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20.novembre.201920.11.2019 // Les Crises

John Pilger : Cela s’est-il vraiment passé au pays de la Magna Carta ?

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Source : Consortium News, John Pilger, 25-10-2019

[Magna Carta, latin pour Grande Charte, désigne plusieurs versions de la grande charte des libertés arrachée au roi Jean sans Terre le 15 juin 1215, dont le texte définitif est promulgué en 1225. NdT]

Dans un article écrit en exclusivité pour Consortium News, le célèbre réalisateur et journaliste John Pilger, ami de Julian Assange, évoque la scène inquiétante qui s’est déroulée, cette semaine, dans une salle d’audience londonienne alors que l’éditeur de WikiLeaks comparaissait dans l’affaire concernant son extradition vers les États-Unis.

Ce pire moment était le dernier en date d’une longue série de « pires » moments. J’ai, en effet, assisté à beaucoup d’audiences et j’ai vu des juges abuser de leur pouvoir. Cette juge, Vanessa Baraitser – en fait elle n’est pas du tout juge ; elle est magistrate – a scandalisé tous ceux d’entre nous qui étions présents.

Son visage a reflété ses sentiments, allant du rictus méprisant à l’implacable indifférence ; elle s’est adressée à Julian Assange avec une arrogance qui m’a rappelé un magistrat qui présidait le Bureau de classification des races dans l’Afrique du sud au temps de l’apartheid. Il est arrivé à Julian de ne pas réussir à s’exprimer, ses mots sortaient avec difficulté et il a même hésité sur son nom et sur sa date de naissance.

Quand il s’est exprimé, fort de sa sincérité, et que son avocat a plaidé, Vanessa Baraister a très ostensiblement manifesté son ennui ; mais quand l’avocat de l’accusation a pris la parole, elle s’est montrée attentive. Elle n’avait rien à faire ; tout était, à l’évidence arrangé à l’avance. En face de nous se trouvaient quelques officiels américains, dont les instructions au procureur étaient transmises par une assistante qui faisait des allées et venues pour délivrer les directives.

La juge a observé cette situation scandaleuse sans hasarder le moindre commentaire. Cela m’a rappelé un film d’actualités qui montrait un procès-spectacle dans le Moscou de Staline ; avec cette différence que ces procès-spectacles de Moscou étaient diffusés alors qu’ici, la chaîne d’état, la BBC, a censuré ce procès, tout comme les autres chaînes grand public.

Elle n’est pas allée jusqu’à bailler alors qu’elle faisait fi de l’évocation factuelle de l’avocat d’Assange quant à la façon dont la CIA avait engagé une compagnie de sécurité espagnole pour espionner son client au sein de l’ambassade équatorienne, mais son désintérêt était tout aussi manifeste. Elle a ensuite refusé d’accorder aux avocats de Julien Assange un délai pour étudier l’affaire – même si en prison, leur client n’avait pas eu le droit de recevoir de documents juridiques ou autres éléments utiles à sa défense.

Elle a porté le coup de grâce en annonçant que l’audience suivante aurait lieu dans un endroit reculé, à Woolwich, juste à côté de la prison de Belmarsh, dans une salle disposant de très peu de sièges pour le public. Voilà qui confortera le confinement et fera de ce procès un procès aussi secret que possible. Est-ce que tout ceci a bien eu lieu dans le pays de la Magna Carta ? Oui, mais qui l’a su ? [La Magna Carta protège la liberté individuelle en décidant que nul ne pourrait être arrêté ni détenu, lésé dans sa personne ou dans ses biens, sinon par la jugement de ses pairs et conformément à la loi; pas plus que la force ne pourra être employé contre lui, sans un jugement légal de ses pairs ou selon les lois du pays. « Nous ne vendrons, refuserons ou différerons le droit d’obtenir justice à personne ». NdT]

Plus important que l’Affaire Dreyfus.

L’affaire Assange est souvent comparée à l’affaire Dreyfus, mais historiquement parlant elle est beaucoup plus importante. Personne n’en a le moindre doute – pas plus ses ennemis du New York Times, que les journaux de Murdoch en Autralie – s’il est extradé aux États-Unis et, conséquence inévitable, détenu sous haute sécurité ; c’est le journalisme même qui sera, lui aussi, incarcéré.

Qui osera alors dénoncer quoi que ce soit d’important, sans parler des crimes monstrueux commis par l’Occident ? Qui osera publier « Meurtre Collatéral » ? Qui osera dire au public que la démocratie, telle qu’elle est, a été pervertie par l’autoritarisme arbitraire des milieux d’affaires dont le fascisme tire sa force.

Autrefois, il y avait, dans le journalisme grand public, des espaces, des interstices, des refuges dans lesquels pouvaient se faufiler les journalistes indépendants, qui sont les meilleurs journalistes. Ils sont clos depuis longtemps. On peut certes garder un espoir et croire à la circulation sur le net de visions dissidentes, où se pratique encore un excellent journalisme qui sait désobéir [à l’image de samizdat : Le samizdat (en russe : самиздат) était un système clandestin de circulation d’écrits dissidents en URSS et dans les pays du bloc de l’Est, manuscrits ou dactylographiés par les nombreux membres de ce réseau informel. NdT]. Mais on peut surtout espérer qu’un juge ou même des juges de la cour d’appel britannique, la High Court, redécouvre la justice et libère Assange. En attendant, il nous incombe de nous battre de toutes les manières que nous connaissons et, pour ce faire, il va nous falloir une bonne dose du courage dont fait preuve Julien Assange.

John Pilger, de nationalités australienne et britannique, est réalisateur et journaliste demeurant à Londres. Site : www.johnpilger.com En 2017, la British Library a annoncé la création d’archives destinées aux travaux du journaliste et réalisateur. Le British Film Institute a classé son film de 1979 « Year zero : the silent death of Cambodia » ( « Année zéro : la mort silencieuse du Cambodge ») parmi les 10 documentaires les plus importants du 20ème siècle. On peut trouver ici quelques-unes de ses précédentes contributions à Consortium News.

https://consortiumnews.com/2019/10/25/john-pilger-did-this-happen-in-the-home-of-the-magna-carta/

Source : Consortium News, John Pilger, 25-10-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Fritz // 20.11.2019 à 07h32

Avec une magistrature féminisée, tout devient plus humain et plus juste. Merci Vanessa

45 réactions et commentaires

  • aladin0248 // 20.11.2019 à 07h16

    On a longtemps cru que démocratie et libertés individuelles étaient indissociables. Il est clair qu’il n’en est rien. Il existe des intérêts bien plus fort que le prétendu “pouvoir du peuple” enchâssé dans le mot. Nous sommes au bout d’un cycle finalement assez court à l’aulne de l’histoire. Une page va être tournée. Nous allons bientôt passer à “autre chose”.

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    • Julie Péréa // 20.11.2019 à 08h32

      La Magna Carta a été arrachée à Jean sans Terre par des chevaliers sans terre et des ecclésiastiques avides de possessions. Elle est donc le fruit de mafieux. Des lors le traitement subi par Assange ne devrait pas étonné. Il est jugé par les pairs de ceux qu’Assange dénonçait : ceux de l’oligarchie financière mondiale dont le berceau est l’empire britannique.

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      • Daniel // 20.11.2019 à 09h34

        la Magna Carta est en soit une séparation des castes :
        soit tu es puissant et jugé par tes pairs,
        soit tu fais parti du peuple, tu subis et tu la fermes !
        aujourd’hui, d’un côté on a les puissances financières (oligarchies) et leurs cours (politique, médiatique, etc…) qui sont totalement détaché de la réalité de la vie de tous les jours;
        de l’autre côté, Nous, le peuple qui demandons des comptes.

        NB : Merci à Julian Assange de nous avoir donner des preuves de cette situation inique et injuste : c’est un vrai “Robin des Bois” de notre époque qui combat les conséquences de la Magna Carta !

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      • Yannick // 22.11.2019 à 10h45

        Oui, distinguons le droit des gens de celui des honnêtes hommes (les aristos), ce deuxième droit est la base de la Magna Carta. Aujourd’hui, le droit de l’oligarchie financière est supérieur au peuple. Renversons la table.

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  • Fritz // 20.11.2019 à 07h32

    Avec une magistrature féminisée, tout devient plus humain et plus juste. Merci Vanessa

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    • Océan de sagesse // 20.11.2019 à 07h58

      Quand le délire misogyne atteint un tel stade on se met a songer immanquablement la psychiatrie fermée !

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      • Jérôme // 20.11.2019 à 12h01

        En quoi est-ce misogyne ? C’est juste une remarque un peu ironique vis à vis du discours actuelle sur la présence des femmes et leur apports à la société. Mais quelques part elles ne se comportent pas si différemment que les hommes.

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        • azuki // 21.11.2019 à 01h24

          1. Un cas ne fait pas une statistique. On a quelques cas en France aussi…
          2. Certains on eu aussi des espoirs avec Obama, mais hélas plus que d’être noir il faisait partie du système. Je crois d’ailleurs que la miss Cliton est l’incarnation même du pire de ce qu’on trouve en matière de corruption, de pourriture et de sociopathie des “politiques”, Trump est gentillet à côté même s’il provoque beaucoup plus d’agitation.
          3. Quelques femmes ou noirs ne résolvent rien, d’autant que pour arriver là il a fallu être encore plus agressifs que les autres. Cela ne présume pas qu’une société équilibrée ne fonctionnerait pas !

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      • Rémi // 20.11.2019 à 12h05

        Disons sans être méchant que les promesses d’amélioration du monde grâce à l’accés des femmes aux hautes fonctions et un matriarcat soft se révélent auinsi pour ce qu’elles sont nulles.
        L’égalité homme femme est aujourd’hui largement atteinte.
        Une femme nulle peut-être premier ministre. Fait, France, GB…
        Une femme nulle peut-être président: Reste á faire on a faillit avoir H.Clinton et S.Royal.
        Qu’en dire de plus.

        Sinon Féliciter Assange qui montre un courage exemplaire.
        (J’ai malheureusement beaucoup plus de points faibles que lui)

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    • Karnak // 20.11.2019 à 11h59

      Que le magistrat soit un homme ou une femme, je ne vois vraiment pas ce que ça change lors d’un procès politique…

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    • Roland011 // 20.11.2019 à 15h24

      Roland011 – Comment peut-on encore véhiculer ces âneries, femmes ou hommes il y a les saloperies – ou- bienfait, chez les uns et les unes. Ce n’est pas les exemples qui manquent (ils pullulent même). Les humaines (sic) du gouvernement actuel en sont malheureusement l’illustration. Je repondais a Fritz

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  • Louis Robert // 20.11.2019 à 07h37

    Je n’ai jamais oublié mon premier cours de droit.

    Faisant déjà valoir avec insistance l’injustice dans un cas d’espèce évoqué devant l’auditoire étudiant, il me fut froidement rétorqué par l’enseignante juriste que « le droit c’est une chose, la justice en est une autre ». De là à affirmer que le droit n’est pas la justice, il n’y avait qu’un pas que j’ai allègrement franchi, sans jamais me retourner ni m’en être repenti depuis.

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    • Anouchka // 20.11.2019 à 11h31

      Sans doute. Mais il vaut mieux malgré tout ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et toujours se demander : qu’est-ce que l’on aurait à la place, si l’on n’avait pas le droit ?

      Sans doute des relations d’allégeance intra-personnelles de type féodal ou mafieux.

      Pas sur que ce soit mieux. Le droit a malgré tout cet avantage de maintenir une certaine distance entre les gouvernés et les détenteurs de la force.

      La preuve, Assange est pour l’instant, quoiqu’on en dise, encore en vie.

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      • Catalina // 20.11.2019 à 13h40

        Si il est en vie, ça n’a rien à voir vec le droit, la lumière ne serait pas sur lui qu’il aurait été suicidé depuis longtemps. Ensuite, “Sans doute des relations d’allégeance intra-personnelles de type féodal ou mafieux.” on les a déjà, à voir comment sont jugés les GJ, et les ploutocrates, Cahusac et toute la clique de voleurs de l’argent français qui sont dans les hautes sphères du pouvoir…. le droit pur à déserté complètement notre, pis, notre pays macronien tout comme l’état voyou us va à l’encontre du droit international.

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      • Louis Robert // 21.11.2019 à 08h50

        Bonjour, Anouchka.

        Il ne s’agit pas de remplacer le droit positif mais de retourner à ce qui le FONDE, à ce qui DOIT le fonder comme droit humain légitime. En d’autres termes, il s’agit de veiller à ce que le droit positif soit conforme au droit naturel compte tenu de la loi naturelle et de la conscience. Alors seulement pourra être maintenue « une certaine distance entre les gouvernés et les détenteurs de la force ». Bref, il convient d’abord de s’assurer qu’il y a bien un bébé (et non pas une poupée gonflable) dans l’eau de votre bain…

        Je sais, ces matières controversées, plus vieilles encore que Lao Tse, sont très éloignées des préoccupations post-modernes… Raison de plus pour y revenir!

        Relisez « Tao Teh Ching », chapitre 38. « À défaut du Tao, l’homme a recours… Le recours aux cérémonies marque le début de toute confusion et de tout désordre. » Comme le montrent si éloquemment nos cérémonies juridiques.

        *
        Assange « vivant »? Dites, vous savez dans quel état? On a connu des « vivants » qui enviaient les morts.

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  • Myrkur34 // 20.11.2019 à 07h39

    “En face de nous se trouvaient quelques officiels américains, dont les instructions au procureur étaient transmises par une assistante qui faisait des allées et venues pour délivrer les directives.”

    Post-brexit en avant-goût ?

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    • Fritz // 20.11.2019 à 07h47

      Oh non, les instructions américaines sont monnaie courante au sein de l’UE.

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    • tchoo // 20.11.2019 à 07h53

      Brexit ou pas Brexit ce n’est pas ça qui arrête la veulerie de nos instances face aux impératif américain. Plus que jamais et plus que tous l’Angleterre est un esclave vonlontaire des ricains

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    • Bats0 // 20.11.2019 à 09h00

      Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, qui participe à la réunion des ministres des Finances de l’Union européenne (ECOFIN) à Wroclaw en Pologne le vendredi 16 septembre 2011, s’est dit préoccupé par les divisions entre gouvernements et la Banque centrale européenne (BCE).
      Ce n’est pas d’hier que les US s’initient, voir “influencent” les affaires politiques et économiques européennes.
      Après que les US nous aient infligé la crise des subprimes, ils viennent nous donner des leçons afin de la résoudre…
      Pas belle cette UE avec ces initiés ?

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  • politzer // 20.11.2019 à 08h18

    Comme l a bien demontré Guigue récemment il faut armer le peuple pour qu il se libère de ses chaînes. L appareil judiciaire d état a choisi son camp celui de la terreur pas encore de masse (fascisme) mais ça viendra. Gare à tous ses ennemis passés présents et futurs! 1789, 1917 voire Chavez ont montré la voie.

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    • Julie Péréa // 20.11.2019 à 10h28

      Le slogan de Jacques Cheminade n’était il pas “se libérer de l’occupation finanière et se libérer de l’occupation culturelle” pendant la présidentielle ?
      Lisons les auteurs directement est ainsi nous ne nous ferons plus lessiver le cerveau. Et découvrons l’idéologie derrière chaque discours. Ainsiste nous aurons véritablement le choix et nous aurons plus d’armes pour combattre les oligarques.

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      • Czerny // 20.11.2019 à 12h31

        Vous comptez combattre les oligarques avec des livres alors qu’eux vous tirent dessus avec des armes de guerre ? A croire que l’histoire ne nous apprend jamais rien .Politzer,plus haut,lui a pigé …et il n’est pas le seul .Heureusement .

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        • Julie Péréa // 20.11.2019 à 15h48

          Friedrich Schiller disait de la révolution française qu’elle avait été un de ses grands moments de l’histoire qui avait échu dans les mains d’un peuple petit. La République n’ayant pu être instaurée durablement vu que la population était illettrée. Ce qui aboutit aux boucheries napoleonnienne.
          Aujourd’hui les gens se font enfumer par paresse et pessimisme orchestrés par l’oligarchie pour se maintenir au pouvoir.
          Donc oui, elle se combat d’abord par la culture et avec les yeux du futurs. Avec un projet qui remonte aux causes. Sans cela l’oligarchie aura encore un avenir. Or nous n’avons jamais été aussi prêts de nous en débarrasser une bonne fois pour toute.
          Les peuples se mobilisent contre son austérité mais pour l’heure sans projet. C’est sûr que l’oligarchie ne se laisse pas faire et charge y compris en France. Mais ce n’est pas en repondant par la violence que nous la renverserons.
          En Afrique, les jeunes ont décidé de se former pour prendre le pouvoir d’ici quelques années aux dictateurs qui ont bien compris qu’ils ne resteraient pas longtemps encore au pouvoir. Faisons pareil !

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          • Jean-Pierre Georges-Pichot // 22.11.2019 à 09h16

            Votre analyse historique est discutable. Ce n’est pas forcément parce que le peuple aurait été illettré que la révolution française a débouché sur l’empire et non sur une démocratie achevée. Dans votre chaîne causale, la cause aussi bien que la conséquence sont contestables. La cause : le taux d’alphabétisation français est élevé, d’où une vie politique et littéraire fiévreuse pendant tout le dix-huitième siècle. Secondo, la conséquence -un échec supposé de la révolution – n’a pas lieu : Napoléon achève et conforte la révolution au niveau possible à l’époque et pour d’autres causes qu’une supposée insuffisance intellectuelle de la population : parce que les forces sociales majoritaires se satisfont de son système : la paysannerie qui s’est emparée des terres et libérée des droits féodaux, la bourgeoisie acheteuse des biens nationaux saisis sur la noblesse et le clergé. Des acquis définitifs jusqu’à la mondialisation capitaliste qui aujourd’hui exproprie les Français. Quant à l’objectif idéal que vous assignez arbitrairement à l’histoire : une ‘démocratie véritable’, la suite prouve que c’est de l’ordre de l’utopie. Deux siècles plus tard, nous revenons sur les acquis de 1789, avec une oligarchie mondialisée pire que celle d’ancien régime. Le retour au système napoléonien serait aujourd’hui un progrès!

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            • lon // 22.11.2019 à 20h02

              @ JP Georges Pichot :
              ma réponse sera bien évidemment trop brève pour passer le barrage d’expression minimale admise sur ce blog , mais je vais tenter le coup : exactement

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    • Casimir Ioulianov // 20.11.2019 à 12h51

      Les USA et le Yémen sont les deux pays où la population est la plus armée, pouvons nous envier la situation de ces deux pays ?
      On va vouloir m’y opposer le cas de la Suisse mais la situation de ce pays tient beaucoup plus à son histoire et à un processus long vers une forme très spéciale de démocratie. Cantons et votations ; le besoin de coercition gouvernementale est annulé par la culture du consensus social et surtout par le niveau de vie de ses habitants plus que par les armes à la maison.
      1789 est une révolte des bourgeois face au limogeage de Necker (Un Banquier Suisse… le niveau de vie vient bien de quelque part.) , le peuple en arme en France c’est la commune de Paris et ça a finit en exécution de masse…
      1917 c’est ce qu’il se passe quand une partie du corps des officiers se révolte en pleine guerre. Si on se penche sur le pourquoi ces officiers ont retourné leur vestes, on trouve une foule de trucs pas bien clair (et plein de pognon d’origines diverses) … Les Russes en ont bien bavé 1917 avant d’avoir … une dictature.
      Chavez est un officier, en bon militaire de son pays il a purger de façon “soft” une bonne partie des officiers… ce qui n’a quand même pas empêché les tentatives de coup d’état ni fait de ce pays un îlot de prospérité. C’est plutôt Cuba 2: le retour.

      Vous voulez la guerre civile ? Qu’est ce qu’il y a de “civil” dans ces guerres au final ? La révolution ? Pour finir dans l’état initial ? Nah … les solutions sont toujours politiques.

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      • Anouchka // 20.11.2019 à 13h43

        1789, c’est plutôt l’endettement de l’état que les bourgeois ne voulaient pas payer tout seuls, non?
        Quand à la Suisse de Necker, elle était loin d’être prospère. Ses paysans étaient parmi les plus pauvres d’Europe. C’est pour ça qu’ils s’engageaient un peu partout comme mercenaires. La Suisse a aussi pour ça une longue tradition de citoyens en armes. La manne financière apportée par les banques au XIXe siècle (seulement) fausse le regard que nous avons sur ce pays.
        Sur les “vertus” de la guerre civile, je vous rejoins cependant.

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        • Casimir Ioulianov // 20.11.2019 à 19h07

          1789 c’est une crise de la dette et d’autres choses… crise manufacturières dues aux libéralisations des manufactures et du “homework” en Angleterre , mauvaises récoltes , spéculation sur les prix alimentaires (loi du maximum) , changements profonds des systèmes de guildes (ex: les cordeliers) etc etc etc … Les crises c’est comme les accidents de la route : multi-factoriel.
          J’abusais un peu en rendant Necker responsable de toute la richesse de la Suisse, mais ses lois sur les rentes ont bien enrichi le pays. Le mercenariat dans les guerre du Saint-empire, ou en Italie ont aussi beaucoup rapporté.
          Il a fallut un petit paquet de guerres civiles à la Suisse pour en arriver là ou elle est. Ils ont même fait des guerres civiles sans morts, ceux qui devaient se battre étaient d’accord contrairement à ceux qui votaient la guerre … du coup ça se battait pour la galerie la journée et tout ce petit monde allait se pinter ensemble à la taverne le soir venu. Un peu comme si les GJ allaient boire des canons avec les BACs. C’est passionnant l’histoire de la Suisse 🙂

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      • Jean-Pierre Georges-Pichot // 22.11.2019 à 09h30

        Il n’y a pas de liberté pour qui confie sa protection à un corps armé séparé. Point. Après, la remise des armes au peuple s’organise comme ceci ou comme cela, avec des avantages et des inconvénients différents selon la configuration. La liberté va avec beaucoup de violence aux Etats-Unis, dont le peuple, des colonisateurs génocidaires, fut toujours un peu sauvage, avec des polices élues, des armes pour tous, le ‘citizen’s arrest’, les ‘posses’ et chasseurs de primes, les ‘gardes nationales’ qui tirent facilement. Pas de violence en Suisse, peuplée par une paysannerie enracinée, stable et vivant du sien, avec chacun son fusil à la maison. Au Japon et en Angleterre, la liberté va avec la paix civile parce qu’elle est en trompe-l’oeil : on vit enfermé dans une île, sans armes et sans armée, mais étroitement surveillé par une police qui ne laisse rien passer. Ailleurs, toute marge de liberté doit être âprement défendue, face et contre la police et une justice essentiellement répressives. C’est comme ça.

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  • Kokoba // 20.11.2019 à 09h42

    Que cette triste histoire vous rappelle la puissance du système que nous avons en face de nous.

    Un système qui est capable de vous traquer dans tous les pays du monde.
    Un système qui est capable de perséverer sur des dizaines d’années.
    Un système qui controle tous les niveaux : politique, diplomatique, policier, médiatique, juridique.

    Un système qui est capable de déployer des moyens gigantesques pour simplement écraser une seule personne et faire passer le message : “ne vous attaquez jamais à moi, vous serez écrasé sans pitié, vous ne trouverez aucun allié, aucun refuge nulle part”.

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    • Julie Péréa // 20.11.2019 à 10h30

      Le système le peut parce que nous nous laissons manipuler. Creusons les discours derrière chaque idéologie et ainsi il n’aura plus de prise sur nous.

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    • Catalina // 20.11.2019 à 13h45

      ouais ben ce systéme se dit incapable de traquer les terroristes, incapable de geler le fric de daesh et isis, etc, tu parles !!
      Un système qui ne traque que ceux qui sont contre lui !!! les peuples !

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    • calahan // 21.11.2019 à 11h37

      c’est vrai mais, si pour un que “le système” écrase il y en a dix autres qui reviennent, le système sera dépassé très rapidement.

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  • DAUMONT // 20.11.2019 à 09h51

    Je pense que la décision de non-lieu suédoise dans l’affaire du viol rebat les cartes sur le plan judiciaire.

    Mais la comparaison avec l’affaire Dreyfus me parait et justifiée et utile pour faire face à la mollesse des réactions dans ce dossier de nombre de défenseurs proclamés des droits de l’homme.

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    • medmed // 20.11.2019 à 10h22

      La molesse des reactions ?
      Il n’y aucune molesse de la part de nos valeureux journalistes français. Ils sont soit des lâches, soit des complices zélés de l’ignominie commise contre Assange.
      Et ne me faite pas dire ce que je n’ai jamais dit. Quand je parle de “journalistes” je parle de cette caste en haut de la pyramide qui monopolise les antennes et les rédactions et aucunement des pigistes et autres salariés.

      Je parle de ceux qui donnent le La de toute la propagande française, parce qu’aujourd’hui on ne peut plus parler d’information dans les médias dominants en France. L’information n’existe plus dans notre pays depuis un bon moment maintenant.

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      • Rémi // 20.11.2019 à 12h18

        Vous devriez faire attention à vos propos.
        Comparer les journalistes francais à des lâches est diffamatoire.
        On peu se cacher dans un trous de souris ca ne sufffit pas pour être journaliste francais. Il faut aussi avoir un doctorat en courtisiannisme et parisiannisme.
        Attention aux raccourcis.

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        • septique pointe toujours à l’ambassade US. Mais où est passé septique? // 20.11.2019 à 22h36

          On ne peut pas non plus les comparer à des péripatétitiennes: celles là ont au moins le courage de s’avouer “putes”, à quoi les comparer alors? J’ai trouvé: des crottes de chien qui tapisseraient un trottoir: inévitables, visqueuses, puantes…
          Attention: critiquer les valets du pouvoir va devenir vraiment risqué: prenez un VPN(et pas un US!)

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      • Kokoba // 20.11.2019 à 14h47

        A l’époque de Dreyfus, il existait un journal : l’Aurore, capable de publier les articles de Zola et Clemenceau.
        Aujourd’hui, il n’existe aucun journal indépendant capable de cela.

        Les oligarques savent très bien ce qu’ils font quand ils achètent tous les médias qui ont un peu d’influence.

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  • lemoine001 // 20.11.2019 à 10h24

    Oui cela se passe au pays de la Magna Carta mais cela ne se passerait pas différemment au “pays des droits de l’homme”. Cela se passe tout simplement dans le monde du capitalisme mondialisé dominé par les armes US et le “soft power” us devant lequel toute la gauche (PCF en tête) a capitulé.

      +14

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  • Vincent P. // 20.11.2019 à 12h48

    L’affaire Assange est réglée :
    Spielberg a déjà acheté les droits.

    Hollywood n’aura plus qu’à faire un joli truc posthume soft-powerisé, et on pourra enfin passer à l’étape suivante pour ce qui concerne votre liberté.

    Puisque aucune dystopie n’a suffit, on passe au mode IRL : Quoi ? vous ignoriez qu’à En-Marche Land, 2+2=5 ?

      +5

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  • JMD // 20.11.2019 à 15h52

    A diffuser également le compte rendu de l’audience par Craig Murray, diplomate britannique et défenseur des droits de l’homme. Il constate d’une part la détérioration physique et l’état mental du fondateur de Wikileaks et le manque flagrant d’équité d’une audience qui a viré à la mascarade.
    https://www.investigaction.net/fr/craig-murray-diplomate-britannique-jai-ete-profondement-ebranle-par-la-comparution-dassange-au-tribunal/

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  • Jean-Pierre Georges-Pichot // 21.11.2019 à 10h41

    Le système britannique n’a rien de démocratique. Je ne le dis pas comme une critique, mais factuellement. Comme le rappelle un autre commentaire, le parlement et ses droits découlent d’une mise sous tutelle du pouvoir monarchique par l’oligarchie nobiliaire. Dès le début les libertés anglaises n’ont rien à voir avec une “démocratie” fondée sur le suffrage populaire, mais avec l’équilibre toujours fragile entre des puissances antagonistes : les grandes familles aristocratiques. C’est pourquoi elles ont un fondement solide : la peur que des aristocrates non tyranniquement dominés par le monarque, comme en France, y ont les uns des autres. En Angleterre, aucune dynastie n’est restée sur le trône plus de deux ou trois générations de suite. Relire Shakespeare. Rien n’a fondamentalement changé depuis 1215, si ce n’est que le pouvoir monarchique s’est affaibli continûment, jusqu’à ce que son rôle consiste surtout à créer une place dominante en droit, mais vide, qui maintient les puissances réelles à équidistance du pouvoir. D’où la nécessaire référence à une loi qui n’est cependant qu’une garantie formelle dépendant de la paix civile et non la produisant. Le parlement est leur club et leur espace de négociation. Dans les périodes de crise, la pratique judiciaire britannique est féroce, car c’est une justice des vainqueurs. Lire Macaulay ‘Histoire d’Angleterre’, sur celle qui a précédé la ‘Glorious revolution’ de 1688.

      +3

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  • petitjean // 21.11.2019 à 16h10

    Une si douce dictature
    commençons par rappeler que aucun état continental européen n’a accepté d’accueillir et de protéger Julien Assange. Imaginons que Assange se soit réfugié en France , qu’aurait fait l’état français confronté aux pressions, pour ne pas dire aux menaces, américaines ?
    secundo, nous constatons que doucement, tout doucement, mais surement, l’étau se resserre sur les libertés fondamentales en occident, hier “phare des lumières”
    tertio, constatons aussi que les peuples occidentaux , en tout cas la majorité, accepte cette situation et il n’est pas sûr d’ailleurs que ces peuples comprennent quoique ce soit à cette situation. C’est même très probable
    Conclusion : Que faire ?

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    • Logique // 22.11.2019 à 01h51

      “Conclusion : Que faire ?”

      Se réfugier en Russie comme Snowden. Mais en aucun cas dans un pays de l’otan.

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      • Jean-Pierre Georges-Pichot // 22.11.2019 à 09h57

        Pour être précis factuellement, Snowden ne s’est pas vraiment réfugié en Russie par son propre choix. C’est le gouvernement US qui a annulé son passeport pendant son escale à Moscou entre Hong-Kong et l’Amérique du sud. Il s’est retrouvé coincé à Moscou. Il faut lire son livre récemment sorti, ou pour les paresseux, voir le film qui en a été tiré par Oliver Stone. Sur le fond : “où se réfugier dans un monde mondialisé ?” la réponse de Snowden, était plutôt : dans un pays où aucune puissance dominante n’a les mains absolument libres, en raison le plus souvent du désordre régnant et du fait que les Etats-Unis n’ont pas d’interlocuteur étatique fiable. Hong-Kong était une solution provisoire parce que la situation de transition entre deux tyrannies faisait que les occidentaux n’y étaient plus et la Chine pas encore. A long terme, la Bolivie est plus sûre.

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