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12.février.201812.2.2018 // Les Crises

Au Royaume Uni, des procureurs admettent avoir détruit des e-mails d’importance majeure dans l’affaire Julian Assange

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Source : The Guardian, Ewen MacAskill & Owen Bowcott, 10-11-2017

Correspondance supprimée entre le CPS (Crown Prosecution Service) et son service homologue en Suède sur le fondateur de Wikileaks après qu’un avocat a pris sa retraite.

Ewen MacAskill et Owen Bowcott

Vendredi 10 Nov 2017

Julian Assange a demandé l’asile à l’ambassade d’Équateur en 2012

Le Crown Prosecution Service (Service de poursuite judiciaire de la couronne), fait face à une situation embarrassante après avoir admis la destruction d’e-mails relatifs au fondateur de Wikileaks, Julian Assange qui s’est réfugié dans l’ambassade d’Équateur et se bat contre son extradition.

Des échanges d’e-mails entre le CPS et son service homologue suédois sur cette affaire notoire ont été détruits après que l’avocat du Royaume Uni est parti en retraite en 2014.

La destruction d’informations potentiellement sensibles et révélatrice intervient avant une audience au tribunal à Londres la semaine prochaine.

Ajoutant à l’intrigue, il est apparu que l’avocat de la CPS impliqué avait, de façon injustifiable, conseillé aux Suédois en 2010 ou 2011 de ne pas se rendre à Londres pour interroger Assange. Un entretien à ce moment-là aurait pu empêcher l’impasse prolongée à l’ambassade.

Le CPS, répondant aux questions du Guardian, a nié qu’il y avait des implications juridiques liées à la perte de données pour une affaire Assange si elle devait être portée devant les tribunaux à l’avenir. Lorsqu’on lui a demandé si le CPS avait une idée de ce qui avait été détruit, un porte-parole a répondu : « Nous n’avons aucun moyen de connaître le contenu des messages électroniques une fois qu’ils ont été supprimés. »

M. Assange, dont la plateforme WikiLeaks a été impliquée dans une série de fuites controversées, incluant les rapports de guerre en Irak, les câbles du département d’État américain et les e-mails du parti démocrate, a était recherché par la Suède dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des allégations de viol. La Suède a abandonné l’enquête en mai.

Les détracteurs d’Assange, qui a cherché refuge à l’ambassade de l’Équateur en 2012, l’accusent d’avoir collaboré avec les propagandistes russes pour saper la candidature de Hillary Clinton à la présidence et aider Donald Trump à y parvenir.

Les partisans d’Assange craignent qu’il ait pu être extradé aux États-Unis depuis la Suède et peut-être même du Royaume-Uni. Le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, a déclaré que cette année, M. Assange était une priorité pour le ministère de la Justice et que les procureurs fédéraux américains envisagent d’inculper M. Assange pour les fuites.

La destruction des données du CPS a été divulguée dans le cadre d’une affaire concernant la liberté d’information (FOI) menée par le journaliste italien Stefania Maurizi.

Maurizi, une reporter de La Repubblica qui a couvert WikiLeaks depuis 2009, fait pression sur le CPS et son homologue suédois pour obtenir des informations concernant Assange et son extradition.

Insatisfaite du peu de matériel divulgué jusqu’à présent, elle porte sa cause contre la SCP devant un tribunal d’information lundi et mardi.

« Il est incroyable pour moi que ces documents sur un affaire en cours et très médiatisée aient été détruits. Je pense qu’ils ont quelque chose à cacher », a dit Maurizi.

Elle tient à établir quelle influence le Royaume-Uni a eu sur la décision des autorités suédoises à l’époque de ne pas se rendre à Londres pour interroger Assange. Elle cherche également des preuves de l’implication américaine dans les démarches d’extradition.

Il y a deux ans, par le biais d’une demande d’accès à l’information (FOI) adressée aux procureurs suédois, elle a découvert un e-mail d’un avocat de l’unité d’extradition du CPS, du 25 janvier 2011, qui disait : « Mon premier conseil demeure que, selon moi, il ne serait pas prudent pour les autorités suédoises de tenter d’interroger le prévenu au Royaume-Uni. »

La phrase a été supprimée dans l’e-mail obtenu par Maurizi de la part du CPS dans le cadre d’une requête de la FOI, mais pas quand il a été publié dans le cadre d’une requête de la part des procureurs suédois.

M. Assange a refusé de se rendre en Suède à l’époque, craignant que ce ne soit une ruse qui pourrait ouvrir la voie à son extradition vers les États-Unis. Ses avocats ont proposé un compromis dans lequel les enquêteurs suédois pourraient l’interroger en personne à Londres ou par vidéoconférence, mais les autorités suédoises n’ont pas accepté l’offre à l’époque.

Mohammed Cheema, directeur juridique de la CPS, qui s’occupe des requêtes d’accès à l’information du FOI, a déclaré, lors d’une longue déposition de témoins en août dernier, que le dossier d’Assange comprend principalement 55 classeurs, un document A4 et une sélection d’autres documents sur support papier.

Il a ajouté qu’il était très improbable que la CPS ait maintenu ensuite une correspondance électronique importante.

Mais seulement 11 jours avant l’audience, Cheema a envoyé une autre déclaration disant qu’une recherche dans les archives électroniques a révélé que des données associées à l’avocat qui avait été en contact avec les procureurs suédois « ont été supprimées lorsqu’il a pris sa retraite et ne peuvent être récupérées ». Il a pris sa retraite en mars 2014.

Jennifer Robinson, avocate au barreau de Doughty Street, et Estelle Dehon, spécialiste de la liberté d’information, représenteront Maurizi au tribunal.

Robinson, qui a également représenté Assange, a déclaré : « Les renseignements manquants soulèvent des inquiétudes au sujet de la politique de rétention des données du Crown Prosecution Service et des mécanismes internes mis en place pour examiner la conduite de cette affaire à la lumière du fait que le Royaume-Uni s’est trouvé avoir failli à ses obligations internationales. »

L’année dernière, un panel des Nations Unies a conclu que Assange était détenu arbitrairement par le Royaume-Uni et la Suède.

Robinson a déclaré : « Le CPS a divulgué des informations très limitées. Nous savons qu’il y en a plus. »

Elle a ajouté : « De sérieuses questions doivent être posées sur le rôle du CPS. Si les Suédois avaient interrogé Assange en 2010, on peut se demander si cette affaire se serait poursuivie aussi longtemps. »

Les Suédois ont interrogé de nombreuses autres personnes au Royaume-Uni par rapport à d’autres cas, a déclaré Robinson. « Nous avions proposé aux procureurs suédois le témoignage d’Assange depuis octobre 2010. Nous ne savions pas à l’époque que le CPS leur conseillait de ne pas accepter l’offre. »

Le porte-parole du CPS, en réponse à une question du Guardian qui demandait pourquoi des documents aussi importants avaient été détruits, a déclaré que le compte de messagerie avait été supprimé après départ en retraite conformément à la procédure standard.

Lorsqu’on lui a demandé si la politique du CPS stipulait que les documents relatifs aux affaires judiciaires en cours devaient être détruits, le porte-parole a répondu : « La personne à qui vous vous référez était un avocat de l’unité d’extradition du CPS qui discutait des questions relatives aux procédures d’extradition qui ont pris fin en 2012. L’affaire n’était donc pas en cours quand le compte e-mail a été supprimé. »

Il a ajouté : « La plupart des documents papiers d’une affaire et du matériel qui y sont lié sont gardés pendant trois ans suivant la conclusion de la procédure, ou pour la durée de la sentence du prévenu condamné plus trois mois. Dans certains cas, le matériel peut être gardé plus longtemps. »

Source : The Guardian, Ewen MacAskill & Owen Bowcott, 10-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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21 réactions et commentaires

  • rien // 12.02.2018 à 07h16
    • jp // 12.02.2018 à 09h46

      J Assange est naturalisé équatorien depuis janvier 2018, mais le problème est que les British l’arrêteront dès qu’il sortira de l’ambassade. Lui donner la nationalité française voire le droit d’asile, se heurtera au mm problème. Espérons qu’il ne meure avant…

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      • wesson // 12.02.2018 à 14h42

        C’est une question de pression et de coût politique. Si la France se mets elle aussi du coté d’Assange, il sera très difficile à l’Angleterre de faire comme si de rien n’était.

        Ceci étant dit, le prix politique à payer de l’Angleterre ne deviendra insupportable que lorsque le mass média se décidera enfin à écrire clairement que Julian Assange est un prisonnier politique US détenu par les Anglais.

        Et pour être tout à fait clair, c’est pas le tour que cela prends, vu que l’organisation d’Assange a eue l’outrecuidance de déplaire aux démocrates Américains. La presse est donc plutôt partie sur une ligne “soutient de Poutine”.

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        • Gotfried // 12.02.2018 à 15h07

          Si la France tenait son vrai rôle, et accordait à Assange non seulement le titre de réfugié politique, mais aussi le naturalisait et lui donnait l’immunité diplomatique, en dépît du désaccord des Anglais et de leur soumission à Washington, on pourrait tout simplement physiquement envoyer un hélico à Assange et le récupérer de force à l’ambassade équatorienne. Les Angliches ne pourraient rien faire d’autre que d’assister impuissant à ce sauvetage, parce qu’ils ne peuvent pas abattre l’hélico ou l’arraisonner en vol, a fortiori s’il transporte en plus à son bord le premier ministre ou quelque personnalité dont la détention/séquestration ou le meurtre constituerait une crise diplomatique autrement plus lourde que la menace que représente Assange.

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          • wesson // 12.02.2018 à 15h49

            Que les Français jouent les James Bond en Angleterre ne manquerait effectivement pas de panache. Mais dans la vie réelle, ce n’est pas avec ces manières de cowboy que l’on obtient quelque chose, et surtout pas avec les Anglais.

            Laissez ce genre de méthode pour les films.

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          • Emmanuel38 // 12.02.2018 à 21h38

            Plutôt un 3° tunnel sous la Manche, aboutissant dans le sous-sol de l’ambassade d’Equateur….Ce serait plus discret.

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          • Traroth // 14.02.2018 à 07h53

            Arrêtons de délirer. Un statut diplomatique est un accord entre 2 pays. La France ne peut pas imposer que quiconque ait l’immunité diplomatique sans l’accord du pays hôte. Pas plus que l’Equateur, d’ailleurs, comme on vient de le voir. Et ne parlons même pas des règles de survol d’un pays souverain.

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          • Rémi Mondine // 15.02.2018 à 16h24

            Si les francais tenaient leur vrai rôle on promettrait ‘asile à julian arsange et on le transporterais à Paris par un vol Heatrow JFK et un JFK Paris.
            Le minstère des finance pourrait même ne pas payer ce second billet même si ca aurait l’inconvénient de réveler que nous sommes un laquais US.
            Bon évidement un Asange bloqué dans un ambassade vaut mieux qu’un prisonnier dans une gêole US qu pourait encore parler et enfin faire entendre au monde entier que Clinton a saboté une election démocratique en magouillant avec son propore arti pour éliminer Bernie Sanders.
            Certaines personnes pourraient même finir par croire que ce gauchiste aurait du être président.
            Alors finalement Arsange à Londre c’est BIEN donc la France ne fera RIEN. Nous sommes de bons laquais.

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    • Homère d’Allore // 12.02.2018 à 19h55

      @rien

      Tout à fait d’accord. Mais JLM est loin d’être le premier à l’avoir demandé.

      Déja, en 2015…

      (Quand je mets le lien de l’article de Sputnik avec le nom de l’homme politique ayant réclamé l’asile pour Snowden en 2015, mon post est modéré automatiquement, bizarre, bizarre)

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      • Jean-Luc // 13.02.2018 à 10h02

        Je suppose que vous parlez de celui qui dérange tant, qu’il est exclu des médias ?
        Plein accord avec vous !

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  • caliban // 12.02.2018 à 08h11

    Cela pourrait-il se terminer en annulation des poursuites pour vice de forme ou quelque chose d’approchant ?

    Il faut une porte de sortie, la voie juridique serait la plus “propre” parce que sinon c’est l’arrestation d’Assange lorsqu’il sera conduit à l’hôpital pour raisons médicales.

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  • Chokk // 12.02.2018 à 09h54

    “dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des allégations de viol”

    Il me semble qu’il ne s’agit pas de viol, mais “d’agressions sexuels” qui est le terme utilisé (traduit comme tel en tout cas) quand un préservatif se déchire et que l’un des “participants” ne se soumet pas au test médical dans les temps. Le terme de “viol” a d’ailleurs été rejeté par la plaignante.

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    • Haricophile // 12.02.2018 à 13h33

      Bonne remarque, Ne pas décalquer nos lois sur les leurs, leur droit est différent du nôtre, en particulier sur la sexualité, ce ne sont pas des “latins”. D’ailleurs il suffit de voire la chasse au sorcière actuelle pour comprendre qu’il faut être un peu méfiant et reprendre le droit applicable si on ne veut pas se faire manipuler. La loi c’est le truc utile quand il y a des problèmes.

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  • René Fabri // 12.02.2018 à 10h20

    Voilà un réfugié que nous pourrions accueillir au Pays des Droits de l’Homme. Pour le moment, c’est l’Equateur qui mérite ce titre.

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  • Louis Robert // 12.02.2018 à 11h07

    L’ « affaire » Assange est née de la dénonciation internationale, retour aux sources et preuves indubitables à l’appui, d’un pouvoir impérial totalitaire qui trompe et qui ment systématiquement. Affaire de responsabilité morale éminente et hautement politique. Lutte à finir.

    De mauvaise foi depuis le début, fidèle à lui-même, ce Pouvoir impérial discrédité mondialement et déchu ne se dément pas. Lui et ses complices, Britanniques et Suédois, servis par tous nos médias honteusement serviles, ne reculent devant rien, y compris la fourberie et le déshonneur, pour détruire Julian Assange. Il ne nous reste plus qu’à reconnaître et nous avouer cette si misérable réalité qui nous appartient tout entière depuis bien trop longtemps, la France au pire complice, au mieux affreusement muette. Conscience morale et courage manquent.

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  • Nanker // 12.02.2018 à 13h48

    “Voilà un réfugié que nous pourrions accueillir au Pays des Droits de l’Homme”

    Assange en sécurité en France, vous rigolez, la France est un satellite de l’Empire US/UE : on le livrerait aux autorités américaine dès qu’il aurait posé un pied sur le sol français.

    Vous avez oublié l’épisode de l’avion du président bolivien Morales que Hollande avait interdit de survol de notre espace aérien? Il fallait à tout prix empêcher cet appareil de quitter l’Europe parce que… (attention c’est pitoyable) Snowden était censé se trouver à son bord. Et Piteux 1er roi de Tulle en bon caniche de Washington avait lâchement obéi aux ordres des Américains.

    https://www.humanite.fr/monde/affaire-snowden-loffense-faite-par-la-france-lital-545193

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  • fox 23 // 12.02.2018 à 13h51

    Le problème n’est pas que des saloperies d’Etat soient commises, mais qu’un “illuminé” les révèlent !

    Ça en dit long sur le niveau de forfaiture qu’atteint notre soi-disant civilisation. Si on ne peut plus faire nos magouilles sans que les sans-dents soient informés, cher ami, où va-t-on ?

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  • Danielle VQ // 12.02.2018 à 14h13

    Je pense qu’il est temps que nos “grands” personnages politiques et journalistiques suppriment de leur vocabulaire les mots justice et démocratie. Quand je les entend dans leur bouche, cela me fait mal aux oreilles

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  • Christian // 13.02.2018 à 00h21

    Petite question. Comment se fait il que l Equateur protege Assange? Que ce petit pays n obeisse pas au doigt et a l oeil a l empire?

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    • Gwen // 13.02.2018 à 18h47

      Leur dernier président était membre d’une espèce en voie de disparition. Je crois qu’on appelle ça un “socialiste”. Mais heureusement ce genre de dinosaure sera bientôt éradiqué de la surface de la terre. Lula arrêté pour un crime inconnu, Correa censuré et peut être heureusement arrêté par Moreno,….

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  • Nanker // 14.02.2018 à 13h07

    “Leur dernier président était membre d’une espèce en voie de disparition. Je crois qu’on appelle ça un “socialiste”. Mais heureusement ce genre de dinosaure sera bientôt éradiqué de la surface de la terre. Lula arrêté pour un crime inconnu, Correa censuré”

    A ce propos il faut l’article qu’il a commis pour le “Diplo” de février : Correa y décrit la cabale médiatique montée contre lui par ceux qui ne voulaient pas qu’il reste au pouvoir.

    En langage novlangue [modéré] ça donne ça :
    “Les Equatoriens ferment la porte à un retour au pouvoir de Rafael Correa”.
    Et dans quel organe de presse peut-on lire cette “info”? Le Monde bien sûr! (édition du 5 février).

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