Source : Le Comptoir, Frédéric Santos, 29-04-2016

Le revenu de base s’invite actuellement dans tous les débats citoyens, à commencer par Nuit debout. Son idée : verser un revenu à chaque citoyen, de façon inconditionnelle et non liée au travail, et pour toute la vie. « Utopie révolutionnaire » pour les uns, « roue de secours du capitalisme » pour les autres, il crée des lignes de fracture dans plusieurs courants politiques, mais aussi des amitiés surprenantes. Jeunes écologistes et think-tanks libéraux, tous deux favorables au revenu de base, ne se démarquent que secondairement sur les modalités de sa mise en œuvre. David Cayla, maître de conférences en économie à l’université d’Angers et membre des économistes atterrés, apporte le regard d’un hétérodoxe sur les limites de cette idée en vogue.

Le Comptoir : Les partisans du revenu de base avancent souvent qu’il peut contribuer à renverser le rapport de force travail/capital en faveur des travailleurs. Disposant d’un minimum garanti pour la subsistance, les citoyens seraient moins enclins à être employés pour des tâches ingrates et sous-payées. Surtout, le revenu de base les doterait d’un pouvoir de négociation renforcé face au patronat. Est-ce si sûr ?

David Cayla : L’argument touche juste. L’un des problèmes fondamentaux de notre système socio-économique actuel est justement qu’il génère des inégalités extrêmement violentes. Sous couvert de généraliser les mécanismes d’un marché réputé neutre et efficace, le capitalisme concurrentiel produit des gagnants et des perdants. On constate actuellement ses effets dans l’agriculture. La déréglementation des marchés agricoles a entrainé l’effondrement des prix à un niveau où ils ne couvrent parfois même pas les coûts de production. C’est le cas également dans l’emploi. Le chômage de masse pousse de nombreuses personnes à accepter des boulots mal payés, mal considérés et physiquement très durs, comme dans la restauration par exemple.

Le revenu de base permettrait-il de résoudre ce problème ? Imaginons l’hypothèse la plus favorable. Un revenu de base, inconditionnel, suffisant pour vivre décemment est versé à l’ensemble de la population. Immédiatement, de nombreuses personnes qui occupent un emploi pénible démissionnent et se mettent en quête d’un meilleur emploi. Les serveurs dans les restaurants, les agents de propreté, les vigiles, les commis de cuisine, les ouvriers en usine, les déménageurs, les livreurs de pizzas, les employés de restauration rapide, les guichetiers sur les autoroutes, les conducteurs de poids lourds, les aides à domicile, les manutentionnaires… obtiennent immédiatement la possibilité soit de quitter leur travail, soit de travailler moins et d’être payés davantage. Dans tous les cas, cela fait beaucoup de monde. La majorité des emplois. Qui va-t-on alors trouver pour accomplir ces tâches indispensables ?

« Notre système social paraît complexe, mais il permet de donner “à chacun selon ses besoins” en reconnaissant le fait que nous n’avons pas les mêmes besoins car nous ne vivons pas les mêmes situations. »

Une réduction massive du temps de travail dans ces métiers accompagnée d’une hausse de salaires impliquerait mécaniquement une hausse très forte des prix de ces services… ou leur disparition de notre économie. Mais sommes-nous prêts à voir disparaître les terrasses en centre-ville ? Acceptons-nous que le ménage dans les bureaux soient faits par les ingénieurs, ou dans les classes par les profs ? Et qui s’occuperait de nettoyer les rues ?

Je veux dire, notre économie repose largement sur des emplois pénibles, et je vois mal comment nous pourrions nous en passer pour l’instant. Dès lors qu’il faut des gens pour accomplir ces tâches, il faut un système contraignant. Libérez totalement la contrainte, et plus rien ne fonctionne. Réduisez fortement la production de ces services et leur prix explose. Ils ne deviennent accessibles qu’à une minorité. Du coup, le pouvoir d’achat du revenu de base s’effondre. On n’en sort pas ! Les serveurs en terrasse sont comme tout le monde : ils aiment des rues propres, être livrés lorsqu’ils commandent sur Internet, et qu’il y ait des agents de sécurité dans les grandes surfaces. Alors si leur revenu de base ne leur permet pas d’accéder à ces services, ils devront trouver un emploi complémentaire et nous en reviendrons au point de départ.

Libérer la contrainte pour être libre de se consacrer à des activités plus utiles mais moins rémunératrices, c’est pourtant une promesse du revenu de base…

Le travail est indispensable à notre société et à notre bonheur. C’est lui qui produit les richesses que nous consommons. La très grande majorité des emplois qui servent à accomplir ce travail correspond à des tâches rébarbatives et pénibles. Vouloir rendre ces tâches facultatives risque de détruire notre capacité collective à produire les richesses nécessaires à notre survie. Nous ne sommes pas libres. Nous avons besoin qu’une grande partie de la population consacre une part importante de son temps à la production de richesses. Une infime minorité de cette population a la chance de produire des richesses en occupant un emploi passionnant. Mais la majorité des tâches nécessaires au bon fonctionnement de notre société sont ingrates et doivent être considérées comme contraignantes.

Paru en 1977, ce livre développait une utopie de société décroissante où l’on partagerait le temps de travail “incompressible”, tout en étant libre de ses autres activités.

Cette contrainte, une fois acceptée, n’est pas nécessairement un drame social. D’abord parce que même les métiers les plus pénibles n’occupent jamais qu’une part minoritaire de la vie d’une personne. Les carrières évoluent. Il y a la retraite, les congés payés, la durée légale du travail, le droit social. En fait, beaucoup de droits sociaux – dont la plupart ont été conquis dans les luttes sociales – font que les métiers sont moins pénibles aujourd’hui qu’ils ont pu l’être au XIXe siècle.

Fondamentalement, je crois que les partisans du revenu de base se trompent de diagnostic. Une allocation universelle ne rendra pas moins nécessaires les métiers pénibles. Il faudra toujours des gens pour accomplir ces tâches essentielles. Selon moi, la meilleure solution pour inverser le rapport de force entre dominants et dominés n’est donc pas de distribuer une allocation monétaire à tout le monde, allocation qui, par construction, risque surtout d’être dévaluée et de ne pas permettre d’accéder à de nombreux services essentiels, mais de protéger les salariés qui occupent des emplois pénibles et qui, en quelque sorte, se sacrifient pour que d’autres (et eux-mêmes) vivent. Cela implique, bien sûr, de diminuer le temps de travail, notamment en avançant l’âge de la retraite, d’améliorer les conditions de travail, de mécaniser autant que possible les tâches les plus ingrates et pour cela, d’augmenter les salaires les plus faibles. En somme, il faut revoir profondément la logique du marché qui ne m’apparaît être ni neutre ni efficace. Distribuer une allocation universelle sans corriger les mécanismes du marché risque surtout de ne pas changer grand-chose aux rapports de force qui déterminent in fine gagnants et perdants.

Plus généralement, pensez-vous que cette allocation universelle soit un outil de justice sociale et un moyen de lutte efficace contre les inégalités ? En mettant en place un revenu de base, la France deviendrait-elle nécessairement plus égalitaire ?

Les inégalités sont de deux sortes. Il y a d’abord les inégalités endogènes au système économique. Ce sont celles que Piketty dénonce. La propriété privée du capital, son accumulation entre quelques mains, entraîne une hausse mécanique des inégalités. Plus le capital est important, plus les revenus de ce capital sont élevés, et plus le capital s’accumule rapidement. Cette logique contribue à construire un monde où quelques personnes qui disposent d’un important capital (le plus souvent hérité) deviennent toujours plus riches toujours plus rapidement, faisant exploser les inégalités.

« Donner une allocation monétaire, si cela se fait au détriment des services publics et de la sphère non marchande, risquerait au contraire d’augmenter les inégalités. »

Face à ces inégalités endogènes, il y a essentiellement trois réponses possibles. Premièrement, la fiscalité et notamment celle du patrimoine : c’est la solution privilégiée par Piketty. Deuxièmement, le développement du capital public ou collectif. Et enfin, la production de richesses non marchandes, par exemple les services publics. L’État est donc l’agent le mieux à même de lutter contre ces inégalités en régulant le capitalisme et en faisant sortir du marché une partie de la production de richesses.

De mon point de vue, le revenu de base ne serait pas un outil efficace pour corriger ces inégalités. En effet, par définition, le revenu de base ne se préoccupe pas de la manière dont la richesse est produite (capital public ou capital privé) et ne peut servir à acheter que dans la sphère marchande. Or, c’est précisément le développement de la richesse non marchande (celle que l’on n’achète pas) qui permet le plus efficacement de lutter contre les inégalités. Ainsi, l’INSEE a calculé que près de la moitié de la consommation effective des ménages les plus pauvres (les 20% les plus pauvres en revenu) est le produit d’une richesse non marchande : éducation, santé, culture… Cela signifie que pour ces ménages, près de la moitié de la richesse consommée n’est pas achetée. Donner une allocation monétaire, si cela se fait au détriment des services publics et de la sphère non marchande, risquerait donc au contraire d’augmenter les inégalités qui sont produites par notre système économique !

Les autres sortes d’inégalités sont les inégalités individuelles. Les situations familiales et personnelles sont différentes. Les familles nombreuses n’ont pas les mêmes besoins que les couples sans enfants ; les handicapées n’ont pas les mêmes besoins que les personnes valides ; les personnes âgées, les enfants, les adultes actifs n’ont pas non plus les mêmes besoins. Notre système social tente de corriger ces inégalités en allouant des allocations spécifiques aux différentes catégories de population. Le minimum vieillesse est plus élevé que le RSA, les étudiants peuvent avoir le droit à des bourses ou à des chambres étudiantes s’ils vivent loin de leur université, les familles nombreuses bénéficient d’allocations spécifiques dont sont exclus les couples sans enfants. Il existe des aides aux logements pour les foyers modestes, des aides spécifiques pour les handicapés…

Ce système social paraît complexe, mais il permet de donner “à chacun selon ses besoins” en reconnaissant le fait que nous n’avons pas les mêmes besoins car nous ne vivons pas les mêmes situations. Certains partisans du revenu de base souhaitent simplifier notre système social en accordant à tout le monde une allocation unique. Mais l’égalité n’est pas toujours conforme au principe de justice. Les situations de départ étant inégales, donner à tout le monde la même chose n’est pas forcément juste. Par exemple, imaginons deux étudiants. L’un est fils d’agriculteur et vit à 100 km de sa fac. L’autre est fils de prof et vit à 500 mètres de son lieu d’étude. Le premier devra trouver un logement pour ses études, le second pourra rester vivre dans sa famille. Donner aux deux étudiants la même somme d’argent peut légitimement être considéré comme une injustice. En ce sens, je ne crois pas que le principe de l’allocation universelle corrigera les inégalités individuelles.

La question du financement est assez délicate, et ne constitue sans doute pas l’angle par lequel il faut juger, en bien ou en mal, le revenu de base. Toutefois, pensez-vous que le revenu de base souhaité par ses partisans les plus à gauche (800 à 1000 € par mois) soit possible à financer ? Des pistes de financement incluent la hausse la TVA, la création monétaire, la suppression de certaines prestations sociales… Si la TVA augmente, si les prix augmentent, si des allocations disparaissent, on se demande si les classes modestes et moyennes auraient vraiment beaucoup à y gagner, ou s’il ne s’agit que de « recycler [sous une forme différente] des prestations déjà existantes », comme le dit Michel Husson…

Il n’est pas possible de répondre à cette question. De deux choses l’une. Ou bien le revenu de base ne change rien aux rapports de force économiques et donc aux prix, et dans ce cas on peut raisonner à périmètre constant et en évaluer précisément le coût. Mais dans ce cas, pourquoi inventer un tel système ? Ou bien le revenu de base modifie les rapports salariaux, bouleverse en profondeur le système économique et dans ce cas raisonner en terme de coût de financement est absurde. Mille euros par mois, cela ne veut absolument rien dire si tous les rapports de prix ont été modifiés, si un dîner au restaurant coûte 300 euros ou si les services d’une femme de ménage coûtent 50 euros de l’heure…

Source : Le Comptoir, Frédéric Santos, 29-04-2016

 

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66 réponses à David Cayla : « Distribuer une allocation universelle sans toucher au marché ne changera rien aux rapports de force »

Commentaires recommandés

Fabrice Le 10 novembre 2017 à 07h01

Il est intéressant de voir cet interview en parallèle de Laurent Alexandre dans thinkerview :

https://youtu.be/QS951xiGGvI

Ou de lire le livre homo deus ou l’on voit que l’on nous prépare une élimination des personnes considérés comme à l’intelligence moyenne ( et moins ) de la participation à la société.

Certains estiment évidemment que intelligence rime avec moyens financiers (car accès aux connaissances) et bien sûr on le voit tant que la société dirigeante n’a pas un contrôle absolu sur la réaction des 85% mis de côté elle cherche tous les moyens pour endormir le patient qu’elle souhaite éliminer du “jeu” alors pourquoi pas un revenu universel nous en revenons toujours au “pain et des jeux” de l’empire romain ce qui ne l’empêcha pas de disparaître.

  1. Fabrice Le 10 novembre 2017 à 07h01
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    Il est intéressant de voir cet interview en parallèle de Laurent Alexandre dans thinkerview :

    https://youtu.be/QS951xiGGvI

    Ou de lire le livre homo deus ou l’on voit que l’on nous prépare une élimination des personnes considérés comme à l’intelligence moyenne ( et moins ) de la participation à la société.

    Certains estiment évidemment que intelligence rime avec moyens financiers (car accès aux connaissances) et bien sûr on le voit tant que la société dirigeante n’a pas un contrôle absolu sur la réaction des 85% mis de côté elle cherche tous les moyens pour endormir le patient qu’elle souhaite éliminer du “jeu” alors pourquoi pas un revenu universel nous en revenons toujours au “pain et des jeux” de l’empire romain ce qui ne l’empêcha pas de disparaître.


    • Laurent Le 10 novembre 2017 à 08h54
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      J’ai beau relire votre dernière phrase plusieurs fois, je ne la comprends pas.


      • WASTERLAIN Le 10 novembre 2017 à 11h04
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        Idem pour moi !
        Et c’est une idée construite


      • Fabrice Le 10 novembre 2017 à 11h15
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        écoutez l’intervention thinkerview vous comprendrez je pense 😉


      • marc Le 10 novembre 2017 à 13h10
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        moi j’ai mis quelques secondes j’avoue, pour la comprendre : le revenu universel correspond au pain et aux jeux, donner ça au peuple l’endort et l’élimine du jeu politique et donc confirme l’intitulé de l’article : le rapport de forces ne changera pas avec une allocation universelle…

        personnellement je ne suis pas d’accord, tout dépend de la somme allouée… et du contexte culturel… actuellement, on considère un français pauvre s’il ne reçoit que 1000 euros par mois… cependant cette somme est suffisante pour vivre sans travailler

        sur les-crises.fr, il y avait une citation de chomsky qui disait que les gens n’ont pas une conscience assez claire de la situation globale parce qu’ils passent un temps énorme à travailler : CQFD

        malheureusement, le contexte culturel ambiant fait que les gens veulent de quoi se loger et se nourrir, mais aussi de quoi se divertir, habiter en ville etc…ce qui fait que 1000 euros n’est pas du tout suffisant…

        donc on travaille ce qui nous fatigue le cerveau (travail improductif) alors le temps libre, on le confie à l’industrie du divertissement


        • DUGUESCLIN Le 10 novembre 2017 à 17h39
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          Oui c’est bien ça, le minimum de pain pour que les affamés ne se révoltent pas et un maximum de jeux pour qu’ils ne pensent pas.
          C’est une façon d’acheter le peuple en dessous de sa valeur, de le rendre dépendant de l’alloc, de le dominer et de l’asservir.


          • Fabrice Le 10 novembre 2017 à 17h47
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            Exactement une dictature “douce” où sauf exception histoire de maintenir l’illusion chacun reste dans sa caste sous peine de perdre le peu que l’on a et rejoindre ceux qui sont déclassés et qui sont dans la rue pour nous rappeler ce qui peut arriver si on ne reste pas dans le moule sans autorisation (informelle ou pas)


          • Annik Bolard Le 12 novembre 2017 à 18h02
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            Tout à fait. Si on ne change pas de système, le revenu universel permettra de baisser progressivement les salaires et d’augmenter les bénéfices des entreprises capitalistes.


            • Karim Wilmotte Le 13 novembre 2017 à 23h26
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              Et de remonter en un coup ce RU afin de parer à des “troubles” sociaux.
              Ou pour relancer la demande, si nécessaire.

              C’est vraiment l’institution qui manque au néo-libéralisme.


      • fanfan Le 10 novembre 2017 à 19h10
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        “10 choses à savoir sur Laurent Alexandre, gourou transhumaniste” :
        http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/10_choses_a_savoir_sur_laurent_alexandre_gourou_de_l_intelligence_artificielle_-_11_fe_vrier_2017_-_l_obs.pdf

        Colloque transhumaniste Transvision à Bruxelles (9-11 novembre 2017) :
        http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=992

        Colloque transhumaniste au Medef (24 novembre 2017)
        http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=984


  2. astap66 Le 10 novembre 2017 à 07h10
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    Je pense que celui qui aborde le mieux la question est Bernard Friot dans son livre, “Vaincre Macron”, sorti récemment.
    Il a d’ailleurs donné une conférence passionnante sur ce thème.
    https://www.youtube.com/watch?v=zqofNMYIlb4
    David Cayla lui fait d’ailleurs écho dans son entretien en préconisant la “production de richesses non marchandes, par exemple les services publics”. Bernard Friot va plus loin: il faut développer la production de valeur économique non capitalistes (production de santé, d’éducation, de recherche, de transports publics…) en augmentant les cotisations, et reconnaitre à la population un droit au “salaire à vie” non dépendant d’un “marché du travail” mais, à l’image de ce qui existe déjà dans la fonction publique : paiement au grade quel que soit le poste occupé, progression de carrière toute sa vie, retraite basée sur le dernier salaire, paiement des période de chômage (un peu comme le professeur dépourvu d’affectation qui reçoit son traitement).
    Toutefois, une telle solution ne pourra vraiment s’imposer que si l’on abandonne le système de propriété privée lucrative.
    A suivre.
    Questions très intéressantes en tous cas


    • Abemus Le 10 novembre 2017 à 07h54
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      Nous avons penser à la même chose au même moment… mon message fait donc doublons.
      Ma question demeure, même si vous avez mis le lien…
      Olivier, pouvez vous publiez un billet dédié à la conf de B.Friot, svp ?


    • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 09h42
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      L’union soviétique avait un système un peu comparable, avec des salaires fixes (120 roubles pour un ingénieur, le double pour un travailleur de force si le travail était jugé plus pénible, par exemple; les femmes étaient généralement moins payées que les hommes, ce qui semblait “juste” à l’époque pour la société russe).
      Cela n’empêchait pas les inégalités, les magouilles et les passe-droits.
      En revanche, chacun avait le sentiment d’être “inclus”, d’avoir une place dans la société et pouvait se projeter dans un avenir à peu près stable. Tout le contraire de notre monde où l’on nous martèle chaque jour un peu plus que notre présence dans la société est tout à fait contingente, provisoire et que nous pourrions en être exclus à tout moment.


      • Loxosceles Le 10 novembre 2017 à 14h25
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        Et que d’ailleurs, certains “ne sont rien”.


      • JBB Le 10 novembre 2017 à 18h54
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        Surtout que les exclus finissaient au mieux au goulag…


        • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 19h12
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          À partir des années 60, le goulag n’existait plus vraiment. Par contre on pouvait essayer de vous rééduquer dans des instituts pas cool du tout. Mais ces choses là ont existé aussi chez nous (le traitement réservé aux filles mères par exemple en Suisse ou en Irlande dans des instituts soi-disant religieux)


      • Dominique Le 11 novembre 2017 à 01h10
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        La proposition de salaire à vie de B. Friot est au contraire TRES éloignée de l’ Union Soviétique, car le salaire à vie est indissociable de la propriété d’usage des entreprises par les travailleurs. Ils en ont la propriété d’usage, c’est à dire qu’ils sont co-propriétaires, et décident solidairement de ce qu’ils produisent, comment ils le produisent, où ils le produisent, et qu’aucune autorité rien ne vient d’en haut ( de l’Etat )….mais ne tirent aucun profit de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Ils ne peuvent non plus en vendre des parts. Les salaires sont versés par la Caisse de salaires alimentées par les cotisations, toute la valeur ajoutée étant socialisée dans des caisses de salaires, des caisses d’investissement et des caisses de gratuité ( energie, transports de proximité… ). La régulation se fait donc horizontalement, et non verticalement comme en Union Soviétique.


  3. Abemus Le 10 novembre 2017 à 07h51
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    Pour être plus complet sur le sujet, pourriez-vous également mettre a dispo des lecteurs des Crises la présentation par Bernard Friot de son “salaire à vie”, qu’il oppose très clairement au concept de “revenu universel”.


  4. Ermisse Le 10 novembre 2017 à 08h09
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    Voir aussi la position de Paul Jorion, qui préfère la gratuité des biens indispensables : bien moins coûteuse, et moins susceptible d’annihilation via une hausse des prix : https://www.pauljorion.com/blog/.


    • Dissonance Le 10 novembre 2017 à 13h16
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      Les propositions de Jorion et Friot sont très semblables sur de nombreux points, quoi que pas sur la question du financement: Jorion se réfère volontiers à Piketty et prône ainsi taxes et impôts (entre autres, la “taxe robots”), tandis que Friot, résolument anti-Pikettiste, milite pour un financement par cotisations. A ce titre, ce dernier est nettement plus consistant idéologiquement.

      Je réfute pour ma part le terme de gratuité scandé par Jorion, terme qui dissimule en fin de compte le même principe de mutualisation de la rémunération que chez Friot. Le travail fourni tant dans le secteur de la santé que celui de l’éducation, les deux secteurs par excellence réputés “gratuits”, étant bien entendu soumis à la contrepartie d’un salaire, le terme de gratuité est impropre.


      • Papagateau Le 10 novembre 2017 à 15h09
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        C’est juste un problème de vocabulaire:
        Remplace “gratuit” par “offert”.
        Offert par qui ?
        Comme c’est dans un but de redistribution, ça ne peut être que par les riches.
        Par quelque impôt ?
        Par l’impôt spécifique des riches : L’impôt progressif sur le revenu.

        Ça ressemble diablement au système actuel. Une seule différence. : C’est poussé à fond.


        • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h07
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          je ne suis pas sur que “pousser à fond” un système en faillite soit la meilleure façon de le faire fonctionner.


  5. bhhell Le 10 novembre 2017 à 08h40
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    La proposition de Jorion est beaucoup plus économique, sobre et efficace: gratuité de certains services de base (logement, nourriture, connexion internet), ce qui empêche l’indexation des prix et des loyers et dissuade le consumérisme.


    • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 11h52
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      La gratuité du logement ne se conçoit que si vous construisez des logement type cage à lapin avec une rationalisation des lieux de travail (sinon tout le monde ne pourra pas obtenir un logement près de son lieu de travail)
      La gratuité du logement était en cours en Union soviétique. On vous donnait votre logement, mais si vous déplaisiez au pouvoir : EXIT. C’est un peu plus sécurisant que le système du crédit à la banque, mais ça génère quand meme beaucoup d’effet pervers.


      • bhhell Le 10 novembre 2017 à 12h28
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        Ce système est extrêmement dynamique, car comme l’a montré Michael Hudson, la rente immobilière est une ponction sur les activités productives et utiles. Si le logement cesse d’être un actif spéculatif, vous libérez une énorme masse de capital pour la production réelle et améliorer la productivité. Hudson montre que depuis 1945, la valeur de l’immobilier n’a cessé d’augmenter, ce qui obère les entreprises et les particuliers. Si nous ne sortons pas de ce système circulaire où banques alimentent la valeur de l’immobilier en faisant accroire que tout le monde est bénéficiaire in fine, nous ne ferons que prolonger la concentration de richesse.


        • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 13h44
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          A l’époque de l’esclavagisme, le logement et la nourriture étaient gratuits pour les esclaves ; une sorte de revenu universel avant la lettre? Certains bénéficiaient en outre d’argent de poche, un pécule parfois suffisamment important pour leur permettre de racheter leur liberté, et qui les faisait accéder à la classe des parvenus (les affranchis), nouveaux riches de l’époque.


          • bhhell Le 10 novembre 2017 à 14h22
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            C’est précisément l’extension du système de rente et de crédit qui a permis l’émergence de l’esclavage. C’est pourquoi les économistes du 19e siècle entendaient faire la distinction entre la rente, à éradiquer, et la valeur productive. L’économie néo classique s’est justement employée par la suite à camoufler cette distinction fondamentale en prétendant que tout source de revenu est productive.
            En éradiquant la rente, on a libéré les personnes des rapports de dépendance d’homme à homme, et permis le développement. Mais aujourd’hui on retourne à des logiques de patronage (service à la personne aux Etats-Unis)…


            • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 14h54
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              C’est intéressant ce que vous dites. Je ne suis pas familière de ces questions. Est-ce que vous auriez des liens à me conseiller sur ce sujet ( la question de la rente, retour des logiques de patronage) ?


          • calal Le 10 novembre 2017 à 19h07
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            ben normal, tu nourris ton chat ou ton chien et tu le loges gratos…ma voiture aussi, je la nourris et je la loge…


          • bhhell Le 10 novembre 2017 à 19h20
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            Lire le chef d’oeuvre “Killing the Host” de Michael Hudson. Il montre notamment que les Etats, en refusant de taxer l’immobilier, alimentent la bulle immobilière. Ce qui n’est pas taxé devient disponible pour les banques, et le marché monte à hauteur de ce que les banques sont disposées à prêter. Cela réduit dramatiquement l’argent disponible dans l’économie réelle


    • SanKuKai Le 10 novembre 2017 à 12h26
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      Pas jusqu’á la gratuité mais il me semble que le Venezuela a appliqué une politique similaire en limitant les prix des produits de base pour qu’ils restent accessibles. Les producteurs ont arreté de les produire pour plusieurs raisons dont des raisons politiques. Mais l’une des raisons parait plausible: ces denrées ne sont plus rentables á produire. Cela crée des pénuries.
      Amha, Il faudrait radicalement changer les modes de production et leur controles (donc sortir du néo libéralisme) pour que cela fonctionne. Or dans la vision binaire (TV) de la plupart des gens, pour qui le curseur n’a que 2 positions: sortir du néo-libéralisme = Communisme de Staline. C’est pas gagné. 🙂


    • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h20
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      “dissuade le consumérisme. ”
      Certainement pas , si tout devient gratuit la consommation va exploser puisque plus personne n’aura conscience du coût.
      Plus rien n’aura de prix donc de valeur , c’est la meilleure façon de tout détruire et de gaspiller.
      Logement gratuit , plus de propriétaire : tout le monde se fout d’entretenir ou de veiller au bon état des logements.
      Nourriture gratuite : je prend, je me goinfre et je jette ..


      • Sophia Le 14 novembre 2017 à 18h26
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        Gratuit ne veut pas non plus dire “illimité”. La gratuité pourrait s’envisager pour un service “de base” mais néanmoins de qualité : 20 m2 habitables par personne (et caution non remboursée en cas de dégradation des lieux), 2000 calories, réparties de façon équilibrée, par personne, ce genre de choses…

        Moi, je pencherais pour une suppression quasi totale de l’héritage: on laisse à chaque héritier direct la valeur d’un an de salaire médian, par exemple, sur tout ce qui a une valeur matérielle (immobilier, art, meubles…), plus les biens sans valeur intrinsèque (photos…), et le reste repart à l’Etat. La conséquence, c’est qu’on ne perdrait peut-être plus autant sa vie à accumuler du capital et des biens matériels. L’argent redeviendrait un moyen d’échange car l’accumuler perdrait son sens. Je crois personnellement que les conséquences seraient énormes et toucheraient tous les domaines de l’existence…Ca peut effrayer.


  6. Jean-Luc Mercier Le 10 novembre 2017 à 09h45
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    Je pense aussi à la proposition de Paul Jorion qui consiste à rendre gratuits de plus en plus de services. Déjà l’éducation et la santé vont dans ce sens, mais il y ajoute le transport, le logement, la nourriture, la connectivité, etc. Il argumente que cela a moins d’inconvénients et devrait coûter moins cher que le revenu universel. Je vois même l’aboutissement logique : l’argent s’étiole et disparaît…


  7. PatateMystere Le 10 novembre 2017 à 09h49
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    Pourquoi le revenu de base ne sert à rien sans revenir sur le capitalisme?
    La métaphore du parapente de Franck Lepage le résume bien. (même si lui parle alors de la culture).
    +1000 à tous les points de la courbes ne réduit pas l’écart entre le haut et le bas, il remonte toute la courbe de +1000.
    Donc les riches restent riche et les pauvres restent pauvre mais sur une échelle différente. (la pauvreté n’est d’ailleurs jamais une question en valeur absolue mais en relativité des ressources)


  8. calal Le 10 novembre 2017 à 09h54
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    -a priori pour moi un revenu universel devrai s’accompagner de la fin du salaire minimum afin d’eviter une augmentation du prix des biens et services qui annulerait l’effet dudit revenu universel.
    – dans la societe communiste d’urss, tout le monde etait inclus mais le taux d’alcooliques etait semble t il important…
    -le revenu universel ne changera rien au fait que certaines personnes ont beaucoup de mal a gerer la “liberte”. mais je pense qu’avoir un revenu universel permettra a un plus grand nombre qu’actuellement d’en decouvrir les joies et les responsabilites qui vont avec.

    amha le revenu universel ne se fera pas parce que le premier secteur a se faire impacter sera l’armee. qui ira faire le mercenaire en irak pour le compte de l’us army alors qu’il peut rester a la maison avec son salaire universel?


    • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 10h59
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      “Tout le monde était inclus mais le taux d’alcooliques était semble t il important…” Il l’est tout autant dans la société russe capitaliste d’aujourd’hui, sans compter les addictions aux multiples drogues qui ont déferlé sur le territoire de l’ancienne URSS depuis la chute du mur.
      L’alcoolisme en Russie est un phénomène complexe.
      A noter : la vodka a été introduite par les Génois à la fin du moyen-age en Russie. Auparavant, l’alcool n’existait que sous la forme de bière et d’hydromel.
      A noter également que les Russes qui ont une ascendance dans ce qu’on appelle de manière un peu vague les populations d’origine ouralo-altaïque ont un risque extrêmement élevé de développer une addiction à la Vodka(c’est en tout cas une opinion très répandue en Russie, je ne sais pas si elle a été validée par des recherches scientifiques)


      • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h24
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        les populations d’origine asiatique ont souvent un problème d’assimilation de l’alcool , c’est un problème génétique.


  9. christian gedeon Le 10 novembre 2017 à 10h21
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    Ah,l’allocation universelle…non,elle ne changera rien aux rapports de force, Bien au contraire. C’est le principe du panem et circenses vieux comme l’empire romain…qui permet de contrôler “les masses ” ad vitam aeternam,la domination pour longtemps des “oligarchies “installées,qui n’auront plus d’autre souci que celui de croître et embellir et de se battre,raisonnablement,entre elles…Huxley,Orwell,et Total Recall réunis. L’aboutissement de 40 ans de Derridisme,de Foucaultisme et de Bourdieusisme…déconstruisez,déconstruisez,il ne restera plus rien.


    • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h30
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      il y a 2000 ans on disait panem et circenses
      en France on parle de revenu de base
      et le vieux Brzezinski parlait de ttytainment , version post-moderne de panem et circenses.

      Les vieilles recettes ne se démodent jamais.


  10. keg Le 10 novembre 2017 à 10h23
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    Le revenu de base, tel un monstre du loch Ness, remontre le bout de sa queue.
    Fallait-il flinguer Hamon en primaire et surtout secondaire….

    N(a-ton pas jeté un peu vite, voire trop vite, l’eau du bain et le barboteur?
    Il est vrai qu’en politique on cherche surtout les excuses plutôt que les moyens (exemple avec la discrimination pupillienne, y décrite).
    Les moyens existent pour éradiaquer (et pas seulement les putes et leurs clients);
    * le chômage
    * les inégalités
    * les seuils de pauvreté que les petites gens hésitent à franchir (même si on ne sait ans quel sens en entrant ou sortant)
    * les discriminations
    * le fossé entre riches et pauvres…
    * la République de la ripoublique….

    Mais voilà, on ne veut pas au nom des excuses…. Merci patron

    https://wp.me/p4Im0Q-2aq


  11. Dissonance Le 10 novembre 2017 à 10h28
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    Pas convaincu le moins du monde par ce texte, alors même que je suis tout à fait sceptique sur le principe d’un revenu universel et comme d’autres intervenants, bien plus intéressé par les travaux de B. Friot sur le sujet. D’abord une phrase qui m’a fait tiquer: “Les serveurs en terrasse sont comme tout le monde : ils aiment des rues propres, être livrés lorsqu’ils commandent sur Internet, et qu’il y ait des agents de sécurité dans les grandes surfaces.”

    Je suis loin d’être convaincu que la fonction des agents de sécurité dans les magasins soient de rassurer les clients ou même les autres employés mais plutôt la direction qui craint le vol de ses précieuses marchandises, et derrière elle les assurances que tout risque répugne.

    Par ailleurs, tout le laïus sur les “tâches indispensables mais pénibles” me laisse pour le moins dubitatif. Entre autres, si l’auteur a formellement raison sur le fait que les emplois pénibles “n’occupent jamais qu’une part minoritaire de la vie d’une personne”, en pratique les souffrances aussi bien physiques que psychiques engendrées par cette part débordent nécessairement sur tout le reste. A ce titre la référence aux conditions de travail du 19ème siècle a une odeur de relativisme plutôt malvenu.


    • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 12h16
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      “tâches indispensables mais pénibles”
      Comme vous, je ne me satisfais pas de ce fatalisme de la division du travail. Je pense d’ailleurs que toute la perversité du capitalisme réside précisément dans l’approfondissement de la division du travail, dans cette séparation «inhumaine » entre les taches de commandement et les taches d’exécution, entre le travail manuel et le travail dit intellectuel. C’est aussi cette séparation artificielle qui conduit au développements inhumain de la technique que nous connaissons aujourd’hui et qui induisent certains à envisager que certains humains seraient « superflus ».
      Le marxisme (et encore moins le marxisme-leninisme) n’a pas apporté de réponse satisfaisante à ce développement pervers des sociétés modernes capitalistes. Il ne suffit pas d’inventer de nouveaux modes de répartition de la richesse. Il faut aussi s’interroger sur la manière dont les richesses sont produites.


      • Dissonance Le 10 novembre 2017 à 13h25
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        Effectivement, le marxisme n’a pas proposé de réponse aux problèmes de sociétés apparues bien après la mort de ses fondateurs, ce qui est finalement la moindre des choses. Il reste cependant le seul outil efficace de critique du capitalisme général disponible à ce jour même s’il nécessite bien entendu des mises à jour importantes (qui n’ont d’ailleurs pas manqué d’être faites dans une certaine mesure, entre autres par les situationnistes).


        • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 13h59
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          Les problèmes induits par la division du travail existaient déjà du temps de Marx et Engels; ils en étaient très conscients d’ailleurs, puisqu’ils prônaient la suppression du salariat. Pour autant, ils ne sont pas allés jusqu’au coeur du problème qui est la définition du travail humain. Le travail est vu par Marx essentiellement comme une “force”(quelque chose de mécanique, semblable au travail des machines) et non pas comme quelque chose de beaucoup plus global (incluant des activités spirituelles de conception).
          D’ailleurs, “l’ubersisation” de la société va d’une certaine façon dans le sens de Marx puisqu’elle tend à la disparition du salariat. Or on voit bien que ce n’est pas du tout une solution aux problèmes posés par le capitalisme.


  12. rhodes Le 10 novembre 2017 à 11h09
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    La lecture de cet article me laisse perplexe… Pourquoi ne pas imaginer un serveur, un vigile, un commis de service etc., continuant à travailler dans son emploi, mais en gagnant nettement plus. Non, David Cayla convoque le chaos : les emplois de services et les métiers les plus pénibles seront immédiatement délaissés, provoquant la mort de nos terrasses de café. C’est franchement consternant… David Cayla régurgite ce que les opposants au revenu universel ne cesse de marteler, à savoir que les emplois les plus pénibles ne seront plus pourvus. Cet argument massue n’est absolument pas crédible. Il est assez simple de comparer les augmentations de salaires de ses vingt dernières années, avec l’augmentation du coût de la vie. On peut alors constater le décalage entre une vie devenu trop chère et des salaires nettement trop bas. Autrement dit on peut aussi voir le salaire universel tel un supplétif, comblant le retard en matière d’augmentation de salaire. Si vous gagniez le SMIC et qu’un complément universel fasse que vous augmentez de manière significative votre pouvoir d’achat, vous vivez mieux et surtout vous consommez… Car, ce qui n’est que trop rarement traité, c’est l’impact direct dans l’économie du versement de ce revenu universel. Une augmentation significative du pouvoir d’achat signifie, une consommation accrue et donc des créations d’emplois. Enfin une part non négligeable serait indirectement prélevée par l’état (TVA, CSG, etc.).


    • Loxosceles Le 10 novembre 2017 à 14h50
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      Je reste cependant perplexe. Seule une expérience in vivo permettrait de voir ce qu’il se passerait, tout simplement. Il me semble quand même difficile de nier au minimum une tentation de quitter un métier pénible si on peut s’arrêter de travailler pour le même prix…

      Je précise que je ne suis pas opposant à ce type de revenu, au contraire j’ai fait partie d’un groupe de réflexion bénévole sur ce sujet il y a une quinzaine d’années, et j’ai toujours eu l’impression, tout en était favorable sur le principe, qu’on a tendance à tomber dans un biais qui consiste à minimiser les inconvénients de ce type. Comme je le disais, il faut les mettre à l’épreuve (ce qui se fait en Finlande), il n’y a pas d’autre moyen.

      https://www.letemps.ch/economie/2016/05/06/finlandais-testent-revenu-base-inconditionnel


    • RV Le 10 novembre 2017 à 19h48
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      C’est l’un des argument de Paul Jorion pour préférer la gratuité au revenu universel.
      Le revenu universel aura un effet pervers comme par exemple celui des aides d’Etat pour le solaire.
      Du jour au lendemain le marché répercute les sommes allouées sur le prix des produits et les récupère, ce qui est impossible avec la gratuité.

      Par ailleurs ce qui oppose fondamentalement le revenu universel du salaire à vie de Bernard Friot est son mode de financement. L’impôt ou la taxe pour les uns et la cotisation pour l’autre.
      La cotisation a fait la preuve de son efficacité depuis son instauration. Elle permet le financement sans passer par la sphère financière prédatrice.


  13. delta Le 10 novembre 2017 à 11h28
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    La question du revenu de base ne peut pas être déconnectée d’ autres paramètres tels que :

    – bio-capacité d’un territoire
    – empreinte écologique d’une population
    – taille démographique
    – facteur x ( les revenus les plus importants ne dépassent jamais x fois le moins importants )
    – utilisation de la monnaie ( cadre et faut il une seule ou plusieurs monnaies )


  14. Didier Le 10 novembre 2017 à 13h56
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    Un (minuscule) point de vue dans cette avalanche de commentaires très intéressants…

    Je vois au moins un effet bénéfique d’un revenu universel garanti: celui de nous libérer de ce contrôle administratif incessant, tatillon, qui vous demande à tout moment de prouver que vous êtes un “bon” chômeur (qui passe toute ses journées à rechercher un emploi), un “bon” pauvre (qui n’héberge pas subrepticement sa petite amie du moment et truanderait ainsi l’allocation logement), etc.

    Je rappelle par exemple que tout courrier de Pôle Emploi est invariablement assorti de la mention “en cas de non réponse, vous vous exposez à une radiation immédiate”, et c’est pareil pour la CAF, la Sécu et tutti quanti.


    • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h43
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      Libération du contrôle administratif ?
      Probablement pas . Toutes les solutions proposées reposeront sur l’état , de plus en plus présent de partout , donc cela se concrétisera par de plus en plus de bureaucratie et donc de cerfas de toutes sortes .


  15. Xavier Le 10 novembre 2017 à 14h45
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    Ce qui est assez étonnant dans les solutions proposées à la suppression des rapports de force, tel que le revenu universelle, c’est qu’on ne cherche jamais à supprimer le problème mais simplement à corriger ses effets. La problématique de la violence du rapport de force de l’esclavage n’a été résolu qu’en supprimant ce rapport de force: l’esclavage est devenu illégal. Alors, pourquoi ne pas appliquer ce même principe pour le salariat en rendant illégal la subordination?
    Je tiens à signaler pour ceux qui ne s’en rende pas compte que toute les bénéfices gagnés par l’entreprise se fait au travers de travail qui n’est pas rénuméré à ceux qui le font, donc du travail…d’esclave. Certes, les investisseurs ont droit à récupérer une part de ces bénéfices, mais pourquoi pas une valeur fixe, comme un salaire? ou comme un remboursement d’emprunt auprès d’une banque?
    La violence du rapport de force provient de cette part variable que les capitalistes veulent à toute force récupérer et augmenter, sachant que plus ils font pression sur leurs salariés, et plus ils augmentent leur capital. Et le lien de subordination leur permet justement de faire pression.
    La solution serait donc selon moi de supprimer ce rapport de force en mettant tout le monde à un pied d’égalité en tant qu’individu devant négocier avec ses collaborateurs; en somme une société de travailleurs indépendants.


  16. David D Le 10 novembre 2017 à 15h12
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    Avec ce revenu de base, certains s’imaginent devenir les 1% des plus riches à petite échelle : assurance de ne pas pouvoir perdre, d’être un gagnant du système, d’avoir toujours un revenu à condition d’être un gagne-petit. A charge aux autres et à l’univers d’approvisionner.
    Un truc faussé, c’est de déclarer une somme, ce sera un revenu de 1000 euros par exemple, en se contentant de dire qu’on va réajuster dans le temps, histoire de montrer qu’on sait que la valeur est relative. C’est de la folie pure et simple de raisonner ainsi au mépris des mécanismes économiques. Le débat ça marche – ça ne marche pas est lui-même sommaire, puisque ce que je pressens c’est une évolution détérioration qui n’a rien à voir avec la viabilité à un mois ou deux. La morale et l’ardeur des masses risquent d’en prendre un coup avec un pareil espoir. Je crains le pire.


    • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 16h50
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      Assez d’accord avec votre commentaire. Ce revenu universel ne ferait que s’ajouter au “paquet de droits” qui accompagnent la possession de la nationalité; car il ne fait nulle doute qu’il faudrait en exclure les étrangers. On ne sort pas de la notion d’héritage sur laquelle est construite le capitalisme (on hérite de la nationalité). Pire : la dignité humaine qui fonde l’existence de ce revenu de base se trouverait ravalée à une sorte de droit de propriété valorisé en termes monétaire. Aux antipodes de l’idéal de justice sociale.


      • Sandrine Le 10 novembre 2017 à 17h01
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        Sans compter qu’il est très douteux, d’un point de vue moral de ne pas associer un droit à un devoir correspondant.
        Pic de la Mirandole définissait la dignité humaine en termes de devoirs : l’homme est un peu plus que l’animal, c’est pour cela qu’il a droit à une dignité particulière mais cela est assorti du devoir de ne pas s’avilir, de ne pas se comporter comme un animal (et on pourrait rajouter, ou comme une machine), pour rester digne de sa qualité d’homme.


  17. V_Parlier Le 10 novembre 2017 à 18h11
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    Alors que je commence à lire, je cite: “Un revenu de base, inconditionnel, suffisant pour vivre décemment est versé à l’ensemble de la population. (…) Les serveurs dans les restaurants, les agents de propreté, les vigiles, les commis de cuisine, les ouvriers en usine, les déménageurs, les livreurs de pizzas, les employés de restauration rapide, les guichetiers sur les autoroutes, les conducteurs de poids lourds, les aides à domicile, les manutentionnaires… obtiennent immédiatement la possibilité soit de quitter leur travail, soit de travailler moins et d’être payés davantage” (+ analyses des conséquences).
    ENFIN UNE REFLEXION LUCIDE! J’en avais tellement lu d’autres… Après le reste se discute, mais c’est au moins de là qu’il faut partir pour ne pas perdre son temps.


    • Dominique Le 11 novembre 2017 à 01h24
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      A mon avis, ils resteront dans leur emploi, percevront leur 1000 balles de revenu de base, et l’employeur leur versera un petit complément de 200 balles. Tout le monde sera content : les employés de gagner plus, et les employeurs de payer beaucoup moins ! Mais QUI paye les 1000 balles ????


      • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h46
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        qui paye ? devinez.
        L’état providence est l’illusion que chacun pourra vivre aux crochets de tous les autres.


        • delta Le 12 novembre 2017 à 15h52
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          bonne question qui paye ?

          l’état providence ? non plutôt la nature providence et elle est bientôt en rupture de stock .

          on peut toujours disserter sur la plus mauvaise manière d’attribuer les revenus qui permettent ( sert de feux vert ) aux différents agents de consommer des ressources réelles mais quand on apprend , rien qu’en France que les 1 % les plus riches consomment(produisent) 175 fois plus de ressources réelles(de déchets ) que les 10 % les moins riches , on comprend que ce n’est pas en pressant ces 10 % les plus pauvres qu’on résoudra les problèmes .


        • RV Le 17 novembre 2017 à 19h05
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          Pourquoi ce terme d’Etat providence et pas Etat redistributeur ?
          Assécher les ressources de l’Etat notamment en diminuant les impôts c’est programmer la mort de la redistribution.
          La redistribution ce sont notamment les services publiques.


  18. Jori Le 10 novembre 2017 à 23h25
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    Cette analyse serait presque juste si à terme, les tâches pénibles n’étaient pas vouées à disparaître sous les coups de l’automatisation ou de l’intelligence artificielle.

    Le revenu universel est là pour que ceux qui ont perdu leur emploi puisse au moins survivre. Il va y avoir une période de transition, entre l’automatisation galopante et le chômage, de plus en plus massif.

    Face à une pauvreté en nette hausse, avec une contraction de l’économie (pas d’argent, pas d’achats, pas d’achats, pas de production…), il faudra bien faire quelque chose pour que tous puissent profiter des progrès de l’automatisation. La fameuse taxe robot, on va devoir y aller.


    • patrick Le 11 novembre 2017 à 14h48
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      ça va être de plus en plus dur de taxer des robots chinois.
      La taxe robot va rendre nos robots moins compétitifs que les robots asiatiques , donc nous devrons les licencier, ils ne sont pas prêts de payer des taxes.


    • Karim Wilmotte Le 11 novembre 2017 à 14h58
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      Le nombre d’emploi progresse. Dans le monde réel.


  19. citoyen lambada Le 14 novembre 2017 à 23h50
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    arf … j’avais développé un argumentaire en douze points mais apparemment c’est trop long, donc voici le premier point :s

    Pourquoi le revenu universel sera bientôt indispensable ?

    Avec l’automatisation, l’informatisation, bientôt la robotisation et les IA, le travail va se faire de plus en plus rare (et on ne va pas s’en plaindre !). Le taux de chômage ne cesse de s’accroitre en France comme dans tous les pays du monde et il ne s’arrêtera jamais de croître. Et pourtant en parallèle : les emplois inutiles sont en pleine diversification ! (surtout chez les cadres) ; les chiffres du chômage sont de plus en plus bidonnés ! nos politiciens sont déterminés comme JAMAIS à éradiquer le chômage ! (bonne chance les gars)

    En conséquence nous ne pouvons plus vivre dans une société marche-ou-crève ou 50% de la population active sera en train de crever et les autres 50% de se gargariser parce qu’ils sont les meilleurs et les plus beaux (et aussi un petit peu parce qu’ils ont plus de chance à la naissance mais ça on ne le dit pas car ça ternit le tableau).

    Tel que je vois les choses il n’y a que 3 avenirs possibles :
    – le partage du travail et des revenus (= revenu universel)
    – la répression militaire (ou comment se débarrasser des vilains chômeurs prolo) comme on peut le voir dans des films de SF
    – la guerre

    Le revenu universel ne sera bientôt plus un choix, il deviendra une nécessité.


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