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La grande désillusion : Rêves libéraux et réalités internationales – John Mearsheimer

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Un extrait du livre de John Mearsheimer de 2018 (dont le fond reste terriblement d’actualité).

Source : The National Interes, John J. Mearsheimer
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Note de l’éditeur : Ceci est un extrait du nouveau livre The Great Delusion : Liberal Dreams and International Realities (La grande désillusion : Rêves libéraux et réalités internationales) de John Mearsheimer.

L’hégémonie libérale est une stratégie ambitieuse par laquelle un État vise à transformer autant de pays que possible en démocraties libérales à son image, tout en favorisant une économie internationale ouverte et en mettant en place des institutions internationales. En substance, l’État libéral cherche à diffuser ses propres valeurs le plus largement possible. Mon objectif dans ce livre est de décrire ce qu’il se passe lorsqu’un État puissant poursuit cette stratégie au détriment de la politique fondée sur l’équilibre des pouvoirs.

Nombreux sont ceux qui, en Occident, tout particulièrement au sein des élites de la politique étrangère, considèrent l’hégémonie libérale comme étant la politique judicieuse que les États devraient adopter de manière systématique. La propagation de la démocratie libérale dans le monde est considérée comme éminemment sensée, tant d’un point de vue moral que stratégique. Tout d’abord, elle est considérée comme un excellent moyen de protéger les droits humains, qui sont parfois gravement violés dans les États autoritaires. Et parce que cette politique soutient que les démocraties libérales ne veulent pas se faire la guerre, elle constitue en fin de compte une clé permettant de transcender le réalisme et de favoriser la paix internationale. Enfin, les partisans de cette politique affirment qu’elle contribue à protéger le libéralisme à l’intérieur du pays en éliminant les États autoritaires qui, autrement, pourraient aider les forces illibérales qui sont toujours présentes dans un État libéral.

Ce credo officiel est erroné. Les grandes puissances sont rarement en mesure de mener une politique étrangère libérale à grande échelle. Tant qu’il en existe deux ou plus sur la planète, elles n’ont guère d’autre choix que de prêter une attention particulière à leur positionnement dans l’équilibre mondial des forces et d’agir selon les impératifs du réalisme. Les grandes puissances de tous bords se soucient grandement de leur survie et, dans un système bipolaire ou multipolaire, elles courent toujours le risque d’être attaquées par une autre grande puissance. Dans ces circonstances, les grandes puissances libérales dissimulent généralement leur comportement intransigeant sous une rhétorique libérale. Elles tiennent un discours libéral et agissent comme des réalistes. Si elles adoptent des politiques libérales qui vont à l’encontre de la logique réaliste, elles finissent invariablement par le regretter. Mais il arrive qu’une démocratie libérale soit confrontée à un rapport de force si favorable qu’elle est en mesure de mener une politique hégémonique libérale. Le plus probable est que cette situation se produise dans un monde unipolaire, dans lequel la grande puissance unique n’a pas à s’inquiéter d’être attaquée par une autre grande puissance puisqu’il n’y en a pas. Alors, dans la plupart des cas, ce pôle libéral unique laissera tomber le réalisme et adoptera une politique étrangère libérale. Les États libéraux sont dotés d’une mentalité de croisade qu’il est difficile de juguler.

Parce que le libéralisme valorise le concept de droits inaliénables ou naturels, les libéraux engagés sont fortement interpellés par les droits de pratiquement tous les individus de la planète. Cette logique universaliste constitue une puissante motivation pour inciter les États libéraux à s’impliquer dans les affaires des pays qui violent gravement les droits de leurs citoyens. Pour aller encore plus loin, la meilleure façon de s’assurer que les droits des étrangers ne soient pas bafoués est de les faire vivre dans une démocratie libérale. Cette logique mène tout droit à une politique active de changement de régime, dans le cadre de laquelle l’objectif est de renverser les autocrates et de les remplacer par des démocraties libérales. Les libéraux ne se dérobent pas face à cette tâche, principalement parce qu’ils ont souvent une grande confiance dans la capacité de leur État à faire de l’ingénierie sociale, tant sur le plan domestique qu’à l’extérieur du pays. La création d’un monde où ne régneraient que des démocraties libérales est également considérée comme un gage de paix internationale, qui non seulement éliminerait la guerre, mais réduirait considérablement, voire anéantirait le double fléau de la prolifération nucléaire et du terrorisme. Elle représente finalement un moyen idéal de protéger le libéralisme chez soi.

Hormis cet enthousiasme, l’hégémonie libérale n’atteindra pas ses objectifs, et son échec aura inévitablement un coût énorme. L’État libéral finira très probablement par mener des guerres sans fin, ce qui augmentera plutôt que de réduire le niveau de conflit dans la politique internationale et aggravera donc les problèmes de prolifération et de terrorisme. En outre, et c’est pratiquement certain, le comportement militariste de l’État finira par menacer ses propres valeurs libérales. Le libéralisme à l’étranger conduit à l’illibéralisme chez soi. Enfin, même si l’État libéral parvenait à atteindre ses objectifs — instaurer la démocratie à proximité et au loin, favoriser les échanges économiques et créer des institutions internationales — il n’engendrerait pas la paix.

La clé pour comprendre les limites du libéralisme est de reconnaître sa relation avec le nationalisme et le réalisme. Ce livre porte en définitive sur ces trois ismes et sur la manière dont ils interagissent pour affecter la politique internationale.

Le nationalisme est une idéologie politique extrêmement puissante. Il s’articule autour de la division du monde en une grande variété de nations, qui sont de redoutables unités sociales, chacune dotée d’une culture distincte. Pratiquement toutes les nations préféreraient avoir leur propre État, mais toutes ne le peuvent pas. Et pourtant, nous vivons dans un monde presque exclusivement constitué d’États-nations, ce qui signifie que le libéralisme ne peut que coexister avec le nationalisme. Les États libéraux sont aussi des États-nations. Il ne fait aucun doute que le libéralisme et le nationalisme peuvent coexister, mais lorsqu’ils s’affrontent, le nationalisme l’emporte presque toujours.

L’influence du nationalisme sape souvent une politique étrangère libérale. Par exemple, le nationalisme met l’accent sur l’autodétermination, ce qui signifie que la plupart des pays résisteront aux efforts d’une grande puissance libérale qui voudrait interférer dans leur politique intérieure — ce qui, bien sûr, est précisément la finalité de l’hégémonie libérale. Ces deux ismes s’affrontent également sur la question des droits individuels. Les libéraux estiment que tout le monde a les mêmes droits, quel que soit le pays dans lequel on vit. Le nationalisme est une idéologie fondamentalement individualiste, ce qui signifie qu’il ne considère pas les droits comme inaliénables. En réalité, la grande majorité des gens dans le monde ne se soucient guère des droits des individus dans d’autres pays. Ils sont bien plus préoccupés par les droits de leurs concitoyens, et même cet engagement a des limites. Le libéralisme surestime l’importance des droits individuels.

Le libéralisme n’est pas non plus à la hauteur du réalisme. Au fond, le libéralisme part du principe que les individus qui composent une société ont parfois de profondes divergences sur ce qui constitue le bien vivre, et que ces divergences peuvent les conduire à essayer de s’entretuer. Un État est donc nécessaire pour garantir la paix. Mais il n’existe pas d’État mondial pour maintenir les pays sous contrôle lorsqu’ils ont des désaccords profonds. La structure du système international est anarchique, et non hiérarchique, ce qui explique que le libéralisme appliqué à la politique internationale ne puisse pas fonctionner. Les pays n’ont donc guère d’autre choix que d’agir selon le principe de l’équilibre des forces s’ils espèrent survivre. Il existe toutefois des cas particuliers pour lesquels un pays est si bien protégé qu’il peut s’affranchir de la realpolitik et mener des politiques véritablement libérales. Les conséquences en sont presque toujours fâcheuses, en grande partie parce que le nationalisme vient contrecarrer la croisade libérale.

Mon propos, formulé en quelques mots, est le suivant : le nationalisme et le réalisme l’emportent presque toujours sur le libéralisme. Notre monde est en grande partie défini par ces deux puissants ismes, et non par le libéralisme. Il y a cinq cents ans, l’univers politique était incroyablement hétérogène ; il comptait des cités-États, des duchés, des empires, des principautés et toutes sortes d’autres entités politiques. Ce monde a cédé la place à un globe peuplé presque exclusivement d’États-nations. Bien que de nombreux facteurs soient à l’origine de cette grande transformation, deux des principales forces motrices du système étatique moderne sont le nationalisme et la politique d’équilibre des puissances.

L’adhésion américaine à l’hégémonie libérale

Ce livre est également animé du souci de comprendre la politique étrangère américaine récente. Les États-Unis, pays profondément libéral sont sorti de la guerre froide en étant de loin l’État le plus puissant du système international. 1 L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 les a placés dans une position idéale pour mener leur politique d’hégémonie libérale. 2 L’establishment américain dans le domaine de la politique étrangère s’est lancé dans cette politique ambitieuse sans trop d’hésitation, et avec un optimisme débordant quant à l’avenir des États-Unis et du monde. Au début, du moins, le grand public partageait cet enthousiasme.

L’esprit du temps (zeitgeist) a été immortalisé dans le célèbre article de Francis Fukuyama, « La fin de l’histoire ? », publié juste au moment où la guerre froide touchait à sa fin. 3 Selon lui, le libéralisme a vaincu le fascisme dans la première moitié du vingtième siècle et le communisme dans la seconde, et maintenant il ne reste plus d’alternative crédible. Le monde devait finir par être intégralement composé de démocraties libérales. Selon Fukuyama, ces nations ne devaient pratiquement plus connaître de différends significatifs, et les guerres entre grandes puissances devaient cesser. Le plus grand problème auquel les gens seraient confrontés dans ce nouveau monde, a-t-il avancé, pourrait bien être l’ennui.

À l’époque, on pensait également que la généralisation du libéralisme mettrait un terme à la politique d’équilibre des puissances. La dure rivalité en matière de sécurité qui a longtemps caractérisé les relations entre grandes puissances disparaîtrait, et le réalisme, qui, pendant longtemps a été le paradigme intellectuel dominant en matière de relations internationales, serait relégué aux oubliettes de l’histoire. « Dans un monde où règne la liberté, et non la tyrannie », a affirmé Bill Clinton alors qu’il faisait campagne pour la Maison Blanche en 1992, « le raisonnement cynique de la pure et unique stratégie de puissance ne tient tout simplement pas la route. Il est mal adapté à une nouvelle ère dans laquelle les idées et les informations sont diffusées dans le monde entier avant même que les ambassadeurs ne puissent prendre connaissance de leurs câbles. »

Il est fort probable qu’aucun président récent n’a endossé la mission de généralisation du libéralisme avec plus d’enthousiasme que George W. Bush, qui a déclaré dans un discours en mars 2003, deux semaines avant l’invasion de l’Irak : « Le régime irakien actuel a montré que le pouvoir de la tyrannie pouvait répandre la discorde et la violence au Moyen-Orient. Un Irak libéré peut montrer que la liberté a le pouvoir de transformer cette région vitale, en apportant espoir et progrès dans la vie de millions de personnes. Les intérêts de l’Amérique en matière de sécurité, et la foi de l’Amérique en la liberté, pointent dans la même direction : un Irak libre et pacifique. » Plus tard, au cours de cette année-là, le 6 septembre, il a proclamé : « La progression vers la liberté est la vocation de notre époque ; c’est celle de notre pays. Depuis les Quatorze Points [Les « quatorze points de Wilson » est le nom donné au programme du traité de paix par le président des États-Unis Woodrow Wilson pour mettre fin à la Première Guerre mondiale et reconstruire l’Europe dans un discours retentissant, le 8 janvier 1918 devant le Congrès des États-Unis, NdT] jusqu’aux Quatre Libertés [la liberté d’expression ; la liberté de religion ; la liberté de vivre à l’abri du besoin ; la liberté de vivre à l’abri de la peur, telles que présentées comme fondamentales par Franklin D. Roosevelt en 1941, NdT], en passant par le discours de Westminster [discours d’Obama devant les deux chambres du parlement britannique, 2011, dans lequel il a mis l’accent sur les défis qu’affronte le monde contemporain en général, et le monde occidental en particulier, NdT], l’Amérique a mis sa puissance au service de ces principes.

Nous croyons que la liberté est le dessein de la nature ; nous croyons que la liberté est le sens de l’histoire. Nous croyons que l’épanouissement et l’excellence de l’homme passent par l’exercice responsable de la liberté. Et nous croyons que la liberté — celle qui nous importe — ne nous est pas réservée, mais qu’elle est un droit et un devoir pour toute l’humanité. »

Quelque chose a mal tourné. La vision que la plupart des gens ont de la politique étrangère américaine aujourd’hui, en 2018, est radicalement différente de ce qu’elle était en 2003, et a fortiori au début des années 1990. C’est le pessimisme, et non l’optimisme, qui prédomine dans la plupart des analyses portant sur les résultats obtenus par l’Amérique pendant ses années passées loin du réalisme. Du temps des présidents Bush et Barack Obama, Washington a joué un rôle clé en semant la mort et la destruction dans le grand Moyen-Orient, et rien ne prouve que ce chaos va s’arrêter de sitôt. La politique américaine envers l’Ukraine, motivée par la logique libérale, est la principale responsable de la crise actuelle entre la Russie et l’Occident. Depuis 1989, les États-Unis ont été en guerre deux années sur trois et ont mené sept guerres différentes. Cela ne devrait pas nous surprendre. Contrairement à la sagesse dominante en Occident, une politique étrangère libérale n’est pas une clé de coopération et de paix, mais bien celle de l’instabilité et du conflit.

Dans mon livre, je me suis attaché à la période comprise entre 1993 et 2017, alors que les administrations Clinton, Bush et Obama, chacune aux commandes de la politique étrangère américaine pendant huit ans, étaient pleinement engagées dans la poursuite de l’hégémonie libérale. Bien que le président Obama ait manifesté quelques réserves à l’égard de cette politique, celles-ci ont peu compté dans la manière dont son administration a concrètement œuvré à l’étranger. Je ne prends pas en compte l’administration Trump pour deux raisons. Premièrement, au moment où je terminais ce livre, il était difficile de déterminer à quoi ressemblerait la politique étrangère du président Trump, même s’il ressort clairement de son discours pendant la campagne de 2016 qu’il reconnaît que l’hégémonie libérale a été un échec cuisant et qu’il aimerait abandonner certains des éléments clés de cette stratégie. Deuxièmement, il y a de bonnes raisons de penser que la montée en puissance de la Chine et la résurgence de la puissance russe ayant remis la politique des grandes puissances sur la table, Trump n’aura finalement pas d’autre choix que de s’orienter vers une grande stratégie empreinte de réalisme, même si ce faisant, il rencontre une résistance considérable dans son pays.

John J. Mearsheimer est le titulaire distingué de sciences politiques de la chaire R. Wendell Harrison de l’université de Chicago. Parmi ses nombreux ouvrages figurent The Tragedy of Great Power Politics et Conventional Deterrence.

Image : Flickr / Département de la défense des États-Unis

Source : The National Interes, John J. Mearsheimer, 05-10-2018

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Commentaire recommandé

Auguste Vannier // 20.08.2022 à 09h07

L’oubli du Capitalisme
« La clé pour comprendre les limites du libéralisme est de reconnaître sa relation avec le nationalisme et le réalisme. Ce livre porte en définitive sur ces trois ismes et sur la manière dont ils interagissent pour affecter la politique internationale. »
L’auteur oublie ou ne veut pas/peut pas voir un quatrième « isme » fondamental pour comprendre la géopolitique US:
Dans tout ce raisonnement en effet, il reste un point aveugle, comme l’impossibilité pour un penseur US de concevoir le libéralisme politique autrement que comme un libéralisme économique sous la forme « naturelle » de capitalisme de marché.
Derrière l’hégémonisme militant d’un libéralisme politique se cache la logique du capitalisme d’accumulation sans fin et sans autre finalité que le profit par tous les moyens.

15 réactions et commentaires

  • yann // 20.08.2022 à 07h26

    Ça pourrait être pire…Heureusement qu’on a encore un climat stable et une abondance d’énergie et de matières premières.

      +14

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  • Auguste Vannier // 20.08.2022 à 09h07

    L’oubli du Capitalisme
    « La clé pour comprendre les limites du libéralisme est de reconnaître sa relation avec le nationalisme et le réalisme. Ce livre porte en définitive sur ces trois ismes et sur la manière dont ils interagissent pour affecter la politique internationale. »
    L’auteur oublie ou ne veut pas/peut pas voir un quatrième « isme » fondamental pour comprendre la géopolitique US:
    Dans tout ce raisonnement en effet, il reste un point aveugle, comme l’impossibilité pour un penseur US de concevoir le libéralisme politique autrement que comme un libéralisme économique sous la forme « naturelle » de capitalisme de marché.
    Derrière l’hégémonisme militant d’un libéralisme politique se cache la logique du capitalisme d’accumulation sans fin et sans autre finalité que le profit par tous les moyens.

      +33

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    • Lev // 20.08.2022 à 15h02

      @Auguste Vannier
      Le souci premier du libéralisme politique (pas seulement états-unien) est qu’il est sans principe : ainsi en Ukraine après avoir, au nom de la liberté, participé à un coup d’Etat, il soutient un pouvoir qui trouve ses racines, et les revendique, parmi les collaborateurs et dans les valeurs du 3 Reich…
      Le tout au nom de la liberté. Trop facile

        +16

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      • Auguste Vannier // 20.08.2022 à 19h17

        Il me semble que le « libéralisme politique » dérive de la Philosophie des Lumières, il est fondé sur un seul principe abstrait: le respect de la liberté individuelle et collective. Mais comment définir et articuler les différents niveaux de liberté? Sans passer au niveau des libertés concrètes ça laisse la porte ouverte à toutes les facilités dont on abuse jusqu’à la contradiction si répandue: imposer la liberté (y compris à coup de bombes!).
        Les concepts d’autonomie et de souveraineté individuelles et collectives permettent d’y voir un peu plus claire. La Philosophie politique de Cornélius Castoriadis s’est attachée à montrer que l’autonomie collective (autos nomos= se donner collectivement ses propres lois et pouvoir les changer de la même manière) est le plus sûr moyen de garantir l’autonomie individuelle puisque chacun à participé et consenti à la loi commune. Pour ce Philosophe la « liberté » ne s’arrête pas là ou commence celle des autres, mais elle ne commence qu’avec celle des autres.Je ne suis réellement libre que si les autres le sont aussi…Toute volonté d’hégémonie est incompatible avec la « liberté ».

          +7

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        • gracques // 21.08.2022 à 08h58

          Déjà chez Toqueville , là liberté est indissociable de l’égalité des conditions.

          Je suis assez d’accord avec vous M Vannier , mais que ‘l’imperialisme soit le dernier stade du communisme’ ne dispense pas de s’interroger sur les causes de l’expansionniste soviétique , non pas tant apes 1945 (besoin d’une zone de protection) plutôt qu’entre 1960 et 1980 Amérique du sud , Afrique et Afghanistan ….
          Et nous verrons bien si la Chine « communiste » est ou pas impérialiste …
          Encore une fois’, ce qui est vrai’du capitalisme n’implique pas que cela soit faut pour tout autre rapport de production.

            +1

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  • Fritz // 20.08.2022 à 09h32

    Donc, si je comprends bien, agresser un pays désarmé comme l’Irak en 2003, c’est pratiquer « l’hégémonie libérale » pour que « les droits humains ne soient plus bafoués ». Idem quand on favorise des émeutes en Ukraine pour renverser un président élu démocratiquement, puis quand on encourage le nouveau pouvoir de fait à attaquer les régions orientales (« l’opération antiterroriste » d’avril 2014, lancée par Kiev avec le feu vert de John Brennan, puis relancée avec la bénédiction de Joe Biden).
    Toute cette rhétorique est hypocrite et mensongère, et Mearsheimer le sait.

      +22

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  • Jean // 20.08.2022 à 09h41

    Ceux qui n’ont pas conscience de la nature intrinsèquement orwellienne du libéralisme parlent de désillusion alors que ceux qui en ont pris conscience parleraient plutôt de l’illusion du libéralisme. Les exemples pour illustrer cette réalité ne manquent pourtant pas et l’illusion insufflée par la propagande finira inexorablement par s’estomper, ce n’est qu’une question de temps. Ainsi lorsque le gouverneur de la colonie France dans son allocation du 19/08/22 déclare au sujet de la guerre en Ukraine :  » Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs.  » Il faut comprendre, et les grecs savent de quoi je parle, le prix de notre liberté c’est l’esclavage par la dette perpétuelle.

      +30

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    • Candievans // 23.08.2022 à 03h23

      Le Gouverneur de France, c’est bien le terme. Ce que je dis depuis des années. Merci de mettre le doigt dessus.

        +3

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  • florian lebaroudeur // 20.08.2022 à 11h24

    Le monde ne peut pas être une pax étasunien libérale à perpétuité, tout simplement parce qu’il faut beaucoup d’énergie pour satisfaire le train de vie hors-sol de l’individu roi. Et manque de pot, les principaux exportateurs de matières premières sont tous des autocraties.
    Cela suffit amplement à expliquer les tensions croissantes entre le bloc autocratique qui voudrait accroitre ses parts de gâteau et le bloc libéral qui voudrait conserver les siennes.
    Le mode de vie à l’occidental est un mirage, les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient qui ont cru faire le plus dur en chassant leurs despotes se sont fracassés face à la malédiction de l’or noir à laquelle ils sont pieds et poings liés.

      +7

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  • nulnestpropheteensonpays // 20.08.2022 à 15h35

    Le problème de ces grands penseurs , c’est qu’ils ne vont pas au bout de leur raisonnement .En effet il ne peut y avoir de liberté dans la propriété .Ni pour celui qui possède ,parce qu’il est possédé par ses biens , ni pour ceux qui n’ont pas de propriété, parce qu’ils ne peuvent user des biens des autres .Game over !
    Du coup de quelles libertés parlent ils ? Celles d’user et d’abuser ? C’est la seule qu’ils revendiquent ! Et des qu’ils s’enferment dans ce truc , ils ne sont plus libre . Ils s’emprisonnent dans la gourmandise par exemple …Mais c’est que du bla-bla les théories capitalistes , une justification aux dominations .

      +8

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    • gracques // 21.08.2022 à 09h11

      Conclusion ? Abolition des libertés pour être libre ?
      Obéissons au groupe’, au prêtre , au père, au chef , aux militaires, au parti , gouvernement etc…. cela nous évitera la domination ?

        +1

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  • antoniob // 20.08.2022 à 16h06

    Me reviens à l’esprit le concept de « démocratie totalitaire » de Zinoviev. encore une fois.
    https://www.erudit.org/fr/revues/histoire/2015-v33-n1-2-sp%C3%A9cial-histoire03364/1042876ar.pdf

      +3

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  • Incognitototo // 20.08.2022 à 22h04

    Je ne sais pas s’il y a un problème de traduction, mais dans la série les mots ont un sens, je ne comprends pas le choix de l’utilisation du terme de « libéralisme ».
    – Soit on parle des théories économiques et dans ce cas il faut parler de « néolibéralisme ». En effet, le « libéralisme » économique regroupe tellement de courants de pensée qu’il est dénué de toute définition univoque et ne peut se comprendre qu’en fonction du penseur qui l’a utilisé ; exemple, aussi bien Keynes que Friedman sont classés comme des libéraux (et le revendiquent) et pour autant ils s’opposent en tout.
    – Soit on parle des idéologies politiques du libéralisme, et dans ce cas on a un problème identique, car, de la droite à la gauche – à l’exception de ceux qui revendiquent clairement le totalitarisme – tous prétendent être des libéraux quand il s’agit des droits de la personne ; et pour autant (en dépit de ceux qui voudraient que cela n’existe plus), il y a d’énormes différences entre la gauche (la vraie, pas celle du PS) et la droite ; notamment par rapport à la définition de la « liberté » avec tout ce que cela implique.

    En outre, comme le propos me semble essentiellement centré sur la politique étrangère, je pense qu’il devrait plutôt se situer sur les limites de l’interventionnisme, sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sur l’ingérence, sur l’expansionnisme… bref sur la politique que les « puissants » hégémoniques décident pour les autres… Ce qui n’a rien à voir intrinsèquement avec le « libéralisme » politique qui par nature fout plutôt la paix aux autres et se mêle le moins possible des choix de vie des autres lorsqu’ils ne sont pas subis.

    Par contre, si on parle de l’hégémonie économique et politique néolibérale, on constate bien qu’elle ne découle pas de la forme des régimes politiques ni du choix des valeurs humaines dominantes des cultures, puisque des pays totalitaires l’adoptent sans problème, tandis que les pays « démocratiques » s’en servent pour justifier tout et n’importe quoi (mais en réalité surtout les régressions sociales et le gavage sans fin de toujours les mêmes).

    De fait pour les « démocraties », la justification par le néolibéralisme est à mon sens la plus grande escroquerie idéologique, mais aussi économique, de la fin du siècle dernier et du présent. Il est à noter d’ailleurs qu’il s’est imposé presque partout dans le monde sans que jamais aucun peuple ne l’ait formellement choisi ; c’est un totalitarisme sournois qui avance à visage masqué toujours sous « faux drapeaux » ; même notre Conseil Constitutionnel en a fait un principe constitutionnel intangible, alors même que les Français n’ont jamais donné leur accord pour cela (bien au contraire, ils l’ont refusé, entre autres, en 2005).

    Le néolibéralisme est en réalité consubstantiel et vital pour que les USA (depuis 1971 et le putsch monétaire de ces derniers) puissent continuer à vivre à crédit sur le reste du monde. Le système de Ponzi qu’ils ont imposé à tous nécessite pour perdurer que les échanges commerciaux soient en perpétuelle augmentation pour que la demande en $ ne se tarisse jamais. L’interventionnisme hégémonique des USA n’a pas d’autre but que d’empêcher les « mauvais exemples » des pays qui refuseraient leur système. C’est vital pour leur survie et malheureusement tout autant pour tous ceux qui sont devenus totalement dépendants de la valeur du $ ; c’est-à-dire en réalité tous les pays qui commercent avec d’autres nations.

    Bref, on a toujours tort de penser à partir de généralisations, mais en plus dans ce texte proposé, la confusion des sens linguistiques et la façon de poser les prémisses du débat en mélangeant tout, ne me donne pas envie de lire le reste du bouquin…

      +11

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    • Grd-mère Michelle // 21.08.2022 à 13h06

      En effet, la confusion des sens linguistiques est la base et l’instrument de la mésentente entre les peuples (à l’intérieur d’un pays ou entre des pays/régions/continents) et du succès de la perpétuation de l’oppression, la domination et l’exploitation, des un-e-s par les autres, autant des groupes que des individus: elle sert à diviser pour régner, que ce soit par la force ou la propagande.
      Dans ce cas-ci, nous apprenons qu’un « titulaire distingué de sciences politiques d’une chaire de l’université de Chicago » confond allègrement les États Unis d’Amérique (entité politique située en Amérique du Nord) avec « l’Amérique » (qui n’existe,sans déterminatif, qu’en tant que continent/région géographique: les canadien-ne-s, comme les mexicain-e-s, comme les brésilien-ne-s, etc…, sont aussi des « américain-e-s »).
      Cette confusion répandue et pratiquée dans les esprits de penseurs « distingués », « autorisés »(à se faire entendre), américains autant que dans ceux de nombreux français (par ex, entre autres), porte à croire que les USA sont les maîtres « naturels » de ce continent, que des marins européens ont découvert il y a peu de temps(un peu plus 500ans) alors qu’il était déjà habité par des populations humaines.
      Or, la liberté, comme l’égalité, n’existe pas sur terre, car la vie est un combat perpétuel pour la subsistance, la vie se nourrit de la vie. Ce ne sont que des mots qui expriment les volontés des êtres humains qui les ont inventés pour tenter de mieux vivre tou-te-s ensemble(en se communiquant, se transmettant, leur « ressenti ») et de moins souffrir de leur condition commune.

        +2

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    • Grd-mère Michelle // 21.08.2022 à 13h50

      Suite: l’instrumentalisation par les « dirigeants » de la peur de manquer(du nécessaire pour continuer à vivre) enracinée au plus profond de tous les êtres vivants, rend les êtres humains bêtes(ignorants) et méchants(envieux et agressifs) surtout grâce à l’effacement, le travestissement des réalités, et réduit leur capacité à « faire société »(qui est le moyen caractéristique de leur sauvegarde-généralisation indiscutable).
      Se parler(s’écrire) pour s’entendre, s’écouter (se lire) pour se comprendre et trouver ensemble des modes d’action (d’organisation) pour améliorer nos conditions de petits mammifères faibles et déboussolés (et réparer les dégâts de nos ancêtres), voilà ce qui peut nous sauver… ce que la communication instantanée, nouveau facteur de progrès, pourrait nous aider à réaliser…si nous ne la laissons pas aux mains des « Bâtisseurs d’Empires »(voir Boris Vian/théâtre).
      En ce sens, il n’est pas inutile de savoir que des « américain-e-s » s’opposent à leurs « dirigeant-e-s »…

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