voilà un être dégagé de tout, sans étiquette, sans vanité, sans forfanterie, comme si c’était la nature même. C’est un sentiment d’être « au-dessus de la mêlée », mais sans la sensation de trahir car vous restez attaché à votre camp, à votre engagement sans que ce lien ne vous entrave. C’est bien ce que j’éprouvais avec Wes ; il était « mon Américain », comme je devais être « son Français ». Comme les soldats de 1914, nous triomphions de la guerre qu’on nous imposait. En effet, s’il s’agit de vendre des avions, il s’agit également d’une guerre. Il s’agit aussi, pour notre compte, de rapports humains, cette chimie qui passe entre deux êtres, son visage qui s’éclaire en me voyant arriver, s’esclaffant déjà à la plaisanterie que je n’ai pas faite.

– Sale yankee, disais-je.

– Mangeoire de frogies, répond-il. Quand comprendras-tu que les Carolines ne sont pas aux yankees mais aux sudistes.

– Foutu rebelle, disais-je encore.

Nous allions manger en face du 190 du boulevard du Souverain, cet immense immeuble où General Dynamics avait ses bureaux, cadenassés, électroniquement surveillés et verrouillés, comme une forteresse au dernier étage de cet immeuble massif. Wes avait décidé qu’il payerait à chaque fois, — non pas lui, d’ailleurs, mais, comme il l’appelait à la manière de l’Oncle Sam : « Oncle GD », — c’était oncle GD qui régalait. Nos conventions étaient que nous parlions anglais une fois, français la fois suivante. Ces déjeuners étaient marqués par une gaieté si franche, une complicité à mesure, tout cela sans arrière-pensées, comme quelque chose d’une réelle pureté, qu’ils sont restés dans ma mémoire à l’égal d’une image faite de lumière. Je ne parviens pas à me souvenir d’un de ces déjeuners qui n’ait pas été fait un jour de soleil, ou bien encore, après la pluie, lorsque le soleil perce les nuages et commence à faire évaporer l’eau sur la chaussée. Nous ne faisions jamais ripaille, nous ne buvions pas outre-mesure. Nous ne célébrions rien, nous vivions un moment intense de notre estime réciproque…

[…]

Pour autant, Wes et moi, nous abordions et développions de façon régulière les sujets les plus graves, et même, je dirais, des sujets pesants, où nous n’étions pas du même côté. Cela nous faisait rire, cet antagonisme, je le répète avec insistance tant ce sourire commun paraît la meilleure caractéristique de nos relations, la plus profonde, la plus convaincante. De l’un à l’autre, nous nous suggérions des informations plutôt que nous les dire à haute voix, c’est-à-dire à demi-mot, avec une prudence résistible, et si voyante entre nous que cela était comme si nous transgressions une règle de secret. Nous nous en moquions.

Un jour de la fin de l’automne, ce devait être quelque part vers fin novembre 1987, Wes me dit que je devais mesurer l’influence importante de De defensa, que la Lettre est lue, écoutée, etc., dans une mesure que je n’apprécie pas toujours. Il insiste. Il me rapporte l’anecdote de cette rencontre, le 31 octobre, où il rencontre le directeur de la SONACA, une société belge de construction d’avions qui serait impliquée dans un marché d’avions de combat avec contrats de co-production et de sous-traitance, et qu’il importe de convaincre.

– Je commence à lui vendre ma salade, je lui dis que je lui apporte de nouveaux éléments dans la proposition d’« oncle GD » pour l’Agile Falcon. Il me laisse faire. Puis il m’arrête et il me dit : « C’est bien beau, ce que vous dites, mais je trouve que vous tournez la proposition pour qu’elle semble complètement à mon avantage. Il y a d’autres éléments : regardez ce qu’on écrit là-dessus… » Et il me tend une photocopie de De defensa. Mon vieux, tu as de l’influence, et il arrive que tu m’emmerdes.

– Je fais mon travail, et les déjeuners offerts par oncle GD n’y changeront rien.

– Attends, ce n’est pas fini.

« Quelques jours plus tard, même 2-3 jours plus tard, Dennis Kloske est de passage à Bruxelles. Kloske est un type du Pentagone, il est Under Secretary of Defense for European Affairs, tu vois ? Il s’occupe du marketing de l’Agile pour l’administration, et surtout en Europe bien sûr, et il voyage souvent. Note bien, hein, la vraie raison, c’est la baise. Il a une maîtresse en Allemagne et la moindre occasion est bonne pour y aller, il est fou d’elle. Enfin… Kloske m’interroge, je lui parle de l’affaire de la SONACA, puis j’en viens à parler de De defensa. Il me demande s’il peut lire. Je lui dis que c’est en français et il me réponds, du tac au tac, dans un superbe french, quelque chose de très chic, comme: ‘La langue de Molière ne m’est pas étrangère.’ Il a jeté un coup d’œil et dit ‘fascinating, really‘, puis il a fait faire une photocopie, demandé le prix de l’abonnement et tout le toutim. Mon vieux, je t’ai gagné un abonné ! »

Nous avons fêté cela. J’ai attendu pendant des mois, quand j’y pensais, l’abonnement de Kloske. Je n’ai jamais eu de nouvelle. Au contraire, j’ai eu des nouvelles de Kloske lui-même, me semble-t-il – c’est presque à coup sûr que j’avance cette hypothèse ; d’une manière inattendue, dans des conditions imprévues et qui étaient pour moi imprévisibles… Encore ne réalisai-je la chose, grâce à une déduction que je crois convaincante plus que toute autre preuve soi-disant irréfutable, que plusieurs mois après avoir disposé des éléments qui m’y conduisent. Je recueillis ces éléments lors d’une conversation que j’eus, autour du mois de mai 1988, avec RD, une relation devenue assez proche, dans le groupe de réflexion sur les questions de défense où j’avais été invité quelques années plus tôt, en 1984 ou 1985 je crois… (RD était, par ses fonctions et sa position de colonel de réserve, très proches des milieux de la direction militaire en Belgique.)

(Pour Wes, le mystère demeure, et je n’ai jamais su si ses confidences étaient de pure anecdote amicale et pour annoncer un abonnement hypothétique qui ne changerait pas la face du monde, ou si elle contenait une sorte d’avertissement indirect, dissimulé, fait avec le maximum de précision et de dissimulation à la fois, pour un ami qui se trouvait dans l’autre camp. Wes avait beaucoup roulé sa bosse dans ces milieux où les ventes d’armements ont nécessairement à voir avec l’action du renseignement… Je ne l’ai plus revu, ni plus entendu jamais parler de lui, après son départ de Bruxelles en 1990. Il reste l’ami que j’appréciai tant pendant cinq années, et j’ai gardé dans ma mémoire son visage souriant comme si c’était hier. Ainsi demeurent les armistices établis et respectés par la rencontre de deux êtres singuliers que devraient séparer et opposer ces grands conflits impitoyables et feutrés qui ne cessent jamais.)

[…]

… Le lecteur aura compris, pour autant, que RD est un homme qui mesure ses paroles, roule des yeux méfiants et approche son visage de votre oreille pour parler bas, et il a un ricanement en forme de gloussement lorsque l’on passe aux choses sérieuses (« On pense que…, au Palais… »). C’est le cas, ce jour du printemps 1988 où nous parlons à deux, pour un déjeuner au Club Prince Albert. Il n’est pas question du Palais. RD me parle des menaces qui rôdent et il s’avère bientôt que c’est autour de moi. Il parle à mots couverts comme on n’imagine pas.

RD me dit que des bruits précis courent à mon endroit, et plutôt à mon encontre qu’à mon avantage. « Certains disent que tu es un agent de l’Est », laisse-t-il tomber, sans plus de précision pour l’instant. RD manie la dramatisation comme un théâtreux de province subventionné, comme si elle pesait des tonnes, comme si le poids en fait la chanson. Je ne relève aucune de ces appréciations critiques ; j’avoue que, une fois de plus, je me sens envahi par une paralysie qui est celle de l’angoisse et presque de la culpabilité ; je retrouve cette solitude du chroniqueur indépendant dans ces matières si sensibles qui ne m’a jamais quitté, qui m’accompagne, dans cette partie de ma carrière, comme l’ombre de ma vie.

– Et alors ? dis-je, avec un air de défi qui doit sonner horriblement faux. Ce n’est pas la première fois… (Étrange phrase, défi également, aussi comme si, à elle seule, elle devait m’exonérer de tout soupçon, me blanchir : plus l’on médit à mon encontre, pensai-je, plus éclate le signe de la médisance. Ce n’est pas de cette façon qu’avancent les affaires du monde ; la formule serait plutôt du type « il n’y a pas de fumée sans feu », ou bien encore « Médisez, médisez … » J’ai une candeur assez grande pour ignorer cette implacable logique de la dénonciation.)

– Mais ne t’en fais pas, poursuit RD, nous ne sommes pas d’accord.

La phrase est énigmatique, comme RD en a l’habitude ; cette fois, c’est un peu plus préoccupant. RD s’est arrêté, satisfait de l’effet. Il sait qu’il en a trop dit, ou bien pas assez, c’est au choix, donc que je reste suspendu à ses lèvres. Il fait l’important, il faut lui pardonner. Je ne songe toujours pas à ces subtilités psychologiques. Là-dessus et parce qu’il n’y tient plus, il s’explique et l’affaire s’éclaire.

Les services de renseignement belges, SGR (Services Généraux de Renseignement), dépendant des forces armées, ont reçu un avis dont la provenance est la DIA (Defense Intelligence Agency) américaine, qui a été relayé vers eux par la DST (Défense de la Sécurité du Territoire) française. L’intervention des Français indique qu’ils prennent à leur compte, au moins tacitement, les informations. SGR s’est tourné vers ses contacts. RD a été consulté, RD a consulté le chef d’état-major général, le général Maurice Gysemberg. Ils se sont fait leur religion : l’accusation est infondée. Les Belges ont répondu aux Français, c’est-à-dire aux Américains dans ce cas : « Nous ne sommes pas d’accord. »

Je demande des explications : comment peut-on me soupçonner d’être un agent de l’Est, moi qui n’ai jamais écrit une ligne qui soit procommuniste, qui me suis signalé plutôt, in illo tempore, par des discours très anticommuniste ? Finaud comme il sait être, la finesse souvent sanglée en pataugas de montagne mais cette fois presque transformé par un sourire ironique qui lui donne une légèreté de bon aloi et une qualité d’esprit bienvenu, RD répond :

– Justement…

En un sens, cette finasserie, ce paradoxe grossier, tout cela n’est pas faux. C’est de cette façon que fonctionnent les mondes du renseignement, j’aurai l’occasion d’en avoir plus d’une confirmation. RD reprend, rassurant :

– Ne t’inquiètes pas, nous allons organiser une riposte. Ce qu’il faut, c’est faire savoir indirectement mais d’une façon indiscutable que, pour nous, Grasset est un homme honorable. De ton côté, j’ai pensé à la riposte que tu peux mettre en place. Je te propose de passer dans eurostratégie une interview de JS (initiale bureaucratique du chef d’état-major général dans l’armée belge). J’en ai parlé avec lui, il est d’accord. Ce sera une réponse, tu comprends, un message si tu veux, façon de dire : « J’ai toute la confiance de JS ».

J’acquiesce, bien sûr. (Je parlerai plus loin de eurostratégie qui est venu se greffer sur de defensa.) Une interview du général Maurice Gysemberg paraîtra dans le numéro 13, de mai 1988, de eurostratégie, preuve éclatante dans ces milieux très attentifs aux formes et aux signes convenus de ma complète innocence. Mon innocence ? Allons, y a-t-il eu procès, et de quel droit, sur quels faits ? Je suis choqué et furieux de ces insinuations diverses mais aussi, je l’ai dit, cette solitude terrible, cette angoisse de celui qui est rejeté par la rumeur, tout cela pèse sur moi d’un poids qu’on n’imagine pas. D’une façon générale et une fois passée l’excitation de la pensée d’une telle façon de riposter, qui s’est élaborée comme si je pénétrais dans ce milieu du renseignement qui ne cesse de dispenser sa fascination, la tristesse m’envahit. Je cède aux traits les plus sombres de mon caractère en me disant que je pourrais aussi bien abandonner tout cela, l’article, les commentaires, mes positions politiques, tout le reste. Il y a, de cette façon, dans la vie d’un homme lorsqu’il subit sa solitude plutôt qu’en faire bel et bon usage, des instants d’une intense et affligeante lâcheté, où plus rien, plus aucune dignité n’est là pour vous retenir.

RD n’a cure de ces états d’âme, lui, il insiste. Pratique, il veut savoir si je n’ai pas l’idée d’une piste, d’où viendraient les rumeurs qui seraient parvenues jusqu’à la DIA, puis l’escale en France où l’on se fait « petit commissionnaire », jusqu’au port d’attache de la Belgique. Je cherche avec lui. Nous passons en revue des événements. Je crois que c’est à ce moment que j’ai mon illumination : mais oui, voilà l’abonnement de Dennis Kloske. Tout correspond, le délai est convenable, la DIA est dans le coup et pas la CIA, c’est-à-dire le Pentagone où travaille Kloske. RD abonde dans mon sens :

– Inutile de chercher ailleurs. Nous y sommes. C’est dans leur méthode. Tu les gênes, parce que tu soutiens le Rafale, eh eh…

– Je soutiens un choix européen, dis-je pour rectifier, heureux de rassembler un peu de dignité à bon compte , d’ailleurs n’exprimant rien de moins que la plus stricte vérité. J’essayai de m’expliquer plus avant, parlant quincaillerie, politique, le marché des avions de combat en Belgique. Je me pose en professionnel, vrai enquêteur et journaliste, espérant me débarrasser à ce compte de cet aura d’infamie qui m’a saisi à l’idée de cette rumeur que je ne peux considérer que comme une trahison, – moi, agent de l’Est !

L’argument ne fut guère écouté, encore moins entendu ; moi-même, croyais-je seulement à son efficacité, pouvais-je m’imaginer qu’il serait considéré ? Je ne parle pas de la véracité, qui leur importe fort peu en vérité. Dans cette sorte de situation où l’on vous accuse par rumeurs, cette situation que je commençais à connaître pour l’avoir expérimentée à plus d’une reprise comme l’on sait, ce qui compte est le volume et le ton des grosses voix qui le colportent sourdement, le rythme de la répétition, la conviction impérative de ceux qui transmettent sans savoir, la légitimité usurpée dont ils se parent d’autorité. C’est le domaine de la vox populi réduite aux conversations de salon, le territoire de l’imposture érigée en objet de toutes les attentions et qui vous est présentée comme l’image de la dignité. L’État est un « monstre froid » dit Nietzsche, on comprend dans ces instants comme celui que je décris ce que signifie l’expression. Ce gouvernement américaniste, qui n’a aucune légitimité puisqu’il s’appuie sur la loi qui est une matière manipulable, qui fonde son action sur sa force propre, qui a une morale qu’ils instituent à l’instant où ils frappent, et ses obligés innombrables et payés sonnant et trébuchant sont priés de confirmer la justesse du domaine. Vous êtes sans voix, comme livrés à un monde qui n’a plus de justice transcendante, qui est prêt à vous briser comme un fétu de paille, une fois couvert par une législation qu’il suffit, – rien de plus simple – de faire voter par une assemblée constituée pour la cause.

On ne s’habitue pas. J’ai subi plusieurs épreuves de cette trempe, avec la sensation indicible, pourtant inexpugnable, d’être marqué et désigné à une sorte de vindicte publique, quoique silencieuse, non exprimée mais vigilante. Il y a un sentiment vertigineux de solitude dans cette mise à l’index implicite, que vous êtes, finalement, le seul à connaître et à ressentir. Surtout, dans mon cas, il y avait cette découverte qui fut aussitôt une blessure horrible : la médisance américaine avait transité par la France, par conséquent comme si elle était authentifiée au passage ; et c’étaient les Belges qui avaient mis un terme à cette démarche inexcusable, la Belgique dérisoire et pathétique, à qui l’on ne trouve en général que des vertus médiocres et qui, pourtant, dans cette occasion, avait su faire preuve d’une réelle fermeté de caractère face à des « partenaires » qui l’écrasaient par leur poids… Sur ce point particulier de l’attitude de la France, je fus blessé profondément. Cette déclaration peut sembler exagérément dramatique jusqu’à être déplacée, mais elle est aussi le reflet d’une réalité qui persista et qui, malgré des évolutions et des transformations, persiste pour contribuer à certains sentiments mélangés, au moins à l’encontre des Français plus qu’à l’égard de la France. Je ne reconnaissais pas ce que je croyais être mon pays, selon l’image que je m’en étais faite depuis l’acceptation inconsciente et bientôt pleine de fierté de ma condition de « Français du dehors ». J’éprouvai dans ces circonstances du printemps 1988, contre la France, contre elle, une sourde rancoeur.

Mais la France, enfin, n’avait rien à voir dans ces complications et ces contradictions, m’écriai-je bientôt, – il s’agit des Français. Ainsi tout patriote avisé, en France, se sort-il de situations contradictoires, par la conceptualisation, l’identification, la personnalisation de l’objet abstrait qu’il a choisi comme référence, – alors, bien plus encore pour un « patriote du dehors ». Je repoussai le fameux « Mon pays m’a fait mal » de Robert Brasillach, poème écrit de la prison de Fresnes, avant le poteau d’exécution, cet instant où le politicien fourvoyé est redevenu poète et n’a plus rien à attendre de son séjour terrestre. Emporté par sa colère et sa peine, redevenu pur et par conséquent intransigeant, échappé des contingences terrestres, Brasillach fait bon marché de son pays. Il rompt avec le monde en maudissant ce qui l’a porté jusqu’ici mais dont il oublie que cela porte aussi d’autres hommes, choisissant la rupture ente les mondes de l’ici-bas et de l’au-delà, oubliant que la continuité entre ces mondes est la seule richesse des âmes terrestres promises à l’au-delà, exécutant un dernier acte de pure colère qui n’est pas bon conseiller.

Quant à moi, je m’abstins de cette condamnation radicale. La mesure la plus extrême que je pris fut d’acheter une voiture allemande, une Golf, confirmant ma rupture avec l’enseignement de mon père jusqu’alors respecté, de n’acheter que des voitures françaises pour soutenir l’économie de mon pays comme en un acte patriotique extraordinaire. Depuis, je suis revenu aux voitures françaises, montrant par là que j’ai complètement accepté cette dichotomie entre France et Français. La crise était passée grâce à cet acte ultime qui me gardait désormais de nouveaux déchirements de cette sorte. Ainsi fait-on des différences subtiles, je veux dire qui vous permettent de tenir à distance respectueuse les avatars de l’existence, entre l’ici-bas et l’au-delà, pour permettre à l’au-delà de mieux vous aider ici-bas.

Pour le reste, je reviens ici-bas où le travail ne manque pas. J’étais alors confirmé dans le jugement qu’une offensive puissante continuait à être conduite contre l’Europe, de la part d’organismes américains qu’on pouvait identifier sans hésitation. La DIA représentait le Pentagone. On sait que ce service, et le Pentagone en général, étaient soupçonnés précisément d’avoir déclenché et égrené une chaîne d’événements pendables, des mystères existant autour des Brigadi Rossi d’Italie aux « tueurs du Brabant », en Belgique ; j’en ai déjà parlé, en abondance, sur la place que cela mérite d’ailleurs, dans le premier Tome de ces mémoires. Je crois fermement que cette affaire de 1988, avec Kloske et la DIA, si elle n’a pas de lien direct avec le reste, lui est liée évidemment, dans tous les cas par la logique des enchaînements. Je jugeai complètement extraordinaire que les services français, sachant évidemment que j’étais Français, n’aient pas cherché à s’informer auprès de moi, qu’ils aient accepté l’information de la DIA comme on accepte la parole de l’Évangile. De façon plus générale dans ce constat, et d’une façon qui vaut autant pour aujourd’hui, 16 ans plus tard (le 11 avril 2004), pour le domaine psychologique sans aucun doute, cette révérence pour tout ce qui vient d’Amérique subsiste. N’y échappent que des exceptions, notamment une partie des services de renseignement français (certains à la la DGSE, certes pas à la DST) qui entretient un sarcasme vigilant pour l’utilisation intensive des technologies que font les Américains, leurs manières de cow boys, leur inculture, leur désintérêt étonnant à force d’ignorance et d’indifférence pour tout ce qui leur est extérieur…


Sources : P Grasset

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

41 réponses à [Reprise] Journalisme made in CIA – Le JSF-Rafale (2/2)

Commentaires recommandés

Homère d'Allore Le 26 novembre 2014 à 11h13

Franchement, il serait très étonnant que des Rafales puissent survoler le siège de l’OTAN à Haren !
Cette annonce ressemble à celles de “la Tribune” qui prévoit chaque semaine un nouveau marché pour le Rafale…
Au contraire, les négociations avec l’Inde risque d’être fragilisées comme le papier du 11 novembre sur ce blog nous l’expliquait très bien.
La non-livraison des Mistral empêche désormais le complexe militaro-industriel français de se présenter comme une alternative géopolitique à la dépendance technologique américaine. Pour les BRICS, c’est une donnée importante.
Mais cet alignement sur Washington ne fera pas gagner pour autant des parts de marché dans les pays occidentaux ( comme la Belgique) ou les réseaux de la bourgeoisie comprador règnent en maîtres.
Résultat des courses: la fin programmée de la filière de l’ industrie d’armement française, déjà mise mal en point par les réductions budgétaires.
Les agents d’influence ont bien travaillé. Ils peuvent rigoler en faisant “des petites blagues” ou chantonner “il était un petit navire…”!
C’est quoi, la prochaine étape ? Donner le droit de veto à l’Europe, pardon, à l’Allemagne ? Partir en croisade contre le Calife et se faire attaquer une centrale nucléaire ( on nous a gentiment prévenu le mois dernier, ce ne sera pas en simulation la prochaine fois…) en retour ? Vendre encore des parts d’Airbus pour une bouchée de pain comme en décembre dernier ( 1% pour 451 millions, (comparés à la facture écomouv ou aux pénalités de l’affaire Mistral) ?
On se demande jusqu’où ira le processus de destruction du pays.

  1. Chris Le 26 novembre 2014 à 03h04
    Afficher/Masquer

    A propos du F35 (qui ne vole toujours pas), l’Italie de Renzi aurait d’acquis 90 chasseurs F-35 :


    • Alae Le 26 novembre 2014 à 11h28
      Afficher/Masquer

      Incroyable… L’Italie, pays en récession, aurait passé commande de quatre-vingt-dix F35 sans même connaître le coût d’achat final de cet avion, pourtant notoirement inabordable, et au surplus tout aussi notoirement inutile ?
      90 poubelles volantes (et encore, volantes, ça reste à prouver) à quelque chose comme 140 millions d’euros pièce, ça va pas ?
      Si la nouvelle est vraie, ça prouve le niveau effrayant de corruption du gouvernement italien.

      La seule bonne nouvelle là-dedans : c’est pas avec ça qu’on fera la guerre aux Russes. 🙂

      En attendant, pauvres de nous. Quel cirque, l’UE…


  2. incognito Le 26 novembre 2014 à 06h38
    Afficher/Masquer

    Croire que la Belgique va acheter des rafales,hum, hum. Le capitalisme belge est lié aux réseaux atlantistes (Albert Frère), le gouvernement actuel est dirigé par les séparatistes flamands aidés en sous-main par les libéraux francophones qui représentent surtout la bourgeoisie libérale francophone et bruxelloise corrompue et obsédée par l’argent (qui a d’ailleurs trahi sa parole envers ses électeurs, mais bon quelle banalité).
    La Belgique a connu de nombreuses affaires qui ont montré la connivence des services secrets avec ce qu’il y a de pire dans l’atlantisme (terrorisme d’état avec l’affaire des tueurs du Brabant, milices ultra-violentes liées auréseau gladio). Le nombre de hauts responsables politiques ayant dû démissionné pour corruption dépasse largement la France, certains d’ailleurs liés aux contrats d’armement.Sans parler du reste.
    Donc le rafale en Belgique, qui sait, mais cela serait la surprise de l’année.


    • Deres Le 26 novembre 2014 à 16h49
      Afficher/Masquer

      Le raisonnement sera le suivant : on peut acheter 87 Rafale pour le prix de 35 JSF. Cela prouve donc qu’il faut absolument acheter le JSF …


  3. Nerouiev Le 26 novembre 2014 à 08h23
    Afficher/Masquer

    Tout est mis en place pour détruire l’industrie de l’armement française et tout ce qui va avec. Il n’y a plus de doute, Hollande est atteint du syndrome de Stockholm.
    Rafale et Mistral, mauvaises rimes, tout va mal.


    • ril Le 26 novembre 2014 à 14h06
      Afficher/Masquer

      Les contrats d’exportations d’armes sont soumis à des textes et traités que la Russie connaissait quand elle a signé le contrat des Mistral :

      Lors de la présidence française de l’Union européenne en 2008, l’Europe a adopté une position commune juridiquement contraignante qui définit les règles du contrôle des exportations de technologie et d’équipements militaires.

      http://www.slate.fr/story/95097/mistral-france-russie


      • Homère d'Allore Le 26 novembre 2014 à 14h33
        Afficher/Masquer

        @ril
        Enfin un contradicteur !
        Vous risquez d’avoir fort à faire sur ce blog ! J’apprécie toutefois votre courage de vous jeter dans la fosse aux lions…
        Je vais déjà tenter de donner un coup de griffe à votre argumentation. D’autres ne manqueront pas de réagir.
        Donc, votre argumentaire est strictement juridique. OK. La “préservation de la paix” inclue dans le texte européen permet, selon Slate, de bloquer la livraison desdits navires.
        Reste à prouver que l’armée russe se trouve engagée dans une guerre. Or, de preuves, il n’y en a point. Rien que des rumeurs, des erreurs de traduction type “tankers/tanks” et les magnifiques satellites espions ne voient rien de probant.
        Sans doute il y a-t-il des “conseillers militaires” russes aux côtés des rebelles. Comme de l’autre côté, il y a sans doute des conseillers militaires de L’OTAN, voire des mercenaires d’Academy- Blackwater.
        Devons nous, pour la “préservation de la paix” bloquer les pourparlers pour les Rafales avec la Belgique sous prétexte que le HQG de l’OTAN s’y trouve ? Devons nous refuser de vendre ces mêmes Rafales au Qatar puisque celui-ci entretient des relations troubles avec le Calife ( je te bombarde le mardi, je te finance le jeudi…) ?
        La “préservation de la paix” a bon dos ! Aujourd’hui les fauteurs de guerre sont à l’ouest, pas à l’est !


        • Chaban Le 26 novembre 2014 à 16h38
          Afficher/Masquer

          Préservation de la paix?

          La France devrait donc cesser toutes ses activités de commerce de l’armement.

          C’est vraiment du grand n’importe quoi.

          En fait tous les développement sur la scène internationale ces douzes derniers mois (je sais, ça a toujours été comme ça, mais aujourd’hui ils le cachent de moins en moins) nous montrent vraiment que l’occident fait absolument tout ce qu’il veut sur la planète.

          Les contraintes, c’est pour les pays dominés…


        • ril Le 26 novembre 2014 à 16h48
          Afficher/Masquer

          Il n’empêche que la Russie connaissait les risques du contrat en cas de conflit diplomatique, à savoir que la France est liée juridiquement aux autres pays. Si la Russie ne voulait pas prendre ce risque, elle pouvait trouver ailleurs…


          • Deres Le 26 novembre 2014 à 16h52
            Afficher/Masquer

            Tout à fait, nous avons le droit de ne pas les livrer.
            Par contre, ils auraient droits au remboursement de leurs 1.2 milliards et à des pénalités de non livraisons non négligeables.


          • Homère d'Allore Le 26 novembre 2014 à 17h27
            Afficher/Masquer

            Le “ailleurs” vaut son pesant de cacahuètes !
            Depuis que les anglais font sous-traiter les coques en Corée, St Nazaire est le seul chantier naval-arsenal à pouvoir construire de A à Z ce type de bâtiments. États-Unis exceptés bien sûr.
            D’ailleurs, lorsque Poutine a senti le coup venir, il a engagé la construction d’un arsenal comparable à Sebastopol !

            http://alliancegeostrategique.org/2013/10/27/quel-avenir-pour-lindustrie-navale-militaire-europeenne/
            Résultat des courses: les marins russes ont été formés par la France à ce type de bâtiments, les transferts de technologies ( limités mais toujours utiles) ont été réalisés et la Russie va pouvoir concurrencer la France pour le marché des BRICS dans quelques années et tout ça va nous coûter un pognon faramineux et une réputation commerciale digne d’un promoteur véreux ( Ah, ma petite dame, fallait lire les petites lignes du contrat…)!
            Ce serait presque comique si il ne s’agissait pas de milliers d’emplois et d’un savoir-faire qui disparaîtra, faute de commandes.


  4. nebul_eu Le 26 novembre 2014 à 08h51
    Afficher/Masquer

    Il en va des petits avions comme des petits bateaux
    de la à penser qu’être un young leader est incompatible avec la candidature
    à la fonction suprême de la république française
    pour cause de conflits d’intérêts , ou pire peut être.

    Mais Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…


    • vladimirK Le 26 novembre 2014 à 13h52
      Afficher/Masquer

      Il ne faut pas oublier que détruire l’industrie militaire européenne est un but reconnu du programme JSF

      http://www.atfx.org/indexEN.php?valeur=16&idavion=26

      http://www.portail-aviation.com/2012/05/jsff35-la-fin-de-lindustrie.html

      http://www.hajnalka-vincze.com/Publications/88

      En effet, parmi les clients, il y a l’Italie et le Royaume Uni, qui ne pourront plus mettre de sous dans le Typhoon. Les clients potentiels du Rafale sont poussés à prendre le JSF pour les plus riches, le F18 ou le F16 pour les plus pauvres.

      Quant au Gripen, il ne faut pas se leurrer : même s’ils sont assemblés à Linköping dans le centre de la Suède, il s’agit d’un assemblage de matériels essentiellement US (Merci Carl Bildt !), avec toutes les contraintes que cela implique (quand on opère du matériel US, des officiels américains doivent être sur place en permanence pour s’assurer que celui-ci est utilisé selon les règles – de Washington – la Finlande et la Suisse s’en mordent encore les doigts avec les F-18.

      Le Mistral, c’est intéressant, car il est possible que l’Inde renonce aux 126 Rafales, les américains feront alors d’une pierre deux coups, voire plus : la France sera considéré comme un partenaire peu fiable, l’industrie militaire françaises qui est très forte (4ème exportateur dans le monde) sera alors coulée.


  5. Lamonette Le 26 novembre 2014 à 09h58
    Afficher/Masquer

    LCP , ce matin, Politique Matin, intervention virulente de Xavier Couture et Thierry GUERRIER sur le dossier des Mistral et comment il serait de bon goût d’appeler un chat un chat et de cesser de suivre servilement la politique américaine.

    Le reste du plateau en était médusé.

    A côté de cela, reportage sur France 24. Il y a du mieux mais personne pour traduire à quoi fait cf gloire aux héros…


    • jp418 Le 26 novembre 2014 à 19h46
      Afficher/Masquer

      Bonjour,

      Le lien de LCP pour ceux que çà intéressent.

      à partir de 46 min :

      politique matin mistral


  6. ISTINA Le 26 novembre 2014 à 10h35
    Afficher/Masquer

    Que faire, alors que les, membres de l’U.E y compris nos décideurs gouvernementaux,
    se comportent tels des Chi-wawa, sous gouvernance du Président Interplanétaire qui lui,
    imposerait la fourniture de ses matériaux Guerriers adaptés à ses propres armes
    dont sont déjà garnis les centaines de bases militaires mondialisées.

    Camarades citoyens Français, nous sommes Leaders incontestés en matière de navires de
    Commandement + Portes Hélicoptères intégrés, donc notre Président reporte la livraison
    à la Russie depuis qu’un avion de la Malaysia Air Line a été abattu, Hussein Baraka Obama
    ayant aussitôt accusé la Russie et imposé des sanctions suivis des Chi-wawa dociles.

    Les sanctions interdisent de livrer le premier de la série de MISTRAL à la Russie !
    A noter que précédentes sanctions la France a été interdite de livrer 500.000 Peugeot à l’Iran.Ce qui se traduisit par fermeture d’usine et, mise de Peugeot en difficultés financières;
    Les Syndicats très au courant de cette minable affaire s’en prirent à la Direction de Peugeot
    qui, n’eut qu’une solution, alliances avec la Chine.
    Au fait, qui fournit l’Iran, depuis que Peugeot a été contrainte de cesser ses livraisons a l’Iran ?
    Ne serait-ce pas une firme Américaine ??? Dieu seul le sait, pourquoi pas nous ?

    – L’importance, ne consiste pas à favoriser l’industrie Américaine ?
    vous le comprendrez le vieux F-16 modifié actuellement en bois ou sur images,
    est loin de valoir le Raffale Français le seul à pouvoir changerde type de missions sans être contraint, au préalable de retourner à la base pour modifications de réglages en résumé;
    le Raffale, le seul avion polyvalent s’adapte en vol à toutes les missions.
    C’est sans doute aucun, la raison pour laquelle des premières commandes, feraient du Raffale l’avion parfait, lui scier les pattes, le temps que d’aucun sorte une imitation moins chère ce qui éliminerait définitivement ce Raffale ! Chaque fois que nos Présidents nous
    annoncent un contrat Raffale,,, nous avons été éliminés, éliminés par qui ? et, nos MEDIAS ?
    CHUT sECR2T d2


    • Chris Le 26 novembre 2014 à 12h43
      Afficher/Masquer

      Durant toutes ces sanctions décidées unilatéralement par le III Reich, les Américains, eux, continuent leurs affaires : pas question de menacer leurs intérêts nationaux.
      L’architecture dictatoriale de l’Union Européenne est idéale pour mener l’économie européenne à la déchéance. Dans cette entreprise d’essorage, pour l’instant, l’Allemagne industrielle et le Royaume Uni financier en retirent des bénéfices, mais cela ne saurait durer. Car quand y’a plus… y’a plus.


    • coinfinger Le 26 novembre 2014 à 17h05
      Afficher/Masquer

      Ajouter BNP et Alsthom .

      Et peut étre Total .


  7. Homère d'Allore Le 26 novembre 2014 à 11h13
    Afficher/Masquer

    Franchement, il serait très étonnant que des Rafales puissent survoler le siège de l’OTAN à Haren !
    Cette annonce ressemble à celles de “la Tribune” qui prévoit chaque semaine un nouveau marché pour le Rafale…
    Au contraire, les négociations avec l’Inde risque d’être fragilisées comme le papier du 11 novembre sur ce blog nous l’expliquait très bien.
    La non-livraison des Mistral empêche désormais le complexe militaro-industriel français de se présenter comme une alternative géopolitique à la dépendance technologique américaine. Pour les BRICS, c’est une donnée importante.
    Mais cet alignement sur Washington ne fera pas gagner pour autant des parts de marché dans les pays occidentaux ( comme la Belgique) ou les réseaux de la bourgeoisie comprador règnent en maîtres.
    Résultat des courses: la fin programmée de la filière de l’ industrie d’armement française, déjà mise mal en point par les réductions budgétaires.
    Les agents d’influence ont bien travaillé. Ils peuvent rigoler en faisant “des petites blagues” ou chantonner “il était un petit navire…”!
    C’est quoi, la prochaine étape ? Donner le droit de veto à l’Europe, pardon, à l’Allemagne ? Partir en croisade contre le Calife et se faire attaquer une centrale nucléaire ( on nous a gentiment prévenu le mois dernier, ce ne sera pas en simulation la prochaine fois…) en retour ? Vendre encore des parts d’Airbus pour une bouchée de pain comme en décembre dernier ( 1% pour 451 millions, (comparés à la facture écomouv ou aux pénalités de l’affaire Mistral) ?
    On se demande jusqu’où ira le processus de destruction du pays.


    • yanis Le 26 novembre 2014 à 13h49
      Afficher/Masquer

      @homère allore “On se demande jusqu’où ira le processus de destruction du pays.”.

      jusqu’à ce que ce pays soit dissous par sa dissection déjà programmée en de multiples régions

      dites “européénnes”

      c’est la prochaine étape de prévue , par washington , bruxelles, , le sénat et l’assemblée nationale,

      enfin tous ceux qui exécrent la FRANCE.


      • Homère d'Allore Le 26 novembre 2014 à 14h53
        Afficher/Masquer

        Presque entièrement d’accord avec vous, yanis.
        Bon, moi, j’aurais mis ” la République” au lieu de “La FRANCE” mais ne chipotons pas, c’est comme dans le beau poème d’Aragon ” la rose et le réséda”, celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas…
        Pour appuyer votre argumentation sur la nocivité de la réforme territoriale, je vous transmets un lien du très bon magazine ” Miroir Social” qui décrypte cette dernière !
        http://www.miroirsocial.com/actualite/11003/reforme-territoriale-deforme-terri-letale


        • Caramba! Le 26 novembre 2014 à 17h22
          Afficher/Masquer

          Homère, je rebondis sur votre lien,
          Ne serait-ce pas plutôt des sortes de seigneuries?
          Cela me fait penser à ces régions en Ukraine tenue par des milliardaires et gérées par eux….

          Disparition de l’état(de droit) nous serons gouvernés par des instances euro-unioniennes dont les principaux décideurs ne sont pas élus tout comme ce qui se passait en ex union soviétique.


          • Homère d'Allore Le 26 novembre 2014 à 17h41
            Afficher/Masquer

            @caramba
            Ce n’est pas incompatible. Mais je crois que le but premier est de casser le SMIC national, le RSA national, etc pour adapter tout cela aux “réalités locales” et donc anéantir la République dans ce qu’ elle gardait de social.
            Ensuite, comme l’a déclaré le young leader Macron, “les pauvres pourront prendre le car pour voyager”.
            Que des pourris en profitent pour se constituer des baronnies, c’est probable mais secondaire par rapport à la problématique principale.


            • Caramba! Le 26 novembre 2014 à 20h47
              Afficher/Masquer

              On voit bien que Macron ne connait rien à la pauvreté, un “pauvre” qui prend le car n’est pas pauvre, il prend le car.
              Un pauvre ne prend pas le car.Un pauvre est un exproprié de sa terre et un inconnu pour la charte des droits de l’homme ainsi que pour Macron.
              Mais peut-être Macron a t-il le projet de mettre des cars à la disposition des pauvres pour qu’ils puissent aller jusqu’au resto du coeur le plus proche???
              Dans ce cas, y va y avoir de l’emploi pour les entreprises françaises fabriquant des cars.
              .


        • fanfan Le 26 novembre 2014 à 19h40
          Afficher/Masquer

          Philippe Séguin visionnaire avec 22 ans d’avance !

          Vidéo (2:25:18) : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5-seguin.asp

          Texte : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5_philippeseguin_Maastricht.asp

          Il n’était pas young leader !


    • Parano Le 26 novembre 2014 à 21h31
      Afficher/Masquer

      “On se demande jusqu’où ira le processus de destruction du pays.”

      Jusqu’à sa destruction, déjà bien avancée.

      Comment ?:
      Via de pions aux postes clé dans l’establishment policito-médiatique.
      Ingénus et autres ignares idiots utiles, parvenus, corrompus, compromis, traitres…tous agents bon gré mal gré.
      (pour y parvenir, de bons renseignements et une mainmise sur les médias sont essentiels; ce qui en dit long sur la “liberté de la presse” et le nombre de journalistes et rédacteurs en chef appartenant aux catégories ci-dessus).


  8. nebul_eu Le 26 novembre 2014 à 15h35
    Afficher/Masquer

    Le porte-parole du gouvernement a estimé qu’il fallait “se garder de faire des commentaires sur ce qui se passe aux États-Unis”.

    Et réciproquement ?


  9. coinfinger Le 26 novembre 2014 à 17h18
    Afficher/Masquer

    L’idée d’élargir, le Rafale de porteur des aspirations françaises à celui d’Européenes est déjà un progrés . De là on pourrait encore élargir à l’Occident . On buterai là alors à autre chose , les Etats Unis sont ils effectivement défenseurs de l’Occident ?
    Puis sur une autre en fait est ce une politique pro Américaine ? Peut étre commencerai-t on à réaliser qu’on va de mal en pis parce qu’il y a une grosse arnaque idéelle à la base .


    • coinfinger Le 26 novembre 2014 à 17h22
      Afficher/Masquer

      Je veux dire la politique US est elle seulement pro Américaine ?


  10. coinfinger Le 26 novembre 2014 à 17h40
    Afficher/Masquer

    Le F35 là en supposant qu’un jour çà puisse voler . En attendant , Russes et Chinois ont des barrages anti aériens inpeccables et d’excellents avions .
    Le F35 …on disait autrefois ‘vendre le blé en herbe’ à propos des futurs et de la spéculation avec les dérivés et le F35 on fait encore mieux on vend l’idée de vendre du blé en herbe , avant méme les semailles .
    C’est une question de Foi , si vous ne l’avez pas çà prouve que vous étes mécréants . Impossible de sortir de là .
    Et si vous resistez aux arguments rationnels de la vraie Foi il faudra pour votre bien , séparer votre ame de votre corps , parce que vous étes habités .


    • fanfan Le 26 novembre 2014 à 20h16
      Afficher/Masquer

      Avions renifleurs ?


  11. Nerouiev Le 26 novembre 2014 à 17h53
    Afficher/Masquer

    Je n’arrive pas à trouver la réponse au pourquoi de cet engouement pour Washington. Normalement il faut regarder à long terme, et le problème du long terme est une énergie moins disponible et une croissance proche de zéro et une autre façon de vivre. Que peut nous apporter Washington où le modèle américain est de moins en moins attrayant. J’aimerais qu’on me donne quelques éclaircissements, que les journaux nous en fasse la promotion plutôt que la propagande de ce qu’il faut fuir. Il y a un vide qu’aucun journal ne comble, il y a pourtant matière.


    • vladimirK Le 26 novembre 2014 à 18h48
      Afficher/Masquer

      Parce que les gens qui nous dirigent ne voient pas l’intérêt de leur pays, mais leur propre intérêt personnel. Une fois qu’ils quittent la politique, il leur faut un job, de préférence bien payé. Washington a bien compris que payer seulement les leaders, ça suffit amplement pour faire vivre leur politique.


  12. Ardéchoix Le 26 novembre 2014 à 18h20
    Afficher/Masquer

    Moi je suis ségo quatre portails ecotaxe par mistral . Et hop deux jolis voiliers écologique. La France ne peut plus payer le pétrole, mais on a des idées . 😉


  13. Wilmotte Karim Le 26 novembre 2014 à 18h42
    Afficher/Masquer

    Les Belges savent que le MR est un parti “collabo” dans la coalition actuelle en Belgique.
    Et tout le monde sait que personne ne respecte les collabos. Surtout pas ceux qui les font danser sur un pied puis sur l’autre.

    Aussi, prendre les propos du MR pour argent comptant est surtout… un manque de clairvoyance sur la réalité belge actuelle.

    Il serait plus intéressant, de mon point de vue (certes orientés), de parler de la manifestation du 6/11, des grèves “tournantes” du 23/11, 1/12 et 8/12 avant la journée de grève nationale du 15/12. Sachant qu’on risque de repartir pour un nouveau mouvement fin janvier… avant, si le gouvernement ne plie pas, le risque d’une grève nationale au finish (ouvertement évoqué par le syndicat “rouge”).

    Si c’est le cas, ce serra aux Français de voir si Hollande vaut la peine de ne pas bouger… ou au contraire, de se lancer à leur tour dans une grève au finish (puisque ça semble être la seule chose que comprennent nos maitres).


  14. Krokodilo Le 26 novembre 2014 à 21h01
    Afficher/Masquer

    Les “Guignols de l’info”, sur Canal plus, tombent eux aussi dans la propagande atlantiste : aujourd’hui, ils ont fait un Poutine en “super-connard” sur le modèle de super-héros, comme jadis Chirac en super-menteur. Ils cherchent probablement un personnage qui puisse ressortir, un gag à répétition. Remarquons d’abord que je n’ai pas vu la drôlerie, mais admettons. C’est la première fois qu’un président en exercice, élu, est traité de connard, ce qui en français est assez grossier. Même Ben Laden n’y pas eu droit. Ensuite, le texte lui fait dire qu’il bombardait : au fait, la Russie bombarde quoi, actuellement ? Rien : c’est l’armée ukrainienne et les milices qui bombardent des villes. Il va falloir qu’ils corrigent le tir, si j’ose dire, comme lorsqu’ils abusaient de l’auto-flagellation en se moquant sans arrêt de la qualité française (des films, séries ou autres produits)


  15. kalon Le 30 novembre 2014 à 11h22
    Afficher/Masquer

    Même le siège éjectable du F35 fonctionnait à l’envers et en cas d’éjection, le pilote descendait, tête en premier vers le sol
    A part voler, ce “multi fonction” sait tout faire, même moudre du café et faire de la mayonnaise !


  16. Patrice Le 23 décembre 2014 à 20h30
    Afficher/Masquer

    La Belgique va acheter des F35, le dossier a été bien “verrouillé”. De toutes façons il faut des F35 pour transporter les armes nucléaires de Kleine-Brogel: http://www.lesoir.be/642383/article/actualite/belgique/2014-09-02/armee-f-35-avantage et http://www.dhnet.be/actu/belgique/des-armes-nucleaires-a-kleine-brogel-52e8d9763570e5b8eee9f0e2


Charte de modérations des commentaires