Les Crises Les Crises
12.juillet.202012.7.2020 // Les Crises

Comprendre le monde actuel, mieux anticiper le monde de demain – par Guillaume Berlat

Merci 61
J'envoie

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire » (Henri Bergson). Tel n’est pas le mantra de nos dirigeants obnubilés par le très court terme, le présentisme, le médiatique, la tactique, la politique politicienne, les coups foireux qui s’apparentent à de vulgaires pétards diplomatiques. Alors que la planète plonge dans une crise sociale, économique sans précédent, consécutive à une pandémie1 et que la défiance à l’égard des dirigeants s’installe dans l’opinion publique, il est indispensable de prendre le temps de la réflexion. Prendre le temps de comprendre où nous nous trouvons aujourd’hui (pourquoi ?) pour mieux imaginer où nous irons demain et après-demain (comment ?).

Dans cette optique, les philosophes peuvent être d’une très grande utilité dans la démarche des internationalistes, des diplomates, des décideurs. Michel Foucault a magnifiquement expliqué, combien la tâche des philosophes, aujourd’hui, consiste à dresser un « diagnostic du présent ». Il a montré comment le rôle de la philosophie n’est pas de colorier les calendriers de l’avenir (Roger-Pol Droit). Le terme « diagnostic » est important par ce qu’il emporte comme conséquences. Nous ne le répèterons jamais assez. À l’instar de ce que nous dit Hubert Védrine, le travail du diplomate est comparable à celui du médecin, ni plus, ni moins. Sa priorité consiste à examiner le patient monde, région « X », État « Y », à l’ausculter avec attention pour dégager le tableau clinique qui s’impose.

Ce n’est que dans un second temps, qu’il peut, raisonnablement, envisager le diagnostic idoine2 permettant d’envisager, le cas échéant, le traitement des maux. Mutatis mutandi, ce n’est qu’au prix d’un diagnostic sans tabou du tableau clinique actuel – très peu encourageant au demeurant – que nous pourrons nous livrer à un exercice sans complexe d’anticipation du futur sans lequel nous nous promettons des jours difficiles3.

UN DIAGNOSTIC SANS TABOU DU TABLEAU CLINIQUE ACTUEL

Sans constat le plus objectif qui soit de la situation du monde en ce printemps 2020 (l’existence d’une polycrise), rien de très sérieux ne sera possible. La pratique du retour d’expérience (les leçons de l’Histoire) chère aux militaires, il paraît difficile, si ce n’est impossible, de répondre à un impératif catégorique (la projection dans l’avenir).

Un constat objectif : l’existence d’une polycrise

Prétendre, avec la plus grande mauvaise foi, que toutes les dérives, les dérèglements du système international sont les conséquences uniques et directes de la pandémie de Covid-19 est mensonger. Les fissures dans l’édifice fondé sur l’interdépendance, bâti après la Seconde Guerre mondiale, étaient déjà présentes depuis plusieurs années à condition de n’être ni sourd, ni aveugles aux signaux faibles et forts concordants. La crise sanitaire a simplement servi de révélateur, d’accélérateur de tendances structurelles largement perceptibles à la fin de l’année 20194.

Nous étions face à une crise globale, crise de la mondialisation « heureuse » en particulier5. Tel est l’objectif de l’exercice de bilan auquel nous nous sommes livrés dans les colonnes de ce blog, l’intitulant : « Un monde sans repères »6. La démarche était des plus classiques pour un esprit formé sur les bancs de la faculté de droit et de Sciences-Po Paris, au siècle dernier, précisons-le. Sans grande originalité, nous constations la prégnance d’une fragmentation du monde (prégnance de multiples crises, effondrement de l’ordre international néo-libéral) dont la conséquence directe était l’émergence d’un monde désorienté (montée en puissance de la puissance, déclin progressif du multilatéralisme).

Le tout débouchant sur un questionnement du monde du XXIe siècle (effacement continu de la confiance, déficit chronique d’architectes du futur). Un diagnostic largement partagé dans la communauté des chercheurs sérieux. Nous ne parlons pas ni des officines dont la devise est le client est roi, ni du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du Quai d’Orsay7.

Notre conclusion était ainsi libellée : « En dernière analyse, pourrons-nous, voudrons-nous, saurons-nous ramasser les débris du monde d’hier pour reconstruire, sur les décombres de l’ancien, les piliers du monde de demain afin qu’il retrouve ses principaux repères ? L’ambition est étroite et l’ambition immense. Aux grands maux, les grands hommes ».

Une fois de plus, rien de très original si ce n’est le souci de tirer les conclusions de l’instabilité et de l’imprévisibilité d’un monde en transition exposé à tous les vents mauvais, à toutes les tempêtes imprévues, à toutes les surprises stratégiques. Ce sont des domaines par excellence où l’autonomie, l’indépendance de la pensée, et donc de l’action, sont essentielles pour prévenir les multiples embardées – la crise globale – que nous connaissons depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Un retex salutaire : les leçons de l’Histoire

Comme le souligne justement le géographe, Michel Foucher : « Nous serions bien inspirés de prêter plus d’attention aux méthodes de nos militaires en anticipation et retour d’expérience, qu’ils sont bien les seuls à pratiquer »8. Il est vrai que les diplomates – très souvent imbus de leur propre morgue – dédaignent ce genre d’exercice d’introspection qu’ils jugent indignes de leur immense savoir des choses de l’extérieur. Exercice qui leur permettrait d’éviter de reproduire à l’identique les mêmes erreurs impardonnables au fil des ans.

Et, le moins que l’on puisse dire est que la conjugaison des fautes et des surprises stratégiques constitue le meilleur carburant des dérives d’un monde qui peine à se restructurer en dépit des coups de boutoir que lui infligent la réalité. Ce ne sont pas les remarques dignes du Café du commerce produites par le brillantissime ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian qui sont rassurantes9. Saurons-nous faire preuve d’humilité pour reconnaître nos erreurs d’appréciation des situations, nos réponses erronées aux crises multiples qui secouent la planète ?

Crises auxquelles il faut désormais ajouter la crise sanitaire aux nombreux effets dévastateurs dans tous les domaines : politiques, économiques, énergétiques10, financiers, sociaux, internationaux11, diplomatiques… Petite cause (un virus microscopique), grands effets (un bouleversement planétaire durable, « une catastrophe humanitaire » selon l’ONU).

Sommes-nous et serons-nous en mesure de dresser un tableau de toutes les conséquences de cette crise, une fois le tsunami passé pour mieux anticiper l’avenir afin de s’y préparer le plus efficacement possible ? Sommes-nous disposés à nous plier à cette discipline intellectuelle en mettant entre parenthèses notre égo ? L’objectif est simple : mieux s’interroger pour mieux comprendre. Faute de nous livrer à cet exercice salutaire de retour sur le passé, nous nous promettons des lendemains qui déchantent.

Un impératif catégorique : la projection dans l’avenir

Une fois de plus, dans une démarche marquée au sceau de la logique et muni de notre bilan de l’année écoulée comme tout viatique pour un futur incertain, nous nous sommes autorisés, deux mois après la présentation du bilan de l’année 2019, à esquisser quelques grandes lignes d’action pour une année 2020 qui se présentait, à l’évidence, sous les plus mauvais auspices12.

Tout bilan n’a d’intérêt opérationnel que s’il débouche sur quelques propositions d’action. Mais, les dirigeants ont une sainte horreur des Cassandre. Ils préfèrent le « narratif » rassurant des marchands d’illusions. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Antonio Gramsci). Comment mieux résumer la problématique des relations internationales, en cet été 2021, que ne le fait Antonio Gramsci ? Mais que disaient et proposaient, il y a peu de temps encore avec une grande assurance, nos bons docteurs Diafoirus pour guérir ce malade monde bien mal en point ?

Rien de très passionnant et de très constructif, attachés aux dogmes13 et à la liturgie d’un passé révolu qu’ils sont. Pour notre part, nous estimions que, si nous voulions disposer d’un quelconque levier d’action pour contribuer au remodelage du mode du XXIe siècle, il fallait relever, au moins, les trois principaux défis suivants : le défi de la parole discréditée, le défi du réalisme, le défi de la créativité. S’agissant de la créativité, voici ce que nous écrivions au début du mois de mars avant que la crise du Covid-19 ne se manifeste sous ses diverses facettes.

« La rénovation de la grammaire des relations internationales devient une ardente obligation, un impératif catégorique. « Rien ne sert d’idéaliser le passé, nous ne reviendrons pas en arrière », nous rappelle fort justement Yuval Noah Harari. En cette année 2020, le monde est face à un choix stratégique qui l’engagera pour les décennies à venir.

En un mot comme en cent, le dilemme de la communauté des nations – nous bannissons de notre langage le concept-valise de communauté internationale qui ne signifie rien de concret – est simple : se réformer ou périr. Mais après la question du quoi vient inexorablement le temps de celle du comment. Et, c’est là que les choses se corsent.

Où sont les authentiques hommes et femmes d’État qui sachent voir loin, qui fassent preuve d’un minimum de clairvoyance pour appréhender les défis du monde nouveau dans cette dangereuses phase de transition ? Où sont ceux et celles qui cesseront de faire preuve d’une inquiétante cécité politique ?14 Il reste à espérer qu’ils ou elles sauront répondre au moins en partie à ces défis, notamment celui d’une approche inclusive des crises qui le secouent ».

Bien évidemment, rien de tout cela n’a été fait alors que nous disposions de toutes les cartes en main pour procéder à l’examen clinique de la situation à froid. Ceci explique en partie la situation de désarroi dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui et qui était largement prévisible à condition de ne pas s’arrêter à l’écume des jours, à la dimension purement médiatique et court- termiste des relations internationales, concept appréhendé dans son acceptation la plus large.

Retour sur le passé, analyse sans tabou d’un présent tumultueux, telles sont les conditions incontournables d’une bonne préparation d’un avenir plus serein. Revient toujours de façon lancinante la même question : saurons-nous préparer le « monde d’après », le monde de demain ou bien devrons-nous nous résoudre à le subir ?

UN EXERCICE D’ANTICIPATION SANS COMPLEXE DU FUTUR

Plus l’avenir est incertain, plus la prospective doit reprendre du service pour tenter de réduire les incertitudes. Pour parvenir à cet objectif ambitieux, une révolution copernicienne s’impose. Elle passe par l’adoption d’une méthodologie exigeante (une sorte d’ardente obligation comme le fut la planification au lendemain de la Seconde Guerre mondiale), le recours à une prospective novatrice (une recherche iconoclaste débarrassée des pesanteurs et des conformismes de toutes sortes) et la mise au point d’une feuille de route globale (une indispensable boussole pour fixer un cap pérenne au navire monde dans la décennie future).

Une méthodologie exigeante : une ardente obligation

Le monde d’aujourd’hui. Un impératif catégorique s’impose. Nous devons indubitablement nous débarrasser de tous nos préjugés, nos idéologies, nos a priori, nos élans généreux… pour mettre au point une méthodologie pragmatique permettant de nous projeter sur l’avenir « car le futur se récolte toujours dans le passé » (Dany-Robert Dufour). Vouloir coûte que coûte faire entrer le futur dans des schémas de pensée préétablis devient de plus en plus insupportable, de plus en plus contreproductif, de plus en plus vain.

Il n’y aura pas de « jours heureux » (pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron) sans une réflexion collective, non seulement sur les causes de nos maux mais aussi sur les échecs de nos remèdes. Si les prédictions de la catastrophe, en tant que telles, semblent aujourd’hui d’une formidable acuité15, les visions esquissées du « monde d’après » font très souvent froid dans le dos16. Toutefois, elles doivent nous aider à imaginer, décrire le « monde d’après », celui d’une éventuelle refondation sur la base de paradigmes novateurs des relations internationales débarrassés des scories de l’ancien monde.

Il ne faut pas se le dissimuler, les écueils sont nombreux. En particulier, nous ne saurions nous satisfaire de la tendance des intellectuels médiatiques à deviser, en pleine crise du coronavirus, sur le « monde d’après » en ressassant leurs idées d’avant (Roger-Pol Droit). Si l’on écoute le président de la République, il ne pourra y avoir de « jours heureux » que si nous savons nous réinventer (« beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, remises en cause », Emmanuel Macron, 12 mars 2020).

Merveilleux aveu. Mais pour cela, il va falloir toute l’exigence des cartésiens, des pessimistes et des courageux pour éviter les entourloupes des avant-hier qui déchantent17. Il va falloir également se prémunir contre le risque du « tout change pour que rien ne change » (Lampedusa) qui serait catastrophique pour le monde, ses nations, ses peuples, ses citoyens. Et cela n’est pas tâche aisée dans une époque où les conformismes tiennent le haut du pavé et les dogmes paraissent de plus en intangibles au fur et à mesure où les réalités les démentent avec la plus grande vigueur.

Une prospective novatrice : une recherche iconoclaste

Le monde change. Fini le temps béni de l’insupportable pesanteur du terrorisme intellectuel18, de la clairvoyance rétrospective19, de la prophétie autoréalisatrice20, de la dictature des idées reçues ! Les masques sont tombés. La prospective doit retrouver toutes ses lettres de noblesse en redevenant le réducteur d’incertitudes qu’elle a été et qu’elle n’est plus.

Elle doit nous apprendre à vivre, pour longtemps encore, dans un monde frappé au sceau d’un futur flou ; de deux faces de l’incertitude (manque d’exactitude et imprécision, confusion ; de l’imprécis et du confus ; avenir vague et rétif aux prévisions…)21. À la prévision du temps des certitudes doit impérativement faire place la prévision du temps des incertitudes. Nous ne devons pas perdre de vue cette donnée objective sauf à faire fausse route. Changer de modèle22, changer de logiciel de pensée23… Examiner d’abord une idée reçue et la passer ensuite au filtre de la raison critique !

Les prévisionnistes doivent s’atteler à cette lourde tâche. Cette démarche, aussi indispensable qu’audacieuse, serait d’autant plus louable que nous vivons dans un environnement de confusion intellectuelle permanente entre le fait et le commentaire, le droit et la morale, la raison et la passion, le court et le long terme… La conséquence la plus directe de cette situation est la difficulté que nous avons tous – experts ou pas – à démêler le vrai du faux. En dernière analyse, penser contre la bien-pensance ambiante, n’est-ce pas le meilleur biais pour comprendre le monde ? 24

Car « toute vérité n’est pas bonne à croire » comme le souligne Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Notre faillite dans la prévention puis dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 est d’abord la défaillance de la prévision – plus précisément l’absence de prévision audacieuse – de nos dirigeants. Le fameux « gouverner, c’est prévoir ».

La prévision ne doit pas être un simulacre de réflexion pour temps de paix mais une authentique remise en question permanente pour temps de guerre. Une fois encore, cela s’appelle une révolution copernicienne dans les esprits des chercheurs, des prévisionnistes et, en dernière analyse, des dirigeants de la planète. Cette démarche est d’autant plus incontournable qu’il va falloir vivre avec l’incertitude, l’intégrer à nos existences et à nos pensées. Grâce à quoi, peut-être, nous pourrons dresser une feuille de route globale pour l’avenir et disposer d’une indispensable boussole pour affronter les tempêtes qui nous attendent.

Une feuille de route globale : une indispensable boussole

Le monde est sans boussole. La lutte planétaire contre le coronavirus ne signifie pas la fin des rivalités entre grandes puissances. Mais l’épidémie pourrait hâter le déclin relatif des États-Unis, le désarroi stratégique des Européens et l’influence croissante de la Chine25. Elle risque d’attiser la rivalité sino-américaine26 et de pousser l’Occident à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine27.

Polarisée par une hypothétique menace russe, l’OTAN s’éveille à la menace chinoise28. Il est grand temps de ne plus se satisfaire des déclarations lénifiantes de Pékin29. Au-delà de ce constat très général, les experts ne s’accordent pas sur les grandes lignes de force du monde d’après. Quid de l’avenir du système multilatéral ?30 Le Covid-19 peut être le dernier clou planté dans le cercueil du multilatéralisme alors même que, paradoxalement, les maladies infectieuses ont fait l’objet de mesures de préparation dès la fin des années 199031.

Face aux fièvres nationalistes, à la montée des égoïsmes et au repli des États, y a-t-il un espoir de reconstruire un système de coopération ou de gouvernance internationale ?32 Rien n’est certain tant nous sommes entrés dans une phase de bipolarité fluide. Il nous faut apprendre à réinventer le bilatéralisme et à créer des coalitions nouvelles sortant des cadres existants qui ont amplement démontré leurs limites intrinsèques. Il nous faut apprendre à faire le deuil d’un multilatéralisme moribond, le remplacer, pour un temps indéterminé, par un « minilatéralisme » pragmatique33.

Il nous faut apprendre à faire contre mauvaise fortune bon cœur avec une Europe à bout de souffle, incapable – par la faute du dissensus entre ses États membres – de relever l’immense défi des crises du XXIe siècle34. Il nous faut apprendre à faire sans une Alliance atlantique « en état de mort cérébrale »35 en définissant de manière autonome qui sont nos véritables ennemis : Russie, Chine, États-Unis ? Il nous faut apprendre à repenser, sans le moindre tabou les termes de la prétendue « mondialisation heureuse » et envisager la transition vers un système plus viable, plus tolérable par les peuples36.

Ce n’est que, muni de cet indispensable appareillage conceptuel, nous pourrons mieux affronter le monde difficile de demain ainsi que toutes ses turbulences incontournables. La prévision devra nous servir d’aiguillon intransigeant chaque fois que nous serons tentés de retomber dans les ornières du passé, par paresse intellectuelle et par conformisme ambiant.

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur » (Winston Churchill). Tel est le principal défi que devront relever nos dirigeants quand sera venu le temps de tirer les conclusions de la pandémie. Faute de quoi, ils se promettent des lendemains qui déchantent et nous promettent des jours difficiles. Surtout en France, Jupiter devra apprendre à parler à des adultes, comme le fait Angela Merkel, et non à des enfants37. Encore et toujours, nous ne le répéterons jamais assez : comprendre pour se préparer, surtout au pire.

Tel est la clé du succès ou, du moins, de la réduction maximale de l’incertitude, de l’imprévu. Comme le souligne justement, Edgar Morin : « Toutes les futurologies du XXe siècle qui prédisaient l’avenir en transportant sur le futur les courants traversant le présent se sont effondrées … La révélation foudroyante des bouleversements que nous subissons est que tout ce qui semblait séparé est relié »38.

Tout est dans tout. Tout devra être repensé, pour assurer dans les meilleures conditions possibles, la transition du monde d’hier vers celui de demain, un « monde à la fois incertain et tragique ». Autonomie de la pensée et inventivité permanente doivent guider nos réflexions pour prévenir erreurs de diagnostic, défaut de prévision et décisions aberrantes comme nous les constatons quotidiennement sur toute une gamme de questions qui couvrent le sanitaire, l’économique, l’institutionnel, l’international, le diplomatique… Le voulons-nous, le pouvons-nous ?

À la manière d’un Milan Kundera, voulons-nous revendiquer l’héritage décrié de Cervantès afin de « comprendre le monde comme ambiguïté » et non comme une certitude scientifique ? Ce n’est qu’à ce prix, lourd de conséquences pour nos « toutologues » et autres habitués des concours de rodomontades et d’effets d’annonce médiatiques, que nous serons mieux outillés afin de comprendre le monde actuel pour mieux anticiper le monde de demain39.

Guillaume Berlat
29 juin 2020

1 Hubert Védrine, Et après ?, Fayard, juin 2020.
2 Jean-Paul Pancracio, For your eyes only, http://observatoire-de-la-diplomatie.com/for-your-eyes-only/, 25 avril 2020.
3 Marc Weitzman, Pourquoi nous n’avons pas écouté les mises en garde, https://www.lefigaro.fr/vox/societe/marc-weitzmann-pourquoi-nous-n-avons-pas-ecoute-les-mises-en-garde-20200421#xtor=AL-201 , 21 avril 2020.
4 Marc Semo (propos recueillis par), Thomas Gomart : « Cette crise est la première d’un monde post-américain », Le Monde, 9 avril 2020, p. 24.
5 Jacques Fontanel, La globalisation atteinte du coronavirus : inégalités, égoïsmes, ploutocratie, insécurité, www.afri-ct.org, Thucyblog n° 30, 23 avril 2020.
6 Guillaume Berlat, Revue 2019 : un monde sans repères…, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
7 Ali Baba, Le CAPS du Quai d’Orsay : haut lieu de la clairvoyance rétrospective, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 avril 2020.
8 Gaïdz Minassian (propos recueillis par), Michel Foucher : « Nous devons apprendre à repenser nos limites territoriales », Le Monde, 21 avril 2020, p. 24.
9 Cyril Bensimon/Christophe Châtelot/Piotr Smolar (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « Nous assistons à une amplification des fractures », Le Monde, 21 avril 2020, p. 5.
10 Éditorial, Le nouveau désordre pétrolier mondial, Le Monde, 25 avril 2020, p. 30.
11 Gaïdz Minassian/Marc Semo, Le multilatéralisme à l’épreuve du coronavirus, Le Monde, 25 avril 2020, pp. 24-25.
12 Guillaume Berlat, En route vers 2020 !, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 mars 2020.
13 Hadrien Mathoux, Les dogmes ont la vie dure, Marianne, 24-30 avril 2020, p. 373
14 Lawrence Summers, Une inquiétante cécité politique, Le Monde, 29-30 décembre 2019, p. 23.
15 Ali Baba, Collapsologie : pour le meilleur ou pour le pire ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
16 Abel Mestre/Olivia Zappi, La fiction postapocalytique décrit-elle notre avenir ?, Le Monde, 22 avril 2020, p. 28.
17 Natacha Polony, Quels « jours heureux » monsieur le président ?, Marianne, 17-23 avril 2020, p. 3
18 Jean Daspry, L’insupportable pesanteur du terrorisme intellectuel, www.prochetmoyen-orient.ch , 10 février 2020.
19 Ali Baba, Le CAPS du Quai d’Orsay : le haut lieu de la clairvoyance rétrospective, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 avril 2020.
20 Guillaume Berlat, Vers un nouveau concept de droit international : la « prophétie autoréalisatrice », www.prochetmoyen-orient.ch , 29 novembre 2016.
21 Roger-Pol Droit, Endurer l’incertitude, Le Monde, 24 avril 2020, p. 22.
22 Piotr Smolar, Donald Trump torpille le sommet des membres du Conseil de sécurité de l’ONU espéré à Paris, Le Monde, 25 avril 2020, p. 8.
23 Moritz Schularick, « Cette crise est un test énorme pour l’Union monétaire », Le Monde, 23 avril 2020, p. 15.
24 Ali Baba, Penser contre la bienpensance pour mieux comprendre le monde, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
25 Fabien Escalona, La pandémie peut-elle bouleverser l’ordre international ?, www.mediapart.fr , 19 avril 2020.
26 Adrien Jaulmes, La rivalité sino-américaine attisée par la Crise du Covid-19, Le Figaro, 24 avril 2020, pp. 20-21.
27 Patrick Saint-Paul (propos recueillis par), François Godement : « L’Occident veut réduire sa dépendance à la Chine », Le Figaro, 24 avril 2020, p. 20.
28 Isabelle Lasserre, L’OTAN s’éveille à la menace chinoise, Le Figaro, 24 avril 2020, p. 21.
29 Alain Léauthier, Tous contre la Chine ?, Marianne, 24-30 avril 2020, pp. 34-35.
30 Gaïdz Minassian, Le multilatéralisme à l’épreuve du coronavirus, Le Monde, 25 avril 2020, pp. 24-25.
31 Marc-Olivier Bherer (propos recueillis par), Andrew Lakoff : « Les maladies infectieuses ont fait l’objet de mesures de préparation à la fin des années 1990 », Le Monde, 23 avril 2020, p. 25.
32 François Bonnet, Comment échapper au grand désordre mondial ?, www.mediapart.fr , 19 avril 2020.
33 Guillaume Berlat, 74ème Assemblée générale de l’ONU : minilatéralisme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 septembre 2019.
34 Guillaume Berlat, De l’Union européenne à la désunion européenne. Chronique d’un désamour annoncé, www.association-desinternationlistes.org/tribune , 8 juin 2014.
35 Guillaume Berlat, Pour The Economist, Jupiter dynamite l’Europe et l’OTAN, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 novembre 2019.
36 Guillaume Berlat, Mondialisation heureuse, balkanisation furieuse, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 mars 2019.
37 Ludovic Lamant/Johann Chapoutot : « Merkel parle à des adultes, Macron à des enfants », www.mediapart.fr , 24 avril 2020.
38 Nicolas Truong (propos recueillis par), Edgar Morin : « Cette crise devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat », Le Monde, 19-20 avril 2020, pp. 28-29.
39 Paul Dahan (sous la direction de)/Thierry de Montbrial (avant-propos de), Prévoir le monde de demain, Collection Biblis, éditions du CNRS, juin 2020.

Pour soutenir le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Ardéchoix // 12.07.2020 à 09h48

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur »
1968 j’avais 11 ans, mes parents remplissaient la Dauphine de 30kgs de toile et piquets et hop direction la grande bleue par la RN86. Il y avait la grippe de Hong Kong ( 30000 morts en France). La france n’avait pas d’employé de banque à sa tête, et voir les vagues vers Béziers était une aventure douce et joyeuse .
Pour le futur la France est un voilier qui est dans la tempête, il faut un capitaine digne de ce nom, qui soit respecté par l’équipage et là c’est plutôt le Bounty.

24 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 12.07.2020 à 08h13

    « Un constat objectif : l’existence d’une polycrise »

    Le résultat de toute crise hormis les révolutions est que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Lors des révolutions, les richesses changent d’une minorité à une autre.

    Mais qui est ce « nous » qui émaille le discours? Nous le peuple? Certainement pas, car la démocratie réelle est une illusion au nom de laquelle tout ce qui n’est pas soumis à l’impérialisme peut être agressé militairement.

    Dans « que voulons-nous? » il faut comprendre: que veut la classe qui détient le pouvoir. Que fera-t-elle pour assurer sa réélection en 2022? En sachant que le pouvoir réel est économique et si peu politique.

      +10

    Alerter
  • LibEgaFra // 12.07.2020 à 08h26

    « Tout devra être repensé, pour assurer dans les meilleures conditions possibles, la transition du monde d’hier vers celui de demain »

    La formule est archi-connue: tout changer pour que rien ne change. Mais en l’occurrence, je ne suis même pas sûr que cela soit nécessaire.

    « Le voulons-nous, le pouvons-nous ? »

    Ni l’un ni l’autre. Hélas!

    « la transition du monde d’hier vers celui de demain, un « monde à la fois incertain et tragique ». »

    Incertain pour les dominés seulement. Ceux au pouvoir savent quoi faire pour s’y maintenir.

    Tragique? Pour qui. C’est la porte ouverte au nihilisme.

    « nous serons mieux outillés afin de comprendre le monde actuel  »

    Le monde n’est pas « ambigu ». Il y a ceux qui détiennent le pouvoir… et les autres… qui gesticulent.

      +5

    Alerter
  • pseudo // 12.07.2020 à 08h29

    du vent…. du yakafokon à la pelle…. à la tractopelle…. de la prêche d’ayatollah. Mais c’est bien écrit, et plein de bon sens. Si les GJ avaient pour « slogan », fin du monde vs fin du mois, les dirigeants ont pour slogan « fin du monde vs fin de ma nation », finalement les deux sont très proches, une fois dépassées les apparences trompeuses des séparations sociales installées par un système économique qui refuse son nom d’horloger du chaos. Bon, critiques mis à part, je n’ai pas plus de solutions que ce mr, à l’ère de l’égoïsme généralisé pour une fast life réussie, courir à sa perte, en prétendant le retour du printemps, est un pré requis de la réussite. Toutes nos valeurs intellectuelles sont bafouées à cet autel.

    Ceci dit j’interroge, quelle est la boussole de ce mr, au delà, d’un recouvrement d’un concert des nations, d’une refondation des pratiques de la pensée, de notre vision d’un monde fini dans un élan intellectuel de progressisme perpétuel. Ce monde est suspendu dans le noir et le vide spatial à l’horloge d’un univers au temps éternel, voulons nous faire une étincelle sans spectateur où nous plier aux dures lois de la physique d’un îlot de vie plongée dans Le vide intersidéral. Tout cela n’est pas compatible, et de toutes manières, en tant qu’humanité, nous en sommes encore à chercher notre mode d’organisation collective qui remplisse aux divers facteurs farfelues que nous avons choisis, le bien être généralisé, le progressisme pour tous, l’économie avant tout.

      +12

    Alerter
    • moshedayan // 12.07.2020 à 10h02

      Bien d’accord avec vous… Quand j’ai vu la référence élogieuse à Hubert Védrine, l’homme qui avec son chef le président Mitterrand, a validé les Accords de Dayton et n’a même pas dit un seul mot de compassion à ce jour sur les victimes des bombardements de l’OTAN en Serbie… je me suis dit… C’est déjà un article mauvais… et pour le reste c’est exact des mots des mots creux… il dénonce la pratique des mantras mais il fait la même chose…
      blablabla semble être la pratique dominante de plus en plus dans votre pays dans les « classes supérieures »… âmes perdues ???

        +20

      Alerter
      • Alfred // 12.07.2020 à 10h15

        Exaxt. Scolaire dans la forme et vide sur le fond. La première chose à faire pour ce monsieur pour mettre en pratique ce qu’il décrit serait d’afficher clairement ses convictions propres (sans se réfugier dans arrêt derrière une avalanche de citations (qui pour certaines reviennent tous les trois textes qu’il écrit)). Et alors sa prospective serait risquée mais intéressante. Cassandre peut
        à la rigueur parler par énigmes et litotes mais pas par paraphrases et « name droping ». Ayez donc le courage de dire ce que vous avez à dire et prenez le risque de vous tromper.

          +18

        Alerter
  • lolomar // 12.07.2020 à 09h16

    Quelque soit la valeur, l’analyse de Guillaume Berlat on ne peut que constater quand même qu’on est bien mal parti pour que régne l’intelligence avec la plus que pensée unique, le plus que le politiquement correct les diverses chasses aux sorcières qui elles régnent sans partage…arrivé là on se dit que l’homme est bien trop petit dans des aspects multiples et variés pour envisager un avenir serein. Ce n’est pas avec des bacheliers à la pelle oui qu’on peut entrevoir une lueur dans le tunnel, tunnel tiens cela me rappelle quelque chose ou plutôt quelqu’un…

      +3

    Alerter
  • jules Vallés // 12.07.2020 à 09h39

    « Alors que la planète plonge dans une crise sociale, économique sans précédent, consécutive à une pandémie »

    Stratégie du choc (N Klein)
    Dans la société du spectacle le vrai est un moment du faux (G Debord)

      +5

    Alerter
  • Ardéchoix // 12.07.2020 à 09h48

    « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur »
    1968 j’avais 11 ans, mes parents remplissaient la Dauphine de 30kgs de toile et piquets et hop direction la grande bleue par la RN86. Il y avait la grippe de Hong Kong ( 30000 morts en France). La france n’avait pas d’employé de banque à sa tête, et voir les vagues vers Béziers était une aventure douce et joyeuse .
    Pour le futur la France est un voilier qui est dans la tempête, il faut un capitaine digne de ce nom, qui soit respecté par l’équipage et là c’est plutôt le Bounty.

      +21

    Alerter
  • florian lebaroudeur // 12.07.2020 à 10h08

    Le monde actuel est le fruit de 75 années de transformations économiques et sociales qui ont apporté un confort sans pareil aux sociétés Occidentales mais qui ont aussi conduit à une perte d’autonomie et d’imagination créative conduisant à « ce monde sans repères » dépourvu de savoir faire individuel et de croyances collectives.
    Les beaux discours sur « la mondialisation heureuse » valorisant la liberté individuelle, le vivre ensemble, l’auto-entreprise, l’accès à la connaissance etc…sont en réalité aux antipodes des véritables évolutions déconcertantes que l’interdépendance et la complexité croissante tendent à engendrer.
    Nos capitaines de pédalo, certifiés par Academia, enfermés dans le conformisme et dans leurs inébranlables certitudes ne sont plus que des pantins sans boussole, formatés pour appliquer et gérer un logiciel de plus en plus périmé et abimé par les effets autodestructeurs de ses applications.
    Nos passagers, travaillés par une paresse, une déresponsabilisation et une fausse conscience consentie ne sont plus que des pions manipulables à souhait, bon pour le rituel sacrificiel et l’abattoir.
    On comprend alors que le désir de bâtir un monde nouveau est de plus en plus prégnant, encore faut-il avoir les ressources et les capacités suffisantes, l’intelligence adéquate et la faculté de rompre avec ses certitudes fabriqués. Sans quoi, les pires remèdes de plus en plus tentant pour des esprits de plus en plus désorientés et acculés vont trouvés ou retrouvés dans ce nouvel environnement un terrain propice à leur justification.

      +5

    Alerter
  • Benji // 12.07.2020 à 10h42

    Bonjour a tous,

    Le constat est sans appel : nous sommes dans la panade! Partant de ce constat il NOUS faut agir et pour cela il NOUS revient a NOUS TOUS, citoyens de ce pays, de faire de ce pays (la France) la terre sur laquelle nous voulons voir s’épanouir nos enfants.
    Par chance il existe encore des personnes intègres doué de pensées (plus ou moins) critique et objectives posant les bases de ce qu’il pourrait être bon de faire. A titre personnel la voie immédiate a suivre est celle esquissée par feu Coluche : pour que cela ne se vende pas, il suffit de ne pas acheter! Transposé a la situation actuelle il me parait clair que NOUS devons cesser de jouer le jeu de ces prétendus « puissants », le diviser pour mieux régner.
    Cessons d’attendre des autres les solutions, créons a notre petite échelle les conditions de notre ré-émancipation, essayons de convaincre notre entourage de tendre vers ce but, le bon sens fera le reste.
    Remettons au goût du jour le meilleur de nous même : honnêteté, droiture, entraide etc… (finalement les valeurs de la Chevalerie qui sont, a mon sens, parmi les plus grandes réalisations philosophique de notre espèce)
    L’adversaire est fort car il est unis mais peu nombreux, nous sommes faibles car désunis mais nous sommes nombreux bien plus qu’eux!
    Je terminerais par cette phrase que je chéris entre toutes : Je préfère mourir debout que de vivre a genoux.
    Portez vous bien mes chers concitoyens.

      +8

    Alerter
    • pseudo // 12.07.2020 à 13h45

      deux remarques. C’est pas facile de se priver du système actuel (https://www.youtube.com/watch?v=B_bq8SzH4mY il a un beau jardin le gars, productif)

      Les pauvres génèrent leurs propres misère. Pour le vivre quotidiennement, je considère désormais qu’il n’y a pas grand chose à en attendre. Ils ne comprennent que la force et la violence sous peine de passer pour un bouffon sans couilles.

      Perso je fonde pas trop d’espoir.

        +0

      Alerter
  • mikatypa // 12.07.2020 à 10h43

    Ce monsieur part du prédicat que l’ennemi c’est la Russie et surtout la Chine. Et que le retour des Nations serait une faute… Comment faire de la prospective novatrice avec de tels points de départ ? Si ces hypothèses sont bonnes, alors il faut continuer dans la voie actuelle : faire de la France une usine d’armes sophistiquées. Abandonner à la Commission Européenne nos choix d’administration, et à la BCE nos choix économiques. Et à la vente d’armes, nos choix de politique étrangère dans le giron des USA.
    Dans ce cas, faire de la prospective ne sert à rien…

      +14

    Alerter
  • Pierre Darras // 12.07.2020 à 11h13

    Ce qui me dérange c’est que Berlat parle comme si nous avions encore notre indépendance et notre souveraineté. Les USA, depuis 17 ans, nous montrent de plus en plus crûment qu’il n’en est rien. A chaque dévoilement supplémentaire, sans complexe, de l’énormité de l’emprise qu’ils détiennent sur nous, c’est au mieux cris d’orfraie et rentrante immédiat sous le joug quelque soit l’énormité exigée. S’il ne devait y avoir qu’un seul sujet, ce serait celui là. Comment sortir de la domination US. Personne, absolument personne, ni Boniface, niSapir, ni Chevènement,Le Pen, Debray, de Villiers, NDA, Philippot, personne ne la pose ou n’ose la poser. Tout le reste n’est que bavardage stérile

      +8

    Alerter
    • Obermeyer // 12.07.2020 à 15h34

      Je ne sais pas si tous ces personnages parlent de sortir de la domination US , mais en France , il y en a un qui revient régulièrement sur le sujet ( domination économique , stratégique , culturelle ) , et qui demande avec force et constance de quitter l’Otan , il s’agit de Mr Mélenchon ( et de l’ensemble des insoumis à travers le programme l’avenir en commun ) .

        +4

      Alerter
      • Alfred // 12.07.2020 à 17h03

        Tout a fait. C’est une des raisons qui m’avaient fait l’apprécier. Jusqu’à ce que le côté tartuffe du personnage et sectaire de l’assemblée m’apparaissent. J’ai du mal à croire en le sérieux de la sortie de l’OTAN quand j’observe les faux combats contre un fachisme imaginaire et l’aveuglement face à un fachisme réel. Plus que jamais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. La malhonnêteté n’est jamais un bon point de départ. Pour moi c’est même rédhibitoire.

          +6

        Alerter
  • Tartampion // 12.07.2020 à 11h17

    Il faudrait changer de relations internationales, et de système économique. Changer de monde donc.

    Par deux fois dans le 20è on a changé de mode de relations internationales, à chaque fois du fait de guerres mondiales meurtrières. Depuis c’est l’immobilité dans la paralysie, dans l’immédiateté, ils ne voient que leurs profits à court terme.

    Nous Citoyens (un peu partout dans le monde) on se sent de plus en plus impuissants, nous subissons, nous nous révoltons ponctuellement sans effet.

    En France la gauche essaye de dépasser ses divergences. Parce que pour 2022 se taper encore Macron/Le Pen quelle joie !

    Aux EU Trump est capable de refuser une élection qui ne le réélirait pas. Rien à dire de Bolsonaro tout aussi dangereux et violent.
    En Chine ils reprennent leurs territoires, bientôt Taïwan va y passer aussi. Ce n’est que le juste retour des choses après le siècle d’humiliation dont ils n’ont rien oublié, la Chine ne fait que reprendre sa place de 1ère qu’elle eu au moins durant 2 millénaires.

    Le Covid est en cours de tout faire bouger, mais je n’ai pas encore la vision de ce que cela pourrait être sinon l’appauvrissement accentué des pauvres déjà démunies de part le monde, la France n’étant qu’un point parmi d’autres.
    Et l’Europe en bataille de concurrence « non faussée » entre le Nord et le Sud !

      +1

    Alerter
  • Greg // 12.07.2020 à 12h44

    Pas lu grand chose du fameux diagnostic dont il est question au début.

    Une petite remarque : « en définissant de manière autonome qui sont nos véritables ennemis : Russie, Chine, États-Unis ?« 
    Il faudrait
    1/ définir ce « nous » (la France, l’Europe, l’occident …)
    2/ pourquoi penser aux autres comme « ennemis ». Rivaux ou concurrents me semble un meilleur vocable pour réfléchir.

      +5

    Alerter
  • Les-CRIs // 12.07.2020 à 12h49

    C’est sûr que regarder du coté du futur est une bonne chose !

    Là, une autre tentative pour donner quelques grandes lignes et tendances générales, à court terme (jusqu’en 2022 environ)…
    https://www.les-cris.com/pages-110-au-fil-du-temps/les-deroules/cri-au-fil-du-temps-200510-deroule-annee-2020-de-mai-a-decembre.php

    c’est hardu et complexe à lire, parfois,… mais il faut reconnaître que c’est pas simple d’expliquer les grandes lignes de ce qu’il va visiblement se passer…. et de comment les choses s’organisent et se déroulent.

    mais si cela peut intéresser certains…

      +1

    Alerter
    • Obermeyer // 12.07.2020 à 15h37
      • Les-CRIs // 13.07.2020 à 09h13

        Oui, tout à fait.
        pas les mêmes chemins, mais le même schéma général.
        merci pour l’info !
        et d’avoir fait le parallèle.
        pas facile de trouver ce genre de chose, il y a tant de publications…

          +1

        Alerter
  • Sprouch // 12.07.2020 à 19h45

    Petite correction : Le Retour d’Expérience (CREX) est pratiqué depuis longtemps par les compagnies aériennes après un accident, et on tente de le mettre en place dans les hôpitaux.

      +0

    Alerter
  • Bouddha Vert // 12.07.2020 à 22h21

    Aucunement question de limites, de déplétions, de ressources… Rien que des problèmes de mauvaise volonté??

    L’artiste qui a signé cet article peut retourner au néant dont il n’aurait jamais dû sortir.

      +4

    Alerter
  • Spiridon // 13.07.2020 à 04h08

    Science po du siècle dernier! C’est certain, on y apprenait la rhétorique, les citations, une (certaine) logique et un (dernier) bout de continuité avec le passé. Malheureusement, à lire l’auteur, on n’y apprenait déjà pas à assumer la conséquence de ses idées. Ainsi, ne pas ressasser les choses du ‘vieux monde’ mais se méfier de la Chine comme mon arrière-grand-mère parlait du péril jaune… s’interroger sur la Russie amie-ennemie, comme le faisait le Marquis de Custine il y a 200 ans…regretter la force incertaine des Etats-Unis, comme La Fayette volant à leur secours!
    Et ne rien poser franchement: les guerres de Crimée étaient une cruelle absurdité. Allons-nous encore, sous couvert de ne le faire qu’à reculons, soutenir le sultan contre le tsar? Allons nous bêler avec le troupeau bien-pensant que Sainte Sophie est un « symbole de tolérance et de laïcité » (sic, le Drian) ou assumer enfin que nous partageons avec la Russie la civilisation chrétienne?
    Allons-nous tout simplement nous en tenir stricto sensu à une ligne passée, sans la réviser ni la « réinventer », de reconnaissance gaullienne de la Chine? Position noble, juste, indépendante, et effectivement porteuse d’avenir?
    Allons-nous assumer, en la débarrassant de ses profiteurs cachés mais en en conservant la précieuse amitié, assumer une Afrique un peu française (ne pas offrir pour rien aux US le Rwanda ou la Côte d’Ivoire) ?
    Allons-nous, gardant le meilleur du passé, conserver et développer notre force nucléaire et notre indépendance énergétique, ou brader les deux à des idéologies infantiles (UE et renouvelables)?

      +6

    Alerter
  • Max // 14.07.2020 à 10h14

    Texte, on ne peut plus creux, qui prouve une fois de plus que le peuple et nos intellectuels ont fait sécession !!! La feuille de route est déjà tracée par nos multinationales et banques internationales, appauvrir la classe moyenne occidentale coûte que coûte, car elle est la cause principale d’une pollution planétaire insoutenable. Une classe dominante ressentant leur esprit tout puissant enfermé dans un corps si faiblement soumis aux affres de la nature. Une guerre de classe a débuté depuis longtemps, et la classe minoritaire est armée ( ingénierie sociale, média, finance, lobbying, corruption, éducation ) pour la gagner, d’autant plus que son ennemi n’a pas conscience de son engagement dans une bataille malgré les coups qu’il reçoit et ne voit donc pas l’utilité de s’armer. (la grenouille cuit dans sa casserole) Le chômage de masse qui résultera de ce processus peut faire sortir le peuple de sa casserole si il ressent la température trop élevé, le revenu de subsistance universel saura remettre la cuisson à feu doux. Se détacher définitivement du peloton sans que cette classe prédatrice aie à accélérer suppose que le peloton doit décelerer, elle y sera forcé. Il est naturel que pondre ce genre d’article posant la problèmatique de l’absence de diagnostique du présent, l’on sera vite rendu au temps futur sans avoir bouger le petit doigt.

      +0

    Alerter
  • Afficher tous les commentaires

Les commentaires sont fermés.

Et recevez nos publications