Ce texte, peu connu, est pour moi un des plus importants et visionnaires de Keynes, et date de 1933. Le texte original, “National Self-Sufficiency”, a été publié par The Yale Review, vol.22, n˚ 4 (juin 1933), p. 755-769..

Toute ressemblance avec une situation existante ne serait nullement fortuite.

P.S. par facilité de lecture et de diffusion, je vous propose aussi ce texte en pdf ici

 Comme la plupart des Anglais, j’ai été élevé dans le respect du libre-échange, considéré non seulement comme une doctrine économique qu’aucune personne rationnelle et instruite ne saurait mettre en doute, mais presque comme une composante de la morale. Je considérais les entorses à ce principe comme stupides et scandaleuses. Je pensais que les inébranlables convictions de l’Angleterre en matière de libre-échange, maintenues depuis près d’un siècle, expliquaient sa suprématie économique devant les hommes et sa justification devant Dieu. En 1923, j’écrivais encore que le libre-échange s’appuyait sur des “vérités” fondamentales qui, énoncées avec les réserves d’usage, ne pouvaient être contestées par quiconque comprend le sens des mots.

Quand je relis ce que j’écrivais alors à propos de ces vérités fondamentales, je ne pense pas être en contradiction avec moi-même. J’ai cependant changé d’orientation, comme beaucoup de mes contemporains. Ma connaissance de la théorie économique a de fait évolué, et je n’accuserais plus Monsieur Baldwin, comme je le faisais alors, d’être“une victime de l’erreur protectionniste dans sa forme la plus grossière” parce qu’il pensait, dans les conditions qui étaient celles de l’époque, que des droits de douane pouvaient aider à réduire le chômage dans notre pays. Mais c’est autre chose qui m’a fait changer d’avis : mes espoirs, mes préoccupations et mes craintes ont changé, comme ceux de beaucoup, voire de la plupart des gens de notre génération, dans le monde entier. C’est un long processus, que celui de s’arracher à des modes de pensée qui étaient ceux d’avant la guerre, ceux du XIXe siècle. Il est surprenant de constater combien un esprit traîne d’oripeaux obsolètes même après avoir changé ses conceptions centrales. Mais aujourd’hui enfin, après avoir parcouru un tiers du XXe siècle, nous sommes, pour la plupart d’entre nous, en train de sortir du précédent, et d’ici que nous arrivions à la moitié de ce siècle, il se peut que nos façons de penser et nos préoccupations soient aussi différentes des méthodes et des valeurs du XIXe que chaque siècle a pu l’être du précédent.[...]

L’ouverture internationale n’est pas facteur de paix

D’abord, la question de la paix. Nous sommes aujourd’hui pacifistes avec une telle force de conviction que si les tenants de l’internationalisme économique pouvaient l’emporter sur ce point, ils retrouveraient vite notre appui. Mais il n’est pas évident que concentrer ses efforts sur la conquête de marchés étrangers, introduire dans les structures économiques d’un pays les ressources et l’influence de capitalistes étrangers et dépendre étroitement des politiques des autres pour sa propre vie économique garantisse la paix entre les nations. L’expérience et la prévoyance nous permettraient même d’affirmer le contraire. La protection par un pays de ses intérêts à l’étranger, la conquête de nouveaux marchés, le développement de l’impérialisme économique, sont les éléments incontournables de la politique de tous ceux qui veulent maximiser la spécialisation internationale et la diffusion géographique du capital, où que soit installé celui qui le possède. Si l’on pouvait éviter les fuites de capitaux, les politiques intérieures seraient plus faciles à déterminer. Il y a un véritable divorce entre les propriétaires et les vrais gestionnaires lorsque, par suite de la forme juridique des entreprises, leur capital est réparti entre d’innombrables individus qui achètent des actions aujourd’hui, les revendent demain et n’ont ni la connaissance ni la responsabilité de ce qu’ils ne possèdent que peu de temps. C’est déjà grave à l’intérieur d’un pays, mais les mêmes pratiques étendues à l’échelle internationale deviennent intolérables en période de tension – je ne suis pas responsable de ce que je possède et ceux qui gèrent mon bien n’ont pas de comptes à me rendre. Un calcul financier peut montrer qu’il est avantageux pour moi d’investir quelque part dans le monde où l’efficacité marginale du capital est maximale ou bien le taux d’intérêt le plus élevé. Mais on voit à l’expérience que le fait que le propriétaire soit éloigné de la gestion est préjudiciable aux relations entre les hommes, et que cela provoque tôt ou tard des tensions et des inimitiés qui finissent par réduire à néant les calculs financiers.

Je me sens donc plus proche de ceux qui souhaitent diminuer l’imbrication des économies nationales que de ceux qui voudraient l’accroître. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, le voyage, doivent par nature être internationaux. Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale. Cependant, il faudra que ceux qui souhaitent dégager un pays de ses liens le fassent avec prudence et sans précipitation. Il ne s’agit pas d’arracher la plante avec ses racines, mais de l’habituer progressivement à pousser dans une direction différente.

Pour toutes ces raisons, j’ai donc tendance à penser qu’après une période de transition, un degré plus élevé d’autosuffisance nationale et une plus grande indépendance économique entre les nations que celle que nous avons connue en 1914 peuvent servir la cause de la paix, plutôt que l’inverse. De toute façon, l’internationalisme économique n’a pas réussi à éviter la guerre, et si ses défenseurs répondent qu’il n’a pas vraiment eu sa chance, son succès ayant toujours été incomplet, on peut raisonnablement avancer qu’une réussite plus achevée est fort improbable dans les années qui viennent.

Coûts et avantages du patriotisme économique

Mais laissons de côté ces questions d’appréciation, où chacun reste attaché à sa propre opinion, pour nous tourner vers un sujet plus purement économique. Au XIXsiècle, le partisan de l’internationalisme économique pouvait à juste titre soutenir que sa politique contribuait à l’enrichissement rapide du monde, qu’elle favorisait le progrès économique, et que faire marche arrière nous aurait gravement appauvris, ainsi que nos voisins. Ceci soulève la question de l’équilibre entre les avantages économiques et non économiques, qui n’est jamais facile à trancher. La pauvreté est une calamité, et les gains économiques un authentique bienfait qui ne doit pas être sacrifié à d’autres, sauf s’il est clair qu’il pèse moins lourd dans la balance. Je pense qu’au XIXe siècle les gains de l’internationalisme économique l’emportaient sur ses inconvénients pour deux raisons. À une époque où de nouveaux continents se peuplaient par une émigration massive, il était normal que les hommes emportent avec eux dans les mondes nouveaux les fruits matériels de la technique du monde ancien, représentant l’épargne accumulée de ceux qui les envoyaient. L’investissement de l’épargne britannique allait permettre aux ingénieurs britanniques d’installer les voies ferrées et le matériel roulant qui transporteraient des émigrants britanniques vers de nouvelles terres et de nouveaux pâturages, et une partie des produits reviendrait légitimement à ceux dont la frugalité avait produit cette épargne. Cet internationalisme économique ne ressemble en rien à la participation prise par un spéculateur de Chicago dans une entreprise allemande, ou à celle d’une vieille fille anglaise dans les investissements de la municipalité de Rio de Janeiro. C’était néanmoins le type d’organisation nécessaire pour permettre la première internationalisation, qui a finalement conduit à la deuxième. Par ailleurs, à une époque où les niveaux d’industrialisation et les possibilités d’apprentissage technique étaient extrêmement inégaux dans les différents pays, on pouvait tirer des avantages considérables d’une spécialisation nationale poussée.

Mais je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui les avantages économiques de la division internationale du travail soient comparables à ce qu’ils furent. Soyons clair : je ne pousserai pas mon raisonnement au-delà d’un certain point. Un niveau élevé de spécialisation internationale est nécessaire dans un monde rationnel, chaque fois qu’il est dicté par d’importantes différences de climat, de ressources naturelles, d’aptitudes naturelles, de niveau de culture et de densité de population. Mais pour une gamme de plus en plus large de produits industriels, et peut-être également de produits agricoles, je ne pense pas que les pertes économiques dues à l’autosuffisance soient supérieures aux avantages autres qu’économiques que l’on peut obtenir en ramenant progressivement le produit et le consommateur dans le giron d’une même organisation économique et financière nationale. L’expérience prouve chaque jour un peu plus que beaucoup de processus modernes de production de masse peuvent être maîtrisés dans la plupart des pays et sous presque tous les climats avec une efficacité comparable. De plus, à mesure que la richesse s’accroît, le logement, les services à la personne et les équipements locaux, qui ne peuvent pas faire l’objet d’un commerce international, prennent une part de plus en plus importante dans l’économie nationale, au détriment des produits de base et des objets manufacturés. Si les coûts de ces derniers produits augmentaient modérément, à cause d’une plus grande autosuffisance nationale, les conséquences ne seraient pas très graves, en comparaison avec les avantages de nature différente. En bref, l’autosuffisance nationale, même si elle a un coût, est un luxe que nous aurions les moyens de nous offrir, si nous le souhaitions.

Y a-t-il assez de bonnes raisons pour que nous le souhaitions ? L’orientation que je développe va peiner nombre de mes amis, éduqués à l’ancienne et à juste titre choqués par le gaspillage et les pertes économiques allant de pair avec le nationalisme économique qu’ils ont connu. Je vais tenter de l’expliquer en des termes avec lesquels ils puissent être d’accord.

Le capitalisme international et néanmoins individualiste, décadent mais dominant depuis la fin de la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux, et il ne tient pas ses promesses. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes.

 D’année en année, il devient plus évident que le monde s’engage dans diverses expériences politico-économiques correspondant à des tempéraments nationaux et à des environnements historiques différents. L’internationalisme économique des libre-échangistes du XIXe siècle supposait que le monde entier était ou serait organisé sur la base d’un capitalisme concurrentiel et de la liberté du contrat privé protégé de façon inviolable par la loi. Ce modèle pouvait en être à divers stades de développement et de complexité, mais il était toujours conforme à un type uniforme qu’il convenait de chercher à perfectionner, et certainement pas à détruire. Le protectionnisme du XIXsiècle était une vilaine tache sur l’efficacité et le bon sens de cet ordre des choses, et il ne modifiait en rien l’idée générale que l’on se faisait des caractéristiques fondamentales de l’économie.

Mais aujourd’hui des pays remettent en question ce modèle. La Russie est encore seule à mener son expérience très particulière, mais d’autres abandonnent les théories du XIXe siècle. L’Italie, l’Irlande, l’Allemagne s’intéressent de près à de nouvelles formes d’économie politique. Je prévois qu’à leur suite bien d’autres pays vont chercher, chacun de son côté, de nouvelles idoles économiques. Même la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui respectent encore strictement l’ancien modèle, aspirent sans le montrer à un nouveau concept économique. Nous ne savons pas quelle sera l’issue. Nous sommes tous sur le point de faire beaucoup d’erreurs. Personne ne peut dire lequel des nouveaux modèles se révélera le meilleur.

Mais voici ce que j’en pense aujourd’hui. Chacun de nous a ses préférences. Nous ne croyons pas être déjà sauvés, et nous voulons tous travailler à notre propre salut. Nous ne souhaitons donc pas être à la merci de forces mondiales s’efforçant d’instaurer un quelconque équilibre général conforme aux principes idéaux -si l’on peut dire- d’un capitalisme du laisser-faire. Il reste des gens qui s’accrochent aux vieilles idées, mais aujourd’hui ils ne représentent une force sérieuse dans aucun pays. Nous souhaitons -du moins pour l’instant, et aussi longtemps que durera cette phase de transition expérimentale- être nos propres maîtres, aussi libres que possible des ingérences du monde extérieur.

Par conséquent, vue sous cet angle, une politique de renforcement de l’autosuffisance nationale ne doit pas être considérée comme un idéal en soi, mais comme le moyen de créer un environnement dans lequel d’autres idéaux pourront être poursuivis commodément et en toute sécurité.

Laissez-moi vous en donner un exemple aussi simple que possible, choisi parce qu’il est en relation avec des idées qui m’ont beaucoup occupé l’esprit ces derniers temps. Dans les activités économiques quotidiennes, qu’il faut distinguer de celles qui sont dirigées de façon centralisée, je suis favorable au maintien d’autant de décision et d’initiative privées qu’il est possible. Mais j’ai fini par être convaincu que le maintien de la structure de l’entreprise privée est incompatible avec le degré de bien-être matériel que l’avancée des techniques nous permettrait, à moins que le taux d’intérêt ne tombe à un chiffre nettement inférieur à celui auquel il devrait être fixé par le jeu naturel des forces opérant selon les anciennes règles. En fait, la transformation de la société à laquelle irait ma préférence demanderait que le taux d’intérêt baisse jusqu’à disparaître dans les trente prochaines années. Mais ce n’est pas près d’arriver, dans un système où ce taux, une fois pris en compte le risque et les autres facteurs, a tendance à s’uniformiser à un niveau mondial sous l’effet du jeu normal des forces financières. Pour de multiples raisons que je ne peux développer ici, l’internationalisme économique, avec ce qu’il comporte de libre mouvement de capitaux et de fonds à investir, aussi bien que de libre échange de marchandises, peut condamner mon propre pays, pour une génération, à un niveau de prospérité matérielle inférieur à celui qu’il pourrait atteindre dans un système différent.

Mais ce n’est qu’une illustration. Ce que je soutiens, c’est que la nouvelle génération n’a rien à attendre d’un système économique mondialement uniforme, qui était, en gros, celui du XIXe siècle, et que nous devons être aussi peu soumis que possible à l’influence des changements économiques décidés ailleurs, afin de pouvoir faire nous-mêmes les expériences que nous souhaitons, pour aller vers la République sociale idéale du futur. Je pense qu’une démarche délibérée vers une plus grande autosuffisance nationale et un plus grand isolement économique nous faciliterait la tâche, dans la mesure où cela n’aurait pas un coût excessif.

Les méfaits de la course à la rentabilité à tout prix

Cette nouvelle façon de voir les choses a une autre explication. Le XIXe siècle a donné une place extravagante à ce que l’on peut désigner, pour faire court, aux “résultats financiers”, promus critère d’appréciation de toute action, qu’elle soit publique ou privée. Mener sa vie était devenu une sorte de parodie du cauchemar d’un comptable. Au lieu d’utiliser leurs ressources matérielles et techniques, toujours croissantes, pour bâtir une cité splendide, les hommes construisaient des taudis. Et ils pensaient que c’était une bonne chose, qu’il fallait le faire parce que, selon les critères de l’entreprise privée, les taudis sont “rentables”, alors qu’une ville superbe aurait été, selon eux, une dépense d’une folle prodigalité et qui aurait, dans le langage stupide des financiers, “hypothéqué l’avenir” – même si personne ne peut comprendre comment la construction, aujourd’hui, de grands et magnifiques édifices pourrait appauvrir l’avenir, sauf à avoir l’esprit farci d’analogies fallacieuses avec une comptabilité inappropriée. Même aujourd’hui, je passe mon temps – moitié pour rien, moitié avec succès – à tenter de convaincre mes compatriotes que la nation tout entière s’enrichirait à coup sûr si les hommes et les machines inemployés étaient utilisés pour construire les logements dont nous avons tant besoin plutôt qu’en les payant à ne rien faire. Car les cerveaux de cette génération sont tellement obscurcis par de faux calculs qu’ils se défient de conclusions qui seraient évidentes s’ils ne faisaient pas une confiance aveugle à un système de comptes financiers contestant la rentabilité d’une telle politique. Nous devons rester pauvres parce qu’il n’est pas rentable d’être riches. Nous devons vivre dans des taudis, non pas parce que nous ne pouvons pas construire des palais, mais parce que nous “n’en avons pas les moyens”.

La même règle de calcul financier, autodestructrice, régit chaque moment de la vie. Nous détruisons la beauté de la campagne parce que les splendeurs d’une nature qui n’appartient à personne n’ont aucune valeur économique. Nous sommes capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne rapportent aucun dividende. Londres est l’une des villes les plus riches de l’histoire de la civilisation, mais elle ne “peut pas se permettre” les réalisations les plus ambitieuses dont sont capables ses habitants, parce qu’elles ne sont “pas rentables”.

Si j’étais au pouvoir, aujourd’hui, j’entreprendrais avec détermination de doter nos grandes villes de tous les équipements artistiques et culturels susceptibles de répondre aux attentes individuelles les plus ambitieuses des citoyens de chacune de ces villes. Je suis convaincu que ce que nous savons créer, nous en avons les moyens, et que l’argent ainsi dépensé sera non seulement plus utile que n’importe quelle allocation de chômage, mais qu’il rendra inutiles ces allocations. Parce qu’avec ce que nous avons dépensé pour les chômeurs en Angleterre depuis la guerre nous aurions pu faire de nos villes les plus magnifiques réalisations humaines du monde.

De même, nous avons considéré qu’il nous fallait absolument ruiner les paysans et détruire une économie fondée sur des traditions très anciennes pour gagner quelques centimes sur une miche de pain. Rien ne devait échapper à l’autel de Moloch et de Mammon réunis ; nous devions tout sacrifier à ces monstres dont le culte nous permettrait de vaincre la pauvreté et conduirait sûrement et aisément la prochaine génération, portée par l’intérêt composé, vers la paix économique.

Nous avons perdu nos illusions, non pas que nous soyons plus pauvres qu’avant – au contraire, même aujourd’hui, nous bénéficions, du moins en Grande-Bretagne, d’un niveau de vie plus élevé que jamais -, mais parce que les valeurs autres qu’économiques semblent avoir été sacrifiées. En pure perte, dans la mesure où notre système économique ne nous permet pas de tirer le meilleur parti de la richesse autorisée par le progrès technique, qu’il en est même loin, ce qui nous amène à penser que nous aurions pu faire une bien meilleure utilisation de ces possibilités inexploitées.

Mais dès que nous nous permettons de ne pas respecter le critère du profit comptable, nous commençons à changer notre civilisation. Nous devons le faire très prudemment, avec beaucoup de précautions, et en toute conscience. Parce que pour une grande partie de l’activité humaine il sera sage de maintenir les critères financiers habituels. C’est l’Etat plus que l’individu qui doit changer ses critères. Ce sur quoi il nous faut tirer un trait, c’est la conception d’un ministre des Finances qui serait le président d’une sorte de société par actions. Et si les fonctions et les objectifs de l’Etat doivent être étendus, le choix de ce qui doit être produit dans un cadre national et de ce qui doit faire l’objet d’échanges avec l’étranger devra figurer en bonne place parmi les priorités de la politique.

Trois écueils à éviter

De ces réflexions sur les finalités propres à l’Etat, je reviens au monde de la politique contemporaine. Après avoir cherché à comprendre, en toute impartialité, les idées qui fondent le besoin ressenti par tant de pays d’une plus grande autosuffisance nationale, il nous faut examiner avec soin si, dans la pratique, nous ne sommes pas en train de rejeter trop facilement des acquis importants du XIXe siècle. Je trouve que dans tous les pays, sans exception, où les partisans de l’autosuffisance nationale ont pris le pouvoir, beaucoup de bêtises ont été commises. Mussolini est peut-être en train de parvenir à l’âge de raison, mais la Russie offre le pire exemple que le monde ait connu d’incompétence administrative et sacrifie à des idiots à peu près tout ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. L’Allemagne est entre les mains d’irresponsables déchaînés – il est donc trop tôt pour juger sa politique économique. L’Etat libre d’Irlande, trop petit pour parvenir à un niveau élevé d’autosuffisance nationale, qu’il devrait payer d’un coût économique très élevé, est en train de débattre de plans qui pourraient le ruiner s’ils étaient mis en oeuvre.

Dans le même temps, les pays qui conservent ou adoptent un protectionnisme pur et dur, à l’ancienne, modernisé par l’adoption de quelques mesures de contingentement, font des choses rationnellement indéfendables. Si donc la Conférence économique mondiale [Cette conférence s'est tenue à Londres en 1933 pour tenter d'organiser une réponse multilatérale aux effets de la crise économique du début des années 1930] débouche sur une réduction mutuelle des droits de douane et ouvre la voie à des accords régionaux, on ne pourra que sincèrement s’en féliciter. Je ne voudrais pas que l’on croie que j’approuve ce qui est actuellement fait par les politiques au nom du nationalisme économique. Loin de là. Mais mes critiques sont celles d’un homme portant un regard amical et sympathique sur les expéri mentations menées avec obstination dans le monde contemporain, qui souhaite qu’elles réussissent, qui a lui-même des projets dans ce sens et qui, en dernier ressort, préfère n’importe quoi plutôt que ce que les rapports financiers appellent “l’opinion de Wall Street”. Et j’essaie de montrer que le monde vers lequel nous nous dirigeons avec difficulté est bien différent de l’idéal économique internationaliste de nos pères, et que les politiques actuelles ne doivent pas être jugées selon les règles du credo précédent.

 Je vois dans le nationalisme économique et dans les mouvements en faveur de l’autosuffisance nationale trois dangers majeurs qui compromettent leurs chances de succès.

Le premier est la Bêtise – la bêtise du doctrinaire. Il n’y a rien de surprenant à la trouver dans ces mouvements qui sont passés sans transition du stade des propos excessifs d’après-dîner à celui de l’action. On a du mal, au début, à distinguer le discours brillant qui a permis d’emporter l’adhésion des foules et le fond du message, beaucoup plus terne. Passer de l’un à l’autre n’a rien de cynique. Les mots doivent avoir de la force, car ils portent les idées qui partent à l’assaut de l’absence de pensée. Mais lorsqu’on a atteint les sièges du pouvoir et de l’autorité on ne devrait pas se permettre de licence poétique. Il faut alors compter, au centime près, ce que l’on avait considéré comme méprisable quand il fallait faire assaut de rhétorique. Si elle veut survivre, une société qui expérimente doit être beaucoup plus efficace que celle qui est installée dans sa routine. Il lui faut utiliser à fond toutes ses capacités économiques, et elle ne peut pas se permettre de céder à la stupidité ou à l’irréalisme des doctrinaires. Quand un doctrinaire passe à l’action, il doit, pour ainsi dire, oublier sa doctrine. Car celui qui, dans l’action, reste prisonnier de son discours, manquera probablement son but.

Le second danger – pire que la bêtise – est la Précipitation. Citons Paul Valéry : “Le résultat des luttes politiques est de troubler, de falsifier dans les esprits la distinction entre ce qui est important et ce qui est urgent.” La transition économique d’une société doit être menée lentement. Les arguments que je viens de développer ne portent pas sur une révolution brutale, mais sur une tendance séculaire. La Russie nous donne aujourd’hui un exemple terrifiant des maux provoqués par une précipitation démentielle et inutile. Les sacrifices et les pertes inhérents à la transition sont beaucoup plus graves quand on avance à marche forcée. Je ne crois pas que le caractère progressif soit inévitable, mais je crois à la progressivité. C’est d’autant plus vrai que lorsqu’on s’achemine vers une plus grande autosuffisance nationale et vers une planification de l’économie interne. Il est dans la nature des processus économiques de s’inscrire dans la durée. Une transition trop rapide provoquera une telle destruction de richesse sans contrepartie que le nouvel état des choses sera, au début, bien pire que l’ancien, et que la grande expérimentation sera discréditée. Car les hommes jugent impitoyablement selon les résultats, et même selon les premiers résultats.

Le troisième danger, le pire des trois, est l’Intolérance et la répression de toute critique éclairée. Les nouveaux mouvements arrivent généralement au pouvoir par la violence plus ou moins ouverte. Ils n’ont pas convaincu leurs opposants, ils les ont terrassés. La méthode moderne – que je trouve désastreuse, au risque de paraître vieux jeu – consiste à utiliser la propagande et à s’emparer des médias. Il est considéré comme habile et efficace d’empêcher toute idée de se développer et d’utiliser les moyens du pouvoir pour paralyser la réflexion. Ceux qui ont considéré que ces méthodes étaient nécessaires pour parvenir au pouvoir sont tentés de continuer à se servir, pendant la période d’édification de la nouvelle société, des mêmes outils dangereux qui leur ont servi à s’introduire dans la place.

C’est encore la Russie qui fournit un exemple des terribles erreurs que commet un régime lorsqu’il s’affranchit de toute critique. L’incompétence qui caractérise la conduite des guerres, que ce soit d’un bord ou de l’autre, s’explique de la même façon, l’organisation hiérarchique mettant le haut commandement à l’abri de la critique. Je n’admire pas sans réserve les politiciens, mais eux du moins baignent dans la critique, ce qui leur donne une incontestable supériorité sur les militaires. Les révolutions ne réussissent que parce qu’elles sont menées par des hommes politiques contre des soldats. Cela peut sembler paradoxal, mais qui a jamais entendu parler d’une révolution réussie menée par des soldats contre des politiciens ? Cela étant, nous haïssons tous la critique. Seule une conviction profonde nous permet de nous y soumettre de bonne grâce.

Les nouveaux modèles économiques vers lesquels nous avançons à tâtons sont, par nature, au stade de l’expérimentation. Nous n’avons pas en tête, prête à l’emploi, l’idée exacte de ce que nous voulons. Nous la découvrirons chemin faisant, et nous devrons lui donner forme en fonction de notre expérience. Ce processus de critiques courageuses, libres et sans merci est la condition sine qua non du succès final. Nous avons besoin du concours de tous les esprits brillants du moment. Staline a éliminé tout esprit critique, tous ceux qui faisaient preuve d’indépendance, même lorsqu’ils avaient de la sympathie pour sa cause. Il a créé un climat dans lequel le fonctionnement intellectuel s’est atrophié. Les délicates circonvolutions du cerveau ont été pétrifiées. Le son assourdissant du mégaphone remplace les souples inflexions de la voix humaine. Les idioties de la propagande stupéfient même les oiseaux et les bestiaux. Que Staline soit un exemple terrifiant pour tous ceux qui veulent faire des expériences. Si ce n’est pas le cas, je retournerai vite à mes vieux idéaux du XIXe siècle et à l’héritage intellectuel construit sur la réflexion que nous cherchons aujourd’hui à détourner pour atteindre nos propres objectifs.

John Maynard Keynes, 1933

60 réponses à [Article] De l’autosuffisance nationale, par John Maynard Keynes

  1. Patrick Luder Le 23 mai 2012 à 04h42
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    Ah que ce texte fait du bien, prendre le temps du changement, réflexion et sagesse, tenir compte des autres! Incroyable, ce texte écrit avant les guerres mondiales début 20e n’a pas pris une ride. Dommage que de telles personnes n’aient pas été plus nombreuses et aient pu faire passer ce courant d’idées et de développement doux aux peuples et aux politiques! => Et nous continuons la course à l’inexistant profit du court terme sans aucune considération pour les autres. Sans vision d’avenir et sans réelle gestion longue durée …


  2. petitemaison Le 23 mai 2012 à 05h45
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    et oui Keynes dans le texte est génial,mais on déforme sa pensée sans cesse …(les néolibéraux sont très fort à ce jeu là  )
    bien dommage


    • Fixer Le 25 mai 2012 à 17h28
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      Pour avoir lu du Paul Krugman, prix nobel économique keynesien, je ne pense pas que ce soit tout à fait cela.
      Les libéraux ne déforment pas la pensée de Keynes, nous disons juste qu’il a mal compris l’économie. Cette dernière ne se cantonne pas qu’à des bricolages monétaires pour lui redonner vie. Les défenseurs des économies de relance par la demande, comme on l’a si bien fait depuis 2001 (+2008), n’ont pas été des libéraux, mais des keynésiens : Krugman, Greenspan et Bernanke (plus tard à la succession de la FED). Peut-être qu’on déforme en partie les idées de ces économistes, voyez cependant un peu dans quelle situation on se retrouve en réalité avec leurs politiques économiques… Mais même avec ça, on donne encore du “crédit” aux idées de Keynes.


      • Olivier Berruyer Le 25 mai 2012 à 17h58
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        Certes, mais :
        1/ Keynes n’a jamais dit qu’il fallait faire du déficit quand ça mal et du déficit quand ça allait bien, bien au contraire ;
        2/ Keynes voulait diminuer les inégalités, cela n’a pas été fait
        3/ Keynes voulait réduire la liberté de circulation des capitaux en cas de problèmes (bref, les “frontières”, pas que pour les hommes)
        4/ Keynes aurait vomi l’économie financière.

        Ceux que vous citez ne sont à mon sens pas keynesiens, ils sont crétins….


        • Fixer Le 25 mai 2012 à 23h15
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          1/ Pas vraiment en fait, si on regarde bien la théorie de Keynes, on n’arrive jamais réellement à l’équilibre de plein emploi en économie, il faut alors constamment réajuster les politiques monétaires (en jouant avec la masse monétaire) et / ou les politiques budgétaires (avec les dépenses publiques en outre). Je pense que par déficit vous entendez “deficit spending”, mais on vit constamment dans des dépenses publiques aujourd’hui… depuis le temps, on aurait dû s’en sortir mais ça à l’air plus complexe que ce que pensait Keynes…
          2/ Je pense que c’est une aspiration commune de vouloir réduire les inégalités, vous trouverez ce discours chez les libéraux également, mais plutôt en raisonnant façon marché… C’est pareil pour la croissance, on la veut à gauche comme à droite en politique, le problème, c’est plutôt de savoir quels vont être les moyens mis en œuvre pour l’obtenir et savoir si cela va vraiment marcher. (j’emprunte le même discours qu’Hayek dans la route de la servitude)
          3/ La finance est un phénomène circoncit au mondialisme. Au Moyen-âge, les villes et cités (Venise, Florence…) se sont développées et ont prospéré grâce au commerce maritime autour de la méditerranée (et pas que). Pourquoi réduire la liberté de circulation des capitaux en cas de problèmes ? Quels problèmes ? Une crise ? Interdire les gens de placer ou emprunter à l’étranger parce que l’environnement économique n’est pas propice chez eux (taux d’intérêt par exemple) ? Ce n’est pas ce qui rétablit une situation d’équilibre en économie, c’est du mercantilisme – idée économique soutenue par Keynes mais ouvertement attaquée par les premiers économistes Classique en pointant du doigt l’erreur de considérer la monnaie comme une fin et non un intermédiaire des échanges. Vous savez, l’Espagne au moment des grandes conquête a fait exactement cela, limiter le flux d’échanges extérieurs par peur de perdre de l’or (même en pleine situation de problème économique)… et bien, le résultat a été juste désastreux puisque cela a provoqué une crise et la famine à la fois puisqu’ils se sont complètement détournés de la production-.
          4/ Quelqu’un qui a été dans le milieu boursier et là à expliquer la relation inverse entre le taux d’intérêt et le cours des actions en bourse, sans compter la justification des politiques monétaires jusque là inexistantes avant 1920 et qui sont au cœur de la finance, peut-être que nous ne parlons pas tout à fait du même Keynes ;)
          Ceux que j’ai cité sont effectivement crétins, nous sommes d’accord, mais ils tirent leurs inspirations chez Keynes. Je pourrai également donner Stiglitz et Akerlof en finance qui ont traité les questions sur le rationnement de crédit (il n’y en a pas en fait, on prête comme on veut en période d’euphorie) ou sur le problème des marchés des biens d’occasion (asymétrie d’information, mais également fausse) en outre. Voyez-vous, Keynes a donné du crédit à Machiavel (défenseur de la machination politique) et a discrédité Jean Baptiste Say (notre cher premier économiste Classique libéral Français du 19e siècle) sur la Loi des Débouchés. Ne me dites pas le contraire car il me semble bien que tout cela est écrit noir sur blanc de sa propre main.
          Enfin bref, je vous laisse apprécier Keynes dans l’écriture, mais inutile de vouloir me convertir au keynésianisme, je l’ai déjà été au lycée, avant de reprendre de bon droit la voie libérale dans mes études supérieures. J’ai juste apporté la contradiction pour que la science puisse évoluer un peu :)


  3. Gus Le 23 mai 2012 à 07h42
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    D’une certaine manière, Keynes était un locavore avant la lettre !! Qu’on suive ou non le raisonnement, il est amusant de constater que ce type de propos aujourd’hui serait taxé de réac, fasco etc etc…. vous connaissez la chanson. Appliquée à Keynes on voit l’absurdité de l’accusation


  4. SnoiD Le 23 mai 2012 à 07h52
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    Dans le style déformation de Keynes j’ai l’impression d’en tenir un beau :D :
    link to contrepoints.org
     
    Comment le keynésianisme pourrait être condamner par l’échec actuel alors qu’il n’y a pas de rapport si on se réfère au texte présenté ici ?


  5. Patrick Luder Le 23 mai 2012 à 08h51
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    Entre le libre marché et une protection “locavore” (consommation uniquemnt de produit locaux) il y a un juste milieu à trouver, car il devient de plus en plus évident que le libre marché industrialisé et mondialisé tue l’économie et le tissus social de toutes les régions …

    Les idées à retenir sont
    1° Promouvoir des infrastructures réfléchies efficientes, durable et plaisantes.
    2° Evoluer politiquement et économiquement en prenant soin de soi-même et des autres
    => quelqu’un à des objections à ces bons sens évidents ? 


    • Michel Martin Le 25 mai 2012 à 14h18
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      @Patrick Luder,
      pas d’objection, mais pourriez-vous nous indiquer où se trouvent les manettes pour mettre en oeuvre ces sages préconisations?
      Pour le soin, le PS qui avait sorti la société du soin mutuel l’a vite remisée dans ses placards.
      link to solidariteliberale.hautetfort.com
       


  6. Jean-Baptiste B Le 23 mai 2012 à 11h27
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    Une fois de plus :
     
    Vive Keynes !
     
    Pour sa liberté de ton, sa lucidité, sa finesse d’esprit et son optimisme.


  7. Casquette Le 23 mai 2012 à 11h44
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    Comme le rappelle Keynes au début de son texte ,le libre échange n’a pas toujours été pas un facteur de pacification ,loin s’en faut , et comme il le notifie à la fin nationalisme et protectionnisme n’appartiennent pas forcément au même monde des idées.
    Or neolibéraux et partisans du libre échange international passent leur temps à amalgamer nationalisme , protectionnisme et guerre… mais est-ce de la mauvaise foi seulement ?
    Vouloir contrôler socialement un pays et son peuple en utilisant la peur (de l’Etat ou des nations étrangères) et demander plus de régulation économique des échanges pour se prévenir de toute forme de déséquilibres (entre les prix ,les monnaies, les actifs et inactifs ,entre les normes fiscales ou écologiques) c’est pas vraiment la même chose et pourtant…
    Moi je remarque surtout que plus on dérégule les échanges , plus on jalonne nos libertés individuelles ,de penser comme ceci ou de se comporter comme cela.


  8. Benjamin Franklin Le 23 mai 2012 à 16h27
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    “La protection par un pays de ses intérêts à l’étranger” : ce n’est pas du libre-échange ça, au contraire, c’est du du mercantilisme.

    “Si les coûts de ces derniers produits augmentaient modérément, à cause d’une plus grande autosuffisance nationale, les conséquences ne seraient pas très graves, en comparaison avec les avantages de nature différente.”
    Keynes commet là une erreur. C’est parce que les coûts des produits de base sont faibles que du capital et du travail peuvent être alloués à la production de biens à haute valeur ajoutée. La réallocation de ressources supplémentaires pour des biens de base détruit beaucoup plus de richesses en bien avancés.
    Pour caricaturer, si on envoie tous les médecins aux champs, on gagne certes en autosuffisance alimentaire, mais on perd 40 ans d’espérance de vie. Et c’est vrai à tous les degrés.

    “En fait, la transformation de la société à laquelle irait ma préférence demanderait que le taux d’intérêt baisse jusqu’à disparaître dans les trente prochaines années”
    On reconnaît le penchant de Keynes pour la “relance par la demande”. Mais sacrebleu, sans intérêt il n’y a pas d’épargne, donc pas d’investissement !!

    On retrouve aussi le concept récurrent de “ressources inexploitées”.
    Il n’y a pas de ressources inexploitées, il y a des ressources mal exploitées, grosse nuance.
    Keynes nous parle de ses projets mirifiques de bâtiments culturels et de loisirs à bâtir un peu partout, avec des ressources inexploitées.
    Un fondement de l’économie, ce sont les coûts d’opportunités. Ca veut dire que pour construire un théâtre, il faut des ressources, des matières premières, du temps de travail. Quand ces ressources sont attribuées à la construction d’un théâtre, elles ne le sont pas à autre chose !
    Si tous les bâtiments culturels de Keynes n’ont pas encore été construits, ce n’est absolument pas parce qu’ils n’étaient “pas rentables”. C’est simplement que les ressources nécessaires à les bâtir et les entretenir étaient prioritairement attribués à d’autres secteurs considérés comme prioritaires par les consommateurs.
    Par exemple manger à sa faim, se loger, se chauffer, s’habiller.
    Bien sûr il y a des problèmes de gaspillages ou d’inégalités.
    Mais la création de la richesse et sa répartition sont deux problèmes différents.

    Ce qu’il y a de frappant dans ce texte, c’est que Keynes ne détaille absolument pas les avantages qu’aurait la production “nationale” par rapport à la production simplement moins chère.

    Ca va paraître très bête, mais le libre échange sur les produits agricoles serait une bouffée d’air considérable pour énormément de pays du tiers-monde, notamment africains, en donnant des débouchés à leur production.
    Les pays du Commonwealth ont accumulé le capital nécessaire à leur industrialisation grâce aux exportations alimentaires.
    Le Royaume-Uni, l’Allemagne, puis le Japon, la Corée du Sud, Taiwan, sont devenus des pays développés grâce à l’hyperspécialisation de leur économie, largement aux dépens de l’”autosuffisance”.


    • Cadmoslao Le 23 mai 2012 à 17h07
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      Pourquoi l’absence d’intérêt empêcherait-elle l’épargne et l’investissement ?


      • Benjamin Franklin Le 23 mai 2012 à 19h54
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        Parce qu’en l’absence d’intérêt, il est plus intéressant de claquer tout son pognon pour acquérir des biens réels immédiatement, quitte à les troquer par la suite, que d’en épargner en ne sachant pas ce que l’argent vaudra demain. Principe élémentaire du “un tien vaut mieux que deux tu l’auras”.

        Le seul moyen de passer outre, c’est l’épargne forcée, sous la férule des hauts fonctionnaires. Il faut avoir très très confiance dans leur capacité de gestionnaires. Personnellement je ne leur fais pas plus confiance qu’aux banquiers véreux de Wall Street.


        • guillaume Le 24 mai 2012 à 19h02
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          A Benjamin Franklin
          “pas d’épargne, donc pas d’investissement”
          Pourquoi si les banques peuvent créer du crédit tant qu’il existe une demande solvable, le manque d’épargne limiterait l’investissement?
          Je demande parce que je viens de me faire gronder en exposant une idée similaire…


          • Benjamin Franklin Le 25 mai 2012 à 12h55
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            Parce que tout le problème est dans la solvabilité, justement.
            Olivier explique à juste titre que ce sont les banques commerciales qui créent la monnaie, et que “les crédits font les dépôts”.
            Ce qu’il convient de préciser, c’est que ce sont les détenteurs d’épargne physique qui décident d’accepter ou non d’échanger leur richesses réelles contre de la monnaie.
            S’ils refusent, la création monétaire restent dans les comptes des emprunteurs, ce qui revient à ne pas la créer.
            Donc ce sont les épargnants qui décident de la valeur du crédit, c’est à dire de la monnaie.

            S’il n’y a pas d’épargne physique, de biens réels mis à disposition des investisseurs par les épargnants, les banques peuvent émettre tout le crédit qu’elles voudront, il n’y aura rien à acheter pour faire de l’investissement.


          • Olivier Berruyer Le 25 mai 2012 à 17h34
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            Brillant, merci.


          • Fixer Le 25 mai 2012 à 13h44
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            Avant de répondre à la question, il faut développer cette notion d’épargne liée à l’investissement. Selon Keynes, l’épargne est une fuite d’argent dans l’économie puisqu’elle n’est pas réutilisée dans le circuit économique : pour lui les dépenses en consommation relancent la production (l’investissement). Autrement dit, d’un point de vue financier, il faut absolument se rapprocher de taux bancaires nuls pour relancer le circuit économique (situation actuelle). Ce qu’a réfuté Hayek par la suite, je ne rentrerai pas dans les détails, car mettre en place des taux de marché faibles provoquent des erreurs d’anticipation de la part des producteurs, ce qui nous mène en général dans des cas de crises de surproduction comme en 2008.
            Donc pour répondre à la question, il faut faire la distinction entre les bons investissements et les “mal-investements”. Le manque d’épargne limite forcément l’investissement puisque je doute que quelqu’un veuille te prêter de l’argent quand toi même tu n’as aucun fonds propres pour pouvoir rembourser le prêt et surtout si tu as un projet économique qui n’atteint pas ses objectifs. Pour moi, quelqu’un de solvable, c’est quelqu’un qui dispose de ressources non ?


          • Fixer Le 25 mai 2012 à 14h04
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            juste pour reprendre Benjamin, effectivement, on parle même du principe des dépôts qui font les crédits. La banque est une institution financière : elle permet aux offreurs d’épargne et aux demandeurs de crédits de se rencontrer et de leur donner un signal pour répondre au problème d’asymétrie d’information.
             
            Pour citer le risque de Santomero : si un jour une banque voyait tous les épargnants retirer leur argent de leur compte et voyait aussi les emprunteurs disparaître, là, il pourrait y avoir un risque bancaire.


          • guillaume Le 25 mai 2012 à 19h32
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            A Benjamin Franklin,
            merci de votre réponse
            Vous voulez dire qu’une zone économique isolé (pas de capitaux issus de l’étranger) qui fonctionnerait de la même manière que la notre,  dont la banque centrale refuse de faire tourner la planche à billet (pour éviter une dynamique inflationniste par exemple) et qui n’a pas d’épargne à disposition, pourrait émettre une quantité de crédit qui ne serait limité que par l’existence d’une demande solvable?
            Les pays dans ce cas de figure ont été et sont encore nombreux, ils ont donc du le faire, auriez vous un exemple que je puisse me représenter la chose?
             
             
             


          • Benjamin Franklin Le 25 mai 2012 à 20h53
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            Une banque de second rang va toujours chercher à émettre le maximum de crédit possible, puisqu’elle gagne de l’argent sur les intérêts de ces crédits. Ces intérêts servent en majeure partie à rémunérer les dépôts qui se sont constitués mécaniquement, mais la banque prélève quand même une marge.

            Si la banque émet trop de crédit par rapport à la quantité de biens réels (la demande solvable de monnaie, si vous voulez), il y a inflation. Quand il y a inflation, la monnaie perd de son intérêt pour les épargnants. Ils vont donc consommer plutôt qu’épargner. Les flux de consommation nécessitent quand même de la monnaie, donc des dépôts, mais ce sont des dépôts à très court terme.
            Donc l’inflation pousse les épargnants à convertir des dépôts à long et très long terme (de l’investissement essentiellement) en dépôts à court ou très court terme (dépôts à vue) destinés uniquement à la consommation.
            Le déséquilibre entre des crédits accordés à long terme et des dépôts à court terme fait peser sur les banques un risque de bank run accru : les déposants peuvent venir réclamer du “cash” ou des actifs tangibles à tout moment alors que les crédits ne sont pas encore remboursés. Pour se prémunir, la banque doit accroître ses fonds propres. Sa principale source de revenu étant l’intérêt, elle l’augmente. L’accroissement des taux d’intérêt réduit la demande de crédit, donc la masse monétaire, et provoque de la déflation. La situation revient donc à l’équilibre.

            Donc si personne ne vient réduire le risque de bank run, alors l’émission de crédit sera toujours limitée, et correspondra en gros à ce que les gens veulent spontanément épargner.

            Un exemple : les Etats-Unis jusqu’en 1913. Le pays connaît un taux de croissance réel (en PPA par tête) de l’ordre de 1 à 2% par an (ce qui est historiquement énorme). Et connaît une déflation globale : 1 $ de 1900 en vaut 2 de 1776.

            Maintenant vous ajoutez la banque centrale, qui a la possibilité de fournir les banques de second rang en “cash”, c’est à dire en monnaie banque centrale pouvant servir de fonds propres, à volonté. C’est un des deux cas de “fuite” de la monnaie centrale dans l’économie réelle décrit par Olivier. Et bien un apport très limité mais régulier de monnaie centrale bon marché dans les fonds propres des banques lève le risque de bank run, et permet aux banques de pratiquer une émission de crédit légèrement supérieure à la création de richesse sans souci, c’est à dire une inflation permanente.

            Ca c’est ce qu’on observe dans quasiment tous les pays occidentaux depuis plus ou moins la fin de la 1e guerre mondiale.

            Mais dans le cas que vous décrivez (économie fermée, la banque centrale ne pratique pas la planche à billets, il n’y a pas d’épargne), les banques ne peuvent pas maintenir la création monétaire, parce que sinon les citoyens vont fuir une monnaie en perpétuelle dévaluation et se rabattre sur d’autres solutions (monnaies privées, or, troc). Le seul moyen d’obliger les citoyens à utiliser la monnaie des banques serait de lui donner un cours forcé, ce que seul l’Etat peut faire, et qui revient à faire des banques des succursales de la banque centrale.


          • guillaume Le 25 mai 2012 à 22h11
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            A Benjamin Franklin
            Dites-donc, vous avez une sacrée capacité à parler clairement de questions complexe, merci.
            C’est lorsque vous évoquez la banque centrale qui “a la possibilité de fournir les banques de second rang en “cash”, c’est à dire en monnaie banque centrale pouvant servir de fonds propres” que je décroche.
            Pour moi, les capitaux prêtés par la banque centrale (potentiellement créés ex-nihilo au passage) intègrent différemment le bilan de la banque. Ils ne viennent pas gonfler les fonds propres mais ils permettent de re-financer certains actifs.
            Ces actifs sont les créances ayant un terme plus éloignés que les ressources (épargne) utilisés lors de leurs émissions.
            Nous nous retrouverions sur la suite suivante: “un apport très limité mais régulier de monnaie centrale bon marché dans les fonds propres des banques lève le risque de bank run, et permet aux banques de pratiquer une émission de crédit légèrement supérieure à la création de richesse sans souci, c’est à dire une inflation permanente.”
             
            Merci à Fixer pour ses précisions que je partage, sans trop comprendre toutefois la réflexion que soulève le”risque de Santomero”: Si un jours ceux qui ont des capitaux disponibles refusent de les mettre à la banque et que ceux qui souhaiteraient en obtenir ne se tournaient plus vers ces banques (dont le rôle est justement de faire l’intermédiaire), on aurait “un risque bancaire”.
            Ben tu m’étonnes!!!  :)  
             
             
             
             


          • guillaume Le 26 mai 2012 à 13h53
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            Correction:
            Nous nous retrouverions sur:
            “un apport très limité mais régulier de monnaie centrale bon marché dans le bilan des banques lève le risque de bank run, et permet aux banques de pratiquer une émission de crédit légèrement supérieure à la création de richesse sans souci, c’est à dire une inflation permanente.”


    • Trubli Le 23 mai 2012 à 17h10
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      “Ca va paraître très bête, mais le libre échange sur les produits agricoles serait une bouffée d’air considérable pour énormément de pays du tiers-monde, notamment africains, en donnant des débouchés à leur production.”

      FAUX.

      Leurs coûts de production sont encore trop élevés pour pouvoir faire face une concurrence russe, ukrainienne, argentine, asiatique ou brésilienne sur les marchés des céréales. Le seul résultat qu’on va obtenir c’est de tuer dans l’oeuf l’industrie agroalimentaire naissante. 


      • Patrick Luder Le 23 mai 2012 à 17h58
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        Traduction de “l’industrie agroalimentaire naissante” produire avec une seule personne et beaucoup de Pétrole, ce que faisaient 200 personnes avec ce que la nature arrivait à donner => résultat 1 personne avec un salaire d’Européen et 199 personnes au chômage, destruction du reste de tissus social (et des villages en brousse) … Ah ouais, quel progrès !


        • Benjamin Franklin Le 23 mai 2012 à 20h01
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          Euh… il me semble qu’avant 1800, 90% de la population active française travaillait dans l’agriculture.

          On doit être à 2% aujourd’hui. Le chômage est-il passé à 88% ?

          Les centaines de millions d’agriculteurs indiens et chinois que la révolution verte a rendu inutiles, ils sont tous au chômage ? Qui travaille donc dans les usines chinoises et les centres d’appel indiens ?


          • guillaume Le 24 mai 2012 à 19h04
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            Cela dit en Chine ils ont plus de 23% de chômeurs non?


          • Fabrice Le 24 mai 2012 à 20h17
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            si on se base sur la population active en Chine effectivement les chiffres sont de 780 millions de personnes qui ont un emploi sur une population totale de 1, 3 milliards donc  220 millions millions de chômeurs (je suppose inscrits sur dans une sorte d’agence pour l’emploi) sur une population totale de 1, 3 milliards ce qui laisserait 300 millions d’habitants inactifs.
             
            link to actuchomage.org
             
            Plus de 3 fois la populations française au chômage, ça fait frémir je me demande comment il est possible que cela ne dégénère pas même dans un pays autoritaire, ceci expliquant aussi cela (mais quand même).
             
            J’ai visité la Chine et la misère commence sérieusement à ce voir quand on songe qu’en Inde le chômage est de 10% pour une population à peu près équivalente et que c’est une situation dangereuse si cela perdure.
             
            link to inde.aujourdhuilemonde.com
             


          • tarci Le 25 mai 2012 à 16h59
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            C’est Rockefeller qui a décidé de faire travailler les femmes ! Pourquoi ? Pour faire rentrer deux fois plus d’impôts !
            Avant un couple travaillait 60 heures (il n’y avait que l’homme qui travaillait) ! Aujourd’hui à deux ils sont à 75 heures ! Contrairement à ce que l’on peut penser, on travaille plus pour un salaire maintenant qu’avant !
            link to effondrements.wordpress.com


          • Delphin Le 27 mai 2012 à 10h59
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            Peut-on sérieusement attendre autre chose “d’Alternatives économiques”, qui est à l’alternative ce que Georges Bush est à Ronald Reagan…”
             
            … Un petit progrès, donc. (La diplomatie des petits pas de Henri Kissinger).
             
            Plus sérieusement, votre remarque pose le problème du conformisme – de l’étroitesse d’esprit – de la grande majorité des économistes patentés.
             
            La réalité se charge actuellement de fissurer leurs certitudes (efficience du Dieu marché).
             
            Amicalement,
             
            Delphin


        • Delphin Le 27 mai 2012 à 07h38
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          “Quand la misère chasse la pauvreté” de Majid Rahnema, chez Actes Sud :
          “Curieux livre, écrit par un ancien diplomate iranien, qui a fait partie de l’équipe du Pnud, le programme des Nations unies sur les questions de pauvreté et d’inégalités à l’échelle mondiale. Homme du Sud, mais baignant aussi dans la culture francophone et anglophone, Majid Rahnema était sans doute bien placé pour l’écrire. La thèse: la pauvreté a longtemps été une richesse, parce que la vie pauvre, en même temps, permettait la satisfaction des besoins essentiels, faisait de l’entraide une nécessité et de la solidarité une réalité qui enrichissaient les rapports humains de tous. L’intrusion de l’économique a bouleversé ces liens sociaux et ces formes de production autonome: la misère, c’est-à-dire l’incapacité à satisfaire les besoins essentiels tout autant que la course sans fin aux objets, a chassé la pauvreté. “Jamais (…) autant d’hommes et de femmes (…) n’avaient pris à ce point leurs richesses pour de la pauvreté et recherché la richesse là où elle les appauvrissait”, écrit-il.

          L’ouvrage est parcouru de tranches d’histoire ou de récits exemplaires. Le lecteur éprouve une sorte de malaise face à un livre qui se veut à la fois contestation de l’ordre établi, éloge spirituel de la vie pauvre, dénonciation des méfaits de la modernité et de l’impérialisme de l’économique, réflexion philosophique sur le changement qui vient de l’intérieur. On se sent interrogé et remis en cause, mais, en même temps, gêné par une sorte d’idéalisation de la tradition, de critiques définitives et pas toujours convaincantes de l’économique, de foi dans le bien-fondé d’une rupture radicale avec la croissance. Comme d’autres imaginaient une rupture radicale avec le capitalisme. Vraiment un curieux livre…”
          Quand la misère chasse la pauvreté, par Majid Rahnema
           Ed. Actes Sud, 2003, 320 p., 24 euros
           
          (Copie du résumé critique d’Alternatives Economiques)
           
          Delphin


          • Delphin Le 27 mai 2012 à 07h43
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            Critique de la critique :
             
            Le journaliste économique, prisonnier de son maître l’économisme, n’a pas perçu que l’auteur du livre ne prônait pas le fixisme (que rien ne change), mais pas ce changement là.
             
            Delphin


          • Olivier Berruyer Le 27 mai 2012 à 07h57
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            Peut-on sérieusement attendre autre chose “d’Alternatives économiques”, qui est à l’alternative ce que Georges Bush est à Ronald Reagan…


      • Benjamin Franklin Le 23 mai 2012 à 19h57
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        Il n’y a pas que les céréales dans la vie. Il y a aussi les agrumes, le riz, le cacao, le café, le coton, la banane, etc.


        • Vénus-Etoile du Berger Le 23 mai 2012 à 20h36
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          le cacao dans la vie du cacao dur dur d’être un cacao…

          Les quatre grands pays producteurs de cacao sont la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun(les lions indomptables). Ils fournissent 70% de la production mondiale.
          link to usinenouvelle.com
          Cacao: Les producteurs camerounais connaissent des fortunes diverses
          link to journalducameroun.com
          Le chocolat est bon pour le moral et le cœur
          link to lemonde.fr


      • Michel Martin Le 25 mai 2012 à 08h30
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        La question du foncier devient très critique. De plus en plus de terrains agricoles sont achetés par des fonds et aussi par des états (question de structure de l’économie des acheteurs, plus ou moins privés plus ou moins étatiques): cf par exemple
        link to bretagne-solidarite-internationale.org
        Avant de se laisser euthanasier, les rentiers auront le temps de transmuter leurs fonds en patrimoine immobilier. Les droits de propriétés foncières varient considérablement suivant les lieux. Ils ne sont en général pas très protecteurs pour les agriculteurs des pays du sud. Vu l’ampleur du désastre économique en préparation compte tenu de l’écart entre la quantité de monnaie et l’économie réelle, ce mouvement risque de prendre lui aussi une ampleur sans précédent.
        link to franceculture.fr
        Pour plus d’info suivre par exemple AGTER: link to agter.asso.fr
         


    • Patrick Luder Le 23 mai 2012 à 17h33
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      @Benjamin
       
      “La réallocation de ressources supplémentaires pour des biens de base détruit beaucoup plus de richesses en bien avancés.” On ne parle pas que de ressource de base, mais de tout (électroménager etc.). Ah ben alors, si on prend la balance commerciale de l’Espagne elle était 65% déficitaire en mars 2008 : 24.38 contre 14.82 Md (voir ici) ce n’est pas sans raison qu’il y a presque un tiers de chômage, ne crois-tu pas ?
       
      Pour les bâtiments … A coûts identiques, on peut faire des habitations écologiques et autonomes en énergie et en eau, (sans besoin d’infrastructures) et pourquoi on ne la fait pas ? => Par manque de volonté politique … les architectes ne construisent qu’au minimum légal des normes !!!
       
      Pour les questions de commerce mondial et d’autosuffisance, ce n’est pas “l’hyperspécialisation des économie” qui à permis tous ces échanges, c’est simplement l’accès gratuit à une source d’énergie limitée que constitue les “poches de soleil” … Sans pétrole il n’y aura d’échange International que des choses logiques => produits qui ne se font que dans certaines régions tels que les épices, le cacao ou le café, commerce de l’or etc. On ne vivrait pas forcément moins bien …
       


      • Benjamin Franklin Le 23 mai 2012 à 20h23
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        C’est quoi le lien entre la balance commerciale et le chômage ? Les Etats-Unis ont eu une balance commerciale déficitaire pendant les 2/3 du XIXe siècle, et ils n’avaient pas de problème de chômage.

        Tu es en train de m’expliquer qu’à coûts identiques, on peut faire des maisons qui coûtent moins cher en eau et en énergie. Et tu ne crois pas que des millions de personnes seraient prêtes à en acheter ?? Que la première entreprise de BTP qui en vendraient ferait fortune ?? Si ces maisons ne sont alors pas construites, c’est à cause de la surrèglementation de la construction.

        Je ne savais pas que le pétrole était gratuit. Je croyais même que son extraction pouvait être assez coûteuse, et qu’il avait fallu des décennies de recherche coûteuse en thermodynamique et en chimie pour développer les industries capables de le raffiner et les moteurs capables de le convertir en énergie.

        Sans pétrole on n’aurait pas de tracteurs, on crèverait donc de faim.
        Sans pétrole il y aurait effectivement beaucoup moins d’échanges internationaux. On aurait donc bien du mal à se procurer suffisamment de minerai de fer (donc pas d’outillage agricole), de phosphates (pas d’engrais), de terres et métaux rares (pas d’éoliennes, pas d’électronique, beaucoup moins de médicaments, pas de microscopes, pas de batteries électriques, pas d’ordinateurs), de coton (moins de vêtements), etc.

        La relève du pétrole est de toutes façons en cours, le rapport capacité/volume des batteries ne cesse de s’améliorer. Sur les supertankers, on pourrait limite déjà passer aux piles à combustibles. On pourra continuer le commerce international sans pétrole, et c’est une bonne nouvelle pour l’humanité.


        • Patrick Luder Le 23 mai 2012 à 22h46
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          @Benjamen

          Je construis des maisons autonomes ( http://www.fine-forest.ch ) c’est une option qui n’est prise que par 10% des clients. L’autonomie en eau implique des toilettes sèches et l’autonomie en électricité implique une certaine économie, mais ceux qui font le pas ne paient plus ni électricité ni eau ni taxe d’épuration …

          Pour le pétrole (et toutes les matières non renouvelable que l’on prend à notre planète, valable aussi pour le poisson etc.) on ne paie  que l’extraction mais on ne paie rien à la terre, est-il juste que les prises soient gratuites !? Si on paiait le non renouvelable pris à la terre, il y aurait assez d’argent pour maintenir la biodiversité, stabiliser le climat, investir dans les énergies renouvelables. On épuise (vole) les ressources gratuitement, sans rien payer pour ce que l’on prend d’irremplaçable … tu comprends l’idée, n’est-ce pas ?

          ” On pourra continuer le commerce international sans pétrole, et c’est une bonne nouvelle pour l’humanité.” Tu as l’air tellement sûr de toi que tu me met presque dans me doute … 


          • Benjamin Franklin Le 24 mai 2012 à 09h20
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            Je l’ai déjà évoqué : ce sont les citoyens eux-mêmes qui sont les copropriétaires des ressources naturelles. Elles n’appartiennent pas à l’Etat.
            Et comme toute propriété, les ressources naturelles disposent d’une protection légale, y compris contre les externalités négatives (pollution).

            Qu’il y ait une administration chargée de gérer les droits de propriété des ressources naturelles ne me choque pas, du moment que cette administration se comporte non pas en propriétaire mais en gérante de bien, avec la transparence totale, les possibilités de sanctions par les propriétaires effectifs (les citoyens) et de licenciement pour incompétence que cela implique.
            On en est très loin.

            Au delà de ce problème de protection de la copropriété des citoyens, le “marché” peut très bien gérer l’épuisement des ressources non renouvelables, pour la simple et bonne raison qu’au fur et à mesure de leur épuisement, leur prix augmente, et rend attractif les ressources renouvelables.

            Enfin, je le redis aussi, mais la richesse ce n’est pas la quantité de ressources brutes dont on dispose, c’est ce qu’on est capable d’en extraire. Je ne vais pas refaire la liste des exemples, mais la capacité de “raffinage” de ressources brutes, la capacité d’en économiser de plus en plus, et la capacité de transformer des déchets en ressources, rendent la création de richesse potentielle illimitée en réalité.


          • Patrick Luder Le 24 mai 2012 à 18h06
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            Benjamen dit et confirme ” le “marché” peut très bien gérer l’épuisement des ressources non renouvelables, pour la simple et bonne raison qu’au fur et à mesure de leur épuisement, leur prix augmente, et rend attractif les ressources renouvelables.”
             
             
             
            Pour le transport, il n’y a rien qui puisse remplacer les énormes quantités d’énergies fournies par le (gratuit) pétrole. Et l’augmentation de prix du marché ne résout absolument rien, car ce qui compte c’est la quantité d’énergie investie pour la quantité d’énergie récoltée.
             
            ° Voir EROI pour quelques énergies …
             
            Pour certains pétroles lourds et immatures, il faut investir 4 barils d’énergies dasn la production le rafinement et le transport pour seulement 1 baril de pétrole finalement utilisable, mais avec un prime une pollution phénoménale!!!!!!! Il n’y a qu’une seule raison pour cette ponction totalement aberrante => gagner du temps, car sans les misérables apports d’huile lourde et immature du Canada ou du Venezuela, le monde serait déjà en phase forte de déclin et de décroissance … et les ingénieux ingénieurs financiers ne pourront absolument rien y faire.
             
             
             
            Maintenant, su tu veux te déplacer avec un trognon de pommes et une pelure de banane, alors regarde “Retour vers le futur 2″ … c’est un bon moment de divertissement !
             
             
             


          • Benjamin Franklin Le 25 mai 2012 à 12h49
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            Tu ne vois pas la situation de la bonne façon.

            Produire de l’énergie statique avec de grosses installations statiques, ça, ça ne posera pas de problèmes. Les capacités du nucléaire se chiffrent en millions d’années de consommation actuelle. Les technologies de type pile à combustible à oxyde solide progressent régulièrement aussi.

            Le problème c’est surtout le stockage, parce que l’énergie au format électrique se stocke très mal, contrairement au format hydrocarbure qui est extrêmement dense.

            Donc si on a un accès massif à des sources d’énergie non transportable (ce qui commence à être le cas), le taux de retour énergétique est secondaire : ce qu’on cherche, c’est à stocker l’énergie dans des petits volumes, pour rendre autonomes voitures, camions, avions.


          • Patrick Luder Le 25 mai 2012 à 14h24
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            Depuis trente ans, je lis des revues scientifiques, je côtoie des ingénieurs des plus hautes écoles techniqus et je participe activement au développement de nouvelles technologirs. Tes rêves sont du délire pur et dur, j’en suis triste pour toi …

            Benjamen, avec toutes mes excuses,
            tes idées sont complètement irrresponsable.
            Je te perçois comme un économiste,
            avec $£$ à la place des yeux …

            Tu ne vois que le profit,
              SANS TE SOUCIER
            ni des conséquences
            ni des dommages
            ni des pertes 

            Apporte-moi du concrêt (un lien, une source)
            sinon fin du débat …     


          • Olivier Berruyer Le 25 mai 2012 à 17h35
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            on reste courtois svp :)


          • Benjamin Franklin Le 25 mai 2012 à 19h35
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            Du concret. Bon, d’accord.

            Pour les sources d’énergie nucléaire “non conventionnelle” :
            link to fr.wikipedia.org
            link to world-nuclear.org
            link to technologyreview.com

            Pour les réserves de pétrole “non conventionnel” :
            link to en.wikipedia.org

            On a déjà extrait 1200 milliards de barils depuis les débuts de l’humanité, il en reste à peu près autant en réserves “conventionnelles” facile d’accès, encore autant en difficile d’accès, et encore le double en sables bitumineux et huile de schiste. Avéré. Pour l’instant.

            Et je n’ai pas parlé d’éthanol, ou de biomasse dont les gaz de fermentation peuvent servir dans les piles à combustible à oxyde solide.

            Et là je ne parle que de technos existantes. On pourrait parler de la fusion, voire même de la fusion froide dont la nasa a reparlé récemment.
            Sinon mes yeux vont bien.


          • Patrick Luder Le 26 mai 2012 à 05h52
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            Il n’y à rien de bien réjouissant … Pour le bien de nos descendants, j’espère que la sagesse des scientifiques soit plus forte que la cupidité aveugle des économistes, sinon nous n’auront plus qu’à nous trouver une autre planète bleu :-(


          • Benjamin Franklin Le 26 mai 2012 à 12h27
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            Il y a là juste la preuve qu’on ne manquera certainement pas d’énergie.

            C’est une bonne nouvelle, ça veut dire que nos descendants n’auront pas à sacrifier 50 ans d’espérance de vie, et que le tiers monde pourra continuer à sortir de la misère.

            Chacun sa vision du bien commun.


          • Olivier Berruyer Le 26 mai 2012 à 17h22
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            Le pétrole déclinera peu après 2015, selon un ancien expert de l’Agence internationale de l’énergie

            link to petrole.blog.lemonde.fr

            On consomme bien plus que ce q’on découvre, mais il n’y a aucun souci…

            Pic pétrolier : Laherrère répond à Yergin
            link to petrole.blog.lemonde.fr


          • Patrick Luder Le 26 mai 2012 à 14h46
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            Benjamin, je peux comprendre que tu ne prêtes pas attention aux dires de l’ASPO (association pour l’étude du pic pétrolier) mais je ne peux pas comprendre que tu ne tienne pas compte de l’avis, par exemple, du l’Agence Internationnale de l’Energie IEA et de leurs rapports « World-Energy-Outlook » WEO dont voici le dernier résumé 2011 ou la version complète 2010 … vois la page 124 (122 du doc) les huiles non conventionnelles ne représenteront qu’une infime partie et le trou béant qui s’ouvre à nous couleurs gris (à développer) et cyan (encore à trouver) devienne critique depuis 2015 et sont en manque de 30% déjà en 2025. Quand au développement massif du nucléaire les chances sont plutôt miniminimes, l’apport énergétique de cette technologie à risque reste marginal.
            Bien sûr, chacun est libre de croire (d’espérer) à des ressources illimitées en énergie (une problématique parmi d’autres), mais il faut garder à l’esprit que nos descendants nous jugeront sur cette époque critique de basculement …
            Le pire comportement est de savoir et de ne rien faire …


          • Patrick Luder Le 26 mai 2012 à 23h14
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            Ah mais comment fait-il pour s’insérer entre deux posts de manière non chronoligique ?   ;o)     En tous cas merci Olivier de ton intervention plus efficace que mes misérables balbuciements …


          • Benjamin Franklin Le 27 mai 2012 à 10h46
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            Donc ce qui apparaît dans ces différentes sources (le papier de l’IEA comme les liens d’Olivier), c’est que, pour les plus pessimistes des analystes, le pic pétrolier est pour 2015-2020. Avec une décroissance plutôt lente après (toujours d’après le dernier paragraphe de l’interview d’Olivier Rech).

            Et ? Je n’ai jamais essayé de nier le pic pétrolier. Ce que je constate c’est que même d’après les plus pessimistes des experts, la décrue de la production pétrolière sera lente, voire très lente. Ce qui laisse donc le temps de développer des énergies alternatives.

            Ces énergies alternatives, on en a déjà, et elles sont parfaitement capables de remplacer les hydrocarbures. La France s’est dotée d’un parc nucléaire en 20 ans, qui fournit plus de 40% de ses besoins énergétiques primaires. Les technologies nucléaires utilisant le thorium ou les réacteurs à neutrons rapides suppriment la limite que constituait le stock d’uranium.

            La seule limitation à une énergie tout nucléaire, comme je l’ai déjà expliqué, c’était la nécessité de stocker l’énergie sous un format très dense pour les véhicules autonomes. Cette limitation a disparu, puisqu’on sait produire des hydrocarbures synthétiques (à un coup élevé pour le moment).

            L’objectif ici n’est pas de faire l’apologie des énergies nucléaires (ou de n’importe quelle autre source d’énergie). Il s’agit juste de dire que le pétrole est la solution privilégiée POUR L’INSTANT, simplement parce qu’un siècle de maîtrise des technologies de raffinage et de thermodynamique rend son exploitation plus pratique que les sources alternatives QU’ON CONNAIT DEJA (et on en développera sûrement d’autres).

            Le pic pétrolier va juste hâter la transition vers d’autres énergies, et cette transition ne sera pas brutale.


        • Delphin Le 27 mai 2012 à 12h28
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          Tu es en train de m’expliquer qu’à coûts identiques, on peut faire des maisons qui coûtent moins cher en eau et en énergie. Et tu ne crois pas que des millions de personnes seraient prêtes à en acheter ?? Que la première entreprise de BTP qui en vendraient ferait fortune ?? Si ces maisons ne sont alors pas construites, c’est à cause de la surrèglementation de la construction.”
          (réponse de Benjamin Franklin à Patrick Luder)
           
          Il faut toujours se méfier du simplisme économiste théorique.
          Il peut y avoir de nombreuses raisons, non rationnelles à des choix apparents économiques de consommateurs :
          - Les consommateurs peuvent ne pas avoir été informés car les producteurs ne le souhaitent pas et ils ont les moyens d’information (cf. l’isolation extérieure, beaucoup plus performante que celle intérieure et depuis longtemps répandue en Allemagne, alors qu’ignorée en France, patrie du chauffage électrique).
          - Les producteurs peuvent préférer une technique “industrielle”, plus rémunératrice car pauvre en main d’oeuvre et rapide à mettre en oeuvre (construction préfabriquée).
          - Les producteurs peuvent préférer une technique où leur stratégie est d’intégration verticale (produire le béton, le mettre en oeuvre). On voit mal Bouygues dépendre du producteur paille pour des maisons en paille.
          - Les producteurs ont intérêt à l’obsolescence rapide pour renouveler leur marché.
          - etc.
           
          Conclusion, le consommateur final est d’abord la cinquième roue d’un carosse dont les finalités réelles lui échappent. Il croit choisir, mais il est piloté, désinformé, aliéné.
           
          Delphin


  9. Trubli Le 23 mai 2012 à 17h20
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    Je pense que le choix n’est pas entre libre-échange intégral et autarcie.
    Le niveau de libre -échange optimal est celui pour lequel la balance des transactions courantes est équilibrée.
    Deux lectures intéressantes à ce sujet avec l’économiste Gabriel Galand et le blogueur Descartes qui proposent une TEC taxe sur les excédents commerciaux :  
    link to chomage-et-monnaie.org 
    link to descartes.over-blog.fr

      


    • Patrick Luder Le 23 mai 2012 à 18h04
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      “Le niveau de libre -échange optimal est celui pour lequel la balance des transactions courantes est équilibrée.” Tu as troublement raison, mais il est impossible d’avoir un équilibre sans une régulation !!! Le libre marché ne vise que le profit à tout prix sans aucune considération pour le producteur ni l’acheteur. => Et la majorité des économistes défendent ce modèle (qui à eu son temps de profit) en argumentant que le libre marché régule tout …


  10. Michel Martin Le 24 mai 2012 à 12h50
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    Comment rendre concret le principe de subsidiarité?
    Cet article de 1933 éclaire la proposition de Keynes de compartimenter, de démondialiser partiellement les diverses économies au moyen du Bancor en 1944. Le Bancor relierait les diverses économies/états par des écluses (le Bancor peut être vu comme un système d’écluses reliant les divers pays au reste du monde) et pourrait aussi jouer le rôle de pare-feu comme on le fait en forêt pour éviter ou au moins limiter la propagation des catastrophe. De ce point de vue, le Bancor apparaît conforme au principe de subsidiarité (serait-il efficace? Les effets pervers éventuels ne dénatureraient-ils pas cette bonne intention?). On retrouve cette idée de subsidiarité partout dans les écrits de Keynes qui veut préserver les décisions (le facteur humain et non doctrinaire cher à Keynes) à un niveau pertinent liant liberté et responsabilités (tout l’inverse des CDS nus), c’est à dire souverainetés, sans pour autant s’isoler du monde. Le Bancor est aussi comme une impédance d’adaptation évitant les court-circuits (effets trop puissants d’ingérence intempestifs détruisant les contrats sociaux).
    Pour ma part, je serais favorable à une application beaucoup plus large de ce principe de subsidiarité à la mise en place de toutes les institutions démocratiques, aussi loin que possible pour limiter la bureaucratisation des organisations, y compris aux mécanismes de prise de décision dans les entreprises. link to solidariteliberale.hautetfort.com. La sociocratie d’Endenburg </a> me semble constituer une application pratique réussie de ce principe qui me semble coller en tous points aux idées sous-jacentes de ce texte de Keynes.


  11. G L Le 24 mai 2012 à 17h53
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    “L’expérience prouve chaque jour un peu plus que beaucoup de processus modernes de production de masse peuvent être maîtrisés dans la plupart des pays et sous presque tous les climats avec une efficacité comparable. De plus, à mesure que la richesse s’accroît, le logement, les services à la personne et les équipements locaux, qui ne peuvent pas faire l’objet d’un commerce international, prennent une part de plus en plus importante dans l’économie nationale, au détriment des produits de base et des objets manufacturés. Si les coûts de ces derniers produits augmentaient modérément, à cause d’une plus grande autosuffisance nationale, les conséquences ne seraient pas très graves, en comparaison avec les avantages de nature différente. En bref, l’autosuffisance nationale, même si elle a un coût, est un luxe que nous aurions les moyens de nous offrir, si nous le souhaitions.”

    Comme je n’arrive pas à croire que la croissance permettra de compenser le chômage alors que le développement des services pourrait le faire si la compétitivité ne l’empêchait pas (pas question que les travailleurs d’un pays dépensent des fortunes à se soigner si ceux des pays concurrents acceptent d’avoir des salaires trop bas pour accéder à ce luxe) je trouve ce paragraphe tout à fait réjouissant !


  12. tarci Le 25 mai 2012 à 15h43
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    C’est bien tout çà ! Mais le but actuel n’est plus économique ! C’est volontairement que l’on a endetté les pays. Pourquoi ? Pour leur faire perdre leur souveraineté ! Et la mise en place des euro-bonds n’en sont-ils pas une preuve ?
    Un coup d’état a eu lieu sans que les peuples en soient avertis ou donnent leur accord !
    link to effondrements.wordpress.com
    On a laissé tomber Keynes pour Friedman pour mettre en place plus facilement un gouvernement mondial tenu par ces banksters. L’interdit d’interdire de mai 68 a permis aux multinationales de faire le maximum de profits en oubliant que l’homme passait avant l’entreprise ! Voir le cas d’école d’Apple :
    link to effondrements.wordpress.com
    Il faudrait revenir à Maurice Allais ! Ce prix Nobel français qui a si bien décrit le système actuel : “La chienlit mondialiste laissez-fairiste !” :
    link to effondrements.wordpress.com
     


  13. gringo Le 28 mai 2012 à 04h48
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    Normal
    0
    21

    Ernesto Guevara avait défini le libéralisme comme « zorro libre en el gallinero libre » un renard libre dans un poulailler libre. Le « che » se trompait lourdement.
    Dans notre système libéral, les renards sont libres, mais les poulaillers sont bel et bien fermés. Je vous laisse deviner qui sont les renards et qui sont les poulets


  14. Incognitototo Le 02 juin 2012 à 12h17
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    Magnifique ! Merci Olivier de m’avoir fait découvrir ce texte visionnaire, qui m’avait totalement échappé dans l’oeuvre de Keynes… finalement, nous n’avons rien inventé, notamment avec nos propositions de relocalisation des économies (avec tous les préalables et toutes les prévenances qu’il y met, qui sont très pertinents).
    Ce qui reste étonnant, c’est de constater que l’histoire ne nous a rien appris et que malgré ces avertissements très clairs et très bien étayés, nos problèmes sont toujours les mêmes… en pire.

    Si Keynes remet en cause notre modèle de développement, il y a cependant des problèmes centraux qu’il n’évoque pas… Sans oublier, que je ne suis pas sûr que ce soit le “critère du profit comptable” qui soit le problème qui surdéterminerait les autres (le thermomètre n’est pas responsable de la fièvre), ni même que c’est en redéfinissant les missions de l’État qu’on pourra résoudre les problèmes…

    En l’occurrence, sous réserve qu’il n’en ait pas parlé ailleurs (ce dont je n’ai pas le souvenir, sauf pour sa critique des rentiers), en restant à ce niveau des analyses, il passe totalement sous silence deux points fondamentaux :
    - c’est la forme du système démocratique et de pouvoir qui surdétermine ce que les hommes sont capables de produire en terme de solutions pour tous, ou pas,
    - l’autre point nodal est bien celui qui détermine les droits et devoirs de la propriété privée. Tant que nos modèles politiques et constitutionnels ne mettront pas à l’ordre du jour un changement de paradigme à ce niveau-là, nous serons en perpétuelle lutte avec les possédants, dont la logique intrinsèque aboutit forcément à la destruction du bien commun et de l’intérêt général…

    Si ça vous intéresse, je développe ces points dans cet article.


  15. Patrick MADROLLE Le 17 juin 2012 à 18h58
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    Il y a un véritable divorce entre les propriétaires et les vrais gestionnaires lorsque, par suite de la forme juridique des entreprises, leur capital est réparti entre d’innombrables individus qui achètent des actions aujourd’hui, les revendent demain et n’ont ni la connaissance ni la responsabilité de ce qu’ils ne possèdent que peu de temps.


    Mais on voit à l’expérience que le fait que le propriétaire soit éloigné de la gestion est préjudiciable aux relations entre les hommes, et que cela provoque tôt ou tard des tensions et des inimitiés qui finissent par réduire à néant les calculs financiers.

    Je trouve que dans tous les pays, sans exception, où les partisans de l’autosuffisance nationale ont pris le pouvoir, beaucoup de bêtises ont été commises.

    Alors une autre issue peut-être, faut-il remplacer la responsabilité limitée ?
    link to unmondelibre.org


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