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9.mai.20209.5.2020 // Les Crises

Dans les Ehpad, la pénurie est aussi médicale

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Source : Mediapart

Le manque de médecins présents dans les Ehpad a participé à la catastrophe. En Île-de-France notamment, l’agence régionale de santé a mis trop de temps à en prendre la mesure. Pour réagir surtout.

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Lorsque Sophie*, médecin en Seine-Saint-Denis, est rentrée chez elle le 26 mars, elle a couché par écrit son récit, envoyé par courriel dès le lendemain à l’agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France. Le directeur de l’Ehpad Les Intemporelles, à Aubervilliers, propriété du groupe DomusVi, venait de la chasser sans ménagement de l’établissement où résident une quarantaine de ses patients, en pleine crise sanitaire.

Son tort ? Avoir conseillé à une aide-soignante, ayant des symptômes de Covid-19, de rentrer chez elle, et demandé le confinement dans sa chambre d’un résident qui présentait lui aussi des signes d’infection.

Deux jours plus tard, Sophie revient dans l’Ehpad, appelé par un infirmier de l’établissement au chevet de son patient dont l’état se dégrade. Même traitement de la direction, qui la chasse et en appelle même à la police. Pourtant, les médecins ne se bousculent pas aux Intemporelles à cette époque. La médecin coordonnatrice, l’infirmière coordonnatrice, un infirmier et une aide-soignante sont chez eux, en arrêt maladie.

Dans son deuxième courrier à l’ARS, le 28 mars, Sophie conclut par ses mots : « Le directeur, en m’interdisant l’entrée, interdit aux résidents le recours à leur médecin traitant, il les met en danger. »

À l’intérieur des Intemporelles, les problèmes et bientôt les décès vont s’accumuler, dix à ce jour selon nos informations, un chiffre que n’a confirmé ni DomusVi ni l’ARS. Parmi eux, le patient de Sophie. « Il est resté plusieurs jours sans voir de médecin, sans s’alimenter, avec des escarres, et sans être testé rapidement, témoigne Ouzna Seker, aide-soignante, déléguée syndicale CGT aux Intemporelles. La direction a finalement réussi à faire venir un médecin de ville, qui est venu en urgence. Ce résident était positif au Covid et il est mort. Cette histoire nous a tous beaucoup choqués. »

La pénurie médicale est telle que des certificats de décès, faute de professionnels présents sur place, ont parfois été signés à distance par la médecin coordonnatrice, après un examen clinique des résidents par les soignants. Selon Ouzna Seker, « un jour, nous avons eu un décès le matin, et nous avons attendu jusqu’à 17 heures l’arrivée de l’infirmière pour qu’elle puisse faire l’examen de constatation, et envoyer ces informations au médecin ».

Cette pratique, si elle a pu être un temps envisagée par les autorités sanitaires, ne relève pourtant d’aucun cadre législatif officiel, comme l’ont précisé à Mediapart diverses organisations professionnelles du domaine médical.

Pour éviter les absences, la direction a même organisé une garderie pour les enfants dans l’établissement. « Dans une pièce au rez-de-chaussée, où la gouvernante et le directeur rentraient. Ça a duré au moins deux semaines après le 17 mars », rapporte Ouzna Seker.

Dans l’unité fermée de l’Ehpad, où les patients déambulent, le directeur adopte aussi, selon la déléguée syndicale, une stratégie radicale : « Il a demandé à l’agent d’entretien de changer les serrures des portes de chambre pour pouvoir les enfermer de l’extérieur. »La médecin coordonnatrice, ainsi que l’ARS, informé de cette décision, auraient tous deux dit leur désaccord. « Il a alors commencé à casser lui-même une porte de chambre », raconte Ouzna.

Un salarié, qui souhaite rester anonyme, confirme l’altercation et que les poignées intérieures des portes de certaines chambres ont bel et bien été supprimées : « Il disait que c’était pour le confinement, pour que les gens n’aient pas la liberté de sortir n’importe comment. Je ne sais pas si c’était mauvais ou pas. »

Le directeur a finalement été mis à pied le 10 avril par la direction régionale du groupe DomusVi, informé de la situation. L’inspection du travail a également adressé un courrier au groupe et à l’ARS. Sophie n’a jamais eu de réponse à son alerte faite auprès de l’agence régionale de santé d’Île-de-France. Nos nombreuses questions, au groupe DomusVi comme à l’ARS, sont elles aussi restées sans réponse.

Gabriel Weisser pleure, de tristesse et rage, lorsqu’il raconte de son côté les conditions du décès de sa mère, résidente d’un Ehpad dans le Haut-Rhin. Depuis plusieurs semaines, il espérait que Denise, 83 ans, passerait entre les gouttes, isolée dans sa chambre à cause d’une pathologie psychique depuis Noël 2019. Mais le 15 avril, au téléphone, le médecin de l’établissement lui annonce que sa mère, auscultée tôt le matin même, présente des symptômes inquiétants et vient d’être mise sous respirateur.

Malgré la sidération, Gabriel Weisser demande le taux d’oxygénation de sa mère, qui s’élève alors à 85 %, selon la réponse du médecin. « Elle n’était peut-être pas éligible à une réanimation mais une hospitalisation avec une médicamentation aurait pu être envisagée. Mais non, elle a été mise directe en soins palliatifs dans l’Ehpad. » Denise Weisser est morte le soir même.

Le fils de Denise assure « n’avoir pas de colère » contre ce médecin, saluant même le dévouement des équipes de la maison de retraite où sa mère a passé les treize dernières années de sa vie : « Le médecin de l’Ehpad a réagi comme on lui a dit de réagir. Ce n’est pas un problème de personne, mais d’équipements, de personnels, de consignes, qui ont conduit à sacrifier certains malades. »

Son courroux vise surtout les autorités de tutelle, et il a décidé de rendre public l’affaire (lire sur le club de Mediapart tout son témoignage), racontant dans les médias locaux ce décès tragique, intervenu dans une région lourdement touchée par le Covid-19. L’homme envisage également de s’associer à des plaintes collectives contre le ministre de la santé et l’ancien directeur de l’ARS Grand Est, limogé le 8 avril.

Depuis cette exposition médiatique, l’établissement a déclaré avoir bénéficié du renfort de deux infirmières d’une clinique voisine, et appelé des aides-soignants et des agents des services hospitaliers pour épauler les équipes de l’Ehpad. « Dans cette nuit absolue depuis le 15 avril, il y a eu un éclairage, les choses ont commencé à bouger. Mais ma mère a été trahie par la République, qui ne lui a pas laissé la chance d’accéder aux soins auxquels elle avait droit. »

Ces deux situations soulèvent la même question : les Ehpad étaient-ils taillés pour faire face à cette crise sanitaire sans précédent ? Ont-ils été suffisamment épaulés ? Suffisamment contrôlés par les autorités de santé ? « Le Covid est arrivé le plus souvent dans des établissements déjà en grande difficulté », rapporte un médecin, ancien praticien hospitalier de l’ouest de la France, qui intervient dans des maisons de retraite publiques.

Un médecin qui rappelle dans le même temps la complexité de l’exercice : « Nous, les médecins, ne sommes pas des salauds, on ne laisse pas crever les gens les bras croisés. Mais nous nous sommes aussi posé la question de l’intérêt d’envoyer des patients polypathologiques, très dépendants, n’ayant pour certains plus aucune relation au monde, sur des plateaux techniques, et de faire ainsi entrer le loup dans la bergerie par ces allers-retours entre l’hôpital et l’Ehpad. »

Des directeurs d’Ehpad ont interdit aux médecins traitants d’intervenir

Selon cette autre médecin, réquisitionnée pour venir en renfort dans un Ehpad associatif des Hauts-de-France il y a trois semaines, le Covid-19 a fait des ravages chez les résidents là où les équipes, a fortiori médicales, ont été décimées. Rien que pour le dimanche de Pâques, dans cette maison de retraite, trois personnes sont décédées coup sur coup.

« Quand je suis arrivée, raconte-t-elle, presque toute la direction était en arrêt maladie, les vacataires étaient omniprésents. On s’est retrouvé avec des infirmiers scolaires venus en renfort, qui ne connaissaient pas du tout les résidents. Or l’absence du personnel habituel peut avoir de gros dommages collatéraux. »

Dans cette maison de retraite gérée par un acteur associatif, le médecin coordonnateur (dont le rôle est d’assurer l’encadrement médical de l’équipe soignante et de conseiller sur le plan gériatrique la direction), est en temps « très partiel », avec parallèlement un cabinet en ville. Sur les sept infirmières titulaires, six ont été malades. Les médecins traitants, pendant plusieurs semaines, ne sont plus venus. « L’Ehpad a reçu des directives incompréhensibles, de ne plus laisser rentrer les médecins traitants dans les murs, car ils étaient potentiellement source de Covid. Mais gérer seul 135 résidents, c’est impossible ! »

« L’épisode actuel de pandémie déroge à beaucoup de règles. J’ai ainsi appris que des médecins coordonnateurs travaillent à distance en télétravail, s’insurge Philippe Marissal, médecin intervenant dans une maison de retraite publique, trésorier du premier syndicat des médecins généralistes en France, et président de la Fédération des soins primaires. J’ai appris aussi que des directeurs ne souhaitaient pas voir venir les médecins traitants extérieurs, voire même leur interdisaient l’accès à l’Ehpad… »

Le ministère de la santé a effectivement décidé de renforcer momentanément le rôle du médecin coordonnateur (lire cette fiche, reprise par de nombreuses ARS), afin de limiter les va-et-vient dans les établissements, l’autorisant à « assurer la prise en charge des patients non graves à l’Ehpad » et l’orientation des cas sévères et critiques vers le système hospitalier. Sans jamais demander cependant explicitement aux médecins de ville de ne plus rentrer dans les maisons de retraite.

Cette orientation a laissé le champ libre aux directions d’établissement pour que certains médecins coordonnateurs, même malades, même à temps partiel, restent « seuls intervenants et maîtres à bord », déplore Philippe Marissal.

Les médecins coordonnateurs, dont certains ont la charge de plusieurs établissements à la fois (comme nous l’avons raconté dans ce papier), ont eux dit leur sentiment d’être montés au front « sans armes ni munitions » : « Nous n’avons aucun matériel et nous ne sommes pas formés à la médecine de catastrophe », regrettait le 27 mars le docteur Nathalie Maubourguet, présidente de la FFAMCO (Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad), dans cet article d’Actu.fr. Certaines ARS, comme dans les Hauts-de-France, ont cependant expliqué avoir financé l’augmentation du temps de travail de médecins coordonnateurs, jusque-là embauchés à temps partiel.

À cette difficulté s’est ajoutée celle d’un virus dont les symptômes ont été difficiles à appréhender, surtout chez la population âgée, ce que confirment plusieurs des médecins que nous avons interrogés. Là où le virus s’est introduit en premier, le manque de protections initiales s’est ajouté à l’inconnu sur le plan clinique. « Des établissements ont essuyé les plâtres, avec des symptômes que personne n’a d’abord reliés au Covid comme des chutes, des diarrhées », explique la professionnelle dans les Hauts-de-France.

« La gériatrie est une médecine de suivi, renchérit son collègue dans le Grand Ouest. Or on a pratiqué dans certains endroits une médecine de pompier. Une pneumopathie, sur une personne âgée, peut se développer sans toux ni fièvre, donc c’est difficile à détecter surtout lorsqu’on ne connaît pas les patients. »

Difficile à entendre pour les familles qui, pour nombre d’entre elles, ont été tenues éloignées de l’information. Ainsi, Pierre, dont la mère de 86 ans est tombée malade dans un Ehpad associatif en Ardèche, et qui se souvient étonné de la réponse qui lui est faite, le 22 mars, lorsqu’il se rend compte au téléphone que sa mère s’essouffle, avec une toux terrible : « On évite de faire rentrer les médecins dans l’établissement, m’a dit l’infirmière. » Sa mère sera finalement suivie à distance par un médecin de ville, avant d’être hospitalisée puis testée positive au Covid, début avril.

« Je reste extrêmement choquée par ce que j’ai vu dans certains Ehpad, confie Laetitia (le prénom a été modifié), médecin libérale depuis vingt ans. Son activité ayant baissé avec la crise, il était « impensable de ne pas venir en aide ». À partir du 22 avril, elle est appelée en tant qu’infirmière pour intervenir dans les Ehpad, et en particulier dans l’un des établissements parisiens du groupe DomusVi. « C’est une catastrophe, se souvient-elle. J’y ai travaillé deux jours, de 8 heures à 20 heures. »

Dans le bâtiment où Laetitia est chargée de dispenser les soins et de distribuer les médicaments, elle constate que « les 70 résidents ont été testés mais qu’ils soient contaminés ou pas, ils sont mélangés à tous les étages, dans des chambres mitoyennes ».

La suite du bilan est tout aussi effarante. « Trois infirmières sur quatre étaient en arrêt de travail et donc les intérimaires se relayaient. Ce problème d’effectifs et de changement continuel du personnel fait que les prescriptions n’étaient pas toujours bien suivies. Une résidente avait des antibiotiques qu’elle ne devait pas avoir par exemple. Il y a avait également un problème de matériel. Faute de pansements, certaines escarres n’étaient pas soignées. Nous avons dû confectionner des pansements de fortune. »

« Restés confinés depuis des semaines dans leur chambre », certains résidents « deviennent anxieux et leurs fonctions cognitives dégringolent. Certains ont été mis en “prévention”, avant d’avoir été testés sous antibiotique, ce qui n’a pas amélioré leur état », déplore Laetitia qui n’a eu « aucune information sur le nombre de décès. C’est une opacité qui interpelle ».

Que savaient les ARS de tels désordres, dans les régions les plus touchées ? Là encore, hormis dans les Hauts-de-France, qui ont affirmé à Mediapart avoir mobilisé la réserve sanitaire dans la région pour les Ehpad « dès la mi-mars », nous n’avons guère eu de réponses. En Île-de-France, alors que les Ehpad manquaient d’effectif et de compétence pour répondre à l’épidémie (malgré un communiqué très rassurant le 6 avril sur son site), l’agence régionale de santé a même tardé à accepter l’aide d’équipes mobiles composées de médecins et d’infirmières.

Informé de cette situation aberrante, dès le 7 avril, le professeur François Boué, chef du service de médecine interne et d’immunologie de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart alerte, par courriel, le Directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon : « Il y a un réel manque de personnel dans les Ehpad. Il est un peu difficile de savoir qui pilote réellement ça en Île-de-France, même si nous sommes en relation quotidienne avec l’ARS qui nous demande ce que l’on fait et quand en retour je leur demande ce que eux font : blanc… il y a eu un clair retard à l’allumage à ce sujet. »

Son constat ne s’arrête pas là : « Nous avons des médecins généralistes qui proposent à l’ARS de monter des équipes mobiles avec des infirmières pour intervenir dans des Ehpad. Réponse de l’ARS : ce n’est pas encore dans la “doctrine”. »

Ce n’est pas le DGS mais le directeur général de l’ARS Île-de-France, Aurélien Rousseau, qui répond au professeur Boué et cela dix jours plus tard. Il se veut très rassurant : « Près de 2 millions de masques ont été distribués aux Ehpad de la région. » Sur le plan des ressources humaines, « des moyens exceptionnels sont mis à la disposition des Ehpad ». En résumé, tout va bien et pour conclure : « L’agence régionale de santé Île-de-France est, elle, mobilisée, sans discontinuer depuis le premier jour pour enrayer la progression du Covid-19, tout particulièrement chez les personnes âgées qui en sont les premières victimes. »

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Jeanne L // 09.05.2020 à 08h17

Décidément cette épidémie montre par un effet loupe la réalité de toute la société.
Les vieux dans les Ehpad, malgré les chartes de bonne conduite, les textes sur la dignité,la bien traitance, les animations et les dépliants avec photos de mamies heureuses sont confrontés à la solitude; le travail surhumain des employés qui courent toute la journée, torchent les fesses, servent des verres d’eau, ramassent le linge souillé, redressent les corps, lavent les sols, écoutent les sonnettes, ramassent les corps tombés, etc…
D’habitude à la moindre maladie on appelle l’ambulance direction les urgences car il n’y a pas souvent de médecin sur place, d’ailleurs les médecins de ville ne font plus de visite « à domicile » et encore moins de nuit, l’infirmière n’est pas toujours là non plus .
J’ai connu les « mouroirs » en salle commune de l’hospice de vieillard d’Ivry pour ma grand mère dans les années 70, la « maison de retraite » pour ma mère il y a douze ans, familiale , sans trop de confort mais chaleureuse, entre-temps énormes travaux, confort, douches individuelles: moralité des PROTOCOLES, comme pour tout à suivre sans déroger, le temps compté, la course, la rigueur et l’indifférence malgré les formules de politesse et le « respect ».
Cette épidémie dit ce que sont devenus les vieux pour la société: des relégués, une source de revenus pour des groupes d’actionnaires, des laissés pour compte qu’on déplace, qu’on « transporte », qu’on a laissé mourir en masse dans l’indifférence et la solitude de notre société exploitant l’homme comme une chose, de notre société capitaliste..
Ils meurent! Mais quoi? Ce sont des vieux !
Laissez nous vivre! et recevoir des dividendes …

13 réactions et commentaires

  • Jeanne L // 09.05.2020 à 08h17

    Décidément cette épidémie montre par un effet loupe la réalité de toute la société.
    Les vieux dans les Ehpad, malgré les chartes de bonne conduite, les textes sur la dignité,la bien traitance, les animations et les dépliants avec photos de mamies heureuses sont confrontés à la solitude; le travail surhumain des employés qui courent toute la journée, torchent les fesses, servent des verres d’eau, ramassent le linge souillé, redressent les corps, lavent les sols, écoutent les sonnettes, ramassent les corps tombés, etc…
    D’habitude à la moindre maladie on appelle l’ambulance direction les urgences car il n’y a pas souvent de médecin sur place, d’ailleurs les médecins de ville ne font plus de visite « à domicile » et encore moins de nuit, l’infirmière n’est pas toujours là non plus .
    J’ai connu les « mouroirs » en salle commune de l’hospice de vieillard d’Ivry pour ma grand mère dans les années 70, la « maison de retraite » pour ma mère il y a douze ans, familiale , sans trop de confort mais chaleureuse, entre-temps énormes travaux, confort, douches individuelles: moralité des PROTOCOLES, comme pour tout à suivre sans déroger, le temps compté, la course, la rigueur et l’indifférence malgré les formules de politesse et le « respect ».
    Cette épidémie dit ce que sont devenus les vieux pour la société: des relégués, une source de revenus pour des groupes d’actionnaires, des laissés pour compte qu’on déplace, qu’on « transporte », qu’on a laissé mourir en masse dans l’indifférence et la solitude de notre société exploitant l’homme comme une chose, de notre société capitaliste..
    Ils meurent! Mais quoi? Ce sont des vieux !
    Laissez nous vivre! et recevoir des dividendes …

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    • VVR // 09.05.2020 à 10h43

      Concernant les « mouroirs », l’espérance de vie aprés entrée en EHPAD a pratiquement doublé, alors que les aides pour le maintient a domicile on permis de faire reculer l’age d’entrée en EHPAD. Dit autrement: on y fait survivre plus longtemps des gens en plus mauvaise santé.

      Aprés effectivement, on peut faire plus et assigner plus de personnel par patient aux EHPAD, mais comme il n’y a pas de Jesus du personnel medical pour les multiplier, ça veux dire moins de personnel dans les hopitaux. Donc l’arbitrage à moyen terme c’est est moins sur les dividendes que sur quelle augmentation de la mortalité infantile vous allez trouver acceptable pour donner 3 mois de plus a un cardiaque atteint d’alzheimer qui n’est même plus conscient d’exister ?

      Augmenter le nombre de medecins c’est pour dans 10 ans, si vous trouvez qu’on manque de médecin, adressez donc vos plaintes a Sarkozie ou Giscard d’Estaing (Chirac et Mitterrand c’est trop tard), l’inaction de Hollande ou Macron n’a pas encore eut d’effet.

        +4

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    • Wakizashi // 09.05.2020 à 14h42

      Oui, un des signaux forts montrant que notre société est malade est la façon dont on traite les vieux. Au passage qu’il soit permis de dire « les vieux », et non pas les « anciens », les « personnes âgées » et autres expressions hypocrites servant de cache-sexe pendant qu’on les entasse dans des mouroirs aseptisés. Si on ne peut pas dire qu’un vieux est vieux ou qu’un chat est un chat, c’est peut-être aussi parce qu’on a un problème avec la vieillesse… et par extension avec la mort.

      Je me fais la remarque que notre monde met les jeunes d’un côté (à l’école), les vieux de l’autre, et les… autres (les adultes disons) encore ailleurs. On ne se mélange pas trop. Chez les peuples premiers, mais pas que, on vivait en tribu et pendant que les adultes s’occupaient des tâches quotidiennes, les vieux s’occupaient des jeunes. C’est gagnant-gagnant, les vieux ont besoin d’être avec des jeunes, ça les rajeunit disent-ils tous ! Et puis comme disait je ne sais plus quel chef Indien, « sur le grand cercle de la vie, les vieux sont plus près des jeunes ».

      Sans remettre en question le fait que les jeunes aillent à l’école et retourner au mode tribal (quoi que…), il ne serait peut-être pas idiot de remplacer les EPHADS par des colocations mélangeant les vieux avec des étudiants, et avec des jeunes en général. Les uns pourraient s’occuper des autres, le tout pour moins cher, et l’on retrouverait un peu de cette complémentarité intergénérationnelle qui existait chez les peuples premiers.

        +5

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      • Karine // 09.05.2020 à 22h55

        J’ai déjà vu des reportages sur des expériences de ce genre, et c’était très positif. J’ai plusieurs fois vu des vieux qui rajeunissaient quand ils étaient obligés de s’occuper d’autres personnes, à quelque niveau que ce soit… être au bout d’une ligne, seul, ne réussit pas à grand monde!

          +2

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  • catherine // 09.05.2020 à 08h31

    Merci de relayer cette enquête qui est fondamentale pour comprendre la mortalité dans cette épisode, d’autant plus que le nombre de décès est abondé pour presque la moitié par ceux en Ehpad.

    On aura sans doute à enquêter sur ces décés probablement évitables.

    On a vu des choses effroyables en Espagne :

    https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Coronavirus-Espagne-tragedie-maisons-retraite-2020-04-25-1201091155

    Tout cela pose la question du huis clos dans lequel a été menée la gestion de la santé physique et psychique de ces pauvres personnes d’où les familles ont été purement et simplement exclues, empêchant tout contrôle de ces dernières.

    Il faut aussi rendre justice aux établissement dans lesquels la direction et le personnel ont été remarquables.

    Mais dans tous les cas il sera difficile de déterminer la part de la négligence de la part du Covid 19 dans cette hécatombe où la panique stupidement générée par les pouvoirs publiques a fait fuir une part importante du personnel.

      +11

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    • panpan // 09.05.2020 à 14h54

      Le Président du Conseil National Professionnel (CNP) de Gériatrie (qui fédère les 8 composantes nationales de la gériatrie française), le Pr Claude JEANDEL, à adressé une lettre ouverte au Ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran :
      … « Cependant, notre inquiétude demeure réelle quant aux risques persistants de décès évitables dans l’hypothèse où l’accès aux établissements sanitaires ne serait pas amélioré pour les résidents ou personnes âgées à domicile suspects d’infection Covid 19 et dont le pronostic vital est en jeu dès lors que ces derniers disposent des réserves physiologiques nécessaires susceptibles de surmonter une telle épreuve. En effet, trois situations relevant de réponses différenciées peuvent se présenter en EHPAD ou à domicile et doivent être bien distinguées…
      « 9 mesures pour atténuer l’impact de l’infection à Covid 19 sur les personnes âgées dépendantes résidant en EHPAD ou vivant à domicile…
      Lettre publiée le dimanche 29 mars 2020 : https://sfgg.org/actualites/lettre-ouverte-au-ministre-des-solidarites-et-de-la-sante-olivier-veran/

        +1

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  • Malbrough // 09.05.2020 à 08h43

    Ce genre d’établissement ne peut pas être géré que de l’intérieur , sans vérifications externes .
    Seulement voilà : les inspecteurs , les contrôleurs indépendants ont été jugés inopportuns .
    Et mis à l’écart .
    Trop coûteux pour l’état , qui est devenu en outre so libéral …
    …Laissez faire ….laissez aller …libre entreprise etc etc ….!
    Ce qui débouche directement sur des catastrophes parfaitement récurrentes et prévisibles .

      +7

    Alerter
    • Patrick // 09.05.2020 à 09h40

      Laissez faire au quotidien ne veut pas dire ne rien faire.
      Les affaires cités dans l’article devraient clairement se terminer au tribunal … Et en taule pour les responsables.

        +7

      Alerter
      • Didier // 09.05.2020 à 15h34

        « Devraient », oui…
        Mais ne le seront pas…

        Alors que le moindre salarié dérobant un trombone dans son entreprise, est immédiatement licencié.

          +3

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  • laurjoli // 09.05.2020 à 09h21

    Bonjour,
    Dans ces structures, il y a une pénurie médicale oui mais il y a un médicament pour tuer les personnes agées ! Le rivotril, dont voici un extrait de son AMM :
    Contre-indications du médicament RIVOTRIL
    Ce médicament ne doit pas être utilisé dans les cas suivants : insuffisance respiratoire grave,
    syndrome d’apnée du sommeil,
    insuffisance hépatique grave,
    myasthénie.
    Et oui dans ces structures, on a pratiqué l’euthanasie active!
    On est en France en 2020 !

      +11

    Alerter
  • Santerre // 09.05.2020 à 09h36

    Tout le personnel médical imaginable ne changera rien au fait que ce gouvernement de monstres cyniques a deliberement donné la consigne aux ARS de refuser l’accès aux soins hospitaliers pour les pensionnaires des EHPAD. Et ce A PRIORI, et meme dans les régions où les hopitaux n’ont jamais été saturés.LE Canard Enchaîné a confirmé ceci. Et ce crime contre l’humanité n’a l’air d’interesser personne. Ni les médias, ni les politiciens hormis NDA, ni Les Crise ni Regis de Castelnau. Et pourtant il s’agit clairement du plus énorme scandale de cette crise.
    Olivier, ce silence nous rend complice de cette monstruosité.
    C’est quoi cette société où on sacrifie une partie de la population sur critère ?
    Pourquoi cela ne revolte-il personne?
    Alors que le bruit aurait été enorme si on avait refusé l’accès aux soins aux migrants illégaux, ou aux beneficiaires du RSA, ou aux diabetiques, aux fumeurs ou je ne sais quoi.
    Notre peuple décérébré et dégénéré, confit d’abject egoisme devrait pourtant mediter ce vieux dicton ashkénaze : « quand on brule un juif on finit toujours par bruler un goï ».
    Et bien quand on sacrifiie les vieux, on finit par sacrifier n’importe quel pan de la population.
    On a libéré les taulards comme l’agresseur de Marin pour cause de Covid et on a enfermé seuls et à double tour nos vieux et on leur a interdit les soins d’un système de santé qu’ils ont bâti .
    MAIS REVEILLEZ VOUS BON SANG!!!

      +24

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  • Jean-Pierre Georges-Pichot // 09.05.2020 à 09h53

    Les plus confinés sont les plus morts, et leur mort justifie le confinement. Cherchez l’erreur.

      +4

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  • EugenieGrandet // 09.05.2020 à 10h12

    Indépendamment du coronavirus, les Ehpad n’étaient donc pas équipés en masques. C’est là leur faute.
    Contrairement à une citation, « ma mère a été trahie par la République » (toujours l’Etat ou ici la République), j’y vois une faute d’organisation de ces établissements tournés vers la rentabilité (alors que souvent le personnel y est plutôt dévoué mais fait avec les moyens du bord.)

    Par ailleurs, un article dans Le Monde indiquait via plusieurs témoignages de soignants d’Ehpad que les décès n’étaient pas la plupart du temps de nature respiratoire (heureusement) mais que souvent le corps fatigué avait lâché devant une attaque extérieure.
    Je respecte les médecins et soignants qui ont dû gérer des situations compliquées, pourvu qu’ils l’aient fait en leur âme et conscience.

      +2

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