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14.octobre.202114.10.2021 // Les Crises

Le 11 Septembre et la naissance de l’État de surveillance américain

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Il a fallu Edward Snowden et d’autres lanceurs d’alerte pour révéler l’étendue stupéfiante de l’espionnage du gouvernement sur sa propre population, les contrôles institutionnels ayant fait défaut.

Source : The Guardian, Ed Pilkington
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le matin du 11 septembre 2001, un jeune homme de 18 ans conduisait sa Honda Civic blanche pour se rendre à son travail de concepteur web indépendant. C’était une belle journée sous un ciel bleu éclatant, et alors qu’il descendait la route 32 dans le Maryland, fenêtre baissée et radio à fond, le jeune homme était sûr que ce serait un jour de chance.

Peu après 8 h 46, la radio a annoncé qu’un avion s’était écrasé sur l’une des tours jumelles (Twin Towers) de New York. À 9 h 03, alors qu’il était alors à son bureau, il a été abasourdi quand il a entendu qu’un deuxième avion s’était écrasé sur l’autre tour, suivi une demi-heure plus tard par une catastrophe similaire au Pentagone à Washington.

D’un bond il est retourné à sa voiture, a enclenché la marche arrière, tout cela pour se retrouver coincé dans les embouteillages, pris en sandwich au milieu de centaines d’autres véhicules. Il éait là, immobilisé devant le siège de la National Security Agency (NSA), l’agence de renseignement américaine qui gère l’une des plus grandes opérations de surveillance au monde.

La route était embouteillée par le personnel qui se déversait du bâtiment de la NSA après avoir reçu l’ordre d’évacuer. L’air était saturé de cris, de sonneries de téléphones portables et de moteurs de voitures qui vrombissaient en vain dans le trafic à l’arrêt.

Le spectacle surréaliste de milliers d’agents de renseignement de la NSA abandonnant leur poste après la pire attaque terroriste contre les États-Unis, pour s’enliser dans les embouteillages, a profondément marqué le jeune Edward Snowden. Tout comme le 9/11 en soi qui allait radicalement changer le cours de sa vie.

Dans la foulée, Snowden a été entraîné dans l’élan de patriotisme qui a balayé la nation. Désireux de faire sa part, il s’est engagé dans l’armée, est entré dans la communauté du renseignement et, quelques 12 ans après le 9/11, s’est retrouvé au sein de la NSA, là même où il s’était retrouvé coincé ce jour fatidique.

Les attentats contre les Twin Towers et le Pentagone ont plongé Snowden au cœur des opérations secrètes de surveillance des États-Unis. Mais ce faisant, il a eu accès à des bases de données hautement classifiées qui lui ont révélé l’existence d’un vaste monde secret, une sorte d’État caché au sein de l’État, créé dans le sillage de 9/11.

Par la suite, Snowden devait organiser la plus grande fuite de renseignements de l’histoire de la NSA. Cette fuite mettrait en pleine lumière un des grands héritages de 9/11, à savoir l’avènement d’un état de surveillance omniprésent aux Etats-Unis.

« La panique nous a rendus politiquement vulnérables », a déclaré Snowden au Guardian alors qu’il se penchait sur le 20e anniversaire de 9/11. « Cette vulnérabilité a été exploitée par notre propre gouvernement afin que ce dernier s’octroie des pouvoirs considérablement renforcés qui, pendant des décennies, avaient été hors de portée. »

Snowden a déclaré qu’à la réflexion, l’explosion de l’espionnage intérieur après 9/11 aurait dû être anticipée. « Nous aurions dû savoir ce qui allait arriver et, quand je relis les comptes-rendus publics, je pense que sur le plan intellectuel, beaucoup d’entre nous en étions conscients. Mais les élites politiques et médiatiques n’ont eu de cesse que de répéter sans relâche que le choix était évident : c’était soit la garantie de vivre soit la certitude de mourir. »

Ce jeune homme du 11 septembre est aujourd’hui exilé loin de son propre pays, inculpé en vertu de l’Espionage Act [L’Espionage Act est une loi fédérale des États-Unis adoptée le 15 juin 1917, peu après l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale. Elle était destinée à empêcher toute tentative de soutien d’ennemis du pays pendant la guerre, la promotion de l’insubordination dans l’armée américaine ou l’interférence au sujet du recrutement militaire américain, NdT] pour avoir révélé que le gouvernement américain s’adonnait à l’espionnage généralisé de sa propre population. À ses yeux, deux décennies plus tard, l’affirmation erronée selon laquelle il était nécessaire de renforcer le pouvoir de l’État pour éviter une mort assurée due à de nouvelles atrocités terroristes a conduit à des décennies d’indifférence au sein de la population.

« Avec une telle attitude, qui pouvait se soucier de savoir si la machine de l’État devait ou non prendre des gants ? C’est seulement maintenant que nous commençons à nous en préoccuper – à nous en soucier collectivement – parce que nous sommes assis au fond d’un trou créé il y a 20 ans, creusé par notre négligence. »

En 2013, au Brésil, des militants portant des masques à l’effigie de Snowden pour exprimer leur opposition aux programmes d’espionnage de la NSA. Photo : Ueslei Marcelino/Reuters

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C’est arrivé en un clin d’œil. Quelques heures après l’écrasement du quatrième avion dans un champ de Shanksville, en Pennsylvanie, la Maison Blanche de George Bush et et les chefs des services de renseignement ont commencé à jeter les bases de la surveillance de masse par l’état.

Le Patriot Act, qui a supprimé des règles de longue date empêchant l’État de surveiller les citoyens américains sans « cause légitime », a été adopté en un temps record de 45 jours. La loi a été promulguée sans débat ni opposition au Congrès, accordant aux agences nationales chargées de l’application de la loi de nouveaux pouvoirs absolus.

Cette loi a permis au gouvernement de surveiller le comportement en ligne des Américains tout en rendant l’obtention d’un mandat beaucoup plus facile. Elle a donné le feu vert au FBI et à la CIA pour procéder à des « écoutes itinérantes » permettant aux agents de suivre les flux de communications entre téléphones et ordinateurs.

Elle a démantelé le pare-feu mis en place depuis les années 1970 pour protéger les citoyens américains de la surveillance étrangère. Et elle a considérablement renforcé la possibilité pour le FBI d’obtenir, par le biais de lettres dites de sécurité nationale, auprès des compagnies de téléphone, des banques et des fournisseurs d’accès à Internet, les dossiers personnels des clients américains sans la moindre approbation d’un tribunal.

Le président George Bush signe le Patriot Act lors d’une cérémonie à la Maison Blanche en 2001. Photo : Doug Mills/AP

Si le Patriot Act a été élaboré en un clin d’œil, dans les coulisses, des systèmes secrets de surveillance de masse étaient construits à une vitesse encore plus grande. L’un des plans les plus audacieux a été rédigé à la tombée de la nuit, le soir même du 11 septembre.

Ce plan, intitulé de manière inquiétante «Total information awareness » (TIA : connaissance totale d’information), était l’idée de John Poindexter, un ancien officier de marine en disgrâce qui avait été le conseiller à la sécurité nationale de Ronald Reagan et un personnage clé du scandale Iran-contra. Selon Poindexter, la TIA devait servir d’alarme précoce pour d’éventuels futurs 9/11 en rassemblant les données numériques de tous les Américains – innocents ou coupables – et en les utilisant pour rechercher des schémas d’activité terroriste.

Aucun mandat ne serait requis. Ils le feraient tout simplement, sans tenir compte des lois ou des subtilités constitutionnelles.

« L’introduction de nouvelles technologies doit se faire dans un contexte de guerre », a déclaré Poindexter. Quelques semaines plus tard, il a réussi à vendre l’idée au Pentagone en échange d’un budget de 200 millions de dollars.

La NSA n’était pas loin derrière. L’agence était occupée à concevoir Stellar Wind, son système de surveillance sans mandat. Il vise à identifier les liens terroristes en analysant les métadonnées tirées des courriels, des appels téléphoniques et de l’activité Internet d’un grand nombre d’Américains.

Les documents de Snowden ont montré que dès le 14 septembre – soit trois jours seulement après les attentats – le directeur de la NSA de l’époque, Michael Hayden, avait pris une « décision tactique » pour commencer à épier les communications numériques des personnes résidant aux États-Unis. À partir de là, la NSA s’est octroyé le pouvoir de surveiller tout Américain sur le sol américain qui était en contact numérique avec un pays étranger où la présence de terrorisme était avérée – sans qu’un mandat ne soit nécessaire.

C’était un bouleversement sismique. Cela voulait dire que la plus puissante agence d’écoute de la nation s’était attribuée, sans consulter le Congrès ou les tribunaux, le pouvoir d’écouter les communications des Américains au mépris des droits constitutionnels et des lois. Le 4 octobre 2001, la Maison Blanche a autorisé, toujours en secret et sans consultation, la NSA à braquer ses projecteurs sur les citoyens américains dans le cadre de ce que l’on a appelé le programme de surveillance du président.

« Ils ont fondamentalement fait valoir une autorité de temps de guerre pour entreprendre une surveillance nationale qui est criminelle en vertu du droit statutaire », a déclaré Ben Wizner, l’avocat de Snowden, qui au sein de l’American Civil Liberties Union (ACLU) est en charge du travail sur la surveillance.

Comment les maîtres de l’espionnage ont-ils pu mettre en place des systèmes complexes de surveillance de masse à peine quelques heures, quelques jours après le 11 septembre ? Il n’y a qu’une seule réponse, selon de nombreux observateurs.

« Ils avaient tout préparé », a déclaré Cindy Cohn, directrice exécutive de l’Electronic Frontier Foundation (EFF), qui défend les libertés civiles dans l’espace numérique. « C’est ce que la NSA souhaitait depuis longtemps : mettre en place des écoutes, surveiller tout le trafic Internet et sélectionner ce qu’ils désiraient. Maintenant, enfin, la crise dont ils avaient besoin pour y parvenir était là. »

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Nous en étions au 10e anniversaire du 11 septembre 2001, et une nation entière au sein de la nation s’était mis en place pour garantir expressément la sécurité du peuple américain en plaçant tout le monde sous surveillance. Le Washington Post a appelé ça « l’Amérique top secret cachée des regards du public. »

L’infrastructure de surveillance tentaculaire avait proliféré au point que personne – pas même les hauts responsables des services de renseignement – ne savait combien elle coûtait ni combien d’employés elle concernait. La meilleure estimation du Post en juillet 2010 était qu’elle couvrait 10 000 sites partout aux États-Unis.

On peut avoir une idée de l’ampleur de l’augmentation en examinant certains des éléments publics. Le nombre de Natonal Security Letters [requêtes contraignantes, ou sortes de subpoena administratifs, émis par des agences fédérales américaines, en premier lieu desquelles le FBI, mais aussi le département de la Défense des États-Unis, etc., qui leur permettent d’obtenir d’organismes, publics ou privés, toute information nominative à des fins de surveillance, et ce, sans aucune supervision judiciaire, NdT] accordées chaque année a plus que quadruplé entre 2000 et 2003, atteignant un pic de près de 60 000 l’année suivante. En 2008, près de 20 000 personnes étaient visées par ces lettres.

Le budget du renseignement est passé d’un peu plus de 40 milliards de dollars par an à la fin des années 1990 à près de 100 milliards de dollars en 2010, pour en rester à un montant de 80 milliards de dollars jusqu’à ce jour.

Lorsque Wizner se penche sur les vingt dernières années, il est frappé non seulement par cette explosion de la surveillance, mais aussi par l’échec de la gouvernance qui l’a rendue possible. Des institutions clés telles que la cour secrète de surveillance des renseignements étrangers, qui est censée assurer un contrôle juridique, ont fait acte de soumission devant la NSA.

« C’est une affaire de contrôles et de contrepouvoirs qui ont failli, a déclaré Wizner. Les tribunaux ont préféré s’en remettre à l’expertise et aux exigences de secret de l’exécutif, le Congrès n’a pas su demander des comptes aux agences de renseignement. »

Même les médias n’ont pas réussi à demander des comptes au pouvoir. Lorsqu’en 2005, le New York Times a révélé les écoutes sans mandat de la NSA, le journal a admis qu’il avait gardé l’affaire sous silence pendant un an à la demande de la Maison Blanche.

Le LA Times a mis en avant une histoire apportée par un lanceur d’alerte qui a révélé que la société de télécommunications AT&T avait remis l’ensemble de son trafic Internet à la NSA. Hayden et le directeur du renseignement national de l’époque, John Negroponte, avaient fait pression sur le journal.

Le président George Bush entouré de membres du Congrès lors d’une cérémonie de signature pour le renouvellement de la loi USA Patriot and Terrorism Prevention Reauthorization en 2006. Photo : Ron Edmonds/AP

La supervision conventionnelle a tout de même enregistré quelques succès. Ron Wyden, sénateur américain de l’Oregon, a réussi à faire fermer le programme Total Information Awareness de Poindexter en 2003, après qu’un stagiaire de son bureau soit tombé sur des documents décrivant l’opération.

« C’était une de nos premières victoires : cela aurait été la plus grande opération d’espionnage de l’histoire », a déclaré Wyden. (Trois ans plus tard, on a découvert que des éléments du programme avaient été secrètement transférés du Pentagone à la NSA).

Wyden, membre de longue date de la commission sénatoriale sur le renseignement, a été à l’avant-garde des efforts visant à faire la lumière sur le monde de la surveillance secrète. À l’approche du 10e anniversaire du 9/11, il a lancé son célèbre appel au Sénat, déclarant aux Américains que lorsqu’ils découvriraient comment le gouvernement avait interprété le Patriot Act, « ils seraient abasourdis et très en colère ».

Deux ans plus tard, lors d’un autre moment mythique, il a posé une question directe au directeur du renseignement national de l’époque, James Clapper, afin de savoir si la NSA rassemblait des données sur des centaines de millions d’Américains. « Non, monsieur », a menti Clapper.

Wyden a déclaré au Guardian que cet échange montrait jusqu’à quel point le gouvernement s’était laissé aller en termes de valeurs américaines fondamentales. « James Clapper a menti au peuple américain et il a menti à la commission. Ce n’était pas la seule fois qu’ils mentaient : ils ont menti plusieurs fois au fil des ans, c’est pour cela que j’ai finalement dit que si je ne posais pas en public la question que j’ai posée, alors je ne ferais pas mon travail. »

Le sénateur Ron Wyden, au centre, avec le sénateur Jon Corzine, à gauche, et le sénateur Russ Feingold, annoncent la législation visant à suspendre le programme Total Information Awareness et l’extraction de données en 2003. Photo : Terry Ashe/AP

Il est paradoxal de constater que malgré toutes les tentatives de Wyden pour faire éclater la surveillance au grand jour, la pleine vérité sur la surveillance systématique de toutes les communications numériques des Américains est restée cachée. En tant que membre de la commission, le sénateur était informé en secret des écoutes sans mandat, mais il a été entravé par ce qu’il a appelé les restrictions « pesantes et difficiles à gérer » relatives à ses remarques publiques.

Le Guardian a demandé à Wyden s’il pensait, avec le recul de ces 20 dernières années, que le Congrès aurait pu faire davantage pour contrôler les agences de renseignement.

« Avec le recul, la réponse est : bien sûr. On continue de pousser le rocher en haut de la colline et on obtient des victoires, et il y a des moments où on aurait aimé qu’il y ait plus de soutiens en faveur d’une réforme. »

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Avant Edward Snowden, il y a eu Mark Klein. Il est le lanceur d’alerte qui a révélé l’histoire d’AT&T que le LA Times a refusé de publier. Klein était technicien, il était affecté à la salle Internet du bâtiment AT&T de Folsom Street, à San Francisco, et c’est par là que transitaient, à toute heure, des quantités colossales de données. On était alors en 2004 et, à l’insu du public, la société de télécommunications s’était pliée en quatre dès les premiers jours après le 9/11 afin d’aider le gouvernement américain à espionner sa propre population.

Alors que Klein procédait à un entretien de routine, son regard a été attiré par un répartiteur à l’intérieur de la pièce. Il divisait le faisceau lumineux transportant les données en deux signaux distincts, et transmettait l’un d’eux – une copie exacte de l’autre – jusqu’à l’étage inférieur.

La curiosité de Klein a encore augmenté lorsqu’il a essayé de suivre le signal et qu’il a découvert que la pièce à l’étage plus bas était fermée par une porte marquée 641A. Personne n’était autorisé à y entrer sans une autorisation spéciale de la NSA.

Lorsque Klein a obtenu des documents techniques internes décrivant le flux de données passant par le répartiteur jusqu’à la pièce secrète, ses soupçons ont été confirmés. La NSA copiait et rassemblait les informations de tout le monde, non seulement celles d’AT&T mais aussi celles de 16 autres fournisseurs d’accès à Internet qui partageaient le réseau.

« J’ai été horrifié et abasourdi. C’était comme un état policier, qui récupérait aveuglément les informations de tout le monde et permettait aux agents de les consulter à leur guise. »

Le bâtiment de la National Security Agency à Fort Meade, Maryland. Photo : Charles Dharapak/AP

La découverte de Klein a été rendue publique par le magazine Wired en 2006. Les documents qu’il a obtenus ont ensuite constitué la base d’une action en justice majeure lancée par l’EFF, bien qu’en 2008, le Congrès a adopté une loi exonérant AT&T et d’autres compagnies de téléphone de toute responsabilité légale pour avoir collaboré avec les responsables de l’espionnage.

Mark Klein, Thomas Tamm, Thomas Drake, William Binney, Kirk Wiebe, Edward Loomis, Diane Roark – la liste des personnes qui, pour des motifs divers, ont fourni des informations essentielles aux journalistes d’investigation cherchant à dévoiler l’État de surveillance est longue et impressionnante. Sans eux, compte tenu de l’échec des contrôles et des contre pouvoirs, nous serions peut-être encore dans l’ignorance aujourd’hui.

« Tout ce que nous savons sur la surveillance de masse, nous le savons non pas grâce à nos institutions gouvernementales, mais malgré elles, a déclaré Wizner. Nous le savons grâce à des sources et des journalistes courageux qui ont fait éclater ces histoires au grand jour. »

Et puis il y a eu Snowden. Le 6 juin 2013 – près de 12 ans après le 11 septembre – le Guardian a publié le premier article brûlant exposant la pêche des enregistrements téléphoniques de millions de clients de Verizon par la NSA. Le lendemain, le journal a fait état de Prism, un système permettant d’aspirer les données provenant de géants américains de l’internet, dont Google et Facebook.

Le couvercle de l’État de surveillance secret des États-Unis a finalement été soulevé. L’un des documents que Snowden a divulgué résume bien la position de la NSA : « Tout renifler, tout savoir, tout collecter, tout traiter, tout exploiter, tout partager. »

Snowden a une façon encore plus imagée de résumer les conséquences publiques du monde fermé qu’il a fait éclater. Dans ses mémoires, Permanent Record, il écrit : « Nous avions tous été réduits à quelque chose ressemblant à des enfants, qui seraient forcés de vivre le reste de leur vie sous la surveillance omnisciente de leurs parents. »

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Il est tentant de considérer la surveillance de masse mise en place après 9/11 comme un grand facteur de nivellement – après tout, la NSA s’est effectivement emparée des métadonnées de tous les Américains, sans distinction de race, de classe ou de religion. Mais suggérer que 9/11 a donné naissance à une nouvelle forme d’égalité dans le domaine de l’espionnage sous l’œil attentif du gouvernement serait une mascarade.

La surveillance a toujours été inégalement exercée aux États-Unis, et cela remonte à l’époque où les esclaves devaient porter des lanternes la nuit pour pouvoir être surveillés. Après le 11 septembre, ça a été le tour des musulmans.

« Le Patriot Act a été le tremplin de ce qui est devenu une saison de chasse ouverte contre les musulmans américains », a déclaré Nihad Awad, directeur exécutif du groupe de défense du Council on American-Islamic Relations [Le Conseil des relations américano-islamiques est un groupe musulman de défense des droits civils et de défense des droits civils. Son siège social est situé à Capitol Hill à Washington, D.C., avec des bureaux régionaux dans tout le pays, NdT]. « Il n’y avait pas de règles. Le gouvernement a simplement dit : Occupons-nous des musulmans. »

Avant le 11 septembre, Awad avait été invité à siéger dans des comités consultatifs de la Maison Blanche. Après le 11 septembre, lui et sa famille étaient régulièrement arrêtés et fouillés dans les aéroports et traités comme des criminels. « Nous étions devenus l’ennemi », a-t-il déclaré.

Pendant des années, Awad a été déconcerté par les articles hostiles de la presse faisant état de détails personnels, les refus des banques de faire affaire avec lui. Il a dû attendre les révélations de Snowden pour pouvoir donner un sens à ce qui se passait.

Une enquête menée par The Intercept sur la base des fichiers de Snowden a montré qu’Awad avait été placé sur une liste top secrète de 7 485 personnes, dont de nombreux étrangers mais comptant aussi un nombre indéterminé d’Américains, dont les courriels étaient surveillés par la NSA et le FBI. Parmi ces personnes figuraient d’autres Américains musulmans de premier plan, dont un ancien candidat Républicain, un avocat et des professeurs d’université.

« Lorsque Snowden nous a fait savoir que j’étais sur la liste, j’ai réalisé que le gouvernement avait eu accès à mes courriels privés et qu’il les avaient partagés avec le Congrès et même les avaient divulgués aux médias », a déclaré Awad.

« Je me suis senti comme une personne ayant été victime d’une invasion par mon propre gouvernement, puni pour avoir dirigé une organisation de défense des droits civiques. Si des gens comme moi, en position d’influence, étaient traités de la sorte, qu’en était-il du musulman moyen ? »

En 2012, Asad Dandia a découvert un secret perturbant concernant un ami qu’il a rencontré alors qu’il aidait à gérer une association caritative qui distribuait de la nourriture aux familles musulmanes nécessiteuses du sud de Brooklyn. Photo : Laylah Amatullah Barrayn

Asad Dandia est né et a grandi à Brooklyn. Il avait huit ans lors du 11 septembre et était adolescent lorsque ses problèmes ont commencé. Musulman pratiquant, il avait fondé avec des amis une association de distribution alimentaire pour venir en aide à des familles en difficulté de sa communauté.

En mars 2012, par l’intermédiaire de Facebook, il a été contacté par un inconnu du nom de Shamiur Rahman, faisant état de son désir de faire du bénévolat pour une organisation à vocation spirituelle comme la sienne. Rahman disait avoir lui-même traversé une période difficile et être désireux maintenant d’aider les autres.

Dandia a fait bon accueil à Rahman. « Il s’est rapidement rapproché de moi et de mon entourage, a-t-il déclaré. Il a rencontré ma famille, il a mangé les repas de ma mère, il a dormi chez moi une nuit. Nous avons partagé de nombreux moments privilégiés de réflexion émotionnelle et spirituelle. »

Parfois, Rahman se comportait bizarrement. Chaque fois que Dandia le présentait à quelqu’un, la première chose qu’il faisait était de demander le numéro de téléphone. Il posait également des questions polémiques, comme par exemple pour savoir ce que Dandia pensait de l’assassinat de Christopher Stevens, ambassadeur américain en Libye, tué à Benghazi.

« C’était une question vraiment stupide – c’était un meurtre et nous pensions bien évidemment que c’était inadmissible », a déclaré Dandia. Mais il a accordé à Rahman le bénéfice du doute.

« J’ai attribué cela au fait qu’il avait des problèmes de santé mentale et de toxicomanie. Je pensais que nous devrions être patients avec lui. »

Quelques mois après l’arrivée de Rahman dans sa vie, Dandia a été pris à part par un membre de sa communauté musulmane locale qui travaillait comme officier de la police de New York. « Vous êtes surveillé, il y a un dossier avec votre nom et vos photos et vous êtes suivi », a-t-il dit à Dandia.

Sept mois après le début de leur amitié, Rahman a publié une confession sur Facebook. Il était en fait informateur pour la police de New York et était chargé d’infiltrer les groupes musulmans et les mosquées.

Asad Danida a découvert que son nouvel ami était en fait officier de la police de New York et avait pour mission de le suivre. Photo : Laylah Amatullah Barrayn

La nouvelle a circulé rapidement et a jeté un froid dans toute la région. Les mosquées ont demandé à Dandia de cesser de collecter des fonds pour sa banque alimentaire, car elles craignaient d’être elles-mêmes visées. Dandia s’est replié sur lui-même.

« Cela m’a rendu méfiant envers les gens. J’ai caché mes opinions politiques à tendance de gauche et mes engagements religieux plus profonds. Ce n’était pas comme ça que je voulais vivre, dans un état de paranoïa permanent, mais il y avait une rupture totale de la confiance. »

Par le biais de l’Associated Press, Dandia a appris qu’il n’était qu’une infime particule dans la vaste surveillance des musulmans exercée par la police de New York. Les communautés de toute la côte est du Nord au Sud étaient cartographiées par une « unité démographique » secrète et les habitudes quotidiennes des individus – achats, travail, prière, école – étaient traquées dans d’énormes bases de données conçues par la CIA.

La majorité des perquisitions « Sneak and Peak » concernaient des délits liés à la drogue [Un mandat de perquisition de type « sneak and peek » (officiellement appelé « Delayed Notice Warrant » et également appelé « covert entry search warrant » ou « surreptitious entry search warrant ») est un mandat de perquisition autorisant les agents chargés de l’application de la loi qui l’exécutent à pénétrer physiquement dans des locaux privés sans l’autorisation ou la connaissance du propriétaire ou de l’occupant et à fouiller clandestinement les locaux ; généralement, cette entrée nécessite une effraction furtive, NdT].

Les musulmans toxicomanes qui tombaient dans les griffes de la police de New York, comme Rahman, se voyaient proposer un traitement clément en échange de leur rôle d’informateur.

« Je me suis senti trahi, a déclaré Dandia. Je suis né et j’ai grandi à New York. C’est la ville que j’aime et que je suis fier d’appeler mon foyer. Elle m’a ciblé à cause de ma religion, comme si j’étais un ennemi étranger. »

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Depuis que Snowden a braqué son rayon laser sur le système de surveillance secret de l’État dans l’État, des efforts concertés ont été déployés pour rétablir l’équilibre entre les libertés individuelles et la sécurité nationale ,qui avait été détruit après le 11 septembre. La loi USA Freedom Act de 2015 a limité certaines des pratiques de la NSA en matière de métadonnées, en transférant le traitement des données téléphoniques massives de l’agence vers les compagnies de téléphone, et en ouvrant le tribunal de surveillance du renseignement étranger à un minimum d’examen public.

C’était la première fois depuis les années 1970 que le Congrès limitait de quelque manière que ce soit l’autorité de la NSA. « Nous avons fermé de grandes parties de l’internet aux plus anciennes méthodes de surveillance de masse », a déclaré Snowden au Guardian.

En 2019, la NSA a fait savoir qu’elle avait mis fin à sa collecte massive d’enregistrements téléphoniques et de textes. La NSA a invoqué des « irrégularités techniques », mais il était alors largement connu que le programme d’espionnage avait non seulement été illégal dès sa conception, mais qu’il n’avait tout simplement pas fonctionné.

Bien que la NSA ait affirmé qu’en espionnant les communications de tous les Américains, elle avait déjoué de nombreux autres 9/11, elle n’a pu citer qu’une seule affaire de terrorisme, celle de Basaalay Moalin, reconnu coupable d’avoir financé l’extrémisme somalien, affaire qui avait été révélée par le biais du programme des relevés téléphoniques. L’année dernière, un juge fédéral en est arrivé à la conclusion que même le cas de Moalin n’était pas pertinent : la NSA n’ayant joué aucun rôle dans sa condamnation.

Il y a eu d’autres victoires dans la bataille contre l’État de surveillance. Wyden a été encouragé par le vote du Sénat, l’année dernière, de son amendement visant à protéger l’historique de navigation des Américains contre la surveillance secrète.

L’amendement a échoué, mais par une seule voix. « J’ai trouvé cela très révélateur, nous avons presque gagné – cela ne serait pas arrivé il y a 15 ans. »

Asad Dandia s’est porté partie prenante dans un recours collectif pour contester la surveillance de masse de la police de New York à son égard et à l’égard de tant d’autres Américains musulmans. En 2016, ils ont obtenu un accord de compromis sans précédent qui a fortement limité le ciblage des groupes religieux et raciaux par la police.

« Je me suis senti renforcé, cela m’a redonné espoir dans le fait que les Américains peuvent amener le pays à vivre selon ses propres idéaux », a-t-il déclaré.

Asad Dandia s’est joint à une action collective pour contester la surveillance exercée par la police de New York le concernant ainsi que d’autres musulmans américains. Les parties ont fini par s’entendre dans le cadre d’un accord prévoyant la réduction de la surveillance policière des groupes religieux et raciaux. Photo : Laylah Amatullah Barrayn

Le changement le plus important s’est peut-être produit au sein du peuple américain. La soif des individus à se protéger contre les écoutes de l’État est devenue si pressante que les géants de la tech ont été obligés de réagir et en 2016, pour la première fois depuis la création d’internet, celui-ci a transporté plus de données cryptées que de non cryptées.

Ce qui ne veut pas dire que l’État dans l’État a disparu ou que l’équilibre entre vie privée et sécurité est parfait. « On en est loin », a déclaré Cohn.

La majorité des Américains pensent que les entreprises suivent la totalité ou la majeure partie de leurs activités en ligne.

Les adultes américains indiquent dans quelle mesure leurs activités en ligne ou hors ligne (par exemple, où ils vont et à qui ils parlent) sont suivies par les entreprises ou le gouvernement.

Le Guardian a demandé à des experts en surveillance ce qui, à l’heure actuelle, les empêche de dormir. Quels sont les nouveaux tours détestables des maîtres de l’espionnage qu’ils craignent le plus ?

Wyden a pointé du doigt les failles juridiques qui permettent à de véreux courtiers en données privés de vendre des informations personnelles des Américains à des agences gouvernementales sans aucune surveillance des tribunaux. « C’est quelque chose qui continue de m’inquiéter grandement », a-t-il déclaré.

Snowden a évoqué une évolution similaire, par laquelle la surveillance de masse est désormais principalement assurée par « des sociétés de télécommunications amorales et des sociétés de surveillance se faisant passer pour des agences de publicité. Elles exploitent les faiblesses de nos lois, de nos appareils et de nos réseaux pour étoffer leurs dossiers, puis les vendent aux gouvernements. »

Cohn a expliqué comment les caméras de surveillance étaient en train de devenir des armes, avec l’ajout de la technologie de reconnaissance faciale qui pourrait avoir des conséquences particulièrement graves pour les personnes de couleur.

Wizner a dit qu’il avait des sueurs froides face à la montée de la surveillance robotique et de l’IA. « De plus en plus souvent, nous verrons des décisions cruciales affectant nos libertés être prises au sein de boîtes noires », a-t-il déclaré.

Augmentation du nombre de caméras de surveillance installées aux États-Unis

Les installations de caméras de sécurité ont augmenté de plus de 3 500 % entre 2004 et 2021.

Selon Patrick Toomey, du projet de sécurité nationale de l’ACLU, ce qui l’empêche de dormir la nuit, c’est tout simplement tout cela, toute cette palette technologique. « La menace est celle de la surveillance permanente : être surveillé où que nous allions grâce à un vaste réseau d’appareils qui peuvent potentiellement écouter ce que nous disons, ou reconnaître qui nous sommes grâce à notre visage ou à notre façon de marcher. Il existe un danger très réel que ces informations sensibles soient utilisées pour prendre des décisions discriminatoires ou inexactes, qui peuvent avoir un impact profond sur nos vies. »

En dernière analyse, l’État de surveillance américain s’en est tiré en opérant dans le plus grand secret pendant tellement d’années après le 11 Septembre que la question demeure posée : nageons-nous toujours dans l’inconnu le plus total ?

« Ce sera toujours comme essayer de garder les friandises hors de portée du chat, a déclaré Snowden. Tant qu’ils sauront que ce qu’ils veulent est là quelque part, ils s’arrangeront pour trouver comment l’obtenir. »

Source : The Guardian, Ed Pilkington, 04-09-2021
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Fabrice // 14.10.2021 à 07h16

Il faut je pense réaliser que toutes les lois contre le terrorisme ou d’exception se sont toujours retournées contre les citoyens on l’a vu avec la cop21 qui servit à astreindre des activistes écologistes à domicile avec des lois prévues contre le terrorisme.

Le pass sanitaire provoque autant de levée de bouclier non pas à cause de la vaccination (en tout cas en majeur partie) mais bien sûr le risque de sa généralisation à d’autres excuses de moins en moins sanitaire et pourquoi parce que nos dirigeants veulent contrôler ceux qui devraient contrôler leurs actions et décisions.

12 réactions et commentaires

  • Fabrice // 14.10.2021 à 07h16

    Il faut je pense réaliser que toutes les lois contre le terrorisme ou d’exception se sont toujours retournées contre les citoyens on l’a vu avec la cop21 qui servit à astreindre des activistes écologistes à domicile avec des lois prévues contre le terrorisme.

    Le pass sanitaire provoque autant de levée de bouclier non pas à cause de la vaccination (en tout cas en majeur partie) mais bien sûr le risque de sa généralisation à d’autres excuses de moins en moins sanitaire et pourquoi parce que nos dirigeants veulent contrôler ceux qui devraient contrôler leurs actions et décisions.

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    • LibEgaFra // 14.10.2021 à 10h15

      « Le pass sanitaire provoque autant de levée de bouclier »

      Le mot « pass » n’existe pas en Français. Combien de fois faudra-t-il le répéter?

      Un exemple de plus de la soumission culturelle.

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      • LaurentL // 14.10.2021 à 20h52

        Il est vrai que le pass aurait pu être formulé en français mais peut être que sa traduction de l’english en laisser passer était un peu trop coercitive pour les bonnes âmes.
        Il y avait aussi le choix de l’allemand mais l’ausweis de sinistre mémoire est trop défavorablement connoté.

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        • LibEgaFra // 15.10.2021 à 10h26

          Le passe ou le passeport, c’est déjà trop demander?

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  • Jean // 14.10.2021 à 08h58

    Les hackeurs, avant d’infiltrer un système d’information, observent son fonctionnement et collectent le maximum de données. Ensuite, à l’aide de ces informations, ils pénètrent dans les systèmes sécurisées pour y installer les programmes qui en modifieront le comportement. On utilise la même procédure pour pirater les cerveaux et la surveillance généralisée n’est que la première étape du processus.

    « Aujourd’hui, l’OTAN met au point un tout nouveau type de combat qu’elle a baptisé « guerre cognitive ». Décrite comme une « militarisation des sciences du cerveau », cette nouvelle méthode consiste à « pirater l’individu » en exploitant « les vulnérabilités du cerveau humain » afin de mettre en œuvre une « ingénierie sociale » plus sophistiquée. »

    Partie 1 : https://www.entelekheia.fr/2021/10/11/otan-la-guerre-cognitive-est-lancee-premiere-partie/
    Partie 2 : https://www.entelekheia.fr/2021/10/12/otan-la-guerre-cognitive-est-lancee-seconde-partie/

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  • roseceslamort // 14.10.2021 à 10h19

    fallait lire/écouter James Bamford, la surveillance globale n’est pas du tout un rejeton du 11 septembre -c’était juste une opportunité de pousser encore plus loin le curseur-, il parlait des pouvoirs de la NSA en long large travers dans la premiere moitié des années 80 dans la majorité des MSM (c’était encore possible à l’époque 🙂 )

    https://www.books.fr/puzzle-palace-nsa-grand-jour/
    https://www.youtube.com/watch?v=IXwHLMckzKM

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    • tchoo // 16.10.2021 à 15h19

      Mais si vous lisez bien l’article il va tout a fait dans ce sens, où alors comment pourriez vous expliquer que ces systèmes de surveillance furent is en place seulement trois jours après la date du 11/09/2001

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  • Araok // 14.10.2021 à 10h32

    Oui, Fabrice, opposé au pass sanitaire ( et non antivac) je me fais traiter de complotiste. Désormais je citerai Snowden:
    « La panique nous a rendus politiquement vulnérables », a déclaré Snowden au Guardian alors qu’il se penchait sur le 20e anniversaire de 9/11. « Cette vulnérabilité a été exploitée par notre propre gouvernement afin que ce dernier s’octroie des pouvoirs considérablement renforcés qui, pendant des décennies, avaient été hors de portée. »

      +5

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    • Fabrice // 14.10.2021 à 11h19

      Effectivement il serait intéressant que les gens lisent la stratégie du choc de Naomie Klein qui explique bien ce que nous vivons et subissons pour nous faire avaler tout et n’importe quoi, et certains qui croient ce monceau d’absurdité frôlent hélas le syndrôme de stockolm.

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      • John V. Doe // 14.10.2021 à 12h25

        Très vrai pour Naomi Klein. En même temps, on ne l’a pas attendue pour constater que les pouvoirs de tous poils utilisent l’actualité et ses événements pour faire avancer leurs agendas totalitaires selon le mécanisme du cliquet : une fois que c’est perdu, les pouvoirs ne rendent jamais les libertés arrachées… avant la révolution suivante 🙂

        Par exemple, nous pouvons déduire de l’exemple londonien que les JO de Paris vont permettre de faire reculer drastiquement les droits culturels tels copies privées, droits dérivés, droit de presse, etc… sous prétexte de « protéger la marque » (sic) et ses revenus. Presque accessoirement, les libertés publiques restantes seront aussi dans le collimateur à cette occasion.

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  • Mesquemai // 15.10.2021 à 09h46

    Le terrorisme, ennemi providentiel, qui fait le bonheur des états dits démocratiques.

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    • LibEgaFra // 16.10.2021 à 13h35

      Surtout quand ce sont les-dits états qui l’organisent et le financent avec l’aide de certaines monarchies.

      Pour rappel: « Al nosra qui fait du bon boulot ».

        +2

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