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21.avril.202121.4.2021 // Les Crises

Bicentenaire de l’indépendance grecque : Macron réécrit l’histoire récente de la Grèce – par Eric Juillot

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Source : Eric Juillot – ELM

« Nous commémorons les deux cents ans de la Révolution grecque, les deux cents ans de la naissance de la Grèce moderne, les deux cents ans d’une certaine idée de l’Europe. »

C’est avec ces mots que le président Macron a récemment commencé son intervention adressée au peuple grec à l’occasion du bicentenaire de la guerre pour l’indépendance de la Grèce. Très réussie dans la forme, cette intervention pose cependant problème, dans la mesure où elle présente une vision de l’histoire récente de la Grèce sans rapport aucun avec la réalité. À écouter le président français, il semblerait que les années 2010 n’ont pas existé. On comprend sans peine la raison qui le pousse à occulter cette période : elle constitue l’antithèse de sa « certaine idée de l’Europe » ; mieux vaut donc la vouer à l’oubli pour maintenir intacte la fable européiste.

Autant l’affirmer d’emblée : cela ne suffira pas. Comment les Grecs pourraient-ils oublier le traitement humiliant et destructeur que leur a infligé l’UE au cours des années 2010 pour maintenir à tout prix leur pays dans la zone euro ? Le rôle que la France joua alors, en complément de Bruxelles et en relais fidèle de Berlin, est resté dans les mémoires comme l’exact opposé du rôle qu’elle avait joué deux siècles plus tôt en faveur de la Grèce.

Navarin et Morée

« Eh bien ! S’il est trop tard aujourd’hui, si les Grecs doivent succomber, s’ils doivent trouver tous les cœurs fermés à la pitié, tous les yeux à la lumière ; que les victimes échappées au feu et à la flamme se réfugient chez les peuples divers ; que, dispersées sur la terre, elles accusent notre siècle auprès de tous les hommes, devant la dernière postérité ! Elles deviendront, comme les débris de leur antique patrie, l’objet de l’admiration et de la douleur, et montreront les restes d’un grand peuple. »

Comme Delacroix, Hugo et beaucoup d’autres en France et en Europe, Chateaubriand ne cache pas son admiration pour les Grecs soulevés contre le joug ottoman depuis 1821. Dans ses Notes sur la Grèce, en 1825, il met sa plume au service de cette cause, invitant les puissances européennes à s’en emparer. L’engouement de l’opinion publique pour la Grèce est si grand qu’il oriente la vie littéraire et artistique et aboutit, au plan militaire, à la formation de bataillons philhellènes, composés de volontaires étrangers désireux de lutter aux côtés des Grecs.

Cependant, c’est l’intervention armée de puissances étrangères qui permet à cette cause d’aboutir à la fin de la décennie. Parmi ces puissances, la France tient alors le premier rôle : sa flotte remporte, aux côtés des flottes russe et britannique, la bataille navale de Navarin le 20 octobre 1827, qui se solde par la destruction de la flotte du sultan. En 1828-1829, la France envoie seule une force expéditionnaire de 15 000 hommes dans le Péloponnèse pour forcer les troupes ottomanes à évacuer cette région : c’est l’expédition de Morée, au terme de laquelle d’ultimes combats de l’armée grecque – et la victoire russe dans la guerre contre l’Empire ottoman en 1828-1829 – obligent La Porte à reconnaître l’indépendance de la Grèce (réduite au seul Péloponnèse). Si les Français n’eurent pratiquement pas à combattre pour obtenir le rembarquement des troupes ottomanes, ils perdirent cependant 1500 hommes, victimes des « fièvres » contractées localement.

5000 soldats français restent ensuite sur place jusqu’en 1833 pour fortifier le jeune État grec, en aidant à la formation de son armée, en apportant à la population civile un soutien sanitaire, en œuvrant au développement de l’urbanisme, de l’administration et à la cartographie du territoire.

Deux siècles plus tard : l’asservissement par la dette

En 2010, la Grèce, confrontée à une très grave crise de ses finances publiques, appelle au secours ses partenaires de l’UE. Ceux-ci, plutôt que de la sauver, décident de sauver l’euro. Les mesures de grande ampleur décidées au cours des mois et des années suivantes n’ont pas d’autres objectifs que de préserver le système bancaire européen du risque de banqueroute d’Athènes et de protéger l’euro du risque d’explosion qu’induirait le retour d’Athènes à la drachme.

Des sommes gigantesques sont donc mobilisées. Si l’opération est justifiée par la nécessité de « sauver » Athènes, elle s’accompagne d’une cure d’« austérité » catastrophique, sans rapport avec la rationalité économique, mais dont la dimension punitive complaît à l’Allemagne. Car s’il faut vraiment sauver les « fainéants » et les « corrompus » du Sud, il importe que cela se fasse dans la douleur. La vague de mépris à l’endroit des Grecs qui déferlent alors dans le Nord de l’UE rend possible l’asservissement d’Athènes par la dette, une fois la colère populaire contenue en Grèce par la menace, le chantage et la soumission de la classe politique locale. En quelques mois, un cadre institutionnel inédit se met en place : la « Troïka », qui associe la BCE, la Commission européenne et le FMI, place le pays sous tutelle étrangère et dépossède les Grecs de pans entiers de leur souveraineté politique et économique.

Le désastre social et humain est complet : l’austérité punitive condamne des millions de Grecs à l’appauvrissement. De 2010 à 2015, les deux plans de « sauvetage » à 110 et 130 milliards d’euros — et les conditions qui les accompagnent — font chuter le PIB de 25 %, le pouvoir d’achat de 30 %, tandis que le chômage s’envole jusqu’à concerner un quart de la population active. Le tout sans amélioration de l’endettement publique — récession oblige : de 147 % du PIB à la fin de l’année 2010, la dette de l’État grec s’envole à 177 % fin 2015 ; à la fin de l’année 2019, au seuil de la crise sanitaire, elle représente même 180 % du PIB.

Les prévisions économiques hâtivement bricolées en 2010 pour effrayer les Grecs d’une éventuelle sortie de l’euro ont été concrétisées, et au-delà, par le maintien du pays dans l’eurozone. Pour tenter d’échapper à la crise, beaucoup de Grecs font le choix de l’émigration. Ils sont ainsi 300 000 à quitter leur pays entre 2010 et 2015, soit 3 % de la population, dont 10 % des plus qualifiés, parmi lesquels 5000 médecins.

Les seuls gagnants de la crise grecque sont donc les institutions bruxelloises — qui y jouaient leur survie —, la haute finance transnationale — qui avait prêté sans précaution à Athènes — et l’Allemagne — dont l’euro conforte la domination économique continentale.

Le lâche abandon de Paris

Dans la gestion de cette crise, l’attitude de la France est dénuée d’ambiguïté : si elle ne l’initie pas, elle soutient sans faille la volonté punitive de l’Allemagne et des Pays-Bas. Puisque Berlin consent à financer les plans de « sauvetage », il serait inconvenant, pour N. Sarkozy puis pour F. Hollande, d’afficher un désaccord avec la chancelière Merkel sur les contreparties imposées en parallèle à la Grèce. Paris y voit en outre l’occasion de se placer à peu de frais du côté des « vertueux », c’est-à-dire de ceux qui partagent les conceptions monétaires et financières en vigueur en outre-Rhin, comme si elles avaient une portée universelle. Il est en outre inconcevable que l’euro soit un échec ; il convient donc d’y maintenir la Grèce à n’importe quel prix.

Ces considérations rendent inévitable le lâche abandon de la Grèce par la France, à rebours d’une histoire vieille de deux siècles.

Ainsi, N. Sarkozy n’hésite pas à s’asseoir sur cette entente historique et sur les prétendues « valeurs européennes » lorsqu’il adresse, conjointement avec A. Merkel, un véritable ultimatum à Georges Papandréou, le Premier ministre grec, le 2 novembre 2011. Après l’avoir « convoqué » pour le sommer de s’expliquer sur sa décision de la veille, il lui annonce la suspension temporaire de l’aide financière accordée à la Grèce. Qu’a donc osé décider le dirigeant grec pour se voir ainsi traité ? Rien moins que l’organisation d’un référendum à propos du deuxième plan de « sauvetage » élaboré par Bruxelles quelques jours plus tôt. Que le peuple grec se prononce clairement sur des décisions majeures de politique économique, voilà ce qui suscite la fureur des dirigeants européens ! La démocratie, fût-elle née en Grèce, doit s’effacer devant les intérêts réunis de la construction européenne et de la finance mondialisée. Papandréou s’incline, renonce à son référendum le 4 novembre puis démissionne le 9. Bruxelles, Berlin et Paris respirent : la Grèce sera sauvée malgré elle…

Une véritable solidarité européenne aurait supposé de laisser la Grèce sortir de l’euro tout en la soutenant financièrement. Mais N. Sarkozy avait prévenu clairement les Grecs que cela n’arriverait pas : ils n’auraient pas touché « un centime » s’ils avaient décidé de quitter l’union monétaire. Les Grecs ont donc dû se résoudre à la « dévaluation interne » qui a dévasté leur pays : en l’absence d’un ajustement par le change, ce sont l’emploi, les salaires et la protection sociale qui ont été comprimés dans des proportions catastrophiques.

En 2013, c’est une Grèce effondrée qui voit donc arriver le nouveau président, F. Hollande, pour une visite de quelques heures. Apparemment inconscient de la portée de son propos, le président français invite benoîtement les entrepreneurs de son pays à « saisir toutes les opportunités » qui se présente en Grèce puisque le pays, contraint à des privatisations massives, est à vendre. La prédation économique : voilà tout le secours que les Grecs sont alors en droit d’attendre de la France. Alors que les Allemands et les Chinois se ruent à la curée, il n’est pas concevable que les Français ne jouent pas eux aussi les vautours !

Quelques années plus tard, c’est cette histoire-là que le président Macron souhaite faire oublier. Est-ce possible ? Une chose est certaine cependant : cela n’aurait pas été nécessaire, si au lieu d’une « certaine idée de l’Europe », Macron et ses prédécesseurs avaient eu au cœur et à l’esprit une certaine idée de la France, dont Chateaubriand disait qu’elle était « la fille aînée de la Grèce par le courage, le génie et les arts ».

Source : Eric Juillot – ELM

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LibEgaFra // 21.04.2021 à 07h17

« Que le peuple grec se prononce clairement sur des décisions majeures de politique économique, voilà ce qui suscite la fureur des dirigeants européens !  »

Bien évidemment puisque l’Empire Européen n’a que faire de la démocratie, et que ses dirigeants n’ont jamais été élu par le peuple, comme dans toute dictature.

Ce qui importait, c’était de récupérer les montants avancés principalement par les banques françaises et allemandes. La finance des riches, c’est ce qu’il est important de sauver, les gueux, ceux qui ne sont rien, paieront.

35 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 21.04.2021 à 07h17

    « Que le peuple grec se prononce clairement sur des décisions majeures de politique économique, voilà ce qui suscite la fureur des dirigeants européens !  »

    Bien évidemment puisque l’Empire Européen n’a que faire de la démocratie, et que ses dirigeants n’ont jamais été élu par le peuple, comme dans toute dictature.

    Ce qui importait, c’était de récupérer les montants avancés principalement par les banques françaises et allemandes. La finance des riches, c’est ce qu’il est important de sauver, les gueux, ceux qui ne sont rien, paieront.

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    • Grd-mère Michelle // 21.04.2021 à 12h21

      Quelles sont les institutions qui « dirigent » l’UE?
      -le Parlement: la personne pour laquelle j’ai voté y siège
      -le Conseil des Ministres : ministres délégués par chacun des gouvernements des 27, qui doivent prendre des décisions à l’unanimité
      -la Commission: effectivement non-élue, qui outrepasse régulièrement ses prérogatives en « oubliant » de demander l’avis du Parlement (par ex, en négociant en secret les Traités de libre-échange commercial, pratique qu’elle a été obligée de changer à l’occasion des négociations sur le TTIP, suite à une décision de la CEJ, alertée par une ICE-Initiative Citoyenne Européenne qui a réuni plus de 3.000.000 de signatures citoyennes-dont la mienne)
      C’est d’ailleurs ce que font, particulièrement en temps de « crise », les exécutifs de la plupart des pays-membres.
      Le gouvernement belge est occupé à concocter une « loi pandémie », forcé-avant le 30/4- par une cour de justice qui a déclaré « illégales » toutes les dispositions (« arrêtés »pris sans avis du Parlement) de ces derniers mois(les amendes ainsi non-valables).
      Alors, oui, il y a bcp à faire pour améliorer la démocratie, à tous les niveaux: encore faudrait-il que les citoyen-ne-s soient informé-e-s des possibilités d’y jouer un rôle, plutôt que de récriminer sans intervenir!
      À quoi servent les cours de citoyenneté?
      C’est vrai que, dans le temps, nous n’en bénéficions pas(appris les institutions de mon pays avec ma fille quand elle avait 16 ans).

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      • Kasper // 22.04.2021 à 00h08

        Sauf que le parlement UE ne dirige absolument rien. Giscard d’Estaing l’avait dit avec l’honnêteté du vieux qui n’en a plus rien à faire. Il n’a d’initiative que pour passer des « résolutions », comprendre des articles de blog. Sur tous les sujets cruciaux la commission ne demande pas son avis, et sur le reste il peut amender un texte mais uniquement si la commission est d’accord (et du coup il y a fort à parier que votre pétition n’a servi à rien, puisque la commission peut ignorer l’avis qui lui est donné même si on lui force la main pour qu’elle le sollicite)

        Le conseil des ministres est de fait non élu, et permet à la branche exécutive du pouvoir dans chaque pays de se faire législative au niveau européen, une violation flagrante de la séparation des pouvoirs. Les gouvernements peuvent ainsi faire imposer par Bruxelles les politiques qu’ils peuvent ensuite prétendre combattre au niveau national…

        Pour la commission, no comment. Non élue, délibérations à huis clos, opacité totale, en libre acces pour les lobbys…

        L’UE est une farce complète en matière de démocratie. Et s’il reste quelques efforts de faire semblant, c’est en grande partie totalement assumé.

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        • LibEgaFra // 22.04.2021 à 08h53

           » Il n’a d’initiative que pour passer des « résolutions », comprendre des articles de blog. »

          Oui, comme celle assimilant l’URSS à l’Allemagne nazie.

          Alors que dans le même temps à l’ONU les pays de l’ue s’abstenaient sur une résolution condamnant le nazisme et le néo-nazisme.

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      • Guise // 22.04.2021 à 01h51

        @Grd-mère Michelle
        Il ne faut pas confondre « élections » et « démocratie ». Vous avez des démocraties sans élections (Athènes, tirage au sort, l’élection était même regardée avec méfiance) et des élections hors système démocratique : l’UE, au hasard.
        Vous dites que la personne pour laquelle vous avez voté siège au Parlement UE : mais, savez-vous si elle s’y rend réellement ? Applique-t-elle le programme pour laquelle vous avez voté ? ce programme, était-il assez précis pour que son mandat vous donne satisfaction ? Avez-vous vérifié si l’élu(e) n’a pas voté contre son programme, une fois, deux fois, ou s’est absenté opportunément pour éviter de voter ? Et quel recours avez-vous si l’élu(e) vous l’a fait à l’envers ?
        Tout ça montre que vous avez peut-être contribué à élire quelqu’un, mais que votre pouvoir s’arrête là. Un quelqu’un qui, en plus, vous a été imposé par un parti ? déjà trié avant, donc, par le système de partis politiques sur lequel vous n’avez pas prise.

        Sur ce problème vous avez Démocratie, histoire politique d’un mot, de Dupui-Déri.
        https://www.youtube.com/watch?v=F8Jc3auqcj8
        Ou Chouard, qui a bien défriché le sujet (et visiblement ses idées ne plaisent pas aux journaux dont on a tous pu vérifier le positionnement politique, surtout ces dernières années)
        https://www.youtube.com/results?sp=mAEB&search_query=etienne+chouard+démocratie

        Améliorer la démocratie ?on ne peut améliorer une chose qui n’existe pas. On peut modifier, par contre, le système actuel. Vous parliez de coopératives ailleurs : en les soutenant, pour mettre de la démocratie en entreprise ?

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        • LibEgaFra // 22.04.2021 à 08h57

          Le pouvoir étant économique et financier, il n’est AUCUNE démocratie s’il n’y a pas de démocratie politique, économique et financière.

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        • mikatypa // 22.04.2021 à 14h30

          « Tout ça montre que vous avez peut-être contribué à élire quelqu’un, mais que votre pouvoir s’arrête là. Un quelqu’un qui, en plus, vous a été imposé par un parti ? déjà trié avant, donc, par le système de partis politiques sur lequel vous n’avez pas prise. »
          Mais c’est la définition moderne de la démocratie que vous remettez en cause ! Les partis sont l’émanation d’une partie du peuple, celle qui se sent une responsabilité, les élus, les militants cotisants, les gens de votre cité. Ils nomment des leaders qui vont au combat au plus haut niveau, et les destitituent (Blair..).
          Les élections législatives sont l’arè e de ce combat ou, comme le rugby des villages, les spectateurs connaissent les joueurs. Le dirigeant suprême sera le vainqueur, sous l’arbirage de ces spectateurs… Le peuple souverain, nous !
          La présidentielle est la perversion bonapartiste de la démocratie.. Relire « Le coup d’état permanent » de Mitterrand…

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          • Guise // 23.04.2021 à 00h51

            @mikatypa : c’est la propagande qui est insultante pour l’intelligence des gens.
            Ce que les financiers nous vendent comme la « démocratie » (pouvoir du peuple), c’est une ploutocratie : un système où un groupe de personnes, les riches, dirigent les autres, dans leur intérêt (et pas dans l’intérêt commun de tout le peuple) : ça colle plutôt bien avec ce qu’on voit dans nos pays occidentaux, non ?

            Les partis : encore une entourloupe « représentative ». On voit le résultat.

            La présidentielle : à la base ça n’est pas la version bonapartiste de la démocratie, c’est au contraire la version bonapartiste de la royauté. Napoléon le disait « il fallait encore déguiser la magistrature unique (=remplacer Louis XVI, en fait) du président » (c’est dans les vidéos de Henri Guillemin, les Crises en ont parlé, ça doit être dans l’une de ses vidéos sur Napoléon).
            Les autres pays d’Occident ne sont pas plus des démocraties que nous, et ils n’ont pas de président avec un pouvoir important, ils ont à la place des premiers ministres. Mais c’est juste un détail lié à l’histoire des pays ça, dans les deux cas (un président qui joue le rôle d’un ministre, ou un ministre), c’est les ploutocrates qui les mettent au pouvoir, pour faire appliquer la politique qu’ils veulent.

            Le peuple s’y trompe de moins en moins, regardez les taux d’abstention. Le vote, c’est seulement la possibilité de parier sur « le moins pire des employés des financiers pour les 5 ans à venir ».

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    • RGT // 21.04.2021 à 16h23

      « Ce qui importait, c’était de récupérer les montants avancés principalement par les banques françaises et allemandes. »

      Montants non pas avancés à la population ni à l’état mais prêtées aux banques grecques en tant qu’entités commerciales privées dans un jeu subtil de placements intéressés (dans tous les sens du terme).

      Et quand lesdites banques emprunteuses se sont retrouvées en difficulté suite à leur gestion PRIVÉE catastrophique (la corruption aidant bien aussi), pour éviter que les banques allemandes et françaises aient à s’asseoir sur leurs placement spéculatifs pourris les dirigeants €uropéens ont forcé les dirigeants grecs à nationaliser ces dettes, entraînant le pays dans le chaos.

      La « dette » grecque est totalement illégitime comme l’annonçait Éric Toussaint, preuves à l’appui.
      Mais le simple fait de devoir reconnaître cette escroquerie et de laisser les banques allemandes et françaises assumer leurs responsabilités aurait fait couler TOUTES les grandes banques occidentales par effet domino.

      La justice n’est pas la préoccupation première des dirigeants, loin de là.

      La seule chose qui compte à leurs yeux est d’éviter un désastre causé par les opportunistes qui parasitent les nations et qui grâce à cette manne céleste financent leur campagnes électorales et leur offrent des « retraites dorées » quand la population est si outrée qu’ils ne peuvent plus décemment se présenter à une « élection démocratique » sans risquer d’être ensevelis sous une montagne de tomates pourries.

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  • sergeat // 21.04.2021 à 08h19

    Cet acteur de théâtre dit à CBS qu’il faut déconstruire l’histoire,pour lui les lunettes de l’histoire passent par un clair-obscure où les événements ne seront interprétés que par sa vision européiste appuyée par un mondialisme financier dont les peuples ne sont qu’une variable d’ajustement.
    Ce peuple grec qui a amené la rigueur intellectuelle à notre civilisation a été rejeté comme un papier d’emballage en 2010 par les financiers maastrichtiens ,j’aimerai que ce Macron déconstruise son interprétation historique au nom de la souffrance des peuples.

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  • Ovni de Mars // 21.04.2021 à 08h56

    le président français invite benoîtement les entrepreneurs de son pays à « saisir toutes les opportunités »

    J’avais raté cet déclaration, preuve supplémentaire de la nullité absolue d’hollande. Voilà ce que peut déclarer sans vergogne un énarque qui ne connait pas l’histoire

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  • Fritz // 21.04.2021 à 09h11

    Bonne et utile mise au point, M. Juillot. Deux cents ans après avoir aidé la Grèce à recouvrer son indépendance, l’Europe s’est acharnée à l’humilier et à l’asservir. Entre-temps, l’Europe a plongé dans la décadence et elle a dégénéré en UE.

    Tsipras avait promis de rétablir la justice sociale et la dignité nationale, mais en fait c’était un adorateur de l’euro. En huit jours à peine il a trahi le NON du peuple grec (5-13 juillet 2015).

    Ceux qui ont cru en lui se sont fait syrizer.

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  • Myrkur34 // 21.04.2021 à 11h00

    Es ce que les politiciens grecs ne sont pas les premiers responsables de la déconfiture de leur pays vu qu’il y a 4,5 familles riches qui se partagent le pouvoir depuis la chute des colonels ?
    Avec le gros écran de fumée de l’adoption de l’Euro par le pays en 2001 et les comptes publics grecs « optimisés » par Goldman and Sachs pour passer l’examen d’entrée. Certains documentaires de l’époque ont même précisés que la CEE était au courant mais qu’ils ont laissé faire pour ne pas gâcher la fête de la création de l’Euro et les jeux olympiques d’été qui avaient lieu en Grèce.
    Ne pensez vous pas que Tsipras a été effrayé par l’ampleur de la tâche si son pays sortait de l’Euro ou même les menaces de représailles économiques si on écoute les dires Yanis Varoufakis ?
    Il a tenté de rappeler à l’Allemagne qu’elle n’avait payé qu’une infime minorité des réparations de guerre pour qu’elle modère ses exigences ou soit plus « compréhensive ».
    (Extrait Wikipédia)
    « La Conférence interalliée de Paris conclut le 14 janvier 1946 que l’Allemagne doit 7,1 milliards de dollars de réparations à la Grèce en raison du pillage organisé du pays par la 12e armée de la Wehrmacht. L’Allemagne ne paie effectivement qu’1/60e de cette somme. »

    La réponse de celle ci fut qu’un accord définitif avait été signé à l’époque des colonels, ce qui fut quand même bien pratique.

    Mais on en arrive toujours au même phénomène, prendre des mesures sur la base de la pyramide que sur la pointe. Des ultras-riches il y en a aussi en Grèce comme les armateurs.

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    • Koui // 21.04.2021 à 13h49

      Tsipras a calé devant l’intransigeance des maîtres de l’UE. Il n’a pas fait le choix de Léonidas au Thermopyles, des meliens face au Athéniens, ou des combattants crétois de l’indépendance : la Liberté ou la mort. L’histoire jugera. Mais peut être valait il mieux attendre un autre moment historique pour répudier les dettes de la Grèce. Lorsque la pyramide de dette s’écroulera sur l’euro, son pays retrouvera peut être sa souveraineté perdue au milieu du cataclysme général.

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      • antoniob // 21.04.2021 à 16h49

        Tsipras aurait du jouer la surenchère dans le chantage en prononçant une sortie de l’UE en même temps que des parteneriats avec la Chine et la Russie. Quitte à y laisser des poils autant jouer la carte de l’ennemi de mon ennemi, et à tout le moins une sortie de l’euro aurait empêché la transformation en république bananière de l’Allemagne. Une alliance forte avec la Chine et la Russie, les gouvernements de ces pays allant à Athènes pour formaliser des accords, aurait immédiatement forcé Berlin à négocier. Il y aurait même eu les Etats-Unis en lice, ceux-ci ne voulant pas que la Grèce soit une tête de pont chinoise et russe.
        Tsipras a simplement été soit idiot soit pré-acquis à Berlin.

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        • LibEgaFra // 22.04.2021 à 00h40

          « Tsipras a simplement été soit idiot soit pré-acquis à Berlin. »

          Élu par la gauche, il a fait une politique de droite.

          Ça me rappelle vaguement quelqu’un. Et même plus qu’un.

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  • Avunimes // 21.04.2021 à 11h18

    « Grèce, chronique d’un ravage » (présenté sur « les Crises », une coproduction Cyclope Production, Les Films du Tambour de Soie, Arte (invisible sur le site Arte)). Un reportage édifiant.
    Visible sur Youtube.
    1ère Partie 1926-1955 : https://www.youtube.com/watch?v=1rAV4geKAnE
    2ème Partie 1956-2008 : https://www.youtube.com/watch?v=B2cuLFdaHzU

    Bon visionnage.

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  • Denis Monod-Broca // 21.04.2021 à 12h54

    Nous faisons repentance pour nos crimes anciens, irréparables puisque appartenant au passé, et cachons soigneusement nos crimes actuels, alors même que ceux-ci, en cours de perpétuation, nous pourrions y mettre un terme et, qui sait ?, les réparer.

      +4

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  • Michel Le Rouméliote // 21.04.2021 à 16h24

    À tous ceux qui pensent que la ruine et l’humiliation de la Grèce ont été provoquées par la classe dirigeante grecque, regardez la situation de la France.

      +5

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  • SanKuKai // 21.04.2021 à 17h27

    Le montant de la dette publique grecque c’est environ 340 milliards d’euros. Soit un peu plus de deux Bernard Arnaud…
    Toute cette souffrance et tous ces morts pour ça.

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  • xc // 21.04.2021 à 18h52

    La Grèce avait camouflé son déficit budgétaire. Il fallait la renflouer sans rien dire ?

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    • SanKuKai // 21.04.2021 à 19h14

      Dans une zone monétaire normale, la renflouer: OUI. mais en condamnant les responsables et les complices (notemment Goldmann Sachs), donc pas sans rien dire.
      Pour comparaison, en France quand une collectivité locale magouille ou se fait avoir par des emprunts toxiques (ex: Dexia) vous payez.

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      • ellilou // 21.04.2021 à 19h26

        Goldman Sachs où ce bon monsieur Draghi, ex-président de la BCE et de la banque d’Italie et actuel président du conseil italien, a œuvré en tant que vice-président de la branche européenne …

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  • antoniob // 21.04.2021 à 22h10

    peu importait le niveau de support financier réel pouvant être négocié avec Chine ou Russie, c’est la menace crédible d’une sortie de l’UE et de l’euro appuyée sur des alliances politiques, qui aurait constitué une arme de négociation. Car au final en restant la Grèce a perdu plus qu’en sortant. Dans un mécanisme de chantage tel celui mis en oeuvre par l’Allemagne et le FMI la surenchère faisant planer le doute était l’outil tactique.

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  • Guise // 22.04.2021 à 01h21

    Costa-Gavras a fait un film qui vaut le coup d’œil sur les « négociations » durant la « crise » grecque, « Adults in the room ».

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  • Pierre // 22.04.2021 à 18h29

    Super l’article à sens unique! Il ne peut que convaincre les convaincus….En gros, Les gentils Grecs face à la méchante Europe à la solde des Allemands…..
    Si vous vouliez convaincre Monsieur Juillot, il aurait fallu faire l’effort de dépeindre tout le tableau. J’aurais aimé que vous nous parliez des avantages fiscaux dont bénéficie l’église orthodoxe, du poids de l’économie souterraine, des importantes dépenses militaires pour faire face à l’ennemie héréditaire Turc, de la connivence du gouvernement grecque avec la banque Goldman Sach lors de l’élaboration des tests financiers qualificatif pour l’Euro,etc,etc…..
    Donc, il me semble que c’est un peu plus compliqué que ce que vous vous êtes évertué à décrire.
    Si il y a une leçon à tirer de la crise Grecque, c’est que ce n’est pas une monnaie qui façonne l’économie d’un pays. Probablement, l’Euro ne devait pas remplacer la Drachme….Mais c’est la faute à qui? A l’UE ou à un pays qui se croyait suffisamment productif pour disposer d’une monnaie comme l’Euro? Certainement un peu des Deux…..

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    • step // 23.04.2021 à 10h09

      En gros, un pays qui se surestime avec des lobbys bénéficiant de passe droits financiers, qui bricole ses comptes en cherchant à masquer sa désindustrialisation par sa force militaire ? On parle bien de la Grèce ? J’espère que vous serez le premier à enfiler la boule dans la bouche quand viendra notre tour !

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