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6.août.20206.8.2020 // Les Crises

Gisèle Halimi : La Cause du Féminisme

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Gisèle Halimi, la célèbre avocate qui a défendu des militants FLN pendant la guerre d’Algérie, et qui s’est battue pour la libéralisation de l’avortement et la criminalisation du viol, est décédée le 28 juillet dernier à l’âge de 93 ans.

« Ne vous résignez jamais », assurait Gisèle Halimi en mars 2009 à TV5MONDE : « Pour les femmes, il y a une précarité et une fragilité particulières de leurs acquis« .

Source : Cairn, Tania Angeloff, Margar, Maruani

Gisèle Halimi, avocate, militante féministe, femme politique, offre un parcours original, à la fois cohérent et multidimensionnel. Droits de l’homme, droits des femmes, sa trajectoire est marquée par la constance et la radicalité. Entrée au Barreau de Tunis en 1949, à celui de Paris en 1956, elle a été, par son rôle d’avocate et de militante, partie prenante dans la bataille pour la légalisation de l’avortement (1975) et de son remboursement quelques années plus tard.

Les procès qui la rendent célèbres sont aussi ceux des causes qu’elle défendra toute sa vie : dénonciation de la torture, du viol, de la répression de l’avortement. En effet, pour cette militante des droits humains, la torture ne se limitait pas à la définition du sens commun, ou encore à une catégorie du droit. Le viol est torture au même titre que la torture physique et mentale des prisonniers politiques, peut-être plus visible et donc plus facile à dénoncer.

Gisèle Halimi a fait ainsi voler en éclats les frontières traditionnelles qui paralysent l’action politique et le recours juridique et divisent les esprits, courtcircuitant la défense des victimes quand elles sont des femmes. Car, chez elle, le militantisme était une seconde nature, indissociable du métier d’avocate et du statut de femme libre. Gisèle Halimi n’était pas « née femme », elle a dû se battre pour le « devenir », en raison du déni de sa naissance du fait de son sexe, face à ses pairs dans les tribunaux, en politique dans son combat pour la parité…

Femme d’action elle l’a été envers et contre tous, à chaque heure de l’histoire personnelle, nationale et internationale, parfois au risque de sa vie. Envers et contre tous, à commencer par son milieu familial qui a rêvé pour elle un autre destin.

Révolte familiale face à une mère traditionaliste, révolte professionnelle face à de vieux barbons de la magistrature qui ont mis la jeune avocate en demeure de légitimer sa place à la barre uniquement parce qu’elle était femme et jeune. Révolte politique qui bouillonne d’un bout à l’autre de sa trajectoire : de la décolonisation à la parité, au voile, en passant par les procès contre le viol et pour la dépénalisation de l’avortement. Son « front principal » était celui sur lequel elle avait toujours perdu ses procès : l’indépendance économique des femmes, leur droit à l’emploi et à l’égalité professionnelle.

Tania Angeloff et Margaret Maruani – Entretien publié en 2005

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MM : Qu’est-ce qui vous a révoltée ?

GH : C’est l’éternelle différence « toi tu es une fille, c’est pas pareil »… que mes frères… Ça commençait déjà à l’école. Moi j’ai toujours, d’une manière un peu anormale d’ailleurs, adoré l’école. Peut-être pas anormale finalement parce que je ne me sentais pas à l’aise dans mon milieu, dans ma famille. Donc l’école avait pour moi non seulement son attrait pédagogique, mais c’était aussi un espace de liberté. Et comme j’aimais l’école, que j’étais d’un naturel très curieux, je me suis mise à lire beaucoup, beaucoup, dès que j’ai pu…

Tout ce qui me tombait sous la main. En lisant beaucoup j’avais toutes les bases. Pendant ce temps, mes frères, qui étaient cancres, rentraient avec de très mauvaises notes. C’était alors un drame familial. Car c’était eux qui avaient la charge de l’honneur, la charge du nom. Mon père avait commencé comme coursier dans un cabinet d’avocat, et puis il est devenu petit à petit clerc, puis principal clerc, etc. Son rêve, lui qui n’avait pas fait d’études, qui n’a pas eu le certificat d’études, son rêve était d’avoir un fils, qui pouvait devenir, lui, universitaire. Ce qui n’a pas été le cas.

En revanche moi j’allais mon chemin de bonne élève dans l’indifférence totale. J’avais même le sentiment que quand je disais « je suis 1re en français », on ne m’entendait pas. Ensuite, il y a eu la puberté, à 13 ans et là s’est posée la question « il faut marier Gisèle ». J’étais l’aînée, ma sœur est plus jeune que moi, de 4 ans. Donc j’étais l’aînée qu’il fallait marier. Ça m’est apparu comme quelque chose de monstrueux. Me marier c’était me faire endosser le destin de ma mère… qui faisait un enfant tous les 2 ans, qui s’arrangeait avec la religion pour avorter comme elle pouvait…

MM : Elle a avorté votre mère ?

GH : Oui oui. Comme elle pouvait. Elle disait…

MM : Elle vous l’avait dit ? Vous le saviez ça ?

GH : Oui, elle me disait « Dieu ne veut pas que, quand on souffre trop, etc. », elle avortait, mais elle a eu un enfant tous les 2 ans pendant des années. Ma mère me répétait donc que c’était mon destin. Je crois que c’est à ce moment-là que ma révolte a pris forme. Au moment où à 14 ans on m’a dit que je devais épouser un marchand d’huile très sympathique d’ailleurs, il avait 36 ans…

MM : C’est là que vous avez pris conscience de…

GH : Oui alors j’ai dit « je veux continuer ». « Qu’est-ce que tu veux continuer, alors ? » « Je veux continuer à étudier, je veux aller à l’école. » J’étais au lycée, assez bonne et même brillante sauf dans certaines matières, et ma mère disait, complètement désespérée : « Gisèle ne veut pas se marier. Alors qu’est-ce qu’elle veut faire ? Elle veut étudier ». Elle accompagnait son propos d’un geste : le doigt à la tempe comme pour suggérer que je ne tournais pas rond.

Tania Angeloff : Et à partir de quel moment avez-vous eu les mots pour le dire ? Parce qu’on sent une révolte, une rébellion même dès l’enfance, quand vous racontez dans vos livres autobiographiques [1] que pendant que vous nettoyez le sol, vos frères eux ne font rien dans la maison…

GH : Non je n’avais pas de mots encore, j’avais des actes… J’ai fait la grève de la faim très longtemps.

MM : À quel âge ?

GH : Je devais avoir 11 ans je crois. Laissez-moi me souvenir, oui c’était à 11 ans, je devais être en 6e. Je me disais bien que ma mère, la malheureuse, ne transmettait que ce qu’elle avait reçu. Mais moi je ressentais tout ça comme une oppression terrible, et c’est là que le sentiment de l’existence douloureuse, de l’inégalité, est né. On continuait de me répondre : « ce n’est pas pareil, toi, tu es une fille », quand je demandais pourquoi on ne parlait pas aux garçons de se marier mais au contraire de faire leurs études ?

Ma mère a vendu un bracelet que mon père lui avait offert, vous savez un de ces bracelets berbères dorés, pour payer deux ou trois leçons particulières à mon frère. Vous vous rendez compte ? Chez nous ! Des leçons particulières ! Moi, à l’inverse, j’ai été boursière depuis le début de mes études secondaires… À l’époque, en Tunisie, le lycée était très cher. On payait trimestriellement une certaine somme, on devait acheter ses livres. Réussir au concours des bourses n’était pas suffisant pour être boursière jusqu’au bout.

Il fallait obtenir chaque année une moyenne générale de 13 ou 14 pour continuer l’année suivante et être boursière jusqu’au bac. Mon frère aîné a réussi à l’examen des bourses, en 6e, il en a perdu le bénéfice en 5e. J’ai été boursière jusqu’au bout. Et puis comme on était une famille nombreuse, nécessiteuse, les livres m’étaient prêtés en début d’année.

MM : Et vos frères, ça ne les faisait pas enrager ?

GH : Non.

MM : Non… de vous voir vous, la fille, réussir ?

GH : Non, je crois que ça leur était égal.

TA : C’était de l’indifférence ?…

GH : Oui, une indifférence complète, oui. Tout ce qu’ils essayaient, c’était de s’en tirer eux-mêmes, de mentir, de… Non, il n’y avait pas de conflit de ce côté-là. Ils n’étaient centrés que sur eux-mêmes.

MM : C’était le conflit avec les rôles assignés ?

GH : En quelque sorte. Ils trouvaient normal qu’on les serve à table et que ma sœur et moi fassions la vaisselle. Et c’est là que je me suis, pour la première fois, révoltée.

MM : La première révolte c’était ça, les servir à table ?

GH : Oui. Pourquoi ? Pourquoi je devais les servir ? Je concevais que je puisse servir mon père, d’abord parce que je l’aimais beaucoup et puis c’était mon père, mais pourquoi je servirais mes frères ? Ils n’étaient pas meilleurs que moi, ils ne m’étaient en rien supérieurs, il n’y avait aucune raison. Sauf le fait qu’eux étaient du sexe masculin et moi du sexe féminin. Ma mère n’a jamais pu me donner une autre raison. Parce qu’il n’y en avait pas. Donc à ce moment-là j’ai dit « non ».

Alors elle m’a dit « tu ne te mettras plus à table », « tant pis, je ne mangerai pas » et je suis restée sans manger. Ça a ému mon père, qui avait beaucoup d’affection pour moi. Plus tard, ça s’est mué en un espèce d’étonnement d’avoir mis au monde une fille comme ça. L’étonnement est devenu de plus en plus fort quand je lui envoyais de Paris des télégrammes « reçue mention bien, philo à la Sorbonne », « reçue mention bien, droit ». On m’a dit avoir trouvé ça à sa mort, les télégrammes tellement ouverts, refermés, montrés… presqu’en lambeaux…

Cet étonnement est devenu admiratif avec le temps, mais avec une totale, comment dire… incompréhension… « Qu’est-ce que tu as dans ta tête ? » « Pourquoi tu n’es pas comme les autres ? » Et je crois que c’est à partir de ce moment-là que je me suis rendue compte que l’histoire des filles et des garçons devait être différente. Tu es une fille et tu es quelque chose d’intolérable. C’était pour cela qu’on vous assénait un destin : « votre destin c’est ça, il est tout tracé, faut pas en sortir ». Ma mère me disait « tu veux toujours sortir de nos sentiers à nous »… La théorisation est plus tardive.

TA : À partir de quel moment ?

GH : Ça devait être, vers 20 ans, 18, 19, après mon bac. Ça coïncidait avec l’effervescence tunisienne pour l’indépendance. J’observais que les Tunisiens, finalement, étaient aussi méprisés que les femmes. Il y avait quelque chose de commun, mais quoi ? Et donc voilà. Ça a peut-être été ma chance au fond de rejeter très tôt le destin qu’on m’avait tracé, à 14 ans. C’est à 14 ans, souvenez-vous, que je devais épouser le marchand d’huile. Je revois, j’entends encore ma mère répéter, comme dans Molière, « mais il a deux voitures ! ».

MM : Vous vous êtes mariée après ?

GH : Je me suis mariée après, ce n’est pas ce que j’ai fait de mieux, quand on se marie très jeune. J’avais 20 ans. J’aurais pu ne pas me marier à l’époque.

MM : Halimi c’est votre nom de jeune fille ?

GH : Non c’est mon ex-nom que je garde comme un pseudonyme. Mon ex-mari s’y était opposé d’ailleurs.

MM : Ha oui…

GH : Il faut raconter l’histoire du nom. Moi, je ne voulais pas changer de nom, je voulais garder mon nom, mais je n’étais pas assez forte encore pour résister à la pression d’un homme qui avait d’ailleurs à l’époque, et il a toujours, dix ans de plus que moi… et qui, violemment, m’a dit : « mais qu’est-ce que ça veut dire ? Garder ton nom, mais on vit pas à la colle… ». Alors j’ai tenté un compromis.

J’étais devenue avocate. J’ai commandé du papier à en-tête. Mon père voulait que je garde mon nom, parce qu’il en était fier tout à coup. C’est inattendu, c’est drôle, quand on pense à ce que j’ai raconté dans les premières pages de La cause des femmes[2] Quand on lui a annoncé ma naissance, il a posé le téléphone, accablé, et pendant trois semaines il disait : « non, Fritna, ma femme, n’a pas encore accouché ».

MM : Et le pire c’est qu’ils vous l’ont raconté…

GH : Ils me l’ont raconté dès mon plus jeune âge ! Comme on raconte une histoire d’enfant, une histoire de famille. C’est assez traumatisant de savoir que non seulement on ne voulait pas de vous, mais que pendant trois semaines après votre naissance, on a affirmé que vous n’étiez pas venue au monde… Mais ça a changé, par la suite mon père voulait que je garde son nom, et avec sa complicité on a été chez un imprimeur et on a mis les deux noms accolés. La réaction de mon mari a été soudaine et violente.

Il a pris les piles de papiers, tantôt voulant les jeter par la fenêtre, tantôt voulant y mettre le feu : « nous ne sommes pas une société en noms collectifs… ». Alors j’ai cédé. Mais ayant cédé ce jour-là, je me suis dit plus tard « je ne cèderai plus ». Les femmes ne peuvent pas être les marionnettes qu’on oblige à porter un nom, à qui on enlève le nom, qui reprennent un autre nom. Je me fiche d’ailleurs du nom, je ne crois pas du tout à la symbolique du nom, ça me serait égal d’en avoir un autre, mais je ne veux pas qu’on m’oblige à en porter un, puis à en changer au gré d’une vie privée.

Je ne suis pas quelqu’un à qui on met des numéros successifs. On m’a obligée à changer de nom, j’ai travaillé sous ce nom, c’est donc mon nom, mon pseudonyme, je le garde, c’est mon nom, c’est le nom de mon travail, un nom social que j’ai conquis. J’ai donc décidé que je n’en changerai pas.

MM : Et alors votre féminisme il a changé ?

GH : Depuis ?

MM : Oui.

GH : Il a changé en ce sens qu’il s’est structuré, qu’il s’est théorisé. Je dis souvent que Simone de Beauvoir et moi nous avons mené des itinéraires en sens inverse pour aboutir au même endroit… C’est-à-dire que c’est à partir de ma vie même, de mon vécu, que j’ai pris conscience de la discrimination qui frappait les femmes, de l’injustice intolérable, que je me suis révoltée et que, par la suite, en lisant goulûment, j’ai théorisé. J’ai voulu la création d’un mouvement de femmes, ayant pris conscience assez tôt que seules les femmes, dans une première phase, pouvaient faire avancer la cause des femmes. J’ai beaucoup souffert de l’inégalité entre les sexes quand j’étais très jeune avocate.

Je faisais encore plus jeune que je n’étais parce que mon père m’interdisait tout maquillage, je venais plaider avec mes socquettes, bon… J’arrivais, je perdais du temps pour convaincre les juges, parce que les présidents me regardaient comme une incongruité dans le prétoire, « qu’est-ce que je pouvais bien faire dans ce prétoire ? ». Quand j’arrivais j’avais l’impression de lire dans leurs yeux : « mais quelle mouche a piqué cette gamine, cette fille, pour être là ? ». J’avais en face de moi un bâtonnier qui arrivait et qui disait : « mon jeune et charmant confrère reconnaîtra… » en me toisant.

J’avais plutôt mauvais caractère, heureusement pour moi, ça m’a protégée, donc je ne laissais rien passer. Je rappelais que la robe était justement le symbole de notre égalité, de tout, de classe, de sexe, d’âge, puis je plaidais. Alors là petit à petit je reprenais confiance en moi mais je savais qu’au départ j’étais en perte de vitesse, j’avais un retard à rattraper parce que j’étais une femme et une jeune femme. Face à un avocat chevronné et à des juges dans la tradition.

MM : Avec un handicap…

GH : Au départ, il y avait un handicap. On le retrouve pour toutes les femmes, dans toutes les professions, il y a un parcours que l’homme ne connaît pas. Et des vies différentes. Plus tard, je me souviens, j’ai eu un moment difficile dans ma vie : j’étais seule avec deux jeunes enfants, sans beaucoup de ressources. C’était la guerre d’Algérie, je prenais un avion, l’étudiante que je logeais au pair pour garder mes fils était partie le matin, quand je prenais l’avion… Avant de partir, il fallait faire le menu des enfants, appeler la concierge, téléphoner à des amies pour que mes enfants soient gardés. Et puis je passais ma nuit entière à étudier un dossier difficile. Mais ma chance, c’est que mes petites histoires de vie ont collé avec la grande Histoire avec un grand H.

TA : Donc est-ce que les jalons de votre féminisme recouvrent en fait les jalons historiques du féminisme ?

50GH : Par certains côtés, oui. Parce que le fait qu’une femme, une jeune femme à l’époque, comme moi, ait eu à plaider devant les tribunaux militaires, où étaient en cause la vie, l’honneur, la liberté de ceux qu’on défendait… Je plaidais des affaires politiques, difficiles, dangereuses. Peu d’avocates allaient en Algérie pendant la guerre, ou au Vietnam comme observatrice après l’agression des États-Unis, en 1967.

Droits de l’homme, droits des femmes : même combat ?

TA : Comment faites-vous ce lien justement entre la défense des droits de l’homme et les droits de la femme, ce militantisme féministe si marqué ?

52GH : La base commune qui peut-être n’était pas aussi spécifiquement féministe à l’origine, était l’injustice. L’injustice m’était, comme je l’ai dit dans ma première plaidoirie, physiquement intolérable. L’injustice, le mépris, le racisme font réfléchir sur le colonialisme. Mais fondamentalement je trouvais que les femmes étaient beaucoup plus opprimées que les opprimés politiques. Ainsi, plus que les colonisés, leurs femmes.

J’ai pris conscience très vite qu’il y avait un décalage, une discrimination, une infériorisation de la femme par rapport à l’homme, et qu’elle était spécifique… qu’elle ne tenait, ni à la colonisation, ni au clivage de classes – je commençais à lire Marx. Pourtant dans la même classe, avec la même éducation, la même culture, mais femme, on subissait ce fameux cœfficient différentiel qui nous discriminait. C’est à ce moment-là que j’ai compris, peut-être ne l’ai-je pas appelé immédiatement féminisme, que la lutte qu’il fallait mener c’était celle-là.

MM : Je lisais dans vos livres que vous avez œuvré dans les procès contre la torture [3]… et quand vous parlez de votre avortement vous parlez de torture, quand vous parlez de votre accouchement vous parlez de douleur… Il y a quelque chose chez vous de la révolte contre la douleur physique…

GH : Oui, cette insupportable douleur physique infligée volontairement et contre laquelle on ne veut rien faire. La torture, c’est imposer la souffrance avec l’humiliation. Je me suis sentie très humiliée au moment de mon avortement quand on m’a tutoyée, curetée à vif et que je hurlais. C’était mon premier avortement. On est face à des hommes qui ont la volonté de vous imposer leurs lois. Le médecin qui ne voulait pas qu’on avorte m’a dit : « Comme ça tu ne recommenceras pas ». Sur quoi il se trompait d’ailleurs. C’est vrai que je l’ai assimilé à la torture parce que la torture c’est un peu ça, évidemment avec des variantes politiques.

Il faut savoir que la torture, en Algérie ou ailleurs, contre la lutte révolutionnaire de tout un peuple, n’est pas utilisée seulement pour faire parler : on arrêtait les gens, on les torturait, on les libérait le lendemain, ils n’avaient rien fait, on les terrorisait : « Tu vois ce qui peut t’arriver si jamais tu nous combats… ».

On torturait systématiquement, Massu en particulier, pendant la bataille d’Alger. Il relâchait quelques-uns du groupe arrêté, il n’avait aucune charge contre eux. C’était dans une casbah et c’était le téléphone arabe : « voilà comment on torture » et ils racontaient la torture à l’électricité, la baignoire, on les amochait suffisamment – pas suffisamment pour qu’ils ne reviennent pas, tout le monde n’a pas été Maurice Audin – mais quand même suffisamment pour tenter de paralyser au fond le militantisme, la prise de maquis…

L’avortement, le viol et la torture

MM : Gisèle, si on essaye de récapituler, vous avez réussi beaucoup de choses, d’actions, de procès, j’ai envie de vous poser une question un peu bête : avec le recul quelles sont vos principales réussites, mais aussi quels sont vos échecs ?

GH : Parmi les réussites, et avec d’autres militantes je dirais, incontestablement, la lutte qui a donné aux femmes le droit de choisir de donner (ou non) la vie, c’est-à-dire l’éducation sexuelle, la contraception et l’avortement. Je pense que c’est la liberté des libertés, je l’appelle la liberté « élémentaire ». Parce que les femmes se sont appropriées leurs corps. Les femmes sont sorties du servage. Parce qu’au fond, c’est ça le servage. Et en même temps je ne veux pas m’arrêter au corps, je pense que c’est toute la femme – physique, affective, psychologique, qui a conquis cette liberté.

Choisir de donner la vie exige une intelligence, une lucidité et un sens des responsabilités. On ne peut pas donner la vie par erreur sur la contraception ou par oubli de sa pilule. Et j’ai toujours été très fermement convaincue que le progrès c’était faire échec à l’échec. C’était une bataille globale que je ne limite pas à l’avortement. L’avortement c’est l’ultime recours mais il doit être un droit. Toutes les femmes de ma génération savent ce qu’ont été les avortements clandestins. Ce n’est pas seulement l’horreur de ces curetages, c’est la recherche de la personne, l’argent, la culpabilité. On se sent coupable mais de quoi ? Pas d’avorter car déterminer le commencement dans la vie m’a toujours semblé être une question métaphysique.

Je dois dire que de voir et de parler souvent avec les professeurs Jacob et Monod, qui nous ont soutenues dans le procès de Bobigny [4] m’avait beaucoup, beaucoup enrichie. C’était un débat métaphysique certes, mais la culpabilité, elle, on la ressentait à l’égard de la société elle-même. Je me souviens, j’étais jeune avocate, je plaidais un procès politique important, et j’étais en train d’avorter, avec une sonde dans le ventre. Le lendemain hémorragie. Je me disais, je suis avocate, j’ai des responsabilités, des hommes ont été condamnés à mort et… alors c’était mon impuissance, une forme d’humiliation et je me sentais coupable, je me sentais coupable ! Comment est-ce que je pouvais porter tout ça en moi ? L’avocate, celle qui commettait un délit et celle qui défendait. Cela m’avait beaucoup marquée.

Pour en revenir à votre question, je pense que la bataille a été très bien menée. Michèle Chevalier [5], elle, était communiste. Et si elle est venue chez moi, c’est parce qu’elle était employée de métro, qu’elle avait lu dans la bibliothèque du métro Djamila Boupacha[6] et qu’elle s’est dit, puisque cette avocate a défendu cette Algérienne torturée, peut-être qu’elle acceptera de nous défendre… Elle est donc venue me trouver. Je lui ai dit : « Voilà, si vous voulez on fait un grand procès ».

J’en ai parlé à Simone de Beauvoir, on venait de créer « Choisir » et « Choisir » a pris en main le procès. Je sais personnellement que jamais je n’aurais plaidé comme j’ai plaidé s’il n’y avait pas eu au même moment la foule des femmes présentes au tribunal, encerclant le tribunal, que la police repoussait. Le président furieux disait « fermez les fenêtres, fermez les portes ! ». Il s’est passé quelque chose qui a fait que les luttes de femmes ont fait basculer l’opinion publique et l’opinion publique basculant, elle a obligé l’Assemblée nationale à se saisir de l’abolition de la loi répressive.

MM : C’est clair !

GH : C’est clair, et ce qui est clair et qu’on ne dit pas souvent, c’est que malgré Giscard d’Estaing, selon moi le plus féministe de nos présidents de la République, le plus moderne, toute sa droite a saboté le texte et que, si il n’y avait pas eu les voix de la gauche, unanimes, responsables, c’est-à-dire communistes et socialistes, on n’aurait pas eu de loi du 17 janvier 1975 sur l’ivg (interruption volontaire de grossesse).

MM : Je repose ma question, Gisèle, pour vous, le procès le plus important, c’est Bobigny ou Djamila Boupacha ?

GH : À vrai dire il y en aurait même un troisième. Celui du viol. C’est important aussi.

MM : Oui de ces trois, lequel ?

GH : J’aurai du mal à choisir, parce que par exemple Djamila Boupacha, c’est un combat qui n’était pas seulement axé sur l’Algérie. C’était une femme, une jeune femme de 20 ans, c’était une militante d’une cause que je partageais – l’indépendance de l’Algérie – c’était une femme qui n’avait jamais rien fait d’éclatant avant, qui était très religieuse et très traditionnelle.

Elle était vierge et elle a été violée, elle a été torturée par les parachutistes français. Mais évidemment pas torturée comme son frère ou son père, qui ont tous été torturés. Elle a été d’abord déshabillée, a subi des injures obscènes… et violée avec une bouteille de bière, avant d’être livrée à la soldatesque… Si elle n’avait pas été femme, tout ça ne se serait pas passé comme ça. C’est là que j’ai vu les différences et j’ai vu qu’elle était symboliquement, bien sûr une héroïne algérienne, mais pour moi une héroïne féminine, féministe. Elle faisait objectivement avancer la cause des femmes, elle faisait honneur aux femmes.

TA : Les deux sont intrinsèquement liés.

GH : Oui absolument, absolument, pour moi, oui.

MM : Il n’y a pas de hiérarchie…

GH : Non ! non, il n’y en a pas. En 1972 le procès de Bobigny a été un très grand moment, c’est évident, parce qu’il y a eu toute la force de tous ces mouvements de femmes. Je ne les ai jamais senties aussi fortes, elles étaient prêtes à renverser les portes du tribunal, la police, elles ont foncé dedans. Avec leurs calicots et leurs cris de fierté de femmes. Delphine Seyrig, Christiane Rochefort, Simone de Beauvoir, témoins à la barre. La force des femmes était formidable et je trouve que dans cette commémoration des 30 ans de la loi sur L’ivg on ne l’a pas vue.

J’ai même lu dans un journal, je ne sais plus lequel : « Et Veil créa L’ivg ». J’aime beaucoup Simone Veil, je m’entends très bien avec elle, on est très liées, jamais elle n’oublie de mentionner le procès de Bobigny, et moi je le dis, je l’écris, elle a eu un grand courage… Mais il y avait aussi les femmes, l’opinion publique et le fait que la droite n’a pas suivi. La droite s’est cramponnée sur ses positions conservatrices. Et cela a été occulté.

Donc c’était un grand moment. Le procès du viol aussi, parce c’était un autre procès exemplaire. C’est qu’on ne peut pas faire des procès comme on les a faits avec n’importe quel dossier, même si vous retrouvez les mêmes thèmes, il faut que ce soit un dossier exemplaire, parfait, qu’on n’ait rien à reprocher aux inculpées par ailleurs, parce que si on leur reproche quelque chose, c’est fini, le procès devient un procès ordinaire.

MM : Sans faille…

GH : Voilà, pas de faille. Djamila était une militante, une héroïne ; en plus ce qui m’a frappée, c’est en ça que c’est aussi très spécifique, c’est qu’à l’inverse des hommes qui ont été abominablement torturés, elle, elle n’oubliera jamais. On se voit toujours, elle vient chez moi… Elle a toujours autre chose à me dire, qu’elle n’a pas dit, qui lui revient. Elle a toujours dans la tête, elle l’a eu très longtemps, que « maintenant, je suis à jeter aux ordures… je ne suis plus un être humain ». Elle s’est mariée, elle est restée huit mois sans vouloir que son mari la touche. Son mari était aussi un ancien maquisard.

Elle n’est pas indemne, elle ne sera jamais indemne. Je crois que c’est parce qu’elle est femme. Les autres – les hommes – ce n’est pas la même chose, ils sont intégrés, ils sont des héros, ils sont… mais elle, il lui restera toujours quelque chose, et vaguement, vaguement, le malheur d’être une femme. Le malheur d’être une femme, ça marque dans ces cas-là. Et le procès de Bobigny était aussi un cas exemplaire. C’était des femmes, des employées de métro, Michèle Chevalier, mère de trois filles « naturelles ». Le monsieur a fait les enfants et s’en est allé.

Elle les élevait toutes les trois sur son seul salaire. Sa fille, Marie-Claire, que j’ai défendue, a 49 ans aujourd’hui, elle avait 16 ans quand je l’ai connue. Elle-même a une fille de 16 ans, superbe, qui pourrait être mannequin. Mais il semble que Marie-Claire ait subi le même destin que sa mère. Elle élève sa fille toute seule, pas de père. Le père s’en est allé lui aussi. Je me souviens que sa mère, Michèle, a dit à sa fille : « Si tu veux, on n’a rien, mais quand on n’a rien pour trois on n’aura rien pour quatre, on garde l’enfant… »

Marie-Claire, au tribunal pour enfants, le Président lui tendait la perche : « Dites que vous ne pouvez pas, que… » et ça aurait permis l’acquittement, parce que devant un tribunal correctionnel, quand les faits sont reconnus on peut pas vous acquitter. Elle a dit « non, non, c’est pas ça moi, je ne me sens pas prête à être mère, je n’en ai aucune envie, je ne veux pas avoir d’enfant pour l’instant, plus tard peut-être, mais aujourd’hui je n’en veux pas, je ne veux pas de cette responsabilité, j’ai été violée, je ne veux pas de cela ». Elle a quand même été acquittée.

MM : Et le procès du viol ?

GH : Je défendais deux jeunes femmes lesbiennes, qui campaient ensemble dans une calanque, pas loin de Toulon, et qui avaient été agressées dans la journée par une bande de voyous, quand elles allaient faire leurs courses au village. Elles les ont rembarrés et les voyous ont décidé une expédition punitive la nuit, et la nuit a été une nuit d’horreur. L’un des agresseurs avait le crâne fendu parce qu’elles se sont défendues avec un maillet avec lequel elles avaient planté leur tente, elles étaient elles-mêmes blessées.

L’horreur ! À l’aube elles sont allées au commissariat de police, couvertes de sang, couvertes de sperme. Et les violeurs osaient plaider qu’elles étaient consentantes ! C’était exemplaire parce qu’il s’agissait de lesbiennes. Le président sous-entendait que ça ne pouvait pas leur faire de mal… Ça leur apprendra. Ces procès ont en commun qu’ils entreront dans l’histoire des femmes, en tout cas dans l’histoire judiciaire. J’aurais donc du mal à choisir entre les trois, parce que tous les trois ont au complet ce que je viens de dire, et en plus la dimension tragique qui sied si bien aux femmes.

L’égalite professionnelle : les procès perdus

TA : Est-ce que vous avez des regrets justement sur des procès qui n’ont pas donné cette dimension ?

GH : Oui, des échecs par un certain côté. Je crois n’avoir jamais remporté de succès dans le domaine de l’égalité professionnelle.

MM : Ça vous me l’aviez dit quand…

GH : C’est mon grand échec, parmi plusieurs. Le premier, je le dis en souriant, je n’ai jamais réussi à faire une fille ! Mais j’ai une petite fille… Et puis je ne suis jamais arrivée, même avec des bons dossiers, à gagner un procès dans le domaine professionnel. Je me souviens de l’affaire Vilmorain. C’était une ingénieure agronome, candidate à un emploi, on lui a dit qu’elle avait tout ce qu’il fallait, les diplômes, mais que, à diplôme égal, on préférait embaucher un homme. Nous avons plaidé jusqu’à la Cour de cassation, mais nous avons perdu.

MM : Mais pourquoi alors ?

GH : Parce que là, les mentalités sont plus fortes que le droit. Et la justice et les rapports sociaux de sexe, la domination masculine et cette forme d’économie qui sous-estime le travail des femmes inspirent ces décisions.

Lire la suite de l’entretien sur Cairn

Le procès de Bobigny : La cause des femmes. La plaidoirie de Me Gisèle Halimi

Source : La Grande Bibliothèque du Droit, Me Gisèle Halimi

Auteur : Ordre des Avocats de Paris – Me Gisèle Halimi

« Monsieur le président, Messieurs du tribunal,

Je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour un parfait accord entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre, et ma condition de femme.

Je ressens donc au premier plan, au plan physique, il faut le dire, une solidarité fondamentale avec ces quatre femmes, et avec les autres.

Ce que j’essaie d’exprimer ici, c’est que je m’identifie précisément et totalement avec Mme Chevalier et avec ces trois femmes présentes à l’audience, avec ces femmes qui manifestent dans la rue, avec ces millions de femmes françaises et autres.

Elles sont ma famille. Elles sont mon combat. Elles sont ma pratique quotidienne.

Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe les femmes.

C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée.

Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs, et je pose chaque fois la question et j’autorise le tribunal à m’interrompre s’il peut me contredire. Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un P-DG de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs.

Je pose la question. Cela s’est-il trouvé dans cette enceinte de justice ou ailleurs ? Vous condamnez toujours les mêmes, les « Mme Chevalier ». Ce que nous avons fait, nous, la défense, et ce que le tribunal peut faire, ce que chaque homme conscient de la discrimination qui frappe les mêmes femmes peut faire, c’est se livrer à un sondage très simple. Prenez des jugements de condamnation pour avortement, prenez les tribunaux de France que vous voudrez, les années que vous voudrez, prenez cent femmes condamnées et faites une coupe socio-économique : vous retrouverez toujours les mêmes résultats :

– 26 femmes sont sans profession, mais de milieu modeste, des « ménagères » ;
– 35 sont employées de bureau (secrétaires-dactylos) : au niveau du secrétariat de direction, déjà, on a plus d’argent, on a des relations, on a celles du patron, un téléphone… ;
– 15 employées de commerce et de l’artisanat (des vendeuses, des coiffeuses…) ;
– 16 de l’enseignement primaire, agents techniques, institutrices, laborantines ;
– 5 ouvrières ;
– 3 étudiantes.

Autre exemple de cette justice de classe qui joue, sans la moindre exception concernant les femmes : le manifeste des 343.

Vous avez entendu à cette barre trois de ses signataires. J’en suis une moi-même. Trois cent quarante trois femmes (aujourd’hui, trois mille) on dénoncé le scandale de l’avortement clandestin, le scandale de la répression et le scandale de ce silence que l’on faisait sur cet avortement. Les a-t-on seulement inculpées ? Nous a-t-on seulement interrogées ? Je pense à Simone de Beauvoir, à Françoise Sagan, à Delphine Seyrig – que vous avez entendues – Jeanne Moreau, Catherine Deneuve… Dans un hebdomadaire à grand tirage, je crois, Catherine Deneuve est représentée avec la légende : « La plus jolie maman du cinéma français » ; oui certes, mais c’est aussi « la plus jolie avortée du cinéma français » !

Retournons aux sources pour que Marie-Claire, qui s’est retrouvée enceinte à seize ans, puisse être poursuivie pour délit d’avortement, il eût fallu prouver qu’elle avait tous les moyens de savoir comment ne pas être enceinte, et tous les moyens de prévoir.

Ici, Messieurs, j’aborde le problème de l’éducation sexuelle.

Vous avez entendu les réponses des témoins. Je ne crois pas que, sur ce point, nous avons appris quelque chose au tribunal. Ce que je voudrais savoir, c’est combien de Marie-Claire en France ont appris qu’elles avaient un corps, comment il était fait, ses limites, ses possibilités, ses pièges, le plaisir qu’elles pouvaient en prendre et donner ?

Combien ?

Très peu, j’en ai peur.

Il y a dans mon dossier une attestation de Mme Anne Pério, professeur dans un lycée technique, qui indique que, durant l’année scolaire 1971-1972, il y a eu treize jeunes filles entre dix-sept ans et en vingt ans en état de grossesse dans ce lycée. Vous avez entendu, à l’audience, Simone Iff, vice-présidente du Planning familial. Elle est venue vous dire quel sabotage délibéré les pouvoirs publics faisaient précisément de cet organisme qui était là pour informer, pour prévenir, puisque c’est de cela qu’il s’agit.

Vous avez, Messieurs, heureusement pour vous, car je vous ai sentis accablés sous le poids de mes témoins et de leur témoignage, échappé de justesse à deux témoignages de jeunes gens de vingt ans et de dix-sept ans, mes deux fils aînés, qui voulaient venir à cette barre. Ils voulaient vous dire d’abord à quel point l’éducation sexuelle avait été inexistante pendant leurs études. L’un est dans un lycée et l’autre est étudiant. Ils voulaient faire – il faut le dire – mon procès. Mon procès, c’est-à-dire le procès de tous les parents.

Car l’alibi de l’éducation sexuelle, à la maison, il nous faut le rejeter comme quelque chose de malhonnête. Je voudrais savoir combien de parents – et je parle de parents qui ont les moyens matériels et intellectuels de le faire – abordent tous les soirs autour de la soupe familiale l’éducation sexuelle de leurs enfants. Mme Chevalier, on vous l’a dit, n’avait pas de moyens matériels, et elle n’avait pas reçu elle-même d’éducation sexuelle. Je parle de moi-même et de mes rapports avec mes enfants. Moi, je n’ai pas pu le faire. Pourquoi ? Je n’en sais rien.

Mais je peux peut-être essayer de l’expliquer. Peut-être parce que, entre les parents et les enfants, il y a un rapport passionnel, vivant, vivace, et c’est bon qu’il en soit ainsi ; peut-être aussi parce que, pour les enfants, il y a cette image des rapports amoureux des parents et que cela peut culpabiliser les enfants et la mère ? Toujours est-il que l’on ne peut décider que les parents auront l’entière responsabilité de l’éducation sexuelle. Il faut des éducateurs spécialisés, quitte pour les parents à apporter, en quelque sorte, une aide complémentaire.

Pourquoi ne pratique-t-on pas l’éducation sexuelle dans les écoles puisqu’on ne veut pas d’avortement ?

Pourquoi ne commence-t-on pas par le commencement ? Pourquoi ?

Parce que nous restons fidèles à un tabou hérité de nos civilisations judéo-chrétiennes qui s’oppose à la dissociation de l’acte sexuel et de l’acte de procréation. Ils sont pourtant deux choses différentes. Ils peuvent être tous les deux actes d’amour, mais le crime des pouvoirs publics et des adultes est d’empêcher les enfants de savoir qu’ils peuvent être dissociés.

Deuxième responsabilité :

L’accusation, je le lui demande, peut-elle établir qu’il existe en France une contraception véritable, publique, populaire et gratuite ? Je ne parle pas de la contraception gadget, de la contraception clandestine qui est la nôtre aujourd’hui. Je parle d’une véritable contraception. Je dois dire que j’ai cru comprendre que même la contraception était prise à partie dans ce débat.

Je dois dire qu’il m’est arrivé de parler à plusieurs reprises de ce problème, publiquement. J’ai eu face de moi des hommes d’Église : même eux n’avaient pas pris cette position. La contraception, à l’heure actuelle, c’est peut-être 6% ou 8% des femmes qui l’utilisent. Dans quelles couches de la population ? Dans les milieux populaires, 1% !

Dans la logique de la contraception, je dis qu’est inscrit le droit à l’avortement.

Supposons que nous ayons une parfaite éducation sexuelle. Supposons que cela soit enseigné dans toutes les écoles. Supposons qu’il y ait une contraception véritable, populaire, totale, gratuite. On peut rêver… Prenons une femme libre et responsable, parce que les femmes sont libres et responsables. Prenons une de ces femmes qui aura fait précisément ce que l’on reproche aux autres de ne pas faire, qui aura manifesté constamment, régulièrement, en rendant visite à son médecin, sa volonté de ne pas avoir d’enfants et qui se trouverait, malgré tout cela, enceinte.

Je pose alors la question : « Que faut-il faire ? »

J’ai posé la question à tous les médecins. Ils m’ont tous répondu, à l’exception d’un seul : « il faut qu’elle avorte ». Il y a donc inscrit, dans la logique de la contraception, le droit à l’avortement. Car personne ne peut soutenir, du moins je l’espère, que l’on peut donner la vie par échec. Et il n’y a pas que l’échec. Il y a l’oubli. Supposez que l’on oublie sa pilule. Oui. On oublie sa pilule. Je ne sais plus qui trouvait cela absolument criminel. On peut oublier sa pilule. Supposez l’erreur. L’erreur dans le choix du contraceptif, dans la pose du diaphragme.

L’échec, l’erreur, l’oubli…

Voulez-vous contraindre les femmes à donner la vie par échec, par erreur, par oubli ? Est-ce que le progrès de la science n’est pas précisément de barrer la route à l’échec, de faire échec à l’échec, de réparer l’oubli, de réparer l’erreur ? C’est cela, me semble-t-il, le progrès. C’est barrer la route à la fatalité et, par conséquence, à la fatalité physiologique.

J’ai tenu à ce que vous entendiez ici une mère célibataire. Le tribunal, je l’espère, aura été ému par ce témoignage. Il y a ici des filles, des jeunes filles qui, elles, vont jusqu’au bout de leur grossesse pour des raisons complexes, mais disons, parce qu’elles respectent la loi, ce fameux article 317. Elles vont jusqu’au bout.

Que fait-on pour elles ? On les traites de putains. On leur enlève leurs enfants, on les oblige, la plupart du temps, à les abandonner ; on leur prend 80% de leur salaire, on ne se préoccupe pas du fait qu’elles sont dans l’obligation d’abandonner leurs études. C’est une véritable répression qui s’abat sur les mères célibataires. Il y a là une incohérence au plan de la loi elle-même.

J’en arrive à ce qui me paraît le plus important dans la condamnation de cette loi. Cette loi, Messieurs, elle ne peut pas survivre et, si l’on m’écoutait, elle ne pourrait pas survivre une seconde de plus : Pourquoi ? Pour ma part, je pourrais me borner à dire : parce qu’elle est contraire, fondamentalement, à la liberté de la femme, cet être, depuis toujours opprimé. La femme était esclave disait Bebel, avant même que l’esclavage fût né. Quand le christianisme devint une religion d’État, la femme devint le « démon », la « tentatrice ».

Au Moyen Âge, la femme n’est rien. La femme du serf n’est même pas un être humain. C’est une bête de somme. Et malgré la Révolution où la femme émerge, parle, tricote, va aux barricades, on ne lui reconnaît pas la qualité d’être humain à part entière. Pas même le droit de vote. Pendant la Commune, aux canons, dans les assemblées, elle fait merveille. Mais une Louise Michelle et une Hortense David ne changeront pas fondamentalement la condition de la femme.

Quand la femme, avec l’ère industrielle, devient travailleur, elle est bien sûr – nous n’oublions pas cette analyse fondamentale – exploitée comme les autres travailleurs.

Mais à l’exploitation dont souffre le travailleur, s’ajoute un coefficient de surexploitation de la femme par l’homme, et cela dans toutes les classes.

La femme est plus qu’exploitée. Elle est surexploitée. Et l’oppression – Simone de Beauvoir le disait tout à l’heure à la barre – n’est pas seulement celle de l’économie.

Elle n’est pas seulement celle de l’économie, parce que les choses seraient trop simples, et on aurait tendance à schématiser, à rendre plus globale une lutte qui se doit, à un certain moment, d’être fractionnée. L’oppression est dans la décision vieille de plusieurs siècles de soumettre la femme à l’homme. « Ménagère ou courtisane », disait d’ailleurs Proudhon qui n’aimait ni les juifs, ni les femmes.

Pour trouver le moyen de cette soumission, Messieurs, comment faire ? Simone de Beauvoir vous l’a très bien expliqué. On fabrique à la femme un destin : un destin biologique, un destin auquel aucune d’entre nous ne peut ou n’a le droit d’échapper. Notre destin à toutes, ici, c’est la maternité. Un homme se définit, existe, se réalise, par son travail, par sa création, par l’insertion qu’il a dans le monde social. Une femme, elle, ne se définit que par l’homme qu’elle a épousé et les enfants qu’elle a eus.

Telle est l’idéologie de ce système que nous récusons.

Savez-vous, Messieurs, que les rédacteurs du Code civil, dans leur préambule, avaient écrit ceci et c’est tout le destin de la femme : « La femme est donnée à l’homme pour qu’elle fasse des enfants… Elle est donc sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier. » Certes, le Code civil a changé, et nous nous en réjouissons. Mais il est un point fondamental, absolument fondamental sur lequel la femme reste opprimée, et il faut, ce soir, que vous fassiez l’effort de nous comprendre.

Nous n’avons pas le droit de disposer de nous-mêmes.

S’il reste encore au monde un serf, c’est la femme, c’est la serve, puisqu’elle comparaît devant vous, Messieurs, quand elle n’a pas obéi à votre loi, quand elle avorte. Comparaître devant vous. N’est-ce pas déjà le signe le plus certain de notre oppression ? Pardonnez-moi, Messieurs, mais j’ai décidé de tout dire ce soir. Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes… Et pour parler de quoi ? De sondes, d’utérus, de ventres, de grossesses, et d’avortements !…

– Croyez-vous que l’injustice fondamentale et intolérable n’est pas déjà là ?
– Ces quatre femmes devant ces quatre hommes !
– Ne croyez-vous pas que c’est là le signe de ce système oppressif que subit la femme ? Comment voulez-vous que ces femmes puissent avoir envie de faire passer tout ce qu’elles ressentent jusqu’à vous ? Elles ont tenté de le faire, bien sûr, mais quelle que soit votre bonne volonté pour les comprendre – et je ne la mets pas en doute – elles ne peuvent pas le faire.

Elles parlent d’elles-mêmes, elles parlent de leur corps, de leur condition de femmes, et elles en parlent à quatre hommes qui vont tout à l’heure les juger. Cette revendication élémentaire, physique, première, disposer de nous-mêmes, disposer de notre corps, quand nous la formulons, nous la formulons auprès de qui ? Auprès d’hommes. C’est à vous que nous nous adressons.
– Nous vous disons : « Nous, les femmes, nous ne voulons plus être des serves ».

Est-ce que vous accepteriez, vous, Messieurs, de comparaître devant des tribunaux de femmes parce que vous auriez disposé de votre corps ?… Cela est démentiel !

Accepter que nous soyons à ce point aliénées, accepter que nous ne puissions pas disposer de notre corps, ce serait accepter, Messieurs, que nous soyons de véritables boîtes, des réceptacles dans lesquels on sème par surprise, par erreur, par ignorance, dans lesquels on sème un spermatozoïde. Ce serait accepter que nous soyons des bêtes de reproduction sans que nous ayons un mot à dire.

L’acte de procréation est l’acte de liberté par excellence. La liberté entre toutes les libertés, la plus fondamentale, la plus intime de nos libertés. Et personne, comprenez-moi, Messieurs, personne n’a jamais pu obliger une femme à donner la vie quand elle a décidé de ne pas le faire.

En jugeant aujourd’hui, vous allez vous déterminer à l’égard de l’avortement et à l’égard de cette loi et de cette répression, et surtout, vous ne devrez pas esquiver la question qui est fondamentale. Est-ce qu’un être humain, quel que soit son sexe, a le droit de disposer de lui-même ? Nous n’avons plus le droit de l’éviter.

J’en ai terminé et je pris le tribunal d’excuser la longueur de mes explications. Je vous dirai seulement encore deux mots : a-t-on encore, aujourd’hui, le droit, en France, dans un pays que l’on dit « civilisé », de condamner des femmes pour avoir disposé d’elles-mêmes ou pour avoir aidé l’une d’entre elles à disposer d’elle-même ?

Ce jugement, Messieurs, vous le savez – je ne fuis pas la difficulté, et c’est pour cela que je parle de courage – ce jugement de relaxe sera irréversible, et à votre suite, le législateur s’en préoccupera. Nous vous le disons, il faut le prononcer, parce que nous, les femmes, nous, la moitié de l’humanité, nous sommes mises en marche. Je crois que nous n’accepterons plus que se perpétue cette oppression.

Messieurs, il vous appartient aujourd’hui de dire que l’ère d’un monde fini commence. »

Source : La Grande Bibliothèque du Droit, Me Gisèle Halimi

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Commentaire recommandé

Dudul // 06.08.2020 à 12h18

En gros Gisèle Halimi avait des griefs contre son papa (qu’elle aimait beaucoup d’ailleurs….) et sa culture d’origine Tunisienne. Par conséquent, elle a absolument voulu faire avancer les moeurs en France…
Réduire l’homme à un bourreau et la femme à une victime, quelle grande avancée philosophique et un petit peu manichéenne.

46 réactions et commentaires

  • gracques // 06.08.2020 à 08h19

    Grande Dame , grand être humain….. mais bon , les crises est un site de mecs…..

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    • Urko // 06.08.2020 à 08h36

      Les femmes peuvent lire les-crises.fr : rien ne le leur interdit.

        +10

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    • Pierre Darras // 06.08.2020 à 09h32

      Ce n’est pas parce que les femmes éprouvent moins le besoin de la ramener qu’elles ne sont pas en nombre à venir lire les articles.

        +22

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    • Une femme // 06.08.2020 à 10h02

      ? Comprends pas, vous en savez quoi ? J’ai participé à des traductions pour le site des Crises – je dois arrêter ? Je suis ingénieure, j’adore les sciences…. c’est pas possible ? les femmes (et les hommes, mais en général la question ne se pose pas) font ce qu’elles veulent et personne n’a à dire si tel ou tel site web est un site d’homme ou de femme. C’est un site web pour les humains, point barre.

      Suis ravie du partage de cet article par les Crises.
      La question des femmes est une priorité surtout en temps de crise.

        +20

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    • un citoyen // 06.08.2020 à 12h09

      En quoi est-ce un problème que les mecs semblent être majoritaires sur ce site? En effet, les combats de Mme Halimi pour lutter contre l’inégalité des droits ne concerne-t-il pas aussi les hommes puisque ces derniers vivent avec les femmes ?

      Ne serait-ce non pas seulement pour comprendre ce que ressentent les féministes, et dont je trouve que Mme Halimi et bien d’autres ont eu raison de s’élever contre de graves injustices et des absurdités, mais aussi par exemple pour étudier l’égalité des sexes sur le plan de l’emploi, dans l’économie, par exemple. Même actuellement, les salaires des femmes sont toujours moins élevés que ceux des hommes en moyenne. Il y a toujours des questions à se poser.

      Et d’ailleurs, on peut aussi s’interroger sur le pourquoi ou le comment les hommes avaient-ils pris l’ascendance dans la vie économique et politique à travers les siècles de façon générale, bien que des femmes s’étaient néanmoins illustrées quelque-soient les orientations (Catherine 2 de Russie, Catherine de Médicis, Boadicée, Jeanne d’arc, …).

        +3

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    • Az // 06.08.2020 à 12h45

      J’ai entendu une fois F. Heritier dire, qu’en fonction des situations, elle parlait et écrivait d’elle parfois au masculin. Le masculin comme substitut au neutre que l’on ne peut pas toujours utiliser dans la langue française. J’ai trouvé que l’idée était très bonne, pour l’utilisation des réseau sociaux, comme le présent site ou d’autres, lieux particulièrement propice au déchainement de certaines passions triste, en particulier du sexisme ordinaire (La sous-culture « Incel » en est un bon exemple)

        +1

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    • Recits d’Yves // 06.08.2020 à 18h01

      Et même si cela été vrai que Les Crises soit plus fréquenté par des hommes que par des femmes, en quoi cela est un problème?
      Les femmes et les hommes ont le choix de leurs lectures et c’est très bien.

        +5

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      • Az // 07.08.2020 à 12h45

        Ce que veut dire @Gracques, c’est que le site n’est pas spécialement féministe. La preuve en est le peu de succès rencontré généralement par les billets consacrés à ce thème ( celui-ci par exemple) et la faible fréquence de leur occurrence (contrairement à d’autres sujet largement sur-représentés)

          +4

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        • Récits d’Yves // 08.08.2020 à 07h53

          Je ne savais pas qu’un site spécialisé dans le domaine de la géopolitique pouvait ( devrait?) être également féministe ?
          On mélange les choux et les carottes.

            +3

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          • Az // 08.08.2020 à 10h35

            Dans ce cas, on comprend mal ce que vient faire ici ce billet sur Gisèle Halimi, à moins que (comme je l’avais indiqué plus bas) ce ne soit pas le féminisme chez elle, qui soit intéressant (en tout cas ce n’est peut-être pas ce qui a intéressé Les Crises)

              +1

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            • Madudu // 08.08.2020 à 16h35

              Il faut savoir : un coup c’est pas normal qu’il n’y ait pas plus de féminisme, un coup ce n’est pas normal qu’il y en ait de temps en temps …

              La ligne éditoriale du blog n’est pas focalisée sur cette thématique, et tant mieux, mais il n’y a pas de raison non plus de ne jamais aborder le sujet.

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            • Az // 08.08.2020 à 18h41

              Ah mais, je n’ai jamais dit que ce n’était pas normal qu’il n’y ait pas plus de sujets féministes sur Les Crises.

              Le point de départ de cette discussion était l’idée selon laquelle Les Crises serait un « site de mecs », ce qui en soi ne veut pas dire grand chose ( Il y a des « mecs » féministes par exemple…). J’ai donc essayé d’expliciter le sous-entendu (à mon humble avis).

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  • Urko // 06.08.2020 à 08h35

    Il y a souvent chez ces grands militants, que la cause qu’ils embrassent soit juste ou plus incertaine, un égo surdimensionné. L’interview de Mme Halimi en dit long quant à la haute opinion qu’elle se faisait d’elle même. Peut-être faut-il ce genre de profils, ne doutant ni d’eux ni de leurs opinions, pour mener des combats dont d’autres finissent par profiter.

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    • Esther // 06.08.2020 à 09h27

      C’est le propre des génies de croire qu’ils doivent leur réussite à l’originalité de leur parcours plutôt qu’à des prédispositions naturelles. Mme Halimi lisait beaucoup…ma foi, moi aussi. Ça m’a tout juste permis d’obtenir un CAPES.
      Je serais ridicule en me gargarisant de mon enfance studieuse. En revanche, Mme Halimi peut se le permettre. Il semble que vous ayez raison. Les figures de proue ne doivent douter de rien, et surtout pas d’elle-même.

        +6

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      • Urko // 06.08.2020 à 10h41

        Pour avoir rencontré beaucoup de « personnages », disons que leur intelligence, indubitable pour la plupart, ne m’a pas paru le vrai moteur de leur dimension ; en revanche, l’orgueil, le besoin presque irrépressible de prouver quelque chose, le désir de revanche, la méchanceté (oui, oui, la méchanceté, tout simplement parfois), un égo ridiculement développé, une absence d’empathie leur facilitant le recours à la violence… paraissent jouer des rôles importants et leur fournir ce surcroît de motivation pour aller là où les autres se fichent d’aller finalement. Il y a déjà une littérature, je crois, sur ce qui distingue les grands champions d’autres sportifs parfois aussi doués mais qui réussissent moins bien. Des psychologues n’hésitent pas à parler à leur propos de véritables déséquilibrés. Profils pathologiques qui, d’après certaines études américaines, se retrouvent surreprésentés dans les conseils d’administration du s&p 500 et sans doute dans le monde politique… L’interview de Gisèle Halimi trahit selon moi une personnalité assez forte dirons nous, egotique comprendront certains. Sans doute faut il ce genre d’imbuvables personnes pour faire avancer le monde…

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        • Philou // 06.08.2020 à 16h41

          Gisèle Halimi imbuvable et finalement profil pathologique… ah, bravo ! …mais par rapport à quelle normalité ? …ahurissant ce que les préjugés ou les jugements à l’emporte-pièce (Urko) ou la jalousie (Esther) font dire… en tout cas, c’est une femme qui aura, en petite partie certes, mais pour une part essentielle, changé le monde, elle !
          De Gaulle était un monstre d’ego et de névrose (timidité renversée en exigence autocrate), et puis non, il a transmuté cela et sauvé la France par deux fois pour faire revivre une Nation, désormais en miettes.
          Certes, un ego fort au départ est indispensable, et cela n’est pas même donné à tout le monde, mais ensuite, il y a transmutation et dépassement, Gisèle Halimi s’est abîmée dans la cause des femmes réellement souffrantes (résistante torturée, femmes violées, etc.) et de Gaulle a pris – selon ses propres dires – comme maîtresse unique, Madame La France… cela a durablement influé sur le réel en effet…

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          • Urko // 06.08.2020 à 16h44

            Oui, de Gaulle était assez particulier, et n’aspirait pas à la sainteté que d’aucuns lui attribuent désormais, mais il a défendu une noble cause. Et non, Halimi n’avait rien de particulièrement humble ni simple, et son courage n’a pas à lui valoir la béatification. Les gens confondent tout. Cela étant, je ne parlais pas spécialement d’elle dans ma réponse à la réponse. Relisez plus lentement.

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  • Pierre Darras // 06.08.2020 à 08h42

    Ben, on se sent peu de choses face à une telle vie. J’ai eu 3 Gisèle Halimi à la maison, mes 3 sœurs, j’étais le dernier d’une famille ouvrière pourtant très à gauche de six enfants des années 60. C’est vrai, elles devaient nous servir nous les garçons, et mon père fusillait du regard le premier garçon qui aurait fait mine de se lever pour aider.
    Comme le dit GH, mes frères étaient totalement auto centres, totalement indifférents au sort de leurs sœur. Les trois se sont battus farouchement pour leur droit et leur statut. Trois chemins différents. L’ainée devient proto-baba et s’est choisi l’anti-modèle parfait de mon père, un hippie chevelu, maigre, ecolo(en 70), réfractaire, non violent. Que de crises à la maison face au « deshonneur » paternel dans notre cité cancaniere de banlieue. Le seconde a choisi l’émancipation sociale, a commis le crime de se mettre en mini-jupe et de se maquiller et d’aller bosser avec des bourgeois dans une boite de bourgeois et de dire m… au qu en aura-t-on en sortant avec les hommes qu’elle voulait. Mon frère qui multipliait les conquêtes faisait la fierté de mes parents. La toute petite liberté sexuelle de ma sœur leur fût un traumatisme pire que le hippie de l’aînée. Quant à la benjamine, elle choisit résolument le parcours intello et militant.
    Quel combat épique.
    Dommage qu’il se noit dans le politiquement correct et la tartuferie racialo-communautariste du néo-feminisme qui sont à Halimi ce que Hollande est à Jaurès.

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    • Kallas // 07.08.2020 à 01h14

      Témoignage intéressant.
      Je suis plus jeune que vous de 20 ou 30 ans je suppose. Je n’ai pas connu cette situation de famille. Moi j’ai eut droit au divorce, au frères qui ne savent pas comment être des hommes et qui sombre dans la dépression, et aux soeurs qui ne pensent qu’à ressemblé à des stars de la tv et à se trouver un homme riche pour les entretenir. Elles ont finit également en dépression (et seule) fasse à l’insoluble choix de vie imposez aux femme d’aujourd’hui c’est à dire le carrière+enfants+sexe libre (tous ensemble, parce que la femme d’aujourd’hui doit tous faire) qui ne mène qu’à la folie.

      Ma génération à donc subit de plein fouet le néo-feminisme.
      70 ans plus tard la notion de famille à complètement explosé. Je ne peux donc pas soutenir le néo-féminisme d’aujourd’hui qui est une plaît complète dans les relations homme-femme.

      Je ne peux non plus félicité le combat de cette Mme Halimi, puisque sont message a été complètement corrompu, encore de son vivant, et elle à participé à cette dérive. Mais avec le recule ses personnes on détruit consciencieusement les valeurs d’un monde pour le remplacer par le rien individualiste et égo-centré de notre société d’aujourd’hui (consommé brave gens…).

      A lire cette article non n’avons pas un combat pour l’égalité, mais un combat pour dénigré l’homme et la famille. Nous en sommes arrivé à un point telle qu’une femme ou un homme qui décide de tenir la maison et de s’occupé des enfants est pointé du doigts.

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      • Kasper // 07.08.2020 à 02h35

        « Moi j’ai eut droit au divorce » : pareil. On en meurt pas, et peut être que ca vaut mieux que de verrouiller toute la famille autours d’un couple qui se déteste.

        « au frères qui ne savent pas comment être des hommes »: jamais eu ce problème la. Si vous voulez dire qu’ils ont eu la surprise de découvrir que les techniques de drague de James Bond ne fonctionnent pas dans la vraie vie, ma foi c’est comme sa montre-télécommande-pistolet-four à pizza: du cinéma.

        « aux soeurs qui ne pensent qu’à ressemblé à des stars de la tv et à se trouver un homme riche pour les entretenir. » : si c’est ca l’influence du féminisme sur leur vie, elles ont du rater un chapitre… Se faire entretenir, ca ressemble plus au modèle traditionnel de la femme au foyer (et encore, chez les bourgeois qui peuvent se le permettre).

        « 70 ans plus tard la notion de famille à complètement explosé. » Ma famille se porte très bien, merci.

        « Nous en sommes arrivé à un point telle qu’une femme ou un homme qui décide de tenir la maison et de s’occupé des enfants est pointé du doigts. » : La, effectivement, il y a un soucis mais qui est plus lié au capitalisme moderne et sa représentation du travail salarié comme nécessaire à l’épanouissement. Des avancées féministes comme le congé parental pour les 2 parents permettent au contraire de normaliser le fait d’arrêter de travailler pour s’occuper de sa famille.

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        • Kallas // 07.08.2020 à 02h56

          C’est le problème du témoignage justement. Nous avons chaqu’un nos vie et nos milieux. Nous ne sommes probablement pas non plus du même pays.

          Je suis heureux de savoir que votre famille se porte bien, je suis heureux de savoir que vos frères sont devenu des hommes (c’est quoi un homme ??), je suis également heureux de savoir que vos soeurs ne sont pas devenu des épaves après avoir voulu suivre un féminisme garantissant le libre choix et le zéro responsabilité.

          Grand bien vous fasse.

          Mais je ne me plaignais pas de ma situation familial. J’apportais un contre poids à cette vision de famille ultra verrouiller des années 50 par ma vision de ma famille explosé des années 80.

          Mon exercice n’allais pas plus loin, et je vous trouve hautain et condescendant d’attaquer comme cela ma propre expérience de vie en la dénigrant par des remarques comparative avec la votre qui visiblement est baigner de bonheur et de joie dans ce merveilleux système de libre échange néo-féministe.

          Sinon j’aurais pu comparer le témoignage de Mr Pierre Darras par ma famille dans les années 50-60 qui malgré une grand fratrie ne rencontrait absolument pas les même problèmes et je pourrait directement l’attaquer en lui disant que non, ma famille à cette époque était heureuse, avec une femme et des filles qui s’exprimaient sans crainte, sortaient seule et travaillaient au pressoir. Des frères qui bossait dur au vigne toute la journée et qui certe n’étais pas soumis au ménages, mais a la coupe du bois, l’entretiens de la maison et les travaux de force.

          Une pointe de respect svp =)

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          • Az // 07.08.2020 à 09h38

            Concernant votre dernier paragraphe : oui effectivement, le féminisme est un phénomène citadin né avec l’apparition des classes moyennes et de la scolarisation obligatoire. Dans les milieux agricoles, il ne prend guère, car là, comme vous le rappelez, les femmes voient bien que l’homme travaille dur et qu’il n’est pas forcément mieux loti qu’elles.
            Mais cela ne veut pas dire pour autant que dans les sociétés traditionnelles agricoles, les femmes ne sont pas dominées et infériorisées. C’est très variable d’une culture à l’autre. Moins en France et plus en Tunisie d’où vient G. Halimi. Mais c’est partout présent. Certaines femmes se trouvent très heureuses dans cet univers là et il ne leur viendrait pas à l’esprit de le remettre en cause. Mais certains esclaves étaient aussi, à ce qui parait, très heureux, et avaient beaucoup d’admiration pour leurs maîtres qui ne chômaient pas non plus…

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            • Récits d’Yves // 08.08.2020 à 08h06

              C’est bien là le problème actuel à propos de ce qui est qualifié de minorité ( je rappelle juste que les femmes c’est la moitié de la population mondiale).
              Est mis en lumière le pire des traitements fait aux femmes puis il est généralisé à l’ensemble des femmes en important en Occident le cas malheureux d’une femme bangladaise et en en faisant le symbole du traitment des femmes à Paris.
              Soyons sérieux…

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            • Madudu // 08.08.2020 à 08h08

              Dans le milieu agricole les hommes sont généralement exploités par leurs femmes, il faut le dire ^^

              Non pas que les femmes ne participent pas, ou qu’elles ne participent qu’à reculons, mais parce que la nature de beaucoup de tâches fait que les hommes sont seuls face à elles.

              Ils ne s’en plaignent pas et ne le reprochent pas à leurs femmes, et ils les aiment, contrairement aux citadines susceptibles qui reprochent aux hommes tout et n’importe quoi, et qui les haïssent.

              Je veux bien que le féminisme ait eu un rôle positif à jouer, mais aujourd’hui ce n’est plus qu’une idéologie victimaire vectrice d’une haine inextinguible.

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            • Az // 08.08.2020 à 08h46

              Je ne crois pas que les citadines haïssent les hommes. Elles en ont de plus en plus peur, et le féminisme y est pour beaucoup, c’est certain. Avant on disait que c’était surtout les hommes qui avaient peur des femmes (le discours de l’église y était pour beaucoup), maintenant les deux ont peur – peur de se faire « posséder », d’être mangé par l’autre, dévitalisé, instrumentalisé… obsession de la quête d’identité et de l’épanouissement. Mais ça c’est pas seulement le féminisme, c’est l’idéologie moderne.

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            • Madudu // 08.08.2020 à 10h19

              Ce ne sont pas les citadines en général qui haïssent les hommes, heureusement il y en a des biens aussi ! ^^

              Ce sont ces citadines susceptibles pour qui les hommes sont responsables de tous les maux sur Terre, et pour qui les femmes sont l’origine unique de tout ce qui est bon.

              Bref, des féministes contemporaines.

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            • Az // 08.08.2020 à 10h55

              Il y a plusieurs féminismes. Un féminisme universaliste et un féminisme differencialiste, notamment. C’est celui-là qui suscite des vocations «guerrières » chez certaines femmes. A ma connaissance G Halimi faisait d’ailleurs plutôt partie de cette dernière catégorie. C’est ce qui l’a poussée à défendre mordicus la parité par exemple et à tenir des propos que personnellement je juge très « limites » ( à propos de son premier mariage «  c’est toujours le problème, on prend quelqu’un pour s’en sortir et après c’est pire »… dans le genre instrumentalisation et exploitation des hommes, c’est pas mal je trouve…).
              C’est pour ça que, personnellement, comme je l’ai écrit plus haut, je trouve bonne l’idée de F.Heritier, qu’à certains moments, c’est important de parler de soi au masculin même si on est une femme. Un masculin « générique », neutre, sujet du genre humain. Une façon de prendre de la distance par rapport aux affects.

              Le féminisme differentialiste mène aux mêmes impasses que certains mouvements culturalistes (indigènes de la rep. en France par ex.)

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            • Az // 08.08.2020 à 11h25

              @Recits D’Yves. Il ne faut pas prendre le tout petit moment d’égalité que nous vivons en Occident depuis grossi modo une cinquantaine d’années pour une « fin de l’histoire ».
              Globalement, la règle partout dans le monde et depuis des milliers d’années, en tout cas dans les grandes civilisations, c’est que le masculin « vaut mieux » que le féminin. Objectivement, cette Valence différentielle est très discutable, n’est-ce pas? Et pourtant, vous trouverez cet atavisme encore présent dans la plupart des cultures, même les plus modernisées. Et plus ces cultures sont anciennes et « civilisées», plus cette opposition « masculin + » / « féminin -«  est forte.
              On peut se dire :«  ben vous voyez, si c’est comme ça, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison « ; mais on a le droit aussi de penser que la tradition n’est pas toujours bonne, qu’il y a des traditions atroces qui ne reposent que sur de pures contingences historiques qu’il faut avoir la force de dépasser.

              Halimi dit quelque chose d’interessant: même si le servage et l’esclavage sont partout dénoncés comme des pratiques indignes de l’humanité, les femmes demeurent dans un état de servage qui ne dit pas son nom.
              En France aujourd’hui, ce n’est Bien sûr plus le cas d’un point de vue juridique ; mais les mentalités qui trouvent légitimes ce servage n’ont pas disparu.

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            • ty89 // 12.08.2020 à 10h17

              @Az En France, aujourd’hui, la loi est plus favorable aux femmes qu’aux hommes (de peu certes…). Rien qu’au niveau du choix d’avoir des enfants, les hommes n’ont pas le droit de choisir. En cas d’accident de contraception, les femmes peuvent imposer aux hommes d’être père, ou leurs refusé de ne pas l’être. C’est pas moi qui le dit c’est la loi qui est faite ainsi.
              Au niveau de l’application des lois, idem, les femmes, a antécédent égale et crime égale sont bien moins puni que les hommes.
              Vous dites que les 50 dernière années « d’égalité » n’est pas la fin de l’histoire, c’est vrai, car la poussé sociétal du coté des femmes ne va pas s’arrêter d’un coup, avec l’inertie, cette poussé va continué et exacerber les inégalité mais cette foi ci en défaveur des hommes. Si il faut attendre 1950 ans pour dire que la balle soit au centre, c’est simplement triste et stupide.

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            • Az // 13.08.2020 à 10h53

              @ty89
              Les hommes, étant donné que ce n’est pas eux qui portent l’enfant, se sont toujours sentis menacés par le pouvoir (réel ou supposé) des femmes. C’est peut-etre d’ailleurs pour cela qu’ils ont cherché, partout dans le monde et dans toutes les cultures, à créer un lien de dépendance entre eux et les femmes – ce qui s’est mué au fil du temps et à des degrés divers en ce statut de quasi-servage dont parle G. Halimi.

              Mais ce n’est pas vrai que la loi française actuellement désavantage les hommes par rapport aux fait d’avoir un enfant : un homme célibataire a tout à fait le droit d’adopter et certains y parviennent (https://www.marieclaire.fr/,ces-hommes-qui-adoptent-en-solo,20161,186.asp#:~:text=Parce%20que%20assumer%20une%20paternit%C3%A9,m%C3%AAme%20titre%20que%20les%20femmes.&text=Pourtant%2C%20les%20hommes%20sont%20de,Et%20certains%20y%20parviennent.).
              L’enfant n’a pas leurs gènes ; mais cette situation est-elle si différente de ce qui se passait avant ? Comme on le disait, la mère est seule est toujours certaine, le père lui n’est jamais certain qu’il élève le fruit de sa chair.

              La nature impose des limites, il est vain (et surtout très dangereux) de croire que l’homme grâce à sa technique pourra éternellement les transgresser à l’infini

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  • Az // 06.08.2020 à 11h18

    Merci au site Les Crises de nous proposer la lecture de cet entretien qui rappellent de sombres heures de notre histoire nationale. On pense souvent à Gisele Halimi comme défenseur (défenseuse ?) de la cause des femme et bien moins comme militante anti-torture et anti-colonialiste. Notre mémoire est sélective. « Il faut savoir que la torture, en Algérie ou ailleurs, contre la lutte révolutionnaire de tout un peuple, n’est pas utilisée seulement pour faire parler : on arrêtait les gens, on les torturait, on les libérait le lendemain, ils n’avaient rien fait, on les terrorisait : « Tu vois ce qui peut t’arriver si jamais tu nous combats… » » dit-elle. Malheureusement ce temps n’est pas révolu. Le sera-t-il un jour ?

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    • Chris // 06.08.2020 à 11h48

      Même tactique avec les Gilets Jaunes… et que dire des aberrations du pouvoir face à la pandémie !

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    • Brian64 // 08.08.2020 à 13h32

      Des universitaires français (Nathan, Sironi?) le disent : « la torture n’est pas utilisée pour faire parler, mais pour faire taire. »
      C’est aussi le propos de Georges Orwell dans 1984 il me semble. On torture les gens, on en laisse quelques un retourner dans leur communauté dominée pour bien montrer l’exemple.

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  • Chris // 06.08.2020 à 11h47

    J’ai eu le plaisir et l’honneur de rencontrer Gisèle Halimi en 1978, lors de la campagne des législatives de 1978, où elle présentait des candidates sous l’étiquette « Choisir », dont j’étais par conviction.
    J’arpentais en 2CV les villages de Bourgogne avec une co-listière, pharmacienne de métier. Vous n’imaginez pas les avatars survenus : toile coupée, pneus crevés, rétroviseur arraché, portières forcées (pas bien difficiles !), graffitis, séances annulées au dernier moment. Assez flippant.
    Notre public était divisé en 3 groupes : les notables curieux, les frustrés injurieux et quelques femmes entre 40-50 ans, agricultrices, commerçantes, qui décidaient de s’émanciper de la tutelle de maris qui n’avaient rien prouvé de plus qu’elles !
    Une expérience enrichissante (même si elle fut matériellement couteuse) qui nous valut tout de même un score honorable : 2,7% des suffrages dans la circonscription.
    Halimi n’a fait que défendre les droits élémentaires des êtres humains féminins. Une lutte sans fin si j’en juge la marchandisation médicale (GPA, PMA) du corps féminin et la prostitution qui s’est généralisée : la monoculture scientifiste et marketing a pris le relais.
    Rien n’a changé : le corps de la femme reste propriété de la société qui façonne son mode d’emploi par l’introduction de nouvelles lois et moeurs. Les femmes sont devenues responsables de leur destinée économique et physique, alors que leurs compagnons, pour la plupart, ont choisi… l’école buissonnière. Le (sur)nombre des familles monoparentales en témoigne.

      +13

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  • Ted // 06.08.2020 à 11h56

    Encore une immigrée qui est venu régler ses comptes avec sa propres cultures en France

    Dommage qu’elle n’ait pas milité au Maghreb

    En France même sous la misogyne 3ème république, on ne marrie pas les filles à 14 ans

    En 1920, en France, elles sont déjà prix Nobel et pour les autres employés bancaires

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    • Brian64 // 11.08.2020 à 09h06

      La Tunisie à l’époque, c’était pas la France ?

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  • Dudul // 06.08.2020 à 12h18

    En gros Gisèle Halimi avait des griefs contre son papa (qu’elle aimait beaucoup d’ailleurs….) et sa culture d’origine Tunisienne. Par conséquent, elle a absolument voulu faire avancer les moeurs en France…
    Réduire l’homme à un bourreau et la femme à une victime, quelle grande avancée philosophique et un petit peu manichéenne.

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    • Az // 06.08.2020 à 13h34

      En l’occurrence c’était plutôt à l’encontre de sa mère qu’elle avait des griefs.

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    • Brian64 // 08.08.2020 à 13h56

      La Tunisie était une colonie française, pourquoi ne serait-elle pas allée en France ?

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  • Pierre Darras // 06.08.2020 à 12h34

    Rien que pour avoir fait Serge Halimi, elle a sa place au Panthéon. 🙂

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  • Véro // 06.08.2020 à 17h33

    Ceux qui défendent l’égalité sont donc forcément des jaloux. Et ceux qui défendent la liberté sont-ils des impuissants ?
    L’égalité, c’est la cause la plus difficile à défendre dans notre société, parce que c’est la plus risquée pour ceux des catégories sociales supérieures, d’où le discrédit qu’on tente de jeter sur ses défenseurs. On la cantonne donc à certains aspects particuliers, ou à certains groupes de personnes, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité entre les hétéros et les homos.

      +5

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    • Renaud // 07.08.2020 à 14h12

      à Véro @ le 06.08.2020 à 17h33

      Coluche disait qu’en France on est tous égaux. Mais il y en a quelques uns(es) qui sont plus égaux que les autres …

        +1

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  • Chris // 07.08.2020 à 11h37

    Le féminisme fut utilisé pour mettre les femmes sur le trottoir du travail, celui-là, rémunéré, et visait à développer le PIB et la consommation, en un mot : soutenir la croissance, ce mot magique dont on nous rebat les oreilles, alors que nous vivons dans un monde fini, non extensible.
    Vous connaissez la suite…

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  • Renaud // 07.08.2020 à 12h00

    Sans approuver forcément Giselle Halimi à100%, mais disons à 60% (là, je marche évidemment à l’aveuglette) Giselle Halimi aura bousculé un certains nombres de tabous plus ou moins inconscients dans les familles et les dans les sociétés, mais des tabous déterminants à plus d’un titre. En effet il y en a marre de la sempiternelle compétition entre mâles avec tous les dégâts à la clé, en toutes échelles et en tous domaines de la vie. La compétition des mâles aura marqué l’histoire et continue à marquer l’actualité en maints domaines.
    Il s’agit là de la compétition si bien décrite par Henri Laborit pour qui va « gagner » la sacro-sainte dominance. Telle est la lutte entre phallus dans la plus grande confusion ! C’est à dire la compétition, – à tous les niveaux dans les familles et dans les sociétés -, entre ceux qui prétendent avoir le plus grand phallus pour dominer l’objet et même le sujet pour n’importe quel enjeu.
    Mais le grand Docteur Jacques Lacan aura démontré que la « lutte féministe » se trompe vis à vis de la lutte pour exercer le rôle de dominant ou « porteur de phallus ».

    Lacan disait que la femme n’a pas le phallus, en effet car : — elle est le phallus qu’elle n’a pas —.
    (Confusion  » salace » entre le verbe être et le verbe avoir !).

    Il y a un malentendu énorme dans cette problématique.
    Ceci dit, si les femmes pouvaient faire en sorte de mettre fin à cette absurde compétition entre mâles qui enfonce les sociétés depuis l’aube de l’animalité, ce serait un tournant salubre.

      +3

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    • Maguy // 10.08.2020 à 16h22

      Lacan a beau être Lacan, cela ne l’empêche pas comme bien d’autres de ne rien comprendre à l’aspiration légitime des femmes en tant qu’êtres humains à part entière, à disposer d’elles mêmes, de leur choix de vie et de leur corps en toute liberté à simple égalité avec les hommes.Tant la civilisation patriarcale dominatrice vis à vis de la femme est encore prégnante aujourd’hui au vu des inégalités sociales et économiques infériorisant les femmes au foyer comme au travail, et trop souvent encore dans les mentalités et relations restées plus ou moins figées entre les hommes et les femmes selon les générations et les milieux..
      Que de commentaires qui se bornent à réagir uniquement à partir de leurs préjugés conditionnés par cette survivance archaïque. Avec toujours ici ou là une pointe de racisme comme la cerise sur le gâteau empoisonné.
      D’ailleurs Gisèle Halimi n’avait aucune haine envers les hommes. Bien au contraire elle les associait toujours à tous ses combats, pour la cause des femmes, en particulier en leur donnant à voir qu’ils avaient eux-mêmes à y gagner. Car son combat était une quête de dignité et de liberté pour la moitié de l’humanité.C’était aussi le sens de la phrase d’Aragon chanté par Jean Ferrat. « La femme est l’avenir de l’homme » Mais encore faut-il la lire l’esprit ouvert et en toute bonne foi.

        +4

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