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6.mai.20206.5.2020
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Didier Raoult : Les graves manipulations scientifiques (Partie 4)

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Plan Partie 4 :

VII. La promotion d’études illégales

Notez que Raoult ne publie JAMAIS d’information sur les essais qui ne montrent pas d’efficacité de la chloroquine, et encore moins ceux qui montrent la dangerosité de son protocole.

A contrario, il promeut d’autres études comme ici, le 18 avril dernier :

Cette promotion est très intéressante, notamment pour illustrer ses manipulations.

De quelle étude parle-t-il ? Voici un résumé de cette étude brésilienne portée par l’Institut Prevent Senior (comme ce n’est même pas une pré-publication, elle est simplement déposée sur le site de partage de fichiers Dropbox ! – voir ici) :

Des médecins brésiliens de Sao Paulo ont inclus 636 patients qui avaient des « symptômes de la grippe » pendant plus de 2 jours, et les ont suivis à distance par télémédecine.

Les 224 qui ont refusé le « protocole Raoult » ont constitué le groupe contrôle (ce qui est une mauvaise méthode pour constituer un groupe contrôle).

Mais le plus drôle, et c’est incroyable : les patients n’ont pas été testés !

On ne sait même pas s’ils ont le Covid ; ils ont juste des symptômes grippaux, qui peuvent très bien être ceux… de la grippe !

On voit d’ailleurs que 53 % des traités toussent, mais seulement 26 % du groupe contrôle, qui a donc probablement d’autres maladies…

Et sur un échantillon, 70 % des traités ont une tomographie des poumons évoquant le Covid, mais seulement 41 % du groupe contrôle.

C’est vraiment n’importe quoi…

Dès lors, le résultat montrant une moindre hospitalisation des traités n’a aucune signification scientifique :

Et notez bien une autre ânerie statistique : l’équipe a segmenté suivant que le traitement a été pris tôt (avant 7 jours de symptômes) ou tard (après 7 jours). Or, vous ne pouvez rien conclure de ceci, car le pronostic d’hospitalisation n’est pas seulement lié au traitement pris, mais aussi à la durée des symptômes : si vous avez des symptômes depuis plus d’une semaine, vous avez plus de chance d’être hospitalisé que si vous n’avez eu que 3 jours de toux…

Le chercheur Gaetan Burgio a bien résumé le problème, qualifiant cette étude d' »atroce » :

Il rappelle également qu’elle a en fait été réalisée par un opérateur de santé promouvant une application de télémédecine dans le traitement du Covid-19″. Le conflit d’intérêt est flagrant.(source) :

Bref, de nouveau, une illustration de la mauvaise qualité des essais cliniques. Et une illustration de la volonté de manipuler de Raoult…

Ce dernier s’est en effet bien gardé de tweeter à propos des résultats de cette étude française qui concluait à l’inefficacité de l’hydroxychloroquine (source) :

Ou encore celle-ci, qui concluait à la dangerosité apparente du protocole Raoult, avec une mortalité cardiaque doublée (source) :

De même, Raoult ne considère pas utile d’informer ses abonnés que l’autorité médicale américaine considère qu’il ne faut surtout pas utiliser la chloroquine en dehors d’essais cliniques (source) :

Mais rien de surprenant, car comme nous l’avions indiqué à la fin de notre premier billet le 26 mars :

« Raoult et l’éthique, ça fait 40 »

Mais cette triste histoire ne s’arrête malheureusement pas là.

Car Raoult avait raison : cette publication a bien fait parler d’elle (source vf et vo – Google Trad) :

L’étude a été suspendue, car elle n’a pas été déclarée conformément à la loi… Et ce n’est pas tout :

Donc cette mention de l’étude est un faux :

D’ailleurs, la déclaration sur le site officiel est également fausse (source) :

Il y a en effet plus de 700 participants et pas 200…

L’étude a été déclarée le 16 avril :

et il était indiqué qu’elle commencerait le 20 avril :

alors que l’étude indique :

Les patients ont été recrutés entre le 26 mars et le 4 avril, et donc l’étude était terminée le 20 avril…

Bref, c’est une étude parfaitement illégale (comme à Marseille).

Mais là encore, Didier Raoult n’a pas jugé utile d’informer ses abonnés de tout ceci…

VIII. Une sommité internationale de la manipulation

Le 22 avril, Raoult publie ce tweet :

Il renvoie à cet article de l’IHU (source) :

critiquant cette étude américaine (source) :

Cette étude américaine est une (vraie) analyse rétrospective portant sur 368 vétérans américains atteints du Covid-19 et soignés du 9 mars au 11 avril dans tous les centres américains de l’administration des Vétérans, après extraction informatique des données. Elle conclut ceci :

Le taux de mortalité était notablement inférieur pour les vétérans n’ayant pas reçu de chloroquine.

Voici donc la réponse incroyable de Raoult :

Il indique qu’il n’y avait pas tout à fait le même état de gravité entre les groupes.

C’est vrai, mais c’est incroyable de le voir dire ceci, vu que c’était aussi le cas dans l’essai clinique du mois de mars à l’IHU !

Par ailleurs, les auteurs le savent bien, et ont corrigé ce biais (page 12) :

Raoult poursuit alors, accusant carrément les auteurs d’être « plus proches de la fraude scientifique que de l’analyse raisonnable » :

Même en modifiant le point soulevé par Raoult, les conclusions restent inchangées, comme d’autres scientifiques l’ont montré…

Le plus incroyable est probablement cette phrase :

Outre que Raoult accuse les auteurs de biais volontaires, il appelle la chloroquine « le médicament le plus sûr« , en s’appuyant sur l’étude de Lane et al. (source) :

Non vous ne rêvez pas : pour dégommer l’étude américaine qui dit que l’hydroxychloroquine est dangereuse, Raoult cite une étude qui dit l’hydroxychloroquine n’est pas très dangereuse SAUF si on rajoute de l’azithromycine, car dans ce cas-là, la mortalité est doublée. Il cite donc sans sourciller une étude qui montre que son protocole double la mortalité, et il n’en tire aucune conclusion…

C’est tout simplement incroyable….

En conclusion, soulignons ce trait saillant chez Raoult : la propension à accuser violemment les autres de ce qu’il fait lui-même… La lecture du début et de la fin de son article est pour cela hallucinante, et rappelle la métaphore de la paille et de la poutre dans l’œil.

Un tel comportement n’est évidemment pas passé inaperçu au niveau des spécialistes internationaux :

« Les études de Raoult ne démontrent rien du tout. Elles sont incroyablement vides d’informations »

« Tout ceci est hilarant […] L’hypocrisie est stupéfiante »

Le 22 avril toujours, Raoult attaque avec virulence la scientifique américaine, Elisabeth Bik, spécialisée dans la détection des fraudes scientifiques, qui avait été en pointe dans la dénonciation de son essai clinique :

Il l’accuse de mener des « chasses aux sorcières » et des « combats paranoïaques », en ayant parlé d’une « étude frauduleuse », une « fake news » qui montrait la non-efficacité de la chloroquine. Ce qui ne manque pas de sel au vu de tout ce qui précède…

Cela lui a valu ces réponses de 3 fameux chasseurs de fraudeurs :

Ici l’allemand Leonid Schneider :

« Vous avez échangé vos téléphones avec Trump ? »

Ici le franco-australien Gaetan Burgio :

« Totalement inacceptable »

Et cette prise de position de David Gorski, un autre chasseur réputé de fraudeurs :

« Vous êtes un imbécile et un fraudeur »

« Didier Raoult est une personne méprisable »

Rappelons aussi cet article de CNN (source) :

Tout ceci montre que nous avons bien affaire à une « sommité internationale »… de la manipulation…

Et les conséquences de ceci sont très graves pour l’image de la recherche française :

X. S’enfoncer toujours plus loin dans les mensonges

Le 24 avril, l’IHU accuse carrément une équipe de « fraude scientifique pour démontrer l’absence d’efficacité de l’hydroxychloroquine » (source) :

Pourtant, comme l’a montré un célèbre scientifique américain, à partir des propres calculs de l’IHU dans leur article (source) :

Il n’y a toujours aucune preuve d’efficacité une fois la correction suggérée par Raoult faite…

 

Le 24 avril, Raoult a également publié ce tweet à propos de la légalité de ses actions :

renvoyant vers cette communication (source) :

« L’étude “Clinical and microbiological effect of a combination of hydroxychloroquine and azithromycin in 80 COVID-19 patients with at least a six-day follow up: an observational study » publiée le 27 mars 2020 par le Professeur Didier Raoult et son équipe était rétrospective observationnelle et n’entrait pas dans le cadre d’une Recherche Impliquant la Personne Humaine (RIPH) (Article L1121-1 1° du Code de la Santé Publique). En effet, aucune procédure additionnelle aux soins courants n’a été pratiquée sur ces quatre-vingt patients. Les données issues de leurs dossiers cliniques ont été analysées a posteriori. L’hypothèse que l’étude serait une intervention sur la personne non justifiée par sa prise en charge habituelle est fausse car il n’y a eu aucune autre intervention que celles justifiées par les soins courants. […] »

Le mensonge est ici patent, ce traitement n’est en rien une administration de « soins courants » – toutes les autorités médicales ayant d’ailleurs indiqué qu’il fallait le réserver à des essais cliniques…

« Alors que les connaissances sur le virus et la maladie qu’il cause évoluent au rythme galopant de l’épidémie, les médecins ont administré à leurs patients, en s’appuyant sur les principes énoncés dans le communiqué de presse du 21 mars, ([i]) ce qui leur a paru être le meilleur traitement possible, en fonction des connaissances scientifiques du moment, et de la présentation clinique et du respect des contrindications [sic.] de chacun. La pratique clinique normale n’est pas décrite dans le contexte d’une maladie émergente et jusqu’ici inconnue, mais elle doit faire appel aux données de la science dans son intégralité, aux essais cliniques antérieurs, à la pratique médicale internationale ayant déjà fait face à la maladie, au bénéfice des patients sur la responsabilité du médecin, y compris la prescription de médicaments hors AMM. Dans ce sens, le Professeur Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé, par mail en date du 28 février 2020, écrivait au Professeur Raoult.

« …s’agissant d’un accès au traitement par hydroxychloroquine en dehors d’un protocole de recherche, je vous rappelle que tout médecin, dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science, est libre de ses prescriptions. Cela relève donc de la responsabilité de chaque médecin ».

Salomon, dans son mail (hélas tronqué), il rappelle bien qu’un médecin est libre (mais engage sa responsabilité) de prescrire « compte tenu des données acquises de la science ». Or, il tombe sous le sens, que Raoult ne peut s’appuyer sur rien concernant le protocole qu’il a lui-même inventé…

« L’utilisation de l’hydroxychloroquine a été validée par le décret du 25 mars 2020 (i) pris dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, et son association avec l’azithromycine, dans le cas de suspicion de surinfection de pneumopathie, est un traitement usuel qui n’a rien d’expérimental. »

Primo, il est étonnant de faire référence à un décret du 25 mars pour un traitement administré antérieurement ; secundo, cela ne change rien à la réalisation d’un essai clinique ; tertio, l’association avec l’azithromycine est totalement expérimentale comme cela a été rappelé plusieurs fois (voir ici).

« C’est bien a posteriori, dans le cadre d’une étude rétrospective, que les données recueillies anonymement à partir des dossiers de ces patients ont été analysées pour décrire les résultats de la prise en charge et des traitements administrés par les médecins. Il est important d’insister sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un essai thérapeutique (qui relèverait d’une RIPH de catégorie I). Les médecins, toujours en s’appuyant sur les principes énoncés dans le communiqué de presse du 21 mars,(i) ont en effet jugé éthiquement inacceptable de mener un essai thérapeutique, car l’état des connaissances au moment de l’étude permettait de réfuter le principe d’équivalence clinique (équipoise) qui justifierait un essai contrôlé du traitement du Covid-19 par la combinaison hydroxychloroquine-azithromycine, soit vs placebo (ou de simples soins de support), soit vs un traitement n’ayant pas montré efficacité et innocuité.

Contrairement à ce qui a été avancé par certains, dans le respect de la Loi, dite « Loi Jardé » et des modalités de classement des protocoles de recherche médicale selon l’interprétation de cette loi,([ii]) il s’agit bien d’une étude rétrospective sur données médicales, pour laquelle ni l’avis d’un CPP, ni celui de l’ANSM est requis. Le fait de réaliser de façon très rapide – rapidité qui est plus que justifiée par la situation d’urgence épidémique et l’importance d’informer rapidement la communauté médicale pour adapter la prise en charge des patients nouvellement atteints de cette maladie aux connaissances les plus récentes – une étude observationnelle sur l’effet des traitements n’est ni une violation des règles légales ni une remise en cause de la nécessité de solliciter l’avis d’un CPP lorsqu’il s’agit d’une étude impliquant la personne humaine. Ceux qui en ont tiré ces conclusions ont interprété à tort qu’il s’agissait d’une RIPH. »

Là encore, la manipulation est claire : à aucun moment, le protocole Raoult n’a montré ni efficacité ni innocuité – il y a même eu des alertes inquiétantes le concernant.

On voit encore ici la principale caractéristique du Raoultisme : le mensonge pour manipuler la population.

Par ailleurs, le 23 avril, l’Ordre des médecins avait publié cette mise au point visant entre les lignes Raoult :

Le 26 avril, Raoult leur a répondu sans se démonter, poursuivant ses mensonges :

Pourtant, il n’y a évidemment aucune « surveillance » réelle de 3 000 patients en ambulatoire – ce terme voulant dire dans ce contexte surveillance permanente à l’hôpital…

Surtout quand ici son bras droit répète bien que c’est distribué à TOUS les patients atteints du Covid-19 :

Le plus impressionnant est cette déclaration de Macron le 9 avril, après sa visite à Marseille (source) :

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6 réactions et commentaires

  • DD // 06.05.2020 à 08h07

    et sinon vous faites quoi d’autres à part critiquer?

  • Raphaël // 06.05.2020 à 08h46

    En terme de religion les déistes et non déistes se font une guerre sauvage depuis l’aube des temps. Vous avez choisi votre camp en attaquant sous l’angle de la forme des publications car comme vous le répétez souvent n’êtes pas épidémiologistes. Cette constatation aurez du vous placer au dessus de la mêlée comme agnostique. C’est votre péché originel.

    En vous positionnant sur le fond, vous auriez pu vous pencher sur le taux de mortalité élevée de la France par rapport à d’autre pays et ses différences au sein même du pays. Bouches du Rhône plus bas par exemple, ce qui est étonnant alors que d’après vos recherches il devrait être deux fois plus élevés si je comprends bien vos conclusions sur le protocole Raoult.

    Les publications de Raoult relatives au covid sont de très mauvaises études scientifiques et j’étais convaincu dès le départ car il s’agit au mieux d’observation mais vous n’avez jamais répondu à la seule question qui vaille en période d’épidémie : est il un bon traitement ? Vous prétendez y répondre à travers d’autres etudes plus formelles comme si une équation magique s’imposait mauvaise étude mauvais traitement. Discovery arrivera peut être un jour avec une conclusion du style « tel traitement » est meilleur que celui-ci mais qui pourra dire qu’elle a contribué à lutter contre l’épidémie ? Elle sera par contre, j’en suis certain, impeccable sur la méthode.

    Si c’est tout ce qui compte alors amen…
    Le premier avertissement était utile mais les aboiements successifs superflus. J’apprécie beaucoup vos angles de vue différents, ici vous êtes plutôt mainstream et, je pense, à côté du débat. Vous participez à une inquisition contre la sorcellerie et cela n’intéresse que le clergé.

    • juju77 // 06.05.2020 à 09h56

      « Vous auriez pu vous pencher sur le taux de mortalité élevée de la France par rapport à d’autre pays et ses différences au sein même du pays. Bouches du Rhône plus bas par exemple, ce qui est étonnant alors que d’après vos recherches il devrait être deux fois plus élevés si je comprends bien vos conclusions sur le protocole Raoult. »

      les réponses a vos questions sont dans la partie 3

      • Raphaël // 06.05.2020 à 13h18

        Oui en effet pas de différence à priori sur ces vieux chiffres (hopital et reste du département en partiuclier), la conclusion pourtant des études à charge montrent une mortalité 2 fois supérieure quand la chloroquine est associé avec une antiviral cela n’ont plus à priori ne se reflètent pas dans le réel décrit par ces chiffres. Alors qu’en conclure ? rien malheureusement car ici : https://www.lci.fr/sante/coronavirus-les-bouches-du-rhone-comptent-elles-moins-de-morts-que-les-autres-departements-2150557.html

        il est dit que nous sommes incapables d’en tirer des conclusions qui sont pourtant faites dans cette partie 3.
        Je préfère que les crises explorent d’autres portes plutôt que d’enfoncer des portes ouvertes par Patrick Cohen et C Askolovitch. Ils me semblent que son talent à dénicher d’autres angles de vues et gâché en conservant le même angle d’attaque stérile.

    • Olivier // 07.05.2020 à 08h23

      « Vous avez choisi votre camp en attaquant sous l’angle de la forme des publications »

      Il m’est avis que l’essentiel des critiques portent bien sur le fond.

  • Dubreuil // 06.05.2020 à 09h15

    Perso autant je suis intéressé par les etudes stats de la première partie parce qu effectivement l’équipe ihu aurait pubet dubfournir plus de données epermettant d aprecier les resultats, autant je suis favorable a la position de rapult sur l administration de soins usuels et la notion d etude rétrospective.

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