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26.novembre.201926.11.2019 // Les Crises

Pitié pour les Kurdes – Par Chris Hedges

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Source : Truthdig, Chris Hedges

M. Fish / Truthdig

Je me tenais sur la colline de Kalowa, balayée par le vent, dans la ville de Sulaimaniya, au nord de l’Irak, alors que Pershan Hassan, une femme de 53 ans, montait rapidement le chemin de terre menant à l’endroit où on était en train de dégager une fosse commune. Elle serrait dans les mains la photo encadrée d’un garçon en noir et blanc. Elle s’est frayé un chemin à travers la foule qui baissait les yeux vers les restes de dizaines de corps mis au jour. Soudain, elle a laissé échapper un râle de douleur alors qu’elle reconnaissait les restes de son fils de 13 ans, Shafiq réduit à l’état de squelette. Un bandeau bleu délavé était enroulé serré autour de son crâne. Les douilles des balles utilisées étaient éparpillées autour de ses ossements d’un brun foncé.

« Je le reconnais à ses vêtements », chuchota-t-elle, sa voix se brisant alors qu’elle soulevait les vêtements et les embrassait. « Je l’ai élevé seule, sans son père. »

C’était en décembre 1991, après la première guerre en Irak. Saddam Hussein avait impitoyablement écrasé une révolte kurde à la suite de la défaite de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés ce printemps-là. En avril 1991, deux millions de réfugiés avaient fui vers la Turquie et l’Iran. Beaucoup sont morts de froid alors qu’ils tentaient de s’échapper, franchissant les cols de montagne enneigés. La communauté internationale, réagissant à ces images déchirantes, avait créé des refuges pour leur retour dans le nord de l’Irak, forçant Bagdad à retirer ses troupes.

En tant que journaliste pour le New York Times, j’ai passé des mois avec les Kurdes après le retrait de l’Irak, y compris vivre et dormir avec sept gardes du corps kurdes, ou peshmergas, après que Bagdad eut offert des primes de 1 000 dollars pour l’assassinat de journalistes et travailleurs humanitaires occidentaux dans la région kurde. Plusieurs de mes collègues ont été tués ou gravement blessés.

Le Kurdistan, « terre des Kurdes », a été reconnu par les visiteurs européens dès le XVe siècle. Les Kurdes, qui parlent kurde et sont majoritairement sunnites, se sont vu promettre un état par les alliés victorieux après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’Empire ottoman. Au lieu de cela, la région kurde a été partagée entre la Turquie, la Syrie, l’Iran, l’Irak et l’Union soviétique. Le combat kurde pour un état indépendant, une lutte qui est passée par nombre d’insurrections armées, a duré près d’un siècle. Tout comme les vagues brutales de répression, d’extermination et de trahison pour écraser les aspirations kurdes.

L’abandon par le président Donald Trump des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes dans le nord de la Syrie est un nouveau chapitre d’une histoire triste et impitoyable, celle-ci est rejouée encore et encore et voit les forces kurdes être armées et utilisées pour atteindre les objectifs stratégiques des États-nations rivaux, puis rejetées. On estime à 11 000 le nombre de combattants kurdes morts dans la bataille contre l’État islamique (EI) en Syrie. Ils ont servi de chair à canon pour les États-Unis.

La récente incursion de la Turquie dans le nord de la Syrie vise à affaiblir les liens entre le FDS et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui conduit une insurrection dans le sud-est de la Turquie depuis 1984. Le PKK, dont la sympathie populaire a été renforcée par la répression brutale des Kurdes par la Turquie, bénéficie d’un large soutien et constitue une force insurrectionnelle étonnamment efficace.

Lorsque j’étais avec une unité du PKK opérant le long de la frontière entre la Turquie et l’Irak, j’ai fait remarquer au commandant à quel point son unité semblait bien formée. « Oh », dit-il, « nous disons à nos combattants de faire leurs deux ans de service militaire obligatoire dans l’armée turque avant de nous rejoindre. »

Il y a entre 25 et 30 millions de Kurdes qui vivent dans la bande de territoire qui s’étend du nord de l’Irak à la Turquie. C’est le groupe ethnique le plus important au monde qui n’ait aucun état en propre. Pour survivre, les groupes et clans kurdes passent des alliances toujours changeantes, parmi lesquelles la dernière décision du FDS de s’unir à Damas. Tout au long de leur histoire, les Kurdes ont forgé des alliances temporaires avec les États-Unis, l’Union soviétique, l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie. Ces alliances se sont toujours désintégrées, généralement lorsque les Kurdes n’étaient plus considérés comme utiles. Le Shah Mohammad Reza Pahlavi et Henry A. Kissinger, alors secrétaire d’état américain, par exemple, ont armé les Kurdes dans le nord de l’Irak pour déstabiliser Bagdad. Mais le shah, dans un accord secret avec Bagdad, a vendu ses alliés kurdes, permettant à l’Irak de mener une politique de la terre brûlée contre les Kurdes, ce qui a entraîné en 1975 une catastrophe humanitaire et un exode de Kurdes aussi dévastateurs que ce qui a résulté en 1991 de la rébellion kurde avortée après la guerre du Golfe.

Les campagnes anti-insurrectionnelles contre les Kurdes, souvent invisibles ou ignorées par le monde extérieur, ont parfois atteint des niveaux génocidaires. En 1988, Bagdad a lancé des gaz toxiques sur une soixantaine de villages kurdes et en a rasé 4 000 dans le cadre de ce que l’on a appelé la campagne Anfal, une tentative d’annihilation des Kurdes en Irak. Jusqu’à 200 000 Kurdes ont été portés « disparus », des dizaines de milliers d’entre eux ont été rassemblés et exécutés. J’étais présent lors des fouilles de fosses communes contenant chacune plus d’un millier de corps dans le nord de l’Irak, dont une révélant 1 500 soldats kurdes de l’armée irakienne ayant apparemment tenté de se rebeller. Dans le nord de l’Irak, je suis passé de village en village, tous réduits à l’état de gravats par la dynamite. Il n’y avait ni électricité, ni eau courante, et bien peu de nourriture. Il n’était pas rare de trouver des familles vivant comme des taupes sous les dalles de béton effondrées de leurs anciennes maisons, la terre qui les entourait étant jonchée de mines terrestres.

Le retrait de l’Irak des régions kurdes du nord après la Guerre du Golfe de 1991 a créé un état kurde de facto, le troisième au courant de ce siècle. Mais la Turquie reste déterminée à le détruire une fois que ses forces turques en auront fini avec l’enclave kurde du nord de la Syrie. Si l’on se fie au passé, la région autonome kurde du nord de l’Irak sera aussi éphémère que les autres enclaves autonomes brièvement arrachées par les Kurdes au cours du dernier siècle.

L’absence d’autorités irakiennes dans le nord de l’Irak m’a permis de parcourir des piles de dossiers de police, y compris des photographies et des vidéos de torture et d’exécutions. J’ai vu les longues listes dactylographiées qui faisaient le compte meurtre après meurtre, parfois pour des délits insignifiants. Un homme a été condamné à mort parce qu’il avait la photo d’un chef rebelle kurde dans son portefeuille. Dix-huit tonnes de dossiers du renseignement irakien retraçant des décennies de répression, de torture et d’assassinats ont finalement été retrouvés.

Les lieux d’exécution étaient bien souvent situés à côté des fosses communes. Sur la colline Kalowa, cinq pneus remplis de béton marquait l’endroit où des centaines de personnes ont été abattues par arme. Des remblais de terre bordaient le site à l’arrière et sur les deux côtés. On bandait les yeux des prisonniers et on leur liait les mains dans le dos.On les attachait ensuite à des poteaux de trois mètres de haut. J’ai regardé des vidéos, retrouvées dans les centres de détention irakiens, de beaucoup de ces exécutions. Une fois, on m’a montré une photo de trois officiels irakiens accroupis comme des chasseurs de gros gibier à côté du corps écroulé d’un homme qui avait été tué par balle. L’un des Irakiens, portant un béret, ricanait en menaçant le cou du cadavre avec un couteau.

Ceux qui vivaient dans les environs de Kalowa Hill, étaient menacés de mort s’ils tentaient de jeter un coup d’œil dans l’enceinte entourée de hauts murs, ils ont ensuite raconté qu’ils entendaient souvent des cris et des rafales de coups de feu. « Après être entrés dans l’enceinte, les chien ramenaient des os humains », m’a dit Yasin Khader Hassan. « Et puis les gardes ont commencé à abattre même les chiens. »

Kalowa Hill est une métaphore de l’histoire tragique des Kurdes. Je reste hantée par les images de femmes fouillant frénétiquement parmi les restes de squelettes dans des fosses mises au jour,cherchant leurs enfants ou maris disparus. Je peux encore sentir dans mes mains les crânes, les bandeaux sur les orbites et les impacts de balles. Alors que les garçons et les hommes, qui représentaient la majorité des victimes, avaient généralement les yeux bandés et étaient fusillés, les filles et les femmes avaient le plus souvent les yeux bandés avant d’être étranglées.

« Sirwan, Sirwan », Bahia Khader, une autre mère, s’effondre en sanglots sur la colline de Kalowa, se penchant sur les os et les vêtements de son fils, disparu en 1982 alors qu’il avait 15 ans. « Par les mains de ces criminels, tu m’as été arraché. »

Un après-midi j’ai parcouru à pieds les vestiges sinistres d’un ancien centre de détention irakien avec Jamal Aziz Amin, homme courtois et directeur d’école de 45 ans. Il se tenait dans une pièce insonorisée dans le sombre sous-sol de la prison centrale de sécurité de Sulaimaniya, où il avait été maintenu en détention pendant un an. De grands crochets métalliques pendaient du plafond. Les prisonniers, nus, étaient menottés derrière le dos et hissés par les poignets jusqu’aux crochets. On les interrogeait au sujet des groupes de guérilla kurde, ils étaient battus, fouettés et soumis à des chocs électriques jusqu’à ce qu’ils perdent connaissance. Leur régime alimentaire consistait en une soupe liquide, du pain et du thé léger qui laissait les prisonniers faibles et émaciés.

« On criait », dit Amin, « et on aurait dit qu’on criait depuis le fond d’un puits profond, très profond. »

Après la Guerre du Golfe, des combattants kurdes ont attaqué la prison. Les 300 membres de la police secrète et les gardes, y compris le directeur, ont tenu trois jours jusqu’à ce que tous soient tués. Amin et d’autres anciens prisonniers sont restés debout au dessus du corps de leurs bourreaux. « Nous voulions que tous reviennent tous à la vie », dit-il, « pour pouvoir les tuer de nouveau. »

Les murs des cellules de la prison étaient gravées de dessins grossiers, de calendriers aux jours barrés et de messages déchirants laissés par ceux qui cherchaient à laisser derrière eux leur nom et un témoignage de leurs souffrances.

« C’étaient mes amis, arrêtés avec moi », écrit Ahmed Mohammed, l’un de ceux qui ont laissé un message. Il a cité cinq noms et griffonné : « Tous ont été exécutés. »

« Oh, maman, dans cette pièce sombre, mes rêves me troublent et je tremble », disait un message. « Puis vient le coup de pied contre ma porte et une voix qui me dit de me lever. C’est l’heure de mon interrogatoire. Je m’éveille à la mort. »

Amin m’a emmené aux latrines, un trou dans le sol en béton, au bout d’un couloir de cellules.

« Je voulais te montrer ça », dit-il en montrant du doigt un petit puits de lumière qui nous inonde depuis une minuscule fenêtre grillagée à 14 pieds au-dessus de nous. « C’est ici que nous venions la nuit pour nous hisser le long des murs et entendre le bruit des chiens qui aboyaient au loin. Entendre les chiens, cela représentait tout pour nous. »

Source : Truthdig, Chris Hedges, 21-10-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Fritz // 26.11.2019 à 07h16

Manque à ce texte en forme de martyrologe le rôle joué par les Kurdes envers les Arméniens déportés, en 1915.

Quant aux accords d’Alger (1975), ils ont été si peu secrets qu’ils ont été arbitrés par le président Boumédiène.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_d'Alger_(1975)

Et quand il écrit qu’après 1918, « la région kurde a été partagée entre la Turquie, la Syrie, l’Iran, l’Irak et l’Union soviétique », il devrait consulter une carte. Où se trouve la république soviétique du Kurdistan ?

Cela dit, je ne conteste pas le témoignage de Chris Hedges, bien que son passage sur la répression irakienne en 1988 et 1991 aurait pu figurer dans le Livre noir de Saddam Hussein préfacé par Bernard Kouchner.

27 réactions et commentaires

  • Fritz // 26.11.2019 à 07h16

    Manque à ce texte en forme de martyrologe le rôle joué par les Kurdes envers les Arméniens déportés, en 1915.

    Quant aux accords d’Alger (1975), ils ont été si peu secrets qu’ils ont été arbitrés par le président Boumédiène.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_d'Alger_(1975)

    Et quand il écrit qu’après 1918, « la région kurde a été partagée entre la Turquie, la Syrie, l’Iran, l’Irak et l’Union soviétique », il devrait consulter une carte. Où se trouve la république soviétique du Kurdistan ?

    Cela dit, je ne conteste pas le témoignage de Chris Hedges, bien que son passage sur la répression irakienne en 1988 et 1991 aurait pu figurer dans le Livre noir de Saddam Hussein préfacé par Bernard Kouchner.

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    • Jaaz // 26.11.2019 à 10h21

      Rôle joué par “les” Kurdes? Vous avez l’air de mettre tous les Kurdes dans le même sac . Que faites vous des Kurdes qui ont caché ou adopté, par exemple, des enfants arméniens pour qu’ils échappent aux massacres?
      Curieuse démarche que de creuser dans l’histoire des éléments pour affirmer la culpabilité collective d’un peuple… A ce jeu là, je ne crains que beaucoup de peuples ne soient éternellement coupables.
      Sinon, il y avait bien des poches de populations kurdes en Arménie ou en Azerbaïdjan, à l’époque où ils ont intégré l’URSS. Beaucoup de Kurdes ont même été déportés, notamment au Kazakhstan, voire en Sibérie.

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      • Fritz // 26.11.2019 à 12h10

        Vous avez raison. Je ne voulais pas généraliser, et encore moins inculper le peuple kurde (ce serait ridicule et odieux de ma part). Je corrige donc : « le rôle joué par des Kurdes envers les Arméniens déportés ».

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      • jbal // 26.11.2019 à 13h17

        Pendant la dernière il y avait aussi de ‘ bons allemands’

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      • DIANA // 26.11.2019 à 13h44

        Les arméniens se rappellent surtout et avant tout des bourreaux kurdes qui les ont torturés, violées et exterminés. Les arméniens répétaient d’ailleurs aux Kurdes à cette époque-là , “réfléchissez car un jour viendra votre tour”. Il semblerait qu’il soit là. Les Kurdes d’Irak ont collaboré avec Daësh, des centaines de vidéos le démontrent; les kurdes de Syrie, ont tantôt lutter aux côtés d’Al Nusra et tantôt aux côtés des Forces régulières syriennes. Le désespoir? le besoin de créer une nation à tous coûts? Pourquoi la Syrie devrait-elle payer les pots cassés avec la création d’un Kurdistan “Syrien” alors que la majorité des kurdes proviennent de Turquie et que les Kurdes “syriens” ne représentent qu’une minorité? Les jeux politiques continuent, la propagande aussi.

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      • Dominique65 // 26.11.2019 à 23h08

        « Vous avez l’air de mettre tous les Kurdes dans le même sac »
        Chris Hedges aussi lorsqu’il pose : « Les Kurdes, qui parlent kurde ».
        Or il n’y a pas une langue Kurde. Il y a a même trois alphabets différents pour les différents dialectes : l’alphabet latin (pour les Kurdes de Turquie et de Syrie), l’alphabet cyrillique (pour les Kurdes des ex-républiques soviétiques) et l’alphabet arabe (pour les Kurdes d’Irak et d’Iran). Source Wikipedia.

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        • Jaaz // 27.11.2019 à 10h23

          Il y a le kurmandji (très majoritaire) et le sorani principalement, avec des poches de zaza, et les locuteurs de ces trois dialectes peuvent se comprendre. Mais on peut parler de la langue kurde, unifiée.
          Bref, des dialectes, un peu comme partout en fait.

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    • LBSSO // 26.11.2019 à 19h06

      Le Kurdistan rouge dans les poubelles de l’histoire.

      “Où se trouve la république soviétique du Kurdistan ?” (@Fritz)
      Réponse, on peut supposer que C Hedges pense au Kurdistan rouge:
      “Le Kurdistan rouge (en kurde Kurdistana Sor, en azéri Qızıl Kürdistan, en russe Красный Курдистан Krasnyy Kurdistan), ou Ouiezd du Kurdistan (russe : Курдистанский уезд) est une unité administrative soviétique qui a existé pendant six ans de 1923 à 1929”
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Kurdistan_rouge

      “C’est sans doute à la demande d’Atatürk qu’en 1923, Lénine a retiré le statut d’autonomie qu’il avait précédemment accordé à l’enclave kurde dans les territoires soviétiques, connue sous le nom de « Kurdistan rouge » et l’a rattachée à la République d’Azerbaïdjan”
      https://www.les-crises.fr/une-histoire-meconnue-de-la-division-du-kurdistan/
      @Fritz, vous aviez commenté le 15 8 17 le billet inhérent au lien ci-dessus : ” article intéressant”.

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      • Fritz // 26.11.2019 à 21h27

        Exact. Merci pour le lien que vous indiquez, et désolé pour mon oubli.
        Ma mémoire devient une passoire, mais je tâcherai de ne plus oublier ce Kurdistan soviétique enclavé entre l’Arménie et le Nagorno-Karabakh.

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  • Linder // 26.11.2019 à 08h11

    Les Kurdes, dans leur désir d’avoir leur état refuse de voir le monde tel qu’il est. La Turquie est une pièce clé depuis plus de 50 ans dans le dispositif de l’OTAN. La Turquie ne veut pas d’un Kurdistan, où qu’il soit. C’est un point non négociable et essentiel : la Turquie préférera quitter l’OTAN que de laisser crée un Kurdistan. Les américains l’ont bien compris. Obama a fait des promesses au Kurdes qu’il savait ne pouvoir tenir et c’est Trump qui paye politiquement les fausses promesses d’Obama

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    • Jaaz // 26.11.2019 à 10h40

      Vous parlez de quels Kurdes, en fait? C’est fou cette tendance presque naturelle de certains de mettre tout le monde dans le même sac…
      Je vais vous résumer très très sommairement la situation: les Kurdes de Turquie ne sont pas forcément pour la création d’un Etat kurde. Même le HDP, la vitrine politique du PKK, n’envisage plus cette solution mais propose, au mieux, une solution fédérale. En Iran, les velléités sécessionnistes sont plus discrètes ces dernières années, les groupes armées Kurdes ayant, un temps, fait une pause dans leur lutte, face à une répression féroce du régime iranien, bien connu pour assassiner à l’étranger plusieurs leaders politiques kurdes iraniens. De plus il existe en Iran une province nommée Kurdistan et leurs particularités culturelles sont reconnues.
      En Irak, l’autonomie avancée du KRG (appellation adm. du K. irakien) dans le cadre d’une fédération irakienne et les récents massacres commis par Saddam tels que décrits dans l’article poussent naturellement l’écrasante majorité des Kurdes d’Irak vers une déclaration d’indépendance, qui verra peut-être le jour si les occidentaux soutiennent massivement la démarche. Ce ne serait pas la meilleure des solutions pour la Turquie, mais celle-ci ne peut pas éternellement s’opposer à une évolution institutionnelle en Irak.
      Quant à la Syrie, le PKK est ses filiales syriennes ont beaucoup investi le terrain ces dernières années, instrumentalisés par les occ., mais à l’insu de leur plein gré… L’autonomie était clairement envisagée, et non une indépendance impossible dans les faits

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      • Linder // 26.11.2019 à 15h02

        Vous avez raison, ma formulation est un peu hative mais il suffit de peu pour la rendre plus correcte.
        J’ai écris “Les Kurdes, dans leur désir d’avoir leur état …” On le remplace par “Les Kurdes qui luttent pour avoir leur état …”
        Maintenant, la distinction entre autonomie et indépendance est à géométrie variable. En 1999, l’OTAN parlait d’autonomie pour le Kosovo, en précisant dans les accords de Rambouillet, que le Kosovo devait rester dans le cadre de la Yougoslavie. 9 ans après, le Kosovo était indépendant …

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  • christian gedeon // 26.11.2019 à 10h35

    Les kurdes jadis assassins,aujourd’hui assassinés.Ils ont contre eux quatre états l’Irak,la Syrie,l’Iran et la Turquie. sans compter l’internationale islamiste pro Daech ou Al Qaïda. Et pour finir,des divisions internes presqu’ insurmontables entre leurs factions,qui vont du marxisme-leninisme aux traditionnalistes flirtant avec l’islamisme ditr “modéré”. En Irak,ils ont compris jusqu’où ne pas aller trop loin (Irak où ils par ailleurs abandonné les chrétiens assyriens et les yézidis au massacre sans souciller). En Syrie,ils revioennent(en partie) sous l’ombrelle du gouvernement syrien, en Iran,ils sont qunatité négligeable,et en Turquie,que ce soit Erdogan ou son éventuel successeur,rien ne leur sera accordé. Sale temps pour les kurdes.Ceci étant dit la promesse de leur accorder un état,à la quelle on se réfère toujours et encore (c’est encore la faute des “occidentaux “) empêche les critiques de se rappeller que la turquie kémaliste a massacré…les grecs de Turquie,expulsé les habitants du Sandjak d’Alexandrette(avec la bénédiction de….la France),les kurdes locaux ayant partciopé avec allégresse à ce haut fait d’armes.

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    • Marie Pan-Pan // 26.11.2019 à 19h20

      Merci Christian,
      pour ce rappel historique, dans votre dernière phrase, concernant la communauté grecque (installée depuis des lustres dans l’Empire Ottoman comme ma famille) massacrée ou déportée ( le sabre ou bien le “retour” forcé en Grèce dans un pays qui leur été inconnu ) ou encore crevant pendant les marches de la mort comme bien d’autres avant eux….oui avec la complicité, entre autre, de kurdes.
      Mais bon rien n’est jamais noir ou blanc. Les kurdes à l’époque comme aujourd’hui me semblent comme un stock inépuisable de nervis, de pions, de fusibles à chaque génération.
      Pour cela peut-être qu’ils n’ont pas été rayé définitivement de la carte, juste assez pour qui, des grandes puissances et puissances locales, a besoin de perturber l’échiquier.

        +5

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  • manant // 26.11.2019 à 12h44

    C’est un article trop unilatéral :
    1- Le peuple kurde n’est pas homogène. Il est divisé : une partie sous influence féodale et une autre socialisante.
    2- Il ne fait pas un rapport avec un autre peuple — lui aussi martyrisé —. L’exemple de la Palestine, où Israel est devenue une arme impérialiste contre tous les Etats de la région, n’est pas de nature à inciter ces derniers à accepter la réédition d’un tel exemple. D’où la férocité de la répression des kurdes indépendantistes ou autonomistes.
    3 — L’ approche fédérale, permettant de transcender ces problème par l’inclusion des les composantes ethniques et religieuses dans une fédération, n’est jamais envisagée ni proposée par les intellectuel occidentaux. Ils s’obstinent à pointer ce qui est de nature à cliver, non à réunir.

      +1

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  • Koui // 26.11.2019 à 13h42

    Il faut tout de même rappeler qu’après l’attaque chimique contre la ville kurde d’al Habja, la CIA a publié un rapport qui accusait l’Iran de ce crime. (voir chap controversies de https://en.wikipedia.org/wiki/Halabja_chemical_attack en anglais car la page francaise est quasi vide). Pourtant, la CIA était parfaitement au courant que c’était l’Irak. Comme quoi, ils mentent depuis longtemps. Il ne faut jamais leur faire confiance mais les kurdes n’ont pas retenu la leçon.

      +2

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  • Chris // 26.11.2019 à 13h43

    En Syrie, ils ont servi de chair à canon pour les États-Unis.
    Ça fait 120 ans que les empires du moment (Royaume Uni, France, USA, Turquie/Ottoman, Shah…) se servent des Kurdes pour réaliser leurs desseins géopolitiques et ils n’ont toujours pas compris.
    Loin de moi de les juger coupables (quoique je réprouve leur entrain à éliminer les Arméniens), mais reconnaissons néanmoins leur rôle quasi immuable d’idiots utiles.

    “Il n’était pas rare de trouver des familles vivant comme des taupes sous les dalles de béton effondrées de leurs anciennes maisons, la terre qui les entourait étant jonchée de mines terrestres” : une description qui s’accorde à merveille avec celle de Raqqa et Mossoul (pour ne citer qu’elles) après leur destruction par l’USAF/OTAN soutenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), tiens encore eux !, pour chasser l’EI… que les Américains et leurs affidés avaient armé, financé et entrainé.
    Si je peux compatir aux malheurs individuels des Kurdes (une empathie que j’éprouve pour tout individu victime d’horreurs, pas seulement en tant de guerre), par contre je ne les plains pas. Mais je comprends la position d’un Chris Hedge qui indirectement fut leur compagnon d’armes : ça crée des liens émotionnels forts.
    Assurément ce peuple a un lourd karma.
    Une histoire qui me rappelle la chanson “Le Pluriel” de Brassens…

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    • Jaaz // 26.11.2019 à 16h27

      Ils ne sont pas si idiots que vous pouvez le penser: le PKK en Turquie a des objectifs qui ne correspondent pas tout à fait avec une lutte sincère pour les droits des Kurdes. Leur stratégie (et même celui du HDP) a été très vivement critiquée, notamment en interne, après leur désastreuse tentative de guerilla dans les centres de plusieurs villes du sud-est, notamment à Diyarbakir en 2015-2016. De fait, et plusieurs journalistes turcs l’ont mis en évidence, le PKK a eu des rapports privilégiés avec des éléments de l’Etat profond turc par le passé, et on sait qu’il a déjà servi d’autres pays, notamment la Syrie (Assad père accueillait Ocalan et lui donnait des camps d’entrainement) et l’Iran. Très clairement, en Syrie, ils ont servi (et on accepté de servir) de proxies contre le régime, à l’instar de la nébuleuse mercenairisée de l’EI-daesh-isis. Les Kurdes d’Irak connaissent bien leur profil, c’est pourquoi ils ne sont pas solidaires de leur démarche.
      En Irak, c’est autre chose: pour l’instant, la forte autonomie donne des fruits. Je ne sais pas si un retour en arrière est possible, mais si une telle éventualité se présentait, le pays serait à feu et à sang, chose que Turcs, US et ses alliés locaux veulent éviter. Sans doute un statu quo les prochaines années. Ne pas oublier également que, en Turquie par exemple, l’écrasante majorité des Kurdes aspirent à vivre paisiblement, sans subir d’oppression parce que kurdes. Les choses sont différentes dans les théâtres d’opération du PKK naturellement.

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      • LibEgaFra // 27.11.2019 à 11h52

        “Très clairement, en Syrie, ils ont servi (et on accepté de servir) de proxies contre le régime,”

        Ce n’est pas si clair du tout. Pourriez-vous me citer une bataille entre l’Armée Arabe Syrienne et les YPG?

        Et pourquoi parlez-vous de “régime” pour le gouvernement de la Syrie. Un, il n’y a pas de bananier en Syrie et deux seuls les propagandistes utilise ce terme à la place de gouvernement.

        Petit lexique de propagande impérialiste:

        Ne dites pas crime de guerre quand c’est la coalition internationale qui tue, mais dommage collatéral;
        ne dites pas action défensive de l’ennemi, mais crime de guerre;
        ne dites pas propagande terroriste, mais casques blancs;
        ne dites pas présence illégale en Syrie, mais coalition internationale;
        ne dites pas président de la Syrie, mais Bachaaaarrrrr le boucheeeerrrrr de Damas;
        ne dites pas que le gouvernement syrien défend les chrétiens et les autres minorités, mais faites un complet silence sur ces crimes commis par les terroristes armés et financés par qui nous savons;
        etc.

        Les kurdes syriens ont commis des crimes contre les Assyriens style nettoyage ethnique, pas la peine de remonter au siècle dernier.

        Au fait je me demande vraiment pourquoi le gouvernement français ne rend pas un hommage solennel à tous les Français et ils sont nombreux qui sont morts POUR LA FRANCE en Syrie alors qu’ils faisaient du “bon boulot” ((c) un certain ministre) en vue de se débarrasser de quelqu’un qui ne “mériterait pas d’être sur la terre” ((c) un certain ministre)…

          +5

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        • Jaaz // 27.11.2019 à 15h05

          Pq proxies? Principalement parce que les territoires qu’ils contrôlaient étaient autant de territoires en moins pour le régime, d’autant qu’ils étaient soutenus par les forces spéciales de l’Otan.
          Pq “régime”? parce que c’est mon avis.

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          • LibEgaFra // 27.11.2019 à 18h20

            Vous ne répondez pas à ma question.

            Idiots utiles serait un terme plus exact que “proxies”. Ils ont essayé de s’étendre territorialement, mais la Turquie a remis de l’ordre.

            Votre avis est de la propagande impérialiste. Voilà, c’est dit.

              +3

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  • Nicolas // 27.11.2019 à 07h29

    “le groupe ethnique le plus important au monde qui n’ait aucun état en propre. ”
    C’est une ritournelle étrange. Il y a 80 millions de Wu, en Chine. Ils sont comptés officiellement parmi les Hans, mais en fait, si on définit “groupe ethnique”, je ne voit pas bien quelle définition permettrait d’exclure les Wu.
    Pareil pour les Cantonais (~70 millions de locuteurs, qui ont leur culture propre, nettement différente de la xulture du nord de la Chine). Ensuite, il y a (essentiellement dans la moitié sud de l’Inde) environ 250 millions de Dravidiens, qui n’ont pas leur pays. 8 à 10 fois plus que les Kurdes, excusez du peu. Parmi eux, plus de 40 millions de Kannada. Le kannada est d’ailleurs la 30è langue du monde. Ils n’ont pas leur pays.
    Les 70 millions de Tamouls (dravidiens aussi) non plus n’ont pas leur pays. On a suffisamment entendu parler du conflit de la minorité tamoule de Sri Lanka pour le savoir, quand même !
    Enfin, il y a aussi plus de 35 millions de Malayali (dont près d’un millions exploités dans les ÉAU).
    Enfin, sans faire le tour de l’Afrique, si on considère que les Hausas ont “leurs” pays (Nigeria et Niger), ça veut automatiquement dite que les plus de 40 millions de Yorubas n’ont pas le leur. Et bien que les 35 millions de Oromos soient le plus grand groupe ethnique d’Éthiopie, ils n’ont très très clairement pas l’Éthiopie “en propre”.
    Bref les Kurdes ne sont pas “le groupe ethnique le plus important au monde qui n’ait aucun état en propre. ”
    À chaque fois que je lis cette ritournelle, sur les Kurdes, j’ai 2 questions: de qui se moque-t-on ? Pourquoi ? Se poser ces questions, ces déjà probablement un pas en avant vers la vérité.

      +8

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    • LibEgaFra // 27.11.2019 à 17h54

      Excellente mise au point!

      Et on passe systématiquement sous silence que les frontières de la région résultent du démantèlement de l’empire ottoman et quelles ont été tracées essentiellement par les britanniques pour semer le désordre dans la région. Plan réussi 5/5!

        +4

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      • Nicolas // 28.11.2019 à 08h19

        Et pour ce qui est des frontières, notez bien quelles frontières sont proposées pour le grand Kurdistan indépendant : comme ce pays serait en conflit avec tous ses voisins, on propose tout simplement de lui donner un accès à la mer. C’est à dire, pour corriger l’injustice historique faite au Kurdes dans les années 1920 (abandon de leur indépendance), on propose de déporter des millions de Turcs, pour donner au Kurdistan des terres où, au moins dans les derniers siècles, les Kurdes n’ont jamais été qu’une petite minorité.
        Avec des rredresseurs de torts comme ça, on est bien barrés.

          +1

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  • rolland // 27.11.2019 à 22h41

    Partant du postulat que les kurdes n’ont pas de patrie le bon sens voudrait que cette communauté cesse d’abord de rêver à cette illusion hypothétique puis qu’elle se vive en tant qu’êtres individuels, de musulmans sunnites, s’intégrant plus ou moins naturellement dans les pays de “leur choix”….
    ..Il faut bon sens garder à l’idée d’un possible deuxième “Israel”, ce serait peut-être un peu trop pour cette petite planète.

      +1

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  • RGT // 28.11.2019 à 08h19

    En 1992, j’avais rencontré un médecin humanitaire qui revenait du Kurdistan irakien et qui ne voulait SURTOUT pas y retourner.
    Non pas à cause des troupes de Saddam Hussein mais à cause des kurdes eux-mêmes qui étaient largement pires que les talibans qu’il avait rencontré auparavant.

    Il avait réussi à passer entre les mailles des guets-apens des kurdes qui attendaient les convois humanitaires pour les dépouiller et massacrer sans merci et ne voulait surtout pas recommencer.

    Et toutes ses tentatives pour informer l’occident des “bienfaits” des combattants kurdes s’étaient heurtées à un mur car les kurdes étaient alors les “combattants de la Liberté face à l’Oppression de l’infâme Dictateur”…

    En fait il n’a dû son salut qu’à l’intervention des forces armées irakiennes qui les avaient sauvés in-extremis de bandits de grands chemins qui voyaient les convois humanitaires comme des proies faciles et sans défense bonnes à être dépouillées comme un quidam s’approchant un peu trop près d’une cité.

    Quant aux soldats irakiens, ils leurs conseillaient à chaque fois d’éviter de partir seuls et leur avaient même proposé de les escorter afin de pouvoir soigner les populations civiles dans les villages reculés, populations encore plus terrorisées par ces bandes de brigands que par l’armée irakienne qui au final les protégeait.

    Ce homme n’appréciait pas du tout Saddam Hussein, mais par contre il avait le plus grand respect pour l’armée irakienne qui combattait ces bandes de brigands.

    Comme d’habitude, ce sont bien les civils qui payent, l’agenda géopolitique se fout des “victimes collatérales”.

      +3

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  • SysATI // 30.11.2019 à 21h22

    “Les Kurdes” ça ne veut rien dire…

    Ce sont des montagnards qui vivent depuis toujours repliés sur eux même avec une mentalité tribale qui fait qu’ils parlent des langues différentes d’une vallée à l’autre (3-4 langues kurdes différentes au moins) et chaque clan est l’ennemi préféré du clan d’à coté…

    De plus, même s’ils sont en général musulmans (il y a des Kurdes chrétiens, mais aussi des yezidis) certains sont sunnis, d’autres shiites et croyez bien que c’est 10 fois pires que les dissensions existants entre catholiques, protestants et orthodoxes…

    Il n’y a jamais eu (et n’y aura sans doute jamais) de “nation Kurde” tout simplement par ce qu’ils n’en veulent pas eux-mêmes. Vu de Paris ils ont effectivement l’air d’être semblables. Mais au milieu des montagnes cette similarité n’existe plus du tout et ne permet pas de créer et de loin un “pays” ou une “nation”…

    Sans parler du fait qu’ils sont effectivement installés dans plusieurs pays qui n’ont pas spécialement envie de céder une partie de leur territoire pour la création d’un état Kurde indépendant…

    Quand on voit ce qui se passe en Afghanistan (même type de société tribale totalement divisée alors qu’il n’ont _jamais_ été dominés par personne) ou même tout simplement en Belgique, il faut vraiment être un bobo parisien pour continuer à parler de “kurdes” et croire en la création d’un Kurdistan indépendant….

      +1

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