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2.mai.20202.5.2020 // Les Crises

Faute de protection, des soignants souffrent, contaminent et succombent

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Source : Mediapart

Des milliers de professionnels de santé et de pompiers sont aujourd’hui contaminés. Certains souffrent et meurent. D’autres continuent à travailler, et propagent ainsi le virus. L’AP-HP envisage pourtant de systématiser ce fonctionnement, selon une note interne obtenue par Mediapart.

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Leur situation n’est jamais évoquée dans les statistiques diffusées chaque soir par le directeur général de la santé Jérôme Salomon. Pourtant, pas assez protégés, les soignants tombent malades, contaminent leurs propres patients, leurs proches, et meurent de l’épidémie. Le phénomène, d’une ampleur inédite, suscite l’inquiétude et l’exaspération de soignants, qui ne devraient pas être rassurés par une note interne de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) que Mediapart s’est procurée : le navire amiral des hôpitaux français prévoit de continuer à faire travailler, dans la perspective du déconfinement, les soignants testés positifs au Covid peu symptomatiques et non immunisés.

Initialement rédigée le 11 avril, la note a été mise à jour le 13 avril, après l’annonce par Emmanuel Macron de la date du 11 mai pour le déconfinement. Sur six pages, Martin Hirsch, son directeur adjoint François Crémieux, son directeur médical de crise, le professeur Bruno Riou, et son directeur de la stratégie de transformation de l’AP-HP, Frédéric Batteux, listent les risques auxquels l’AP-HP doit faire face, les solutions envisagées et la préparation du déconfinement.

« Les soignants étant exposés, il est indispensable de les considérer comme prioritaires pour les tests », indique le patron de l’AP-HP dans le document. Avant d’expliquer qu’une partie du personnel, même s’il est testé positif, devra en réalité continuer à travailler : « Induire une politique large d’éviction (des PCR + [testés positifs] pas ou peu symptomatiques ou des non immunisés) rendrait impossible la continuité du système des soins », justifie-t’il.

La direction de l’AP-HP organise ainsi la mise en danger des soignants mais sait que « cela sera un point très délicat à discuter et à faire accepter avant de commencer le dépistage à large échelle dans ces populations ». D’autant que le personnel est déjà exposé aux risques de « l’épuisement, du burn-out et du stress post-traumatique », exacerbés par « les premiers décès qui surviennent parmi les soignants » et par « l’extrême frustration de devoir toujours rationner les équipements de protections et certains médicaments ».

« L’exposition au risque est réelle et se traduit maintenant par des décès », reconnaît Martin Hirsch, en estimant qu’« il faut vite pouvoir leur dire [aux soignants] que leur situation est bien prise en compte », pour « éviter toute démobilisation alors que la crise sanitaire va se prolonger ».

Interrogée sur cette nouvelle doctrine, l’AP-HP minimise en parlant d’une « réflexion générale », et indique que la « politique appliquée » est celle d’un dépistage massif pour la sécurité du personnel. Mais ce nouvel hiatus illustre, si c’était nécessaire, l’absolue confusion qui règne : personne ne teste de la même façon, personne n’applique les mêmes précautions, personne ne fait remonter les infos à l’identique, et, dans ce contexte, il est impossible d’obtenir des statistiques nationales fiables.

À l’AP-HP, sur 100 000 personnels, 4 275 ont présenté des tests positifs au Covid-19. « 7 sont en réanimation et 3 sont décédés », précise Olivier Youinou, co-secrétaire du syndicat SUD Santé. L’AP-HP se félicite de son côté, le 23 avril, que « le nombre de personnels atteints par le virus continue à diminuer ».

Le 20 avril, 35 soignants ont été testés positifs, alors qu’ils étaient 200 en moyenne chaque jour deux semaines plus tôt. Selon nos calculs, au 14 avril, près d’un quart des tests positifs pratiqués dans les hôpitaux de Paris concernaient des soignants. Les autres établissements ne sont pas en reste : selon un document interne de l’Agence régionale de santé Île-de-France que nous avons pu consulter, le nombre de cas dans les établissements sociaux et médico-sociaux s’élève, au vendredi 24 avril, à 14 797 (225 nouveaux cas en 24 heures), dont 8 942 pour les seuls Ehpad de la région.

Les mêmes chiffres, impressionnants, témoignent de la déflagration de l’épidémie dans les hôpitaux de l’est du pays. Depuis le 1er mars, 571 agents de l’hôpital de Mulhouse ont été placés en arrêt de travail pour « Covid avéré ou suspecté ». Soit près de 10 % du personnel. « 26 professionnels ont été hospitalisés. » À ce jour, il y en a encore « 17 », selon la direction. « Aux urgences, environ 20 % du service a été contaminé », témoigne une infirmière de cet hôpital, qui dit avoir « baigné dans le virus pendant des semaines ».

À Strasbourg, 570 professionnels des hôpitaux universitaires ont été dépistés Covid positifs au jeudi 23 avril, dont « 235 » sont revenus au travail, indique l’établissement. Aux hôpitaux civils de Colmar, on comptabilise « 358 résultats Covid-19 positifs » depuis la mise en place d’un centre de prélèvements pour les soignants. Un médecin est hospitalisé.

Extrait de la note de l’AP-HP du 13 avril. © Document Mediapart

L’hôpital est-il aujourd’hui un cluster, c’est-à-dire un lieu ou l’épidémie circule encore activement ? En réponse à nos questions, l’AP-HP affirme que « la grande majorité des cas de Covid-19 est d’acquisition communautaire et non hospitalière dans [ses] hôpitaux ». Cette thèse est de plus en plus contestée.

Le dernier soignant décédé, le médecin urgentiste de Lons-le-Saunier Éric Loupiac, 60 ans, mort du Covid-19 jeudi 23 avril, avait été contaminé le 6 mars, « au contact d’un des premiers patients atteints du Covid-19 qui s’est présenté dans [leur] service d’urgences », explique un de ses collègues, infirmier. « Il a été contaminé au début de l’épidémie, quand on nous disait que les masques n’étaient pas si importants », s’agace le médecin urgentiste Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui décrit Éric Loupiac comme « un homme de 60 ans en bonne santé, sportif, qui ne présentait pas de facteur de risques ».

Le professeur Éric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, rappelle que « l’hôpital est un important foyer potentiel de contamination dans tous les pays du monde ». « En France, ajoute-t-il, des soignants continuent à travailler alors qu’ils sont positifs, d’autres ne se font pas dépister malgré l’existence de symptômes évocateurs ». Autrement dit : rien n’est fait pour bloquer la circulation du virus à l’hôpital

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Commentaire recommandé

Malaparte // 02.05.2020 à 08h00

Le communiqué de presse de l’ordre des pharmaciens du 30/04/20 :
http://www.ordre.pharmacien.fr/Communications/Communiques-de-presse/Les-masques-tombent
Les masques ne sont que pour les travailleurs du capital pas pour les travailleurs du social ou du médical ou de la justice ! Ces gens ne produisent rien, ne font que vivre au crochet du capital, ils peuvent crever… Si tu travailles pour le capital, en revanche, tu auras bien ton nonoss…

21 réactions et commentaires

  • Malaparte // 02.05.2020 à 08h00

    Le communiqué de presse de l’ordre des pharmaciens du 30/04/20 :
    http://www.ordre.pharmacien.fr/Communications/Communiques-de-presse/Les-masques-tombent
    Les masques ne sont que pour les travailleurs du capital pas pour les travailleurs du social ou du médical ou de la justice ! Ces gens ne produisent rien, ne font que vivre au crochet du capital, ils peuvent crever… Si tu travailles pour le capital, en revanche, tu auras bien ton nonoss…

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    • Patrick // 02.05.2020 à 17h26

      On se calme sur ce coup là.
      L’état a tout foiré depuis le début, les masques étaient inutiles , ils étaient même dangereux , il fallait les réquisitionner et en interdire la vente ..
      Pour le gel, blocage des prix .
      Réquisition et blocage des prix : la meilleure recette pour une pénurie.
      Et puis d’un seul coup , panique totale , il faut des masques pour tout le monde , donc il faut en approvisionner alors on fait appel à ceux qui savent faire ( approvisionner et distribuer ).
      Les acheteurs de la GMS connaissent les circuits , ils ont les bons contacts sur place .. suffit de leur demander.
      Encore une fois , l’état a juste créer les problèmes.

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      • Robert // 03.05.2020 à 11h20

        Vous vous trompez de coupable. l’État est un instrument au service des capitalistes qui en ont pris le pouvoir. Le gouvernement est un groupe de gens qui ne doivent pas leur pouvoir à la légitimité démocratique mais aux puissances d’argent qui manipulent l’information à l’attention des citoyens. Le seul coupable, c’est le gouvernement qui aurait pu demander aux acheteurs de la très puissante industrie du commerce.. Il ne l’a pas fait. C’est factuel or ce ne sont pas des imbéciles donc ce qu’ils font ou ne font pas, ils le font volontairement.

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  • jean 2″ // 02.05.2020 à 09h02

    hjrsh, hirsh!!! Comment cet individu est-il arrivé à ce poste? Comment a-t-il remplacé l’abbé
    Pierre ? et on peut continuer sur les incohérences, comment fabius est-il au conseil d’état ? Comment ? Comment tout ça ?..Je comprends pas!!!

      +26

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    • Patrick // 02.05.2020 à 17h28

      Hirsh à la tête d’un monstre de 100.000 employés
      Et vous vous étonnez que ça foire ? ça aurait pu être pire , ils auraient pu nommer Minc

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  • JEAN PHILIPPE REUTER // 02.05.2020 à 09h35

    bien noter les noms des responsables cités dans l article pour les traduire en justice plus tard!

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  • Julie // 02.05.2020 à 10h39

    Peut-on m expliquer ces courbes?
    Pourquoi les pays où le confinement est le plus strict ont plus de mortalité par rapport aux pays d’Euerope du Nord où les magasins sont ouverts (et pas juste les supermarchés) et où les gens sont encouragés à sortir de chez eux marcher ou faire du sport, et pas obligés non plus de garder 1 m de distance avec les gens de leur maisonnée (ce qui ne fait aucun sens…à moins qu’en plus on veuille leur interdire de parler de peur des postillons?)
    https://easyupload.io/zum772

      +6

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    • Recits d’Yves // 02.05.2020 à 12h54

      Parce que leur système de santé était prêt à affronter une pandémie (nombre de lits proportionnel à al population visée) et que les citoyens ont un culture plutôt obéissante.
      Dans notre cas, il aurait fallu changer de paradigme:
      – Respecter les règles de distanciations sociales ou vous serez confiné et cela plutôt que de punir de 135€ des citoyens que le gouvernement aura contribué à tuer.

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    • catherine // 02.05.2020 à 13h47

      Il faut rapporter à la population, dans votre lien il s’agit du nombre de décès mais pas par million d’habitants.

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  • domdom // 02.05.2020 à 11h05

    J’espère que les familles des soignants décédés mettront judiciairement en cause ceux qui sont responsables de leur disparition. Ça ne ramènera pas leurs proche mais la sanction des responsables d’homicide involontaire les aidera peut-être à faire leur deuil face aux menteurs incompétents.

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    • Catalina // 03.05.2020 à 05h56

      « homicide involontaire » était la raison de juger fabius et consorts, ils n’ont rien eut du tout ! ces gens-là en réchappent toujours, quoiqu’ils fassent, c’est ça la justice à la française !

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  • Julie // 02.05.2020 à 11h10

    Et pourquoi voit-on des régions où il y a zéro cas (c’est à cela que sert une vraie quarantaine normalement, à identifier les clusters) se voir obligées à un confinement sévère? Au lieu d’aider les petits commerces de ces régions là à alimenter/vendre dans toute la région, puisque transporteurs et services postaux publics et privés fonctionnent?
    Cela ressemble à une punition collective: pour interdire aux riches de venir s’installer vite fait dans les régions sans virus, on impose à tout le pays de rester chez soi. Cela n’aide qu’à détruire la santé de ces gens privés de mouvement, de soleil, et de toute activité non-anxyogène.
    Observer cela depuis les pays du Nord de l’Europe, où les gens ont continué à pouvoir sortir sans attestation et en groupe (la maisonnée), où les magasins (sauf grandes surfaces vêtements; coiffeurs; beauté; massage; et bien sûr les restaurants bars etc) sont ouverts, est effrayant. Vous détruisez tout pour vendre ensuite au rabais ou quoi?

      +12

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    • Emile // 02.05.2020 à 11h59

      Il y a plusieurs raisons. Tout d’abord le confinement indifférencié a été décidé dans l’urgence pour freiner l’épidémie. Il aurait sans doute été plus efficace de confiner les foyers de contamination. C’est ce qui a été fait dans d’autres pays: Dès qu’il y a des cas dans une ville, on confine la ville, pas tout le pays. Ca aurait été faisable au début de l’épidémie. Mais lorsque le confinement a été mis en place on commençait à recenser des cas dispersés. Les autorités étaient en retard d’une guerre et avaient probablement du mal à cerner l’étendue réelle de la propagation.

      Au delà de ça il y a des considérations juridiques assez pénibles. Quand on a commencé à parler de déconfiner par tranche d’âge (les moins a risque pouvant sortir), certains on commencé à hurler à la discrimination. Des juristes sont monté au créneau, indiquant que ce serait illégal.
      Quand on a parler de la faire par région, idem, des juristes ont hurler à la rupture d’égalité. Au non d’une égalité dévoyée, on tape sur tout le monde sans distinction.

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      • Véro // 02.05.2020 à 15h11

        Pour ce qui concerne le critère d’âge c’est vrai qu’il y aurait eu discrimination.

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        • Catalina // 03.05.2020 à 05h59

          et ben…..allez le mot est jeté « discrimination », c’est pathétique de voir ça, et oui, les plus de 65 ans sont plus à risque et parler de « discrimination » au lieu de anticipation-protection est juste assassin.

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          • Jean-Pierre Georges-Pichot // 03.05.2020 à 12h50

            Excusez-moi, mais j’ai beau être vieux, je me souviens encore de ma date de naissance. Alors je suis le mieux placé pour savoir si j’ai plus peur de mourir de maladie ou d’ennui, et d’en évaluer les risques. Cela ne regarde que moi. Si le vrai souci est le coût que cela représenterait de me soigner, quoique ayant cotisé à la sécu pour des montants assez énormes sans avoir jamais beaucoup été malade, ce qui tend à prouver que je sais m’occuper de ma propre santé, je suis prêt à vous signer une promesse de ne jamais mettre les pieds dans vos hôpitaux du tiers-monde ! J’emmerde un gouvernement qui me traite comme du bétail sans vraiment s’intéresser à moi.

              +1

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  • Cyd // 02.05.2020 à 12h46

    Sur Causeur.fr, un témoignage complètement à l’opposé=> réactivité, bon moral, peu de de victime
    https://www.causeur.fr/pietie-salpetriere-paris-covid-19-organisation-176236

    Témoignage d’ailleurs conforme à ce que disent les militaires, dans l’action les gens ne dépriment pas
    https://lavoiedelepee.blogspot.com/2020/03/peur-sur-la-ville.html

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  • François // 02.05.2020 à 16h34

    Cela fait deux fois que je poste et rien ne s’affiche sur le site 🤔

    Je vais faire simple.

    La situation est prévisible depuis le début. Tous les soignants hospitaliers vous le diront. Peu d’EPI et peu de formation dans un contexte critique dans une config de crise sanitaire.

    Certains services ont perdu 50% de leurs effectifs surtout les services accueillant des covid sans dotation covid…

    Les soignants doivent défendre leurs droits ainsi que les patients. C’est un devoir de principe. Lors du début du Sida, beaucoup de promesses est presque rien n’a été fait.

    Moi, je me suis inscrit dans collectif juridique dont 17000 ont répondu présent. A vous de jouer.

    Les syndicats et les associations ne viendront pas vous aider

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  • serge // 02.05.2020 à 17h26

    Bon, des mois de contestation des soignants, des pompiers pour avoir des moyens. Et une assez bonne répression. Toujours pas de moyens, une hécatombe de personnels, et tout juste un paquet de trouducs qui les applaudissent le soir à 20h. Les mêmes probablement qui ont voté pour les branleurs qui nous confinent parce que pas d’autre choix vu qu’entre payer des ministères inutiles et des hauts fonctionnaires soi-disants hyper compétents (on a vu une fois de plus) et fournir les besoins de base, c’est tout vu. Une autre forme de répression. Donc tout le monde souffre. Alors quand donc démissionner en masse et laisser tous ces abrutis se démerder? On va peut-être avoir les chefs de bureau et les consultants s’occuper de respirateurs? La blague…

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