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27.mars.201827.3.2018
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L’attitude initiale ambigüe des États-Unis envers l’État Islamique (2/5) : La Russie se met à combattre sérieusement les milices

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Suite de notre série sur le rôle des États-Unis dans la guerre de Syrie et d’Irak.

Billet 1 :

  1. « Une guerre aérienne non sérieuse contre Daech »
  2. De lourds soupçons sur l’attitude américaine au cours des premiers mois
  3. Les bombardements initiaux limités de la coalition ont pu être contreproductifs

Billet 2 :

  1. La Russie se met à combattre sérieusement les milices
  2. Une stratégie de bombardements de la coalition peu efficace

Billet 3 : VI. Des livraisons (involontaires ?) d’armes à l’ennemi

Billet 4 : VII. Un embarrassant rapport de renseignement

Billet 5 : VIII. Le rôle (initial) de Daech : « atout stratégique » des États-Unis ?

(Série en un seul billet ici)

IV. La Russie se met à combattre sérieusement les milices

Finalement, confrontée au risque de la chute de Damas en raison de l’avancée des rebelles, la Russie s’est mise à bombarder les djihadistes à partir du 30 septembre 2015.

Rappelons que Laurent Fabius avait encore démontré sa finesse et la qualité de ses renseignements pas plus tard que la veille, accusant la Russie de « parler beaucoup » et ne rien faire sur le terrain :

Et le « problème » est que la Russie, contrairement aux puissances occidentales, bombardait VRAIMENT les milices djihadistes (Source : The Independant) :

« Les chasseurs militaires russes ont, à certains moments, réalisé en Syrie plus de sorties en un jour que la coalition menée par les États-Unis n’en a réalisée en un mois. »

Au final, la Russie a donc réalisé, à elle seule, des bombardements beaucoup plus intenses que la coalition États-Unis-Europe-Pays Arabes :

Toutefois, les Russes n’ont pas voulu faire de différence entre djihadistes « extrémistes » et rebelles « modérés » (à la modération toute relative…), ce qui a déplu aux Américains, pour des raisons que rappelait Zbigniew Brzezinski en 2015 (Source) :

« Moscou a choisi l’intervention militaire, sans aucune coopération politique ou tactique avec les États-Unis – la principale puissance étrangère engagée directement, même si peu efficacement, à destituer M. Assad. Dans ce but, [Moscou] a lancé des attaques aériennes contre des éléments syriens qui sont soutenus, formés et équipés par les Américains, infligeant des dégâts et faisant des victimes. Au mieux, c’était une illustration de l’incompétence militaire russe ; au pire, la preuve d’une volonté dangereuse de mettre en évidence l’impuissance politique américaine. » [Zbigniew Brzezinski, 4/10/2015]

C’est pourquoi cette intervention russe n’a pas plu à nos fidèles alliés dans « la lutte contre le terrorisme », le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie (Source) :

Bombarder les djihadistes après quatre années de croissance de Daech « ne fera qu’attiser l’extrémisme et la radicalisation »…

V. Une stratégie de bombardements de la coalition peu efficace

Le 25 septembre 2014, soit un mois après le début des bombardements de la coalition, la presse rapporte des informations sur le financement de Daech (Source : Les Échos) :

Le groupe se financerait entre autres par la vente de pétrole en contrebande par camion, tirant de 1 à 3 millions de dollars par jour.

14 mois plus tard, le 19 novembre 2015, nouvelles informations (Source : Les Échos) :

Daech a donc, dans l’intervalle, diversifié ses sources de financement, la vente de pétrole représentant alors autour de 4 millions de dollars par jour...

Dès lors, un des premiers objectifs des bombardements russes a été de couper net les circuits de financements de Daech, en ciblant en premier lieu ses fragiles réseaux de vente de pétrole. L’aviation russe a alors visé les camions-citernes, cibles à la fois évidentes et faciles. Bilan : plus de 1 200 détruits en 2 mois :

Il est donc regrettable que la coalition n’ait guère pensé à suivre cette stratégie en l’espace de 15 mois. Il faut dire qu’ils ciblaient apparemment très large, malgré leurs bombardements très limités en nombre (Source : U.S. Department Of Defense) :

Ces bombardements américains du 3 octobre 2015 ont donc détruit, entre autres, une motocyclette et une pelleteuse, une seconde ayant apparemment survécu….

Dernier point problématique : La Russie, gênée à l’Est par la coalition, a alors dû restreindre le périmètre de ses frappes au nord-ouest de la Syrie (Source) :

Christopher Davidson indiquant :

« La Russie est gênée dans sa capacité à bombarder Daech puisque la coalition dirigée par les États-Unis a mis en place une zone d’exclusion aérienne effective au-dessus de la plupart des territoires contrôlés par l’État Islamique. Les avions russes, syriens et iraniens ne peuvent voler dans cette zone. Les États-Unis disposent même d’une base aérienne dans l’extrême Nord-Est de la Syrie, à seulement quelques kilomètres de cibles de Daech facilement atteignables. »

Sous ce parapluie aérien très peu offensif, Daech a alors pu continuer assez librement ses déplacements, dans des convois qui atteignaient parfois des centaines de véhicules…

Commentaire recommandé

Alfred // 27.03.2018 à 07h35

Les faits sont têtus et antiamericains primaires voire prorusses. Blague à part le simple fait de rassembler sur la durée des coupures de presse ouvertes au grand public produit un effet dévastateur. C’est le problème de nos grands menteurs. Sans criminaliser le fait de garder des données (pour le public hein pas pour les entreprises) il est impossible de cacher le mensonge permanent. La mémoire est le meilleur allié de l’esprit critique. Bravo.

37 réactions et commentaires

  • Alfred // 27.03.2018 à 07h35

    Les faits sont têtus et antiamericains primaires voire prorusses. Blague à part le simple fait de rassembler sur la durée des coupures de presse ouvertes au grand public produit un effet dévastateur. C’est le problème de nos grands menteurs. Sans criminaliser le fait de garder des données (pour le public hein pas pour les entreprises) il est impossible de cacher le mensonge permanent. La mémoire est le meilleur allié de l’esprit critique. Bravo.

      +106

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  • Tozak // 27.03.2018 à 07h38

    Merci pour cette démarche, on ne peut plus éclairante… pour ceux qui veulent bien voir !
    Je me rappel avoir vu il y a déjà un certain temps, une infographie qui disait beaucoup en une seule image.
    Ca vaudrait le coup que Les Crises produise à nouveau une carte de ce genre.

    1 : Territoires occupés par l’Etat Islamique au début de l’intervention de la coalition inconditionnellement derrière les USA.

    2 : Territoires occupés par l’Etat Islamique après x mois de bombardements de la coalition US… (tiens, tiens… comme c’est bizarre… l’Etat Islamique contrôle ENCORE plus de territoires !)

    à mettre en comparaison avec un autre graphique.

    3 : Territoires occupés par L’Etat Islamique au début de l’intervention Russe…
    4 : et évolution subséquente…

      +4

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  • Fritz // 27.03.2018 à 07h47

    La soi-disant coalition qui demande « instamment » à la Russie de « mettre immédiatement fin à ses attaques contre l’opposition et la population civile syriennes », c’est d’un comique !
    Cette demande s’appliquerait assez bien au Yémen, bombardé par la sainte Arabie saoudite qui a cosigné cette déclaration…

    Il me semble qu’entre le discours de Poutine aux Nations unies (28 septembre 2015) et le début des bombardements russes (30 septembre), l’inénarrable Fabius a osé déclarer que « la Russie parle beaucoup, mais elle ne fait pas grand chose ». On voit bien qu’il n’est pas chauffeur de camions-citernes.

    Quant à Zbigniew Brzezinski, il est bien là où il est. Désolé, mais je deviens méchant.

      +66

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  • TC // 27.03.2018 à 07h49

    « Ne fera qu’attiser la haine et les extrémismes ». Quand les Russes bombardent, ils attisent quand la coalition bombarde, elle fait quoi ? Elle bombarde avec des fleurs? Quelle bande d’enfoirés, ça me débecte de lire ça, j’ai la gerbe. Nous n’en serions pas là si ces putains d’américains n’avaient pas déverser toutes leurs bombes sur l’Irak, faut il le rappeler?

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    • Dominique // 27.03.2018 à 14h45

      Et bien au moins, on sait maintenant pourquoi la coalition semblait si conciliante avec Daech et leur fournissait armes et formation et lançait des missiles sur les troupes du gouvernement syrien. C’était dans un but absolument louable : ne pas attiser la haine et les extrémismes.

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    • Zevengeur // 28.03.2018 à 09h18

      Le résultat de la destruction de l’Irak avait été facilement anticipé, et comme prévu les hordes islamistes ont déferlé sur ce pauvre pays.
      Le cas Libyen était exactement identique, et qu’a t’on fait ?
      La même chose évidemment !
      Merci á nos brillants stratèges de l’époque qui ont induit le terrorisme et les flux de migrants sur notre sol…

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  • TC // 27.03.2018 à 07h55

    Oui, j’ai la gerbe parce que notre pays et nos concitoyens sont maintenant là cible de cet extrémisme engendré, attisé et nourri par des politiques criminels qui ne sont jamais inquiétés. Ça fait vraiment mal.

      +39

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  • Fritz // 27.03.2018 à 08h04

    Ajoutons que les Russes ne se trompent pas d’ennemi : ils ont bombardé les djihadistes de tout poil, pas les soldats de l’armée syrienne, comme certains l’ont fait à Deir ez-Zor.
    https://francais.rt.com/international/26494-coalition-americaine-frappe-armee-syrienne

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  • ARDUS // 27.03.2018 à 08h23

    On est frappé par l’indigence de la propagande euro-atlantiste qui semble bien calibrée pour conditionner une opinion américaine assez niaise mais s’avère totalement inadaptée à influencer une vieille europe beaucoup plus politisée, dont les composantes se contentent pourtant de reproduire la parole du maître très sottement et sans aucun effort d’adaptation à son contexte.

      +18

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    • Jean // 27.03.2018 à 19h57

      C’est leur obole à la vérité, que de ne pouvoir correctement répandre le mensonge.

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  • Manuel // 27.03.2018 à 08h43

    « La Russie se met à combattre sérieusement les milices »

    Voilà maintenant qu’on est en train de tomber dans de la propagande pro-russe…

    Et c’est qui ce Christopher Davidson ? En quoi sa parole est-elle plus crédible qu’une autre ?

    https://en.wikipedia.org/wiki/Christopher_Davidson

    Trouvé ce matin : La Chine s’inspire de la Russie dans son action en Syrie :
    http://nationalinterest.org/feature/china-studying-russias-syrian-gambit-25085

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    • SanKuKai // 27.03.2018 à 09h54

      Un nombre de sorties d’avion c’est factuel. Un camion citerne brûlé c’est… un camion brûlé.
      Il faut énoncer ça comment pour ne pas être qualifié de pro-Russe?

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      • Jean // 27.03.2018 à 20h04

        En amont, comment expliquer qu’un trafic de cette importance puisse ne pas être détecté par les satellites américains qui sillonnent la région ? Qui sont ceux qui achètent, qui s’enrichissent par le pillage illégal des ressources d’un État souverain ?

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    • raloul // 27.03.2018 à 09h56

      Bonjour !

      Par pitié montrez un peu plus de hauteur de vue que la tactique «shoot the messenger» (tirer sur le messager) si vous voulez contredire la «propagande pro-russe» que vous voyez sur ce blog.

      Laissez Christopher Davidson tranquille, par contre vous avez toute liberté de critiquer ses écrits, avec des sources volontiers.
      Ça ferait réellement avancer le débat…

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    • Alfred // 27.03.2018 à 10h18

      1- En quoi la fiche wikipedia de Mr Davidson le décédibilise t elle?
      2 – « “La Russie se met à combattre sérieusement les milices” Voilà maintenant qu’on est en train de tomber dans de la propagande pro-russe… »; ben comment dire? Combien de soldats russes sont morts aux mains des milices islamistes en syrie? Que ce soit daesh ou les milices pro-turques? Et combien de soldats américains sont morts aux mains de ces milices? Les faits sont décidéments pro-russes qu’y pouvons nous?
      3- merci pour votre second lien, très intéressant.

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      • Manuel // 27.03.2018 à 11h06

        1. Je ne cherche pas à le décrédibiliser, mais je ne vois pas en quoi il est plus crédible qu’un autre : une voix parmi tant d’autres. Contrairement à R. Parry.

        2. Attention, je ne parle pas de l’action russe, mais je parle du titre. De manière générale, dans les-crises, on a parfois l’impression de vivre dans une certaine fausse naïveté sur l’action russe. Comme si les Russes étaient les gentils et les milices ou groupes djihadistes les méchants, comme s’il fallait poser une morale.
        C’est ce que je reproche à la presse française, c’est de poser une morale sur toute action militaire (bonne ou mauvaise). On peut le voir autrement, comme une question de rapport de forces, d’intérêts communs, de survie de son groupe et de réalisme.

        Je ne juge pas l’action russe comme bonne/mauvaise, mais je cherche à comprendre comment ils défendent leurs intérêts et recherchent des bénéfices dans cette cause. Et pour cela, Poutine est un maître de la géostratégie.

        Et quand je lis « sérieusement », cela suggère simplement le bon élève. C’est possible d’analyser et de s’extraire de cette morale. Ce que faisait très bien Parry.

        P.S. : Je rappelle que je n’ai aucune action sur la politique russe.

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        • un citoyen // 27.03.2018 à 21h35

          Bonne idée, il serait sage en effet de vérifier. Mais quels seraient leurs intérêts ? Quelqu’un aurait-il des pistes à ce sujet (en restant dans l’objectivité) ?
          (note : Si c’est pour le pétrole, la Russie en a et en exporte)

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          • Fred79 // 27.03.2018 à 23h07

            La base navale de Tartous, seul point de ravitaillement de la Marine russe en mer Méditerranée qui ne soit pas aux mains des occidentaux.
            Si les Russes venaient à la perdre, suite à un changement de régime en Syrie, ils perdraient leur influence sur cette région du globe.

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          • un citoyen // 28.03.2018 à 04h59

            Merci Fred79, oui cette base est une position stratégique importante pour la Russie (qui peut aussi accéder à la Méditerranée par la mer Noire mais en passant par Istanbul et donc qui dépend des relations avec la Turquie).
            En voilà deux autres après avoir cherché un peu :
            – En Israël, il existe une communauté Russe et qui serait aussi la plus importante. Ce qui explique (au moins en partie) les liens étroits entre Israël et la Russie. On pourrait penser que la chute d’Assad rassurerait Israël (par affaiblissement de son voisin) mais pas forcément par le fait que Assad est prévisible. Il y a des divergences d’opinions à ce sujet.
            – La menace islamiste/djihadiste qui n’est pas seulement présente au Proche-Orient mais aussi (par exemple) dans le Caucase.

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            • Alfred // 28.03.2018 à 21h03

              Les russes ont été assez clairs sur ce sujet de même que les chinois. Ils estiment que tout foyer jihadiste est une menace alimentée par les américains qui leur est directement destiné. En particulier la syrie. Les russes à travers les minorités musulmanes de la fédération (du caucase en particulier) dont bon nombre sont représentées en syrie. Les chinois à travers la minorité ouigoure instrumentalisée selon eux par la turqui et les etats unis ( plusierues milliers d’entre eux sont en syrie, acheninés à travers des canaux turcs). On en ne peut pas leur faire de grief de penser cela après les épisodes afghans et tchetechenes et les agitations dans l’extrême est chinois. Les jihadistes c’est l’arme des ricains contre la route de la soie chinoise. Une des manches se déroule en Syrie.

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              Alerter
            • un citoyen // 28.03.2018 à 22h23

              Alfred : Je vois cela pour le moment comme une thèse à la fois intéressante et plausible. La question que je me pose, c’est comment en être sûr.
              Serait-il possible, par exemple, que cela soit le fait de la motivation des jihadistes qui s’en prennent à tout le monde et que cela arrange -si c’est bien le cas- les américains ?

              Sinon (au cas où), la piste que j’ai écrite n’a pas été rédigée dans le but de porter un grief contre la Russie, il s’agit simplement d’essayer de comprendre.

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    • Charles Michael // 27.03.2018 à 12h24

      je ne pense pas que les-crises et nombre de ses lecteurs tombent dans quoi que se soit.

      et beaucoup ici ont reconnu un modus operandi typiquement US-Otan:
      – diaboliser un dirigeant, la comparaison avec Hitler est courante
      – mettre en avant les souffrances de la population sous le  »régime », BHL très bon dans le rôle
      – encourager les manifs
      – y provoquer des violences
      – soutenir financièrement et militairement les bons, forcément combattant pour la démocratie
      – intervenir militairement avec ou sans mandat de l’ONU

      La Syrie vient après une longue suite d’interventions dans la région, mais pas que: Yougoslavie, Kosovo-Serbie, Kiev-Maidan (le plus transparent), Vénézuela en ce moment, etc…

      Retour au 19ème siècle des colonisateurs, plus pour chistianniser, juste par humanisme ?

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      • Frédéric // 27.03.2018 à 15h50

        En ce qui me concerne, ce n’est pas la propagande « pro-russe » qui me gène sur le site des Crises, mais plutôt l’absence d’esprit critique de la plupart des commentateurs. Ils partent d’un postulat : ce sont les USA (l’impérialisme, l’OTAN) qui sont la cause des maux de l’humanité. Ceux-ci s’attaquent à la Russie qui ne fait que se défendre. Ensuite, tout découle de ce postulat, par exemple concernant la Crimée, Maidan, la Syrie, etc.

        Dénoncer la politique des Etats occidentaux ne doit pas nous aveugler : tous les Etats, dès lors qu’il s’agit de leurs intérêts stratégiques, sont capables du pire et ils le font sans retenue. La Russie comme les autres. La Russie, dans le prolongement de l’URSS, défend ses intérêts stratégiques et son régime autoritaire tend à écraser toute contestation.

        C’est l’absence quasi totale de critique de l’autoritarisme en Russie qui donne cette tonalité « pro-russe ». Ce qui me conviendrait mieux ce serait plutôt : Ni Dieu, ni Maître, ni César, ni Tribun…

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        • Alfred // 27.03.2018 à 20h43

          Il me semble que renvoyer automatiquement dos à dos tout le monde est le contraire de l’esprit critique justement.
          Sur le temps long il est naturel de préférer les challenger aux puissances trop dominantes du moment (ainsi les colalitions d’États européens contre Napoléon). Aujourd’hui les usa sont à abattre, peut être demain la Chine et ou la Russie. Aujourd’hui on peut constater que les uns font beaucoup appel au droit international alors que les autres le piétinent, parceque: 1- le droit et l’allié des faibles et l’obstacle des forts. 2- parceque justement les adversaires s’en affranchissent, respecter scrupuleusement le droit est la meilleure tactique pour les russes (c’est de la tactique pas de la morale).
          Sur le même principe alors que les uns mentent effrontément (« nous créons notre propre réalité ») il est de l’intérêt des autres de coller autant que possible (le mensonge n »a pas totalement disparu) à la réalité afin d’apparaître plus vertueux. Quel est donc vôtre propre intérêt Frédéric ? Que la Russie et la Chine abandonnent leurs ambitions et se rangent en vassales des usa? Probablement pas. Vous êtes donc « pro russe » sans le savoir.
          (Sinon c’est l’affaire de chacun mais j’ai cru observer que dieu revenait un peu dans les esprits lorsque la mort est vraiment vraiment proche ; et que méconnaitre ses maîtres permet d’affirmer qu’on en a pas).

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          Alerter
          • Frédéric // 28.03.2018 à 11h36

            Je ne renvoie pas dos à dos tout le monde, mais constate l’opposition d’intérêts entre les peuples et les Etats, quels qu’ils soient. Donc oui, je suis « pro-russe » si cela signifie soutenir le peuple Russe, mais cela ne m’empêche pas de dénoncer l’autoritarisme de Poutine. Et que l’on ne dise pas que Poutine est légitime car élu démocratiquement, alors que tout l’appareil d’Etat a fait campagne pour lui et a interdit à ses opposants de se présenter.

            Je ne pense pas que choisir un ennemi principal et ménager les autres soit juste. Dans le cas de la Syrie, ne pas dénoncer Assad sous pretexte qu’il est soutenu par les russes, donc anti-USA, c’est de la tartufferie. Dire que l’intervention Russe est légitime car conforme au droit international alors qu’on accepte l’annexion de la Crimée c’est aussi être un Tartuffe.

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        • Subotai // 28.03.2018 à 02h37

          Un petit tour dans un manuel de géographie stratégique vous éclairerait sur la prétendue absence d’esprit critique que vous soulevez.
          Géographie, toujours la géographie. Ignorez là et vous ne comprenez rien à ce qui se passe.

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          • Frédéric // 28.03.2018 à 11h43

            Géographie, oui, et aussi histoire. Par exemple, il est difficile de comprendre la Russie actuelle sans comprendre ce qu’était l’URSS et, plus avant, la Russie tsariste. Au fond, Poutine n’est-il pas rien d’autre que le nouveau tsar de Russie en train d’essayer de reconstituer son Empire ?

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            • un citoyen // 28.03.2018 à 20h09

              Frédéric, j’apprécie votre esprit critique sur le fait que ce n’est pas parce-qu’il existe bon nombre d’éléments négatifs du côté des pays de l’Otan que cela signifie que tout soit vert en Russie.
              Seulement, votre dernière question semble reposer sur un avis intuitif. Ne faudrait-il pas analyser profondément W.Poutine, comprendre ses opinions, ses motivations, ses qualités, ses défauts,… avant de se risquer à cette conclusion ? (je dis cela, car je ne vois pas la Russie en état de reconstituer l’URSS après avoir complètement changé sa politique, les ambitions de la Russie semblent plutôt se limiter à être présent sur la scène internationale et à se défendre, mais peut-être que je me trompe et que mon intuition est mauvaise).

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              Alerter
  • Catherine // 27.03.2018 à 09h46

    Rebelles, rebelles, rebelles…

    En Europe une velléité d’indépendance exprimée tout à fait pacifiquement et par le biais des urnes (Puigdemont), est qualifiée de rébellion et sanctionnée de 25 ans de prison.

    En Syrie la rébellion armée de kalachnikov, de RPG, de blindés dès lors qu’elle est dirigée contre un gêneur géopolitique, est légitime aux yeux des occidentaux et soutenu par eux.

    Quand ce qui est un rebelle démocrate en Syrie, tue des gens dans un supermarché en Europe c’est un djiadhiste.

    Ça pue l’hypocrisie, le cynisme, l’immoralité tout ça, mais aussi l’insanité profonde.

    C’est bien que les Crises enquête, synthétise et grave dans le marbre pour que l’on n’oublie pas.

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    • Subotai // 28.03.2018 à 02h42

      La Catalogne, c’est une rébellion – techniquement – non armée (pour l’instant?), non soutenue de l’extérieur.
      La Syrie, c’est une rébellion armée, soutenue et entretenue de l’extérieur.
      Qu’un État souverain utilise la force et même torde le cou au Droit pour la réduire est dans l’ordre du fonctionnement de la Cité – Politique.

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  • Grégory // 27.03.2018 à 10h04

    Bon article. Le ton sobre et droit aux faits démultiplie la puissance des graphes. Article parfait pour expliquer à celles et ceux qui avaient compris autre chose.

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  • Olposoch // 27.03.2018 à 11h19

    Truc amusant, j’ai voulu aller voir sur le lien Que vous donnez vers « l’US Department of Defense », ici, donc:
    https://www.defense.gov/News/Article/Article/614523/airstrikes-continue-in-iraq-syria/
    Pas de mobylette, mais des pelleteuses…
    Mais la date (le 23/08/2015) ne correspond pas, allons voir à la date citée (le 04/10/2018):
    https://www.defense.gov/News/Article/Article/621755/airstrikes-continue-against-isil-targets-in-syria-iraq/
    Même lignes, avec pelleteuses, et mobylette, et les frappes de la veille sont copiées collées de celles de 2 mois plus tôt…
    ouvrez les deux pages et cherchez les doublons, l’armée US semble avoir un sérieux problème avec les pelleteuses.
    Cela dit, en Aout, près de Washiyah, les frappes aériennes n’ont eu aucun résultat concluant, ils ont du bombarder un bout de désert désertique. saluons en tous cas la rigueur des rapports, et l’absence notable de tout être humain quel qu’il soit.

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    • Olposoch // 27.03.2018 à 11h30

      Et nous savons que les mobylettes sont des armes imparrables qui ont déjà été utilisées par des terroristes pour échapper à la plus puissante armée du monde, on peut comprendre leur méfiance…

        +18

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  • WASTERLAIN Serge // 27.03.2018 à 12h51

    Je profite du sujet pour poster une vidéo montrant l’accueil par la population de l’armée régulière syrienne à Aym Tarma, localité dans le sud de la Ghouta, libérée/conquise le 23/3.
    A visionner avec réserve tant la vérité est la première victime des guerres, mais les plans larges de la vidéo montrant des manifestants et des rues vides ainsi que le peu de drapeaux de l’état syrien semblent démontrer la spontanéité des manifestations sur cette vidéo que nous ne verrons pas sur nos medias. On attend les vidéos accréditant la tristesse des populations qui se considèrent comme conquises par l’armée syrienne.
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=39&v=ICXs7O65Q6E

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  • l’aieul // 27.03.2018 à 15h32

    C’est quoi votre source pour le graphique?
    Non parce que l’aviation Russe en Syrie est à en moyenne 100-120 frappe jours et ça peut monter beaucoup plus haut lors des grosses opérations.
    Et c’est sans compter le déploiement aéronaval, les frappes de missiles, les deux escadrons d’hélicoptères de combat, les bombardiers lourds qui viennent de Russie, etc…

    50 c’est une estimation basse sur la base de la quantité de bombardiers présents en Syrie, dont le format évolue en fonction des phases de conflit et des rotations mais est en gros un parc de 32 avions. Ce qui veut dire un minimum de 24 « avions constant », et un minium de deux sorties par jour, littéralement… (et donc deux sorties nuit, si ils en font).
    Je suppose que c’est de là que vient le 50. Mais c’est l’estimation la plus basse de ce que le groupe aérien (fixe) russe déployé en Syrie est capable.

    Et une sortie c’est pas une frappe, c’est plusieurs (1 à 4 pour un appareil léger) ou aucune (patrouille).
    Tapez « combat sorties » sur le site de dépêches à vocation internationales du ministère de la défense russe. http://eng.mil.ru/en/results_of_search.htm et vous allez de suite vous apercevoir que ce chiffre n’est pas forcément représentatif du nombre réel de sorties et encore moins du nombre de frappes (et qui est bien ce sur quoi « la coalition » communique).
    C’est pas un rapport d’un pour deux ou d’un pour quatre…
    C’est un pour dix ou un pour vingt.

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  • nono // 27.03.2018 à 20h41

    @Olivier, pour le dernier chapitre de l’enquête implacable, je suis certain que tu n’ignores pas le papier de M. Chaix de la fin de l’année dernière, disparu depuis quelques semaines et réapparu sur le site du dingo eschatoloco-narrativo-déterministe (pour faire court)…
    Bref, le papier de Chaix:
    http://www.dedefensa.org/article/daech-un-atout-strategiquesous-ladministration-obama

      +7

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