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1.juillet.20151.7.2015 // Les Crises

Qu’est-ce que le FMI fait dans cette galère grecque ?, par Jacques Attali

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Merci de ne critiquer que les propos, pas le personnage (les commentaires seront supprimés, cela a déjà largement été fait dans les billets précédents), c’est lassant à la fin.

La situation grecque, plus ubuesque chaque jour, par toutes ses dimensions, l’est devenue plus particulièrement depuis un an, par le rôle saugrenu et très négatif qu’y joue le Fonds Monétaire International.

Un observateur débarqué de la planète Mars cette semaine se demanderait avec stupéfaction comment les Européens ont-ils pu laisser trois économistes non européens, nommés on ne sait par qui, dépendant d’une institution à dominante américaine , décider du sort de l’euro !?!

Car telle est bien la situation : depuis que, en 2010, on a laissé le FMI participer aux négociations de la dette grecque, sous prétexte qu’ils étaient un de ses créanciers, et surtout depuis qu’on s’est résigné à penser qu’ils pouvaient mieux que la Commission faire des prévisions économiques crédibles, la discussion sur la présence grecque dans la zone Euro a glissé peu à peu dans une dérive hallucinante :
D’abord, les dirigeants politiques de l’Eurogroupe ont laissé le FMI se glisser parmi les négociateurs, jusque-là uniquement venus de la Commission et de la Banque Centrale européenne, de l’ensemble de la dette grecque.

Ensuite, les mêmes dirigeants européens, au lieu d’assumer leurs responsabilités politiques, ont affirmé haut et fort qu’ils n’accepteraient aucun compromis qui ne serait négocié d’abord avec les trois institutions, formant ce qu’on nomma triomphalement « la troïka ». Au point même de refuser de parler avec les Grecs de sujets n’ayant pas l’aval de la troïka !

Ensuite encore, (même si le nouveau gouvernement grec a obtenu, dérisoire victoire, que la troïka change de nom pour devenir « les institutions ») , les dirigeants de celles-ci se sont eux-mêmes défaussés de leurs responsabilité politique au profit de leurs experts, que personne n’ose plus déjuger et qui s’en donne à cœur joie, jugeant à leur guise, une situation grecque qui ne ressemble à aucun des modèles qu’ils ont étudié, dans les bonnes universités américaines ou japonaises.

Enfin, quand les experts européens ont fini par comprendre que ce n’est pas en détruisant les ultimes moyens de la croissance grecque qu’on réduirait leur dette , les soi-disant experts du FMI, ivres de leur pouvoir, ont continué à prétendre imposer des économies suicidaires à ce pays, sans voir qu’il ne pourra jamais rembourser une dette qu’il est urgent d’annuler officiellement. Soutenus en cela très largement par la majorité des actionnaires, asiatiques, africains et américains, de cette noble institution, qui n’ont rien à gagner à la voir être indulgente avec un pays européens.

La seule chose qu’on aurait pu espérer du FMI, dans cette débâcle, c’est que les Américains, dont il dépend plus que de personne, trouvent le moyen de leur expliquer l’importance géostratégique majeure de la stabilité grecque, et donc de son maintien dans la zone euro. Mais non, les Américains n’ont pas pu, ou pas voulu, faire plus que d’appeler les Grecs tous les jours pour leur demander de céder au diktat du FMI.

Au total, qu’elles soient les très grandes qualités de sa directrice générale, dont la réélection serait bienvenue du point de vue français, le FMI s’est trouvé mêlé, et s‘y trouve encore, dans une bataille où il n’a rien à faire. Et qui pourrait servir de détonateur à une nouvelle crise planétaire.

A un moment où les Asiatiques remettent en cause l’existence même des institutions de Bretton Woods, parce qu’on ne leur y fait pas leur juste place, il serait temps pour les Européens de s’interroger sur la pérennité d’une institution qui sera, si les circonstances tournent au pire, le vrai responsable du drame qui suivrait un défaut grec.

La solution, pourtant, est simple, et les Européens l’auraient sans doute appliqué depuis longtemps sans le terrorisme intellectuel des soit disant experts du FMI : un plan d’économies raisonnable, socialement juste, sans aide nouvelle, mais accompagnée d’une réduction de la dette grecque au-dessous de 100% du PIB, par annulation d’une part importante des dettes publiques, bilatérales et multilatérales, dont chacun sait qu’elles ne pourront pas être remboursées, mais qu’on continue à réclamer, pour sauver la face. Et pour cela, créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone.

Européens, réglez entre vous vos problèmes. Ne comptez que sur vos propres forces. Ne cédez à aucune pression ou mode de pensée venue de l’autre côté de l’Atlantique, ou du Pacifique. Donnez-vous un projet, et agissez.

Il n’est que trop temps de le faire.

Source : Jacques Attali, pour L’Express, le 29 juin 2015.

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Georges Clounaud // 01.07.2015 à 07h08

C’est ce qu’affirme Naomie Klein (dont l’excellent « La stratégie du choc » reste plus que jamais d’actualité !) dans un excellent reportage diffusé ce dimanche sur la RTS, chaine publique suisse mais pas en France à ma connaissance : « Grèce de la Démocratie aux marchés » Ce qui se joue actuellement en Europe, c’est une réécriture du contrat social totalement en faveur du capital. Selon elle, ce qui se joue en Grèce touchera bientôt tous les autres pays européens. Même l’Allemagne n’y échappera pas.

146 réactions et commentaires - Page 2

  • georges glise // 01.07.2015 à 22h15

    pour une fois qu’attali est juste et bon, ne cachon s pas notre plaisir de le voir choisir la voie de la raison et de la démocratie européenne. dommage qu’il n’ait pas eu la même réaction après le référendum français de 2005.

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    • Kiwixar // 02.07.2015 à 01h57

      A mon avis, vous vous laissez embobiner par ce vieux renard d’Attali, qui vient de vous vendre un approfondissement de l’EU par la création d’un Trésor et d’un Ministère des Finances de l’UE, avec les calamités qui vont avec : budget commun, tous les budgets nationaux décidés à Bruxelles sans que les citoyens aient quoique ce soit à dire, transferts financiers intra-UE, plus d’eurocrates, plus d’extorsion fiscale pour aider les pays étrangers à mieux payer les banksters, et choix fiscaux légers sur les riches et écrasants sur les pauvres.

      « Si l’URSS ne fonctionne pas, c’est qu’il faut plus d’URSS » (Staline)

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  • Jourdon // 02.07.2015 à 10h13

    « …créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone. »

    En effet, il est temps de rappeler que dans les pays d’Europe notamment en France le Trésor a été créé dans les années 1920-1940 à un moment de confusion importante; et je crois cette proposition des plus pertinentes et aussi de nature à nous rappeler la différence entre une Banque Centrale et un Trésor et que les deux sont des Institutions utiles et nécessaires ( la première responsable des relations extérieures , la seconde des relations intérieures )

    Sinon il faudrait rappeler l’origine du mot « crise » un mot grec qui signifie le brouillage de l’effet miroir autrement dit de sémantique des relations. Je crains fort moi aussi qu’on essaie de nous imposer une troLLïka afin de brouiller les frontières et tenter nous imposer une vision qui n’est pas celle des Européens .

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  • Abemus // 02.07.2015 à 13h42

    @moderateur

    Mes deux dernier posts on été modérés… Insensé étant donné que le contenu était uniquement un apport d’infos sur ce que l’on appelle la « methode Monnet ». Y’a t-il un probleme dans le fait d’evoquer Ceci sur le blog ? Je ne comprends vraiment pas. Est-ce possible d’eclairer un peu ma lanterne ?

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  • kapimo // 03.07.2015 à 01h42

    il est dit
    « La solution, pourtant, est simple, et les Européens l’auraient sans doute appliqué depuis longtemps sans le terrorisme intellectuel des soit disant experts du FMI : un plan d’économies raisonnable, socialement juste, sans aide nouvelle, mais accompagnée d’une réduction de la dette grecque au-dessous de 100% du PIB, par annulation d’une part importante des dettes publiques, bilatérales et multilatérales, dont chacun sait qu’elles ne pourront pas être remboursées, mais qu’on continue à réclamer, pour sauver la face. Et pour cela, créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone. »
    Au vu de ce que j’ai compris du déroulé des négociations et de la position des ministres de l’eurogroupe, les Européens ne souhaitent rien appliquer du tout en terme de réduction de la dette Grecque, avec ou sans le FMI.
    Quant à l’idée d’un ministère des finances Européens, ce serait la fin de toute forme de souveraineté pour tous les états de l’eurozone à l’exception de l’Allemagne. La France aurait ainsi des jetons de présence pour regarder passer les décisions. L’Union Européenne des Républiques Boursières Bananières?
    Dans cette projection vers l’avenir, il me semble qu’il y a là une sous-estimation radicale du sentiment national, patriote, qui s’oppose au cosmopolitisme imaginé par l’auteur et vanté par d’autres (par exemple BHL: « bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, « franchouillard » ou cocardier, nous est étranger, voire odieux »).
    Comme disait De Gaulle, il ne faut pas tout confondre: « le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres. »

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  • attila // 03.07.2015 à 11h42

    Voilà donc que, pour un sujet écrit par JA dans l’Express, il y a plus d' »encre » qui a coulé ici que sur l’Express !

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  • Jourdon // 03.07.2015 à 14h50

    « La solution, pourtant, est simple, et les Européens l’auraient sans doute appliqué depuis longtemps sans le terrorisme intellectuel des soit disant experts du FMI : un plan d’économies raisonnable, socialement juste, sans aide nouvelle, mais accompagnée d’une réduction de la dette grecque au-dessous de 100% du PIB, par annulation d’une part importante des dettes publiques, bilatérales et multilatérales, dont chacun sait qu’elles ne pourront pas être remboursées, mais qu’on continue à réclamer, pour sauver la face. Et pour cela, créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone. »

    J’avais approuvé la deuxième phrase de ce paragraphe hier. En revanche, aujourd’hui, je ne peux approuver la première. Il est vrai qu’il faut considérer le chiffre de la dette comme « la dernière ligne » d’un document comptable et du « procès » ( au sens marxien ) qui l’accompagne. En revanche, ce chiffre a aussi nécessairement une signification globale au regard de la position vis-à-vis de laquelle on se signale face aux iNSTITUTION… Et que voudrait dire un chiffre inférieur à 100% pour les grecs. Il voudrait dire: « maintenant que les Grecs ne peuvent pas payer, mais puisque la Grèce a adhérer de son propre choix à l’UE et à la Zone Euro si ils ne sont pas en mesure de régler leurs obligations, c’est à nous autres les autres membres du cLUB unis par un principe mécanique de solidarité, qui devons discuter entre nous à propos du cas grec afin d’essayer de trouver une solution commune -par exemple au cas où une telle figure se reproduirait avec un autre membre de l’Eurozone. Maintenant que les grecs sont officiellement en dessous de la ligne de flottaison de 100% on nous demande de ne pas en discuter entre nous ce qui est choquant car cela revient à nous traiter comme des mineurs. Il faut que les Grecs sentent le poids de leur faute car leur choix fut irréversible et c’est en ce sens que la négociation n’est pas terminée; on a donc pas le droit de « refiler la patate chaude » directement au FMI, l’Euro Zone et l’UE sont solidaires de la Grèce, considèrent que la Grèce est adulte , majeure , vaccinée , que les autres pays membres de l’Euro Zone comme de l’UE le sont aussi. Il faut qu’il reste une pomme de discorde afin qu’on puisse la discuter. Sinon c’est comme laisser un serpent libre dans un arbre libre ».

    D’ailleurs, en même temps je dis aussi: « les Grecs doivent nous dire ce qu’ils veulent faire, sinon on ne peut pas le savoir ».

    Une chose est d’être responsable et d’être en mesure d’exercer cette responsabilité ( en étant solvable et / ou en ayant du liquide sur soi ou avec soi … ] , une autre chose est qu’en social-démocratie ( le régime européen en somme , l’Américain étant plus libéral ) on veut exclure du jeu des arguments comme « coupable » et pouvoir trouver des solutions car la porte de sortie éventuelle nous engage ou le cas échéant nous emprisonne tous : c’est pourquoi il faut une garantie , et ce serait criminel d’amnistier des dettes sur le papier , car ce serait encore donner des gages aux réseaux qui jouent avec l’argent liquide venu d’on ne sait où soit avec un POUVOIR OCCULTE.

    Last but no least: je ne suis pas, à titre personnel, opposé à des accords partiels d’échange de dettes dans le cadre par exemple de joint ventures internationales portant sur des projets ( par exemple échange de dette japonaise contre échange de dette grecque ; exemple particulièrement malvenu je le concède: car c’est l’urgence qui me le dicte…).

    Voilà:…

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