Traduction exclusive pour les lecteurs du blog de la vision du secrétaire de Ben Ladden

N.B. CECI N’EST PAS DE LA PROPAGANDE ISLAMISTE, le terrorisme c’est mal…

Nasser al-Wahishi, né au Yemen en 1976, rejoignit l’Afghanistan en 1998 et devint le secrétaire de Ben Laden. Il devint ensuite en 2002 le leader d’Al-Qaïda au Yémen, puis en 2009 celui d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA). En 2013, le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zaouahiri en fait son adjoint. En janvier 2015, al-Wahishi revendique l’attaque de Charlie Hebdo, puis est tué par un drone en juin 2015. En septembre 2011, il a rédigé son témoignage sur l’organisation des attentats du 11 Septembre, qui a été publié dans hebdomadaire “al-Masrâ” (publication périodique digitale liée à AQPA), en février 2016.

[Nasser al-Wahishi raconte.] [Bénédictions sur le Prophète Muhammad et ses Compagnons] Le mouvement djihadiste luttait contre l’ignorance et ses adeptes, ce qui était alors très difficile car le mouvement n’avait pas compris ou n’avait pas expliqué aux gens ses objectifs. Les gens étaient loin de tout cela, loin de saisir les desseins du mouvement et ce que voulaient les djihadistes. Il y avait alors beaucoup de groupes, dans chaque pays se trouvait un groupe qui luttait dans le sentier de Dieu, entretenant un jeu du chat et de la souris avec les fausses idoles, lesquelles avaient un jour le dessus et un jour échouaient. Toutefois, au vu du contexte difficile dans lequel évoluaient les djihadistes, la plupart du temps ce furent les fausses idoles qui parvenaient à contenir le mouvement par différents moyens, je ne mentionnerai pas comment tout cela est arrivé, comment ont-ils pris les armes, comment ont-ils pu ainsi dominer l’Oumma à ce point, comment se sont-ils emparés des esprits, comment ont-ils orienté les médias à l’encontre des pauvres gens ? En bref, le mouvement djihadiste s’est trouvé cerné de toute part dans chaque pays et a pu trouver un espace en Afghanistan avant d’être évincé dans de nombreuses régions…

Les cheikhs se réunirent plusieurs fois à Kaboul et à Kandahar pour étudier les causes de cette situation et trouver un remède…

Le cheikh Oussama [Ben Laden] estimait que le mouvement devait combattre l’ennemi mécréant le plus visible et non pas le plus enraciné dans la mécréance : les apostats y étaient les plus enracinés mais le mouvement croisé et sioniste était le plus visible. Nul ne conteste le fait de combattre les Juifs et les chrétiens tandis que lorsqu’il s’agit de combattre les gouvernements apostats dans ton pays, tout le monde s’y oppose : les peuples, le mouvement islamiste et le mouvement djihadiste car ils ont des priorités. De même, le mouvement djihadiste est très divers et n’est pas unique, dans son acception large il a également ses priorités, certains te diront même que, pour l’heure, ils n’en ont pas la capacité…

Parmi les partisans de cette pensée, entre autres, le cheikh Abu Muhammad al-Maqdisi ; ils te diront que la vérité est désormais évidente mais la capacité pour combattre n’est pas encore au rendez-vous, par exemple si on affronte les Saoud, qui se mettra en travers de ta route ? Beaucoup de mouvements djihadistes. Pourquoi ? Ils vont te répondre qu’ils ne pourront pas, ils n’en ont pas la capacité, que tu vas les fourrer dans le pétrin, les conduire en prison, qu’il ne faut pas se précipiter et aller à l’affrontement avant son heure propice, que ce n’est pas le moment et ainsi de suite. Alors le cheikh [Ben Laden] a répliqué que nous nous orienterons vers l’ennemi américain, le plus évident, celui que tout le monde considère ainsi afin d’éviter aux gens toute discorde ou même confusion. Tout le monde partage ce ressentiment contre l’Amérique et a minima le mouvement islamique te soutiendra contre les mécréants.

Le mouvement djihadiste a beaucoup discuté là-dessus, la plupart des courants ont été d’accord pour fonder le front islamique mondial pour combattre les Juifs et les Croisés, il y a eu quelques opposants notamment le groupe libyen et les islamistes, après avoir donné leur accord ils se sont opposés ainsi que le groupe islamique égyptien et la majorité des groupes du Maghreb. L’essentiel étant que l’accord portait sur le fait d’affronter les Juifs et les Croisés.

L’accord a été conclu en 1998, le cheikh a tenu une conférence de presse à Khost et a annoncé la création du Front mondial pour la lutte contre les Juifs et les Croisés, cela se déroula à la toute fin des préparatifs en vue des attentats contre les Américains en Afrique du Sud et sur le continent en général.

Un mois plus tard, il y a eu les attentats au Kenya et en Tanzanie contre les ambassades américaines en Afrique, raison pour laquelle le cheikh tenait alors beaucoup aux réunions et aux discussions avant de passer à l’action et avant les renforcements des dispositifs de sécurité. Il cherchait à convaincre le plus grand nombre, il y avait beaucoup de débats et les divergences ne manquaient pas, de même qu’après les opérations réalisées… Certains lui reprochaient de les entraîner contre les Américains alors qu’ils n’avaient pas les moyens de les atteindre par la voie maritime ; quant à l’idée de les attaquer par la voie aérienne, personne n’y avait songé a fortiori d’utiliser des avions [comme projectiles].

Un homme égyptien du nom d’al-Batouti, pilote, Dieu seul sait qui il était, avait pris en otage des officiers égyptiens et israéliens dans les airs et s’écrasa avec eux dans les flots. En apprenant cela, le cheikh Oussama se demanda alors pourquoi diable il ne les avait pas précipités plutôt sur des bâtiments. C’est de là que vint l’idée des avions qui s’écrasent sur les bâtiments que l’on vise !

L’Histoire est une trame dont les fils se lient les uns aux autres. À l’origine quand la Russie combattait les Afghans, il s’agissait de la fin de l’encerclement russe et de leur défaite, c’est alors que les moudjahidines songèrent à frapper les Américains aussi. Le cheikh Abdallah Azzam cherchait à passer à une autre étape du mouvement, à la fin il disait que si Dieu lui prêtait vie, il ferait de ses adeptes des bombes humaines. Il tenait des propos très durs à l’encontre du camp occidental.

[…paragraphes faisant l’hagiographie de deux djihadistes…]

Ramzi Youssef, le neveu de Khaled Cheikh, et Azmaray [figure du djihadisme] préparaient un attentat contre Bill Clinton en compagnie du Pape lors de leur visite aux Philippines. En préparant la bombe, Azmaray avait fait une erreur de manipulation et une fumée très épaisse commença à se dégager de l’appartement où ils logeaient. Ils tentèrent de maîtriser la situation mais prirent la fuite finalement. Les pompiers arrivèrent sur place pour éteindre le faux incendie et découvrirent de quoi il retournait.

Peu de temps après, Azmaray était tombé dans les mains des autorités en sortant de l’aéroport. C’était un homme très courageux et très rusé avec plusieurs cordes à son arc. Avant de devenir moudjahidine, il lui arrivait d’affronter seul des animaux sauvages sur des lieux déserts, il aimait l’aventure et les défis. Il avait réussi par son expérience à s’enfuir de la prison et avait pris contact avec les frères à Peshawar au Pakistan en leur demandant de lui faire parvenir un passeport. C’est ainsi qu’il quitta les Philippines.

Ramzi Youssef avait été arrêté au Pakistan après l’échec d’un attentat dans un avion. La bombe avait explosé mais n’avait fait qu’endommager l’avion. Il avait alors posé une [autre] bombe artisanale à retardement sous un siège au-dessus de la soute. L’avion s’était arrêté dans une escale car la déflagration avait causé une brèche et Ramzi avait pu quitter l’aéroport. L’avion explosa plus tard en plein vol.

Quant à Khaled al-Cheikh [Mohammed], il avait débuté au Koweït. Il faisait partie des Frères musulmans et avait monté une pièce de théâtre où un personnage se demandait comment faire écraser des avions. Khaled était très jeune à l’époque. J’ai cherché cette pièce de théâtre sur Internet et ne l’ai pas trouvée, j’ai aussi demandé à un frère de chercher et n’a pas réussi non plus. C’est parce que nous ne connaissions pas son titre sinon nous l’aurions trouvée. L’essentiel c’est qu’il l’avait écrite et cela prouve qu’il pensait à cette éventualité très jeune déjà. Adulte, il planifiait et cherchait un moyen pour faire écraser douze avions américains simultanément. Ce furent les débuts du premier groupe à entreprendre des opérations contre l’Occident.

Puis vint le tour du cheikh Oussama qui avait fait venir Khaled al-Cheikh et lui avait soumis le projet. Ainsi, l’un proposait de prendre pour cibles des immeubles et l’autre d’utiliser des avions comme projectiles. L’idée commençait à prendre forme petit à petit. Il sollicita les frères qui étaient en possession de passeports et ceux qui pouvaient entrer aux États-Unis. Parmi eux se trouvait le cheikh Abou Abderrahman, Nawaf al-Hazemi et Khalid al-Mehdar qui faisaient partie des premiers désignés. Le cheikh Oussama les envoya aux Etats-Unis pour s’entraîner au pilotage d’avions. Ils ne savaient pas quelles serait leur mission à l’issue de leur formation. Ils revinrent les uns après les autres. Il y avait le pilote Marwan al-Chehi, originaire des Émirats Arabes Unis, il avait parlé de ses contacts en Allemagne et voulait les rejoindre mais le cheikh Oussama l’avait dissuadé. Entre-temps, d’autres nous avaient rejoints : Mohamed Atta, Ziad al-Jarrah, Ramzi Ben al-Chibah, quatre en tout et c’était à ce moment-là que le cheikh demanda à Marwan de partir en Allemagne pour coordonner les opérations avec ses amis.

Les acolytes de Marwan al-Chehi faisaient des études en Allemagne, et il s’était coordonné avec eux avant de partir aux États-Unis pour s’entraîner au pilotage d’avion.

Mohamed Atta, Ziyad al-Jarrah et Ramzi b. al-Chiba se trouvaient en Afghanistan avec le cheikh Oussama [Ben Laden] et y étaient restés un mois […passage hagiographique sur ce groupe de djihadistes…]. Il y avait avec eux d’autres acolytes, parmi eux le cheikh Khalid Rahbi, Mouʿtaz, Jalibib, Djihad, ʿIkrimah, Walid et Wael al-Chahri, Mohannad. Certains étaient des nouveaux venus, d’autres étaient plus anciens dans le groupe tel que le cheikh Khalid Rahbi. Le cheikh Oussama les réunit et leur expliqua une part de l’opération et ce qu’il attendait d’eux, en l’occurrence piloter des avions et les écraser contre des cibles précises. Mohamed Atta était surpris et demanda pourquoi confier une telle opération aussi facilement à des nouveaux venus. Oussama leur répondit qu’il avait l’intuition que c’était ce groupe qui allait démolir l’Occident, qu’il fallait qu’ils s’en remettent à Dieu.

Mohamed Atta était très attaché à l’Afghanistan, il en voulait beaucoup à l’Occident. Il y aimait la simplicité de la vie, les habitations en terre et il imaginait ainsi la vie menée par les compagnons du Prophète. Il imaginait qu’il vivait une vie similaire à la leur.

[Khalid Rahbi poursuit le récit à ce niveau :]

En cette période en Afghanistan, nous cherchions avec le frère al-Faqʿassi à unir les groupes et harmoniser les points de vue. Tous savaient qu’une opération était en cours visant l’Amérique et je tenais à y participer. Je cherchais à rencontrer le cheikh Oussama et ce fut le cheikh al- Wahishi qui m’y aida. Ma présence en Afghanistan datait alors à peine de quelques mois, je rencontrai le cheikh Oussama qui me confirma que je faisais partie du groupe désigné pour l’opération. Je lui avais fait part de mon souhait de participer à toute action qu’il jugerait nécessaire.

Personne ne connaissait l’ampleur de cette opération ni ses modalités. Nous étions très enthousiastes d’y participer. Il nous disait que c’était une opération de grande envergure visant le cœur des États-Unis. Je m’étais imaginé un attentat à la voiture piégée dans un grand centre à l’instar de celui de Nairobi par exemple. C’était Khalid Cheikh qui coordonnait l’opération avec nous.

Quand j’ai été arrêté et que j’ai été remis aux autorités saoudiennes, je parlais toujours avec beaucoup d’enthousiasme de l’ennemi américain et de ce « groupe » [en arabe « constellation », kawkaba] qui redorait le blason de la Oumma et lui rendait sa fierté. Lors des interrogatoires, on s’étonnait du fait que je nommais ce groupe ainsi mais je le répétais au point qu’on m’avait surnommé Abou Kawkaba. Les hommes de ce groupe sortaient du lot et chacun d’eux avait une qualité qui le distinguait des autres.

J’emmenais parfois le cheikh al-Wahishi pour rendre visite à quelques groupes [… passage hagiographique sur un groupe de djihadistes…]. Notamment celui où se trouvaient Abou Hachem al-Naʿmi, les frères Walid et Wael al-Chahri, Miqdad et d’autres. Nous avons eu le sentiment en leur présence qu’ils étaient distraits, ils étaient en train d’étudier un livre intitulé « Pleurer par la crainte de Dieu ». En effet je me disais que notre voie nécessitait de nous orienter vers Dieu.

Je remarquais que ces frères prenaient soin les uns des autres. Je me souviens qu’on effectuait des rondes dans le camp en plein hiver dans les montagnes afghanes, alors qu’il faisait très froid et qu’il neigeait, Mouʿtaz al-Ghamidi par exemple se réveillait la nuit pour chauffer l’eau à ses compagnons. Les deux frères Walid et Wael descendaient de familles de notables très riches de la région du Sud. Wael et moi avions d’ailleurs été camarades de classe. Ils étaient invités en Afghanistan et je leur ai rendu visite, ils ne m’ont pas reconnu tout de suite mais après le leur avoir rappelé, nous sommes devenus très proches. Ils ont ensuite été intégrés à leur tour au groupe du 11 septembre. Le cheikh Oussama annonça l’opération et demanda des volontaires pour tomber en martyr. Certains hésitaient en pensant qu’il cherchait juste à rassembler des adeptes par ses propos. Il leur avait alors répondu : « Est-ce que le descendant de Mohamed mentirait ? ».

Certains frères faisaient preuve de beaucoup d’empressement et d’ignorance, ils lançaient des rumeurs, c’est alors que Walid al-Chahri est venu me voir à ce sujet et m’a demandé mon avis. Je lui ai dit que le cheikh ne mentait pas et il se porta volontaire lui et son frère.

Je tenais à ce que les personnes que j’estimais prêtent allégeance au cheikh Oussma car l’allégeance renforçait l’engagement des aspirants. Ce fut le cas de celui qu’on surnommait al-Ahnaf et d’un autre dit al-Saqqami. Le Cheikh s’enquit auprès de moi à leur sujet et je lui ai dit tout le bien que j’en savais.

Nous sommes partis après en pleine montagne dans un camp d’entraînement, une épreuve tactique dans des conditions très dures pour tester notre endurance, nos capacités et notre persévérance. Il y avait à mes côtés al-Haznaoui, Jalibib, Djihad al-Ghamidi et quelques autres. Malgré la dureté, on se sentait très proches et plein de foi. J’y croisais souvent Mohannad al-Chahri.

Après cela, nous avions commencé à coordonner et correspondre par messagerie électronique avec Khalid Cheikh pour les démarches de l’obtention des visas. J’étais interdit de voyager à l’époque et je suis entré en Afghanistan avec un faux passeport. Cheikh Oussama l’apprit plus tard et je lui ai dit que j’allais faire de mon mieux pour partir aussi. J’ai tant essayé mais sans succès.

Nous avions convenu de demander également d’autres visas d’autres pays pour ne pas attirer l’attention et d’autres précautions de ce type.

Certains sont rentrés en Arabie Saoudite pour faire les démarches administratives là-bas, d’autres sont rentrés y faire leurs adieux à leur famille, d’autres encore ont préféré rester pour ne pas être dissuadés de leur projet. D’autres enfin en ont profité pour accomplir leur pèlerinage avant de se rendre aux États-Unis.

[Al-Wahishi reprend la narration :]

Le cheikh [Oussama] tenait à ses recrues, il s’en s’occupait personnellement, il avait pris beaucoup de soin à les choisir notamment le groupe sous la responsabilité de Khaled qui était constitué de Mouʿtaz, ʿIkrima, Mohannad al-Chahri, Jalibib ainsi que Walid, Wael, Abou Hachem et al-Ahnaf.

Quant à Mohamed Atta, Tarek et Ramzi, le cheikh leur avait ordonné de partir en Amérique.

Atta ne voulait pas, il lui était insupportable de retourner là-bas en Occident.

Ramzi et Tarek étaient partis bien avant lui et quand ce fut son tour, il était très ému de par son désir de rester en Afghanistan. En effet, il détestait l’Occident et son mode de vie et racontait souvent tout ce qui ne lui plaisait pas là-bas, manger du porc et ce genre de choses.

Il nous a quitté et rejoignit le Pakistan. Là-bas, il perdit son passeport dans le taxi. Khaled Cheikh s’en est rendu compte et fut surpris de constater la joie de Mohamed Atta qui voyait l’occasion de retourner en Afghanistan.

Khaled Cheikh mit une annonce dans les journaux et promit une prime. Le passeport a été retrouvé et finalement Atta partit à son tour.

Certains frères partaient pour l’Arabie Saoudite chercher leur visa et rentraient ensuite. À cette époque, on parlait beaucoup des Talibans et beaucoup de pression s’exerçait sur eux comme le fait que le cheikh Oussama était devenu un hors-la-loi sur le plan international alors qu’il continuait pourtant à communiquer avec les médias.

Turki al-Fayçal et Abdelmohsin al-Turki arrivèrent en Afghanistan à la tête d’une délégation pour rapatrier le cheikh Oussama en Arabie Saoudite. Ils tentèrent de convaincre les Talibans dans ce sens. Ils envoyèrent des messages à « Wakil Ahmed » en arguant du fait que le cheikh allait leur causer beaucoup d’ennuis et qu’il valait mieux le leur livrer. La pression était intenable et venait de toute part.

[… deux paragraphes hagiographiques sur le groupe de djihadistes…]

Parmi les frères également se trouvait Hany Hanjour qui était un pilote militaire saoudien diplômé en 1996 du royaume.

Le premier groupe s’entraînait aux États-Unis alors que le second se trouvait en Afghanistan et s’apprêtait à rejoindre le premier. Cela se passait un an avant les événements [du 11 septembre]. L’Amérique, de son côté, planifiait quelque chose pour se venger des Talibans qui protégeaient le cheikh Oussama et ses compagnons.

Le premier groupe aux États-Unis était prêt et réclamait d’urgence les autres qui se trouvaient à l’étranger, car il craignait d’être découvert au moindre soupçon.

On envoya alors les groupes [aux États-Unis], il ne restait alors plus que le groupe avec Abou al-ʿAbbas, de son vrai nom Abdelaziz al-ʿOmari al-Zahrani, frère de Fadil, Abou Ahmed al-Imarati, Ziyad al-Jarrah, Salem al-Hazimi et Mohamed al-Qahtani qu’on surnommait Farouk. Ainsi tous furent envoyés, les dix-neuf parvinrent à entrer aux États-Unis excepté un seul qui ne put pénétrer les terres américaines.

La situation était tendue, les frères se trouvaient tous en Amérique, l’ennemi était là à chaque instant et les débats [dans les médias] tournaient autour de l’Afghanistan. Le cheikh Oussama intervenait en mentionnant que des groupes se préparaient pour une grande opération et qu’il fallait qu’on prie pour eux.

Les yeux du monde étaient focalisés sur les Talibans et particulièrement après leur décision de détruire les statues de Bouddha et vous connaissez la polémique mondiale autour de cette destruction. Quand les Talibans sont arrivés dans la région de Bamiyan, ils ont découvert les deux statues et commencèrent à les bombarder avec les tanks. Le monde s’est soulevé et il y eut des fatwas d’oulémas musulmans contre ces bombardements ainsi que des propositions pour racheter les deux statues. La polémique enfla quand Mollah Omar ne plia pas et dit sa phrase célèbre : « Au jugement dernier, je préfère être désigné parmi les destructeurs d’idoles que parmi les vendeurs d’idoles ».

La Chine, le Japon et les bouddhistes en général proposèrent des sommes inimaginables pour les démonter et les transporter ailleurs.

Mollah Omar refusa en déclarant que sa religion prévalait sur tout l’argent du monde et la démolition commença.

Le cheikh Oussama ordonna qu’on s’y rende, nous nous sommes alors équipés de jeeps, de bulldozers et nous nous sommes rendus à Bamiyan. Al-Qaïda à Bamiyan ! Nous avons terminé les préparatifs jusqu’à 11h du soir et j’ai demandé la permission auprès du cheikh de m’absenter car je m’étais fiancé et je devais y aller le jour d’après pour l’autorisation légale de voir la fiancée. Il me l’accorda. Ravi, j’ai passé la nuit chez des frères à Kandahar puis je suis allé voir ma fiancée en compagnie de Abdelmajid et de l’oncle ʿAsim.

Normalement le cheikh nous avait précédés pour se rendre à Bamiyan mais une fois à Ghazni, j’ai vu sa voiture ; je l’ai alors indiqué à mes compagnons, mais ils étaient sceptiques car il devait déjà s’y rendre au moment où nous étions occupés avec le sujet de mes fiançailles. Pourtant il s’agissait bien de sa voiture et il n’était pas seul : il était accompagné par les autres cheikhs : Dr. Ayman, cheikh Abou al-Walid al-Ansari et cheikh ʿIssa Marjane.

On leur avait demandé ce qu’il se passait. Cheikh Oussama déclara qu’al-Qaradhawi se trouvait à Kandahar ! Nous nous sommes dirigés vers Kandahar et en effet al-Qaradawi était là-bas en compagnie d’une délégation composée notamment de Mohamed ʿAmmara, Tantawi, Nasr Farid Wassel ainsi que d’autres cheikhs d’autres pays, du Bahreïn, du Qatar ainsi que le cheikh Ali Qara Daghi.

Khalid Cheikh se trouvait sur le seuil de la porte où se tenait la réunion, il ne me permit pas d’y entrer mais il me nomma tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur.

J’ai demandé le fin mot de l’histoire au cheikh Oussama qui m’a révélé qu’il s’agissait de pourparlers avec les Talibans. Abou Hafs al-Masri et le cheikh Souleyman ont rejoint les négociations avec d’autres oulémas du côté des Talibans. Les frères voulaient filmer mais les Talibans ont refusé.

Abou Hafs al-Masri m’a alors confié que le cheikh Oussama n’était pas le bienvenu et que s’il participait à la réunion, les autres allaient s’enfuir.

Nous avons encore une fois proposé de filmer mais les Talibans refusèrent en estimant que l’enregistrement audio était très suffisant.

Les Talibans et les frères à leur suite ont estimé que détruire les statues était conforme aux préceptes de la religion et qu’il ne pouvait y avoir de divergence là-dessus.

La délégation des oulémas a estimé de son côté que le propos ne concernait pas la licéité de la destruction des idoles mais plutôt le moment opportun de les détruire. Le cheikh Abou Hafs al-Muritani déclara que si les Talibans, leurs oulémas et le peuple afghan étaient prêts à en subir les conséquences, c’était leur affaire, pourquoi donc vouloir stopper la destruction des idoles ?

Il y a eu un long débat puis tout le monde sortit de la pièce et chacun partit de son côté. Nous prîmes ensuite la route pour Bamiyan que nous avons appelé « le voyage de l’unicité divine » pour achever la destruction des statues. En même temps, le groupe du 11 Septembre se dirigeait de son côté pour détruire les « statues américaines ».

La statue de Bouddha était immense et nécessitait une grande quantité d’explosifs. Les Afghans affluaient de toutes parts pour participer à sa démolition. On pouvait voir les cheikhs aux barbes blanches exténués mais déterminés à porter les explosifs jusqu’au sommet qui s’élevait jusqu’à cinquante mètres. Nous avons dressé notre tente au sommet et le cheikh Oussama exprimait sa volonté de la raser complètement. La cellule médiatique travaillait sur la production du film « La réalité de l’Oumma » et le Cheikh veillait sur toutes les étapes.

On discutait beaucoup sur les capacités des Talibans à porter de telles opérations et s’ils étaient en mesure d’en supporter la réaction américaine. De mon côté, je cherchais à savoir auprès du cheikh la durée que prendrait la guerre, un an, deux ans ou plus ? Il répondit qu’il s’agirait d’une décennie voire deux car selon lui l’âge des empires et des nations se compte en décennies et non en années, a minima la guerre durerait 15 ans et ensuite les États-Unis cesseraient d’être un empire et une grande nation pour se replier sur elle-même.

Il s’attendait à la riposte américaine et à sa déclaration de guerre mais par elle commencerait l’usure économique et militaire du pays.

Il planifiait aussi d’autres frappes, certaines ont été accomplies, d’autres non.

Les négociations avec les Talibans autour des frappes contre l’Amérique étaient menées par Mohammad Hassan, Muʿtasim Agha, Abdul Halim, Sayed Agha et d’autres. De notre côté, il y avait le cheikh Oussama, le cheikh Abou al-Khayr, le cheikh Abou Hafs, le Dr Ayman, le cheikh Mustafa Aboulyazid et le cheikh Abdul Rahman al-Mohaymin. Les Talibans nous ont rejoint à l’aéroport et le cheikh Oussama les a très bien reçus. Il leur disait que l’histoire retiendra des Afghans deux choses : vous avez protégé les Arabes des Américains et c’est un bon point pour vous et que vous avez protégé les Américains des Arabes, ce qui est un mauvais point.

Mohammad Hassan, qui était le chef du gouvernement à l’époque, lui répliqua avec déférence qu’il se trompait.

Ensuite, le cheikh prépara un dossier qu’il demanda à Mohammad Agha de transmettre au Mollah Omar dans lequel se trouvaient des photos de la Palestine où des Juifs profanaient la mosquée al-Aqsa et frappaient des femmes musulmanes. Il lui demanda de montrer ces photos à l’« Émir des croyants ». Il rétorqua que c’était impossible car le Mollah Omar ne regardait jamais des photos. Le cheikh Oussama répondit alors : « C’est indispensable, parfois il est impératif au médecin de voir ce qui lui est interdit de voir dans le but de soigner la personne. Mollah Omar est notre médecin, il est le médecin de l’Oumma ! ».

Mohammad Agha transmit le dossier au Mollah Omar de la part de ses frères arabes, à la vue des photos, le Mollah Omar fut très en colère et convoqua le cheikh Oussama.

Nous nous sommes rendus, en compagnie de Zoubair al-Haʾili, en deux ou trois voitures chez l’« Émir des croyants ». Une fois devant la maison du Mollah Omar, nous avons croisé le cheikh Mohammad Magid Mohammadi (cheikh des Talibans, et ancien combattant contre les Russes) qui en sortait. Le cheikh Oussama alla directement le saluer et questionna son état de santé. Le vieux cheikh reconnut Cheikh Oussama et fit part de sa grande faiblesse physique tout en se souvenant très bien de ce qu’ils avaient vécu ensemble [contre les Russes].

C’est alors que le Mollah Omar vint vers à nous à pied. Zoubayr, qui ne le connaissait pas, n’en revenait pas de tant de simplicité après que je lui aie présenté.

Le groupe s’est dirigé ensuite vers la mosquée pour discuter. Mollah Omar dit au cheikh Oussama : « Cheikh, je voudrais que tu frappes les Juifs partout où ils se trouvent ! ». Le cheikh Oussama répondit : « À vos ordres, d’ici le coucher de soleil nous aurons beaucoup avancé dans nos opérations à leur encontre par la volonté de Dieu ! ». Je voyais bien à son air tout souriant que tout s’était bien passé lors de la réunion car je n’y avais pas assisté. Je lui ai alors demandé et il m’a répondu que nous avions l’approbation de l’Émir.

Dès le lendemain, nous nous sommes activés pour mettre à exécution les opérations envisagées. Certaines ont abouti et d’autres non.

De toute évidence, les Américains allaient frapper l’Afghanistan. Il y eut des réunions à ce sujet à Douchanbé au Tadjikistan, il y avait les ministres des Finances, de la Justice et de la Défense. Les discussions se déroulaient avec les Russes. Il fut décidé que ces derniers se déploieraient sur le terrain et que les Américains s’occuperaient des frappes aériennes.

Abdul Hayy Motmaʾinn a bien reçu le message : « Soit vous nous livrez Oussama Ben Laden, soit on frappe l’Afghanistan ! »

Le cheikh Oussama espérait que les frappes prévues à Washington et à New York soient retardées de telle manière qu’elles deviennent une réponse à celles déjà préparées par les Américains. Elles auraient ainsi été grandement légitimées mais cela n’était plus possible. Les frères, déjà aux États-Unis, ne pouvaient plus faire marche arrière.

Il y eut encore des réunions à la mosquée de Kandahar. Le cheikh Oussama disait, sans entrer dans les détails, qu’on allait frapper fort et que les États-Unis auraient très mal. Quant au cheikh Moustapha Abou al-Yazid, il s’y opposait en arguant que c’était une question qui relevait d’e l’ijtihād incombant à l’Émir des croyants [le Mollah Omar] et que les conséquences en seraient très lourdes pour les Afghans, qu’il fallait donc réfléchir patiemment.

Le cheikh Oussama invoqua alors Abou Bakr, premier compagnon-successeur du Prophète, en faisant référence à un propos dans lequel il affirma que, lui vivant, personne ne nuirait à la religion. Tout le monde a été ému aux larmes dont le cheikh lui-même. Il ajouta qu’il fallait faire quelque chose pour cette Oumma qui n’en pouvait plus d’attendre et que l’Émir des croyants avait déjà donné son accord pour frapper les Juifs, les Américains n’étant que leurs auxiliaires. Il avança aussi que selon les oulémas, l’approbation de l’Émir ne serait plus de mise ou exigée si elle était source de retard et ferait manquer aux musulmans l’occasion de frapper leur ennemi.

Le cheikh Oussama cherchait à convaincre les Talibans mais il ne disposait plus beaucoup de temps et la situation était difficile.

[…Incise d’al-Wahishi à ses auditeurs s’excusant de l’aspect décousu de son récit de par le contexte spontané l’ayant conduit à le narrer…]

Je me souviens que durant les discussions entre le cheikh Oussama et les Talibans, le cheikh avait adressé un courrier au Mollah Omar par l’intermédiaire d’Abou Hafs dans lequel il lui demandait ce qu’il voulait en ces termes : « Qu’attendez-vous de nous ? Nous sommes des soldats, quels sont vos ordres ? »

Le Mollah Omar demanda à Abou Hafs d’éliminer Ahmed Chah Massoud. Abou Hafs répondit de le considérer déjà comme tel. Il revenait aux Talibans de se préparer à attaquer le Nord dès la mort de leur chef et de les prendre par surprise avant qu’ils ne puissent se réorganiser.

Les Talibans se rendirent alors au Nord sous le commandement du Mollah Dadullah. En effet, Chah Massoud a été éliminé par le biais d’une caméra piégée, l’histoire est connue, les médias en ont abondamment parlé.

Un journaliste de la BBC est venu pour interviewer le cheikh Oussama qui l’a reçu au déjeuner durant lequel il menaçait de faire oublier au ministère de la Défense ses inspirations diaboliques en faisant en sorte que chaque Américain abandonne sa nationalité.

Retourné chez lui, le journaliste annonça qu’Oussama Ben Laden préparait une frappe d’envergure contre les États-Unis dans les semaines à venir tout au plus, il en était sûr.

Les frappes du 11 Septembre eurent lieu trois semaines après l’annonce du journaliste. Nous avons alors quitté Kandahar pour Kaboul. De là nous partîmes vers « Turgar » en pleine montagne entre Kaboul et Jalalabad et attendîmes là-bas deux semaines. Nous avons appris la nouvelle par la radio, gloire soit rendue à Dieu.

Notes :

1 : Version transcrite à partir d’un support audio. La traduction a été réalisée pour le site www.les-crises.fr par ses lecteurs

2 : Référence à Djahiliyya ou la période anté-islamique, c’est-à-dire avant la prédication de l’islam, en 610 de l’ère chrétienne.

3 : Gameel al-Batouti est fortement suspecté d’avoir sciemment crashé le vol 990 Egypt Air qu’il co-pilotait, le 31 octobre 1999.

4 : Khaled al-Rahbi al-Omari décédé en juillet 2015.

5 : Respectivement le chef des renseignements et le secrétaire général de Ligue islamique mondiale.

6 : Youssou al-Oaradhawi, éminente référence doctrinale des Frères musulmans jusqu’à nos jours.

7 : Une sorte d’agence de communication interne au mouvement.

8 : Titre honorifique plaçant dans ce récit Oussama Ben Laden sous l’autorité du Mollah Omar.

9 : Il fait allusion aux parties intimes et/ou au corps de la femme considérés comme tabou.

10 : Haut responsable d’Al-Qaïda, chargé de la comptabilité des activités commerciales de Ben Laden, il aurait contribué au financement des attentats du 11 septembre.

11 : Interprétation juridico-théologique légale.

Capture d’écran 2016-09-09 à 23.09.06

P.S. comme on m’a sorti la chose, voici la revendication de Ben Laden :

Ici, Al-Qaïda publie une vidéo posthume de deux auteurs du 11-Septembre

Enfin, je vous renvoie vers la vidéo d’al-Qaeda des “19 martyrs” (article en cours de traduction)

N.B. : les séries sur le 11 Septembre sont évidemment lourdes à modérer. Comme vous le voyez dans le plan au début du billet, ce billet s’insère dans une longue série. Merci donc de ne pas commenter sur de sujets qui seront clairement traités par la suite, cela fait perdre du temps à tout le monde. Vous pouvez commenter la série dans ce billet dédié.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

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