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3.mars.20203.3.2020 // Les Crises

La malédiction de la pureté morale. Par Chris Hedges

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Source : Truthdig, Chris Hedges, 26-08-2019

Mr. Fish / Truthdig

Par Chris Hedges

L’incapacité chronique de l’establishment de la gauche américaine à s’attaquer aux maux qui assaillent le pays – changement climatique, capitalisme mondialisé non réglementé, inégalités sociales croissantes, armée surdimensionnée, guerres sans fin à l’étranger, déficits incontrôlables et violence par armes à feu – signifie inéluctablement la mort par asphyxie pour notre démocratie anémiée. Submergées par de multiples crises, les élites libérales ont renoncé à la véritable vie politique et se sont repliées dans des croisades morales contre-productives, tentant ainsi vainement et de manière puérile de détourner l’attention des catastrophes sociales, politiques, économiques et environnementales qui se profilent.

Ces prétendues « croisades morales » – terme employé tant par la gauche que par la droite – ont divisé le pays en factions en guerre. Les opposants sont diabolisés. Les partisans de la cause sont du côté des anges du Ciel. Il n’y a pas place pour la nuance et l’ambiguïté. Les faits sont manipulés ou ignorés. La vérité est remplacée par des slogans. Les théories du complot les plus bizarres sont adoptées sans être crues, pour exposer la perfidie de l’ennemi. La politique se définit au travers de personnalités politiques antagonistes qui crachent du vitriol. La stérilité intellectuelle et morale, ainsi que l’incapacité d’arrêter les forces de destruction de la société, fournissent un terreau fertile pour les extrémistes, les néofascistes et les démagogues qui prospèrent dans les périodes de paralysie et de dégénérescence culturelle.

Les libéraux et la gauche ont perdu les deux années passées à attaquer Donald Trump – supposé être un agent russe – et semblent prêts à perdre les deux années à venir à l’attaquer pour son racisme. Ils cherchent désespérément des boucs émissaires pour expliquer l’élection de Trump à la présidence. La droite n’est pas si différente, accusant ses ennemis démocrates d’être des socialistes détestant l’Amérique et rendant responsables de notre débâcle nationale les musulmans, les immigrés et les pauvres de couleur. Ce sont des visions concurrentes d’un monde de dessin animé. Elles favorisent un univers de méchants et de super-héros qui exacerbe les clivages et les haines.

« Partout la société bourgeoise semble être à court d’idées constructives », écrivait Christopher Lasch en 1979 dans « La culture du narcissisme ». « Elle a perdu à la fois la capacité et la volonté d’affronter les difficultés qui menacent de la submerger. La crise politique du capitalisme reflète une crise profonde de la culture occidentale, qui se révèle par une impuissance à comprendre le cours de l’histoire moderne ou à l’analyser de manière rationnelle. Le libéralisme – la théorie politique de la bourgeoisie ascendante – a perdu depuis longtemps toute capacité à expliquer le cours des événements dans le monde de l’État providence et des multinationales. Et il n’y a rien pour le remplacer. Le libéralisme est en faillite politique, mais aussi intellectuelle. »

Le magazine en ligne Slate a récemment publié les verbatim d’une réunion publique entre Dean Baquet, rédacteur en chef du New York Times, et le personnel du Times. Il est fascinant de voir l’arrogance et l’ignorance du journal – principal organe d’information de l’élite dirigeante – qui s’est employé depuis deux ans à détruire sa propre crédibilité en mettant en avant l’enquête de Robert Mueller et la théorie du complot selon laquelle Trump était un agent russe. Voici ce dit Baquet dans le reportage du journal sur Trump :

« Le chapitre 1 de l’histoire de Donald Trump, non seulement pour notre rédaction mais, je pense, pour tous nos lecteurs, était la suivante : Donald Trump avait-il entretenu des relations fâcheuses avec les Russes et y avait-t-il eu obstruction à la justice ? C’était la question centrale, ne l’oublions pas. On a mis les moyens pour couvrir cette affaire. Et pour sa couverture, nous avons remporté deux prix Pulitzer. Je pense que nous l’avons couverte mieux que quiconque.

Le jour où Bob Mueller a quitté la barre des témoins, deux choses se sont produites. Nos lecteurs qui veulent que Donald Trump s’en aille se sont dit : « Putain, Bob Mueller ne va pas le faire. » Et Donald Trump s’est un peu enhardi politiquement pour des raisons évidentes. Cela a changé la donne. La plupart des choses dont nous parlons aujourd’hui ont commencé à émerger il y a seulement six ou sept semaines. Nous avons été pris au dépourvu de ce nouveau tour qu’a pris l’affaire au bout de deux ans. N’est-ce pas ?

Je pense – comme je l’ai déjà dit – que nous devons changer la vision de notre couverture médiatique pour les deux années à venir : Comment peut-on parler d’un type qui tient de tels propos ? Comment parlons-nous des réactions qu’il suscite ? Comment pouvons-nous le faire tout en continuant à rendre compte de sa politique ? Comment traitons-nous de l’Amérique, si divisée par Donald Trump ? Comment pouvons-nous nous emparer de tous les sujets dont vous parlez tous ? Comment écrire sur les questions raciales de manière intelligente – sujet que nous négligeons depuis longtemps ? A mon avis, c’est de ça qu’il s’agit quant à la vision de notre politique éditoriale. Vous allez tous devoir nous aider à élaborer cette vision. Je pense que c’est à ça que nous devons nous atteler pour le reste des deux années à venir. »

Baquet affirme que la campagne journalistique visant à incriminer Trump en tant qu’agent russe a fait « Pschitt » et qu’une nouvelle croisade – lire une campagne morale – s’est fait jour depuis six ou sept semaines, focalisée sur le racisme de Trump. Le racisme de Trump, bien sûr, ne date pas de six ou sept semaines. C’est le journal qui, il y a six ou sept semaines, a changé son histoire, passant d’une croisade morale à une autre.

Ce n’est pas du journalisme. C’est du puritanisme moral déguisée en journalisme. Et il sera, comme la conspiration « Russe », inutile pour affaiblir la popularité de Trump, pour expliquer et faire face à nos innombrables crises ou pour guérir les clivages grandissants.

Le problème auquel le journal est confronté, ainsi que le sont le parti Démocrate et ses alliés libéraux, est qu’il est tenu par les grandes entreprises qui le soutiennent, celles-là même qui ont orchestré l’inégalité grotesque des revenus, la désindustrialisation, la machine militaire incontrôlable, qui ont neutralisé les médias stérilisés et bâillonne le monde académique. Par conséquent, plutôt que de tenir pour responsables ses annonceurs et son lectorat élitiste, le journal a commencé par blâmer la Russie, et blâme aujourd’hui les suprémacistes blancs. Plus cette démagogie durera longtemps tant à gauche qu’à droite, plus le pays sera déchiré.

Hannah Arendt dans « Les origines du totalitarisme » souligne que les idéologies sont attrayantes en temps de crise parce qu’elles réduisent et simplifient la réalité à une seule idée. Tandis que la droite met le déclin sur le dos des personnes de couleur, les élites libérales en font porter la responsabilité à la Russie ou aux racistes. C’est l’idéologie, et non l’expérience ou les faits, qui sert à « fournir une explication à chacun des événements historiques, une clé de lecture de l’histoire, une connaissance exhaustive du présent et une prévision fiable de l’avenir », écrit-elle.

Toutes les idéologies exigent une cohérence impossible. Celle-ci est obtenue en tordant constamment la réalité jusqu’à obtenir, comme dans le cas de l’enquête Mueller, une mise en scène absurde. Au final, les croyants, écrit Arendt, sont désorientés et en proie à la peur exacerbée et la paranoïa.

Ce type de délire collectif a toujours existé dans la société américaine, comme l’historien Richard Hofstadter l’a souligné. Il résulte, écrivait-il, « de certaines préoccupations et aussi de fantasmes : le mégalomane qui se considère comme l’Élu, totalement bon, abominablement persécuté, mais sûr de triompher à la fin ; l’attribution de pouvoirs gigantesques et démoniaques à son adversaire ».

Mais ces délires ont généralement été confinés aux marges de la société, comme, par exemple, une gauche qui qui partait en pèlerinages politiques en Union soviétique, ignorant béatement le massacre par son gouvernement de millions de ses propres citoyens, les goulags et les famines, et une droite qui célébrait les dictatures fascistes en Espagne puis en Amérique latine, oubliant les exécutions de masse, le terrorisme et les escadrons de la mort.

Cependant, désormais, ces délires collectifs sont généralisés. Ils sont claironnés par les relais médiatiques de l’ensemble du spectre politique ainsi que par l’establishment politique. Ils font vivre aussi bien Fox News et Breitbart que MSNBC et CNN. Jake Tapper [présentateur télé sur CNN qui ne se présente pas comme démocrate mais qui a travaillé pour une candidate démocrate au Congrès, Marjorie Margolies-Mezvinsky, en 1992, NdT] et Rachel Maddow [présentatrice télé sur MSNBC, libérale adhérant aux idées du parti républicain de l’époque Eisenhower, NdT], comme l’a souligné Matt Taibbi, sont des versions « libérales » de Sean Hannity [présentateur conservateur sur la chaîne Fox news défenseur de Trump, NdT].

Richard Rorty, avec une prescience étrange, a écrit dans son livre « Achieving Our Country » de 1998 :

« Nombre d’auteurs ayant écrit sur la politique socio-économique ont alerté : les vieilles démocraties industrialisées se dirigent vers une période semblable à celle de Weimar, au cours de laquelle les mouvements populistes sont susceptibles de renverser les gouvernements constitutionnels. Edward Luttwak, par exemple, a suggéré que le fascisme pourrait être l’avenir américain. Son livre « The Endangered American Dream » souligne que les syndicalistes ainsi que les travailleurs non qualifiés et non syndiqués comprendront tôt ou tard que leur gouvernement n’essaie même pas d’empêcher les salaires de baisser ou d’empêcher les emplois d’être délocalisés. À peu près au même moment, ils se rendront compte que les cols blancs des banlieues, qui craignent désespérément d’être déclassés, ne se laisseront pas imposer pour verser des prestations sociales à qui que ce soit d’autre.

À ce moment-là, quelque chose va craquer. L’électorat non suburbain décidera que le système a échoué et commencera à chercher un homme fort pour qui voter – quelqu’un prêt à leur assurer qu’une fois élu, les bureaucrates suffisants, les avocats rusés, les vendeurs d’obligations surpayés et les professeurs postmodernes ne seront plus aux commandes. Un scénario comme celui du roman de Sinclair Lewis « It Can’t Happen Here » peut alors se jouer. Quand un tel homme fort prend ses fonctions, personne ne peut prédire ce qui va se passer. En 1932, la plupart des pronostics sur ce qui se passerait si Hindenburg nommait Hitler chancelier étaient d’un optimisme aveugle.

Il est bien possible que les avancées obtenues ces quarante dernières années par les américains noirs et basanés et par les homosexuels soient réduits à néant. Le mépris badin pour les femmes va revenir à la mode. Ça sera le retour des mots « nègre » et « youpin » sur les lieux de travail. Tout le sadisme que la gauche académique a tenté de rendre inacceptable pour ses étudiants reviendra en masse. Tout le ressentiment des Américains mal éduqués à l’idée que leurs manières leur soient dictées par des diplômés universitaires trouvera un exutoire. »

La rupture des liens sociaux, provoquée par l’effondrement de la société, l’inégalité des revenus, la stagnation sociale et la marginalisation de la classe ouvrière s’exprime dans d’innombrables pathologies sinistres. Une société clivée adopte des comportements autodestructeurs – violence armée incontrôlée, dépendance aux opiacés et sadisme sexuel – pour tenter de composer avec la dislocation, l’impuissance et la douleur. Les croisades morales sont l’expression de cette maladie culturelle. Elles sont emblématiques d’une société en profonde détresse, incapable de faire face rationnellement aux problèmes qu’elle rencontre. Ces croisades ne font qu’empirer les choses, dès lors qu’il apparaît qu’elles sont inefficaces, elles engendrent invariablement un fanatisme effrayant.

Source : Truthdig, Chris Hedges, 26-08-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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29 réactions et commentaires

  • jc // 03.03.2020 à 08h12

    Le parti démocrate US se féminise (Clinton, Warren, Pelosi, Gabbard, AOC, etc.) alors que le parti républicain reste égal à lui-même, c’est-à-dire masculin (Sarah Palin -cette Nadine Morano US- ne semblant pas avoir fait recette). Pourquoi pas une évolution politique US vers une franche opposition masculin/féminin? Tout le monde sait que physiquement l’accord des deux sexes est physiquement possible et parfois plaisant. Pourquoi pas psychiquement et politiquement?

    J’ai développé un peu cette idée en commentaire ici: https://lemoine001.com/2017/10/23/sur-le-transhumanisme-et-la-dictature-du-proletariat/ avec réponse du rédacteur de l’article.

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    • Fritz // 03.03.2020 à 11h00

      Vous oubliez que les hommes sont des violeurs et des bourreaux par définition :
      https://www.francetvinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/nous-toutes/neuf-femmes-sur-dix-disent-avoir-subi-une-pression-pour-avoir-un-rapport-sexuel-selon-une-enquete-du-collectif-noustoutes_3848757.html
      D’ailleurs, « homme » est un gros mot, à remplacer par humain. « Homme et femme il les créa » ? Quelle horreur créationniste. Place aux droits de l’humain et d·u·e la citoyen·ne.

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      • Casimir Ioulianov // 03.03.2020 à 14h40

        J’aurais bien aimé qu’on leur demande le nombre de fois où les sondées furent à l’origine d’un rapport. En proportion. Je pense qu’on aurait AUSSI eut beaucoup à en dire …
        Avec le genre de morale « toutes violées , toutes soumises » on se retrouve dans une société où l’individu ne se met plus en situation d’accepter les nécessités de la perpétuation de l’espèce et préférera sa « liberté » à son avenir.
        Ça fout les boules … enfin pour le coup : non mais si quand même un peu. Enfin c’est surtout les jeunes de l’avenir du futur de demain qui vont porter le poids l’individualisme croissant de leurs aînés et c’est surtout pour eux que ça va pas ètre la fête. Chaque génération supportera plus de dettes et de vieux que la précédente … jusqu’au soleil vert où à la sexagésimale.
        Quel avenir radieux en perspective.

        PS ; pour info , en Corée du Sud : 0.98 enfants par femme.

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        • Chris // 03.03.2020 à 15h15

          Vous oubliez les dégâts du Covid19, qui ne font que commencer…

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          • tepavac // 03.03.2020 à 18h18

            3 à 6% de mortalité, pas de quoi éradiquer une espèce de 8 milliards d’individu.
            A l’école centrale ils parlent de la 6eme extinction de masse à cause des dérèglements climatiques, ils en bégayent dans leur exposé apocalyptiques quotidien….

            Qu’il faille prendre des mesures c’est certain, mais voir de jeunes esprits se développer sur la base d’une psychose collective est encore plus inquiétant pour leur avenir.

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      • pap // 05.03.2020 à 01h13

        L’homme tue et la femme rend fou, comme dirait l’autre.
        Rassurez-moi, votre premier paragraphe est bien ironique ? Ou alors vous tombez dans le piège même que dénonce Chris Hedges?

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    • jc // 03.03.2020 à 11h00

      L’actuel combat politique a longtemps été conçu comme un combat de type darwinien (démocrate/républicain aux USA, gauche/droite en France) -et c’est encore le cas dans une large mesure-, ce combat se terminant par un vainqueur et un vaincu. Un combat politique de type amoureux masculin/féminin (opposition psychique qui est très certainement distincte de l’opposition physique homme/femme) aurait sans doute plus de chances d’être fécond (ce qui est suggéré en osant l’analogie masculin-féminin-psychique/homme-femme-physique), plus fécond en tout cas que l’actuelle stérile opposition si bien symbolisée par le face à face de l’entête de l’article.

      Élie-Bernard Weil: « Il faut apprendre ou réapprendre à penser toujours d’une manière bipolaire et de ne pas céder à l’attrait d’une pensée unipolaire, branchée sur un pôle dominant -ce qu’on appelle aussi « pensée unique » de nos jours -une tentation qui fait immanquablement plonger dans l’erreur et l’impuissance. »

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    • M.Smith // 03.03.2020 à 14h22

      Dans votre franche opposition considérez-vous les transfemmes comme des femmes (ce que conteste certaines lesbiennes) et les transhommes comme des hommes, et que faites-vous des intersexes et des non binaires ? (Question sarcastique, je précise). La politique n’est pas une affaire de sexe ou de genre parce qu’elle ne se réduit à des questions sociétales (et même dans ce cas cela ne fonctionnerait pas).

      Pour autant les oppositions actuelles (Républicains et Démocrates, Droites et Gauches) ne sont pas convaincantes et pas non plus les tentatives sincères ou hypocrites de les dépasser (genre Macron).
      La vraie opposition est celle qui n’existe pas : entre les défenseurs du capital ou du néolibéralisme ou du mondialisme ou de la marchandisation, … bref de la perpétuation du système de démesure dans lequel nous sommes (les nuances sont cosmétiques), et les autres, non représentés parce que le système de représentation ne permet pas sa remise en cause.

      Les démesures des uns nourrissent celles des autres. La démesure du tout marchand engendre celle des démesures sociétales (dénaturalisation et marchandisation des corps) et les démesures sociétales engendrent les démesures de leurs réactions de pureté morale. C’est la théorie du ruissellement… des démesures. Car les ignorances ne se corrigent pas mais se renforcent les unes les autres.
      La première mesure pour retrouver un peu d’équilibre ou de raison, et espérer inverser la tendance (vers ce que l’on pourrait appeler la Démesurocratie, ou Hybristocratie), serait de poser des limites là où il en manque le plus cruellement, au sommet, dans le système financier qui règne sur les pouvoirs économiques et politiques. Problème, l’autorégulation du Marché est un mythe devenu religion mondiale officielle (et opium du peuple à travers le consumérisme).

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      • Chris // 03.03.2020 à 15h18

        « La politique n’est pas une affaire de sexe ou de genre parce qu’elle ne se réduit à des questions sociétales (et même dans ce cas cela ne fonctionnerait pas) »
        En fait, c’est bien plus simple : c’est une question de dominants et de dominés.
        Revoyez les travaux de Laborit…

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        • jc // 03.03.2020 à 16h42

          Chris: « c’est une question de dominants et de dominés ». Et c’est reparti pour un tour de manège!

          Ce qui est exactement ce que j’essaye d’éviter avec « mon » opposition masculin/féminin parce que je sens « au flair »:
          – que la domination multimillénaire de l’homme sur la femme est peut-être en train de prendre fin;
          – qu’il peut dès lors se dégager une harmonie entre les deux camps, harmonie introuvable entre dominants et dominés.

          Mais ceci exige pratiquement d’abandonner la théorie darwinienne, ce que, peut-être, beaucoup ne sont pas encore intellectuellement prêts à faire.

          (Il n’y a pas que Laborit à travailler -je ne dis pas ça pour moi-.)

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      • jc // 04.03.2020 à 08h56

        @ M.Smith

        1. Je ne considère l’homme et la femme que dans leur rapport avec le masculin et le féminin psychique. Plus précisément dit, pour moi, ici, masculin=yang et féminin=yin. Physiquement de sexe masculin, je me considère psychiquement comme un mixte -en des proportions variables et à déterminer- de yang-yin, de yin-yang et de yin-yin (je ne me sens pas -et je ne me suis jamais senti- psychiquement un vir, un yang-yang). En passant aux trigrammes, voire aux hexagrammes, il y a peut-être moyen d’affiner la chose et d’étalonner les LGBTQ. Je n’ai pas essayé car pas intéressé pour l’instant par ces cas marginaux (qui, demain, ne le seront peut-être plus; que connaissons-nous en effet des lois de l’évolution? -cf. la fin du 2.).

        2. Votre: « pour retrouver un peu d’équilibre ou de raison ».
        Je pense que nous sommes dans une période d’extrême confusion mentale et qu’il faut tenter de revenir aux sources premières d’intelligibilité pour espérer redonner du sens à « notre » monde moderne qui a perdu les pédales en désacralisant la nature pour sacraliser ce qui la désacralise, à savoir la technique (Jacques Ellul): à la coupure galiléenne la τέχνη des Anciens Grecs est devenue technique moderne et la φυσικη aristotélicienne est devenue physique moderne, dénaturations selon moi -et pas que!- considérables.

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      • jc // 04.03.2020 à 08h58

        (fin)

        L’intelligence est la capacité de s’identifier à autre chose, à autrui (Thom). Pour s’identifier il faut d’abord se comparer. D’où l’importance des analogies à réhabiliter. aristote s’est largement inspiré de la théorie des proportions d’Eudoxe pour fonder la rationalité occidentale.

        Si tout est uniforme on ne peut rien dire, rien n’est intelligible. Il faut donc différencier. Et, pour commencer, différencier binairement (j’ai choisi pour commencer la différenciation masculin/féminin). Toute la puissance de la théorie thomienne de l’analogie tient en l’analogie suivante que je considère comme génialissime: analogie entre le développement embryonnaire en biologie et le développement de Taylor en mathématiques (Stabilité structurelle et morphogenèse, 2ème ed. p.32).

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  • Maxhno // 03.03.2020 à 09h45

    Si seulement la bourgeoisie n’était responsable que de laxisme ce serrait merveilleux, il n’y aurait qu’a leurs mettre une petite claque sur le culs pour qu’ils reprennent leurs esprits et on pourrait recommencer a discuter mais malheureusement « laxisme » est un critère de faiblesse bien trop faible pour cette frange bien spécifique de notre société en 2020
    A force de culture hors-sol cette caste n’a même plus de fondamentaux fiables et doit pour survivre imposé une vision du monde complètement erroné, le mensonge devenu vertueux ils violent le sens des mots pour quelques substrats de plus en oubliant que c’est notre humanité qu’ils violent
    Le narcisse est bien trop puissant pour laisser les impressionnables délégués de classe se croire le monde

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  • christian gedeon // 03.03.2020 à 10h22

    Bon…qu’en termes compliqués ces choses là sont dites! je vais donner une version plus populaire ou populiste comme onn voudra. Il arrive un moment où les gens en ont marre qu’on les prenne pour des cons ouvertement. Où ils en ont marre que des « élites « autoproclamées leur disent comment vivre,quoi penser,quoi manger… qu’on leur donne sans arrêt des leçons de ceci ou de cela. Et qu’en plus,ils se fassent marcher sur la gueule par ces mêmes « élites « ,associées au monde sans pitié de la finance anonyme.En quelques années,on nous a expliqué que la famille n’était pas la famille, que les hommes n’étaient pas des hommes,et les femmes pas des femmes, que tout se valait et qu’un roulement de tambour valait une symphonie de Beethoven,que les gens et les usines étaient par nature « délocalisables « ,qu’il ne fallait plus fumer,plus boire,plus manger,plus rouler.faut il s’étonner que l’on cherche un « sauveur « ?

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    • jc // 03.03.2020 à 16h13

      En des temps troublés -qui pourraient survenir rapidement, qu’on le souhaite ou non- des « sauveurs » vont évidemment se présenter: cf. l’intervention de Santerre à ce sujet. Mais pourquoi pas des sauveuses? La France a eu Jeanne d’Arc et Jeanne Hachette. Pour aller -j’espère- dans le sens de christian gedeon, j’ai en vue une madame-sans-gêne des temps modernes pleine de bon sens qui tiendrait tête aux crétins surdiplômés qui forment notre actuelle élite (comme les nomme Emmanuel Todd), comme la maréchale Lefebvre tenait jadis tête à Napoléon et à Talleyrand.

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  • Jean // 03.03.2020 à 10h49

    « Hannah Arendt dans « Les origines du totalitarisme » souligne que les idéologies sont attrayantes en temps de crise parce qu’elles réduisent et simplifient la réalité à une seule idée. »

    « Tout le ressentiment des Américains mal éduqués à l’idée que leurs manières leur soient dictées par des diplômés universitaires trouvera un exutoire. »

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  • Santerre // 03.03.2020 à 11h00

    Ha ceux qui seraient tentés par « l’homme fort » et sa promesse de coup de balai, je recommande vivement la lecture de la courte histoire d’Orwell,  » La Ferme Aux Animaux » . C’est désespérant mais désespérément vrai et mille fois prouvé par l’histoire. Une bureaucratie encore pire remplace la précédente et une aristocratie pire remplace la précédente.
    Sinon, même notre « démocratie » présente d’étonnants changements sociologiques du personnel législatif. A l’époque de la troisième, les avocats et notaires phagocytaient la Chambre. Depuis 45 jusqu’à récemment, c’étaient les toubibs et enseignants qui squattaient l’Assemblée. Maintenant c’est un mélange de cadres administratifs et de drh.
    Plus grave, dans la haute fonction politique, administrative, policière, médiatique et la magistrature, les anciens de Science Pour sont monstrueusement surreprésentés. Bien plus que les membres du PC dans l’appareil de l’ex URSS. Il est urgent de fermer cette école de formation de commissaires politiques.

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    • Loxosceles // 03.03.2020 à 13h57

      Sinon on peut aussi changer son nom.

      En tout cas les ouvriers et prolétaires n’ont jamais dominé l’assemblée, pour sûr.

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      • Chris // 03.03.2020 à 15h22

        Ils furent en grand nombre dans la chambre bleu horizon de l’après-guerre 14-18.
        Certes pas pour longtemps, je vous l’accorde, la durée de l’émotion s’estompant vite.

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  • Pinouille // 03.03.2020 à 11h22

    « … verse lui même dans ce qu’il croit fustiger »
    Bien vu.
    Cette essentialisation (cad tendance à réduire une entité, un problème à un nombre très restreint de paramètres/notions) se généralise à tous les niveaux. Je trouve cette tendance inquiétante car elle ne présage pas du meilleur: elle contribue grandement et inutilement à exacerber les tensions entre individus.
    Soit nos dirigeants/intellectuels/médias sont de moins en moins capables de produire une pensée complexe, soit ils ont renoncé à établir un discours/politique qui s’en réfère, pour des raisons électoralistes (populisme?) ou d’audimat. Je penche pour la seconde option.
    Cette tendance est exacerbée dans nos pays occidentaux par le fait qu’il est de plus en plus difficile de concevoir des solutions rationnelles/réalistes à nos problèmes: nous avons toutes les difficultés à faire face à nos contradictions. C’était moins sensible dans le passé (croissance, augmentation du niveau de vie, libération des moeurs, etc…), cela devient critique maintenant (vieillissement de la population, croissance en berne, inégalités, déficits, dette, écologie, réchauffement, etc…). Les conséquences sont multiples et à tous les niveaux, mais la principale est que les fondements démocratiques sont mis à mal.

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  • Madudu // 03.03.2020 à 11h38

    C’est une très mauvaise nouvelle en effet, car l’idéologie libérale permettait de rejeter toutes les formes de responsabilité sur les individus, ce qui avait convaincu le peuple états-unien qu’aucune solidarité n’est nécessaire et que la violence légitime n’a d’autre fonction que celle de faire respecter la propriété privée.

    Aujourd’hui, le peuple états-unien n’est plus assez docile pour accepter sans discuter la violente injustice de sa société et cela implique, au pays du libéralisme sauvage, bien d’autres choses qu’en France : la France peut vivre sans le libéralisme, elle y a toujours été hostile, mais les états-unis sont bâtis dessus et ne peuvent pas y renoncer sans connaître un profond bouleversement.

    Ce qui s’annonce c’est la fin des états-unis tels que nous les connaissons, à la manière de l’URSS il y a quelques décennies. Pour le peuple états-unien, cela signifie qu’il n’y a plus d’option désirable, cela signifie que c’est la fin de son histoire et bientôt le commencement d’autre chose que lui.

    Pour le monde c’est certainement une bonne nouvelle, mais pour les états-uniens c’est une tragédie.

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    • tepavac // 03.03.2020 à 18h04

      « pour les états-uniens c’est une tragédie. »

      Nous pouvons effectivement le voir ainsi, mais après réflexion il est possible que cela soit une opportunité pour cette jeune nation de se remettre en question et de s’imposer elle même les limites d’un corps qui se dit civilisé.
      Comme vous le soulignez, l’ontogenèse de cet « organisme » s’est battit sur un ADN des plus Darwiniens qui soit et il lui est difficile de supporter une quelconque opposition à ses désirs infantiles. Le Gvt Russe en sait quelques chose, quand à nous, combien de ses colères avons nous acceptez sous prétexte que c’est l’enfant chérie du 3eme millénaire.
      Oui le reste du monde à la chance que cet enfant roi ait été arrêté dans son élan ravageur et autodestructeur, mais cela suffit-il ? j’en doute, car ses « parents » le vieux continents est loin d’avoir la maturité pour servir de modèle.

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  • Vincent P. // 03.03.2020 à 14h23

    « il est tenu par les grandes entreprises qui le soutiennent, celles-là même qui ont orchestré l’inégalité grotesque des revenus, la désindustrialisation, la machine militaire incontrôlable, qui ont neutralisé les médias stérilisés et bâillonne le monde académique »

    C’est là que Hedges est le plus proche de la réalité, mais il est loin du compte :
    Même les institutions sont tombées, tenues elles aussi par les lobbies corrupteurs ou menaçants.
    Ainsi l’OIAC truque ses rapports pour coller à la ligne msm en Syrie, l’ONU délivre un blanc seing à l’OTAN en Lybie, le FMI pille Grecs, Espagnols, Portugais, Irlandais, Argentins (il me faut en passer), la Banque Mondiale et les Banques Centrales fabriquent et blanchissent ce qu’il convient de nommer de la fausse monnaie, l’U.E non élue dicte ses GOPE, etc.
    Les oligarques ont le dos assez large pour jouer les arbres masquant la forêt : on peut les nommer, têtes de turcs utiles à orienter notre focus.
    Le système mafieux, le Moloch Fric qui les contrôle eux et l’ensemble des maillons de la chaîne du vivre ensemble est lui innommable à plus d’un titre, il y a pour moi, (je rejoins Ph. Grasset) quelque chose de mystique qui se joue: c’est le Mal qui se repaît de ce que nous le laissons faire. Il ose même le dire lorsqu’il se grime en « Progrès ».
    En effet il progresse car nous le laissons tout dévorer.
    Mais nous ne sommes victimes que de notre lâcheté.
    Il est grand temps de redonner ses galons à la juste violence : David aurait-il laissé Goliath l’écraser au nom de la bienpensance ?

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    • tepavac // 03.03.2020 à 17h39

      « Il est grand temps de redonner ses galons à la juste violence  »
      Bien que j’approuve votre analyse, votre conclusion abonde dans le sens programmé de cette situation.
      Par ailleurs, à l’heure actuelle, le déséquilibre des forces est si grand entre le petit pourcentage des malintentionnés et le reste de la population mondiale, que c’est parfaitement illusoire.
      D’ailleurs vous le reconnaissez implicitement par votre analyse.

      Est-ce que cela signifie que tout espoir est vain, que perdu pour perdu autant foncer dans le tas ?
      Participer à l’hystérie collective améliore t-il les chances de voir un monde meilleurs et plus amène ?

      Succomber à la colère, même juste, obscurcie l’esprit et n’engendre que des douleurs, des injustices et sommes toute, alimente ce que précisément il est contesté.

      Notez que je ne jettes pas la pierre, votre réaction est saine et qui de nous n’est pas empreint de cette légitime révolte contre ce qui est à la fois inadmissible et peu glorieux pour l’idée que l’on se fait du genre humain.
      Mon propos est seulement de vous tendre la main.

      Dans l’ensemble, très belles intervention des commentateurs et bien cordialement aux « Criseurs »

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      • Vincent P. // 04.03.2020 à 01h07

        Merci pour vos mots.
        Je suis d’accord sur ce qu’engendre la colère, mais au moins me permet elle de continuer à résister, ne pas m’habituer, céder et renoncer.
        Car ils sont nombreux mes camarades à peine quadras bien éveillés à trouver plus confortable de démissionner politiquement: ceux là aussi font le jeu d’un Macron à majorité absolue.
        Mon chemin traverse pour l’heure la colère; mon cap est la sérénité. Leur chute est un azimut qui manque à précision de ma boussole !
        Votre compréhension est un baume agréable, une courte escale où reprendre mon souffle.
        Au plaisir ^^

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  • Marie Pan-Pan // 03.03.2020 à 17h50

    pfff..encore une fois Hedges tire à blanc.
    Mieux vaut peut-être ne lire à présent que les titres de ses articles, même si le début semble bien engagé ça finit toujours par faire pschitt.

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  • Patrick LEVACHER // 03.03.2020 à 17h52

    Nous y sommes déjà et même sous HOLLANDE 1er le meurtrier ou l’assassin. Démocratie totalitaire et tyrannique.
    La rupture des liens sociaux, provoquée par l’effondrement de la société, l’inégalité des revenus, la stagnation sociale et la marginalisation de la classe ouvrière s’exprime dans d’innombrables pathologies sinistres. Une société clivée adopte des comportements autodestructeurs.

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  • Rémi // 04.03.2020 à 14h17

    Je retiendrais cette phrase qui dit tout:
    « Partout la société bourgeoise semble être à court d’idées constructives »,
    Nous avons là le symptome par excellence de la décadence occidentale.
    Attention par décadence je ne parle pas de race ou de religion, mais de la perte des ressords du moral (A bien distinguer de la morale) de l’occident.
    L’occident terre d’inovation est mort. Il produit de moins en moins d’idée. Remplacée par des innovations, des théorie de genre… Mettez le monde moderne dedans.
    Je réponds rapidement à la question du pouruqoi: L’occident fut longtemps une pénisule peuplée de nombreuses ethnies et entitées politiques qui se faisaient la guerre.
    Durant l’époque Grecque avec les citées états puis la guerre du péloponése et la confrontation avec la perse pour aboutir à Alexandre.
    A la mort d’alexandre c’est le bassin méditéranéen occidental qui avec la confrontation rome Vs Italie, puis les guerres puniques et enfin la conquéte du bassin méditéranéen oriental qui maintient le mouvement.
    Dés lors, le monde connu étant conquis la civilisation allait sombrer dans la décadence romaine.
    Aujourd’hui nous vivons le même phénoméne. Les états issus de la féodalitée se sont groupés en grandes alliances (Entente Vs Alliance, Axe, Vs Alliés/Communistes, Alliés Vs Communiste.) Quel en est le résultat? Il n’en reste plus qu’un: L’alliance occidentale qui n’a pour l’heure pas de réel adversaire.
    Dés lors l’aiguillon de changer la société, de limiter l’appétit de la caste ploutocratique a disparu. La nullité des hommes reprends le dessus.

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  • Libvert.fr // 08.03.2020 à 21h42

    « les politiques vont devoir proposer des solutions aux problèmes concrets de la majorité »

    => Pour moi le meilleur positionnement politique est le LIBERALISME VERT, car il respecte l’égalité en droit de chaque personne (homme, femme, noir, blanc, riche, pauvre, ..) et ajoute le respect de la nature humaine (via l’écologie de l’esprit, et donc le respect de l’espace psychique et du consentement)

    La pro-activité relationnelle et l’écoute pourraient être promus par des incitations aux formations en dév personnel (il est possible d’être pauvre et bien dans sa peau)

    De même, il serait possible d’imaginer de moins taxer les films calmes, non violents et les informations positives.

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