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25.août.201325.8.2013 // Les Crises

[Article] Combler le retard d’effondrement, par Dmitry Orlov

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Je poursuis la petite série de textes que je trouve intéressants de Dmitry Orlov, ils aident à la réflexion. Il est né à Leningrad et a immigré aux États-Unis à l’âge de douze ans. Il a été témoin de l’effondrement soviétique lors de plusieurs visites prolongées sur sa terre natale russe entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990. Il est ingénieur et a contribué à des champs aussi variés que la physique des hautes énergies et la sécurité informatique.

Ce deuxième texte, assez visionnaire, est du 4 décembre 2006, et montre en quoi l’Union soviétique était mieux préparée à l’effondrement que les États-Unis. Je le publie avec l’accord du traducteur, orbite.info, que je remercie.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov
4 décembre 2006

Bonsoir, Mesdames et Messieurs. Je ne suis pas un expert, ou un spécialiste, ou un militant. Je suis plutôt un témoin oculaire. J’ai vu l’Union soviétique s’effondrer, et j’ai essayé de mettre mes observations dans un message concis. Je vous laisserai décider à quel point ce message est urgent.

Mon exposé de ce soir a pour sujet le manque de préparation à l’effondrement ici, aux États-Unis. Je comparerai cela à la situation en Union soviétique, avant son effondrement. Le moyen rhétorique que je vais utiliser est le retard d’effondrement1Dans le texte : collapse gap. Au milieu des années 1950, les Américains ont été saisis par la crainte que le déploiement massif de bombardiers à réaction donne à l’Union soviétique un avantage stratégique décisif. Les observations des avions espions ont montré par la suite que ce bomber gap était inexistant. L’administration a cependant tiré les leçons de cette affaire en invoquant par voie de presse des écarts divers et inquiétants pris par l’armée américaine sur l’armée soviétique à chaque fois qu’il était nécessaire de faire accepter au contribuable américain davantage de dépenses militaires., pour aller avec le retard nucléaire et le retard spatial, et divers autres retards entre superpuissances qui étaient à la mode durant la guerre froide.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov
L’effondrement économique est généralement un triste sujet. Mais je suis une personne de nature gaie et optimiste, et je crois que, avec un peu de préparation, de tels événements peuvent être pris sans sourciller. Comme vous pouvez probablement le conjecturer, je suis plutôt enthousiasmé par l’observation des effondrements économiques. Peut-être que lorsque je serai vraiment âgé, tous les effondrements commenceront à se ressembler pour moi, mais je n’en suis pas encore à ce point.

Et ce prochain effondrement m’intrigue certainement. À ce que je vois et entends, il semble qu’il y ait une bonne chance que l’économie américaine s’effondre quelque part dans l’avenir prévisible. Il semblerait aussi que nous ne soyons pas particulièrement préparés pour cela. Comme vont les choses, l’économie américaine est sur le point de jouer quelque chose comme un acte de disparition. Aussi je m’empresse de mettre mes observations de l’effondrement soviétique à bon usage.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

J’anticipe que certaines personnes réagiront mal en ayant leur pays comparé à l’URSS. Je voudrais vous assurer que les Soviétiques auraient réagi similairement, si les États-Unis s’étaient effondrés les premiers. Sentiments mis à part, voici deux superpuissances du XXe siècle, qui voulaient plus ou moins les mêmes choses — des choses comme le progrès technologique, la croissance économique, le plein-emploi, et la domination du monde — mais ils étaient en désaccord sur les méthodes. Et ils ont obtenu des résultats similaires — chacun en a bien profité, a intimidé la planète entière, et a maintenu l’autre dans la peur. Chacun a fini par faire faillite.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Les États-Unis et l’URSS étaient à égalité dans de nombreuses catégories, mais je vais seulement en mentionner quatre.

Le programme spatial piloté soviétique est bien vivant sous gestion russe, et il offre maintenant les tout premiers vols en charter. Les Américains empruntent des vols sur Soyouz tandis que leurs vaisseaux spatiaux restants demeurent à l’atelier.

La course à l’armement n’a pas produit de vainqueur clair, et c’est une excellente nouvelle, parce que la Destruction mutuelle assurée2Doctrine militaire estimant que les conséquences d’une guerre nucléaire dissuaderaient n’importe quels belligérants de l’entreprendre, pourvu que les arsenaux soient assez bien garnis pour garantir la fin du monde. L’appellation américaine est : Mutual Assured Destruction, donnant l’acronyme MAD (fou), ce qui laisse à penser que la rationalité des susdits belligérants n’est, elle, pas garantie. reste effective. La Russie a toujours plus d’ogives nucléaires que les États-Unis, et une technologie de missiles de croisière supersoniques qui peut pénétrer n’importe quel bouclier antimissile, particulièrement un qui n’existe pas3Les États-Unis projettent depuis la fin des années 1950 de construire un système antimissile qui les mettrait à l’abri des ogives nucléaires russes. Les admirateurs de Ronald Reagan attribuent l’effondrement de l’Union soviétique au retard technologique pris par celle-ci en regard du programme américain Strategic Defense Initiative, bien que le bouclier attendu n’ait jamais été produit (un peu comme certains catholiques attribuent ce même effondrement aux prières tenaces du pape Jean-Paul II)..

La course à l’emprisonnement montrait autrefois les Soviétiques avec une avance décisive, grâce à leur programme innovant GOULAG4Acronyme de Glávnoie Oupravlénïe Lageréi, Direction principale des camps de travail.. Mais ils ont graduellement pris du retard, et à la fin, la course à l’emprisonnement a été gagnée par les Américains, avec le plus haut pourcentage de gens en prison de tous les temps.

La course à l’Empire-haï-du-mal est finalement aussi gagnée par les Américains. C’est facile maintenant qu’ils n’ont plus personne avec qui rivaliser.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

En continuant avec notre liste de similarités entre superpuissances, beaucoup de difficultés qui ont coulé l’Union soviétique mettent à présent en danger les États-Unis aussi. Telles qu’une armée immense, bien équipée et très coûteuse, sans mission claire, embourbée dans un combat contre des insurgés musulmans. Telles que des pénuries énergétiques liées à la culmination de la production pétrolière. Telles qu’une balance commerciale défavorable persistante, résultant en une dette extérieure débridée. Ajoutez à cela une image de soi illusoire, une idéologie inflexible et un système politique apathique.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Un effondrement économique est étonnant à observer, et très intéressant s’il est décrit précisément et en détail. Une description générale tend à tomber loin de la cible, mais je vais essayer. Un arrangement économique peut continuer un bon bout de temps après qu’il est devenu intenable, par pure inertie. Mais à un certain point une vague de promesses non tenues et de suppositions invalidées balaye tout cela à la mer. L’un de ces arrangements intenables repose sur la notion qu’il est possible de perpétuellement emprunter de plus en plus d’argent à l’étranger, pour payer de plus en plus d’importations d’énergie, tandis que le prix de ces importations continue de doubler toutes les quelques années. L’argent gratuit avec lequel on achète de l’énergie équivaut à de l’énergie gratuite, et l’énergie gratuite n’existe pas dans la nature. Ce doit donc être une condition transitoire. Quand le flux d’énergie retombera vers l’équilibre, une grande part de l’économie américaine sera forcée de s’arrêter.

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J’ai décrit ce qui est arrivé à la Russie en détail dans l’un de mes articles, qui est disponible sur Surviving Peak Oil. Je ne vois pas pourquoi ce qui arrive aux États-Unis serait entièrement dissemblable, au moins en termes généraux. Les particularités seront différentes, et nous allons les aborder dans un moment. Nous devons certainement nous attendre à des pénuries de carburant, d’alimentation, de médecine, et d’innombrables autres articles de consommation, à des coupures d’électricité, de gaz et d’eau, des pannes dans les systèmes de transport et d’autres infrastructures, à l’hyperinflation, des fermetures généralisées et des licenciements massifs, accompagnés de beaucoup de désespoir, de confusion, de violence et de désordre. Nous ne devons absolument pas espérer des grands plans de sauvetage, des programmes technologiques innovants, ou des miracles de cohésion sociale.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Face à de tels développements, certaines personnes sont promptes à réaliser ce qu’elles doivent faire pour survivre, et commencent à le faire, généralement sans la permission de quiconque. Une sorte d’économie émerge, complètement informelle, et souvent semi-criminelle. Elle tourne autour de la liquidation et du recyclage des restes de l’ancienne économie. Elle est basée sur un accès direct aux ressources, et sur la menace de la force, plutôt que sur la propriété ou l’autorité légale. Les gens qui ont des difficultés avec cette façon de faire se retrouvent rapidement hors du jeu.

Ce sont les généralités. Maintenant regardons les particularités.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov
Note Banlieues5Les grandes banlieues pavillonnaires, peuplées par la classe moyenne et très éloignées des centres urbains.

Un élément important de la préparation à l’effondrement est de s’assurer que l’on n’a pas besoin d’une économie en fonctionnement pour garder un toit au dessus de sa tête. En Union soviétique, tous les logements appartenaient au gouvernement, qui les mettait directement à disposition des gens. Comme tous les logements étaient aussi construits par le gouvernement, ils n’étaient construits que dans des lieux que le gouvernement pouvait desservir en utilisant les transports publics. Après l’effondrement, presque tout le monde a réussi à garder son logement.

Aux États-Unis, très peu de gens possèdent leur lieu de résidence pour de bon, et même alors ils ont besoin d’un revenu pour payer les taxes foncières. Les gens sans revenu se retrouvent à la rue. Quand l’économie s’effondrera, très peu de gens continueront d’avoir un revenu, alors la clochardisation va devenir endémique. Ajoutez à cela la nature dépendante de l’automobile de la plupart des banlieues, et ce que vous obtiendrez est une migration en masse des sans-logis vers les centres urbains.

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Les transports publics soviétiques étaient plus ou moins tout ce qu’il y avait, mais il y en avait beaucoup. Il y avait aussi quelques automobiles particulières, mais si peu que le rationnement de l’essence et les pénuries étaient quasiment sans conséquence. Toutes ces infrastructures publiques étaient conçues pour être presque indéfiniment réparables, et elles ont continué de marcher alors même que le reste de l’économie s’effondrait.

La population des États-Unis est presque entièrement dépendante de l’automobile, et se fie aux marchés qui contrôlent l’importation de pétrole, le raffinement et la distribution. Elle compte aussi sur des investissements publics continus dans la construction de routes et leur réparation. Les automobiles elles-mêmes requièrent un flux continu de pièces importées, et elles ne sont pas conçues pour durer très longtemps. Quand ces systèmes tortueusement interconnectés cesseront de fonctionner, une grande partie de la population se trouvera isolée.

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Note Juste à temps6Le just-in-time est une stratégie d’organisation industrielle visant à réduire l’inventaire au minimum nécessaire à la satisfaction de la demande immédiate. Le résultat est une rentabilité accrue (peu d’entrepôts, peu d’invendus, peu d’engagement de trésorerie) et un risque de paralysie totale en cas de rupture d’un flux.

L’effondrement économique affecte l’emploi dans le secteur public presque autant que l’emploi dans le secteur privé, finalement. Comme les bureaucraties gouvernementales tendent à être lentes à réagir, elles s’effondrent plus lentement. Aussi, comme les entreprises d’État tendent à être inefficaces et entreposent de l’inventaire, il en reste beaucoup, que les employés emportent chez eux et utilisent dans le troc. La plupart des emplois soviétiques étaient dans le secteur public, et cela a donné du temps aux gens pour réfléchir à ce qu’ils devaient faire ensuite.

Les entreprises privées tendent à être beaucoup plus efficientes en beaucoup de choses. Telles que licencier leur personnel, fermer leurs portes et liquider leurs actifs. Puisque la plupart des emplois aux États-Unis sont dans le secteur privé, nous devrions nous attendre à ce que la transition vers le chômage permanent soit très abrupte pour la plupart des gens.

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Quand les gens sont confrontés à une épreuve, ils se tournent habituellement vers leur famille pour être soutenus. L’Union soviétique a connu des pénuries de logement chroniques, ce qui avait souvent pour résultat de faire vivre ensemble trois générations sous un toit. Cela ne les rendait pas heureux, mais au moins ils étaient habitués les uns aux autres. La perspective habituelle était qu’ils resteraient ensemble, quoi qu’il advienne.

Aux États-Unis, les familles tendent à être atomisées, dispersées à travers plusieurs États. Elles ont parfois du mal à se tolérer quand elles se rassemblent pour Thanksgiving7Thanksgiving est une fête religieuse américaine et canadienne. Aux États-Unis elle est célébrée le quatrième jeudi de novembre et donne traditionnellement lieu à un grand repas de famille. ou Noël, même durant les meilleurs moments. Elles pourraient trouver difficile de s’entendre dans les mauvais moments. Il y a déjà trop de solitude dans ce pays, et je doute que l’effondrement économique y remédie.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Pour tenir le diable à distance, les Américains ont besoin d’argent. Dans un effondrement économique, il y a habituellement une hyperinflation, ce qui efface les économies. Il y a aussi un chômage endémique, ce qui efface les revenus. Le résultat est une population qui est largement sans le sou.

En Union soviétique, très peu de choses pouvaient être obtenues par l’argent. On le traitait comme un symbole plutôt que comme une richesse, et on le partageait entre amis. Beaucoup de choses — dont le logement et le transport — étaient soit gratuites soit presque gratuites.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Les biens de consommation soviétiques ont toujours été un objet de dérision — les réfrigérateurs qui chauffent la maison et la nourriture, et ainsi de suite. Vous aviez de la chance si vous en aviez seulement un, et c’était à vous de le faire fonctionner une fois que vous l’aviez chez vous. Mais une fois que vous l’aviez fait marcher, il devenait un inestimable héritage familial, passé de génération en génération, robuste et presque indéfiniment réparable.

Aux États-Unis, on entend souvent que quelque chose ne vaut pas d’être réparé. C’est assez pour faire voir rouge à un Russe. J’ai entendu dire une fois par un vieux Russe qui était furieux qu’une quincaillerie de Boston n’ait pu lui vendre des ressorts de literie de rechange : Les gens jettent d’excellents matelas, comment suis-je censé les réparer ?

L’effondrement économique tend à arrêter à la fois la production locale et les importations, et il est donc vitalement important que tout ce que vous possédez s’use lentement, et que vous puissiez le réparer vous-même s’il casse. Les trucs fabriqués par les Soviétiques étaient généralement incroyablement durs à l’usure. Les trucs fabriqués par les Chinois que l’on peut obtenir par ici, beaucoup moins.

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Le secteur agricole soviétique était notoirement inefficace. Beaucoup de gens cultivaient et récoltaient leur propre nourriture même pendant les périodes relativement prospères. Il y avait des entrepôts de nourriture dans chaque ville, approvisionnés selon un plan d’allocation gouvernemental. Il y avait très peu de restaurants, et la plupart des familles cuisinaient et mangeaient à la maison. Faire des courses était plutôt laborieux, et impliquait de porter de lourdes charges. Quelques fois, cela ressemblait à la chasse — traquer cet insaisissable morceau de viande tapi derrière quelque comptoir de boutique. Aussi les gens étaient bien préparés à ce qui allait suivre.

Aux États-Unis, la plupart des gens tirent leur nourriture d’un supermarché, qui est approvisionné de très loin en utilisant des camions réfrigérants. Beaucoup de gens ne s’ennuient même pas à faire des courses et mangent seulement de la restauration rapide. Quand les gens cuisinent, ils cuisinent rarement à partir de zéro. Tout cela est très malsain, et l’effet sur le tour de taille de la nation est visible clairement depuis l’autre côté du parc de stationnement. Un grand nombre de gens, qui se dandinent seulement depuis et jusqu’à leur voiture, ne semblent pas préparés à ce qui va suivre. S’ils devaient soudainement commencer à vivre comme les Russes, ils s’éclateraient les genoux.

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Le gouvernement soviétique a balancé des ressources dans des programmes d’immunisation, le contrôle des maladies infectieuses et les soins de base. Il exploitait directement un système de cliniques d’État, d’hôpitaux et de sanatoriums. Les gens avec une affection fatale ou une condition chronique avaient souvent des raisons de se plaindre, et devaient payer pour des soins privés — s’ils avaient de l’argent.

Aux États-Unis, la médecine est lucrative. Les gens semblent ne rien penser de ce fait. Il y a vraiment très peu de champs d’action auxquels les Américains refuseraient la motivation lucrative. La difficulté est qu’une fois l’économie partie, le profit l’est aussi, ainsi que les services qu’il aidait autrefois à motiver.

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Note Génération perdue8Désigne habituellement la génération ayant émergé de la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement ses éléments littéraires les plus brillants (Hemingway, Fitzgerald, Dos Passos, etc.).

Le système d’éducation soviétique était généralement excellent. Il produisait une population prodigieusement lettrée et beaucoup de grands spécialistes. L’éducation était gratuite à tous les niveaux, mais l’enseignement supérieur payait parfois une bourse, et fournissait souvent le logement et la nourriture. Le système éducatif s’est très bien maintenu après l’effondrement de l’économie. La difficulté était que les étudiants n’avaient pas de travail à espérer après la remise du diplôme. Beaucoup d’entre eux se sont égarés.

Le système d’enseignement supérieur aux États-Unis est bon à plusieurs choses — la recherche gouvernementale et industrielle, les sports d’équipe, la formation professionnelle… L’enseignement primaire et secondaire échoue à accomplir en douze ans ce que les écoles soviétiques accomplissaient généralement en huit. L’échelle et le coût massif du maintien de ces institutions s’avérera probablement excessif pour l’environnement post-effondrement. L’illettrisme est déjà un problème aux États-Unis, et nous devrions nous attendre à ce qu’il devienne bien pire.

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L’Union soviétique n’avait pas besoin d’importer de l’énergie. Le système de production et de distribution a chancelé mais ne s’est jamais effondré. Le contrôle des prix a maintenu les lumières allumées même quand l’hyperinflation faisait rage.

Le terme déficience du marché semble adéquat à la situation de l’énergie aux États-Unis. Les marchés non-régulés développent des caractéristiques pernicieuses lorsqu’il y a des pénuries de marchandises clefs. Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement des États-Unis comprenait cela et rationnait beaucoup de choses avec succès, depuis l’essence jusqu’aux pièces de bicyclette. Mais c’était il y a longtemps. Depuis lors, l’inviolabilité des marchés non-régulés est devenue un article de foi.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Ma conclusion est que l’Union soviétique était bien mieux préparée à l’effondrement économique que le sont les États-Unis.

J’ai laissé de côté deux importantes asymétries entre superpuissances, parce qu’elles n’ont rien à voir avec l’état de préparation à l’effondrement. Certains pays ont simplement plus de chance que d’autres. Mais je vais les mentionner, par souci d’exhaustivité.

En termes de composition raciale et ethnique, les États-Unis ressemblent davantage à la Yougoslavie qu’à la Russie, aussi nous ne devrions pas nous attendre à ce qu’ils soient aussi paisibles que l’était la Russie, après l’effondrement. Les sociétés ethniquement mélangées sont fragiles et ont tendance à exploser.

En termes de religion, l’Union soviétique était relativement dépourvue de cultes apocalyptiques du jugement dernier9Lire à ce sujet : Une putain assise sur plusieurs eaux par Joe Bageant.. Très peu de gens ici souhaitaient qu’une boule de feu atomique de la taille de la planète annonce le retour de leur sauveur. Ce fut en effet une bénédiction.

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Un domaine dans lequel je ne peux discerner aucun retard d’effondrement est la politique nationale. Les idéologies sont peut-être différentes, mais l’adhésion aveugle à celles-ci ne pourrait être plus similaire.

Il est certainement plus amusant de regarder deux partis capitalistes se jeter l’un sur l’autre plutôt que de n’avoir qu’un parti communiste pour lequel voter. Les choses pour lesquelles ils se battent en public sont généralement des petits gages symboliques de politique sociale, choisis pour faciliter leur posture publique. Le Parti communiste n’offrait qu’une seule pilule amère. Les deux partis capitalistes offrent le choix de deux placebos. La dernière innovation est l’élection par photo d’arrivée, où chaque parti achète cinquante pour cent des votes, et le résultat est tiré du bruit statistique, comme un lapin d’un chapeau.

La manière américaine de traiter la dissidence et la contestation est certainement la plus avancée : pourquoi emprisonner des dissidents quand on peut les laisser crier dans le vent tout leur content ?

L’approche américaine de la comptabilité est plus subtile et nuancée que celle des Soviétiques. Pourquoi faire d’une statistique un secret d’État quand on peut la dénaturer de manière obscure ? Voici un exemple : l’inflation est contrôlée en substituant le hamburger au steak, de façon à minimiser les augmentations des versements de la Sécurité Sociale10Si en France l’expression sécurité sociale se confond avec la Sécurité sociale au point d’être circonscrite aux questions d’assurance santé, elle a conservé dans le monde anglophone son sens général, c’est à dire qu’en plus de l’assurance santé elle englobe les questions d’assurance vieillesse et d’assurance emploi. En ce qui concerne la Social Security Administration américaine, c’est un organisme fédéral dont l’objet est le versement des pensions de retraite, de veuvage et de handicap. Elle participe aux programmes d’assurance santé en tant qu’interface avec les assurés, bien que ces programmes ne ressortent pas de sa responsabilité..

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Un bon nombre de gens dépensent beaucoup d’énergie à protester contre leur gouvernement irresponsable et inactif. Cela semble une terrible perte de temps, considérant à quel point leurs protestations sont inefficaces. Est-ce une consolation suffisante pour eux de pouvoir lire leurs efforts dans la presse étrangère ? Je pense qu’ils se sentiraient mieux s’ils se déconnectaient des politiciens, comme les politiciens se déconnectent d’eux. C’est aussi facile que d’éteindre la télévision. S’ils essayent, ils observeront probablement que rien dans leur vie n’a changé, rien du tout, sauf peut-être que leur humeur s’est améliorée. Ils découvriront peut-être aussi qu’ils ont plus de temps et d’énergie à consacrer à des choses plus importantes.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Je vais maintenant esquisser quelques approches, réalistes et autres, pour combler le retard d’effondrement. Ma petite liste d’approches peut sembler un peu désinvolte, mais gardez à l’esprit que c’est un problème très difficile. En fait, il est important de garder à l’esprit que tous les problèmes n’ont pas de solution. Je peux vous promettre que nous ne résoudrons pas ce problème ce soir. Ce que je vais essayer de faire est de l’éclairer sous différents angles.

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Beaucoup de gens râlent contre l’inactivité et l’irresponsabilité du gouvernement. Ils disent souvent des choses comme : ce dont nous avons besoin est… plus le nom d’un grand projet gouvernemental réussi du glorieux passé — le plan Marshall, le projet Manhattan, le programme Apollo. Mais il n’y a rien dans les livres d’histoire sur un gouvernement se préparant à l’effondrement. La perestroïka de Gorbatchev est l’exemple d’un gouvernement essayant d’éviter ou de retarder l’effondrement. Elle a probablement contribué à l’accélérer.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Il y a certaines choses dont j’aimerais que le gouvernement s’occupe en préparation de l’effondrement. Je suis particulièrement préoccupé par toutes les installations, réserves et décharges toxiques ou radioactives. Les générations futures ne seront probablement pas capables de les contrôler, particulièrement si le réchauffement climatique les place sous l’eau. Il y a assez de ces saletés entreposées partout pour tuer la plupart d’entre nous.

Je suis aussi inquiet pour les soldats se retrouvant isolés outremer — abandonner ses soldats est l’une des choses les plus honteuses qu’un pays puisse faire. Les bases militaires d’outremer devraient être démantelées et les troupes rapatriées.

J’aimerais voir l’immense population des prisons rétrécie d’une manière contrôlée, en avance, au lieu d’une amnistie générale chaotique.

Enfin, je pense que cette comédie avec des dettes qui ne seront jamais remboursées a duré assez longtemps. Effacer l’ardoise donnera à la société le temps de se réajuster. Alors, vous voyez, je ne demande aucun miracle. Cependant, si n’importe laquelle de ces choses était effectivement accomplie, je considérerais cela comme un miracle.

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Une solution du secteur privé n’est pas impossible, seulement très, très improbable. Certaines entreprises soviétiques étaient essentiellement des États dans les États. Elles contrôlaient ce qui équivalait à un système économique entier, et pouvaient continuer sans l’économie autour. Elles ont gardé cette organisation même après avoir été privatisées. Elles ont rendu fous les consultants en gestion occidentaux, avec leurs crèches interminables, leurs maisons de retraite, leurs blanchisseries et leurs cliniques gratuites. Cela ne faisait pas partie de leur cœur de compétence, vous voyez. Elles avaient besoin de dégraisser et de rationaliser leurs activités. Les gourous occidentaux de la gestion ont négligé la chose la plus importante : le cœur de compétence de ces entreprises résidait dans leur capacité à survivre à l’effondrement économique. Peut-être que les jeunes génies chez Google peuvent piger cela, mais je doute que leurs actionnaires le puissent.

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Il est important de comprendre que l’Union soviétique a atteint la préparation à l’effondrement par inadvertance, et non grâce au succès d’un programme d’écrasement. L’effondrement économique a une façon de changer les handicaps économiques en atouts. La dernière chose que nous voudrions est une économie en fonctionnement, en croissance et prospère, qui s’effondre soudainement un jour et nous laisse tous tomber. Il n’est pas nécessaire pour nous d’embrasser la doctrine de l’économie dirigée et de la planification centralisée pour égaler les ternes performances soviétiques dans ce domaine. Nous avons nos propres méthodes, qui marchent presque aussi bien. Je les appelle des scoubidous. Ce sont des solutions à des problèmes qui engendrent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

Regardez seulement autour de vous, et vous verrez les scoubidous germer partout, dans chaque champ d’action : nous avons les scoubidous militaires comme l’Irak, les scoubidous financiers comme le système de retraite moribond, les scoubidous médicaux comme l’assurance santé privée, les scoubidous légaux comme le système de propriété intellectuelle. Le poids combiné de tous ces scoubidous nous pousse lentement mais sûrement vers le bas. S’il nous pousse assez bas, alors l’effondrement économique, quand il arrivera, sera comme de tomber de la fenêtre du rez-de-chaussée. Nous n’avons qu’à accompagner ce processus, ou au moins à ne pas interférer avec. Alors, si quelqu’un vient vous dire : je veux faire un scoubidou qui marche à l’hydrogène — encouragez-le par tous les moyens ! Ce n’est pas un aussi bon scoubidou que de brûler l’argent directement, mais c’est un pas dans la bonne direction.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

Certains types de comportements économiques dominants ne sont pas prudents à un niveau personnel, et sont aussi contre-productifs pour combler le retard d’effondrement. N’importe quel comportement qui pourrait résulter en une croissance économique continue et de la prospérité est contre-productif : plus on saute haut, plus l’atterrissage est dur. Il est traumatisant de passer d’un gros fond de pension à pas de fond de pension à cause d’un écrasement du marché. Il est aussi traumatisant de passer d’un revenu élevé à pas de revenu. Si, par dessus cela, vous avez toujours été très occupé, et que soudainement vous n’avez plus rien à faire, alors vous serez vraiment en mauvaise forme.

L’effondrement économique est à peu près le pire moment possible pour souffrir d’une dépression nerveuse, pourtant c’est souvent ce qui arrive. Les gens qui courent le plus de risque psychologiquement sont les hommes d’âge mûr couronnés de succès. Quand leur carrière est soudainement finie, leurs économies disparues et leurs biens sans valeur, une grande part de leur estime personnelle s’en va aussi. Ils ont tendance à se saouler à mort et à se suicider en nombre disproportionné. Comme ils ont tendance à être les gens les plus expérimentés et capables, c’est une perte vertigineuse pour la société11D’un autre côté, étant aussi les gens qui ont le plus contribué à amener la société au bord du gouffre, leur déchéance est peut-être une formidable opportunité..

Si l’économie, et votre place en son sein, est vraiment importante pour vous, vous souffrirez vraiment quand elle fichera le camp. Vous pouvez cultiver une attitude d’indifférence étudiée, mais il faut que ce soit plus que de la prétention. Il faut développer le style de vie, les habitudes et l’endurance physique pour la soutenir. Il faut beaucoup de créativité et d’effort pour construire une existence épanouissante aux marges de la société. Après l’effondrement, ces marges pourraient s’avérer être certains des meilleurs endroits pour vivre.

Combler le retard d'effondrement, par Dmitry Orlov

J’espère ne pas avoir donné l’impression que l’effondrement soviétique était une partie de plaisir, parce que cela a vraiment été affreux de bien des façons. Le point que je veux souligner est que lorsque cette économie s’effondrera, il est inévitable que ce soit bien pire. Un autre point que je souhaiterais souligner est que l’effondrement ici sera vraisemblablement permanent. Les facteurs qui ont permis à la Russie et aux autres républiques soviétiques de se remettre ne sont pas présents ici.

Malgré tout cela, je crois qu’à chaque époque et dans chaque circonstance, les gens peuvent parfois trouver non seulement les moyens et une raison de survivre, mais aussi l’éveil, l’épanouissement et la liberté. Si nous pouvons les trouver même après que l’économie se soit effondrée, pourquoi alors ne pas commencer à les chercher maintenant ?

Merci •

Traduit et reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur. Les notes en marge sont du traducteur.

Source : Orbite.info

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Notes   [ + ]

1. Dans le texte : collapse gap. Au milieu des années 1950, les Américains ont été saisis par la crainte que le déploiement massif de bombardiers à réaction donne à l’Union soviétique un avantage stratégique décisif. Les observations des avions espions ont montré par la suite que ce bomber gap était inexistant. L’administration a cependant tiré les leçons de cette affaire en invoquant par voie de presse des écarts divers et inquiétants pris par l’armée américaine sur l’armée soviétique à chaque fois qu’il était nécessaire de faire accepter au contribuable américain davantage de dépenses militaires.
2. Doctrine militaire estimant que les conséquences d’une guerre nucléaire dissuaderaient n’importe quels belligérants de l’entreprendre, pourvu que les arsenaux soient assez bien garnis pour garantir la fin du monde. L’appellation américaine est : Mutual Assured Destruction, donnant l’acronyme MAD (fou), ce qui laisse à penser que la rationalité des susdits belligérants n’est, elle, pas garantie.
3. Les États-Unis projettent depuis la fin des années 1950 de construire un système antimissile qui les mettrait à l’abri des ogives nucléaires russes. Les admirateurs de Ronald Reagan attribuent l’effondrement de l’Union soviétique au retard technologique pris par celle-ci en regard du programme américain Strategic Defense Initiative, bien que le bouclier attendu n’ait jamais été produit (un peu comme certains catholiques attribuent ce même effondrement aux prières tenaces du pape Jean-Paul II).
4. Acronyme de Glávnoie Oupravlénïe Lageréi, Direction principale des camps de travail.
5. Les grandes banlieues pavillonnaires, peuplées par la classe moyenne et très éloignées des centres urbains.
6. Le just-in-time est une stratégie d’organisation industrielle visant à réduire l’inventaire au minimum nécessaire à la satisfaction de la demande immédiate. Le résultat est une rentabilité accrue (peu d’entrepôts, peu d’invendus, peu d’engagement de trésorerie) et un risque de paralysie totale en cas de rupture d’un flux.
7. Thanksgiving est une fête religieuse américaine et canadienne. Aux États-Unis elle est célébrée le quatrième jeudi de novembre et donne traditionnellement lieu à un grand repas de famille.
8. Désigne habituellement la génération ayant émergé de la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement ses éléments littéraires les plus brillants (Hemingway, Fitzgerald, Dos Passos, etc.).
9. Lire à ce sujet : Une putain assise sur plusieurs eaux par Joe Bageant.
10. Si en France l’expression sécurité sociale se confond avec la Sécurité sociale au point d’être circonscrite aux questions d’assurance santé, elle a conservé dans le monde anglophone son sens général, c’est à dire qu’en plus de l’assurance santé elle englobe les questions d’assurance vieillesse et d’assurance emploi. En ce qui concerne la Social Security Administration américaine, c’est un organisme fédéral dont l’objet est le versement des pensions de retraite, de veuvage et de handicap. Elle participe aux programmes d’assurance santé en tant qu’interface avec les assurés, bien que ces programmes ne ressortent pas de sa responsabilité.
11. D’un autre côté, étant aussi les gens qui ont le plus contribué à amener la société au bord du gouffre, leur déchéance est peut-être une formidable opportunité.

25 réactions et commentaires

  • Patrick Luder // 25.08.2013 à 07h13

    Ben oui, l’effondrement tel que l’a connu l’URSS était possible.
    Ben non, un tel effondrement n’est pas envisageable aux USA.
    Et alors, effondrera ou effondrera pas ?

    M’est avis que la fuite en avant de la finance folle,
    continuera sous une nouvelle forme …

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    • samuel // 25.08.2013 à 10h33

      La finance ne fonctionne que grâce à des unités monétaires.
      La rationalité de ces unités est sur estimé par les agents. Si une unité (conséquente, Yen Dollars Euro) s’effondre (la mondialisation c’est l’interdépendance), les agents ce questionneront sur les autres (qui ne sont que des bons porteurs échangeables à terme) et à court terme on additionnera les dettes liés à ces bons …., bref si le régalien qui émet les bons ne peu plus assurer la confiance d’attendre le terme long, c’est la panique, plus d’unité pour compter.
      Il faudrait l’équivalent du système métrique (et on voit bien que certains pays ont toujours du mal) pour la monnaie

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    • yoananda // 25.08.2013 à 16h58

      Le seul argument c’est la fuite dans la finance ? Un peu léger, non ?
      Au moins ingognitototo avance le rôle du dollar, ce qui est très pertinent.

      La fuite dans la finance EST l’effondrement …
      pour 99% du pays du moins !
      C’est moins spectaculaire que la chute du mur, mais sur le long terme, je ne suis pas sûr que ce soit moins efficace. Cf Détroit en tant que poste avancé de ce qui se passera presque partout aux US.

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  • sylko // 25.08.2013 à 10h39

    Un peu gêné par la comparaison.
    Pourquoi compare-t’il la Russie aux USA? Pourquoi ne pas comparer l’URSS et les USA?

    L’aspect diversité ethnique me semble “édulcoré” en effet l’URSS était plus divers qu’on ne le pense. Diversité des peuples russes, ukrainiens, azéris, biélorusses.
    Sans parler de la diversité religieuse: orthodoxe et musulmans aux sud.

    Maintenant une question: où en sommes-nous en France? Sommes-nous prêts?

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  • Lisztfr // 25.08.2013 à 11h08

    Les pays de l’Est me semblent davantage préparés à toute éventualité, par exemple l’agriculture y est moins extensive qu’en France. Il n’est pas rare de rencontrer des carrioles traînées par des ânes en Pologne, et les champs ne sont pas un désert écologique comme en France où ne vole aucun insecte ; dans nos champs en Picardie règne l’ordre chimique.

    Pays largement agricole, chacun a de la famille à la campagne, souvent la forêt pourvoie en girolles, ceps et myrtilles… Ce n’est pas pour rien que la Pologne a refusée d’appliquer les recettes du FMI (la dérégulation financière, Stiglitz), c’est parce que le patriotisme a encore un sens dans ce pays. On n’a pas sacrifié sa population d’emblée.

    L’économie informelle, les relations comptent énormément. Et on sait faire, on sait tuer le cochon, pêcher, distiller la wodka, construire une maison… L’éducation était excellente a l’école, y compris manuelle : la couture par exemple.

    La base, le replis sur la campagne, pour les populations qui ont gardés ce lien avec la terre. Les autres ont largement perdu ce savoir-faire; à partir de 1950 en France.

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    • jducac // 25.08.2013 à 15h14

      @ Lisztfr Le 25 août 2013 à 11h08
      Tout ce que vous dites est vrai. Il faut en tenir compte, comme des faits d’expérience qui ne sont pas les seuls à devoir être retenus. Il faut les intégrer dans un contexte d’ensemble qui a notablement changé en 2/3 de siècle au cours duquel nos environnements, locaux, régionaux, et nationaux ont notablement évolué. Seul notre environnement mondial n’a pas sensiblement changé sauf en ce qui concerne la connaissance et la conscience que certains en ont et qu’ils doivent s’employer à faire partager par le plus grand nombre des habitants de la terre. Cela constitue un travail colossal.

      Les outils très performants de diffusion des savoirs (non des croyances) existent maintenant avec internet et les multiples foyers de réflexions qui s’y développent, tels le blog d’Olivier. Cela devrait aider l’humanité entière à trouver les voies de son salut, c’est-à-dire celles de sa perpétuation.

      Les possibilités de confrontation pacifique et contradictoire des divers points de vue concernant la marche du monde, devraient maintenant aider l’humanité à assainir les idées qu’elle peut se faire sur les conditions de son évolution. Celles-ci exigent rationalité, pragmatisme et conscience du réel, bien plus qu’idéologie et démagogie. Religieux, politiques, intellectuels et idéologues porteurs de slogans ravageurs n’ont que trop souvent amené l’humanité à se fourvoyer jusqu’alors.

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  • toll // 25.08.2013 à 13h17

    En gros, son message c’est de faire soi même. Je sais cuisiner, démonter une culasse de moteur, refaire un carrelage, démonter un brevet

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    • jducac // 25.08.2013 à 15h46

      @ toll Le 25 août 2013 à 13h17

      En gros, son message c’est de faire soi même. Je sais cuisiner, démonter une culasse de moteur, refaire un carrelage, démonter un brevet

      On peut penser que Dmitry Orlov, malgré sa formation scientifique, se trompe. Il suffit de voir combien la spécialisation et les échanges, mêmes horizontalement entre domaines très spécialisés, ont permis à l’humanité de progresser dans son ensemble. Tout faire soi-même ne peut être ni économique, ni pourvoyeur d’autant d’aptitude à s’adapter à l’évolution générale de l’humanité.

      Même si l’humanité dans son ensemble doit s’imposer un repli dans son train de vie, donc dans sa consommation globale, rien ne prouve que le développement d’un état d’esprit du « chacun pour soi » constitue la voie la plus sage. Les confrontations et appropriations violentes risquent fort d’accélérer l’anéantissement, de proche en proche, des communautés locales, puis régionales, puis nationales. L’humanité risque de se transformer très vite, sur sa petite planète, en un vaste panier de crabes.

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  • Dan // 25.08.2013 à 13h37

    Ben oui, l’effondrement tel que l’a connu l’URSS, est possible aux States pour la simple raison qu’elle a une économie fictive , un système financier et bancaire type : casino avec une gestion à la Madoff , une monnaie de singe sans valeur QE avec un gouvernement de complaisance placé par l’oligarchie ….!

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    • dadone // 25.08.2013 à 14h25

      Les USA vont connaitre ce que tous les pays connaissent quant ils créent plus de monnaie qu’ils produisent de biens. Effondrement de leur monnaie suivit d’un effondrement économique.
      En revanche la comparaison la plus vraisemblable est plus à chercher du coté de ce qu’a connu l’Argentine que feu URSS.

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    • Arthurcoucou // 25.08.2013 à 14h52

      Idem pour la France

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      • dadone // 25.08.2013 à 15h09

        Non, la situation française n’est pas bonne mais n’a rien a voir avec celles des USA.
        L’endettement des USA c’est plus de 200 000 $ par habitant.
        En France l’Etat est endetté les entreprises sont endetté mais pas les particuliers…

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  • Incognitototo // 25.08.2013 à 15h44

    Hum… un énorme oubli dans ces comparaisons, c’est que les USA tiennent tous les autres pays, oui TOUS, par les c… heu… par le dollar qui reste la monnaie d’échange international et la principale réserve des banques centrales… et pour cause, si tous le monde vendait, tout le monde serait instantanément ruiné… Alors, la fuite en avant a encore de “beaux jours” devant elle…

    On voit bien d’ailleurs que les BRICS ont compris qu’il fallait qu’ils sortent de cette dépendance monétaire… La Chine est en train de massivement passer des accords de swap de gré à gré avec les pays avec lesquels elle commerce (Brésil, Russie, …), pour que les échanges ne passent plus par le dollar… Sauf que, il faudra quelques dizaines d’années avant que sa balance commerciale puisse se passer des échanges en dollar puisque ces principaux partenaires commerciaux restent les USA et l’Europe…

    Bref, la comparaison entre l’URSS et les USA est marrante d’un point de vue intellectuel, mais ne résiste pas deux secondes à la réalité des forces en présence et au vu des dépendances de tous les pays du monde au dieu dollar… parce que si les USA s’effondrent, alors tous les pays s’effondrent et on peut donc raisonnablement penser que, sauf grain de sable (genre guerre, méga-bulle qui éclate, et cetera, …), ça peut encore durer très longtemps… personne n’ayant intérêt à déclencher l’armageddon financier en vendant tous ses dollars…

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    • yoananda // 25.08.2013 à 17h05

      Je suis d’accord, le dollar leur permet de retarder l’effondrement … pour un moment en tout cas, puisque de nombreux pays sont en train de passer des accords hors dollar (dont la Chine) et qu’ils ne peuvent plus rien y faire (à l’époque quand l’Irak a tenté de le faire, ils ont rasé le pays, mais si tous les pays le font lentement ils ne peuvent pas s’y opposer).

      Donc au final, la clé de voûte de tout ce binz c’est le droit de veto au FMI qui empêche la réforme du dollar (sinon elle aurait déjà été faite). Tout tient à ça en dernière analyse.
      Mais les blocs continentaux hors dollar sont en train de se composer quand même. La solution US : l’AMERO qui est en préparation avec en plus le traité trans-atlantique qui leur donne l’Europe et l’Afrique sur un plateau. A priori ils doivent penser garder le contrôle de l’Amérique du sud, mais cela signifie qu’ils abandonnent l’Asie, la Russie, et le moyen orient (qui finit par coûter trop cher de toute manière).

      Sachant qu’en plus ils sacrifient une partie de leur propre pays pour faire tourner la boutique avec la fracturation hydraulique et le sables bitumineux.

      Pour l’instant, c’est ce qui semble se dégager pour les, disons, 30 prochaines années. Pas vraiment le projet initial, mais ça devrait leur suffire.

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      • Incognitototo // 25.08.2013 à 17h33

        Oui… Sans paranoïa excessive, on peut remarquer que dans les 2 années qui ont précédé « l’autochute » de DSK, ce dernier a fait 4 interventions remarquables, pour remettre en cause le rôle du dollar, ainsi que la nécessaire et indispensable réforme du système monétaire international… Au point que compte tenu de la teneur de ses propos, je me suis demandé à chaque fois, comment il était possible qu’il n’ait pas “d’accident”, pour avoir osé remettre en cause 40 ans de politique monétaire US, ou autrement dit c… dans les bottes de ses patrons…
        Il est probable qu’il n’y a pas eu “complot”, mais cette affaire Dialo est arrivée à point nommé et fut une vraie opportunité, pour mettre hors d’état de nuire ce “dangereux agitateur”… et la célérité du FBI à créer des images chocs en traitant le Directeur du FBI comme un délinquant de grand chemin n’est, elle, à l’évidence pas un hasard…

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  • Patrice // 25.08.2013 à 16h41

    1) Anenkê (nécessité + Eros (lien libidinal)

    => 1ière unité plus vaste que la famille (civilisation)

    2) Répression de la sexualité génitale facteur de discorde – Mutilation

    => 1er aspect de la pulsion de mort : la compulsion à la répétition

    3) 2ième unité plus vaste (développement de la civilisation)

    => 2ième aspect de la pulsion de mort : transformation de la nature (pulsion de destruction à but inhibé)

    => 3ième aspect de la pulsion de mort : destruction des individus

    a) exploitation des hommes
    b) agressivité vers l’extérieur (autres groupes)
    c) agressivité vers l’intérieur (déviants)

    4) Formation du sur-Moi collectif ayant pour origine le 4ième aspect (ci-après) :

    => 4ième aspect de la pulsion de mort : la pulsion d’agression des individus impose la
    création d’une éthique aux règles de plus en plus contraignantes ce qu entraîne le 5ième
    aspect de la pulsion de mort (ci-après).

    => 5ième aspect de la pulsion de mort : cruauté de l’éthique

    5) Sentiment de culpabilité collectif engendre la formation de la masse

    => 6ième aspect de la pulsion de mort : indifférenciation et homogénéisation

    a) Névroses individuelles (malaise, sentiment de péché, mécontentement)
    b) Névrose de civilisation
    c) Guerre généralisée

    7) Effondrement de la civilisation

    D’après Eugène Enriquez – “De la Horde à l’Etat – Psychanalyse du lien social – 1983” –

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    • Lisztfr // 25.08.2013 à 20h33

      La pulsion de mort d’abord, est liée à la pulsion de vie (cf “Vie et mort en psychanalyse”, Laplanche). La première mention de cette pulsion est faite par Freud au sujet des névroses traumatiques, sous la forme d’un processus de répétition, notamment de rêves récurrents. Ces rêves ont aussi pour fonction de guérir, d’où dés l’origine l’ambivalence de cette théorie… bref, c’est une tentative de mettre un nom sur ce que nous répugnons à affronter mais cela ne rend pas les choses plus faciles. Avant on invoquait le diable, la sorcellerie, etc. Je pense qu’on ne pourrait survivre si cette pulsion existait comme telle. Je crains surtout les pulsions de vie sous forme de mégalomanie, cf DSK, qui ensuite entraînent dans l’enthousiasme des conséquences néfastes.

      Les machines construisent aussi un monde dans lequel l’homme n’a plus rien à faire. Elles détruisent la vie, elles constituent un univers froid, une sorte de méandre glacial qui envahi les consciences. Le retour à l’inorganique dont parle Freud c’est peut-être cela. Le désenchantement du monde, à relire à la lumière d’une lampe led.

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  • Dan // 25.08.2013 à 19h28

    Yoananda a raison ,la position actuelle du dollar permet aux states de tenir encore face à l’effondrement mais pour combien de temps encore ! les choses pourraient s’accélérer s’ils déclenchement une guerre au moyen orient avec la Syrie , l’Iran , et l’Irak par ricochet dont les conséquences économiques seraient énormes avec la flambée du baril de l’or noire et le blocage du détroit d’Ormuz d’autant que l’exploitation chez eux des gisements de gaz par fracturation est un grand fiasco. L’Europe pourrait également payer cher la facture dans cette aventure politique d’autant que la Russie pourrait fermer les gazoducs qui alimentent l’Allemagne par exemple !

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  • Britt // 25.08.2013 à 22h36

    si il y a effondrement (hypothese de depart) ça veut dire que les conventions “avant effondrement” ne tiendront plus et en particulier la monnaie.
    mais comme il y a quand même des humains à faire vivre (on ne les a pas dématerialisés et ils ne mangent pas de “e_steacks”) on passera globalement à d’autres conventions certainement plus proches du troc.
    on a aussi les monnaies locales, à la libération les chabres de commerce ont battu monnaie le temps de normaliser la situation.
    en fait le problème c’est la gestion du transitoire “avant apres”. c’est là que les qualité naturelles de résilence d’une société font la différence.
    bien entendu je ne parle pas de e_machins, mac_truc et autres gadgets, ceux là seront très vite renvoyes à leur vraie valeur, CAD quasi zéro.
    Concernat l’effondrement de l’URSS, j’ai toujours une peude mal à en comprendre les causes. Ils n’avaient pas de bulle spéculative, ils avaient des ressources, des usines, un systeme de redistribution apparemment efficace. hormis l’impossibilité d’accéder au standard occidental marketing_frustration_consommation je ne vois pas de cause evidente de leur effondrement.
    Si quelqu’un veut bien m’éclairer, merci par avance.

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    • yoananda // 26.08.2013 à 10h02

      A mon avis il y a 2 causes concomitantes :
      * Tchernobyl qui leur a coûté un bras l’air de rien. (même si le montant précis est difficile à chiffrer)
      * la stratégie US de faire couler le pétrole de l’Arabie de la famille Saoud à flot. En faisant baissé les prix grâce a l’avantage saoudien, ils sont passés sous le seuil de rentabilité des Russes qui eux ont du pétrole plus difficile à extraire que de planter une paille dans le désert.

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  • Edito | Blog de Yoananda // 26.08.2013 à 10h20

    […] Berruyer à republié un texte très intéressant sur le "retard d’effondrement" des US vis à vis de l’URSS par Dimitri Orlov. Texte datant de 2006 on pourrait se dire […]

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  • step // 26.08.2013 à 11h56

    ce qui m’amuse c’est de constater que la performance est toujours relative à un objectif. Un système très privatisé est très efficace à la performance économique mais assez catastrophique pour la mutation économique, le contraire pour un système sur-étatisé.
    2 mais toutefois.
    1) Comme remarqué plus haut, le rôle du dollar comme monnaie de réserve, qui leur donne un bouton de destruction mondiale économique, actuellement. Cela mettra du temps à le transformer en zapette à pétard ,surtout si nous avons la connerie de rentrer dans l’accord trans-atlantique.
    2) Les américains sont plus pragmatiques qu’ils le laissent paraitre et des décisions contraires à leurs “professions de foi” peuvent le laisser croire.

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  • G L // 26.08.2013 à 14h04

    Ni révolte ni insurrection, ni prise du pouvoir par l’armée ni même revolution de palais, la disparition rapide du pouvoir central qui dirigeait l’URSS mais aussi de nombreux pays européens comme la Pologne, la RDA, la Tchécoslovaquie, etc, est transposée par Orlov dans le cas des États-Unis en une disparition presque instantanée de tout pouvoir politique et une sorte de retour à l’état sauvage.

    Prendre surtout en compte l’effondrement économique et le supposer rapide lui évite de se noyer dans une tentative probablement déraisonnable de politique-fiction et lui permet de se concentre sur l’essentiel mais rien ne prouve que les probables tentatives de prendre les choses en main, surtout si elles ont lieu avant, n’aboutiraient à rien.

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