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25.août.201425.8.2014 // Les Crises

La crise économique est aussi une crise de l’enseignement de l’économie (+ Scandale au Bac ES)

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Un article de 2013, que j’avais sous le coude… Mis à jour avec un papier de Sapir de juin 2014

Etudiants en économie, nous nous intéressons au monde qui nous entoure. Or l’enseignement que nous recevons est étrangement déconnecté de l’histoire qui s’écrit sous nos yeux.

De cette insatisfaction est né en France le collectif étudiant PEPS-Economie, qui se mobilise “Pour un enseignement pluraliste de l’économie dans le supérieur”. D’autres mouvements similaires ont vu le jour de par le monde (Canada, Etats-Unis, Allemagne, Israël, Chili, Uruguay, Argentine…).

Afin de mesurer l’ampleur du problème de l’enseignement de l’économie dans l’enseignement supérieur, et particulièrement à l’université, nous avons mené un grand travail d’enquête en recensant les programmes et curriculae de toutes les licences d’économie en France. Nous en tirons un triple constat, qui est à la base de notre désarroi : un manque de recul critique criant, un repli de l’enseignement sur une portion congrue de la discipline économique, et un isolement à l’égard des autres sciences sociales.

Durant les trois premières années d’enseignement, l’histoire de la pensée et des faits économiques n’est ainsi enseignée que très marginalement (moins de 1,7 % des cours proposés).

COURS D’ÉPISTÉMOLOGIE

Le recul offert par une perspective historique est pourtant fondamental, ainsi que le soulignent des économistes comme Paul Krugman ou Joseph Stiglitz. Pire : une seule licence en France propose un cours d’épistémologie, qui analyse les fondements scientifiques de la discipline, question ô combien importante en économie.

L’infime place concédée aux problèmes économiques contemporains (1,6 %) confirme enfin la difficulté à faire le lien entre enseignements théoriques et réalités concrètes. Pour le dire clairement : l’enseignement de l’économie à l’université ne parle presque pas de ce qui se passe dans le monde. C’est aberrant.

Cette absence de questionnement sur l’histoire et les méthodes de cette discipline est aggravée par l’absence de pluralisme théorique. Malgré la diversité des approches existantes, les cursus actuels font la part belle à l’école dite “néoclassique” et à ses différentes branches contemporaines (nouveaux classiques, nouveaux keynésiens, nouvelle microéconomie…), au point de favoriser la confusion entre science économique et économie néoclassique.

Or les récents événements ne permettent pas de déceler une quelconque supériorité scientifique de cette approche. Nous souhaitons que la théorie néoclassique soit pleinement enseignée, mais au même titre que d’autres écoles de pensée, aussi dynamiques que stimulantes (théorie de la régulation, économie écologique, économie complexe, économie postkeynésienne, école autrichienne…).

Enfin, l’isolement disciplinaire sclérose la réflexion. Les autres sciences sociales sont absentes des cursus universitaires en économie. Ce repli est d’autant plus préjudiciable qu’un problème économique est également un problème social et politique.

NÉCESSAIRES À LA COMPRÉHENSION

L’économie telle qu’elle est enseignée a tendance à se satisfaire de méthodes quantitatives qui, si elles sont indispensables, aboutissent à la production d’un savoir parfois trop simpliste malgré sa sophistication technique. L’idée n’est pas de remplacer les mathématiques et les statistiques, mais de ne pas se priver des outils complémentaires nécessaires à la compréhension de phénomènes complexes.

Nous revendiquons donc un triple pluralisme.

Pluralisme critique d’abord : il est fondamental d’offrir aux étudiants un recul sur la discipline elle-même, notamment à travers l’enseignement de l’épistémologie et de l’histoire de la pensée et des faits économiques.

Pluralisme théorique ensuite : les différentes écoles de pensée doivent être enseignées avec rigueur afin de promouvoir une émulation scientifique entre ces courants théoriques et d’offrir une pluralité de vues aux étudiants.

SCIENCE SOCIALE

Pluralisme disciplinaire enfin : l’économie est une science sociale. Pour rendre compte de dynamiques complexes, les disciplines voisines de l’économie offrent des approches et des outils d’analyse féconds.

Refusant de rester inactifs, nous avons pris appui sur notre analyse critique pour être force de proposition. Nous avons élaboré une maquette alternative d’enseignements en licence d’économie, fondée sur ce triple pluralisme et l’envie de croiser les apports des différentes approches. Nous proposons ainsi une problématisation par objets, organisée autour de grands thèmes, à l’instar de ce qui se faisait dans les cours de sciences économiques et sociales dans l’enseignement secondaire.

L’enseignement de l’économie est un enjeu démocratique. Nos sociétés ont besoin d’économistes capables d’imaginer des politiques diverses, de contribuer au débat public en diffusant les éléments de réflexion nécessaires à l’exercice d’une citoyenneté éclairée, afin que tous puissent se forger un avis.

Aujourd’hui l’enseignement de l’économie ne le permet pas, et l’urgence et la persistance de la crise que nous traversons impose de le refonder.

Par le Collectif PEPS-Economie
Source lemonde.fr


Scandale au Bac ES

19 juin 2014

Par

Le Bac est, cette semaine, le sujet à la mode. Il revient ainsi tous les ans, avec ses polémiques (faut-il supprimer le Bac ?), avec ses scandales, réels ou imaginaires. Il y a une bonne raison à cela. Premier examen universitaire (et c’est pour cela qu’un professeur des universités préside le jury), il conditionne pour de nombreux jeunes la possibilité d’avoir accès aux études supérieures. L’idée de faire passer le Bac par contrôle continu aurait probablement pour conséquence de conduire les universités à instaurer des concours d’entrée, puis à créer leurs propres filières de préparation à ces concours d’entrée, ouvrant par là même la porte à des abus multiples.

Le formatage par le MEDEF commence au Bac !

On trouve donc de tout dans les sujets du Bac ; parfois des « perles » et même de la propagande. C’est le cas pour les sujets de 2014 dans l’épreuve de sciences économiques et sociales pour la section ES (Sujets: BAC-ES2014). Cette propagande peut être grossière, comme c’est le cas pour les (malheureux) élèves qui auront choisi l’épreuve composée. La première question de cette dernière (valant 6 points) se compose de deux sous-questions :

  1. Comment la flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ?
  2. À quels risques économiques peuvent s’exposer les pays qui mènent une politique protectionniste ?

On ne saurait imaginer choix plus tendancieux, et plus erroné du point de vue de la science économique.

Commençons par la première sous-question ; il est ainsi implicitement suggéré à l’élève que la « rigidité » du marché du travail peut-être une cause du chômage. Or, ce que l’on appelle la « rigidité » ce sont des contrats de travail assurant une stabilité et une protection au salarié. Poussons alors le raisonnement à l’absurde : si la flexibilité du travail permet de réduire le chômage, il nous faut revenir à des contrats journaliers ou hebdomadaires, comme aux premiers jours de la révolution industrielle. Il n’y avait rien de plus flexible que le marché du travail au début du XIXème siècle. Pourtant, comme c’est étrange, tous les commentateurs de l’époque s’entendent pour dire qu’il régnait alors un chômage important… Par ailleurs, si une personne n’a aucune garantie quant à son lendemain, si elle vit dans une insécurité permanente, aura-t-elle la moindre incitation pour s’instruire et développer sa force de travail ? On oublie trop que l’extrême flexibilité du travail a pour corolaire une productivité extrêmement faible. Inversement, ce sont les industries qui avaient besoin d’un travail qualifié (comme Krupp en Allemagne ou Schneider en France) qui ont, les premières, instauré des mécanismes rigidifiant le marché du travail afin de stabiliser une main d’œuvre avec des caractéristiques spécifiques. En réalité, la segmentation du marché du travail est issue du développement même du capitalisme. Les gains très importants en productivité du travail que l’on a connu depuis plus de 100 ans dans l’industrie sont le résultat de ces stabilités qui sont aussi, pour ceux qui les combattent, autant de « rigidités ». Or, ces gains permettent des hausses régulières du salaire réel, qui assurent ainsi les débouchés (la consommation) à la production, et contribuent par là à la baisse du chômage. Il faut ici rappeler que l’introduction du SMIG puis du SMIC a fortement contribué à une croissance rapide dans les années 1960.

Quant à la seconde question, elle passe sous silence le fait qu’il n’y a pas eu un seul pays qui ait réussi à s’industrialiser et à se développer économiquement sans recourir à des méthodes protectionnistes. De la France au Japon, des États-Unis à l’Allemagne, tous les pays ont eu recours au protectionnisme, et ceci a correspondu à leurs périodes de croissance les plus importantes. Dans un papier célèbre[1], le regretté Paul Bairoch et Richard Kozul-Wright ont montré le rôle largement positif des réglementations protectionnistes.

Tableau 1

Niveau de protection 1875 et 1913[2]

Montant moyen des droits de douanes sur les biens manufacturés

Tous produits

1875

1913

1913

Autriche-Hongrie

15-20

18-20

18-23

Belgique

9-10

9

6-14

Danemark

15-20

14

9

France

12-15

20-21

18-24

Allemagne

4-6

13

12-17

Italie

8-10

18-20

17-25

Russie

15-20

84

73

Espagne

15-20

34-41

37

Suède

3-5

20-25

16-28

Suisses

4-6

8-9

7-11

Pays-Bas

3-5

4

3

Grande Bretagne

0

0

0

Etats-Unis

40-50

44

33

 

Tableau 2

Composition géographique des exportations, 1913 (en %)

Part des exportations mondiales Commerce avec le « nord » Part des exportations de biens manufacturés en % des exportations Exportations vers d’autres producteurs industriels en % de exportations
Grande-Bretagne

22.8

37.9

76.6

31.8

France

12.1

68.2

57.9

63.8

Allemagne

21.4

53.4

71.7

53.5

Autres pays d’Europe occidentale

15.0

70.3

49.4

62

Etats-Unis

22.1

74.5

34.1

63.2

Source: Maizels Industrial Growth and World Trade, Cambridge, Cambridge University Press, 1963

On constate ainsi que non seulement le protectionnisme n’a nullement ralenti la croissance, mais qu’il n’a pas non plus ralenti le développement du commerce international avant la première guerre mondiale, dans la période considérée comme celle de la « première mondialisation ». La « seconde mondialisation » se caractérise aussi par la fin de l’URSS et du CAEM en Europe, transformant en commerce « international » ce qui était largement un commerce « intérieur » auparavant. À cet égard, les chiffres extrêmement élevés du commerce international dans les années 1994-1997 semble bien avoir été le produit d’une illusion statistique. Ce sont ces chiffres, enregistrés sur quatre années, qui ont très largement conditionné notre vision de la croissance. Enfin, il faut avoir à l’esprit la hausse du prix des matières premières qui s’est manifestée pendant une bonne partie de cette période. Les matières premières, à l’exception de la période 1998-2002, ont vu leur prix monter de manière significative. Or, dans le commerce international, les produits sont comptabilisés à leur prix courant.

C’est donc de cette période que date le sentiment que le commerce international porte la croissance. L’on a eu l’impression, et peut-être l’illusion, que c’était par l’abolition des barrières aux échanges que l’on avait obtenu la croissance très forte de ces années-là. Les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macroéconomiques connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs à ceux des pays plus ouverts, ce qui invalide le résultat précédent sur l’ouverture[3]. Les travaux d’Alice Amsden[4], Robert Wade[5] ou ceux regroupés par Helleiner[6]montrent que dans le cas des pays en voie de développement le choix du protectionnisme, s’il est associé à de réelles politiques nationales de développement et d’industrialisation[7], fournit des taux de croissance qui sont très au-dessus de ceux des pays qui ne font pas le même choix. Le fait que les pays d’Asie qui connaissent la plus forte croissance ont systématiquement violé les règles de la globalisation établies et codifiées par la Banque mondiale et le FMI est souligné par Dani Rodrik[8].

Les coûts du libre-échange

La menace des délocalisations et le chantage auquel se livrent les entreprises ont conduit à maintenir les salaires dans l’industrie à un niveau très faible et à exercer une pression croissante sur les salariés. La faiblesse des revenus tend à déprimer la consommation et donc la demande intérieure. La pression sur les salariés, pour que les gains de productivité compensent les gains possibles en bas salaires, est une des causes principales du stress au travail et des maladies qui en sont induites, phénomène que l’on a déjà évoqué. En France, il est alors probable que le coût direct et indirect du stress au travail soit de l’ordre de 55 à 60 milliards d’euro, ce qu’il faut comparer aux 15 milliards de déficit de la sécurité sociale. Il est clair que, si les gains salariaux avaient pu suivre ceux de la productivité, et si l’on avait pu économiser ne serait-ce que 1 % du PIB en cotisations tant salariées que patronales, on aurait eu un impact très fort de ce surcroît de pouvoir d’achat sur la croissance. On peut alors estimer à 1 % de la population active au minimum le gain en emploi (ou la réduction du chômage) que l’on aurait pu obtenir. Cependant, ce gain est global et ne concerne pas uniquement l’emploi industriel.

La combinaison de ces effets indique que la pression du libre-échange coûte directement environ 2 % de la population active en emplois industriels perdus ou non créés. Ceci correspond probablement à une perte globale (avec l’effet multiplicateur habituel de l’emploi industriel sur l’emploi global) de 3 à 3,5 % de la population active. Mais cet effet n’est pas le seul. La concurrence entre travailleurs qui est induite par la globalisation a aussi pour conséquence de déformer la répartition des revenus, en comprimant beaucoup plus ceux des ouvriers. Ceci a été largement étudié dans un pays comme les États-Unis. Cette déformation a été à l’origine du surendettement des ménages américains, qui a conduit à la crise de 2007[9]. En France, le phénomène a été moins marqué, mais la divergence entre le rythme des gains de productivité et la croissance du salaire net moyen y est tout aussi notable ainsi que le décalage très net entre le salaire moyen et le salaire médian. L’effet sur la répartition des revenus semble donc indubitable. Ceci ne constitue pas seulement un problème social de première grandeur[10], qui se traduit dans les faits par la paupérisation des jeunes adultes et par l’apparition du phénomène des « nouveaux pauvres », autrement dit d’une fraction de la population qui, tout en étant employée, sombre petit à petit dans la misère. Ceci constitue aussi un phénomène macroéconomique majeur. Dans une telle situation, la demande intérieure est nécessairement comprimée et la croissance en pâtit. On n’a pu la maintenir à un certain niveau que par l’intermédiaire de dépenses publiques qui ont certainement eu un effet intéressant en matière de hausse de la croissance mais qui ont aussi provoqué une dérive de l’endettement global du pays. Il semble bien que, aujourd’hui, nous ayons touché les limites d’un tel système.

On peut alors calculer l’effet sur l’emploi de cette stagnation d’une partie des revenus salariaux à 1 % au minimum et plus probablement à 1,5 % de la population active. Alors qu’avant la crise, le taux de chômage en France était de 8,3 %, l’effet net du libre-échange (une fois décomptées les créations d’emploi induites par le surplus d’exportations découlant des règles du libre-échange) représenterait ainsi au moins la moitié et au plus 60 % de ce taux (4 à 5 % de la population active). Or le libre-échange et l’impact des politiques prédatrices hors et dans l’Union européenne n’est pas le seul facteur. La hausse de l’euro est aussi un élément qui induit une perte d’emplois non négligeable[11]. De ce point de vue, les effets de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) sont venus aggraver les difficultés de la totalité des pays de la zone, sauf – à court terme – de l’Allemagne[12].

De la propagande explicite à la propagande insidieuse

Mais, la propagande digne des sbires du MEDEF ne concerne pas ces deux seules questions. Une forme de propagande plus insidieuse se retrouve dans le premier sujet (sur 20 points). Le sujet de l’étude de document est le suivant :

Les facteurs travail et capital sont-ils les seules sources de la croissance économique

On oriente l’élève vers l’innovation, la recherche et… la garantie des droits de propriété (doc. 4). Jamais ne sont évoqués les facteurs macroéconomiques comme le poids de la finance sur une structure industrielle, ou l’influence du taux de change et de la politique monétaire. Ce sujet provient presque directement des thèses de l’école dite des « nouveaux classiques » avec une pincée d’institutionnalisme, ce dernier étant cependant réduit à la simple défense des droits de propriété. Or, cette école est celle qui a produit les modèles DSGE (Dynamic Stochatsic General Equilibrium) qui se sont révélés incapables de prévoir la crise financière de 2007-2008. Les erreurs des modèles dits « standards » ont en réalité plusieurs explications, qui peuvent parfois se conjuguer.

(a) Des spécifications irréalistes issues de la théorie néo-classique qui continue d’imprégner (même s’ils ne s’en rendent pas toujours comptes) les modélisateurs. C’est en particulier le cas dans les modèles issus du « nouveau consensus » macroéconomique, et qui continuent d’intégrer des hypothèses complètement irréalistes, mais qui sont cohérentes avec une idéologie économique néo-libérale. Et pourtant, ces modèles ont été présentés comme des progrès considérables pour la modélisation[13]. On retrouve ce problème dans le modèle MESANGE utilisé par le Ministère des Finances français[14]. L’une de ces hypothèses est la « clause de transversabilité »[15] qui implique qu’aucun agent ne peut faire défaut et qui induit une disparition des banques et de leur rôle dans le modèle[16]… Ces modèles ont été critiqués[17], et parfois même par leurs propres concepteurs[18], mais pour l’instant ils restent l’alpha et l’omega de ceux qui font les sujets du Bac.

(b) Une confusion entre paramètres et variables. Les modèles sont tous fondés sur l’idée que l’économie est une mécanique dont les évolutions sont toutes probabilisables[19] ; or, l’économie se rapproche bien plus de la métaphore d’un être vivant. Cela implique que certains coefficients sont considérés comme constant dans le temps et non liés à d’autres variables, alors qu’en réalité on observe empiriquement des fluctuations importantes de valeur de ces paramètres en fonction justement de l’évolution de ces variables. C’est par exemple le cas du multiplicateur des dépenses publiques dont on sait qu’il permet de déterminer ce que sera l’évolution du PIB futur à partir d’une hausse ou d’une baisse de ces dépenses publiques (incluant les mesures fiscales). La Commission Européenne s’en tient à des valeurs autour de 0,5 alors que l’on sait que les valeurs réellement observées sur l’Italie et l’Espagne sont de 2,2 à 1,7. Le FMI, lui-même, a récemment adopté des valeurs autour de 1,2, ce qui explique les prévisions plus pessimistes du récent rapport World Economic Outlook publié en octobre 2012.

(c) Des hypothèses adoptées « pour simplifier » mais qui altèrent en profondeur la dynamique du modèle. Les modélisateurs se facilitent la vie (pourquoi pas…) en adoptant des simplifications importantes de la réalité dans leurs modèles. Ce serait acceptable, si ces modèles n’avaient pas pour objet de « simuler » la dite réalité. C’est ainsi que le comportement des ménages ne tient en général aucun compte du contexte (alors que l’on sait aujourd’hui l’influence considérable des contextes sur les préférences[20]). De même, la rationalité des agents n’est elle-même jamais définie par rapport à un contexte donné[21]. Dans le même esprit, on adopte la règle de l’« agent représentatif ». On constate que des points de vue normatifs sont ainsi largement présents dans des modèles utilisés pour « simuler » la réalité.

(d) Une large dose d’idéologie. Elle permet d’expliquer certains des a priori que l’on constate dès la construction des modèles, mais aussi l’interprétation qui est faite de certains de leurs résultats. Ainsi, la flexibilité du marché du travail est toujours positive, ou des mesures libérales ne peuvent qu’accroître la croissance. Ceci permet aux modélisateurs de ne pas trop s’interroger sur les écarts qu’ils peuvent constater entre la réalité et les prévisions de leurs modèles, et considérer que ces écarts sont « normaux » et ne remettent pas en cause la structure du modèle.

Au total, on peut constater empiriquement que non seulement les modèles utilisés jusqu’à présent tendent à sous-estimer l’impact des politiques d’austérité, mais qu’ils donnent de plus des visions très pessimistes de l’impact de politiques non-conventionnelles (comme en Russie en 1999). Ceci n’est que le résultat des fondements idéologiques sur lesquels ils sont construits.

 

Les sujets qui ont été proposés aux élèves de la série ES le 19 juin 2014 sont donc particulièrement scandaleux du fait des biais idéologiques qu’ils révèlent. Mais, en cela, ils ne sont pas vraiment étonnants…

Source : Jacques Sapir


[1] Bairoch P. et Kozul-Wright R., GLOBALIZATION MYTHS: SOME HISTORICAL REFLECTIONS ON INTEGRATION, INDUSTRIALIZATION AND GROWTHIN THE WORLD ECONOMY, WIDER conférence, n°113, Mars 1996, Genève. http://unctad.org/en/docs/dp_113.en.pdf

[2] Idem, p. 8.

[3] Voir H.-J. Chang, « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[4] A. Amsden, Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.

[5] R. Wade, Governing the Market, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[6] G. K. Helleiner (dir.), Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.

[7] Voir C.-C. Lai, « Development Strategies and Growth with Equality. Re-evaluation of Taiwan’s Experience », Rivista Internazionale de Scienze Economiche e Commerciali, vol. 36, n° 2, 1989, p. 177-191.

[8] D. Rodrik, « What Produces Economic Success? » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, « After Neoliberalism, What? », Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7).

[9] JEC, U. S. Senate, 26 août 2008. Voir aussi U. S. Congress, State Median Wages and Unemployment rates, prepared by the Joint Economic Committee, US-JEC, juin 2008.

[10] R. Bigot, « Hauts revenus, bas revenus et “classes moyennes”. Une approche de l’évolution des conditions de vie en France depuis 25 ans », Intervention au colloque « Classes moyennes et politiques publiques » organisé par le Centre d’analyse stratégique, Paris, 10 décembre 2007.

[11] F. Cachia, « Les effets de l’appréciation de l’euro sur l’économie française », Note de Synthèse de l’INSEE, Paris, INSEE, 20 juin 2008.

[12] Voir J. Bibow, « Global Imbalances, Bretton Woods II and Euroland’s Role in All This » in J. Bibow, A. Terzi (dir.), Euroland and the World Economy: Global Player or Global Drag?, New York, Palgrave Macmillan, 2007.

[13] Gali J and M. Gertler, “Macroeconomic Modelling for Monetary Policy Evaluation”, Journal of Economic Perspectives, Vol. 21, n°4, 2007, pp. 25-45

[14] Céline ALLARD-PRIGENT, Cédric AUDENIS, Karine BERGER, Nicolas CARNOT, Sandrine DUCHENE, Fabrice PESIN, PRÉSENTATION DU MODÈLE MÉSANGE. Modèle Économétrique de Simulation et d’Analyse Générale de l’Économie, Direction de la Prévision, Document de Travail, mai 2002, http://www.tresor.economie.gouv.fr/file/326640 , p.6

[15] Blanchard O.J. et S. Fisher, lectures on Macroeconomics, MIT Press, Cambridge, MA, and London, 1989, chap. 2.

[16] Goodfriend M, et R.G. King, (1997), “The New Neoclassical Synthesis and the Role of Monetary Policy” in Bernanke B.S., and J.J. Rotemberg (edits), NBER Macroeconomic Annual 1997, MIT Press, Cambridge, MA.

[17] Goodhart, C. A. E., The Continuing Muddles of Monetary Theory: A Steadfast Refusal to Face Facts, paper presented at the 12th Conference of the Research Network Macroeconomics and Macroeconomic Policy of the Macroeconomic Policy Institute/Institut für Makroökonomie, Berlin, Octobre 31–Novembre 1, 2008. Idem “The Foundation of Macroeconomics: Theoretical Rigour versus Empirical realism”, papier présenté à la Conference on the History of Macroeconomics, Louvain-la-Neuve, Belgium, Janvier 2005

[18] Buiter W., “Central Banks and Financial Crises” paper presented at the Federal Reserve Bank of Kansas Symposium on Maintaining Stability in a Changing Financial System, Jackson Hole, Wyoming, August 21-23n 2008, document téléchargeable à l’URL:http://www.kc.frb.otg/publicat/sympos/2008/Buiter.09.06.08.pdf

[19] Haavelmo T., «The probability approach to econometrics » in Econometrica, vol. 12, 1944, supplément

[20] Tversky, Amos and Daniel Kahneman, “Rational Choice and the Framing of Decisions,”Journal of Business, 59, 4, part 2:251–278, Octobre 1986 ; Idem, “Loss Aversion in Riskless Choice: A Reference-Dependent Model,” Quarterly Journal of Economics, 106, 4:1039–1061, Novembre 1991.

[21] Tversky A., “Rational Theory and Constructive Choice”, in K.J. Arrow, E. Colombatto, M. Perlman et C. Schmidt (edits.), The Rational Foundations of Economic Behaviour, Basingstoke – New York, Macmillan et St. Martin’s Press, 1996, p. 185-197. Voir aussi J. Sapir, “Novye podhody teorii individual’nyh predpotchenij i ee sledstvija” (New Approaches of Individual Preferences and Their Condequences) in Ekonomitcheskij Zhurnal, Vol. 9, n°3/2005, pp. 325-360.

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29 réactions et commentaires

  • PA.Québec // 25.08.2014 à 02h26

    « curriculae » … C’est un curriculum, des curricula. Curricula est déjà un neutre pluriel, pas un singulier féminin, à mettre au pluriel.

      +0

    Alerter
    • Gedeon // 26.08.2014 à 11h36

      Très mignon cet article…mignon est le mot. mais savez vous que l’Education Nationale ne publie aucune statistique officielle. Ou presque. Avez vous une idée des enseignants,rémunérés en tant que tels,qui enseignent…probablement mois de 60 %…mais que font donc les autres? Mystère et boule de gomme…avez vous une idée des “congés maladie ” qui comme par hasard tombent juste avant ou après les vacances scolaires????là le mystère s’épaissit…aucune donnée disponible…rien…avez vous une idée du mal que fait la féminisation à outrance de l’Education nationale??? Avec un statut incroyablement “favorable”…chut,motus et bouche cousue…le mammouth est à poils laineux…avez vous une idée(oh l’horrible idée rétrograde ) de l’infiltration de l’Education Nationale par les lobbies gays ,lesbiennes,trans etc….chut faut pas le dire..avez vous une idée de la pauvreté indicible de l’enseignement de l’histoire(on n’ a plus le droit) et du français (langue sous-chienne)….pauvre France…si tous les enseignants enseignaient même à mi temps,il y en aurait beaucoup trop…

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      Alerter
  • Jean // 25.08.2014 à 07h09

    Wikipédia : “François Hollande…en 1980, il choisit d’être auditeur à la Cour des comptes. Il est également, à cette époque, maître de conférences à Sciences Po, où il donne des cours d’ÉCONOMIE aux étudiants de troisième année jusqu’en 1991…En 1981 il devient chargé de mission en ÉCONOMIE pour l’Élysée”.

    Imaginez tous les bienfaits que pourrait nous apporter une telle pointure en ÉCONOMIE s’il devenait Président de la République !

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  • Marcel AUBERT // 25.08.2014 à 09h22

    Vous êtes un puriste, c’est bien, il en faut…! Il n’en reste pas moins que le fond est de loin le plus important sur le sujet de cet article.

      +0

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  • BOURDEAUX // 25.08.2014 à 09h33

    Je ne suis pas d’accord avec la critique que fait J. Sapir des 2 sous-questions au début de son article. Rien n’interdit aux candidats de nuancer leurs réponses : la flexibilité du marché du travail peut réduire le chômage, MAIS en entraînant certaines dégradations dans les conditions de travail, les niveaux de salaire, etc…Quant aux politiques protectionnistes, il me semble quand même qu’elles présentent quelques risques, mais comme toute politique économique, elles supposent un arbitrage, non pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable en fonction des circonstances. On décèle souvent des à-priori dans une question que quand nos réponses en ont aussi.

      +0

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    • Drômois // 25.08.2014 à 11h04

      Epistémologie “… qui analyse les fondements scientifiques de la discipline …” ???
      Un “fondement scientifique” est basé sur l’expérimentation.
      Les résultats de cette expérimentation doivent être, notamment, “réfutable” … etc
      Il n’est pas possible de procéder à des “expérimentions valides” en Economie (ou en Histoire, …)
      (Un modélisation informatique contiendra toujours au moins un paramètre aléatoire …)
      L’Economie n’est pas une “Science” mais un agrégat de théories.

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    • RARE // 25.08.2014 à 12h35

      La formulation choisie au moins pour la première question n’est pas “scientifique”, c’est-à-dire ne correspond pas à un questionnement conforme à une démarche scientifique (dont je rappelle qu’elle vaut aussi bien en matière de sciences “dures” qu’en ce qui concerne les sciences sociales ou humaines). La démarche scientifique demande à ce que l’on procède objectivement à une exploration, à partir de bases documentaires, d’expérimentations, d’études sur le terrain etc., afin d’être en mesure de répondre correctement au questionnement. Oui mais, me direz-vous, pourquoi parler de démarche scientifique dans un un simple sujet de bac? Parce que comme le souligne J. SAPIR, il s’agit du premier examen universitaire et que la démarche scientifique signifie, au-delà de son sens premier, une façon de tenter d’appréhender les choses sans parti pris, ce qui implique d’en tenir compte à tous les niveaux d’enseignement. Voici à mon sens ce qu’aurait dû être la formulation de la première question (pour qu’elle ne pousse pas, plus ou moins insidieusement, vers une réponse orientée):
      La flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ?

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      • Leterrible // 25.08.2014 à 12h54

        Vous proposez : ” La flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ?

        Permettez-moi cette précision : Un marché du travail comporte toujours un certain degré de “flexibilité” lié aux conditions sociales d’une époque donnée dans une entité de référence…( et l’article La me semble trop exclusif..)
        A mon sens meilleure question pourrait être :
        ” Une accentuation des caractéristiques de flexibilité actuelles du marché du travail en France peut-elle générer une réduction du chômage “.
        Cdt.

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    • samuel // 25.08.2014 à 13h33

      La flexibilité c’est mignon pour le service, mais si vous avez besoin de médecin, il est préférable qu’il soit inflexible pour justifier les études auquel l’état à contribué.
      Si on limite le travail à la flexibilité la seule stratégie économique du pays sera: le tourisme et devenir un paradis fiscal, car valoriser des compétences longues et coûteuses nécessitent d’être parfois inflexible pour justifier leurs amortissements.
      Le protectionnisme a été appliqué en agriculture de l’année 58 (1ère loi d’orientation agricole en France réaffirmation d’un contrôle public des prix) à 92 (début d’une reconnexion au marché mondial contre subvention, réaffirmer à l’agenda 2002 et en cours de réalisation), où a été le danger? combien de famine en Europe de 62 à 92? L’a-priori c’est de confondre tout les secteurs d’activités (agriculture, artisanat, industrie, tertiaire lié à la production, tourisme et service à la consommation) et de mélanger toutes les valeurs ajoutés (l’idéal n’est pas seulement de les séparer mais aussi d’y ajouter les externalités négatives).

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  • Nerouiev // 25.08.2014 à 12h48

    “La flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ?”
    Je ne sais pas trop quelle note obtiendrait Valls s’il passait l’examen.

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  • adrien // 25.08.2014 à 12h55

    En réponse sur la fronde qui nait même chez les étudiants, Geneviève Fioraso a créé une commission ad hoc en octobre dernier pour réfléchir au problème (ou l’enterrer) de l’enseignement de la pensée unique . Vu le programme économique de ce gouvernement ….

    http://etudiant.lefigaro.fr/orientation/actus-et-conseils/detail/article/42-associations-etudiantes-mettent-l-enseignement-de-l-economie-au-pilori-5344/

    http://www.acrimed.org/article3721.html ou comment la Finance contrôle le débat économique .

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  • douarn // 25.08.2014 à 13h01

    Bonjour

    Chiche !! J’aimerais alors voir au plus vite la thermodynamique ou tout simplement la physique enseignée en économie. Oserait on dès lors encore parler d’économie “circulaire” sans tenir compte de la notion d’entropie, d’usages dispersés ou de dégradation de l’usage quand on parle de recyclage ? Qui pourrai encore parler de croissance (infinie ?) sans rougir en pensant à la fable du nénuphare qui colonise un étang en doublant sa surface tous les jours ?

    Dès lors, le système pourrait, peut être, être repensée au travers du prisme de l’énergie et des matières premières tel que Gaël Giraud en fait le voeu :

    http://petrole.blog.lemonde.fr/2014/05/14/repenser-leconomie-a-partir-du-concept-universel-denergie/

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    • Nerouiev // 25.08.2014 à 13h51

      C’est bien ça le fond du problème. Tout est bâti sur les ressources et les lois de la physique. Les conférences de Jancovici sur YouTube sont très explicites. Mais on voit peu d’économistes s’apputer sur cette réalité qu’est une croissance égale à zéro.

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      • douarn // 25.08.2014 à 14h41

        Bonjour Nerouiev
        Effectivement je n’ai pas connaissance de l’existance d’économistes (même hétérodoxes) s’appuyant sur ces notions. J’aimerais bien voir des gens comme Sapir ou Lordon remonter d’un cran dans l’arbre des causes en s’interessant aux racines du système : l’énergie/matière première.

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        • Casquette // 25.08.2014 à 14h48

          http://www.francois-roddier.fr/

          Le site pourrait vous intéresser , il est tenu par l’ex professeur de physique François Roddier qui applique le second principe de thermodynamique à des sujets aussi variés que la biologie , les mouvements de groupe ou l’évolution des sociétés.

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          • Nerouiev // 25.08.2014 à 15h23

            C’est tout simplement génial et simple. J’insiste sur le mot simple car plusieurs s’y sont essayés et malgré une formation scientifique assez complète, difficile de ne pas se perdre et à mon avis, seuls les auteurs devaient se comprendre vraiment.

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          • douarn // 25.08.2014 à 15h54

            Merci pour le lien, Roddier est excellent.
            Au passage, la relation exponentielle entre les niveaux d’organisation des systèmes et la quantité d’énergie qui les traverse par unité de temps afin d’en maintenir la structure est …. vertigineuse et lourde d’interrogation.

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        • Martin // 28.08.2014 à 11h55

          Si tu veux étudier cette question, il te faut selon moi commencer par Geogescu-Roegen , économiste physicien qui a posé les bases de l’approche thermodynamique en économie. Ensuite, c’est tout naturellement Gaël Giraud

          M.

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    • Drômois // 25.08.2014 à 19h37

      “Le prix véritable de l’énergie serait bien différent de ce qui est écrit sur les pompes à essence et de ce qu’énonce la théorie économique.”
      C’est l’illusion des Etatistes de croire que les prix puissent être “fixés” (par l’Etat ?) ou “énoncés” par une “théorie économique” (??) sans conséquences néfastes
      Le “prix véritable” c’est le prix auquel le produit trouve un acheteur: c’est le prix du marché.
      L’Etat forcené peut fausser cet échange par des “subventions” qui sont des vols au détriment de la communauté

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  • Arnaud Bresson // 25.08.2014 à 16h32

    J’ai passé un Bac B en 1992, ça s’appelait comme ça à l’époque, pas encore ES.

    Et je l’ai fait par plaisir, en me réorientant après une première scientifique, parce que l’on peut être matheux et se passionner pour la science du choix, l’économie.

    J’avais un prof d’économie qui n’enseignait pas la “pensée unique”, c’était un marxiste pur et dur, ne parlait que de mode de production, de rapport social de production, du but de l’économie qui était pour lui l’abondance et qui nous implorait de nous syndiquer dès notre inscriptions aux études supérieures, en disant “choisissez votre camp dès le début”.

    Alors ça ne m’a pas empêché d’avoir l’esprit critique, de m’être heureusement intéressé à d’autres penseurs, quitte à entendre à chaque fois “De toutes façons, Bresson, vous êtes un anticommuniste primaire”.

    Laissez les aux enseignants la Lehrfreiheit et aux lycéens la Lernfreiheit.

    La curiosité et l’esprit critique ne s’enseignent pas, pas plus que la diversité des points de vue.

    On peut devenir un excellent économiste, sans pour autant devoir recevoir toutes les couches de peinture dans le bon ordre.

    Enseigner l’histoire des pensées économiques, volontiers, quitte à en faire une matière à part entière, mieux vaut avoir plusieurs enseignants pour la même matière que de demander à la même personne d’enseigner plusieurs paradigmes de la même matière.

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    • Drômois // 25.08.2014 à 19h40

      “On peut devenir un excellent économiste …”
      Le résultat de leurs élucubrations depuis 40 ans, pour nous les gueux, c’est près de 2 000 milliards de dette à notre passif

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      • Arnaud Bresson // 25.08.2014 à 19h55

        Ce ne sont pas les économistes qui votent les budgets, mais nos députés.

        On a la classe politique que l’on mérite.

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        • douarn // 25.08.2014 à 23h34

          Bonjour

          Pardonnez moi mais je trouve ce “On a la classe politique que l’on mérite” trop facile et déresponsabilisant pour les économistes.

          Je me permet respectueusement de vous demander ce qui d’après vous fait que depuis la fin des 30 glorieuses, les économistes nous promettent des jours heureux en monopolisant l’espace médiatique, scientifique (cf. liste des “Nobels” d’éco) et politique (lobby) à coup d’efficience des marchés, de flexibilisation, de dérégularisation, de mondialisation, de surconsommation,… ?
          Pourquoi n’y a t-il que si peu de contre-echo d’économistes à ce paradigme ? Pourquoi peu (aucun ?) d’économiste regarde la réalité physique (énergie) de nos sociétés au delà de leurs modèles éco, pour vous paraphraser, aurait on aussi les économistes que l’on mérite ?

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  • zebulon // 25.08.2014 à 20h44

    eh oui en somme vu son cursus
    c’est FH c’est le meilleur economiste de france
    comme raymond barre

    en fait il aurait pu bosser chez gs

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  • Incognitototo // 25.08.2014 à 21h47

    Je ne suis pas souvent d’accord avec Sapir (notamment par rapport à ses propositions), mais là il n’y a presque rien à redire… Sauf peut-être que la flexisécurité, ça fonctionne au Danemark (idem pour le “non-protectionnisme ” d’ailleurs, parce que ce pays a fait les réformes structurelles qui le permettent), sans dommages sociaux, ni perte de quoi que ce soit… Il ne faut pas “manichéiser les débats sous peine que cela ne devienne des partis-pris idéologiques ; c’est à dire exactement ce que reproche Sapir à d’autres…

    Cependant, effectivement ces sujets du Bac ES sont un scandale. On voudrait formater les étudiants pour qu’ils récitent le catéchisme de nos politiques et du MEDEF, on ferait exactement ce qui a été fait.
    Ce sont les mêmes “économistes” qu’on retrouvera plus tard sur les plateaux télés qui nous expliqueront que le coût du travail est trop cher (entre autres insanités), celui des autres, bien sûr…

    Je me demande quelle note aurait eu Sapir avec ses développements… parce que le comble aurait été, qu’en plus, ceux qui ne soutiennent pas les thèses du MEDEF se fassent sanctionner…

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  • Drômois // 26.08.2014 à 16h05

    ” une seule licence en France propose un cours d’épistémologie,…”
    est-il possible d’obtenir un lien vers un ‘polycop’ ou autre de ce cours d’épistémologie destiné aux futurs économistes ?
    (L’Epistémologie c’est la discipline philosophique dont l’objet est de définir les conditions permettant
    de démarquer le “Vrai” du “Faux”: je serai curieux de savoir si ce cours a trouvé de “vraies théories économiques” et comment il s’y est pris …. )

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  • Bachelier // 26.08.2014 à 19h36

    Ah ! Depuis le temps que je pensais que ce qu’on nous apprenait en terminale ES était totalement surréaliste mais que personne ne voulait me croire, me voilà rassuré. J’ai passé mon bac cette année et oui j’ai été au regret de constater l’extrême orthodoxie des sujets qui nous obligent à penser comme le medef. Alors merci Mr pour votre éclairage sur ce qu’on apprend à la future génération. Certes je l’avoue j’ai du me conformer aux idées économiques “classique” pour obtenir mon bac mais je n’en pensais pas un mot !

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  • Tapia // 27.08.2014 à 02h42

    Le lien entre Economie et Thermodynamique a été fait par l’économiste Georgescu Roegen. Elève de Shumpeter.

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  • P.Lacroix // 28.08.2014 à 10h18

    Bonjour

    Nous apprenions en primaire, un minimum d’ économie, prix de vente, prix de revient, bénéfice, les bases ! C’ était, il y a plus de quarante ans. Mon fils à la sortie du collège ne connaissait ces valeurs que parce que nous lui avions appris!

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