Source : The Washington Post, le 02/11/2016

Par Perry Stein

Une nouvelle étude qui vise à explorer les disparités historiques de richesses entre les résidents Noirs et Blancs de la région du District de Columbia a montré que les ménages blancs ont un patrimoine net 81 fois plus élevé que celui des ménages noirs.

Il est dit dans le rapport de l’Urban Institute intitulé « The Color of Wealth in the Nation’s Capital » (La couleur de la richesse dans la capitale de la nation), que la Grande Récession et la crise du logement de 2007 à 2009 ont exacerbé des disparités déjà existantes, avec les foyers noirs et hispaniques perdant environ la moitié de leur richesse. En 2013 et 2014, les ménages blancs dans la zone du District de Columbia (D.C.) avaient un patrimoine net de 284 000 dollars alors que celui des ménages noirs était de 3500 dollars. Les Hispaniques avaient un patrimoine de 13 000 dollars. Le patrimoine net est la valeur des biens moins les dettes.

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Selon cette étude, les américains asiatiques de la région ont accumulé plus de patrimoine que les résidents blancs. Les indiens asiatiques, par exemple, avaient un patrimoine net de 573 000 dollars alors que ce chiffre s’est maintenu à 496 000 dollars pour ceux d’origine coréenne et 220 000 pour les résidents d’origine chinoise. Le City paper [Journal Municipal, NdT] a été le premier à publier ces résultats.

Mais c’est le manque de patrimoine net des résidents noirs locaux, et les raisons de cet écart, qui sont si désolants.

“La différence de patrimoine est stupéfiante,” a déclaré William Darity Jr., professeur à la Duke University, qui a collaboré à l’étude avec l’Urban Institute et la New School de New York. “Les résultats montrent que l’éducation ne comble pas l’écart racial de richesse. Cela est cohérent avec les résultats au niveau national, mais c’est beaucoup plus dramatique ici.”

Le rapport retrace les tendances historiques qui ont empêché les familles noires d’atteindre un certain niveau de richesse, dans la région et dans tout le pays, de l’esclavage au manque de maisons abordables. En 1840, par exemple, les lois interdisaient aux noirs de posséder une entreprise. Plus récemment, les expropriations et les décisions de construire des autoroutes à travers des quartiers historiquement noirs ont atteint gravement les biens individuels et communs, déclare le rapport.

Dans le District, la proportion de la population noire s’est accrue alors que les résidents blancs partaient s’installer en banlieue. Jusque dans les années 70, les résidents noirs constituaient 70% de la population du D.C. En 2015, alors que les blancs commençaient à revenir en ville, et les revenus à grimper, les résidents noirs constituaient encore 48% de la population. Les hispaniques comptaient pour 10,4%.

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Mais les barrières structurelles dans le logement et l’emploi ont affecté la mobilité des résidents noirs, selon le rapport.

“Les Noirs du district métropolitain de Washington sont situés en bas de l’échelle des richesses,” dit le rapport. “Il y a une tendance à attribuer la différence de richesse entre les origines ethniques, aux défauts des caractères individuels des personnes démunies. Ce rapport donne l’histoire complète des barrières structurelles dans les politiques locales et nationales, les décisions de la Cour Suprême, les programmes et pratiques qui ont généré de la richesse pour les familles blanches et empêché l’accumulation de biens pour les familles noires, ou même les ont ruinées.”

La majeure partie du patrimoine net des américains est liée à leurs maisons, selon le rapport, et la valeur immobilière typique des ménages noirs est de 250 000 dollars, soit environ les 2/3 de la valeur des ménages blancs.

En plus du patrimoine net, le rapport examine aussi le niveau d’endettement, les autres biens, la possession d’une voiture et le taux de chômage. Le rapport indique que 95% des ménages blancs possèdent une voiture, comparé à 78% des ménages noirs. Concernant l’endettement, 33% des ménages blancs ont un véhicule à crédit, contre 47,3% des ménages noirs.

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Dans le District de Columbia, un même pourcentage de résidents noirs et blancs possède une entreprise, autour de 9%.

“Ce résultat peut être expliqué par la présence d’un grand nombre de Noirs au sein du gouvernement fédéral et local, avec des politiques étudiées pour accroître les possibilités de contrats pour les entreprises appartenant aux minorités,” lit-on dans le rapport.

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Lisez le rapport complet ici.

Source : The Washington Post, le 02/11/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

12 réponses à Le patrimoine net des foyers blancs du District de Columbia est 81 fois supérieur à celui des foyers noirs, par Perry Stein

Commentaires recommandés

dcff Le 09 décembre 2016 à 06h31

Cet article s’intitule « Le patrimoine net des foyers blancs du District de Columbia est 81 fois supérieur à celui des foyers noirs » parce que, comme il est dit dans leur rapport (page 11 du pdf), les auteurs ont décidé « de prendre les foyers blancs comme groupe de comparaison » (“with White households as the comparison group”).

Sinon il aurait bien pu s’appeler « Le patrimoine net des foyers indiens ou asiatiques (autres que chinois, coréens ou vietnamiens) est 164 fois supérieur à celui des foyers noirs ».

Incidemment, on apprend que ce rapport a été fait sur la base d’une enquête téléphonique, l’échantillon comprenant en fait 532 individus (page 56 du pdf).

Pour répondre à smaksing (Le 09 décembre 2016 à 06h03) qui s’étonne de la différenciation des asiatiques, on lui dira que c’est parce que l’étude fait partie d’un vaste projet, le “National Asset Scorecard for Communities of Color (NASCC)”, il faut donc considérer toutes les “communautés”, quel que soit leur effectif.

Enfin emm69 (Le 09 décembre 2016 à 01h30) pourra étudier le pdf à partir de la page 57 : il aura une description détaillée de la composition des patrimoines (mais évidemment pas d’explication sur la façon dont ils se sont constitués)

= http://www.urban.org/sites/default/files/publication/85341/2000986-2-the-color-of-wealth-in-the-nations-capital_7.pdf =

  1. dcff Le 09 décembre 2016 à 06h31
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    Cet article s’intitule « Le patrimoine net des foyers blancs du District de Columbia est 81 fois supérieur à celui des foyers noirs » parce que, comme il est dit dans leur rapport (page 11 du pdf), les auteurs ont décidé « de prendre les foyers blancs comme groupe de comparaison » (“with White households as the comparison group”).

    Sinon il aurait bien pu s’appeler « Le patrimoine net des foyers indiens ou asiatiques (autres que chinois, coréens ou vietnamiens) est 164 fois supérieur à celui des foyers noirs ».

    Incidemment, on apprend que ce rapport a été fait sur la base d’une enquête téléphonique, l’échantillon comprenant en fait 532 individus (page 56 du pdf).

    Pour répondre à smaksing (Le 09 décembre 2016 à 06h03) qui s’étonne de la différenciation des asiatiques, on lui dira que c’est parce que l’étude fait partie d’un vaste projet, le “National Asset Scorecard for Communities of Color (NASCC)”, il faut donc considérer toutes les “communautés”, quel que soit leur effectif.

    Enfin emm69 (Le 09 décembre 2016 à 01h30) pourra étudier le pdf à partir de la page 57 : il aura une description détaillée de la composition des patrimoines (mais évidemment pas d’explication sur la façon dont ils se sont constitués)

    = http://www.urban.org/sites/default/files/publication/85341/2000986-2-the-color-of-wealth-in-the-nations-capital_7.pdf =


    • Geoffrey Le 09 décembre 2016 à 07h50
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      voilà une bien belle contre-analyse, bravo…

      pq y-a-t’il des pauvres et des riches ? p’tèt à cause du capitalisme qui est essentiellement une machine/-ation à enrichir ceux qui ont un avantage concurrentiel, et à appauvrir ceux qui partent de plus loin…

      mais je ne suis pas sûr

      Geof’, neo-communiste


      • SanKuKai Le 09 décembre 2016 à 10h01
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        Et j’ajouterai que l’héritage y est pour beaucoup.
        A la fin de l’esclavage il n;y a pas eu justice envers les victimes. Les fils et petits fils d’esclavagistes ont hérité des gains des crimes de leurs ailleux.
        Et d’une manière générale, pour les bien-nés l’avantage concurrentiel, c’est dès la naissance.
        Comme méritocratie on a vu mieux.


        • L. A. Le 09 décembre 2016 à 12h16
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          @ SanKuKai
          Ce que vous écrivez (« Les fils et petits-fils d’esclavagistes ont hérité des gains des crimes de leurs aïeux.») est exact. Et si l’on poursuit le raisonnement, ce qui est rarement fait voire jamais, on est bien amené à constater que c’est le cas de TOUS leurs descendants* depuis lors et que donc le pouvoir et la richesse de la caste dominant la société étatsunienne actuelle, tant admirée par certains, sont fondés sur ces crimes.
          * Donc hors Amérindiens, Afro-américains, Chicanos…


    • Papagateau Le 09 décembre 2016 à 13h33
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      Le choix du district de Columbia est aussi un peu spécial, ça correspondrait en France à :
      – soit au premier arrondissement de paris (ou au 16ème, le quartier des ambassades).
      – soit à la corniche de Saint-Tropez,
      – Ou bien, si Monaco était en France, à Monte-Carlo.

      Donc ne pas s’étonner d’un effet filtre.
      ça prouve seulement que les millionnaires ne sont pas noirs, pas que le petit blanc est favorisé.


      • V_Parlier Le 09 décembre 2016 à 23h28
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        Merci d’avoir apporté cette clarification utile qui nous donne un recul salutaire. Parce-qu’en voyant le titre je sentais une polémique bien chaude s’amorcer…

        Est-il par ailleurs vrai que ceux qu’on qualifie en vrac par l’appellation “les Noirs” ne constituent pas une catégorie si homogène que ça? Entre ceux qui sont américains depuis des générations et ceux qui viennent d’arriver (Haïtiens, etc…), voire illégalement? J’ai même entendu dire (ne sachant pas à quel point c’est vrai) que ça ne plaisait pas du tout aux premiers d’être toujours mélangés dans cette seule catégorie. Qu’en est-il en réalité?


  2. mc Le 09 décembre 2016 à 10h32
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    Cette étude confirme les cartes du QI moyen par pays.

    https://static.iq-research.info/20150809/img/iq_by_country.png

    Forte corrélation.


  3. LS Le 09 décembre 2016 à 11h35
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    Intéressant, mais ce qui me gène dans la méthode utilisée (outre la faiblesse de l’échantillonnage) c’est qu’on intègre dans la mesure des phénomènes dépendant de l’origine ethnique avec des phénomènes de ségrégation sociale territoriale. Qui dit que la répartition de la richesse des noirs américains (par exemple) de ce district est représentatif de la répartition de la richesse des noirs sur tout le territoire US ?
    Je n’ai pas lu le pdf (pas le temps), c’est peut être écrit dedans. Dans ce cas, par avance, toutes mes excuses.


  4. Balthazar Le 09 décembre 2016 à 12h49
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    L’article nous dit :
    ” Ce rapport donne l’histoire complète des barrières structurelles dans les politiques locales et nationales, les décisions de la Cour Suprême, les programmes et pratiques qui ont généré de la richesse pour les familles blanches et empêché l’accumulation de biens pour les familles noires, ou même les ont ruinées.”
    Bizarrement, les graphiques, quand on les lit, nous montre que le blanc n’est pas le mieux loti (loin de là même). Vu les montants, je peux même dire qu’il correspond à une classe moyenne.
    Bref, encore de la mierda servie par un merdia.


  5. jacques Le 09 décembre 2016 à 23h56
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    Il y a aussi que si vous habitez un quartier populaire votre bien immobilier ne vaudra pas grand chose mais si vous habitez un quartier prisé le prix ne sera pas le même donc votre capital.


  6. christophe LO Le 10 décembre 2016 à 01h08
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    Quel triste époque. On ne fait plus de comparaison entre “classes”, mais entre “races” (vision américaine).
    La lutte des “races” (minorités ethniques, de genres, sexuelles, culturelles, religieuses…) à remplacé avantageusement pour le libéralisme la luttes des classes.


  7. BEOTIEN Le 10 décembre 2016 à 04h33
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    “’échantillon comprenant en fait 532 individus ” + “enquête par telephone = grand n’importe quoi ! On peut tout juste en conclure qu’il est fortement probable que les noirs sont largement plus pauvres que les autres. Bref ce qu’une heure de balade en bagnole dans coin aurait de constater. ?


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