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30.octobre.201830.10.2018 // Les Crises

Le Congo dans l’abîme, par Ann Garrison

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Source : Ann Garrison, Consortium News, 17-10-2018

Le 17 octobre 2018

L’agression des gouvernements occidentaux a infligé de multiples holocaustes au peuple congolais, explique l’historienne congolaise Bénédicte Kumbi Ndjoko à Ann Garrison.

Cette semaine, j’ai parlé à l’historienne et militante suisse congolaise Bénédicte Kumbi Ndjoko de l’évolution récente de la situation en République démocratique du Congo, qui a déclaré : « Au Congo, le capitalisme mondialisé crée un chaos permanent ».

Ann Garrison : Le 12 février 2018, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a rapporté qu’il y avait 4,49 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI) en République démocratique du Congo et 630 500 réfugiés dans les pays voisins. La population déplacée a presque doublé au cours de la seule année précédente, principalement à la suite d’affrontements et d’attaques armées. Il semble que les conditions sur le terrain au Congo se détériorent de plus en plus.

Bénédicte Kumbi Ndjoko : Le Congo se trouve en effet dans une situation critique. Nous savons combien sa population a souffert depuis les génocides au Rwanda et tous les déplacements qu’ils ont provoqués, puis par les guerres que le Rwanda et l’Ouganda ont menées contre le Congo de 1996 à 1997, puis de 1998 à 2003, avec le soutien des États-Unis, du Royaume-Uni et de leurs alliés. Aujourd’hui, certains observateurs parlent du Congo comme d’un pays post-conflit, mais il s’agit toujours d’un conflit de faible intensité, de temps à autre, intermittent, chaud ou froid. Un conflit qui se prolonge ainsi peut devenir encore plus meurtrier qu’une guerre déclarée, comme ce fut le cas dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu qui bordent le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Plus d’un million des 4,49 millions de personnes déplacées se trouvent dans la province du Nord-Kivu.

Au cours des deux dernières années, la situation s’est également détériorée dans la région du Kasaï, où des personnes sont exterminées ou déplacées en Angola. Les attaques contre les populations de l’ancienne province du Katanga, qui a été divisée en provinces du Tanganyika, du Haut-Lomami, de Lualaba et du Haut-Katanga en 2015, ont également augmenté. Le Congo et son peuple ne sont pas au bord du gouffre, ils y sont tombés depuis longtemps.

« Des gens sont exterminés dans la région du Kasaï ou déplacés en Angola. »

Bénédicte Kumbi Ndjoko

AG : Il est difficile de s’exprimer sur tant de souffrance. Qu’est-ce que vous aimeriez le plus en dire ici ?

BKN : La souffrance doit inspirer la compassion, mais la compassion doit inspirer la réflexion. La personne qui regarde un être humain en souffrance peut-elle se demander si elle n’est pas impliquée d’une manière ou d’une autre dans la souffrance de l’individu qui se trouve devant elle ? Peut-elle saisir les causes des crimes perpétrés contre cet être humain et les implications politiques qui découlent de ces actes ? Si nous nous arrêtons à la souffrance du peuple congolais, nous ne pourrons pas nous attaquer à ses particularités et à ses causes. Ce ne sera pas différent des images déprimantes et fatalistes qui ont façonné l’image de l’Afrique dans l’esprit des gens. Nous devons examiner l’agression impérialiste des gouvernements occidentaux contre le Congo et l’Afrique dans son ensemble.

AG : Denis Mukwege, le gynécologue congolais connu comme « l’homme qui guérit les femmes » pour avoir soigné les victimes de viols brutaux dans l’est du Congo, a finalement remporté le prix Nobel de la paix cette année. Cela vous donne-t-il de l’espoir ?

BKN : J’ai eu l’occasion de rencontrer le Dr Mukwege en personne. J’ai vu cet homme avec des femmes du monde entier qui avaient toutes été violées pendant les conflits. Elles venaient du Congo, du Rwanda, du Soudan, de Syrie et d’Irak. Je pouvais voir comment cet homme parlait à ces femmes, l’intérêt qu’il avait pour elles et sa façon de leur dire que leur parole comptait. Il a toute mon admiration.

Cela dit, il me semble qu’il y a aussi quelque chose de cynique à lui remettre le prix Nobel de la paix. C’est une réalité organisée et mise en scène qui oblitère l’agression impérialiste au Congo et encourage un consensus mondial pour arrêter les viols mais continuer la guerre. Cela aide le public du prix Nobel de la paix occidental se sent bien dans sa peau et éprouve de la compassion à l’égard des victimes de la sauvagerie africaine. Nadia Murad, la survivante irakienne d’un viol qui a partagé le Prix de la paix de cette année avec le Dr Mukwege, est venue renforcer cette conviction. Elle a déclaré qu’elle continuerait à défendre les droits des victimes de viol et de torture et des minorités persécutées, comme la minorité kurde Yazidi à laquelle elle appartient.

« Le prix Nobel de la paix encourage un consensus mondial pour arrêter les viols mais continuer la guerre. »

Le discours profondément politique imposé par le Comité Nobel vise à renforcer, et non à perturber, l’ordre dominant. Cela fait partie de la volonté occidentale d’écrire l’histoire officielle, où l’important est de construire un discours sur la femme, sur les brutalités qu’elle a à subir. C’est un discours entièrement accepté dans les sociétés occidentales à cause des luttes féministes. Dans ce discours, le Dr Mukwege est l’homme entre deux mondes, un homme noir qu’on destine à devenir blanc. Il est comme l’homme blanc qui sait défendre les droits des femmes contre la barbarie des hommes non civilisés – les Noirs dans ce cas – qui sont essentiellement définis par leur sauvagerie.

AG : Le viol d’hommes est aussi une arme de guerre au Congo et ailleurs. Il est rarement rapporté, bien qu’il ait fait l’objet d’une certaine attention dans Le comité Nobel met l’accent sur le viol dans les conflits, un rapport de l’« Economist » du 11 octobre qui dit qu’il est difficile d’estimer sa fréquence parce que tant d’hommes craignent de le rapporter parce qu’ils sont si humiliés et peuvent craindre d’être accusés du crime d’homosexualité. Le Refugee Law Project de l’Ouganda [un projet de sensibilisation communautaire au sein de l’école de droit de Makerere à Kampala, NdT] l’a expliqué en profondeur dans son film Gender Against Men [Le genre contre les hommes, NdT], que je recommande à quiconque lit ceci. Le viol d’hommes et de femmes comme arme de destruction de la communauté montre plus clairement qu’il y a un génocide en cours contre le peuple congolais, pas seulement un « féminicide ». Pourriez-vous nous dire en quoi l’accent particulier mis sur la violence faite aux femmes cache cela ?

BKN : J’ai toujours été troublée par le discours de Margaret Wallström, l’ancienne Envoyée spéciale des Nations unies pour la violence contre les femmes et les enfants dans les conflits. En 2010, après un séjour au Congo, elle a affirmé que ce pays était la capitale mondiale du viol et a exhorté le Conseil de sécurité à agir pour y mettre fin. Cette déclaration associait le crime de viol à une nation spécifique, le Congo, et à tous les hommes qui s’y trouvaient. Le mot “capitale” désigne généralement le lieu le plus central, le cerveau et le cœur d’une nation, porteur des valeurs culturelles. L’une des valeurs culturelles du Congo serait donc le viol ?

Cette perception d’une société congolaise pathologique remplie de violeurs masculins est également partagée par de nombreuses femmes occidentales qui militent pour les femmes congolaises, comme Eve Ensler. Elles vont même jusqu’à qualifier ce qui se passe au Congo de féminicide, de guerre contre les femmes. Ceci dépeint l’homme congolais comme un violeur atavique.

« La perception d’une société congolaise pathologique remplie de violeurs masculins est également partagée par de nombreuses femmes occidentales qui font campagne pour les femmes congolaises. »

L’accent extrême mis sur le corps des femmes congolaises n’est pas destiné à les défendre, mais s’inscrit dans un discours plus large sur la sauvagerie des hommes congolais et des populations masculines africaines noires en général. Le Congo est la capitale mondiale du viol. Le Congo est la capitale d’une nation sauvage au cœur de l’Afrique noire où des hommes congolais violent des femmes pour les détruire. Qui pourrait regretter de voir une société aussi déviante disparaître de la surface de la terre ?

Wallström : Elle n’a pas condamné l’intervention de l’Occident.

L’envoyée de l’ONU Margaret Wallström n’a pas appelé à la fin de la guerre impérialiste menée contre le Congo et l’Afrique en général. Elle n’a rien dit au sujet des puissances impériales qui ont commandité les crimes de guerre, y compris les viols, contre le peuple congolais. Elle n’a pas demandé au Conseil de sécurité de constituer un tribunal chargé de poursuivre les crimes qui ont été mis en évidence dans le rapport 2010 de l’ONU sur la cartographie des violations des droits de l’homme en République démocratique du Congo entre 1993-2003, qui a révélé de manière très significative les crimes du Rwanda, allié de longue date des États-Unis. Au lieu de cela, elle a qualifié le Congo de capitale mondiale du viol et a appelé le Conseil de sécurité à intervenir contre les hommes congolais sauvages.

AG : Certaines personnes ont proposé que le Dr Mukwege, l’autorité morale la plus internationalement reconnue au Congo, y dirige un gouvernement de transition. Il s’agit notamment de nos amis communs Patrick Mbecko et Jean-Claude Maswana, tous deux des universitaires et militants congolais très respectés. Que pensez-vous de cette idée, et comment imaginez-vous le “gouvernement de transition” au Congo ?

BKN : Le fait est que je me demande souvent ce que les gens veulent dire lorsqu’ils disent vouloir un gouvernement de transition. Je suis sûre que nos amis Patrick Mbeko et Jean-Claude Maswana ont des idées très précises sur ce que cela signifie, mais quand je lis beaucoup d’autres Congolais sur la « transition », il me semble que c’est une sorte de sac magique qui nous aiderait à nous débarrasser du président Joseph Kabila, de ses troupes et des occupants rwandais. Ils n’abordent en aucune façon, par exemple, le problème du néocolonialisme ou le cas de la soi-disant opposition congolaise. Ces représentants sont, à mon avis, des personnes qui doivent être éloignées de la sphère politique au Congo. Ils ont participé de manière flagrante au maintien du règne tyrannique de Kabila, même lorsque la soi-disant constitution ne lui permettait plus de rester au pouvoir. De plus, ils n’ont jamais eu le courage d’expliquer à la population le rôle joué par le Rwanda et l’Ouganda dans la tragédie du Congo. Allons-nous les inclure dans ce gouvernement de transition ? La transition ainsi présentée ne me plaît pas, même si elle est dirigée par le Dr Mukwege.

« Seule une rupture profonde et radicale nous donnerait la possibilité de reconstruire l’État congolais. »

Je souscris plutôt à la pensée d’un autre de mes amis, le Père Jean-Pierre Mbelu. Pour lui, on ne peut pas parler de gouvernement de transition au Congo, car cela suppose qu’il y ait eu une forme de démocratie qui doit être restaurée après une période de crise. Le problème du Congo, cependant, ne peut se résumer à une crise politique. L’appel aux transitions a été la solution que la communauté internationale a voulu systématiser dans plusieurs pays africains, dont le Congo, mais ses résultats laissent beaucoup à désirer. La transition après Kabila accorde, à mon avis, trop d’importance à Kabila. Cet appel n’insiste pas assez pour révéler qui a créé Kabila et ne nous informe pas sur le type de gouvernement et de société que nous voulons construire après Kabila.

AG : Les libéraux démocrates et même les gauchistes aux États-Unis sont maintenant tellement horrifiés par Donald Trump que notre politique a été largement réduite à une politique pro et anti-Trump. Vous avez le même problème avec Kabila au Congo, n’est-ce pas ?

BKN : Oui, et c’est une position éminemment dangereuse parce que cela signifie en fait que nous n’avons pas le choix. Il s’agit d’un dilemme qui ne permet aucune évasion ou possibilité d’imaginer d’autres systèmes que ceux qui existent. Dans ce cas-ci, nous sommes au milieu d’une illusion démocratique. La démocratie selon ce sens est le droit d’être pour ou contre. C’est le droit de choisir entre deux faces d’une même pièce alors que l’idéologie qui la crée reste inchangée. Il s’agit du problème fondamental posé par le capitalisme. C’est en effet un système qui organise un non-choix, qui crée l’illusion du choix au profit des oligarchies qui nous gouvernent. La tragédie des pays comme le nôtre, c’est qu’ils courent après ce qu’ils croient être la démocratie, un système binaire où la seule possibilité est d’être pro- ou anti-X. C’est d’autant plus triste que nous avons oublié que ce système binaire n’a jamais existé sur le continent africain avant la colonisation, mais des formes de démocratie réelle ont existé, surtout dans le royaume du Kongo.

AG : Kabila devrait partir, comme Trump, mais quelles autres formes d’organisation sont nécessaires pour soulager les souffrances et mettre les Congolais sur la voie de la revendication de l’énorme richesse et du potentiel de leur pays ?

BKN : Si nous pensons au changement, nous devons comprendre que nous vivons tous dans le contexte du capitalisme mondialisé. Il faut aussi comprendre que le capitalisme apparaît sous des formes différentes selon l’espace qu’il cible. Au Congo, elle crée un chaos permanent afin de maintenir les gens dans ce chaos, sans limites à la violence car l’État n’existe que comme le simulacre le plus minimal des institutions occidentales. Telles sont les conditions préalables au pillage du pays, à l’épuisement de ses minerais et autres ressources naturelles, dont certaines ont été déclarées stratégiques pour la sécurité américaine. Non seulement elle tue et déplace les Congolais, mais elle démantèle aussi leurs communautés et les désoriente tellement qu’ils sont incapables de comprendre le monde capitaliste mondial et le rôle auquel le Congo est relégué en son sein. Cela élimine presque totalement leur capacité à se défendre. Il faut comprendre et élargir la compréhension de ce phénomène pour riposter efficacement et provoquer le changement.

L’individu seul, même s’il comprend ce qui est en jeu, ne peut rien changer, mais le Congo est assailli encore et encore par l’idée que seul un individu peut changer le cours des événements, alors les gens attendent cet individu en particulier. Il n’est donc pas surprenant de voir l’attention extrême accordée à la question de l’identité du prochain président. Cette orientation est fondamentalement désorientante. C’est un élément clé de la collaboration entre la bourgeoisie comprador [Selon la théorie marxiste de l’impérialisme, il y a deux types de bourgeoisie : la bourgeoisie nationale – indépendante, avec des intérêts et une culture propres, et dont l’existence est liée à un État-nation – et la bourgeoisie « comprador » – inféodée au capital étranger, souvent comme simple intermédiaire vers un territoire donné, tirant sa position dominante du commerce avec l’étranger, NdT] et les impérialistes, qui résume l’histoire politique du Congo depuis son indépendance.

« La souveraineté politique ne peut être reconquise qu’au niveau d’une communauté démocratique, où des politiques favorables aux pauvres et fondées sur les droits peuvent être élaborées et, finalement, façonner l’avenir du Congo. »

Nous devons donc inverser les choses de manière à répartir le pouvoir de la base vers le sommet. Il est donc important non pas pour l’individu mais pour les communautés d’acquérir un certain niveau de contrôle sur les différents aspects de leur vie quotidienne. Cela signifie que nous avons besoin d’organisations de base solides qui seront en mesure de produire de l’énergie et d’entreprendre des actions collectives pour contester l’ordre existant. Un tel engagement exige que les Congolais comprennent que le pouvoir tel qu’il existe est une construction sociale mise en place par les colonisateurs il y a 500 ans. La souveraineté politique ne peut être reconquise qu’au niveau d’une communauté démocratique, où des politiques favorables aux pauvres et fondées sur les droits peuvent être élaborées et façonner l’avenir du Congo. Et encore une fois, le Congo a connu par le passé ces formes d’organisations communautaires, donc elles doivent être récupérées et adaptées pour vaincre les réalités du néolibéralisme tel qu’il se distingue du colonialisme formel et du néocolonialisme.

Il faudra aussi organiser des forces d’autodéfense parce qu’il ne faut pas se leurrer. Ceux qui nous exploitent ont des armes, et ils ne sont pas prêts à lâcher le Congo. Ce doit être une guerre de libération.

AG : Enfin, pourriez-vous nous faire part des derniers développements de l’occupation du Congo par le Rwanda ? Les prisonniers politiques rwandais Victoire Ingabire et Kizito Mihigo ont été libérés au début du mois. Puis, la semaine dernière, la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo l’a emporté après sa candidature à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Toujours la semaine dernière, un procureur français a demandé à un juge français d’abandonner les poursuites engagées contre des officiers de l’Armée patriotique rwandaise pour l’assassinat du président rwandais Juvenal Habyarimana et du président burundais Cyprien Ntaryamira en 1994.

Kabila : Proconsul de Kigali au Congo

BKN : Ces deux dernières années, Kabila, proconsul de Kigali au Congo, a œuvré au renforcement de l’occupation rwandaise du pays en nommant des officiers supérieurs tutsis dans l’armée nationale et en nommant des hommes comme Azarias Ruberwa à la tête du ministère de la Décentralisation, que les Congolais appellent le ministère pour la balkanisation. Cela montre que le président rwandais Paul Kagame et ceux qui l’entourent n’ont pas l’intention de se retirer du Congo, un pays dont la richesse leur permet de construire de grands et somptueux bâtiments dans la capitale du Rwanda, puis de montrer ceux-ci comme preuve de la croissance économique du Rwanda, même si la plupart des Rwandais sont encore très pauvres et que le pays dépend toujours de l’aide extérieure pour 40% de son budget annuel.

Le vernis rutilant du Rwanda et la fable répandue sur la croissance économique rwandaise donnent également à Kagame une crédibilité auprès des Africains, et c’est pourquoi la nomination de Mushikiwabo a été assez bien reçue en Afrique. La plupart des Africains sont, comme le reste du monde, mal informés des réalités rwandaises. Ils ont interprété la nomination de Mushikiwabo comme la victoire d’un leader africain contre l’Europe, la France en particulier. Ils oublient que la France joue le premier rôle dans la Francophonie et la France a choisi Mushikiwabo. [Voir The ugly facts about the Francophonie]. Quand la France dit qu’elle veut qu’une personne en particulier dirige l’organisation, elle obtient le plus souvent ce qu’elle veut.

« Le président rwandais Paul Kagame et ceux qui l’entourent n’ont pas l’intention de se retirer du Congo. »

Avoir Mushikiwabo comme président est un moyen pour la France de regagner l’influence en Afrique centrale qu’elle a perdue face aux États-Unis après l’arrivée de Bill Clinton à la Maison-Blanche. Dans ce marché franco-rwandais – parce que c’est ce qu’il est – Kagame a dû exiger que l’enquête française de longue date sur son attaque contre l’avion du président rwandais Juvenal Habyarimana soit définitivement fermée parce que c’était une réfutation grave du panégyrique selon lequel il est le sauveur du Rwanda. Certains appellent cela une victoire pour la diplomatie rwandaise, mais c’est plus comme un petit tueur à gages au milieu d’une mafia internationale utilisant le chantage pour atteindre ses fins. Du côté français, elle les aide à rétablir l’accès de la France à l’immense richesse du sous-sol congolais.

Il est également important que la France ne semble pas être associée à un régime brutal qui emprisonne les opposantes. Kagame a donc été contraint de libérer les prisonnières politiques Victoire Ingabire Umuhoza et Diane Rwigara pour polir son image.Dans un pays qui se vante d’avoir travaillé si dur pour la promotion de la femme, ces prisonnières politiques de haut niveau, qui ont toutes deux tenté de défier Kagame pour la présidence, ont énormément taché son image. Mais la bonne nouvelle est que ces deux femmes ont refusé de garder le silence sur ce qui se passait au Rwanda après leur libération. Elles annoncent un avenir beaucoup plus difficile pour Kagame et le système mortifère qu’il a mis en place. C’est donc une grande joie de voir ces femmes à nouveau libres et plus déterminées que jamais. Elles sont parmi les leaders et les organisateurs que cette région qui souffre depuis longtemps a espéré.

Cet article a été publié à l’origine dans le Black Agenda Report.

Ann Garrison est une journaliste indépendante basée dans la région de la baie de San Francisco. En 2014, elle a reçu le prix Victoire Ingabire Umuhoza pour ses reportages sur les conflits dans la région africaine des Grands Lacs. On peut la joindre à ann@anngarrison.com.

Source : Ann Garrison, Consortium News, 17-10-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Alfred // 30.10.2018 à 08h15

Kabila (celui là en particulier) héritier de l’indépendance ? Ce Kabila est une créature de kagame qui est lui même [Modéré] des américains dans la région et pilleur en chef du Congo. Donc on comprend très bien ce que dit cette dame.
(Par contre j’apprécie moins sa distinction entre les hommes noirs et les hommes blancs que je trouve raciste. Pour moi il y a les salauds noirs et blancs et les autres (aussi noirs et blancs)).
Coucou la modération “our son of a bitch” est l’expression consacrée au plus haut niveau de l’état américain. Pas une insulte mais une référence précise…

29 réactions et commentaires

  • pam // 30.10.2018 à 07h38

    La dénonciation de la guerre et du néocolonialisme est utile, y compris dans on discours de défense apparente des droits par ceux qui n’ont rien à dire sur la guerre…
    Mais je ne comprends pas bien comment on peut espérer combattre l’agression impérialiste occidentale contre le Congo et en même temps le régime Kabila héritier de l’indépendance congolaise, régime qui est clairement l’ennemi déclaré de l’impérialisme occidental ?Malheureusement dans une guerre, il y a toujours deux cotés…

    Il faudrait qu’elle réponde à la question qu’elle pose à Mukwege et lui demander de dire justement dans quel projet de société elle inscrit son action contre le néocolonialisme, avec quelles forces issues de l’indépendance…

    pam

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    • Alfred // 30.10.2018 à 08h15

      Kabila (celui là en particulier) héritier de l’indépendance ? Ce Kabila est une créature de kagame qui est lui même [Modéré] des américains dans la région et pilleur en chef du Congo. Donc on comprend très bien ce que dit cette dame.
      (Par contre j’apprécie moins sa distinction entre les hommes noirs et les hommes blancs que je trouve raciste. Pour moi il y a les salauds noirs et blancs et les autres (aussi noirs et blancs)).
      Coucou la modération “our son of a bitch” est l’expression consacrée au plus haut niveau de l’état américain. Pas une insulte mais une référence précise…

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    • vuganeza brown // 30.10.2018 à 16h25

      Il y a deux choses que je suis obligé de soulever. C’est vraiment lamentable de dire que vous connaissez la région et son histoire, mais confondre presque tout. Ruberwa n’est pas Rwandais, d’ailleurs par rapport, il paraît même qu’il travaille bien plus que les autres qui sont à vos yeux les vrais Congolais. En plus, la médiocrité de la politique en Rdc n’est pas en grande partie la faute des autres. Merci.

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      • Interimlover // 01.11.2018 à 15h22

        Médiocrité de la scène politique congolaise, j’en conviens.

        Et je laisse aux historiens de bonne volonté de trancher, un jour peut-être, quant à la responsabilité réelle des uns et des autres dans ces massacres ayant eu cours à compter des 90’s.

        Ce dont je puis toutefois témoigner, de visu : les camions pleins de minerai qui, régulièrement, passaient sous ma fenêtre sur la route Cyangugu-Butare…l’hystérie gouvernementale concernant la question du génocide (“du génocide” et non pas “des”, j’insiste)… Puis, durant mes années congolaises et au contact de colonels du régime, pas même tutsiphobes (eux-mêmes ne cachaient tirer leur part du gâteau, lors de leurs lucratives activités militaires à l’Est) : le poids écrasant des cadres militaires tutsis au sein de l’armée congolaise, l’existence manifeste de “taupes” au sommet de l’Etat-major… Dés pipés en somme et, en définitive et comme si c’était nécessaire, le cynisme comme réponse aux désillusions ; se servir aussi au passage, puisque de toute façon condamnés à être pillés par autrui avec le blanc-seing de l’Etat.

        J’ai fini par quitter ce pays tant, au contact notamment de ces témoignages de première main, il semblait durablement dépourvu d’avenir, pour de bon plongé dans le chaos.

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  • Pierre Kiroul // 30.10.2018 à 09h12

    Je compatis très sincèrement avec les tous les Congolais, et je suis bien triste, mais je ne me sens absolument pas responsable de la situation actuelle du Congo, et je refuse de faire tout acte de contrition sur le sujet.
    Le monde n’est pas un jardin d’enfants, c’est plutôt une arène où les lions sont lâchés. Le Congo a eu son indépendance comme tous les autres pays d’Afrique, une indépendance peut-être trop précoce ou mal préparée, je ne sais.
    Cependant, un enfant qui est émancipé à sa demande doit assumer son choix et se donner la force de devenir adulte avec toutes les difficultés que cela représente (la difficulté qui ne tue pas renforce, mais la difficulté peut aussi tuer, il ne faut pas se leurrer). Pleurer sur son sort en accusant sans cesse les autres n’est pas une solution, et surtout pas la solution.
    C’est aux Congolais de se prendre par en main pour faire de leur pays un pays digne et qui compte en Afrique. Personne ne pourra le faire à leur place, ou ce sera de fait une nouvelle colonisation. Il faut que les Congolais, tous les Congolais, cessent de compter sur les autres. Les autres aussi ont leur problème d’indépendance, même les pays les plus avancés y sont confrontés. Les Congolais devront faire des choix en choisissant le plus souvent la moins mauvaise solution. Mais c’est leur responsabilité de le faire. Accuser en permanence la colonisation, puis la décolonisation, et enfin la néocolonisation n’est ni une excuse, ni une justification, ni une solution.
    Tourner vos regards vers les pays comme le Vietnam qui eux aussi ont été colonisés, et qui ont su devenir des pays adultes avec toutes les difficultés auxquelles ces pays continuent d’être confrontés, et les pressions mondialistes auxquelles ils font face.
    Ne pas dire la vérité aux Congolais n’est pas un service à leur rendre.

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    • John V. Doe // 31.10.2018 à 08h00

      L’indépendance du Vietnam est passée par une guerre féroce contre les occidentaux (France puis USA) et un contrôle absolu des investissements étrangers. Ce n’est pas le cas au Congo où le capitalisme occidental a toujours eu les mains libres pour imposer ses lois et son désordre. Ce dernier est caractéristique de la “néo-colonisation” et du néo-libéralisme en général : suppression de l’état pour réduire les pays à une jungle d’individus où elle peut “librement” financer l’un ou l’autre seigneur de la guerre, cf Somalie, Libye & C°.

      Prétendre que les congolais ont leur destin en main est aussi risible que de croire en une presse libre en France parce qu’elle n’est pas dans les seules mains de l’État mais aussi dans celles d’acteurs privés juste “un peu” milliardaires.

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      • christian gedeon // 31.10.2018 à 11h05

        je ne veux pas vous contredire pour le plaisir…mais aujourd’hui,les US sont le premier partenaire commercial du Vietnam,je crois le premier investisseur aussi. Et Hanoî se place plus oui moins ouvertement sous le parapluie américain tant l’appétit de son voisin chinois est vorace…notamment sur les îles vietnamiennes…alors,qui a “gagné” la guerre? Objectivement?

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  • christian gedeon // 30.10.2018 à 10h29

    Ah,enfin on parle d’Afrique..s’il n’ y avait que le Congo! mais une fois de plus,inlassablement le neocolonialisme est responsable de tout(ou presque),coupable de tout (ou presque).Oh loin de moi l’idée de méconnaître la prédation dont l’Afrique est l’objet,fût ce au prix des pires exactions. Elle existe,oh combien. mais je conteste l’utilisation du mot neocolonialisme…je le conteste parce qu’il ne permet pas,justement,de sortir du colonialisme…ne permet pas de questionner la gouvernance des pays africains. Un seul mot,neocolonialisme,et il devient interdit de penser. faire le parallèle avec le mot populisme ou fascisme en Europe.Pour ce qui est des gens deportés vers l’Angola,l’article a deux mois de retard. Parce que l’Angola,dans le silence général ou presque,a viré un demi million de “refugiés “,sans formes,ni tambours ,ni trompettes. Exciper à tout bout de champ du mot neocolonialiste envers les africains,c’est les traiter comme des colonisés, et pas comme des pays indépendants,qu’on y pense!

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    • kriss34 // 31.10.2018 à 07h50

      Je vous rejoins, il ne faut pas appeler la prédation actuelle du contient africain du néo-colonialisme. Non, c’est et ça reste du colonialisme.
      Votre commentaire est un pur sophisme.

      Quant à la personne qui dit se laver les mains de ce qui se passe là-bas, il faudra qu’il nous explique comment son smartphone peut se passer du coltan du Kivu (exemple parmi une myriade d’autres).
      Ce n’est pas un procès que je lui fais, je suis complice aussi. Mais de grâce, ne jouez pas les Ponce Pilates. Dites juste, je n’ai pas la force de lutter aussi contre cette injustice-là. Ce sera plus honnête.
      Peace.

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      • christian gedeon // 31.10.2018 à 11h16

        Sophisme donc… c’est ainsi que vous appelez indépendance des pays africains? Un sophisme? Je laisse les africains juger de votre incroyable arrogance. Tellement courante,hélas. Votre post traduit ce sentiment ahurissant que les Africains ne sont responsables de rien… qu’ils ne peuvent pas gérer leurs propres pays,qu’ils sont en fait ,des “incapables ” au sens juridique du terme. je m’élève ,avec la plus grande véhémence,contre cette vision qui se veut “anticolonialiste et droitdel’hommiste, et qui n’est en fait que bel et vrai neocolonialisme. Monsieur,les africains n’ont pas besoin de vous pour réfléchir et être indépendants…

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  • un citoyen // 30.10.2018 à 11h06

    Un truc que je ne comprends pas (ou mal) : Pourquoi P.Kagame a exigé la fermeture de l’enquête sur l’assassinat du président rwandais J.Habyarimana en 1994, alors que les coupables auraient probablement été des extrémistes hutus (après une contre-enquête -en 2012- suite à une première thèse attribuant la culpabilité à P.Kagame) et sachant qu’il avait ensuite gagné militairement contre les génocidaires ?

    Quoi qu’il en soit, le retour à l’ordre au Rwanda par le nouveau président ne justifie évidemment en rien l’expansion rwandaise problématique au Congo, que je découvre par cet article.

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    • christian gedeon // 30.10.2018 à 11h07

      Pourquoi? Elle est bien bonne,celle là…cherchez le commanditaire.

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      • un citoyen // 30.10.2018 à 11h32

        Vous êtes sûr de vous… moi je n’en sais rien (aucune des deux thèses n’est confirmée, bien que la deuxième ait des arguments solides en sa faveur). Voilà pourquoi je pose la question.

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        • Alfred // 30.10.2018 à 13h15

          Christian est peut être sur de lui car il ne découvre pas “l’influence” rwandaise au Congo dans cet article. Nous parlons de faits très biens connus depuis longtemps de tous ceux qui s’intéressent à ce sujet. Franchement vous connaissez “deux thèses avec des arguments sérieux” ET vous découvrez le rôle du Rwanda dans cet article ? Quelque chose cloche.
          Peut être devriez vous vous renseigner sur les ex officiers de kagame assassinés à droite et à gauche. Jdjdr.

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          • un citoyen // 30.10.2018 à 14h43

            Alfred : Je pense que vous avez mal analysé ce que j’ai écrit. Là où j’affirme ne pas connaître la réponse, c’est si P.Kagame a été lié ou non à l’assassinat de J.Habyarimana en 1994 au Rwanda, et il y a bien eu deux thèses à ce sujet (une thèse n’équivalant pas à une affirmation avérée). Et ceci indépendamment à la situation de l’ingérence au Congo.
            Ceci bien que je pense que la seconde (du fait des extrémistes hutus + …) ait plus de chances d’être dans le vrai, plutôt que le fait de P.Kadame. Mais comme ce dernier demande l’arrêt de l’enquête, il y a un doute qui refait pencher la balance en faveur de la première thèse. C’est ce qui m’a interloqué et c’est pour cela que j’ai posé la question.

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            • Alfred // 30.10.2018 à 16h33

              Je voulais simplement vous rappeler que de même que le rôle du Rwanda au congo est quand même de notoriété publique il etait assez difficile de passer à côté des assassinats d’ex subalternes de kagame l’ayant mis en cause dans le double assassinat des présidents. Ces disparitions lestent encore plus lourdement un plateau de la balance que cet article ci car le lien est bien plus direct et évident.
              Mais au fond il ne s’agit pas de kagame ou des extemistes hutus. Il s’agit des yankees expulsant les français. Et de ce point de vue les dernières évolutions à plat ventre de la diplomatie française dans la région sont spectaculairement honteuses. Je pense qu’il n’y a pas que des français pour l’avoir mauvaise…

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    • bluetonga // 30.10.2018 à 20h18

      Vous pourriez trouver toutes sortes d’indice dans le livre de Pierre Péan “Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique” qui traite précisément de ce sujet (il a été très prolifique sur le thème). Les massacres des Tutsi de 1994 doivent être compris dans une perspective historique et géopolitique beaucoup plus vaste, incorporant les pays limitrophes comme le Congo (ex-Zaïre), l’Ouganda, le Soudan, etc. Les intérêts sont économiques, bien sûr, mais aussi géopolitiques (le Soudan, république islamiste gigantesque aux portes du Moyen-Orient…, suivez mon regard). Paul Kagame a été largement sponsorisé par l’oncle d’Amérique (brève formation militaire à Fort Leavenworth, Kansas) et ses habituels neveux, où se distinguent l’UK et Israël. A la clef, la mainmise sur les fabuleuses richesses de la région, un recentrage de la Françafrique vers le monde anglo-saxon, une neutralisation des islamistes du nord. La campagne contre le Darfour a participé de la même logique.

      Le massacre des Tutsis a été en fait un massacre assez bilatéral, qui se perpétue toujours aujourd’hui à bas bruit, notamment auprès des Hutus réfugiés dans l’est du Congo. Kagame a profité de cette situation pour reconquérir le Rwanda, nettoyer les gêneurs et ensuite occuper la partie est du Congo, le Kivu. Les affaires y tournent à plein rendement, d’où la notion d’occupation et de pillage. Joseph Kabila, fils putativement adoptif de Laurent Désiré Kabila, a grandi et s’est formé auprès des rebelles rwandais, et son rôle est, ou a été, ambigu dès le départ. Bref, il y aurait complot de longue date pour instaurer en Afrique centrale une nouvelle république, la république des volcans, dominée par l’élite tutsie, sponsorisée par l’occident anglo-saxon, sur le modèle des républiques bananières du bon vieux temps, avec en arrière-plan le choc des civilisations et le bien être des nations exceptionnelles.

      L’attentat contre l’avion de Habyarimana aurait été le premier acte nécessaire à cette vaste et sanglante opération de conquête. Si la thèse est fondée, même partiellement, on peut dire que ce serait un parangon de cynisme politique et géopolitique. Kagame et ses mentors auraient sciemment provoqué la crise et les massacres pour intervenir militairement et reprendre le contrôle non pas du pays, mais de la région.

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      • un citoyen // 31.10.2018 à 03h50

        Je ne suis pas trop d’accord avec le dernier paragraphe, je pense que c’est plus complexe et pas aussi simple qu’on pourrait le croire.
        Pour la partie Est du Congo, les différentes parties armées en présence, autant le FPR que les hutus rebelles, ont essayé d’exploiter des ressources du sous-sol à leurs profits sur un fond de massacres et de viols (selon un rapport de l’ONU – source wiki – 2nd guerre du Congo-).
        Par contre la thèse d’une domination des tutsis sur la région alors qu’ils sont minoritaires est très plausible. En fait, elle serait une conséquence de la colonisation européenne, les tutsis avaient été initialement choisis par les colonisateurs pour assurer l’autorité au Rwanda et au Burundi, à cause du fait qu’ils constituaient une classe plus élevée que celle des hutus. Ceci dit, il y avait un équilibre avant cela et, par exemple, le dirigeant d’un clan pouvait être hutu et non tutsi et dans le nord-ouest du Rwanda régnait une monarchie dominée par les agriculteurs hutus. En ayant voulu imposer l’autorité par les tutsis dans la région sous la tutelle de la Belgique, je crains que cette cohésion bilatérale ait été rompue.

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      • John V. Doe // 31.10.2018 à 08h12

        Le livre de Pierre Péan, mitterandien notoire, est un lavage de la responsabilité française dans le déclenchement et la protection du génocide des Tutsis. Il modèle les croyances en France mais exclusivement en France. A l’étranger, la thèse la plus soutenue est que l’attentat est le fait des forces françaises ou de leurs sujets sous contrôle. Sans même parler de l’opération Turquoise qui a servi à protéger et évacuer les alliés français de ce génocide. Voir à ce sujet la presse MSM belge ou Suisse pour ceux que rebute l’anglais.

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      • Yannis // 31.10.2018 à 15h37

        Le documentaire de Jane Corbin, “Rwanda’s Untold Story” étaye cette hypothèse d’une implication directe de Kagame. Et la réalité actuelle lui donne le beau rôle, celui d’un sauveur, plebiscité par la presse économique et le monde anglosaxon. Pour le respect des règles démocratiques, il faut cependant bien chercher au Rwanda, et pas trop remuer les morts…

        Les guerres néocoloniales font toujours rage en Afrique, contrairement à la thèse simpliste disant que au XXIe siècle, désormais les Africains ne sont plus responsables que d’eux-mêmes et les Occidentaux lavés de tout soupçon, de toute implication directe. La Libye de Khadafi n’a pas eu le temps de mettre en place un nouveau système d’échange monétaire panafricain indexé sur son or et indépendant du dollar pour esporter son pétrole, elle s’est faite immèdiatement anihiler militairement en tant qu’État par le camp occidental, comme de bien entendu toujours soucieux de favoriser l’indépendance de ses anciennes colonies… Voir aussi la partition du Soudan que vous évoquez.

        Mais les infos qui nous arrivent d’Afrique sont tellement partielles et déformées, à décharge pour ceux qui tiennent ici un discours de droite réac sur le sujet.

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  • Albert Charles // 30.10.2018 à 11h19

    Une phrase emblématique: l’agression impérialiste des gouvernements occidentaux contre le Congo et l’Afrique dans son ensemble. Voilà encore un discours simpliste et militant d’une tristesse affligeante, aux regards de certaines critiques intellectuelles et politiques africaines actuelles plus subtiles (au sujet de la réalité des conflits internes à l’Afrique). Avec ce type de filtre mono explicatif, tous les barbares (du continent africain ou d’ailleurs) peuvent se permettre de massacrer leurs voisins (ou d’envahir leurs territoires) au motif que la faute reviendra toujours à l’Autre (ici: l’Occident). Avec ce genre de posture, les Africains sont mal barrés. Heureusement, il existe des responsables politiques et des intellectuels africains qui, tout en gardant en tête la réalité du legs colonial, ont le courage de pointer du doigt la responsabilité totale de certains dirigeants ou militants africains, et la responsabilité aussi de l’Histoire africaine interne (qui existe, contrairement à ce que pensait Sarkosy, et ce que pensaient aussi les colonialistes en leurs temps) . La colonisation occidentale fut une réalité, mais la colonisation interne intra africaine existait déjà avant l’arrivée des Blancs, et elle existe toujours. Sans parler de l’esclavage et autres complexités des rapports ethniques internes qui ne sont pas une invention de l’impérialisme occidental (qui existe aussi, bien sûr, comme celui de la Chine et bien d’autres) …

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  • ALM // 30.10.2018 à 11h26

    “Un tel engagement exige que les Congolais comprennent que le pouvoir tel qu’il existe est une construction sociale mise en place par les colonisateurs il y a 500 ans.”
    500 ans?.

    Ce qu’il se passe là-bas est une horreur absolue mais je ne comprends pas bien ce qu’elle propose.

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    • christian gedeon // 30.10.2018 à 11h46

      Ben en fait,elle ne propose rien du tout,et c’est bien là le problème…elle “dépropose ” en quelque sorte. Elle veut exonérer les gouvernements africains de toute responsabilité. C’est la théorie du Cran en France. En fait,c’est tellement bête,qu’on en pleurerait.

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  • IMBERT Olivier // 30.10.2018 à 16h08

    bon soit mais curieux que pour le Congo il ne soit rien dit du catholicisme belge à part un ami curée congolais …Vu de Suisse- en richesse et institutions mondiales; ni étrangement du rôle de la Chine/Corée/Vietnam, comme de Cuba, ou du Portugal en Angola/ Afrique du sud…Sur ce raison de plus de condamner en général le rôle de la France par la Rwanda et autres voisins, Gabon Cameroun et République Centre Africaine ou elle est la principale force de soutien- et plus que soutien en empire/impérialisme partagé en effet aux compradors/exterminateurs…Mais où le rôle de certains Etats/nations industriels “émergés” de longue date à l’international justement donne une possibilité de se passer de la bourgeoisie nationale comme classe et non comme tribu…pas de la petite bourgeoisie et militaires, en revanche, elle parfois tribale, il semble en longue durée, voire très longue durée!

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  • Nanker // 30.10.2018 à 16h10

    “Je compatis très sincèrement avec les tous les Congolais, et je suis bien triste, mais je ne me sens absolument pas responsable de la situation actuelle du Congo, et je refuse de faire tout acte de contrition sur le sujet”

    J’irai aussi dans ce sens et je me permets de livrer une anecdote personnelle : l’autre jour je faisais la queue dans un resto chinois. La personne devant moi, la vingtaine, bien habillée, suivant probablement des études universitaires avait sous le bras… le livre de Mobutu intitulé «Dignité pour l’Afrique» (sic)!

    Je comprends que dans l’état de détresse où se trouve ce pays on se raccroche à n’importe quoi mais prendre le pilleur en chef ce qu’on appelait alors le Zaïre comme guide pour les jeunes générations “conscientisées” afro-européennes m’a fait avaler un hoquet de stupéfaction.
    Les futurs leaders du Congo-Kinshasa doivent trouver la lumière mais par pitié qu’ils ne la prennent pas chez un vieux satrape, symbole absolu de la corruption et de la Françafrique…

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    • Interimlover // 01.11.2018 à 15h36

      Ils sont perdus, déboussolés… Il faut se représenter ce qu’est le chaos congolais, sincèrement indicible… Scène chronique de la capitale, tiens, l’artère principale de cette mégalopole…et ce n’est pas le fleuve qui sort de son lit, rien qu’une forte pluie : https://www.bing.com/videos/search?q=inondations+kinshasa&&view=detail&mid=C20D51FD89DADB875D63C20D51FD89DADB875D63&&FORM=VRDGAR

      Je vous laisse imaginer les, hum, “désagréments” concrets qu’induit la moindre de ces inondations, pour des gens pour plupart déjà au bout du bout du désespoir quotidien… Je laisse de côté le quotidien de ceux exposés aux massacres, au Kasaï ou à l’Est… Sans excès aucun : ce qui s’y joue est l’enfer sur terre.

      Mobutu? Un ami dont la mère avait été assassinée par le mobutisme trouvait l’une ou l’autre qualités à l’œuvre de Mobutu. Parmi celles-ci : avoir initié, et dans certaines limites avoir même abouti, la naissance d’un sentiment national congolais… Ce n’est pas rien vu le tissu ethnique de ce pays, sa courte Histoire commune, les tensions auxquelles il est soumis…et j’ai pu observer qu’il en reste quelque chose.

      Au regard de ce qu’a produit le post-mobutisme : c’est déjà beaucoup.

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  • Yannis // 30.10.2018 à 23h55

    Pour ceux et celles qui voient clair et savent lire, le témoignage de Bénédicte Kumbi Ndjoko est limpide, car sans accuser directement elle sait habilement mettre la lumière sur les intérêts en jeu, tirer des lignes entre des tenants et des aboutissants suite à cette horreur génocidaire au Rwanda.

    Un excellent documentaire anglophone, une enquête post-trauma une fois le Rwanda arimé au casino mondialisé avec ses réserves de minerais rares, mettait aussi finement en doute le beau rôle de Kagame dans ce triste évènement qui continue à être l’objet de sordides marchandages avec la France.

    Je rappelle aux donneurs de leçons que l’Afrique est de tous les continents le plus riche naturellement, ce qui attise toujours bien des convoitises, des manipulations et des occultations. Particulièrement des Européens, et particulièrement de la France garante du franc CFA. Le jour où l’Afrique francophone décrochera de la Françafrique, bye bye le siège permanent au Conseil de Sécurité (déjà remis en cause par tout un tas de pays “amis” dont l’Allemagne, le Canada). Vu les obscures stratégies au niveau de l’Organisation internationale de la Francophonie, la France est en train de scier sa branche de l’arbre à palabres.

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  • Yannis // 31.10.2018 à 01h38

    Voici le nom du documentaire en question : “Rwanda’s Untold Story” de Jane Corbin et Producer John Conroy pour la BBC, 2014.

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  • Sam // 01.11.2018 à 00h18

    Le film proposé dans l’article : Gender Against Men
    https://www.youtube.com/watch?v=mJSl99HQYXc

    Dans la guerre, si une personne peut être castrée, une communauté entière peut elle l’être ?
    Société patriarcale : l’homme est le protecteur, le soutient. La femme est la nourricière.
    L’homme n’a pas le droit d’être vulnérable, mais leur masculinité est attaquée. Par le viol. Celui de leurs femmes, leurs filles, leurs sœurs. Devant eux.
    Castrés parce qu’incapables de les protéger. Puis eux mêmes violés.
    C’est une question de pouvoir, de domination. Ça fait partie de la guerre.
    La guerre renverse les rôles, les camps de réfugiés aussi : l’homme n’y sert plus à rien. Il sombre dans l’alcool et le désespoir. Il se suicide.
    Vulnérabilité, désespoir et militarisation sont liés.
    Les victimes deviennent alors les criminels.
    Et tout recommence…

    « La souffrance doit inspirer la compassion, mais la compassion doit inspirer la réflexion. »
    Malgré certaines réactions du forum, pas très « différent des images déprimantes et fatalistes qui ont façonné l’image de l’Afrique dans l’esprit des gens ».
    Ils vivent l’enfer, mais ils seraient responsables de leurs destins ?
    Pillés par les multinationales, ravagés par la guerre, sous le regard impassible des aveugles…

    Merci pour ce témoignage…

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