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4.novembre.20194.11.2019 // Les Crises

Noam Chomsky : dans l’objectif de 2020 Trump tente d’exploiter la tension avec l’Iran. Par David Barsamian

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Source : Truthout, David Barsami, 18-07-2019

Le président Trump s’entretient avec le secrétaire d’État Mike Pompeo lors d’une réunion de cabinet à la Maison-Blanche, le 16 juillet 2019, à Washington.
CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES

David Barsamian pour Truthout

Le 18 juillet 2019

« Toute préoccupation relative aux armes de destruction massive iraniennes pourrait être soulagée par le simple fait de répondre favorablement à l’appel de l’Iran à faire du Proche-Orient une zone exempte d’armes de destruction massive », déclare Noam Chomsky, légende de la vie intellectuelle publique. Cependant, l’administration Trump persiste à inventer des histoires selon lesquelles l’Iran menacerait de « conquérir le monde », et ce dans l’intention de faire monter la tension, renforçant par là même la position de Trump en vue du scrutin de 2020.

Dans cette transcription exclusive d’une conversation diffusée sur Alternative Radio, Noam Chomsky – le brillant professeur et linguiste du MIT qui, dans un classement, se place au huitième rang des personnalités les plus citées de l’histoire, au même niveau que Shakespeare et Marx – parle de la stratégie de dissuasion militaire de l’Iran et des actions entreprises par les dirigeants américains qui ne sauraient accepter ce que le département d’État décrit comme un défi que nous n’avons pas su relever de la part de l’Iran.

David Barsamian : Parlons tout spécialement de l’Iran, en l’inscrivant dans la politique étrangère des États-Unis depuis 1945. Washington a défini sa stratégie pour la Grande région [la Grand Area désigne la partie du monde sur laquelle les USA entendaient asseoir leur influence à la sortie de la seconde guerre mondiale, NdT] et l’Iran prend une importance énorme en raison de sa richesse pétrolière.

Noam Chomsky : Richesse pétrolière et position stratégique. Les projets de la stratégie de la Grand région tenaient pour acquis que les États-Unis domineraient le Proche-Orient, ce qu’Eisenhower appelait « la partie du monde la plus importante du point de vue stratégique », un enjeu matériel sans équivalent.

L’idée de base aux premières heures de la Grande stratégie, comme au début de la guerre, était que les États-Unis prendraient le contrôle de ce qu’ils appelaient la Grande région, c’est-à-dire bien sûr les pays occidentaux, l’ancien Empire britannique et l’Extrême-Orient. Ils présumaient à l’époque que l’Allemagne allait gagner la guerre, de sorte qu’il y aurait deux grandes puissances, la première autour de l’Allemagne avec une partie importante de l’Eurasie et la seconde comprenant les États-Unis avec cette Grande région. Quand il est devenu évident que les Russes allaient vaincre l’Allemagne, après Stalingrad et la grande bataille de tanks à Koursk, il a fallu modifier les plans. L’idée fut alors que la Grande Région englobe la plus grande partie possible du continent Eurasien, bien sûr en s’assurant la mainmise sur le pétrole du Proche-Orient.

Il y a eu un conflit au sujet de l’Iran dès la fin de la Seconde guerre mondiale. Les Russes ont soutenu un mouvement séparatiste dans le nord. Les Britanniques voulaient conserver leur mainmise. Pour faire court, les Russes ont été expulsés. L’Iran était un État sous tutelle britannique. Il y avait cependant un mouvement indépendantiste, et le dirigeant iranien, Mohammad Mossadegh, a dirigé une manœuvre pour tenter de nationaliser le pétrole iranien.

Les Britanniques, évidemment, ne voulaient pas cela. Ils ont essayé d’arrêter ce mouvement, mais ils se trouvaient dans leurs difficultés d’après-guerre et n’ont pas pu le faire. Ils ont fait appel aux États-Unis, qui ont en gros joué le rôle principal dans la mise en œuvre d’un coup d’État militaire qui a renversé le régime parlementaire et installé le Shah, qui était un client loyal. L’Iran est resté l’un des piliers du contrôle du Proche-Orient tant que le Shah est resté au pouvoir. Le Shah avait des relations très étroites avec Israël, le deuxième pilier du contrôle. Elles n’étaient pas formelles car, théoriquement, les États musulmans étaient censés s’opposer à l’occupation israélienne, mais les relations étaient extrêmement étroites. Elles ont été révélées en détail après la chute du Shah. Le troisième pilier du contrôle américain était l’Arabie saoudite, de sorte qu’il y avait une sorte d’alliance tacite entre l’Iran et Israël et une alliance encore plus tacite entre Israël et l’Arabie saoudite, sous l’égide des États-Unis

En 1979, le Shah a été renversé. Les États-Unis ont d’abord envisagé d’essayer de mettre en œuvre un coup d’État militaire qui rétablirait le régime du Shah. Ça n’a pas marché. Puis est survenue la crise des otages. L’Irak, peu après – sous Saddam Hussein – a envahi l’Iran. Les États-Unis ont fortement appuyé l’invasion irakienne et ont même fini par intervenir directement et de manière importante pour protéger les navires irakiens dans le Golfe. Un croiseur de missiles américain a abattu un avion de ligne civil iranien, tuant 290 personnes dans l’espace aérien commercial. Au final, l’intervention américaine a presque convaincu les Iraniens, sinon de capituler, du moins d’accepter un arrangement bien moins avantageux que ce qu’ils espéraient après l’agression irakienne. C’était une guerre meurtrière. Saddam a utilisé des armes chimiques. Les États-Unis ont prétendu de ne rien savoir à ce sujet – en fait, ils ont essayé d’en rejeter la faute sur l’Iran. Mais il y a eu pour finir un accord de paix.

Les États-Unis ont immédiatement mis en place des sanctions contre l’Iran et de graves menaces. C’était alors l’administration de Bush père. Son gouvernement a également invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis pour suivre une formation avancée sur la production d’armes nucléaires, ce qui, bien entendu, constituait une grave menace pour l’Iran.

La doctrine militaire [de l’Iran] est essentiellement défensive, conçue pour dissuader une invasion assez longtemps pour permettre que des efforts diplomatiques soient entrepris.

Il est un peu ironique de penser que lorsque l’Iran était un État client loyal sous le Shah dans les années 1970, le Shah et d’autres hauts responsables disaient très clairement qu’ils travaillaient au développement d’armes nucléaires. À l’époque, Kissinger, Rumsfeld et Cheney faisaient pression sur les universités américaines, principalement le MIT – il y avait un grand débat sur le campus à ce sujet – pour amener des ingénieurs nucléaires iraniens aux États-Unis pour se former, même si, bien sûr, ils savaient qu’ils développaient des armes nucléaires. En fait, on a demandé plus tard à M. Kissinger pourquoi il avait changé d’attitude à l’égard de la mise au point d’armes nucléaires iraniennes dans les années suivantes, alors que, bien sûr, c’était devenu un gros problème, et il a répondu, très simplement, qu’ils étaient alors des alliés.

Les sanctions contre l’Iran sont devenues plus sévères, plus intenses. Il y a eu des négociations au sujet des programmes nucléaires iraniens. D’après les renseignements américains, après 2003, il n’y avait aucune preuve que l’Iran avait des programmes d’armes nucléaires, mais il était probablement en train de mettre au point ce qu’on appelle une capacité nucléaire, ce que de nombreux pays ont, c’est-à-dire la capacité de produire des armes nucléaires si l’occasion se présente. Alors que l’Iran augmentait rapidement ses capacités, ses centrifugeuses et ainsi de suite, Obama a finalement accepté l’accord conjoint, l’accord nucléaire iranien, en 2015.

Depuis lors, selon les services de renseignements américains, l’Iran s’y est totalement conformé. Il n’y a aucune indication d’une quelconque violation iranienne. L’administration Trump s’en est retiré et a considérablement intensifié les sanctions contre l’Iran. Il y a maintenant un nouveau prétexte: Il ne s’agit pas d’armes nucléaires ; c’est que l’Iran s’immisce dans la région.

Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis.

Ou dans tous les autres pays. En fait, ce qu’ils disent, c’est que l’Iran tente d’étendre son influence dans la région. Il ldoit devenir ce que le secrétaire d’État Pompeo a appelé un « pays normal », comme nous, Israël et d’autres, et ne jamais essayer d’étendre son influence. Essentiellement, il dit qu’il lui faut capituler. Pompeo en particulier a dit que les sanctions américaines sont conçues pour essayer de réduire les exportations de pétrole iranien à zéro. Les États-Unis ont une influence extraterritoriale : Ils obligent d’autres pays à accepter les sanctions américaines sous peine d’être exclus du marché américain et, en particulier, des marchés financiers, qui sont dominés par les États-Unis. Les États-Unis, en tant que premier État voyou du monde, appliquent donc leurs propres décisions unilatérales sur les autres, grâce à leur pouvoir. Bolton, bien sûr, comme il l’a dit, veut simplement les bombarder.

Mon hypothèse est qu’en ce moment, beaucoup de ces manœuvres d’intimidation sont probablement dues à deux raisons: premièrement, il s’agit d’essayer d’intimider l’Iran, de créer le trouble, et aussi d’intimider les autres pays pour qu’ils n’essaient pas de contrecarrer les sanctions américaines ; mais je pense que c’est surtout une question de politique intérieure. Si les stratèges de Trump pensent clairement – et je suppose qu’ils le font – la meilleure façon d’aborder les élections de 2020 est de concocter des menaces majeures partout : des immigrants d’Amérique centrale venant ici pour commettre un génocide contre les Américains blancs, l’Iran sur le point de conquérir le monde, la Chine faisant ceci et cela. Mais nous serons sauvés par notre chef audacieux aux cheveux oranges, la seule personne capable de nous défendre contre toutes ces terribles menaces, pas comme ces femmes qui « ne sauront rien faire », ou Joe « l’endormi » ou Bernie « le fou ». C’est la meilleure façon d’entamer une campagne. Cela signifie qu’il faut maintenir les tensions, mais sans avoir l’intention d’aller jusqu’à la guerre.

Une stratégie de cette nature est malheureusement un gros problème en soi. Nous n’avons absolument aucun droit d’imposer des sanctions à l’Iran. Aucun. Dans toutes les discussions, on tient pour acquis que, d’une façon ou d’une autre, c’est légitime. Cela est absolument sans fondement. Et par ailleurs, les tensions peuvent facilement exploser. Tout peut arriver. Un navire américain dans le Golfe pourrait toucher une mine, disons, et un commandant quelconque dirait : « OK, ripostons contre une installation iranienne », puis un navire iranien pourrait lancer un missile. Et très vite, c’est parti. Donc, ça pourrait exploser.

Pendant ce temps, il y a des effets horribles partout, les pires au Yémen, où notre satellite, l’Arabie saoudite, avec le soutien appuyé des États-Unis – armes, renseignements – et son brutal allié les Émirats arabes unis, crée en fait ce que l’ONU a décrit comme « la pire crise humanitaire au monde ». C’est assez clair ; ce qui se passe n’est pas vraiment controversé. S’il y a une confrontation avec l’Iran, la première victime sera le Liban. Dès qu’il y aura une menace de guerre, Israël ne voudra certainement pas faire face au danger des missiles du Hezbollah, qui sont probablement dispersés dans tout le Liban à l’heure actuelle. Il est donc très probable que la première étape avant un conflit direct avec l’Iran serait grosso modo d’anéantir le Liban ou quelque chose du genre.

Et ces missiles au Liban viennent d’Iran.

Ils viennent d’Iran, oui.

Alors, quelle est la stratégie de l’Iran dans la région ? On entend le terme d’« arc chiite », qui désigne la population chiite en Irak, au Bahreïn, au Liban et en Syrie.

L’arc chiite est une invention jordanienne. Bien sûr, l’Iran, comme toute autre puissance, essaie d’étendre son influence. C’est ce qu’il fait, typiquement, dans les régions chiites, naturellement. C’est un état chiite. Au Liban, nous n’avons pas de registres détaillés parce qu’ils ne peuvent pas faire de recensement – cela briserait la fragile relation qui existe dans le système des confessions – mais il est assez clair que la population chiite est le plus grand des groupes confessionnels.

Ils ont un représentant politique, le Hezbollah, qui siège au Parlement. Le Hezbollah s’est développé comme une force de guérilla. Israël occupait le Sud-Liban après son invasion de 1982. C’était en violation des ordres de l’ONU, mais ils y ont en grande partie maintenu leur présence, en partie par l’intermédiaire d’une armée mandataire. Le Hezbollah a finalement chassé Israël. Cela en a fait une « force terroriste ». Vous n’êtes pas autorisé à chasser l’armée d’invasion d’un État-client des États-Unis, visiblement.

Les entreprises américaines détiennent environ 50 % de la richesse mondiale.

Depuis lors, le Hezbollah sert les intérêts iraniens. Il a envoyé des combattants en Syrie, qui représentent une grande partie du soutien apporté au gouvernement Assad. Techniquement, c’est tout à fait légal. C’était le gouvernement reconnu. C’est un gouvernement pourri, donc on peut, pour des raisons morales, dire qu’on ne devrait pas le faire, mais on ne peut pas dire qu’on ne devrait pas le faire pour des raisons juridiques. Les États-Unis essayaient ouvertement de renverser le gouvernement. Ce n’est pas un secret. Au bout du compte, il est devenu clair que le gouvernement Assad va contrôler toute la Syrie. Il reste encore quelques poches en suspens, les zones kurdes et d’autres, mais le guerre est à peu près gagnée, ce qui signifie que la Russie et l’Iran ont le rôle dominant en Syrie.

En Irak, il y a une majorité chiite, et l’invasion de l’Irak par les États-Unis a pratiquement livré le pays à l’Iran. Il s’agissait d’une dictature sunnite, mais, bien sûr, avec la destruction de la dictature sunnite, la population chiite a pris un rôle important. Ainsi, par exemple, lorsque l’ISIS [aussi connu sous le nom de Daesh] a failli conquérir l’Irak, ce sont les milices chiites qui les ont repoussées, avec le soutien iranien. Les États-Unis y ont participé, mais à titre secondaire. Maintenant, les chiites ont un rôle important à jouer au sein du gouvernement. Aux États-Unis, on considère que tout cela représente une nouvelle ingérence iranienne. Mais je pense que la stratégie des Iraniens est assez simple: ils veulent étendre leur influence comme ils le peuvent dans la région.

En ce qui concerne leur position militaire, je ne vois aucune raison de remettre en question l’analyse des renseignements américains. Cela semble assez exact. Dans leurs présentations au Congrès, ils soulignent que les dépenses militaires de l’Iran sont très faibles par rapport à celles de la région, bien inférieures à celles des autres pays – dérisoires par rapport à celles des Émirats arabes unis de l’Arabie saoudite, et bien sûr d’Israël – et que sa doctrine militaire est essentiellement défensive, conçue pour dissuader une invasion suffisamment longtemps pour que des efforts diplomatiques soient entrepris. Selon les services de renseignement américains, s’ils ont un programme d’armes nucléaires – ce que nous n’avons aucune raison de croire ; s’ils en ont un, donc – cela ferait partie de leur stratégie dissuasive.

C’est la véritable menace iranienne: elle a une stratégie dissuasive. Pour les États qui veulent être libres de faire des ravages dans la région, la dissuasion est une menace existentielle. Vous ne voulez pas être découragé ; vous voulez pouvoir faire ce que vous voulez. Il s’agit principalement des États-Unis et d’Israël, qui veulent être libres d’agir avec force dans la région sans aucune mesure dissuasive. Pour être précis, c’est la vraie menace iranienne. C’est ce que le département d’État appelle une « provocation réussie ». C’est le terme que le département d’État utilisait au début des années 1960 pour expliquer pourquoi nous ne pouvions tolérer le régime de Castro, parce qu’il constituait une « provocation réussie » envers les États-Unis.

A ce qu’il semble, que l’Iran puisse constituer un modèle fait partie de la menace qu’il représente.

Il y a aussi cela, mais je ne pense pas que ce soit vrai dans le cas de l’Iran. C’est un gouvernement misérable. Le gouvernement iranien est une menace pour son propre peuple. Je pense qu’il est assez justifié de le dire. Et ce n’est un vrai modèle pour qui que ce soit. Cuba était tout à fait différent. En fait, si vous regardez les documents internes du début des années 1960 qui ont été déclassifiés, on s’inquiète beaucoup du fait que – comme l’a dit Arthur Schlesinger, le proche conseiller de Kennedy spécialisé dans les affaires latino-américaines – le problème avec Cuba est « la propagation de cette idée de Castro de saisir son destin » qui a beaucoup plu aux autres pays de la région qui souffraient de la même situation que Cuba sous le régime, appuyé par les États-Unis, de Batista.

C’est dangereux. L’idée que les gens ont le droit de prendre leur destin en main et de se séparer de la domination américaine n’est pas acceptable. C’est une « provocation réussie ».

Un autre thème qui se joue après 1945 est la résistance de Washington aux nationalismes et indépendantismes.

Oui. Mais c’est automatique pour une puissance hégémonique. Il en allait de même pour la Grande-Bretagne, quand elle dirigeait la plus grande partie du monde ; de même pour la France et ses colonies. Vous ne voulez pas de nationalisme indépendantiste. En fait, c’est souvent très explicite. Juste après la Seconde guerre mondiale, quand les États-Unis ont commencé à essayer d’organiser le monde de l’après-guerre, leur première préoccupation a été de s’assurer que l’hémisphère occidental était totalement sous contrôle.

En février 1945, les États-Unis ont tenu une conférence occidentale à Chapultepec, au Mexique. Le thème principal de la conférence était précisément ce que vous avez décrit : C’était pour mettre fin à toute forme de « nationalisme économique ». C’est l’expression qui a été utilisée. Le département d’État a averti que les pays d’Amérique latine étaient infectés – je cite littéralement – « par l’idée d’un nouveau nationalisme », ce qui signifiait que les habitants du pays pensent devoir être les premiers bénéficiaires des ressources du pays. Évidemment, c’était totalement intolérable. Les premiers bénéficiaires devaient être des investisseurs américains. C’était la philosophie du nouveau nationalisme, et il fallait l’écraser. Et la conférence de Chapultepec, en fait, a clairement indiqué que le nationalisme économique ne serait pas toléré.

Ainsi, par exemple, pour prendre un cas qui a été discuté, le Brésil, un grand pays, pourrait produire de l’acier, mais pas l’acier de haute qualité comme celui dans lequel les États-Unis allaient se spécialiser. Soit dit en passant, il y avait, comme toujours, une exception aux règles qui n’a pas été mentionnée. Les États-Unis étaient autorisés à suivre des politiques de nationalisme économique. En fait, les États-Unis investissaient massivement des ressources gouvernementales dans le développement de ce qui est devenue l’économie de haute technologie des années suivantes : les ordinateurs, Internet, etc. C’était l’exception habituelle. Mais pour les autres, ils ne pouvaient pas succomber à cette idée que les premiers bénéficiaires des ressources d’un pays devraient être les habitants de ce pays. C’était intolérable. Cela s’exprimait dans toutes sortes de belles paroles sur le libre marché et ainsi de suite, mais le sens était assez explicite.

Vous avez souvent cité George Kennan, le vénéré fonctionnaire du département d’État, dans son célèbre mémo de 1948 : « Nous possédons 50 % de la richesse mondiale, mais seulement 6,3 % de sa population…… Notre véritable tâche dans la période à venir est de concevoir un modèle de relations qui nous permettra de maintenir cette position de disparité ». C’était en 1948. J’ai découvert avec intérêt que deux ans plus tard, il a fait une déclaration sur l’Amérique latine dans laquelle il déclarait que « la protection de nos matières premières » dans le reste du monde, en particulier en Amérique latine, l’emporterait sur ce qu’il appelait « la répression policière ».

Il a dit que la répression policière pourrait être nécessaire pour garder le contrôle de « nos ressources ». Rappelez-vous qu’il se trouvait du côté le plus modéré du spectre politique, en fait, à tel point qu’il a été viré vers cette époque et remplacé par un partisan de la ligne dure, Paul Nitze. Il était considéré comme « trop mou » dans un monde dur. Son estimation selon laquelle les États-Unis détiendraient 50 % des ressources mondiales est probablement exagérée maintenant qu’un travail plus minutieux a été effectué. Les statistiques ne sont pas très bonnes pour cette période, mais il y a des études. C’était probablement moins que ça. Cependant, c’est peut-être vrai aujourd’hui dans un sens différent. Dans la période actuelle de mondialisation, les chaînes d’approvisionnement mondiales, les comptes nationaux, c’est-à-dire la part du pays dans le PIB mondial, est beaucoup moins pertinente qu’elle ne l’était auparavant.

Une mesure beaucoup plus pertinente du pouvoir d’un pays est la richesse contrôlée par les sociétés multinationales établies au pays. Là, on constate que les sociétés américaines détiennent environ cinquante pour cent de la richesse mondiale. Maintenant, il y a de bonnes statistiques. Il y a des études à ce sujet menées par un très bon économiste politique, Sean Kenji Starrs, qui a publié plusieurs articles et bientôt un nouveau livre contenant de nombreux détails à ce sujet. Comme il le souligne, il s’agit d’un degré de contrôle de l’économie internationale qui n’a absolument aucun parallèle ou équivalent dans l’histoire, en réalité. Il sera intéressant de voir quel est l’impact des torpilles lancées par Trump sur tout cela, qui brisent le système des chaînes d’approvisionnement mondiales soigneusement développées au fil des ans. Cela peut avoir un certain impact. On l’ignore réellement. Jusqu’à présent, cela ne fait que nuire à l’économie mondiale.

Pour en revenir à l’Iran, vous avez mentionné dans le livre Global Discontents [Les mécontentements dans le monde NdT] que « toute préoccupation relative aux armes de destruction massive iraniennes pourrait être soulagée par le simple fait de répondre favorablement à l’appel de l’Iran à faire du Proche-Orient une zone exempte d’armes de destruction massive au Proche-Orient ». C’est presque au niveau de l’écrit clandestin. C’est à peine connu ou rapporté.

Ce n’est pas un secret. Et ce n’est pas seulement un appel de l’Iran. Cette proposition de création d’une zone sans armes nucléaires au Proche-Orient et de manière extensive, sans armes de destruction massive, vient en fait des États arabes. L’Égypte et d’autres pays l’ont faite au début des années 1990. Ils ont appelé à la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Proche-Orient. Des zones de ce type ont été établies dans plusieurs parties du monde. C’est intéressant de les regarder. Elles ne sont pas pleinement opérationnelles parce que les États-Unis ne les acceptent pas, mais elles sont théoriquement là. Celle du Moyen-Orient serait extrêmement importante.

La position iranienne de dissuasion est constamment considérée comme une menace existentielle pour Israël et les États-Unis, qui ne peuvent tolérer la dissuasion.

Les États arabes ont longtemps fait pression pour cette zone. Les pays non alignés, le G-77 – soit environ 130 pays à ce jour – l’ont fortement réclamée. L’Iran l’a fermement appelé de ses vœux alors qu’il était le porte-parole du G-77. L’Europe la soutient à peu près. Probablement pas l’Angleterre, mais d’autres. En fait, elle bénéficie d’un soutien presque total au niveau mondial, en ajoutant un régime d’inspection du type de celui qui existe déjà en Iran. Cela éliminerait en substance toute préoccupation concernant non seulement les armes nucléaires, mais aussi les armes de destruction massive.

Il n’y a qu’un seul problème : les États-Unis ne le permettront pas. C’est ce qui ressort régulièrement des sessions ordinaires d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, la dernière ayant eu lieu en 2015. Obama l’a bloquée. Et tout le monde sait exactement pourquoi. Personne ne le dira, bien sûr. Mais si vous regardez les revues sur la maîtrise des armements ou les revues professionnelles, vous constaterez qu’elles sont très ouvertes à ce sujet, parce que c’est évident. Si un tel accord existait, les armes nucléaires d’Israël seraient soumises à une inspection internationale. Les États-Unis seraient contraints de reconnaître officiellement qu’Israël possède des armes nucléaires. Bien sûr, ils le savent, tout le monde le sait, mais vous n’avez pas le droit de le reconnaître officiellement. Pour une bonne raison. Si vous le reconnaissez officiellement, l’aide des États-Unis à Israël doit prendre fin en vertu du droit américain. Bien sûr, vous pouvez trouver des moyens de contournement ; vous pouvez toujours violer vos propres lois. Mais cela devient un problème. Cela signifierait que les armes d’Israël devraient être inspectées – non seulement ses armes nucléaires, mais aussi biologiques et chimiques. C’est intolérable, nous ne pouvons donc pas permettre cela. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous diriger vers une zone exempte d’ADM, qui mettrait fin au problème.

Il y a autre chose qu’on ne peut lire que dans des écrits « clandestins ». Les États-Unis ont un engagement particulier à cet égard, un engagement unique en son genre, tout comme la Grande-Bretagne. La raison en est que lorsque les États-Unis et la Grande-Bretagne ont planifié l’invasion de l’Irak, ils cherchaient désespérément à trouver une couverture légale pour cela afin que cela ne ressemble pas à une simple agression directe. Ils ont fait appel à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU datant de 1991 qui demandait à Saddam Hussein de mettre fin à ses programmes d’armes nucléaires, ce qu’il avait d’ailleurs fait. Mais le prétexte était qu’il ne l’avait pas fait et qu’il avait donc violé cette résolution ; par conséquent, cela était censé donner une certaine légitimité à l’invasion.

Si vous vous donnez la peine de lire cette résolution de l’ONU, lorsque vous en arrivez à l’article 14, elle engage les signataires, y compris les États-Unis et la Grande-Bretagne, à œuvrer pour une zone exempte d’armes nucléaires au Proche-Orient. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont donc une responsabilité unique à cet égard. Essayez de trouver une discussion à ce sujet. Et, bien sûr, cela pourrait résoudre n’importe quel problème que l’on pense qu’il y a. En fait, selon les renseignements américains, il n’y en a pratiquement pas.

Le vrai problème, c’est à peu près ce que les services de renseignements américains décrivent, c’est-à-dire la position de dissuasion de l’Iran. C’est un danger réel et c’est constamment regardé comme une menace existentielle pour Israël et les États-Unis, qui ne peuvent tolérer la dissuasion.

Une politique étrangère militariste comme celle des États-Unis est très payante. Par exemple, Lee Fang, écrivant dans The Intercept, rapporte que « les grands fabricants d’armes », comme Lockheed Martin et Raytheon, « ont dit à leurs investisseurs que l’escalade du conflit avec l’Iran pourrait être bonne pour les affaires ».

Bien sûr que ça l’est. C’est un facteur. Je ne pense pas que ce soit le facteur principal, mais c’est certainement un facteur. C’est ce qu’on appelle être « bon pour l’économie » quand vous pouvez produire des biens matériels que vous pouvez vendre à d’autres pays. Les États-Unis occupent une place prééminente dans la force militaire. C’est là son véritable avantage comparatif : la force militaire. D’autres pays peuvent produire des ordinateurs et des téléviseurs, mais les États-Unis sont le plus grand exportateur d’armes. Son budget militaire dépasse tout ce qui existe dans le reste du monde. En fait, il est presque aussi élevé que celui du reste du monde réuni, beaucoup plus élevé que celui des autres pays. L’augmentation du budget militaire des États-Unis sous Trump – l’augmentation – représente plus que l’ensemble du budget militaire russe. La Chine est loin derrière. Et, bien sûr, les États-Unis sont beaucoup plus avancés technologiquement en matière de matériel militaire. Voilà donc l’avantage comparatif des États-Unis. Ils voudraient naturellement le perpétuer. Mais je pense que le plus important, c’est de s’assurer que le monde reste à peu près sous contrôle.

David Barsamian, l’un des journalistes d’investigation les plus infatigables et les plus éclectiques d’Amérique, a modifié le paysage médiatique indépendant. Son émission de radio hebdomadaire « Alternative Radio » en est maintenant à sa 34ème saison. Ses livres avec Noam Chomsky, Eqbal Ahmad, Howard Zinn, Tariq Ali, Richard Wolff, Arundhati Roy et Edward Said sont vendus dans le monde entier. Son dernier livre avec Noam Chomsky est Global Discontents : Conversations sur les menaces croissantes qui pèsent sur la démocratie. Il donne des conférences sur les affaires du monde, l’impérialisme, le capitalisme, les médias et la crise écologique. En 2017, Radical Desi, à Vancouver, lui a décerné le Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations. Il a collaboré avec le Kronos Quartet de renommée mondiale lors d’événements à New York, Londres, Vienne, Boulder et San Francisco. David Barsamian est le lauréat du Prix de l’éducation aux médias, du Prix Upton Sinclair de l’ACLU pour le journalisme indépendant et de la Bourse de la liberté culturelle de la Fondation Lannan. L’Institute for Alternative Journalism l’a placé dans son top dix des plus grands héros des médias.

Suite à lire ici – la semaine prochaine.

Source : Truthout, David Barsami, 18-07-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

martin // 04.11.2019 à 11h10

Toujours la même obstination, chez le passionnant Chomsky, à nier la dégringolade techno-militaire des Etats-Unis. On dirait que ça le gêne, c’est étrange. Pourtant, c’est bien la Russie qui est au coeur de toutes les “provocations réussies” des dernières années, justement parcequ’ elle crée la possibilité d’une dissuasion forte, via les armements qu’elle peut fournir, pour des pays comme l’Iran, le Venezuela etc. Pourquoi cette zône aveugle chez cet immense érudit? J’ai d’abord pensé que sa haine de la guerre le détournait de l’étude des armements, mais ce n’est pas satisfaisant. Il semble que la montée en puissance de la Russie et de la Chine le contrarie au point de l’aveugler, comme si les USA, malgré tous leurs défauts, DEVAIENT demeurer le lieu des solutions. Etrange vraiment. D’autant plus étrange que la Chine vient de dépasser les USA comme source d’articles de haut niveau dans le domaine des techno-science.

13 réactions et commentaires

  • Fabrice // 04.11.2019 à 07h39

    Il est dommage qu’il n’est pas plus évoqué l’action du Sénat américain qui incite tout autant à la densification des actions de rétorsion sur les régimes et gouvernements qui refuse de plier devant les USA, Chomsky me semble trop focalisé sur Trump et pas assez sur l’écosystème qui agis de manière tout aussi néfaste.

    Un président autre voudrait pacifier les relations internationales qu’il se retrouverait avec une baïonnette dans le dos le contraignant dans cette direction qui satisfait le fameux complexe militaro-industriel que Roosevelt avait dénoncé en son temps et qui tire les ficelles de la politique des Usa.

      +24

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    • Rémi // 04.11.2019 à 13h55

      Bonjour,

      c’est Eisenhower qui a parlé du complexe militaro industriel. Vu sa carrière c’était encore plus pertinnent qu’un éventuel avis de Roosevelt.
      vous avez raison sur l’environnement, l’appareil de sécurité nationnal a intérêt à garder des crises qui permettent aux multinationnales US de controler le monde. Ceci dit dans ce cas cela va beaucoup plus loin que le complexe militaro industriel. Il s’agit d’une position essentielle de l’oligarchie US qui contrôle de ce fait directement ou indirectement la moitié de l’économie mondiale. Ajoutez y les oligarchies sujettes, France, Allemangne, Anglettere, japon, Corée, et cela vous donne une idée assez nettes de leur puissance.
      Il ne le lacheront pas facilement

        +15

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      • Fabrice // 04.11.2019 à 17h56

        Exact Roosevelt c’était avec les banques.

          +5

        Alerter
    • Chris // 04.11.2019 à 17h01

      Roosevelt ? non Dwight Einsenhower dans son discours d’adieu du 17 janvier 1961.

        +4

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      • Duracuir // 04.11.2019 à 20h39

        Relisez bien, vous confondez là. 🙂 Il parle de FDR pour la banque, pas pour le complexe militaro-industriel.

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    • Pol ux // 05.11.2019 à 05h58

      1 étasunien sur trois tire son job directement ou indirectement du complexe militaire.
      Un changement de politique est donc impossible puisqu’ils votent pour le parti de la guerre qui paie leur gamelle.

      De plus ces gens fanatiques se croient l’armée de dieu guidés par jésus, l’archange michel et autres. Ils survivront à la guerre nucléaire…

      On est mal.

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  • martin // 04.11.2019 à 11h10

    Toujours la même obstination, chez le passionnant Chomsky, à nier la dégringolade techno-militaire des Etats-Unis. On dirait que ça le gêne, c’est étrange. Pourtant, c’est bien la Russie qui est au coeur de toutes les “provocations réussies” des dernières années, justement parcequ’ elle crée la possibilité d’une dissuasion forte, via les armements qu’elle peut fournir, pour des pays comme l’Iran, le Venezuela etc. Pourquoi cette zône aveugle chez cet immense érudit? J’ai d’abord pensé que sa haine de la guerre le détournait de l’étude des armements, mais ce n’est pas satisfaisant. Il semble que la montée en puissance de la Russie et de la Chine le contrarie au point de l’aveugler, comme si les USA, malgré tous leurs défauts, DEVAIENT demeurer le lieu des solutions. Etrange vraiment. D’autant plus étrange que la Chine vient de dépasser les USA comme source d’articles de haut niveau dans le domaine des techno-science.

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    • Casimir Ioulianov // 05.11.2019 à 15h20

      Chomsky a raison quand il parle des budgets. Là où l’erreur se glisse dans son raisonnement, c’est quand on prend conscience de ce qui est fait de ce pognon, pourquoi et pour quelles visées.
      Entre une armée de domination et une armée de dissuasion, il y a un monde. On va pas rentrer dans les détails , j’ai pas le temps de rédiger un essai et il y en a déjà plein le net.

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    • Alligator427 // 06.11.2019 à 01h16

      Peut-être que Chomsky n’est pas aveugle mais qu’il a un autre regard que le vôtre ? Celui de quelqu’un qui tient compte de l’histoire longue et qui n’oublie jamais qu’il suffit d’une étincelle pour déclencher une guerre.

      Il a bien compris que le danger de la bombe iranienne serait dans son caractère dissuasif (et non pas offensif évidemment). Du coup, les missiles russes dont vous semblez regretter qu’il ne soit pas question dans cette entrevue sont un peu légers en comparaison… c’est un peu des suppositoires géants.

      Aborder la question de la diplomatie yankee sous le seul angle du déclin impérial me semble un peu limité. Il est rare qu’un effet soit provoqué par une seule cause. Et d’ailleurs êtes-vous certain que le déclin des Etats-Unis n’est pas le déclin non pas d’une nation, mais plus largement d’une civilisation fondée sur le pétrole ?

      Quand le gâteau cesse de croitre, pour continuer la gabegie :
      • solution 1 pour les moins militarisés, faire de la dette (d’où le cataclysme financier que tout le monde craint)
      • solution 2 en sus pour les plus belliqueux, prendre les richesses du voisin par la force des armes et du Droit à géométrie variable (justice extraterritoriale, des tribunaux d’arbitrage, sortie unilatérale des Traités …)

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    • Alligator427 // 06.11.2019 à 01h27

      Et merci aux traducteurs pour ce texte très instructif !

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  • Owen // 04.11.2019 à 12h08

    Merci de cet article de fond, qui va au delà du sentiment que j’ai aussi d’erreur d’appréciation sur le place de Trump vis à vis de l’État profond.

    Je ne connaissais pas la doctrine de la “Grande région”, ou “Grand Area”. Si quelqu’un connaissait, je suis preneur.

    F.D. Roosevelt a mis fin, en effet, au vieux courant isolationniste dont Trump en semble une réminiscence. Il faut dire que les appels à l’aide du Vieux Monde qui, décidémment, ne sortait pas de ses empoignades de plus en plus ravageuses y ont contribué.

    L’isolationnisme était établi sur le modus vivendi de la doctrine Monroe: chacun ses affaires, nous le continent américain, vous, vos colonies européennes.

    Durant leur première rencontre en août 1941, sur l’USS Augusta, Churchill et Roosevelt ont devisé: et sur les zones de conflits à conduire, et sur un règlement international (la future Charte de l’Atlantique, notamment), et sur les zones d’influence dans le monde (et maintient pour Churchill de son Commonwealth), et sur l’extension du communisme. de Gaulle, atlantisme lui même de fait, a détaillé dans ses Mémoires toutes les difficultés qu’il a eu avec ses faux frères Churchill et Roosevelt (il a préféré Eisenhower, alors chef de l’armée américaine pendant le guerre et Truman, successeur de Roosevelt).

    Mais, encore une fois, j’ignore d’où vient cette doctrine de “Grand Area”.

      +2

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  • catherine // 04.11.2019 à 15h03

    Je ne crois pas qu’il va s’embêter avec l’Iran, je pense plutôt qu’il aura fort à faire avec une petite crise boursière qu’on ne manquera pas de lui concocter pour obérer ses résultats économiques sur lesquels il compte le plus.
    Qui vivra verra.

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  • Websight // 04.11.2019 à 15h58

    Tous les cinq ou dix ans, les USA s’inventent un nouvel état voyou. Tout changer pour ne rien changer. En l’occurence, l’Iran. Chomsky décrit clairement la fausseté des accusations, comme le rejet d’une solution, déjà, pour la coexistence pacifique, la dénucléarisation.

    Je ne crois pas, tout de même, qu’un pays qui confisque 50% des richesses mondiales, qui fait payer au reste du monde la santé du dollar, et qui s’aroge le droit d’intervenir et de vouloir imposer ses directions à tous pays, aussi bien l’Europe que l’Amérique latine, je ne crois que cet empire va durer bien longtemps. Sa légitimité est nulle, sauf chez ses affidés en France comme ailleurs, sa puissance s’effrite sous les contradictions internes du modèle économique ultra-libéral qui a ramené les salaires US au niveau des années 60, tandis que la finance atteint des niveaux de rendement stratosphériques pour une poignée de gens, déjà extrêmement riche.

      +10

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