Les Crises Les Crises
28.septembre.202028.9.2020 // Les Crises

États-Unis : l’option d’une politique publique pour les produits pharmaceutiques

Merci 66
J'envoie

Source : Consortium News, Dana Brown

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous sommes maintenant confrontés au défi de santé publique de notre génération alors que nous n’avons ni les tests, ni les traitements, pas plus que les vaccins dont nous avons besoin, écrit Dana Brown.

Amérique, nous avons un problème de médicaments, et c’est pire que ce que vous pourriez croire.

Alors que nous sommes en plein milieu de notre troisième (oui, troisième) épidémie d’opiacés imputable à la recherche du profit, nous voilà maintenant confrontés à une pandémie mondiale sans avoir les traitements et les vaccins dont nous avons besoin pour éviter de nouveaux décès en masse. En même temps, les Américains ordinaires qui ont longtemps lutté pour pouvoir s’offrir leurs médicaments au quotidien, comme l’insuline, doivent maintenant faire face à des choix de plus en plus difficiles car ils perdent leur emploi et leur assurance maladie à la suite des fermetures d’entreprises. Nous avons la capacité scientifique d’éradiquer le VIH, mais seuls quelques privilégiés peuvent réellement se permettre le traitement prophylactique qui pourrait arrêter la propagation du virus.

Ces crises sont toutes liées entre elles, et elles découlent toutes de l’erreur fatale consistant à traiter la médecine comme une entreprise, plutôt que comme un service public.

Alors que nous bénéficions d’une industrie pharmaceutique très sophistiquée et techniquement avancée, cette même industrie, de manière systématique, ne répond pas aux besoins de notre société, de notre santé et de notre économie – et souvent elle le fait de façon catastrophique. Sans une politique publique en matière de produits pharmaceutiques, nous sommes condamnés au statu quo, lequel a déjà fait payer un tribut bien trop lourd à notre société.

La flambée des prix des produits de Big Pharma

Depuis le début de l’année, Big Pharma a augmenté les prix de 245 médicaments, dont 61 utilisés dans le traitement de la Covid-19, limitant l’accès à ceux la seuls qui sont en capacité de se le payer. Même si les États-Unis injectent plus de fonds publics dans le développement pharmaceutique que tout autre pays au monde, les Américains ordinaires sont confrontés pour les médicaments aux prix les plus élevés au monde.

Même avec tout ce qu’on paie, souvent on ne peut pas encore disposer des médicaments dont on a besoin, entre les pénuries récurrentes de médicaments essentiels et le déclin de l’innovation dans des domaines critiques pour la santé publique. En outre, on constate une recrudescence des problèmes de sécurité après mise sur le marché, car les médicaments sont soumis à un processus d’approbation plus rapide afin d’assurer des profits plus rapidement. Toutefois, les ajustements à la marge n’amélioreront pas les choses, car ce sont là les résultats naturels d’une industrie orientée vers ce seul objectif de maximisation des profits.

Pour obtenir des résultats différents, il nous faut une conception différente. Et cela commence par une politique publique dans le domaine pharmaceutique.

À la mi-août, plus de 150 médecins, juristes, professionnels de la santé publique, mouvements de citoyens et autres se sont joints à moi pour affirmer sans équivoque qu’il existe des alternatives au statu quo dans le secteur pharmaceutique et que nous devons exiger des changements dès maintenant.

Les médicaments et les connaissances médicales étaient autrefois largement considérés comme une forme de bien public. Mais au fil des ans, nous avons permis à l’industrie pharmaceutique de devenir largement privatisée et financiarisée. Au nom de l' »efficacité », des sociétés concurrentes se sont fortement consolidées, ont pratiqué l’intégration verticale et ont réduit leurs chaînes d’approvisionnement à un point tel que nous n’avons plus qu’une seule source pour de nombreux médicaments, ce qui rend notre approvisionnement très vulnérable face aux  » chocs « .

Investissement public, bénéfices privés

Actuellement, les immenses investissements publics qui sont faits dans l’industrie pharmaceutique profitent presque exclusivement à des bénéficiaires privés – principalement un petit groupe d’actionnaires et de dirigeants de l’industrie – ce qui contribue à l’accroissement des inégalités dans les domaines sanitaires et économiques ainsi qu’à l’augmentation des coûts des soins de santé.

En outre, ces investissements sont dramatiquement inefficaces : les grandes entreprises pharmaceutiques distribuent régulièrement plus de 100 % de leurs revenus aux actionnaires et investissent davantage dans le marketing que dans la Recherche & le Développement. L’industrie fait également fi de la transparence, adopte régulièrement un comportement anticoncurrentiel et manipule la médecine fondée sur les preuves pour vendre ses produits – une pratique très dangereuse lorsque des vies humaines sont en jeu.

La création de structures dans le secteur public, tant pour le cycle complet de la R&D pharmaceutique que pour la production de médicaments essentiels, constitue une solution systémique à ces problèmes qui va plus loin que la simple exigence de réformes fragmentaires qui pourraient être remises en cause à l’avenir.

Une politique publique dans le domaine pharmaceutique garantirait une recherche et un développement de bout en bout de nouveaux médicaments dans l’intérêt du public, créerait une capacité de production suffisante pour les médicaments essentiels et assurerait une distribution efficace et à moindre coût de ces médicaments.

En brisant le monopole des Big Pharma concernant notre approvisionnement en médicaments, une alternative publique modifierait également l’équilibre des pouvoirs et réduirait l’influence politique de l’industrie, ce qui rendrait possible de nouveaux changements dans notre secteur pharmaceutique. En l’absence d’actionnaires, les entreprises pharmaceutiques publiques seraient libres de se concentrer sur le développement et la distribution des médicaments les plus essentiels à la santé publique et à la santé des populations, et pas seulement sur ceux qui sont susceptibles de rapporter les plus gros profits.

La bataille de notre génération concernant la santé publique

Nous sommes maintenant confrontés au défi de santé publique de notre génération sans disposer des tests, des traitements et des vaccins qui nous sont nécessaires. Pourtant, une part de plus en plus importante de nos fonds publics est injectée dans un système qui est le mieux armé pour produire des médicaments qui font double-emploi, des médicaments « j’en veux moi aussi » qui génèrent des profits excessifs plutôt que les médicaments dont nous avons le plus besoin.

On nous dit de placer nos espoirs pour un vaccin Covid-19 dans une entreprise, puis dans une autre, toutes qui n’ont jamais mis un seul produit sur le marché, mais parce qu’elles reçoivent le soutien des gens au pouvoir, ou qui publient de beaux communiqués de presse visant davantage à faire monter le prix des actions qu’à faire progresser la science.

Cependant, ce sont des laboratoires publics qui ont mis au point l’insuline, le premier vaccin contre le cancer du poumon au monde, et l’antitoxine contre la diphtérie. C’est la production publique de médicaments qui a assuré un approvisionnement constant et des prix accessibles pour les médicaments dans les pays du monde entier pendant des décennies. Il est temps maintenant de soutenir et de développer cette forte tradition publique et de veiller à ce que les médicaments soient accessibles à tous ceux qui en ont besoin. Les entreprises pharmaceutiques publiques dans des pays comme le Brésil et l’Inde ont longtemps contribué à maintenir les coûts à un bas niveau et à assurer un approvisionnement national adéquat en médicaments essentiels.

Il est temps que la médecine redevienne un bien public aux États-Unis.

Dana Brown est la directrice adjointe du projet « The Next System » de Democracy Collaborative. Elle est l’auteur du rapport de 2019, « Médecine pour tous : les arguments en faveur d’une option publique dans l’industrie pharmaceutique ».

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Source : Consortium News, Dana Brown, 27-08-2029

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

calal // 28.09.2020 à 08h28

Le probleme n’est pas que dans le secteur medical. Dans de nombreux domaines economiques,l’etat soutient la demande en intervenant d’une facon ou d’une autre. « Soutenir la demande » ca parait bien dit comme cela mais en fait,sans ce « soutien »,les entreprises seraient obliges de baisser leur prix parce que personne ne veut acheter au prix qu’ils exigent.En fait,les mecanismes de marche sont court circuites par l’etat qui achete les produits aux entreprises au prix fixe par ces entreprises avec l’argent des impots et des emprunts. Puis il refourgue cela d’une facon ou d’une autre aux citoyens.
Si les prix des produits vendus baisseraient,les services financiers seraient obliges de revoir leur prevision de rentabilite des entreprises,puis leur valeur comptable,puis la valeur gagée de ces entreprises.Bref,le ratio dette/pib qui permet d’emprunter a un certain taux,n’autorise pas les prix a baisser car le pib doit toujours croitre ou ne pas baisser.Sinon c’est la deflation qui s’emballe comme en 1929 et le chateau de cartes s’ecroule.
La taxe carbone c’est pareil: ca permet de maintenir le chiffre du pib.
Et pendant que l’on « soutient » certains secteurs ( ou l’on a peut etre des « amis »),on en sacrifie d’autres. Ca pourrait etre une occasion de faire le menage et de reallouer correctement le capital,si on des dirigeants competents et honnetes. Les liberaux disent que c’est au marche de faire ca,car personne n’est assez malin et honnete pour faire ca de facon « top down »,centralisee,planifiee d’un bureau.

7 réactions et commentaires

  • calal // 28.09.2020 à 08h28

    Le probleme n’est pas que dans le secteur medical. Dans de nombreux domaines economiques,l’etat soutient la demande en intervenant d’une facon ou d’une autre. « Soutenir la demande » ca parait bien dit comme cela mais en fait,sans ce « soutien »,les entreprises seraient obliges de baisser leur prix parce que personne ne veut acheter au prix qu’ils exigent.En fait,les mecanismes de marche sont court circuites par l’etat qui achete les produits aux entreprises au prix fixe par ces entreprises avec l’argent des impots et des emprunts. Puis il refourgue cela d’une facon ou d’une autre aux citoyens.
    Si les prix des produits vendus baisseraient,les services financiers seraient obliges de revoir leur prevision de rentabilite des entreprises,puis leur valeur comptable,puis la valeur gagée de ces entreprises.Bref,le ratio dette/pib qui permet d’emprunter a un certain taux,n’autorise pas les prix a baisser car le pib doit toujours croitre ou ne pas baisser.Sinon c’est la deflation qui s’emballe comme en 1929 et le chateau de cartes s’ecroule.
    La taxe carbone c’est pareil: ca permet de maintenir le chiffre du pib.
    Et pendant que l’on « soutient » certains secteurs ( ou l’on a peut etre des « amis »),on en sacrifie d’autres. Ca pourrait etre une occasion de faire le menage et de reallouer correctement le capital,si on des dirigeants competents et honnetes. Les liberaux disent que c’est au marche de faire ca,car personne n’est assez malin et honnete pour faire ca de facon « top down »,centralisee,planifiee d’un bureau.

      +6

    Alerter
  • Casimir Ioulianov // 28.09.2020 à 14h02

    En fait, si on écoute des professionnels de Santé aux US , le problème des prix des soins de santé seraient très fortement corrélés aux assureurs privés.
    Pendant des décennies , BigPharma a monté les prix … ça a été répercuté par les assurances qui , étant un système de mutualisation des risques , ont lissé les hausses pour le plus grand nombre en montant les coûts d’assurances et en saucissonnant les offres d’assurances (les fameux « premium »).
    Le truc a explosé en vol avec le nombre croissant des gens plus, pas ou peu couverts lors d’une situation d’urgence , vous pensez au Covid , moi je pense à une autre épidémie , celle des opioïdes qui tue principalement des gens qui sont sortis du circuit de soin à cause de pathologies chroniques pas prises en charges par les assurances. Le cas des Vets en situation psycho-pathologique et qui sont en train de crever à petit feu dans les tentes de Skid-Row est particulièrement infecte, surtout quand gros con les désigne comme des perdants.
    Je vais me répéter mais les USA sont un pays qui n’a pas moralement évolué depuis les XVIIIeme siècle , l’esclavage s’y pratique toujours, on y chasse encore les « indiens » pour le sport, on y lynche encore et la pire des ségrégations sociale y est monnaie courante , ainsi sont leurs « lois naturelles ». Ce pays est l’adamsite du monde.

      +5

    Alerter
  • Dominique65 // 29.09.2020 à 10h44

    L’auteur propose de transformer les USA en pays communiste, telle la France. C’est un fou furieux !

      +0

    Alerter
  • RGT // 30.09.2020 à 09h53

    Je tiens à rappeler que la « sécu » existait aux USA et avait été validée par le Social Security Act de 1935, dans la logique du « New Deal » de Roosevelt.

    Depuis Nixon (et surtout Reagan), ce programme n’a PAS été aboli mais les ressources allouées à la « sécu » US ont fondu comme neige au soleil pour se retrouver allouées à « faciliter le business ».

    Avec la « bienveillance » de Milton Friedman, grand gourou de l’école de Chicago, qui est à l’origine des désastres économiques (au mois pour les plus pauvres) des dictatures d’Amérique Latine, de l’Angleterre de Margaret Thatcher et désormais de la majorité des « pays démocratiques libres ».
    Le credo (dont les effets néfastes ont été largement prouvés – justifiés par les « croyants » par le fait qu’il n’y avait pas assez de « libéralisme ») était de TOUT privatiser pour favoriser le concept Divin de la « main invisible du Marché » qui allait résoudre tous les problèmes économiques, selon le prophète Saint Adam Smith.

    Notons que Friedman, quelques jours avant sa mort, s’était réjoui de passage de l’ouragan Katrina qui avait tout détruit à la Nouvelle Orléans…
    Comme tout était détruit, autant TOUT privatiser, ça permettait « d’assainir » l’éducation !!!

    Dire qu’il est encore le « guide spirituel » de nombreux énarques (y compris Zupiter) qui sont à la tête de l’état, particulièrement du côté de Bercy (et détiennent les cordons de la bourse).

    Bref, aucune solidarité envers les « gueux » (même s’ils sont à la base de la production de richesses RÉELLES) et tout pour les « petits malins » qui savent magouiller pour s’enrichir.

      +1

    Alerter
  • Afficher tous les commentaires

Les commentaires sont fermés.

Et recevez nos publications