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10.avril.201810.4.2018 // Les Crises

La Ruée vers la guerre en Syrie, par Craig Murray

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Je partage avec vous la vision inquiète de Craig Murray (diplomate britannique, ancien ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l’Ouzbékistan, historien et activiste en faveur de la défense des Droits de l’Homme), qui a beaucoup œuvré sur l’affaire Skripal.

Je suis pour ma part plus prudent que lui (tout est toujours possible au Moyen-Orient…), mais oui, il est inacceptable, comme pour l’affaire Skripal, de sanctionner unilatéralement des pays tant que les enquêtes n’ont pas eu lieu et que la vérité sur les faits n’a pas été établie. Mais de deux choses l’une : soit on a affaire à une manipulation des rebelles en train de perdre, pour faire bombarder l’armée syrienne ; soit on a un gouvernement syrien délirant qui fait ceci (au moment où il allait gagner) pour envenimer la situation (ok, ça semble ridicule, mais bon, comme c’est une hypothèse complotiste…) ; dans tous les cas, il ne faut donc pas régir par les bombes, puisqu’il s’agit forcément de la volonté du criminel, quel qu’il soit.

Ces tambours de guerre sont vraiment très inquiétants, ce genre d’irresponsables n’ayant d’une part tiré AUCUNE leçon de l’Irak et de la Libye, et d’autre part toujours pas compris que le Monde du « On bombarde sans conséquence – Veni Vidi Vici » avait changé. Ils jouent donc gravement avec le feu :

La France n’a AUCUNE responsabilité, tout comme la Bolivie et le Sri-Lanka : cela relève de l’ONU et de tribunal pénal international.

Conséquence de l’amateurisme de dirigeants qui n’ont toujours pas compris qu’il ne faut jamais tracer publiquement des « lignes rouges » (ça se passe en off), faute de quoi on risque de se retrouver entraîné contre son gré dans ce genre d’aventure (quand ce n’est pas de créer de vocations de provocateurs visant à nous manipuler…)

J’adore quand le Président du pays qui a lancé deux bombes atomiques sur des populations civiles a ce genre d’avis très arrêtés…

Quoiqu’il en soit : « Pas de guerre pour soutenir les djihadistes ! »

Olivier Berruyer


Source : Craig Murray, 09/04/2018

Je n’ai jamais exclu la possibilité que la Russie soit responsable de l’attaque de Salisbury, entre autres possibilités. Mais j’écarte la possibilité qu’Assad lâche des armes chimiques sur la Ghouta. Dans cette guerre extraordinaire, où les djihadistes coupeurs de têtes financés par l’Arabie saoudite bénéficient du soutien aérien israélien et des « conseillers » militaires américains et britanniques, chaque fois que l’armée syrienne est sur le point de prendre le contrôle total d’une enclave djihadiste majeure, au dernier moment où la victoire est à leur portée, l’armée syrienne attaquerait des enfants avec des armes chimiques, sans aucune raison militaire. Nous avons été nourris de ce récit encore et encore et encore et encore et encore.

Nous sommes alors confrontés à une offensive de propagande de la part des politiciens néo-conservateurs, des think tanks et des « associations de bienfaisance » qui réclament une grande pluie de bombes et de missiles occidentaux, et nous sommes accusés d’insensibilité à l’égard des enfants qui souffrent si nous nous faisons des objections. Ceci malgré la certitude que les interventions militaires occidentales en Afghanistan, en Irak et en Libye ont eu des conséquences qui restent à ce jour tout à fait désastreuses.

Je crains que l’orchestration massive de la russophobie au cours des deux dernières années vise à préparer l’opinion publique à un conflit militaire plus large centré sur le Moyen-Orient, mais susceptible de s’étendre, et que nous approchons de ce but. La déconnexion de la classe politique et des médias par rapport à la population générale est telle que les leviers de bonne volonté pour empêcher cela sont, comme dans le cas de l’Irak, extrêmement peu nombreux, car les politiciens tremblent face au chauvinisme des médias. C’est une période extrêmement dangereuse.

Source : Craig Murray, 09/04/2018

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

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andrea naz // 10.04.2018 à 18h43

Je ne vois qu’un mouvement populaire -oublier un moment nos problèmes internes-, pour stopper net notre gouvernement dans ses intentions.
Souvenons-nous de le mobilisation en  » Amérique » au moment de la guerre du Vietnam.
L’opinion publique leur importe assez pour qu’ils profèrent sans honte des monceaux de mensonges -certes, ils nous prennent pour des cons à ressortir toujours les mêmes-, dépensent des millions pour l’endormir et la formater, alors, l’opinion publique peut clamer haut et fort qu’elle n’est pas dupe, et le fût-elle, qu’elle est contre cette ingérence.

164 réactions et commentaires - Page 2

  • Anwen // 12.04.2018 à 10h31

    En tentant de savoir s’il n’y a pas une alternative de Paix à la guerre, nous sommes amenés à nous poser la question suivante : La guerre a t-elle toujours existé ?
    C’est dans l’histoire de l’évolution physiologique de l’homme que nous trouvons l’origine et la cause de la guerre.
    Si l’homme aime les combats c’est parce qu’il possède des facultés motrices qui ont besoin d’emploi. C’est pour avoir le plaisir de batailler, bien plus que pour défendre telle ou telle cause, pour venger tel ou tel affront. Le motif de la bataille lui importe peu. C’est la bataille elle-même qu’il aime et qu’il cherche. Et ce qui le prouve c’est que le pugilat est, pour lui, un jeu amusant.
    Du reste, les jeux du cirque, les combats de taureaux, les anciens tournois, simulacres de guerre, et tous les jeux qui simulent une bataille, prouvent bien que, pour l’homme, la lutte est un plaisir, presqu’un besoin.
    Donc la guerre a eu, pour principe, la satisfaction de l’instinct masculin.
    C’est lorsque les hommes vieillissent et perdent leurs facultés motrices, si exubérantes dans la jeunesse, qu’ils changent de manière de voir. Ils reviennent alors à des idées plus pacifiques, l’expérience leur a montré les conséquences désastreuses de la guerre à l’âge où la lutte n’est plus, pour eux, un besoin physiologique.
    Aussi, tentons de savoir pourquoi la nature humaine est organisée de telle sorte qu’en suivant ses impulsions l’homme ne va pas toujours vers le bien. Ce sera un enseignement.
    http://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/le-bien-et-le-mal.html
    Cordialement.

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  • Simon // 12.04.2018 à 15h13

    Les éléments pour discréditer Craig Murray ne manquent pas. Les produire a été quand même un besoin pressant ces quinze années passées. Le plus souvent cités sont sa misogynie et son attitude déplorable envers les femmes, son antisémitisme, et son instabilité mentale.

    En Uzbekistan, il a quitté sa femme pour une jeune uzbek, Nadira. 15 années plus tard, ils vivent ensemble en écosse.

    Antisémitisme? Ca semble assez facile de s’en faire taxer. Faites votre propre idée.

    Côté instabilité, il dit souffrir de la dépression, pour laquelle il s’est lui même rendu à l’hôpital 2 fois je crois. Comme il vit le sors réservé des lanceurs d’alerte, exclusion, fin de carrière etc., ça ne me semble pas bien mystérieux, et il faut des fois tenir compte du ressentiment qui en découle.

    Je suis son blog depuis, je ne sais pas, une douzaine d’années. Je ne compte plus le nombre de scoops qu’il a eu en ce temps : Gould-Werrity (https://goo.gl/dVtZv4), Assange et le piège suédois (https://goo.gl/13zxnn), Trump-Russia (https://goo.gl/2H5pJd), Shai Masot (https://goo.gl/FKg3wT), C’est un personnage bien placé pour décrypter la descente aux enfers du monde anglophone.

    (Pour connecter les points, c’est moi Simon l’australien que vous avez gentiment aider quand je suis monté pour le conférence Chomsky)

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  • Marie Colin // 15.04.2018 à 23h06

    un point de vue rafraichissant face à la volière matinale de France Culture repris par le site :
    https://www.les-crises.fr/emmanuel-todd-en-equilibrant-les-pouvoirs-la-russie-est-un-pole-de-stabilite/
    Si j’avais son talent et son érudition, j’aurais pu dire la même chose que lui… Merci Manu !!!
    Faut entendre la pauvre péroquette tenter de le contrer, c’est pathétique.
    Sont pas près de recommencer à l’inviter, cet oiseau rare !!!

      +0

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