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10.août.202010.8.2020 // Les Crises

En finir avec le « Regime Change » : les bonnes intentions du Parti démocrate et leurs ambiguïtés

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Source : National Interest
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Un nouveau projet de texte de la plate-forme 2020 du Parti démocrate condamne la politique de l’administration Trump à l’égard du Venezuela et désavoue le « regime change » comme politique américaine, ce qui constitue une victoire pour l’aile progressiste du parti. Qu’est-ce que cela signifie pour la politique des Démocrates concernant le Venezuela et l’Iran ?

Le président Donald Trump mène actuellement d’intenses campagnes de pression économique et politique visant plusieurs gouvernements étrangers différents. Ses deux efforts les plus importants ont été la campagne de « pression maximale » contre l’Iran et la tentative de forcer le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro à se retirer.

Le Parti démocrate pourrait bien retirer complètement de tels projets de la table des négociations.

Un nouveau projet de texte de la plate-forme 2020 du Parti démocrate publié mardi 21 juillet déclare que « les États-Unis ne devraient pas imposer un changement de régime à d’autres pays » et que les Démocrates « rejettent cette méthode comme objectif de la politique américaine envers l’Iran« .

Le document peut encore être modifié avant son adoption officielle lors de la Convention nationale démocrate du mois prochain.

Pour l’instant, cette prise de position sur le « regime change » semble être une victoire pour une coalition de groupes progressistes qui a publié une lettre ouverte demandant aux futurs dirigeants démocrates de « s’opposer aux efforts illégaux des États-Unis pour renverser par la force les gouvernements étrangers« .

« Nous sommes heureux de voir le Parti démocrate rejeter cette politique de changement de régime qui a échoué à maintes reprises« , a déclaré le directeur exécutif de Win Without War, Stephen Miles, dans un courriel adressé au National Interest. « Les échecs successifs ont montré à quel point l’obsession de Washington pour la méthode du regime change est délirante et la plate-forme du DNC ne fait que reconnaître la réalité. »

Le directeur exécutif de Just Foreign Policy, Erik Sperling, a déclaré que cette prise de position de la plateforme du Parti démocrate clôt un chapitre de l’histoire qui a commencé avec le coup d’état soutenu par la CIA contre le premier ministre iranien Mohammad Mossadegh en 1953.

Les responsables américains insistent sur le fait que la campagne de pression actuelle contre l’Iran est destinée à changer le comportement du gouvernement, et non à le renverser.

Mais l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton, architecte de la campagne, a ouvertement déclaré que son objectif était le « changement de régime« , et Yahoo ! News a récemment révélé que Trump avait donné à la CIA l’autorisation de mener des opérations de « déstabilisation » contre l’Iran.

Le projet de texte du Parti démocrate décrit l’approche de Trump comme une « marche vers la guerre« . Mais la section sur l’Amérique latine est un peu plus ambiguë.

« Nous rejetterons la politique vénézuélienne ratée du président Trump, qui n’a servi qu’à enraciner le régime dictatorial de Nicolás Maduro et à exacerber une crise humanitaire et des droits de l’homme« , peut-on lire dans le projet. « Les Démocrates estiment que la meilleure opportunité de sauver la démocratie vénézuélienne passe par une pression intelligente et une diplomatie efficace, et non par des menaces vides et belliqueuses sans lien avec des objectifs politiques réalistes et motivées par des objectifs partisans internes« .

Maduro est enfermé dans une lutte de pouvoir avec le leader de l’opposition Juan Guaidó depuis une élection présidentielle contestée en 2018. Les États-Unis et plusieurs autres pays reconnaissent Guaidó, bien que Maduro contrôle toujours la plupart des parties du gouvernement vénézuélien.

L’administration Trump applique actuellement des sanctions économiques visant à forcer Maduro et l’armée vénézuélienne à se retirer en faveur d’un « cadre de transition démocratique ».

Le projet de texte de la plate-forme 2020 du Parti démocrate n’indique pas si les Démocrates désavoueront entièrement la politique étrangère de Trump – ou comment ils réagiront si Maduro va de l’avant avec de nouvelles élections.

« Un réel progrès signifierait accepter les échecs de toutes les formes de « regime change » soutenues par les États-Unis« , a écrit Sperling dans un courriel. « Qu’il s’agisse des guerres, des coups d’État, du soutien aux élites (souvent blanches) utilisant des artifices juridiques pour destituer les dirigeants élus ou pour empêcher les dirigeants populaires de se présenter« .

Matthew Petti est journaliste spécialisé dans la sécurité nationale au National Interest. Suivez le sur Twitter : @matthew_petti

Source : National Interest
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Commentaire recommandé

Linder // 10.08.2020 à 07h34

On laisse l’aile gauche des démocrates s’exprimer pendant la campagne électorale ? Et alors ? Cela se passe aussi au PS et, après l’élection, rien ne change, mais cela aura permis de grappiller les votes de gens qui s’imaginent alors que le parti pense comme eux.
Tous les partis pratiquent cela pour ratisser plus large, mais sans une analyse sévère des pratiques passées, rien ne peut changer de leur part (démocrate, ou PS ou en marche ou, peu importe … )

14 réactions et commentaires

  • Linder // 10.08.2020 à 07h34

    On laisse l’aile gauche des démocrates s’exprimer pendant la campagne électorale ? Et alors ? Cela se passe aussi au PS et, après l’élection, rien ne change, mais cela aura permis de grappiller les votes de gens qui s’imaginent alors que le parti pense comme eux.
    Tous les partis pratiquent cela pour ratisser plus large, mais sans une analyse sévère des pratiques passées, rien ne peut changer de leur part (démocrate, ou PS ou en marche ou, peu importe … )

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  • JCH // 10.08.2020 à 10h07

    Quelle blague…
    Tulsi Gabbard, représentante d’Hawaii au Congrès et candidate malheureuse à l’investiture démocrate a eu nombre de bâtons dans les roues de la part de son parti, notamment et justement à cause de sa position ouvertement non-interventionniste en politique étrangère.
    Pourtant, une femme jeune, issue d’une minorité ethnique et vétéran de la guerre d’Irak, elle avait (et a toujours) le profil idéal pour s’opposer à Trump. Ca n’a pas suffi.

      +23

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  • Jeremia // 10.08.2020 à 10h16

    Les raisons invoquées pour une décision politique sont aussi importantes que la décision elle-même. Et entendre dire que la politique de « regime change » n’est « pas efficace », c’est la pire des raisons et la preuve que rien ne changera au pays des deux partis de milliardaires!

    Les Démocrates ont autant de casseroles que les Républicains en matière de guerres et de sanctions criminelles contre des Etats souverains.Cette prétendue « aile gauche » au sein du Parti démocrate est un leurre et ne cherche qu’à ramener les votes des opprimés vers ce parti de l’exploitation et de l’impérialisme.

      +36

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  • RGT // 10.08.2020 à 10h30

    « désavoue le « regime change » comme politique américaine »…

    De toutes façons, si les ploutocrates US décident qu’il faut changer le régime politique d’un pays et d’utiliser à ces fins les services de l’administration les « divins élus » ne s’y opposeront JAMAIS.

    Ce sera juste un peu plus discret mais le résultat sera au final strictement identique.

    Et ne vous en faites pas, TOUS les pays de la « communauté internationale » font de même en organisant des « opérations humanitaires », des coups d’états, des trafiquages d’élections, des « révoltes populaires » etc, etc.

    La France (surtout ses ploutocrates bien sûr) ne va quand-même pas « abandonner » ses anciennes colonies à des « gueux » qui ne sauraient pas les gérer correctement quand-même ?

    Et il en va de même pour toutes les nations intéressées à s’accaparer les ressources naturelles d’autres nations plus faibles en « échange » de verroterie sans valeur, voire rien du tout.

    Bref, juste des effets de manches pour attirer le chaland avant les élections… Comme partout dans les « démocraties libres et exemplaires ».

    « Mon ennemi, c’est la finance »… On voit ce qui se passe ensuite.

      +17

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  • Savonarole // 10.08.2020 à 11h15

    Ha putain la tranche de rire du matin …
    Non sérieux …Qui y croit ?

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  • jean-pierre.georges-pichot // 10.08.2020 à 11h24

    Excusez-moi, mais je me réveille juste d’une petite sieste. Le parti ‘démocrate’ américain, c’est bien celui qui a démarré la guerre du Viet-Nam en faisant assassiner le président fantoche qu’il avait lui-même installé à Saïgon ? Et c’en est où, cette affaire ?

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  • Tzevtkoff // 10.08.2020 à 12h50

    Trump le bouc émissaire idéal des démocrates qui sont évidemment une référence en matière d’honnêteté et d’humanisme. On ne manque pas d’exemples pourtant au sujet de l’hypocrisie des démocrates durant l’histoire de la modernité.

    Les démocrates sont a bien des égards bien plus méprisables que celui qu’ils détestent.

      +13

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  • catherine // 10.08.2020 à 13h41

    D’accord.

    On laisse tomber la fastidieuse méthode du regime change.

    Et on bombarde.

      +11

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    • RGT // 13.08.2020 à 10h13

      Pour finalement faire un « regime change » en remplaçant l’ancien dictateur par un « démocrate » approuvé par la « communauté internationale » autoproclamée.

      Dirigeant bien sûr qui sera bien servile vis à vis des intérêts de ses maîtres.

      On voit ce que ça a donné en Irak, en Libye et ailleurs… Un chaos encore pire que celui d’un « regime change » traditionnel.

      Avantage, ça permet d’écouler de nombreux stocks d’armes obsolètes en les facturant à plein pot aux populations « libérées de leurs tyrans » et donc de relancer les profits du complexe militaro-industriel qui commençait à avoir des problèmes de trésorerie.

      Dans tous les cas, c’est la fête du slip chez les « élites » des « grandes démocraties ».

        +0

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  • fox23 // 10.08.2020 à 13h47

    Les gouvernements étasuniens depuis Washington – lui-même un assassin, ne furent qu’une suite quasi ininterrompus de tueurs et de pilleurs. Contrairement à leur propagande stupide ce n’est pas de la jalousie qui guide les autres pays dans la détestation des USA, mais le ras le bol de leur exploitation effrénée à leur seul profit. les Etats-Unis n’ont pas d’alliés, ils n’ont que des valets et des obligés. Il n’y a qu’à voir la pantomime actuelle en Biélorussie, la candidate qui fait moins de 10% exige le transfert du pouvoir du type qui vient de faire près de 80% ! Il n’est pas mon ami, mais ça pue la main de la CIA et du SBU ukrainien pour encore mieux étrangler la Russie..
    Comment croire un document qui n’est juste établi que pour « draguer » l’électeur de gauche, enfin à la mode étasunienne, cad au moins proche du macronisme chez nous.
    J’attends avec impatience leur écroulement programmé, seulement à ce moment la Planète pourra un peu mieux respirer.

      +9

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    • fox23 // 10.08.2020 à 21h10

      Brillante démonstration de la puissance de l’enfumage occidental; Le président Biélorusse qui n’est vraiment pas dans mes amis a multiplié les fautes, mais vous ne semblez pas avoir la mémoire très solide.
      Vous ne trouvez pas un arrière-gout de Maïdan derrière cette fumisterie ,
      Et s’ils gagnent, bien sur dans 5 ans on saura que Sorros, la CIA et quelques pseudos ONG étasuniennes étaient mouillées jusqu’au coup; dernier chiffre connu 5 milliards de dollars dépensés pour déstabiliser l’Ukraine.

      Un petit regard sur RT ou Sputnik vous aurait aidé à comprendre la superbe manip des services occidentaux sur les Russes capturés à l’aéroport de Mink où ils attendaient l’avion de Turkish Airlines, confirmé par la compagnie pour se rendre sur des champs pétroliers du moyen-Orient…

      Mais rien que votre expression « pour réaliser une opération style Crimée » pour comprendre que vous êtes vraiment contaminé. Le vote du Peuple de Crimée république Autonome, ça vous dit ?

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  • Pierre Darras // 10.08.2020 à 15h23

    Ha bon, je ne savais pas que c’était Trump qui avait inauguré les projets de régime change en Iran, au Venezuela, au Brésil, en Argentine, en Lybie , au Honduras, en Ukraine, en Syrie, et j’en oublie sûrement du temps de saint Obama .
    Biélorussie en cours.
    Ha j’oubliais l’élimination du candidat favori pro Russe Fillon. Magnifique opération mediatico judiciaire dans les règles de l’art. .

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  • Kiwixar // 11.08.2020 à 01h50

    Les « regime changes » US sont décidés et perpetrés par l’Etat Profond (CIA et autres), sur lequel le gouvernement US n’a aucune prise. Quelle est cette fable pour enfant prétendant que l’électeur pourrait influer en moralisant la politique extérieure du pays?

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  • tchoo // 11.08.2020 à 06h17

    Rien que d’avoir Biden 2 minutes de lucidité comme candidat relève de la décrépitude de ce pays.
    Tout ça n’est que manoeuvre politicienne pour embarrasser Trump qui n’en ai pas à ça près

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