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3.décembre.20203.12.2020
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« Le journalisme de terrain disparait et la presse perd sa raison d’être » – Entretien avec Jacques-Marie Bourget

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Écrivain et journaliste, Jacques-Marie Bourget a débuté sa carrière à la Nouvelle Revue Française de Gallimard, sous la direction de Jean Paulhan. Grand reporter à l’ORTF dont il est licencié en Mai 68, il travaille ensuite pour L’Aurore, Le Canard enchaîné, L’Express, VSD, Paris Match ou encore The Sunday Times et Bakchich.

Jacques-Marie Bourget a couvert, entre autres événements, la guerre de Six Jours, la guerre du Viêt Nam, les guerres du Liban, la guerre au Salvador, la première et la seconde Intifada, la première guerre du Golfe, la guerre d’ex-Yougoslavie et aussi de nombreux conflits en Afrique.

En 1985, il obtient le prix Scoop pour avoir révélé l’affaire Greenpeace (Rainbow Warrior). Dans cet entretien Les-Crises,il revient notamment sur les raisons du sabotage du Rainbow Warrior, sur les pressions politiques qu’il a subies au cours de sa carrière, et sur l’état du journalisme en Occident.

Edouard Vuiart (Les-Crises) : Dans votre article récemment publié sur Les-Crises, vous affirmez que « ce n’est pas pour protéger les essais nucléaires de Mururoa que le Rainbow Warrior a été neutralisé ». Pouvez-vous revenir sur les véritables raisons de cette opération des services français ?

Jacques-Marie Bourget : C’est il y a quelques mois seulement que j’ai, un peu par hasard, appris la véritable raison du sabotage du Rainbow Warrior. Cet épisode tragique également scandale d’état a deux origines.

La première est que François Mitterrand a cédé à la pression d’un état-major militaire s’estimant fatigué d’avoir à déjouer et repousser les offensives des militants de Greenpeace lors de chacun des essais nucléaires dans le Pacifique. L’énervement de l’armée était fortement entretenu et relayé par Charles Hernu le ministre de la Défense. Mitterrand a cédé, il fallait donc « neutraliser » les perturbateurs écologistes sans faire de victimes.

La seconde raison, la plus importante, est qu’à la fin de la campagne d’essais nucléaires, le « pas de tir » et la protection dont il jouissait étaient utilisés pour tester d’autres types d’armes, en particulier des missiles. La DGSE ayant elle-même infiltré Greenpeace grâce à son agent, Christine Cabon, savait que des services étrangers, en particulier britanniques, avaient fait la même chose.

Le Rainbow Warrior étant alors « bourré » d’électronique (dixit la DGSE), il était évident que tout cet appareillage devait, selon les militaires, mesurer les paramètres des armes nouvelles. Mitterrand a refusé le sabotage du bateau dans le port de Rotterdam, puis au large, pour donner le feu vert sur la Nouvelle-Zélande.

E.V. : Comment expliquez-vous que le rôle joué par vos confrères Roger Faligot, Pascal Krop et vous-même dans la révélation de l’Affaire Greenpeace soit aujourd’hui totalement absent de presque tous les récits ?

J-M Bourget : Il m’est difficile d’évoquer cet aspect sans que l’on me reproche de soigner mon ego. En fait non. Et notre « disparition » de l’histoire est facile à constater si on compare la notice Wikipédia aujourd’hui consacrée à l’affaire, avec le contenu du mémoire de master rédigé par Thibault Seurin sur le même sujet, alors qu’il étudiait à Bordeaux. On trouve ici les dates de nos différentes parutions, les interventions médiatiques de Faligot, Krop et les miennes.

Si nous avons disparu, c’est que Edwy Plenel, qui accusait alors le RPR de Nouvelle-Calédonie d’avoir fait couler le bateau, a ensuite largement communiqué sur l’existence d’une « troisième équipe ».

En réalité il y avait au moins six équipes engagées dans l’opération de sabotage. Plenel a privilégié « la troisième », celle des poseurs de mines. Cette information n’ajoutait pas grand-chose à ce que j’avais révélé, et qui m’a valu le Prix Scoop.

L’avantage de la « troisième équipe » était d’entraîner la démission de Charles Hernu, ennemi de Plenel et de son protecteur Pierre Joxe. L’autre bénéfice de cette information était d’écarter les « époux Turenge » d’une incrimination pour crime, puisqu’ils n’ont pas posé la mine…

Plenel s’est accroché à ce tremplin, avec ses réseaux et le poids du Monde, journal où il travaillait à l’époque, il a lancé sa carrière de prince des révélations. Il a imposé sa construction de l’histoire, qui collait mal avec nos révélations. Comme on le constate dans l’histoire, il est courant, sur les vieilles photos d’effacer ceux qui ne conviennent pas.

Vol clandestin entre Le Caire et Sanaa où J-M Bourget s’entretient avec Yasser Arafat – 1988

E.V. : En août 1985, suite à vos révélations sur l’affaire Greenpeace, vous appreniez que l’Élysée portait plainte contre VSD et vous-même. Cette pression politique a-t-elle eu un impact sur la suite de la couverture du scandale ?

J-M Bourget : Après avoir révélé que le bateau écolo avait été coulé par la France, des amis m’ont fait savoir que, par sécurité, je devais prendre du champ. Je suis parti au Darfour avec une mission qui distribuait de la nourriture. Le comique est que l’avion, un C130, qui transportait le mil pour les affamés du Darfour, était le plus souvent utilisé par la DGSE !

Via le centre international de contact aérien de Berne, j’ai eu ma rédaction « Nous avons un procès de l’Élysée ». Ça m’a fait un choc. Mais très vite le « Palais » a compris qu’il avait perdu la partie. J’avais eu raison : la DGSE avait bien coulé le bateau et l’épouse « Turenge » était un capitaine des services.

E.V. : En mai 2019, plusieurs journalistes d’investigation travaillant sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite ont été convoqués dans les bureaux de la DGSI. Face à ces pressions politiques, le travail du journaliste d’investigation n’est-il pas en danger ?

J-M Bourget : Une fois que le courant de l’information est en marche, on ne peut l’arrêter. Sur différents dossiers j’ai été plusieurs fois convoqué aux Invalides, dans l’aile où la DGSE a des bureaux et son centre d’écoutes. Pour moi ce n’était pas inquiétant dans la mesure où je ne donnais aucune prise à du chantage.

Rien dans ma vie ou mon travail qui puisse faire l’objet de pressions. Lors des différentes convocations de ce type, par les services ou la police, j’ai toujours répondu « lisez, tout est dans le journal ». Dans l’affaire de Broglie, j’ai même été menacé d’une mise en examen…

Janvier 1991 – Entre Bagdad et Kerbala. Pause thé et écoute radio pendant la Guerre du Golfe

E.V. : Le 21 octobre 2000, vous avez été grièvement blessé par un tir de sniper israélien sur la Grand-Place de Ramallah en Cisjordanie. Échappant de peu à la mort, vous vous êtes ensuite lancé dans un combat judiciaire pour faire reconnaître le caractère illégal de ce tir sur un civil journaliste. Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes de ce combat qui dure depuis plus de vingt ans ?

J-M Bourget : Tout commence en novembre 1991 quand Robert Maxwell, un oligarque britannique, propriétaire du quotidien Daily Mirror, est retrouvé noyé près de son bateau aux Canaries. Je commence mon enquête et je surprends le commandant du navire, le « Lady Ghislaine », en train de téléphoner depuis un centre public des télécoms espagnoles.

Par chance j’obtiens de la jeune femme qui tient le standard le numéro appelé par ce capitaine. Aux USA un de mes contacts bien informés me précise que ce numéro « est réservé à la CIA ». Je comprends que ce n’est pas en glissant sur le pont que Maxwell était tombé à la mer. Mais comment prouver l’assassinat ?

20 octobre 2000 – J-M Bourget devant une boutique à Gaza la veille de sa blessure

En 1992, un contact me signale que je peux accéder à la vidéo de l’autopsie de Maxwell. Examen réalisé à Tel-Aviv dans les locaux du Shin Bet, l’équivalent israélien de la DST, le patron de presse, de confession juive, étant enterré à Jérusalem. Après un aller-retour en avion, je récupère ce document, celui de l’autopsie filmée. Il montre que l’homme d’affaires a été assassiné.

En faillite, ayant même pillé le fonds de pension de ses employés, Maxwell était à deux doigts, pour se rétablir financièrement, de participer à la vente d’une arme de destruction massive à un pays ennemi d’Israël et donc des États-Unis, l’Irak ou l’Iran…

Le vendeur étant un groupe de militaires et d’industriels de l’armement d’une URSS qui venait de disparaître et laissait le pays ouvert à toutes les folies. Depuis 1945 où, à Prague, il avait servi aussi bien la CIA que le KGB, Maxwell avait gardé de très bonnes relations chez les communistes. Il fallait le liquider.

J’ai attendu 9 ans avant de retourner en Israël, sachant qu’on allait m’interroger…

Quand j’y suis retourné enfin pour la « seconde Intifada », on ne m’a posé aucune question. Mais le 21 octobre 2000, à Ramallah en Palestine occupée, alors que j’étais tranquillement sur une place publique, un tireur m’a expédié une balle de M16 dans le poumon gauche, juste au-dessus du cœur.

Ramallah – 21 octobre 2000. J-M Bourget vient d’être la cible d’un sniper israélien. De jeunes Palestiniens viennent lui porter secours.

J’ai eu la chance statistiquement incroyable de survivre. Aujourd’hui, handicapé, je continue de me battre par principe pour obtenir justice.

En fait je n’avais pas pris la mesure de l’implacable désir de vengeance des politiciens israéliens. C’est Jean-Claude Cousseran, alors patron de la DGSE qui, lors d’une rencontre à Karachi sur les lieux d’un attentat contre la France, m’a ouvert les yeux « Mais, Jacques-Marie, qu’êtes-vous allé faire en Israël ? Vous ne saviez pas ce qui vous attendait ? ».

21 octobre 2000 – Arrivée de J-M Bourget à l’hôpital de Ramallah avec une balle de M16 dans le poumon

E.V. : Au cours de votre carrière, vous avez couvert la guerre de Six jours ainsi que la première et la seconde Intifada. Récemment, le ministre israélien des colonies Tzachi Hanegbi a menacé Joe Biden d’une nouvelle guerre si ce dernier parvenait à renouer un accord sur le nucléaire avec l’Iran. Comment percevez-vous l’arrivée prochaine du duo Biden-Harris à la tête de la Maison-Blanche, notamment en ce qui concerne le Proche-Orient ?

J-M Bourget : Biden ne va rien changer de fondamental. Sauf adapter des méthodes moins brutales, moins caricaturales. Mais son équipe est composée de personnages aussi redoutables que les « néoconservateurs » des Bush.

Plus même, car avec un vernis indu de défenseur des droits de l’homme, Biden sera capable d’imposer n’importe quelle mesure néo coloniale et de conquête dès qu’elle sera bonne pour le capitalisme américain. Obama était un magnifique VRP, mais combien de centaines d’innocents a-t-il assassinées avec ses drones ? Aux États-Unis c’est le lobby militaro-industriel qui conduit la politique étrangère, plus que la Maison-Blanche.

À propos du comportement d’Israël, le seul changement est l’évolution de l’opinion américaine, surtout chez les jeunes. Elle soutient de moins en moins la politique suicidaire de Washington au Moyen et Proche Orient.

La sortie de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran est une folie alors que, même un politicien libéral comme Macron l’a défendu.

C’est une menace de guerre soutenue par un attelage surprenant, celui d’Israël, des Émirats et des Saoudiens. L’autre nouveauté est la disparition programmée de l’énergie fossile. Le pétrole des pays du Golfe et des Saoudiens ne va plus être un enjeu à défendre coûte que coûte.

Biden va se placer au mieux afin de continuer de contrôler l’Union européenne considérée, à juste titre par Washington comme un vaste marché/colonie. L’Europe a été propulsée, j’allais dire « inventée » par Jean Monet, très proche des Américains, et par Schuman, ancien ministre de Pétain.

Lisez « L’Intégration européenne de la France » et « Aux origines du carcan européen » (1900–1960), deux ouvrages d’Annie Lacroix-Riz, ainsi que « De Vichy à la Communauté européenne », le livre d’Antonin Cohen, des ouvrages extrêmement sérieux et documentés. Ils montrent où sont les vraies racines de l’Europe.

À Bruxelles le « travail » de lobbying », auprès des organisations européennes, occupe près de 40 000 personnes. La majorité d’entre elles sont là pour imposer le désir américain.

Kosovo – 1999 – L’OTAN a confondu des tanks Serbes avec une colonne de tracteurs albanais. J-M Bourget tente d’éviter la cendre des munitions à uranium appauvri.

E.V. : Face aux dérives autoritaires qui — appuyées par des technologies toujours plus liberticides — menacent les démocraties occidentales, nombreux sont ceux qui se réfèrent à George Orwell et son ouvrage 1984 pour décrire le monde de demain. Selon vous, la référence à Orwell constitue bien trop souvent une erreur d’analyse. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

J-M Bourget : Lu de façon sommaire, j’ai apprécié le travail d’Orwell sur la « Common decency », et ce que je croyais être la défense des libertés. Puis j’ai découvert en Orwell un militant maladif de l’anti-communisme et un agent au service de l’Empire britannique. Ce qui est son droit.

Ce soi-disant anarchiste (ce qu’il n’est pas alors qu’il a été, par exemple, flic colonial en Birmanie) n’a toujours aimé qu’un seul ordre, celui de l’Occident. Contre la monstrueuse URSS.

Pourquoi pas ? Mais cette obsession l’a conduit par exemple, pour le compte des services du Foreign Office, à dresser une liste de supposés « communistes », comme Charly Chaplin ou Katharine Hepburn. C’est pitoyable.

Aujourd’hui nous assistons à une vague orwellienne qui inverse le sens de son œuvre. Alors qu’il dénonçait le communisme, nombre de naïfs lisent ses écrits comme une critique du « Big Brother » américain ; alors que la CIA était son support fidèle !

Il serait utile que l’éditeur Denoël republie le livre « Qui mène la danse », étude de l’universitaire britannique Frances Stones Saunders. Les intellos anglais sont plus circonspects sur le travail d’Orwell. Aujourd’hui, au « marché noir » cet ouvrage peut coûter jusqu’à 600 euros. Pour les lecteurs à l’anglais facile, il n’en coûte que 15.

E.V. : Jusqu’à présent, le Pouvoir avait le monopole de la propagande médiatique. Aujourd’hui Internet casse ce monopole en permettant la diffusion d’une information différente, une contre-propagande parfois très sérieuse, mais hélas parfois aussi mensongère. Récemment, Barack Obama est même allé jusqu’à déclarer qu’Internet était « la plus grande menace pour notre démocratie ». Est-ce que selon vous le Pouvoir va réagir à cette concurrence dangereuse pour lui, et le cas échéant, de quelle manière ?

J-M Bourget : C’est une sottise. Supprimez Internet, Orwell sera content, car, par exemple, on ne diffusera plus une once de pensée marxiste. Je plaisante.

Internet c’est comme le papier de presse, on peut, en théorie, publier ce que l’on veut. Sauf que les journaux « papier » sont tous ou presque entre les mains d’oligarques qui utilisent la presse comme moyen pour défendre leurs intérêts économiques ou faire pression sur le monde politique.

Internet a l’avantage de la gratuité, de l’universalité, de la rapidité, petit à petit ces oligarques constatent qu’ils sont doublés par le diable d’Internet. Ils vont tout faire pour le domestiquer, le bloquer, le posséder. Et la liberté sera morte.

Ce qu’il faut, c’est que des groupes citoyens prennent le pouvoir, ou tout au moins du pouvoir, à l’intérieur d’Internet. Depuis que j’ai quitté la « grande » presse, je n’ai jamais autant travaillé, publié, informé. Tout en me trompant aussi. Tout cela est impossible dans le journalisme moribond que nous proposent les amis français du MEDEF, des tueurs de presse qui sont incapables de comprendre que sans liberté, sans contradiction, les journalistes ne peuvent pas vraiment faire leur travail.

Heureusement pour les éditeurs de presse, la situation des journalistes est si précaire qu’ils ne pensent à rien d’autre qu’à plaire pour survivre, et les écoles qui les « forment » sont des machines à fabriquer des « techniciens », et non des « journalistes ». Prenez l’exemple des « envoyés spéciaux » qui vont parfois au bout du monde « couvrir » un évènement…

Naguère l’envoyé spécial ne restait jamais moins d’une semaine, parfois des mois, pour comprendre et rapporter. Aujourd’hui le « spécial » fait un aller-retour entre deux avions juste pour justifier, par « une présence », ce que son rédacteur en chef a déjà écrit dans le journal. Du journalisme de marionnettes et le « regard » est mort.

J-M Bourget avec Abou Jihad, fondateur de l’OLP. Il sera assassiné par le Mossad en 1988 – Tripoli (Liban), Octobre 1983

Aujourd’hui le microcosme incestueux médiatique se gargarise d’un concept qui se veut nouveau : « le journalisme d’investigation ». C’est un vilain pléonasme puisque tout journaliste, même le confrère chargé de la rubrique jardinage, doit s’informer, chercher, douter, enquêter.

Tout journaliste est donc un « investigateur ». Ce mot recouvre en fait une mode nouvelle qui fait que certains magistrats, policiers ou avocats distribuent les procès-verbaux d’instruction comme des confettis à la fête foraine. De fidèles journalistes recopient le contenu de ces PV et s’auto-qualifient « investigateurs ».

Cette mode est une dérive très grave puisqu’elle bafoue la loi, celle du secret, et aussi la présomption d’innocence : un procès-verbal bien choisi semble vous accuser alors qu’au bout du compte, vous aurez un non-lieu ou une relaxe en cas de procès. Et vous n’aurez même pas droit à trois lignes dans la presse pour informer le public de votre innocence. Quand les journalistes se transforment en auxiliaires des policiers ou des procureurs, la liberté est en danger.

Vous allez me parler d’Internet comme enfer des fake news, comme incubateur du complotisme. Eh oui.

Mais qui est, le plus souvent derrière la fake news ou le « complot », l’univers de l’argent. Si d’un côté « fakes » et « complotismes » existent bien, il n’en est pas moins vrai qu’ils sont aussi parfois un moyen de lutter contre la vérité.

Si une information vous dérange, la descendre en flammes est facile, il suffit de la taxer de « fake ». Le capitalisme de presse a trouvé des chiens de garde pour, parfois, dire « scientifiquement », « objectivement » que la vérité est fausse. Et discréditer de vrais lanceurs d’alerte, de vrais journalistes.

En parallèle, il faut que le « nouveau journalisme » d’Internet, pour ceux qui entendent publier autre chose que des humeurs des tribunes et des blogs, trouve un public payant. Des hommes et des femmes qui acceptent de verser quelques euros puisque le journalisme est une production coûteuse.

L’information gratuite n’est pas du journalisme. La preuve Bolloré et ses amis ont tenté en vain l’expérience.

1991 – Guerre du Golfe – 1500 kilomètres en taxi entre Amman et Bagdad avec les bombardiers de la Coalition juste au dessus

E.V. : En 1939, Albert Camus écrivait : « Un journal indépendant répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des analyses l’uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces ». Comment situez-vous la « grande » presse française par rapport à cette définition de l’indépendance journalistique ?

J-M Bourget : J’ai découvert il y a peu de temps des textes de Camus sur la presse, bizarrement ils étaient restés presque clandestins et montraient un Camus peu convenable, c’est-à-dire très radical. Ses propos sont terribles par leur exigence. Le journalisme, pour lui — et modestement c’est mon point de vue — est une vocation, un engagement plus qu’un métier. Et pardon pour ces propos qui font un peu « curé ».

Le « métier » c’est le style, la patte, la clarté de l’enquête ou de l’expression, la mise en page. Mais le journalisme est d’abord une affaire de regard et de tripes. Je le répète, le « regard » est mort et c’est l’origine de la disparition, avec lui, de la presse.

J’ai un ami, disparu dans le chagrin en même temps que ces journaux qu’il aimait tant : il n’allait jamais au cinéma, car « il avait trop peur qu’il se passe quelque chose pendant ce temps-là ».

Je ne suis pas un fanatique du « modèle » américain en matière de presse (elle a décrit Saddam Hussein et des Armes de Destruction Massive qui n’existaient pas. Elle s’est encore ridiculisée en accusant la Russie d’avoir favorisé l’élection de Trump) mais je garde sa devise : « Le rôle du journalisme est de réconforter les faibles et d’affliger les puissants ».

Propos recueillis par Edouard Vuiart

*

Ouvrages publiés par Jacques-Marie Bourget :

Gérard Devouassoux, Le souffle de la montagne, Solar 1975

Des affaires très spéciales, Plon 1986

Yann Piat, Histoire secrète d’un assassinat, Plon 1998

J’ai choisi le Hamas, Galodé 2009

– Sabra et Chatila au Cœur du Massacre, Erick Bonnier 2012

Le Vilain Petit Qatar (avec Nicolas Beau). Fayard 2012

Commentaire recommandé

JM Bourget // 03.12.2020 à 10h37

Chers amis,
J ai l impression d’être mort et de lire ma nécro. Ça fait drôle d’avoir participé à tout cela. Finalement je dois être vieux même si je n ai pas connu la Commune.
Mais c est aussi, ne le cachons pas, un bonheur d’ avoir une libre parole.
Merci aux Crises qui construit la presse nouvelle
sans l’oligarchie qui étrangle l ancienne.

43 réactions et commentaires

  • Alfred // 03.12.2020 à 08h08

    Excellent J M Bourget. Merci pour l’interview Mr Vuiart.

      +25

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  • pucciarellialain // 03.12.2020 à 08h43

    Papier remarquable. La presse est globalement morte en tant que regard indépendant et structuré. Des journalistes bougent encore. Un vrai plaisir.

      +42

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  • Brigitte // 03.12.2020 à 08h45

    Merci pour cet entretien.
    Une vie incroyable sur le terrain et dans les coulisses des guerres.
    Il devrait s’intéresser à la guerre sanitaire actuelle, il apporterait certainement un éclairage révélateur. Le journalisme est un combat, celui de la vérité. Or, en ce moment, nous sommes dans le mensonge généralisé.

      +16

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    • Papagateau // 03.12.2020 à 09h42

      Si révéler que Robert Maxwell était un multi patron de presse employé du Mossad mérite la mort, on ne peut que se demander ce à quoi une révélation plus importante nous aurait condamné.
      La presse contrainte par l’argent et par les balles de la « seule démocratie » du Moyen-Orient (la seule selon la presse par actions).

      Aujourd’hui Patrick Drahi, des mêmes réseaux, possède presque la moitié des médias français.

      Et maintenant, pensez très fortement à la scandaleuse ingérence russe dans les élections américaines qui porte atteinte à la démocratie étasunienne au moyen de … on ne sait pas. Un blogeur ? Un site de vente de chapka avec 20 vues par jour ?
      On ne sait pas, mais c’est une atteinte tres grave à l’indépendance des États-Unis selon l’holigopole des médias par actions.

        +27

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  • calal // 03.12.2020 à 08h49

    Le modele economique a developpe est sans doute la subscription aupres du public: le journaliste propose d’aller enqueter sur tel sujet,demande tel budget pour le faire et si suffisamment d’internautes abondent au pot,il y va. Peut etre meme qu’une plateforme dediee peut etre viable economique: cree par des journalistes,pour des journalistes,elle servirait faciliter le financement de certaines enquetes et permettrait la reconnaissance du talent de certains journalistes via une notation des contenus publies apres financement par la plateforme (notation a la « uber » tant des clients que des chauffeurs).

      +0

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  • hictaib // 03.12.2020 à 09h42

    A noter que le Maxwell dont il est question est le pere de Ghislaine Maxwell, femme de Jeffrey Epstein.

    Le nom du bateau était évidement en reference à sa fille préférée.

      +12

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    • Ulrich // 03.12.2020 à 12h04

      Que le scandale Epstein soit déjà « oublié », que l’intelligentsia du clavier divin bouffe le gloubiboulga Q et compagnie…

        +3

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    • Dominique65 // 04.12.2020 à 12h03

      A propos de Maxwell, dont JM Bourget nous dit que « il avait servi aussi bien la CIA que le KGB », de nombreux articles de presse nus disent aussi qu’il était un agent du Mossad. Un livre a même été écrit à ce sujet. JM Bourget n’est pas d’accord avec cette vision pour avoir oblitéré ce point ?

        +2

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      • JM Bourget // 12.12.2020 à 19h29

        Maxwell était un agent du Mossad, c’est sa base. A Londres il a même aidé son service a capturer Vanuatu l israélien en fuite qui divulgation des secrets sur l arme atomique d Israël. Mais en plus il était multi cartes et en liaison avec les américains et les russes connus à Prague. L Occident a toujours des « hommes pont » avec l Urss en général de confession juive, comme Hammer et Karr…tous sont morts de façon violente.

          +0

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  • RGT // 03.12.2020 à 10h15

    Le principal problème que doit combattre un vrai journalisme d’investigation qui pourrait réellement informer les populations (de toutes les nations) est bel et bien celui des ressources financières et de l’accès aux moyens de s’exprimer.

    Comment un journaliste intègre pourrait-il exercer librement son « apostolat » et son âme et conscience s’il ne trouve aucune source de revenus ni aucun média qui puisse publier ses enquêtes ?

    Il n’y a qu’une seule alternative : La « Pravda », sinon tu crèves de faim.

    Aujourd’hui, il est OBLIGATOIRE de pouvoir assurer sa survie en ayant une rémunération digne.

    Comme la rémunération est exponentiellement liée à « l’utilité » des propos tenus (et aussi à la capacité du « journaliste » à s’attirer la confiance des « ménagères de 50 ans ») il ne faut donc pas s’étonner si l’immense majorité des « grands journalistes » se battent férocement contre les « vérités » gênantes pour le « business » de leurs employeurs.

    S’ils ne le font pas correctement ils se retrouveront jetés comme de vielles chaussettes usagées, ce qui est désormais la règle dans toutes les sociétés « démocratiques ».

    Comme de simples manards jetés comme des malpropres quand une usine est « délocalisée » pour augmenter encore plus les profits.

    Soit tu sers le Prince, soit tu crèves.

      +19

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  • JM Bourget // 03.12.2020 à 10h37

    Chers amis,
    J ai l impression d’être mort et de lire ma nécro. Ça fait drôle d’avoir participé à tout cela. Finalement je dois être vieux même si je n ai pas connu la Commune.
    Mais c est aussi, ne le cachons pas, un bonheur d’ avoir une libre parole.
    Merci aux Crises qui construit la presse nouvelle
    sans l’oligarchie qui étrangle l ancienne.

      +56

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    • raoul // 03.12.2020 à 12h21

      En supposant que vous soyez bien la personne décrite dans ce magnifique tableau (tant il est facile de leurre/faker sur le net !), j’aimerais bien avoir votre avis sur la litanie de présentateurs de journaux TV. Ils se présentent tous avec l’étiquette de ‘journaliste’ (avec l’école qui va bien), mais servent tous la même soupe, et, omettent tous les mêmes infos gênantes !! Leur travail est-il réellement celui d’un journaliste ? ou bien d’un propagandiste, d’un présentateur TV, d’un cuisinier de bonnes soupes ?… J’aimerais bien avoir votre avis, SVP…

        +8

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      • JM Bourget // 03.12.2020 à 15h08

        Fils d archevêques, fils de « journalistes », le recrutement des écoles de « journalisme est indécent, pire encore que celui des écoles d architecture : que des enfants de la moyenne et grande bourgeoisie. Leur rêve c est diriger, avoir une femme blonde, une maîtresse brune, une BLW bicolore turbo 4×4 une maison dans la vallée de Chevreuse. Et qu on ne vienne pas leur casser les pieds avec la vérité qui doit se plier au statut BMW.
        Un jour j ai rencontré un ami journaliste qui était devenu patron des études au CFJ, la chic ecole de presse, je lui est demandé s il enseignait le doute? Il m’a dit « non rien que les certitudes ». Je suis allé 2 fois au CFJ pour parler du doute et je suis rentré chez moi. J ai compris que ce métier était foutu..

          +27

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        • Alfred // 03.12.2020 à 15h23

          Bonjour Mr Bourget
          Puisque vous êtes ici que pensez vous du derniers discours de Trump sur la fraude électorale dont il se dit victime ainsi que de sa couverture par les médias français? La fraude réelle ou supposée est elle un sujet tabou dans les médias ou connaissez vous des confrères qui aient enquêté sur des cas de fraude électorale?
          (Par ailleurs avez vous lu le livre du président du forum économique mondial, Klaus Schwab, intitulé The Great Reset paru cet été? Si oui qu’en pensez vous?)
          Merci

            +3

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          • JM Bourget // 03.12.2020 à 16h48

            Les Etats Unis étant un pays où le président élu a moins de voix que son vaincu…C est étrange ce que l on nomme démocratie. Le système américain est pervers avec l intervention d élus au sein des États qui sont tous soumis à la terrible loi du sponsoring. Et Biden, a recueilli le plus de sous est élu. L’exemple américain a pris une claque mais, si j en crois mes bons et honnêtes amis qui sont le nez dans le dossier, l idée de la fraude massive ne tient pas.

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            • Alfred // 03.12.2020 à 22h34

              Je vous remercie de votre réponse.
              En tous cas si ce n’est qu’une histoire d’argent, c’est que l’argent fait vraiment bien les choses :
              Obama 2008 : 69,498,516 votes
              Obama 2012 : 65,915,795 votes
              Hillary 2016 : 65,844,610 votes
              Biden 2020 : 81,091,382 votes
              J’avais loupé la ferveur pour Biden..
              Je n’insiste pas pour schwabe qui décidément n’intéresse personne..

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            • step // 04.12.2020 à 09h16

              il y a surement plus un rejet de Trump pour une partie de la population qui habituellement ne note pas qu’une ferveur pour Biden. Macron aussi a été élu avec un %age de maréchal et pourtant je n’ai jamais croisé personne qui était enthousiasmé par son programme ou même le personnage… même à l’époque de l’hystérisation du vote. Et pourtant je sais qu’ils ont tous voté pour lui au moins au second tour. Avoir un repoussoir efficace garantit de pouvoir garder le troupeau des électeurs compact. Trump visiblement l’est. Ce qui est intéressant, ce serait de se pencher sur « pour qui » et « pourquoi ».

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        • Denis Monod-Broca // 03.12.2020 à 15h36

          Bravo ! Vive le doute ! pas le doute nihiliste du sceptique, le doute rationnel et raisonné du chercheur.

          « Un fléau terrible et sans précédent, venu du fond de l’Asie, s’était abattu sur l’Europe […] Toutefois, chose étrange, jamais les hommes ne s’étaient crus aussi sages, aussi sûrs de posséder la vérité. Jamais ils n’avaient eu pareille confiance en l’infaillibilité de leurs jugements, de leurs théories scientifiques, de leurs principes moraux […] Tous étaient en proie à l’angoisse et hors d’état de se comprendre les uns les autres. Chacun cependant croyait être seul à posséder la vérité et se désolait en considérant ses semblables ».
          Phrases étonnantes, tant elles décrivent bien notre situation actuelle. Elles ont pourtant été écrites il y a 150 ans. Elles sont tirées de Crime et Châtiment de Dostoïevski, elles décrivent ce que, dans un affreux cauchemar, voit et vit le héros, Raskolnikov.

          Sans le doute, aucune connaissance véritable n’est possible.

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          • Logique // 03.12.2020 à 19h28

            « Phrases étonnantes, tant elles décrivent bien notre situation actuelle. »

            Vraiment et quel est ce fléau, s’il-vous-plaît ?

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        • moshedayan // 04.12.2020 à 18h33

          De Slovaquie, je vous remercie JM Bourget d’avoir rappelé sur ce site le vrai sens de l’oeuvre de Georges Orwell, 1984 et la Ferme des Animaux, ces oeuvres n’étaient pas interdites à étudier à l’Université en Tchécoslovaquie – contrairement à ce qu’on disait et dit encore en Occident, on avait accès à de très longs passages -et on pouvait alors avoir 60 à 70 % de ces oeuvres et parfois le livre entier -mais en tirage limité… Cela suffisait à comprendre où cet auteur voulait en venir et sa carrière était aussi connue avec sa principale compromission…

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    • LibEgaFra // 03.12.2020 à 12h24

      « J ai l impression d’être mort et de lire ma nécro. »

      Certainement pas! Nous avons besoin de vous et de votre exemple plus que jamais! Cela n’a jamais été plus urgent devant les menaces qui se profilent.

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  • gracques // 03.12.2020 à 11h33

    Merci a vous de vous être livré a l’exercice et merci aux crises de sortir de « la revue de presse » , meme si je suppose que cela doit demander de la ressource humaine et financière….

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  • LibEgaFra // 03.12.2020 à 12h21

    Ainsi donc JMB a été victime d’une tentative d’assassinat et… rien, aucune « sanction », aucune conséquence pour l’État criminel. idem pour l’assassinat de Khashoggi. Mais il suffit d’une mascarade montée de toutes pièces style commedia dell’arte pour sanctionner la Russie.

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  • Rémi // 03.12.2020 à 12h30

    Excelent papier,

    vous me permettrez cependnt une contradiction sur Orwell.
    Vous analysez de la manière suivante:
    « Aujourd’hui nous assistons à une vague orwellienne qui inverse le sens de son œuvre. Alors qu’il dénonçait le communisme, nombre de naïfs lisent ses écrits comme une critique du « Big Brother » américain ; alors que la CIA était son support fidèle ! »
    Ce n’est pas qu’orwell est devennu anti occidental c’est que l’occident dirigeant a decidé de reprendre les méthodes communistes pour se maintenir en haut de la pyramide.
    Le socialisme pour les riches et devennu une réalité et donc, la critique orwellienne s’y applique puisqu’elle es tocncue pour critiquer un communisme.

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    • JP418 // 03.12.2020 à 19h31

      Bonsoir,
      votre analyse est juste, cependant, je pense quand même que beaucoup de gens font dire à Orwell ce qu’il n’a pas dit.

      Ils ont tendance à considérer qu’Orwell critique une certaine organisation du monde (contrôle de la presse, dictat de la pensée…) qui se trouvait être à cette époque le mode de fonctionnement du communisme. Alors qu’en fait Orwell critique simplement le communisme, il ne prend pas de recule sur le fait que les travers du modèle communiste s’applique aussi au libéralisme moderne.
      De fait, il est vu à tord comme un visionnaire, comme s’il avait anticipé notre monde d’aujourd’hui. Il n’anticipe rien du tout, il décrit juste ce qu’il imagine être l’aboutissement du communisme.

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      • step // 03.12.2020 à 22h18

        à sa décharge, Orwell n’a pas vécu dans le cadre du libéralisme moderne. A l’époque de ses écrits le libéralisme s’auto-censurait pour paraitre désirable aux yeux des salariés. Nul n’empêche de constater qu’en dénonçant à l’époque le communisme, il est une ressource instructive sur le néolibéralisme. ça ne lui aurait peut être pas plu de le « retourner » ainsi, mais ma foi, on est pas là pour plaire!

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      • Rémi // 04.12.2020 à 14h34

        La comprenhension est que Orwell écrivait probablement ce qu’il pensait être le système qui s’imposerait.
        Beaucoup pensaient que le communisme quoique déplorable était Innévitable.
        Orwell partageait-il cette pensée je ne le sais. Mais les tensions de classe qu’il décrit menant aux monde totalitaire sont bien la et pour l’heure y ménent.
        Alors j’ai tendance à dire que Oui Orwell était visionnaire.
        Après il n’a jamais dit comment le système se mettrait en place.
        Allez cmarades vive Big Macron.

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  • Benaldjia // 03.12.2020 à 13h35

    Si les guerres et les mercenaires sont généralement instrumentalisés par la classe des élites des pouvoirs publics et des élites économiques Français, la DGSE (les services secrets français) tiennent une place à part au sein du pouvoir militaire. Puisque grâce au secret et à leur pérennité, les services secrets français servent parfois plus dans l’obscurité du secret les intérêts économiques des élites capitalistes, que la classe des élites des pouvoirs publics, qui elles, varient avec les élections et doivent rendre des comptes à leurs électeurs, qui eux recherchent plutôt la transparence de la lumière.
    L’Entretien de l’Écrivain et journaliste, Jacques-Marie Bourget est la preuve indéniable de la baisse importante de la confiance dans les médias mainstream est donc le signe d’une prise de conscience de plus en plus prégnante dans l’opinion publique des manipulations dont elle est l’objet.
    Une bonne nouvelle parce que la défiance de l’opinion envers l’appareil médiatique mainstream occidental notamment française affaiblit celui-ci et le rend donc moins apte à promouvoir et à soutenir efficacement d’éventuelles initiatives belliqueuses de l’OTAN. Les grandes guerres ne peuvent être initiées sans un soutien massif de l’opinion, généralement obtenu par une manipulation et une propagande médiatiques intenses. Ce soutien sera beaucoup plus difficile à obtenir avec des médias en déficit de crédibilité.

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  • egogo // 03.12.2020 à 13h40

    Il écrit toujours = proche et moyen orient.ch ,des papiers toujours très passionnant ,allez voir !!

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    • Logique // 03.12.2020 à 19h34

      Oui, et la dernière humeur de Monsieur BOURGET est savoureuse. Quel talent !

      https://prochetmoyen-orient.ch/

      Ah, et ils sont logés en Suisse ! Très, très sage précaution !

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  • jean-marie stoerkel // 03.12.2020 à 14h50

    Non, cher Jacques-Marie, ce n’est pas ta nécro, simplement ton bei itinéraire de grand journaliste. Et j’ai même appris beaucoup de choses. Merci.
    Je t’embrasse
    jean-marie

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  • step // 03.12.2020 à 22h14

    Comme quoi un journaliste avec une balle dans le buffet peut remuer plus qu’un présentateur assis (debout/couché) devant un président.
    Merci en prime de venir débriefer avec les commentateurs votre vie au service de l’information.

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  • tchoo // 03.12.2020 à 22h50

    Cher JMB je vous lit avec toujours autant de plaisir
    Et si il reste qu’un journaliste dans ce pays, C’est vous
    Merci

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  • Dominique65 // 04.12.2020 à 12h04

    « L’Europe a été propulsée, j’allais dire « inventée » par Jean Monet, très proche des Américains, et par Schuman, ancien ministre de Pétain. »
    On peut donc dire ça sur Les Crises ? Sans que cette opinion passe à la trappe pour conspirationnisme ?

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    • JM Bourget // 04.12.2020 à 12h41

      La France vit dans la vénération des deux pères de l Europe. On parle très peu de leurs passés pourtant assez riches pour comprendre sur quel aiguillage était placé ce nouveau monde. L enfant a été conçu en Amérique pour devenir pupille de washington.

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      • Dominique65 // 06.12.2020 à 20h05

        Ah mais je sais bien, M Bourget ! Le problème c’est qu’on a pas le droit de le dire (surtout si on est candidat à la présidentielle) dans tous les médias auxquels se réfère Wikipédia.

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  • Michel-Ange // 04.12.2020 à 12h44

    Passionnant , on ne naît pas libre , on peut s’efforcer de le devenir.

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  • Casimir Ioulianov // 04.12.2020 à 14h04

    Je me gausse de lire ces lignes :  » C’est une sottise. Supprimez Internet, Orwell sera content, car, par exemple, on ne diffusera plus une once de pensée marxiste « …
    TIENS DONC !!! Je suis pas du tout convaincu qu’il y ait besoin de couper Internet pour supprimer toute pensée un peu trop ouvertement découlant de l’analyse marxiste… IYKWIM…
    Sinon il y a aussi deux contres-exemples , le WSWS qui n’a jamais été autant lu que depuis que google l’a désindexé (effet Streisand) et le fameux « décodex » du « monde » que beaucoup connaissent plus comme le « deconnex » (effet Pravda).
    Bref, la pensée c’est un peu comme de l’eau , on peut essayer de la bloquer ou de la canaliser mais elle trouve toujours son chemin.

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  • plouf473 // 05.12.2020 à 12h55

    Bonjour,
    oui, merci pour cette clarté et ces explications utiles.

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  • Buber // 05.12.2020 à 13h07

    J’ai bien aimé cet entretien très stimulant avec un journaliste très courageux. J’ai appris des choses sur Maxwell. Je voudrais cependant corriger un peu ce qui est dit sur Orwell. Il a été combattre du côté des Républicains en Espagne et a combattu dans le cadre du POUM, une organisation trotskyste (lire son livre « Hommage à la Catalogne »). Il a vu comment les staliniens éliminaient les anarchistes et trotskystes pourtant du même côté qu’eux contre Franco. Et donc s’il est bien vrai qu’il a fourni une liste de communistes aux autorités britanniques, il n’en est pas moins vrai qu’il a bien failli être tué par les staliniens en Espagne. Noam Chomsky qui est souvent cité dans ces pages est un grand admirateur d’Orwell et notamment de la préface d’Animal Farm censurée à l’époque qui critiquait le côté moutonnier des intellectuels britanniques.

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    • JM Bourget // 06.12.2020 à 09h12

      Bon. En tant qu Orwellien repenti je me suis torturé les méninges. Premier problème le trotskiste a une détestable et historique passion pour la police. Orwell a été un flic colonial en Birmanie. En Espagne il rendait compte au Foreign Office. Son talent de lecteur du temps est indéniable et la common decency est un concept séduisant , hélas non vérifié. Ne pas oublié que son œuvre a été prise en main par la Cia, qui a sommé Hollywood de mettre son œuvre à l ecran…Certes il était mort. Mais la Cia n a pas lu chez Orwell la dénonciation de l Amérique

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      • Buber // 06.12.2020 à 23h51

        Merci de votre réponse. Flic colonial en Birmanie, oui et il commence à écrire en dénonçant les crimes britanniques dans ce pays (Burmese Days). Par la suite, Orwell a été kidnappé par tous les groupes politiques, la CIA aussi.

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