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30.janvier.202030.1.2020 // Les Crises

L’effort permanent pour exonérer Wall Street de la crise financière de 2008

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Source : The Intercept, Malaika Jabali & Ryan Grim, 17-12-2019

Un lotissement à Rio Vista, en Californie, une ville au bord de la faillite après l’effondrement du marché immobilier, le 20 novembre 2008. Photo : Justin Sullivan/Getty Images

DEPUIS l’effondrement de 2008, il y a eu un effort continu pour revisiter les événements historiques et sortir Wall Street de la crise financière. Le dernier en date de ce récit est un nouveau document de travail, publié par la Federal Reserve Bank of Philadelphia, qui soutient que les vrais criminels étaient, après tout, ces opportunistes du rafistolage lucratif de maisons rendus célèbres par le livre de Michael Lewis et le film « The Big Short » qui a suivi.

La nouvelle étude se concentre sur ce que ses auteurs appellent les « investisseurs frauduleux » : des personnes qui ont obtenu des hypothèques pour des maisons de rapport dans lesquelles elles n’ont jamais eu l’intention de vivre, bien qu’elles aient affirmé qu’elles le feraient. Imputer la responsabilité de la crise hypothécaire aux bricoleurs qui ont accepté de prendre l’argent qui leur était donné par les banques serait semblable à blâmer des étudiants trompés pour avoir contracté des prêts massifs auprès de facultés frauduleuses à but lucratif.

Pendant la récession, les conservateurs se sont accrochés à l’argument selon lequel la crise était causée par la cupidité des futurs propriétaires, laissant entendre – et souvent affirmant carrément – que la crise résultait des mauvaises décisions des familles à faible revenu, en grande partie minoritaires. Dans un rapport de contrôle du Congrès de 2009, le député Jeb Hensarling, de R-Texas, a accusé, entre autres causes, les gens qui « ont simplement fait de mauvais choix […] et ont surestimé leur degré de préparation à l’accession à la propriété ». Il a ajouté ces emprunteurs à sa liste d’autres, y compris ceux qui commettent des fraudes hypothécaires. Pendant qu’il était au Congrès, M. Hensarling a recueilli des milliers de dollars auprès du secteurs des prêts sur salaire à peu près au moment où l’on s’attendait à ce qu’il agisse sur les politiques affectant le secteur, il a critiqué avec véhémence le Bureau de la protection des consommateurs et a mené une croisade pendant des années pour déréglementer Wall Street après le krach. Il est maintenant cadre supérieur chez le géant bancaire UBS, tandis que plusieurs de ses anciens employés ont rejoint le CFPB [Consumer Financial Protection Bureau, organisme gouvernemental de protection des consommateurs, NdT], où ils ont entrepris de le démanteler.

Le document de travail, qui est accompagné d’une déclaration selon laquelle il ne représente pas l’opinion de la Fed de Philadelphie, complète d’autres recherches indiquant que la « crise des prêts hypothécaires à risque » est un mythe. Mais il ne va pas jusqu’à mentionner le rôle de Wall Street, ce qui est commode pour les politiciens et les régulateurs qui ne sont pas intéressés à contrôler ces banques. En effet, si la cause de la crise était la cupidité et la fraude, il y a plusieurs conclusions heureuses que Hensarling peut tirer de cette analyse. Comme il l’a fait valoir à l’époque, ces emprunteurs étaient « beaucoup moins sympathiques aux yeux de beaucoup », ce qui signifie que le gouvernement n’a pas la responsabilité d’aider ceux qui ont été touchés par la crise. « La tentative d’élaborer un plan d’atténuation des saisies subventionné par le gouvernement pour aider ces emprunteurs soulèvera inévitablement des questions relatives à un risque moral », a fait valoir Hensarling dans le rapport de 2009.

Cela signifie également que les mesures d’application de la loi et de réglementation devraient être axées sur les emprunteurs, et non sur les prêteurs de Wall Street ou leurs courtiers. En effet, le procès le plus médiatisé de la crise hypothécaire n’a peut-être pas été celui d’un PDG de banque, mais de Joe et Teresa Giudice, stars de la série de télé-réalité « Real Housewives of New Jersey ». Tous deux ont été condamnés à la prison pour fraude hypothécaire, pris avec des irrégularités administratives sur des immeubles de rapport, et Joe Giudice, qui est né en Italie, a été expulsé, mais pas avant d’avoir passé du temps en isolement sous la garde des services de l’immigration et des douanes. (« C’était une expérience terrible ; je ne souhaite cela à personne », a-t-il dit).

Pendant la récession, les conservateurs se sont accrochés au récit selon lequel la crise était causée par l’avidité des futurs propriétaires.

Alors que la réponse conservatrice à la crise a été de faire porter le chapeau aux propriétaires noirs et bazanés, la réponse plus sophistiquée des universitaires étend le reproche plus largement à d’autres emprunteurs. Le nouvel article, rédigé par Ronel Elul, Aaron Payne et Sebastian Tilson, a étudié l’omniprésence de ce qu’il a appelé la fraude à l’occupation par le propriétaire – c’est-à-dire les emprunteurs qui ont demandé des prêts pour l’achat d’une maison en tant que propriétaires-occupants malgré l’absence de preuve qu’ils ont occupé la maison par la suite. Les investisseurs frauduleux manquaient à leurs obligations hypothécaires à un taux de près de 40 % plus élevé que les propriétaires-occupants, ainsi qu’aux propriétaires d’une deuxième maison et aux investisseurs déclarés (ceux qui ont indiqué qu’ils demandaient un prêt pour l’achat d’une maison en tant qu’immeuble de rapport). Le document n’examine pas si les courtiers ont conseillé le demandeur de prêt sur la façon de remplir le formulaire, mais les rapports de l’époque indiquent que ce sont presque toujours les courtiers qui ont guidé les emprunteurs tout au long du processus. S’il y a eu fraude, en d’autres termes, elle a été dirigée par les courtiers travaillant pour le compte des prêteurs.

« Bien qu’ils ne représentent que 5 % des populations d’emprunteurs », indique l’étude, les investisseurs frauduleux « constituent un sixième de la part en dollars des prêts en souffrance pour les montages financiers » de 2005 à 2007.

Les prêteurs considèrent que les immeubles de rapport présentent un risque plus élevé. Si une maison est la résidence principale d’une personne, celle-ci est plus incitée à acquitter le paiement hypothécaire et à éviter les défauts de paiement. En période de ralentissement économique, il y a moins d’incitation à attendre le retour du marché et à garder une maison si l’emprunteur ne l’occupe pas. Par conséquent, les prêteurs appliquent des taux d’intérêt plus élevés et exigent plus de liquidités au départ que pour les maisons occupées par le propriétaire. Le fait de présenter une demande à titre de propriétaire-occupant a permis aux investisseurs frauduleux d’économiser ces coûts, en leur offrant des taux d’intérêt qui étaient « inférieurs de 35 points de base, en moyenne, à ceux d’investisseurs déclarés par ailleurs similaires », soutient l’étude. (Selon la taille de l’hypothèque, la différence pourrait signifier quelques centaines de dollars par mois ou moins).

L’étude soutient que les défauts de paiement qui ont découlé de ces prêts étaient stratégiques et non le fait d’investisseurs frauduleux ayant de la difficulté à effectuer des paiements. Ils ont manqué à leurs obligations à l’égard de ces prêts malgré le fait qu’ils ont utilisé une part beaucoup moins importante de leur crédit disponible que les autres types d’emprunteurs dans le secteur de l’immobilier, ce qui indique qu’ils étaient en fait capables de gérer leur crédit. Mais avec l’effondrement de l’économie, il est devenu beaucoup plus difficile de louer ces propriétés pour couvrir l’hypothèque, et beaucoup de propriétaires ont sans doute aussi perdu leur propre emploi, ce qui a rendu beaucoup moins pertinent le fait qu’ils avaient réussi à gérer le crédit auparavant. Avec la chute de la valeur des maisons, la possibilité de refinancer l’hypothèque a également disparu. Le défaut de paiement était peut-être un choix, mais c’était souvent le seul choix possible.

Le nouveau rapport a constaté que l’ajout de ces « investisseurs frauduleux » au vivier d’investisseurs a fait passer à 50 % la part des investisseurs comprenant les emprunteurs hypothécaires pendant cette période – alimentant ainsi le type de demande en forte hausse que Wall Street avait créée. Selon le document, cette fraude était « répandue », y compris dans le marché des grandes entreprises parrainées par le gouvernement, dirigé par la Federal Home Loan Mortgage Corporation (Freddie Mac) et la Federal National Mortgage Association (Fannie Mae).

Les emprunteurs à faible revenu et les emprunteurs noirs et latinos – y compris ceux qui ont un revenu élevé – ont été ciblés pour les prêts à risque et les personnes de couleur ont eu le plus de mal à se remettre de la Grande Récession. Ils ont également enduré la plus grande partie des reproches. En 2006, au plus fort du boom, les familles noires et hispaniques gagnant plus de 200 000 dollars par an avaient en moyenne plus de chances de se voir accorder un prêt à risque qu’une famille blanche gagnant moins de 30 000 dollars par an. Les ménages noirs et latinos étaient également plus susceptibles de terminer cette période submergés de dettes.

Tout en reconnaissant que ces emprunteurs à risque n’étaient pas les principaux moteurs de la crise, des études récentes comme celles publiées par la Fed de Philadelphie accusent néanmoins les emprunteurs et non les acteurs qui ont créé les conditions et fixé les modalités de ces transactions. Les banques de Wall Street – dont la demande insatiable de produits de prêt qu’elles pouvaient découper, titriser, attribuer une notation AAA et vendre aux fonds de pension – avaient créé une industrie de courtiers prêts à produire cette offre par tous les moyens de fraude nécessaires.

Source : The Intercept, Malaika Jabali & Ryan Grim, 17-12-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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pat // 30.01.2020 à 12h06

Imaginez un jeu de société. Là dans les personnes autour de la table, une seule a le privilège de créer autant de cartes ou de pions qu’il veut, puis de les distribuer à qui il veut et quand il veut, et décider par dessus tout de la commission qu’il va demander selon la tête du client. Sans oublier qu’il peut s’auto-servir.
N’importe qui comprendrait que le jeu est truqué, que cette personne est un salopard et qu’il faut l’exclure du jeu et introduire des règles démocratiques et égalitaires (en principe cela va de pair). En gros personne ne voudrait jouer à ce jeu.
Et bien, désolé, mais ce jeu est le reflet de la réalité quand on observe le système monétaire, tout en sachant que l’argent sert aux échanges entre les individus (logiquement cela devrait être un outil, un moyen, et non un objectif). Donc si l’argent n’est pas la résultante de cet échange (c’est à dire créé à ce moment là) mais est décidé en amont par une caste malveillante, tout le monde comprend que c’est cette caste qui décide de qui vit et de qui meurt, de qui travaille et de qui est est chômage, de qui est riche et de qui est pauvre, de qui domine et de qui est dominé, de qui fait la guerre et de qui la subit. La première des souverainetés est celle monétaire et le peuple ne l’a jamais eu, il vit donc dans une dictature depuis toujours, plus ou moins sans le savoir.

12 réactions et commentaires

  • yh // 30.01.2020 à 07h59

    « député Jeb Hensarling, de R-Texas, »
    devrait, je pense, être plutôt
    « Jeb Hensarling, député Républicain du Texas, »

      +1

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  • Santerre // 30.01.2020 à 08h33

    Ho yes, it’s realy true that everything is done for hiding the guilt of the 0,01% in the current crisis. But what about the 30% or more who own bonds and then give power to the wallstreet maniacs,?
    They, they, they, them, them, them, it’s a little bit easy, no?

      +4

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  • Julien // 30.01.2020 à 09h06

    Qui a un jour cru que « la banque » était honnête ? Il n’y a pas pire usurier et manipulateur que les banques. esclavage par la dette, et cela fonctionne les états en redemandent et personne ne bronche c’est formidable la banque. Mais au fait, c’est quoi l’histoire de « la banque » qui? quoi? quand? où? … 🤔

      +8

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  • pat // 30.01.2020 à 12h06

    Imaginez un jeu de société. Là dans les personnes autour de la table, une seule a le privilège de créer autant de cartes ou de pions qu’il veut, puis de les distribuer à qui il veut et quand il veut, et décider par dessus tout de la commission qu’il va demander selon la tête du client. Sans oublier qu’il peut s’auto-servir.
    N’importe qui comprendrait que le jeu est truqué, que cette personne est un salopard et qu’il faut l’exclure du jeu et introduire des règles démocratiques et égalitaires (en principe cela va de pair). En gros personne ne voudrait jouer à ce jeu.
    Et bien, désolé, mais ce jeu est le reflet de la réalité quand on observe le système monétaire, tout en sachant que l’argent sert aux échanges entre les individus (logiquement cela devrait être un outil, un moyen, et non un objectif). Donc si l’argent n’est pas la résultante de cet échange (c’est à dire créé à ce moment là) mais est décidé en amont par une caste malveillante, tout le monde comprend que c’est cette caste qui décide de qui vit et de qui meurt, de qui travaille et de qui est est chômage, de qui est riche et de qui est pauvre, de qui domine et de qui est dominé, de qui fait la guerre et de qui la subit. La première des souverainetés est celle monétaire et le peuple ne l’a jamais eu, il vit donc dans une dictature depuis toujours, plus ou moins sans le savoir.

      +33

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  • Anonymement // 30.01.2020 à 12h30

    On se fout de la couleur des souscripteurs et des défauts de paiements des prêts !
    Les subprimes étaient un produit sciemment piégé :
    2008, c’est la victoire de Goldman Sachs (dont on taira l’obédience) sur Leman Brothers (qui était la plus puissante entité bancaire Protestante de Wall Street).
    Le reste est une farce.
    Et la meilleure explication de l’histoire de cette crise, c’est Attali qui la raconte :
    https://www.youtube.com/watch?v=VBemgwNxkak

      +7

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  • Bouddha Vert // 30.01.2020 à 13h14

    Voici, à mon sens, un sujet typiquement systémique.
    2006 correspond à la fin de la croissance de l’extraction du pétrole conventionnel, corrélativement, l’économie se contracte.
    Les banques ont toujours la nécessité de servir les dividendes de leurs produits financiers, une des nombreuses manières d’assurer ce service est de pouvoir réinvestir dans de nouveaux placements.
    La création monétaire est facilité par la contraction de nouveaux prêts, mais comme les EU sont déjà saturés du coté des emprunteurs solvables il est décidé de prolonger la spéculation immobilière en utilisant une classe d’emprunteur insolvables avec l’idée que l’inflation immobilière rendra de toute manière l’opération rentable.
    Patatrac, le taux de défaut sur emprunt devient supérieur à la capacité du marché à entretenir la bulle!!
    Qu’à cela ne tienne, une astuce va permettre de titriser ces dettes et de les refourguer à la planète des créanciers désireux de préparer leur retraite, un capital, une assurance …
    Tout ce joli mélimélo n’aura été rendu possible qu’avec la complicité des législateurs outre-atlantique à autoriser la création de ce nouveau genre de produits financiers avec la complaisance des autorités de notations.

    Bref, ce n’est donc pas qu’un sujet économique mais avant tout un sujet politique qui montre l’aveuglement de nos dirigeants à traiter ce phénomène comme une crise et pas comme un grippement généralisé des fondamentaux de nos systèmes économico-politiquo-financier.

      +12

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  • hyac // 30.01.2020 à 13h54

    Et la situation est pire maintenant au point que le krach de 2008 nous semblera une anecdote car le nouveau krach sera celui des banques centrales….

      +1

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  • hyac // 30.01.2020 à 14h29

    et les banquiers centraux avec leurs complices politiques n’ont déjà plus qu’une issue: une répression financière de plus en plus terrible pour essayer de colmater les fossés financiers dont ils sont responsables et garder leur “rang“( espèrent-ils)….au milieu des révoltes populaires…..

      +2

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  • Omelette // 31.01.2020 à 04h20

    Petite coquille dans la traduction (merci aux gens qui la font au passage) de “largely minority families” :

    §3 : “…que la crise résultait des mauvaises décisions des familles à faible revenu, en grande partie minoritaires.”
    “that the crisis resulted from the bad decisions of lower-income, largely minority families.”

    Littéralement, on aurait pu plutôt traduire par “des familles à faible revenu et faisant partie des minorités”. En clair dans le texte, la notion – politiquement correcte ? technocratique ? – de minorité renvoie aux membres de la communauté afro-américaine, qui ont particulièrement souffert de la crise des subprimes en perdant leurs logements. Dans un autre contexte elle aurait pu renvoyer aux personnes non hétérosexuelles, non cisgenres, non chrétiennes ou athées, etc…, bref toute sous-catégorie de la population identifiée et surtout qui s’identifie d’une certaine manière, dont la proportion n’est pas négligeable sans être majoritaire (merci lapalisse).

      +3

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  • Bill56 // 31.01.2020 à 04h54

    Jean-François Gayraud – “La grande fraude : crime, subprimes et crises financières, Odile Jacob, Paris, 2011”

    C’est encore pire que ce qui est décrit. Les grandes banques d’affaire ont délibérément poussé à la fabrication de collatéraux pourris afin d’alimenter la pompe à CDS, avec AIG en bout de course.

      +4

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  • iAPX // 06.02.2020 à 00h49

    “En 2006, au plus fort du boom, les familles noires et hispaniques gagnant plus de 200 000 dollars par an avaient en moyenne plus de chances de se voir accorder un prêt à risque qu’une famille blanche gagnant moins de 30 000 dollars par an.”

    Ça fout une grand claque dans la gueule, ce racisme sous-jacent, déguisé, rampant, cette façon de “remettre à leur place” ceux dont on ne veut pas car ils n’ont pas la bonne couleur de peau, même si ils ont réussi par leur valeur, leur travail, leur résilience face à toutes ces merdes racistes. C’est tellement ignoble!

    PS: je suis un homme caucasien (blanc quoi!) de plus de 50 ans. Et je suis choqué!

      +0

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