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23.juin.202123.6.2021 // Les Crises

Propagande : Comment Fox News est devenue le porte-voix de la Maison Blanche sous Trump

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Fox News a toujours été une chaîne partisane. Mais a-t-elle tourné à la propagande ?

A propos des mêmes dérives actuellement à l’œuvre en France et en Grande-Bretagne, nous vous conseillons la lecture des articles suivants sur Les-Crises :

Source : The New Yorker
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

En janvier, pendant le plus long shutdown gouvernemental de l’histoire de l’Amérique [Le shutdown se produit lorsque le Congrès n’arrive pas à voter le budget ou que le Président y met son veto,NdT], le président Donald Trump a traversé en cortège le comté de Hidalgo, au Texas, pour finalement s’arrêter sur une falaise herbeuse surplombant le Rio Grande. La Maison Blanche a voulu théâtraliser ce que Trump présentait comme une urgence nationale : la nécessité de construire un mur le long de la frontière mexicaine. La présence de véhicules blindés, de ballots de marijuana confisqués et d’agents fédéraux en gilets pare-balles a renforcé le message.

Mais la séance de photos a mis en évidence un autre aspect de l’administration. Après que les journalistes accrédités soient sortis des minibus et se soient dirigés vers l’endroit où le Président allait s’exprimer, ils ont remarqué que Sean Hannity, l’animateur de Fox News, était déjà sur place. Contrairement à eux, il n’avait pas été retenu par les services secrets et se mêlait à des responsables de l’administration, allant jusqu’à embrasser Kirstjen Nielsen, la secrétaire à la sécurité intérieure.

Le rapport du groupe de journalistes note que Hannity a été vu en train de « se serrer » contre le directeur de la communication de la Maison Blanche, Bill Shine. Après la séance de photos, Hannity a obtenu une interview exclusive en direct avec Trump. Politico a rapporté plus tard qu’il s’agissait de la septième interview de Hannity avec le Président, et de la quarante-deuxième de Fox. Depuis, Trump a accordé deux autres interviews à Fox. Il n’en a accordé que dix aux trois autres grands réseaux de télévision réunis, et aucune à CNN, qu’il dénonce comme source de « fake news ».

Hannity a été traité au Texas comme un membre de l’administration parce que virtuellement c’est ce qu’il est. On peut dire la même chose du président de Fox News, Rupert Murdoch. Fox a longtemps été un poison pour les libéraux, mais au cours des deux dernières années, de nombreuses personnes qui suivent la chaîne de près, y compris certains anciens de Fox, estiment qu’elle a évolué vers quelque chose qui n’a jamais auparavant existé aux États-Unis. Nicole Hemmer, professeure adjointe d’études présidentielles au Miller Center de l’université de Virginie et autrice de « Messengers of the Right » , une histoire de l’impact des médias conservateurs sur la politique américaine, déclare à propos de Fox : « C’est ce qui se rapproche le plus d’une télévision d’État. »

Hemmer affirme que Fox – qui, en tant que chaîne câblée la plus regardée aux États-Unis, génère environ 2,7 milliards de dollars par an pour sa société mère, 21st Century Fox – agit comme un amplificateur de puissance pour Trump, consolidant son emprise sur le parti républicain et renforçant ses partisans. « Fox ne se contente pas de prendre la température de la base électorale – Fox fait monter la température », dit-elle. « C’est un modèle de radicalisation ». Tant pour Trump que pour Fox, « la peur est une stratégie commerciale – elle incite les gens à ne pas se détourner de l’écran. » Alors que le Président a été en proie à de nombreux scandales, des auditions au Congrès et même des évocations de destitution, Fox a été à la fois son bouclier et son épée. La Maison-Blanche et la Fox interagissent de manière si harmonieuse qu’il est parfois difficile de déterminer, au cours d’un cycle d’information particulier, laquelle des deux entités suit l’autre. Toute la journée, Trump retweete des déclarations faites sur la chaîne ; son attachée de presse, Sarah Sanders, a pratiquement cessé de tenir des conférences de presse, mais elle a fait une trentaine d’apparitions dans des émissions telles que « Fox & Friends » et « Hannity. » Trump, constate Hemmer, est « pratiquement devenu un responsable des programmes. »

Les défenseurs de Fox considèrent ces critiques comme infondées et politiquement biaisées. Ken LaCorte, qui a occupé un poste de direction à Fox News pendant près de vingt ans, jusqu’en 2016, et qui a récemment créé son propre service d’information, m’a confié : « Les gens de Fox ont dit la même chose de la presse et d’Obama. » Le département des relations publiques de Fox offre de nombreux exemples de reporters et d’animateurs de talk-show qui mettent en cause l’administration. Chris Wallace, un intervieweur à forte personnalité et éclectique, a récemment soumis Stephen Miller, un conseiller principal de Trump, à un véritable interrogatoire quant à la nécessité d’un mur à la frontière, étant donné que la quasi totalité des drogues saisies à la frontière sont découvertes aux points de contrôle.

Trump n’est pas le premier président à avoir une organisation médiatique privilégiée; James Madison et Andrew Jackson ont tous deux été soutenus par des journaux partiaux. Mais de nombreuses personnes qui ont étudié et travaillé sur la question de Fox au fil des ans, y compris certains conservateurs de premier plan, voient d’un mauvais oeil le fait que Fox renforce la doctrine de Trump. Bill Kristol, qui a été un contributeur rémunéré de Fox News jusqu’en 2012 et qui est un fervent « Never Trumper » [ les « Never Trumper » sont des républicains ayant manifesté leur rejet de Trump, NdT], a déclaré à propos de la chaîne : « Elle a beaucoup changé. Avant, elle était conservatrice, mais elle n’était pas délirante. Maintenant, c’est juste de la propagande ». Joe Peyronnin, professeur de journalisme à l’Université de New York, a été un des premiers présidents de Fox News, au milieu des années 90. « Je n’ai jamais rien vu de tel auparavant » , dit-il à propos de Fox. « C’est comme si le président avait son propre organe de presse. Ce n’est pas sain. »

Rien n’a plus symbolisé le partenariat entre Fox et Trump que la nomination, en juillet 2018, de Bill Shine, l’ancien co-président de Fox News, comme directeur de la communication et chef de cabinet adjoint à la Maison Blanche. Kristol dit au sujet de Shine : « Quand je l’ai rencontré pour la première fois, il produisait l’émission d’Hannity à la Fox, et les deux étaient extrêmement proches. » Tous deux sont issus de familles ouvrières blanches de Long Island, et ils sont si proches de leurs enfants respectifs qu’ils se font appeler « Oncle Bill » et « Oncle Sean ». Un autre de leurs anciens collègues dit : « Ils passent leurs vacances ensemble. » Un troisième se souvient : « Il était rare que je sois dans le bureau de Shine et que Sean n’appelle pas. Et j’étais souvent dans le bureau de Shine. Ils se parlaient tout le temps – plusieurs fois par jour. »

Shine a dirigé la division des programmes de Fox News pendant une douzaine d’années, supervisant les émissions d’opinion du matin et du soir, qui additionnées obtiennent les meilleures audiences et caractérisent la stratégie conservatrice de la chaîne. Les informations en direct n’étaient pas de son ressort. En juillet 2016, Roger Ailes, le cofondateur et PDG de Fox, a été licencié à la suite de nombreuses présomptions de harcèlement sexuel chronique, et Shine est devenu coprésident. Mais dans l’année qui a suivi, il a lui aussi été contraint de partir, au cœur d’une deuxième vague de plaintes pour harcèlement sexuel, certaines visant la plus grande vedette de Fox de l’époque, Bill O’Reilly. Shine n’a pas été personnellement accusé de harcèlement sexuel, mais plusieurs procès l’ont désigné comme complice d’une culture du travail faite de dissimulations, de pots-de-vin et d’intimidation des victimes.

Shine, qui a nié tout acte délictueux, a fait profil bas à la Maison Blanche, et rejette les demandes d’interview, y compris celle de ce magazine. Mais Kristol soutient que la nomination de Shine à la Maison Blanche est un scandale. « Cela a été incroyablement sous-médiatisé » , a-t-il déclaré. « Il est ahurissant que Shine – le type qui a couvert le comportement horrible d’Ailes – soit le chef de cabinet adjoint ! »

La chroniqueuse du Washington Post Jennifer Rubin, une autre conservatrice Never Trumper, intervenait régulièrement autrefois sur la chaîne, mais ne le ferait plus maintenant. « Fox a été lancée dans un effort de bonne foi pour contrer les préjugés, mais elle s’est transformée en quelque chose qui n’est même pas de l’information » , constate-t-elle. « C’est simplement le porte-voix du président, qui répète ce que le président dit, peu importe si c’est faux ou contradictoire. » La boucle de rétroaction est si solide, note-t-elle, que Trump « peut même reprendre une erreur commise par Fox » , comme lorsque sur Twitter il a fait la promotion d’un faux reportage de Fox affirmant que l’Afrique du Sud « saisissait les terres des fermiers blancs. » Rubin m’a dit : « C’est drôle que Bill Shine soit en poste à la Maison Blanche. Il aurait pu rester à son ancien poste. La seule différence, c’est le salaire. »

Concernant Shine, les salaires de la Fox et de la Maison Blanche en fait se superposent. Le Hollywood Reporter a obtenu des déclarations de situation financière révélant que la Fox verse des millions de dollars à Shine depuis qu’il a rejoint l’administration. L’année dernière, il a perçu la première moitié d’une prime de sept millions de dollars qui lui était due après qu’il ait démissionné de la Fox ; cette année, il en percevra le solde. Cette somme s’ajoute à une indemnité de départ de 8,4 millions de dollars qu’il a reçue en quittant la chaîne. En décembre, quatre sénateurs démocrates ont envoyé une lettre au bureau du conseiller juridique de la Maison Blanche, demandant la preuve que les paiements de Fox à Shine ne violent pas les lois fédérales sur l’éthique et les conflits d’intérêts.

Shine n’est que le plus récent des anciens de Fox News à rejoindre l’administration Trump. Trump a notamment nommé l’ancien collaborateur de Fox Ben Carson au poste de secrétaire au logement et au développement urbain, l’ancien commentateur de Fox John Bolton au poste de conseiller en matière de sécurité nationale et l’ancien commentateur de Fox K. T. McFarland au poste de conseiller adjoint en matière de sécurité nationale. (McFarland a démissionné au bout de quatre mois). Trump a récemment choisi l’ancienne présentatrice de Fox News, Heather Nauert, pour être ambassadrice auprès des Nations unies, mais elle s’est rapidement retirée de la course, parce que, semble-t-il, sa nounou, une immigrée, n’avait pas de permis de travail.

La porte de la Maison Blanche tourne dans les deux sens : Hope Hicks, la prédécesseure de Shine au poste de directrice de la communication, est désormais pressentie pour devenir la principale responsable des relations publiques de la Fox Corporation. Plusieurs autres personnes qui ont quitté la Maison Blanche de Trump, dont Sebastian Gorka, un ancien conseiller à la sécurité nationale, apparaissent régulièrement sur Fox. Gorka a récemment insisté, sur Fox Business, sur le fait que l’un des plus grands revers de Trump – sortir du shutdown sans avoir obtenu les fonds pour le mur frontière – était en fait un « coup de maître ».

D’autres anciennes célébrités de Fox News sont pratiquement devenues des membres de la famille Trump. Kimberly Guilfoyle, ancienne co-animatrice de l’émission « The Five » , a quitté la Fox en juillet ; elle travaille désormais pour la campagne de réélection de Trump et sort avec Donald Trump Jr. (Guilfoyle a quitté la chaîne en cours de contrat, après qu’un ancien employé de Fox a menacé de poursuivre la chaîne pour harcèlement et a accusé Guilfoyle de partager des images obscènes, entre autres écarts de conduite ; Fox et l’ancien employé ont conclu un arrangement de plusieurs millions de dollars. Un avocat qui représente Guilfoyle a déclaré que « toute insinuation » selon laquelle elle « a eu une conduite répréhensible à la Fox est un mensonge flagrant »).

Pete Hegseth, l’animateur de Fox News, et Lou Dobbs, l’animateur de Fox Business, ont tous deux été invités à participer à des réunions du Bureau ovale, en conférence téléphonique, pour donner des conseils politiques. Sean Hannity a déclaré à ses collègues qu’il s’entretenait avec le président pratiquement tous les soirs, après la fin de son émission, à 22 heures. Selon le Washington Post, les conseillers de la Maison Blanche ont pris l’habitude de qualifier Hannity de Secrétaire général du cabinet fantôme. Un expert politique républicain qui a un contrat rémunéré avec Fox News m’a dit que Hannity était pratiquement devenu un « conseiller de l’aile ouest » , attribuant cette évolution, en partie, à « l’effondrement total de tout processus décisionnel normal à la Maison Blanche. » L’expert a ajouté : « Les choses ont complètement déraillé. Il est impossible de mettre en place un système classique d’élaboration des politiques. » En conséquence, dit-il, les personnalités de l’antenne de Fox « remplissent le vide. »

Axios, [un site web d’information américain, NdT], a récemment signalé que soixante pour cent de la journée de Trump est consacrée à un « temps de direction » non défini, dont une grande partie est occupée par la télévision. Charlie Black, un lobbyiste républicain de longue date à Washington, dont l’ancien cabinet, Black, Manafort & Stone, a conseillé Trump dans les années 80 et 90, m’a raconté : « Trump se lève et regarde « Fox & Friends » et pense que ce sont là ses amis. Il pense que tout ce qui passe sur Fox est sympathique. Mais le problème est qu’il en retire des idées non vérifiées. » Trump a confié à ses proches qu’il avait classé la loyauté de nombreux journalistes, sur une échelle de 1 à 10. Bret Baier, le correspondant politique en chef de Fox News, obtient un 6, Hannity un excellent 10. Steve Doocy, le co-présentateur de « Fox & Friends » , est tellement dévoué que Trump lui donne un 12.

Ce n’est pas la première fois que les barons des médias américains vont au-delà de leurs publications pour tenter d’influencer le cours de la politique. Lors de la convention nationale du parti démocrate de 1960, Philip Graham, le co-propriétaire du Washington Post, a contribué à la conclusion d’un accord qui a conduit John F. Kennedy à choisir Lyndon Johnson comme colistier. Mais aujourd’hui, il existe un canal direct entre le Bureau ovale et le bureau de Rupert Murdoch, le milliardaire d’origine australienne qui a fondé News Corp et 21st Century Fox. De multiples sources m’ont affirmé que Murdoch et Trump se parlent souvent au téléphone.

Un ancien assistant de Trump, qui se trouvait dans le bureau ovale lorsque Murdoch a appelé, déclare : « Il s’agit ici de deux hommes qui se connaissent depuis très longtemps et qui ont des conversations franches. Le président ne fait certainement pas de courbettes à Murdoch, mais Murdoch ne lui en fait pas non plus. Il lui parle de la même manière qu’il l’aurait fait il y a cinq ans. » Selon le livre de Michael Wolff publié en 2018, « Fire and Fury » , Murdoch a tourné Trump en dérision en le qualifiant de « putain d’idiot » après une conversation sur l’immigration. L’assistant dit que Trump sait que Murdoch le dénigre derrière son dos, mais « cela ne semble pas avoir grande importance. » Plusieurs sources m’ont confirmé que Murdoch régalait ses amis des dernières inepties de Trump. Mais Murdoch, sans doute le magnat des médias le plus puissant du monde, est un allié inestimable pour tout homme politique. Avoir le soutien de Murdoch – et celui de Fox – est essentiel pour Trump, affirme l’assistant : « C’est très important pour la base électorale. »

Murdoch est sans doute encore plus proche du gendre de Trump, Jared Kushner. Des sources bien informées affirment que Kushner, un conseiller de plus en plus apprécié à la Maison Blanche, a travaillé dur pour séduire Murdoch, en lui montrant du respect et en lui demandant des conseils. Kushner a régulièrement assuré à Murdoch que la Maison Blanche a un fonctionnement sans heurt, alors que de nombreux rapports indiquent qu’elle est chaotique. Kushner a maintenant un rapport presque filial avec Murdoch, qui aura quatre-vingt-huit ans ce mois-ci, et de nombreuses sources m’ont indiqué qu’ils communiquaient fréquemment. « Genre, tous les jours » , a confirmé l’une d’elles.

Murdoch a côtoyé des chefs d’État en Australie et en Grande-Bretagne, et un de ses proches affirme qu’ « il a toujours voulu avoir une relation avec un président – c’est un homme d’affaires et il voit les avantages d’avoir un chef d’État à sa botte. » Murdoch a rencontré tous les présidents américains depuis Kennedy, mais, selon ce proche collaborateur, « jusqu’à présent, aucune relation n’avait été nouée. » Pourtant, l’amitié de Murdoch avec Trump pourrait avoir un coût. Roger Ailes, durant ses derniers jours à la Fox, aurait averti Murdoch des risques encourus. Selon Gabriel Sherman, un biographe d’Ailes qui a écrit sur la question Fox pour New York et Vanity Fair, Ailes aurait dit à Murdoch : « Trump fait de bonnes audiences, mais si vous ne faites pas attention, il va finir par contrôler totalement Fox News. »

Trump est devenu célèbre, dans une large mesure, grâce à Rupert Murdoch. Après avoir acheté le New York Post, en 1976, Murdoch a été présenté à Trump par une relation commune, Roy Cohn, le tristement célèbre avocat qui, dans sa jeunesse, avait été le principal conseiller du sénateur Joseph McCarthy. Cohn a vu le potentiel de synergie des tabloïds : Trump pourrait atteindre la célébrité dans les pages du Post en tant que magnat play-boy, et Murdoch pourrait vendre des journaux en relatant les exploits de Trump.

En privé, Murdoch considérait Trump avec condescendance, le voyant comme un escroc de l’immobilier et un gérant de casino véreux. Mais, malgré toutes leurs différences, les deux hommes avaient des points communs essentiels. Ils ont tous deux hérité et développé des entreprises familiales – un journal australien, une société immobilière de la banlieue de New York – mais se sentaient méprisés par les gens plus riches et plus proches des centres de pouvoir. Comme l’a noté Edward Luce, du Financial Times, les deux hommes ont exploité le ressentiment anti-élitiste pour se rapprocher du public et accroître leur richesse. Trump et Murdoch partagent également une approche transactionnelle de la politique, dénuée de presque toute idéologie en dehors de leur intérêt personnel.

Murdoch n’aurait pas pu prévoir que Trump deviendrait président, mais il était un visionnaire quant au créneau d’audience qui est devenu la base de Trump. En 1994, Murdoch a exposé un plan audacieux à Reed Hundt, le président de la Commission fédérale des communications sous le président Bill Clinton. Murdoch, qui était citoyen américain depuis moins de dix ans, a invité Hundt à dîner dans sa propriété de Benedict Canyon.

Après le repas, Murdoch l’a emmené dehors pour admirer le panorama scintillant du bassin de Los Angeles, il lui a alors confié qu’il prévoyait lancer une chaîne de télévision radicalement nouvelle. À la différence des trois réseaux de télévision existant, qui se disputent les mêmes téléspectateurs centristes, sa chaîne suivrait le modèle résolument bas de gamme des tabloïds qu’il a publiés en Australie et en Angleterre, et s’adresserait à un public restreint qui lui serait entièrement acquis. Ses téléspectateurs essentiels, avait-il alors dit, seraient des fans de football ; dans ce but, il venait d’acheter les droits de diffusion des matchs de la N.F.L.. Hundt m’a expliqué : « Ce qu’il voulait vraiment dire, c’est qu’il visait un public ouvrier. Il allait se tailler une base – ce qui allait devenir la base électorale de Trump. »

Hundt se souvient de cette conversation comme étant « accablante ». Il a déclaré : « J’étais dans cette maison plus coûteuse que tout ce que je pouvais imaginer. Cette personne, qui avait laissé une empreinte gigantesque dans deux autres pays, arrivait dans notre pays et disait : « Je vais briser l’oligopole tripartite qui a régi le plus important moyen de communication politique de ce pays depuis la Seconde Guerre mondiale. » C’était comme une scène de « Faust ». L’image qui m’est venue à l’esprit, c’est Méphistophélès. »

Blair Levin, à l’époque responsable du personnel du F.C.C. [Commission Fédérale des Communications, NdT] et aujourd’hui membre de la Brookings Institution, déclare : « La grande perspicacité de Fox n’était pas nécessairement qu’il y avait une grande envie d’un point de vue conservateur. » Des conservateurs plus érudits, dit-il, comme William F. Buckley, Jr. et Bill Kristol, n’auraient pas pu réussir comme l’a fait Fox News. Levin observe : « Le génie a été de voir qu’il existe une réelle attirance pour les politiques basées sur la peur et la colère qui sont en lien avec la classe et la race. »

En 1996, Murdoch a engagé Roger Ailes pour créer un journal télévisé conservateur. Ailes, qui est décédé en 2017, était un maître de la politique d’attaque et des questions litigieuses, ayant été consultant en médias sur plusieurs des campagnes les plus sales et qui ont le plus divisé l’Amérique, y compris celles de Richard Nixon. Ailes a inventé une programmation, soutient Levin, « qui confirmait tous vos pires instincts – le modèle économique fondamental de Fox News est de susciter la peur. » La formule a fonctionné de manière spectaculaire. En 2002, la Fox a détrôné CNN en tant que média d’information par câble le plus regardé, et elle est restée en tête depuis.

En 2011, à l’invitation d’Ailes, Trump a commencé à faire des apparitions hebdomadaires dans l’émission matinale « Fox & Friends ». Dans le cadre d’un test de ses tactiques de campagne, il a utilisé la chaîne comme une plate-forme pour exploiter les méfiances racistes à l’égard du président Barack Obama, en propageant le doute sur sa naissance en Amérique. (Lors d’un de ses passages, Trump a laissé entendre que la famille d’Obama « ne savait même pas dans quel hôpital il était né ! »). Comme le perçoit Hundt, « Murdoch n’a pas inventé Trump, mais il a inventé le public. Murdoch allait faire exister un Trump. Et c’est là que Trump arrive, il voit tous ces gens et dit : « Je serai le Monsieur Loyal de votre cirque ! ». »

L’arrivée de Trump a marqué un changement de ton important chez Fox. Jusqu’alors, la chaîne s’était largement moquée du birtherisme [théorie selon laquelle Barack Obama serait inéligible à la présidence des Etats-Unis puisque non né sur le sol américain, le birtherisme est né aux Etats Unis pendant la campagne de 2008, NdT], considéré comme une théorie du complot. O’Reilly qualifiait ses tenants de « cinglés » et Glenn Beck, qui présentait également une émission sur Fox à l’époque, les traitait d’« idiots ». Mais Trump a donné au birtherisme une visibilité nationale et, signe des choses à venir, Hannity a attisé les flammes. Hannity a commencé à dire que, même s’il pensait qu’Obama était né aux États-Unis, les circonstances entourant son certificat de naissance étaient « étranges. »

L’hostilité de Fox envers l’administration Obama est devenue de plus en plus extrême. Sa couverture de la débâcle de Benghazi – une embuscade tragique dans une ambassade qui n’est pas sans rappeler d’autres embuscades qui avaient coûté la vie à des Américains sous les administrations précédentes – s’est transformée en une attaque incessante à l’encontre de la secrétaire d’État Hillary Clinton. Dans certains cas, cependant, les dirigeants de Fox ont fait respecter les limites journalistiques. La chaîne a annulé l’émission de Beck, en 2011, parce que ses divagations paranoïaques étaient devenues trop embarrassantes. (Entre autres choses, Beck accusait le conseiller scientifique de la Maison Blanche d’avoir proposé d’endiguer la croissance démographique par des avortements forcés et par l’ajout d’ « agents de stérilisation » dans l’eau).

Au plus fort de la rébellion du Tea Party, Ailes a reproché à Hannity d’avoir violé la limite entre le journalisme et la politique. Hannity s’était arrangé pour enregistrer son émission de soirée sur Fox lors d’une collecte de fonds du Tea Party dans l’Ohio. Lorsque Ailes a eu vent du projet, quelques heures seulement avant l’événement, il a exigé que Hannity annule sa venue. Selon un ancien cadre de Fox, Ailes s’est alors emporté contre Bill Shine, qui avait autorisé le voyage de Hannity. « Roger était livide, et il s’est acharné sur Shine » , raconte l’ancien cadre, qui se souvient qu’Ailes a hurlé : « Personne à Fox ne bosse pour le Tea Party ! » Par la suite, Shine a publié une déclaration critiquant les agissements de Hannity. Et Murdoch, lors d’un débat sur l’actualité, a exprimé un point de vue similaire, en disant : « Je ne pense pas que nous devrions soutenir le Tea Party, pas plus que n’importe quel autre parti. »

Ces subtilités ne sont plus de mise. En novembre, Hannity a rejoint Trump sur scène lors d’un grand rassemblement pour les élections de mi-mandat. Par la suite, Fox a publié une déclaration peu convaincante disant qu’elle ne « tolérait pas qu’un collaborateur participe à des événements de campagne » et que cette « regrettable distraction » avait « réglée ». De nombreux journalistes de Fox News étaient en colère, et ont fait parvenir des déclarations critiques anonymes aux médias, mais Hannity n’a présenté aucune excuse, disant qu’il avait été « surpris mais honoré » que Trump l’ait appelé sur scène. Cette réponse était pour le moins loufoque : avant le rassemblement, l’équipe de campagne de Trump avait annoncé la présence de Hannity comme « invité spécial ». Lorsque Hannity a rejoint Trump, il ne s’est pas contenté de le féliciter pour les « promesses tenues » ; il s’est également fait l’écho des attaques du président contre la presse, fustigeant le reste des médias qui couvraient le rassemblement, les qualifiant de « fake news. » La soirée s’est terminée par un « tope-là » entre Hannity et Shine, qui avait récemment commencé à travailler à la Maison Blanche.

Pour Greta Van Susteren, animatrice sur la Fox entre 2002 et 2016, l’apparition de Hannity au rassemblement illustre la différence à la Fox depuis le départ d’Ailes. Malgré tous les défauts d’Ailes, Van Susteren soutient qu’il a exercé un minimum de contrôle. Elle considère qu’il aurait insisté pour garder au moins une certaine distance avec le président Trump, ne serait-ce que pour préserver l’apparence de respectabilité journalistique incarnée par la devise qu’Ailes avait conçue pour Fox : « Juste et équilibré ». (Cette devise a été retirée en 2017.) Van Susteren dit : « ‘Hannity’ est une émission d’opinion, mais quand il est monté sur scène avec Trump, il est passé dans le giron de la campagne. C’était une erreur flagrante. C’est allé bien au-delà de la limite. »

Bien qu’Ailes ait occasionnellement fait preuve d’intégrité journalistique, Fox News était loin d’être juste et équilibrée sous sa direction. Gabriel Sherman, dans sa biographie intitulée «The Loudest Voice in the Room » , rapporte qu’Ailes était tellement obsédé par l’idée de faire tomber Obama en 2012 qu’il a déclaré à ses collègues : « Je veux élire le prochain président. »

Pourtant, pendant la campagne de 2016, les dirigeants de Fox ont d’abord été mal à l’aise vis-à-vis de la candidature de Trump. Murdoch a tweeté que Trump « mettait ses amis dans l’embarras » ainsi que « le pays tout entier ». Un éditorial du Wall Street Journal, le journal phare de Murdoch, a qualifié la candidature de Trump de « catastrophe ». Murdoch, lui-même immigré, a été choqué par la xénophobie de Trump. En 2015, lorsque Trump a affirmé que la plupart des immigrants venant du Mexique étaient des criminels et des violeurs, Murdoch l’a corrigé sur Twitter, notant que « les immigrants mexicains, comme tous les immigrants, ont des taux de criminalité beaucoup plus faibles que les nationaux.» Il a également tweeté qu’El Paso était « la ville la plus sûre » d’Amérique.

Le point de vue personnel de Murdoch ne pourrait guère être plus éloigné des diatribes actuelles de Fox sur les hordes d’« étrangers illégaux » qui « envahissent » les États-Unis et tuent des Américains innocents, laissant derrière eux des mamans et des papas en deuil de leurs enfants. Van Susteren m’a avoué qu’elle n’était pas surprise par cette tournure rhétorique. « Ne vous faites pas d’illusions sur son soutien à l’immigration », a-t-elle dit à propos de Murdoch. « Rupert pense d’abord aux résultats financiers. Ils vont tous jouer devant leur propre public, que ce soit celui de Fox ou celui de MSNBC. » (Après avoir quitté la Fox, Van Susteren a été pendant une courte période animatrice sur MSNBC). La couverture par la Fox, kilomètre après kilomètre de la soi-disant « caravane de migrants » a connu un énorme succès : les audiences d’octobre 2018 ont dépassé celles d’octobre 2016 – à l’apogée de la campagne présidentielle.

L’adhésion de Fox au Trumpisme a pris du temps. Sherman a précisé que, lorsque la chaîne a accueilli le premier débat présidentiel du camp Républicain, en août 2015 à Cleveland, Murdoch a conseillé à Ailes de s’assurer que les modérateurs frappaient fort sur Trump. Cela a mis Ailes dans une position délicate. Trump faisait d’excellentes audiences et avait de fervents partisans, Ailes craignait donc de perdre cette audience au profit de médias rivaux. Breitbart, le site Web d’extrême droite dirigé par Stephen K. Bannon, générait un trafic énorme en prenant fait et cause pour Trump. De plus, Ailes et Trump avaient d’excellentes relations. « Ils se parlaient tout le temps » , affirme un ancien cadre de la Fox. Ils ont déjeuné ensemble peu de temps avant que Trump n’annonce sa candidature, et Ailes lui a donné des conseils politiques pendant les primaires. Ken LaCorte affirme qu’Ailes a pris note du « comportement insensé de Trump » ; mais la force politique croissante de Trump était également flagrante. Selon l’ancien dirigeant de Fox, Trump rendait Ailes « nerveux » : « Il pensait que Trump était un joker imprévisible. Quelqu’un qu’Ailes ne pouvait pas tyranniser ou intimider. »

Anthony Scaramucci, un ancien animateur de Fox Business qui a été brièvement le directeur de communication du président Trump, m’a dit en 2016 que les dirigeants de la chaîne avaient « pris une décision commerciale » pour donner aux stars de l’antenne du « jeu » pour choisir leurs candidats. Hannity était un partisan de Trump de la première heure ; O’Reilly était neutre ; Megyn Kelly restait sceptique. Trump s’était emporté contre Kelly après qu’elle eut diffusé un reportage sur son divorce avec Ivana Trump en 1992, dans lequel il était indiqué qu’Ivana avait signé une déclaration sous serment affirmant que Trump l’avait violée. (Ivana a plus tard assuré qu’elle n’avait pas voulu parler de viol au sens « criminel » du terme).

C’est dans ce contexte tendu que, lors du débat de Cleveland, Kelly a posé à Trump la fameuse question délicate. « Vous avez traité les femmes que vous n’aimez pas de « grosses truies » , de « chiennes », de « traînées » et d’ « animaux dégoûtants » , » a-t-elle dit. Trump l’a interrompue avec une boutade sournoise : « Seulement quand il s’agit de Rosie O’Donnell ! » L’audience a éclaté de rire et a applaudi.

Kelly a continué de faire pression sur Trump : « Vous avez dit une fois à une participante de « Celebrity Apprentice » [émission de télé-réalité, dont Trump a été l’un des animateurs, NdT] que la voir à genoux ferait une belle image. Est-ce que cela vous semble être le comportement d’un homme que nous devrions élire pour président ? » Mais il avait déjà conquis les téléspectateurs républicains. (Fox a reçu un afflux de courriels, presque tous hostiles à Kelly.) L’épreuve de force a contribué à façonner l’image d’un Trump sans complexe et insubmersible. Elle a également donné le coup d’envoi d’une querelle entre Trump et la Fox, au cours de laquelle Trump a brièvement boycotté la chaîne, ce qui a fait baisser son taux d’audimat et a forcé Ailes à se coucher. Quatre jours après le débat, Trump a tweeté qu’Ailes « venait de l’appeler » et « lui avait assuré que « Trump » serait traité équitablement. »

Trump a fait de ce débat un objet de fierté. Il s’est récemment vanté auprès du Times de l’avoir remporté malgré son statut de novice et malgré la « question saugrenue de Megyn Kelly ». La Fox, cependant, a peut-être donné un petit coup de pouce à Trump. Deux initiés de la Fox et une source proche de Trump pensent qu’Ailes a averti la cellule de campagne de Trump concernant la question de Kelly. Deux de ces sources affirment qu’elles ont été informées par un prétendu témoin oculaire. En outre, un ancien assistant de campagne de Trump affirme qu’un contact à la Fox l’avait avisé d’une autre question prévue lors de ce débat, quant au soutien des candidats pour le candidat républicain, quel que soit le vainqueur. L’ancien assistant affirme que l’information a été transmise à Trump, qui a été le seul candidat à déclarer qu’il ne soutiendrait pas automatiquement le candidat du parti – une position qui a renforcé son image d’outsider.

Ces affirmations sont difficiles à vérifier : Ailes est maintenant décédé, et elles sont en contradiction avec des rapports substantiels indiquant que le clivage entre Trump et Fox était profond. Un ancien collaborateur de la campagne est catégorique : Trump était réellement surpris et furieux de la question de Kelly. Un porte-parole de la Fox a fermement démenti ces allégations et a décliné les demandes d’interview avec des employés impliqués dans le débat.

Kelly s’est également refusée à tout commentaire, mais elle a abordé le sujet dans ses mémoires publiées en 2016, « Settle for More ». Elle écrit que la veille du débat, Trump a appelé les dirigeants de Fox pour se plaindre, disant qu’il avait entendu dire que Kelly prévoyait de poser « une question très acerbe dirigée contre lui. » Elle souligne « les gens commençaient à s’inquiéter pour Trump – son niveau d’agitation ne collait pas avec les circonstances. » Lorsque ce passage a suscité la controverse, Kelly a tweeté que son livre « ne laisse pas entendre que Trump a été informé à l’avance des questions prévues au débat, et je ne crois pas non plus qu’il l’a été. » Pourtant, son récit laisse vraiment à penser que Trump était suffisamment au courant pour être contrarié, et qu’il a contacté Fox avant le débat.

Plus tard dans la campagne, WikiLeaks a publié des courriels dérobés à Donna Brazile, alors présidente par intérim du Comité National Démocrate et collaboratrice de CNN. À l’insu de CNN, elle avait alerté le cabinet de campagne d’Hillary Clinton sur les questions que la chaîne prévoyait de poser lors d’un événement télévisé. CNN a licencié Brazile, et Trump a cité l’incident comme preuve que CNN était « totalement mensongère ». En avril dernier, dans un entretien sur « Fox & Friends », il a déclaré : « Pouvez-vous imaginer, au passage, si vous me donniez les questions d’un débat ? Ils vous mettraient sur la touche. »

Durant l’été 2016, deux semaines avant que Trump ne décroche l’investiture Républicaine, Gretchen Carlson, l’ancienne co animatrice de « Fox & Friends » , a poursuivi Ailes pour harcèlement sexuel. Dans sa plainte, elle affirme qu’il lui a fait des avances lors d’une réunion, qu’il a dit avoir le pouvoir de « tout faire » si elle « voyait ce qu’il voulait dire » et « qu’il y a longtemps qu’ils auraient dû avoir une relation sexuelle. » En quelques semaines, la Fox a forcé Ailes à démissionner en lui offrant une indemnité de départ de 40 millions de dollars. La chaîne s’est excusée auprès de Carlson et lui a versé une compensation de 20 millions de dollars.

Murdoch a mis du temps à comprendre la gravité de l’accusation de harcèlement sexuel, mais ses deux fils – James, le PDG de 21st Century Fox, et Lachlan, son président exécutif – ont été plus réactifs. Lors d’une réunion du conseil d’administration ayant eu lieu après l’annonce de la plainte de Carlson, James, politiquement le plus indépendant des deux, a encouragé l’ouverture d’une enquête juridique externe. Son exigence a forcé la société à agir, dans la mesure où les notes de la réunion constituaient une trace écrite accessible au public. Le cabinet d’avocats externe de la Fox, Paul, Weiss, Rifkind, Wharton & Garrison, a ouvert une enquête et a mis en évidence une culture effroyable de harcèlement sexuel, d’intimidation, de pots-de-vin et de dissimulation au sein de la Fox.

Ailes, quant à lui, a rejoint l’équipe de débat de Trump, effaçant encore un peu plus la démarcation entre Fox et les politiciens conservateurs. Ailes a également commencé à élaborer un plan pour faire des affaires avec Trump. Le dimanche précédant l’élection, Ailes a appelé Steve Bannon, le directeur de campagne de Trump, pour lui dire qu’il avait discuté avec ce dernier du lancement de Trump TV, chaîne concurrente nationaliste de Fox. Ailes était si enthousiaste qu’il était prêt à renoncer à son indemnité de départ de Fox, qui était soumise à un accord de non-concurrence. Il a demandé à Bannon de se joindre à ce projet et de commencer à le préparer dès que Trump aurait perdu l’élection.

« De quoi parlez-vous ? » Bannon se souvient avoir répondu. « Nous allons gagner. »

« Arrêtez ces foutaises, » a répliqué Ailes. « Ça va être un fiasco. A vingt heures, ce sera terminé. »

Tout espoir de voir la Fox faire le ménage après le départ d’Ailes s’est envolé le 12 août 2016, lorsque la Fox a nommé deux fidèles d’Ailes comme coprésidents : Jack Abernethy, un cadre qui gérait les antennes locales de Fox, et Bill Shine. La partialité vers laquelle Shine avait conduit Fox News l’avait emporté, tout comme son ami Sean Hannity.

Pendant des années, Ailes a été la cible des critiques des libéraux, et donc quand Fox l’a évincé, beaucoup de gens ont pensé que la chaîne allait changer. Ils avaient raison. Le problème, selon les détracteurs de Fox, est qu’elle est devenue une plateforme pour l’autoritarisme de Trump. « Je sais que Roger Ailes était honni » , a déclaré Charlie Black, le lobbyiste. « Mais il produisait des débats entre les deux camps. Maintenant, Fox, c’est juste Trump, Trump, Trump. » Murdoch ne doit pas être trop préoccupé par cette évolution : en 1995, il déclarait à ce magazine : « La vérité est – et nous, Américains, n’aimons pas l’admettre – que les sociétés autoritaires, ça peut marcher. »

Greta Van Susteren estime que le départ d’Ailes a représenté un immense défi pour ses successeurs : « C’est comparable à ce qui se passe lors de la chute d’un dictateur. Si vous prenez un exemple dans l’histoire, lorsque vous vous débarrassez d’un Saddam en Irak, ou d’un Kadhafi en Libye, le pays s’effondre. » Les animateurs vedettes qui font grimper l’audimat avec leurs émissions d’opinion se sont retrouvés sans contrôle et sans opposition. Hannity, en tant que vedette la plus écoutée et la mieux payée de la chaîne, a été particulièrement privilégié – et Trump avec lui.

Après l’éviction d’Ailes, Murdoch, alors âgé de 85 ans, a endossé le rôle de PDG par intérim de Fox News et s’est installé dans le bureau d’Ailes, au deuxième étage du siège de News Corp à Manhattan. Lachlan et James souhaitaient que leur père engage une personne extérieure ayant une expérience journalistique pour diriger la chaîne, mais Murdoch, qui se considère toujours comme un journaliste dans l’âme, a été incapable de résister à l’envie d’occuper lui-même le poste de direction.

L’hiver suivant, Murdoch a glissé sur le yacht de Lachlan, se blessant gravement au dos. Selon des proches de la famille, il est resté pendant des mois en convalescence chez lui à Los Angeles, très mal en point. Ken LaCorte, ancien cadre de la Fox, affirme qu’il ne faut pas sous-estimer Murdoch en raison de son âge : « Il a certainement toutes ses facultés, et il est alerte à 100%. Lorsqu’il est question de chiffres, comme l’audimat, les revenus, la croissance du PIB – tout ce que vous voulez – c’est un expert. En général, si vous faisiez une erreur sur un chiffre, il la repérait et la corrigeait. » Mais un initié de Fox m’a dit que Murdoch « avait souvent des absences » , ajoutant : « Il se fait vieux. Il aime l’idée qu’il dirige, mais les fous ont pris le contrôle de l’asile. »

Lorsque Shine a pris les commandes de Fox, la campagne de 2016 touchait à sa fin, et Trump et Clinton étaient pratiquement à égalité. Cet automne-là, une journaliste de FoxNews.com a écrit un article qui a mis à rude épreuve l’intégrité journalistique de la chaîne. Diana Falzone, qui couvrait régulièrement l’industrie du spectacle, avait obtenu la preuve qu’en 2006, Trump avait eu une relation sexuelle avec une actrice de films pornographiques se faisant appeler Stormy Daniels. Falzone travaillait sur cette affaire depuis mars, et en octobre, elle l’avait validée avec Daniels par l’intermédiaire de sa manager de l’époque, Gina Rodriguez, et avec l’ancien mari de Daniels, Mike Moz, qui avait fait part de multiples appels de Trump. Falzone avait également rassemblé des e-mails échangés entre l’avocat de Daniels et l’avocat de Trump, Michael Cohen, décrivant en détail une proposition de règlement en espèces, accompagnée d’un accord de confidentialité. Falzone avait même vu le contrat.

Mais l’histoire de Falzone n’a pas été publiée – elle passait sans cesse d’un rédacteur en chef à un autre. Après avoir reçu l’une après l’autre des réponses peu enthousiastes de la part de ses rédacteurs en chef, Falzone a eu le fin mot de l’histoire par LaCorte, qui était alors à la tête de FoxNews.com. Falzone a raconté à ses collègues que LaCorte lui avait révélé : « Bon reportage, ma petite. Mais Rupert veut que Donald Trump gagne. Alors laisse tomber. » LaCorte nie avoir dit cela à Falzone, mais l’un des collègues de Falzone confirme avoir, à l’époque, entendu son récit .

Malgré les déconvenues, Falzone a continué à enquêter et a découvert que Daniels avait négocié un accord « catch and kill » [référence au livre de Ronan Farrow intitulé Les faire taire (Catch and Kill), le livre du fils de l’actrice Mia Farrow et du cinéaste Woody Allen «dévoile les systèmes implacables mis en place par les prédateurs pour faire taire leurs victimes»,NdT] avec le National Enquirer, en partenariat avec Trump, dans lequel le journal achèterait les droits exclusifs de son histoire afin de l’enterrer. Falzone a également proposé cette histoire à Fox, mais ça n’a abouti à rien. La vérité sur l’argent versé par Trump pour faire taire Daniels, et les tentatives criminelles de Cohen de les dissimuler sous forme de frais juridiques, sont restées inconnues du public jusqu’à ce que le Wall Street Journal publie l’histoire, un an après que Trump soit devenu président.

En janvier 2017, Fox a mis Falzone au placard sans explication. En mai, elle a poursuivi la chaîne en justice. Son avocate, Nancy Erika Smith, a refusé de faire des commentaires, mais a reconnu qu’un accord avait été conclu ; il comprend un accord de confidentialité qui interdit à Falzone de parler de son travail à la Fox.

Après la parution de l’article du Wall Street Journal, Oliver Darcy, journaliste principal de CNN, a publié un article révélant que la Fox avait étouffé l’histoire de Stormy Daniels. LaCorte, qui avait alors quitté Fox mais était toujours payé par la société, a déclaré à Mediaite qu’il avait pris cette décision sans en parler à ses supérieurs. L’histoire n’avait tout simplement pas « passé la barre », a-t-il affirmé, ajoutant : « Ce n’est pas pour protéger Donald Trump que j’ai fait ça. » Nik Richie, un blogueur qui avait été le premier à révéler l’histoire de Daniels, a tweeté : « C’est de la pure connerie. Ken, tu es un vrai menteur. Cette histoire a été enterrée par @FoxNews au plus haut niveau. Je le sais, car j’étais l’une de tes sources.»

Richie m’a dit, « Fox News était fautive. J’ai voté pour Trump, et j’aime Fox, mais ils ont fait leur propre ‘catch and kill’ sur l’histoire pour le protéger.» Il a ajouté qu’il avait travaillé en étroite collaboration avec Falzone sur l’article, et qu’« elle a fait ses devoirs – elle les possédait.» Il dit l’avoir prévenue que Fox ne publierait jamais, mais « quand ils l’ont étouffé, elle était dévastée ». Richie pense que l’histoire « aurait influencé l’élection ».

La plupart des vedettes de l’antenne qu’il dirigeait appréciaient Shine ; elles le décrivaient comme bien organisé et franc. Shine, qui a l’air d’un dur, au visage empâté et cabossé, est le fils d’un policier de New York. Après avoir brièvement travaillé dans une chaîne de télévision de Long Island, il est devenu le producteur de Hannity et a suivi ses traces à la Fox, devenant l’adjoint, le complice et le soutien de Ailes. Ses collègues disent que Shine savait comment coacher les talents pour qu’ils passent bien à la télévision, et comment faire de l’audience. En 2001, il a fait intervenir des médiums dans des émissions de la Fox pour qu’ils donnent leur avis sur des meurtres non élucidés et, en 2007, il a défendu la Fox contre ce qu’il a appelé de « fausses accusations de racisme », après que O’Reilly ait exprimé à l’antenne son étonnement de voir que les habitants de Harlem dînaient dans de bons restaurants sans « aucune sorte de désordre », tout comme dans « une banlieue entièrement blanche ».

Angelo Carusone, président de Media Matters for America, un groupe de vigilance libéral qui critique régulièrement Fox News, affirme que Shine est devenu « un expert dans la constitution et l’application du soft power , ajoutant : Il était responsable des collaborateurs à l’antenne pour les programmes, donc en fin de compte vous auditionniez pour Bill Shine. C’est lui qui vous octroyait le contrat lucratif. Et c’est ainsi qu’il contrôlait le récit.» Néanmoins, certaines personnes à Fox l’appelaient Bill le majordome, tant il était soumis à Ailes. Un ancien co-animateur de Fox estime : « Il est parfait pour le poste à la Maison Blanche. C’est un yes-man.» Un autre ancien de la Fox dit : « Son seul talent était de suivre les ordres, de faire de la lèche au pouvoir et de couvrir les arrières pour les gens.»L’ancien cadre de Fox m’a raconté qu’au quatorzième étage du siège de la chaîne, Ailes disposait d’une salle « Black Ops », où lui et d’autres personnes recueillaient des informations sur des ennemis présumés.

Ils auraient ainsi constitué un dossier sur Gabriel Sherman, qui travaillait à sa biographie sur Ailes, et obtenu les relevés téléphoniques d’un autre journaliste, Joe Strupp, dans le but de découvrir qui lui fournissait des informations.De leur côté, Ailes et un petit groupe surveillaient de près les talents internes. « Nous avions un dossier sur à peu près tout le monde », a déclaré l’ancien cadre de Fox, ajoutant qu’Ailes parlait de « porter des coups » dans les médias à l’encontre de toute personne qui « dépassait les bornes ». Si une femme se plaignait d’être harcelée sexuellement, Shine ou d’autres supérieurs hiérarchiques l’intimidaient pour la faire taire, réduisaient son temps d’antenne ou mettaient fin à son contrat.

L’ancien cadre se souvient : « Shine parlait à la femme avec un gant de velours, en lui disant : « Ne t’inquiète pas pour ça » – et, si ça ne marchait pas, il la prévenait que cela ruinerait sa carrière. »Les partisans de Shine maintiennent qu’il a été injustement sali par les scandales de harcèlement d’Ailes. « Il a été victime d’un réel maccarthysme sexuel », m’a dit LaCorte. Van Susteren note que Shine « n’a jamais été accusé d’avoir eu un comportement compromettant – il a été accusé d’avoir détourné le regard ». Elle ajoute : « Il fait partie de ces gens de la direction qui éteignent les incendies. Ces personnes se font souvent brûler elles-mêmes. »

Mais dans au moins quatre procès civils contre la Fox, Shine est cité comme prévenu pour avoir permis le harcèlement au travail. L’une de ces affaires, un procès d’actionnaires pour lequel Fox a négocié, en 2017, un arrangement à hauteur de quatre-vingt-dix millions de dollars, affirmait qu’Ailes avait « harcelé sexuellement des employées et des contributrices en toute impunité pendant au moins une décennie » en s’entourant « de ses loyaux partisans » – parmi lesquels Shine. Le procès reproche à Fox d’avoir dépensé cinquante-cinq millions de dollars pour régler de telles plaintes à l’amiable.

L’utilisation de fonds de l’entreprise pour des pots-de-vin a déclenché une enquête criminelle du bureau du procureur des États-Unis à Manhattan. En 2017, Shine a été cité à comparaître devant un grand jury, mais il a préféré accepter d’être interrogé par les procureurs. L’enquête criminelle semble avoir été abandonnée après la mort d’Ailes, mais Judd Burstein, un avocat dont le client a été interrogé par les procureurs, m’a dit : « Je ne pense pas que quelqu’un puisse être un délinquant sexuel récurrent dans une grande organisation sans avoir des complices comme Shine.»En 2011, la Fox a versé 3,15 millions de dollars à une journaliste du nom de Laurie Luhn pour qu’elle garde le silence sur deux décennies de sévices sexuels perpétrés par Ailes. Une copie de l’accord de confidentialité montre que Shine l’a cosigné.

Le jour où Ailes a quitté la Fox, Luhn est sortie de son silence. Elle a déclaré avoir assouvi les besoins sexuels d’Ailes pendant des années, en partie parce qu’il l’avait fait chanter avec des vidéos compromettantes. Selon la plainte des actionnaires, Ailes a été encouragé par « l’implication directe de Shine », qui programmait les rencontres comme des réunions de travail. Après que Luhn ait souffert d’une « dépression », Shine a fait appel à un psychiatre. Selon Luhn, pendant cette période de détresse, les adjoints de Ailes l’ont installée dans un hôtel de New York ; Luhn a déclaré qu’elle était tenue de transmettre tous ses courriels à Shine, pour qu’il les contrôle. Un porte-parole de Shine a démenti ce témoignage et a déclaré que Shine n’était pas au courant de la relation sexuelle entre Ailes et Luhn. L’ancien cadre de la Fox a des doutes à ce sujet, et se souvient que Shine a levé les yeux au ciel en disant : « Laurie Luhn, c’est un problème. »Sous la direction de Shine, Fox News a connu des difficultés.

En janvier 2017, NBC a débauché Megyn Kelly. (Elle a depuis quitté NBC.) Trois mois plus tard, le Times a révélé que 21st Century Fox et Bill O’Reilly avaient versé un total de treize millions de dollars à cinq employées qui l’avaient accusé de harcèlement sexuel ou de comportement inapproprié. À l’époque, Bill O’Reilly négociait un versement de trente-deux millions de dollars à une sixième accusatrice. (Il a rejeté toutes les accusations en les qualifiant de « conneries ».) La nouvelle a déclenché des boycotts de la part des annonceurs et des manifestations de rue, et Fox a licencié O’Reilly. Shine l’a rapidement suivi vers la sortie.Hannity avait prévenu que ce serait tout simplement « la fin absolue » de Fox News si son ami Shine était évincé. Mais, une fois O’Reilly et Kelly partis, Hannity se trouvait dans la position la plus forte qu’il ait jamais eue : il était désormais la star la mieux cotée de Fox, et le meilleur défenseur de Trump.

Il avait pris le créneau de 21 heures de Kelly et obtenait des taux d’audience encore plus élevés – environ trois millions de téléspectateurs par soir. Deux mois après que Shine ait quitté la Fox, Hannity est devenu un entremetteur, organisant un dîner avec le Président à la Maison Blanche, auquel assistaient lui-même, Shine et Scaramucci, à l’époque directeur de la communication de Trump. Hannity a proposé à Shine de devenir un haut responsable de la communication, voire un chef de cabinet adjoint. Un an plus tard, Shine occupait les deux postes.

Avant que Trump ne soit élu, Murdoch avait habilement amélioré ses liens avec lui. À l’été 2016, lui et sa quatrième épouse, Jerry Hall, ont rejoint Trump pour un séjour au club de golf de ce dernier en Écosse. Murdoch semble avoir été bien avisé en veillant à un rapprochement. Les télécommunications sont un secteur très réglementé, et sous Trump, le gouvernement a constamment favorisé les intérêts commerciaux de Murdoch, au détriment de ses rivaux. Hundt, l’ancien président du F.C.C., m’a confié que « trois mesures ont été prises dans le monde réglementaire et de l’antitrust » concernant les télécommunications « mesures extrêmement inhabituelles, et la seule façon de les expliquer est qu’elles sont pro-Fox, pro-Fox et pro-Fox.»

En juin dernier, après seulement six mois de délibérations, l’administration Trump a approuvé l’offre de Fox de vendre la plupart de ses actifs de divertissement à Disney, pour un montant de soixante et onze milliards de dollars. La famille Murdoch recevra plus de deux milliards de dollars dans le cadre de cette transaction et deviendra un actionnaire majeur de la société fusionnée. Le ministère de la justice n’a exprimé aucune réserve sérieuse en matière d’antitrust, même si l’entreprise combinée allait représenter la moitié des recettes du box-office américain. Trump a publiquement félicité Murdoch avant même que le ministère de la justice ne signe l’accord, et a affirmé que cela serait une source de création d’emplois. En réalité, la consolidation devrait entraîner des milliers de licenciements.

En juillet, la F.C.C. a empêché Sinclair Broadcast Group, un rival conservateur de Fox, de s’associer à Tribune Media Company. La F.C.C. a fait valoir que l’opération violerait les limites imposées quant au nombre de stations de télévision qu’une entité peut posséder, réduisant à néant l’espoir de Sinclair de devenir la prochaine Fox.

Le ministère de la Justice, quant à lui, a saisi le tribunal pour tenter d’empêcher l’acquisition de Time Warner par A. T. & T., qui possède également CNN. Time Warner a considéré l’opération comme essentielle à sa survie à une époque où le secteur des médias est de plus en plus dominé par des concurrents géants tels que Google et Facebook. Murdoch a compris cet impératif : en 2014, 21st Century Fox avait tenté, sans succès, de racheter Time Warner. Pour lui, s’opposer à l’accord entre ses rivaux était une question de sagacité commerciale.

Trump s’est également opposé à l’accord, mais beaucoup de gens ont pensé que son objection était une simple histoire de représailles mesquines contre CNN. Bien que les présidents aient traditionnellement évité d’exprimer leur opinion sur les affaires juridiques en instance devant le pouvoir judiciaire, Trump a carrément critiqué le projet. Le lendemain de la plainte déposée par le ministère de la justice pour y mettre fin, il a déclaré que la fusion proposée n’était « pas bonne pour le pays ». Trump a également affirmé qu’il n’allait « pas s’impliquer », et le ministère de la Justice a assuré à plusieurs reprises au public qu’il ne l’avait pas fait.

Cependant, à la fin de l’été 2017, quelques mois avant que le ministère de la Justice n’engage une procédure, Trump a enjoint Gary Cohn, alors directeur du Conseil économique national, de faire pression sur le ministère de la Justice pour qu’il intervienne. Selon une source bien informée, Trump a convoqué Cohn dans le bureau ovale en même temps que John Kelly, qui était tout juste devenu chef de cabinet, et a déclaré, exaspéré, à Kelly : « J’ai dit à Cohn de faire en sorte que cette action en justice soit engagée et rien ne s’est passé ! Je l’ai mentionné cinquante fois.

Et rien ne s’est passé. Je veux m’assurer qu’elle soit déposée. Je veux que cet accord soit bloqué ! »Cohn, ancien président de Goldman Sachs, a manifestement compris qu’il serait tout à fait malvenu qu’un président utilise le ministère de la Justice pour saper deux des entreprises les plus puissantes du pays en guise de punition pour une couverture médiatique défavorable, ainsi que pour récompenser un organe de presse concurrent qui l’avait soutenu. Selon la source, en sortant de la réunion, Cohn a dit à Kelly : « Ne t’avise pas d’appeler le ministère de la Justice. Nous n’allons pas fonctionner de cette façon là ».

Un porte-parole de Cohn a refusé de commenter, et Kelly n’a pas répondu aux demandes de précisions du New Yorker, mais un ancien cadre de la Maison-Blanche a confirmé que Trump a souvent manifesté sa « frustration » quant à sa volonté de bloquer la fusion A. T. & T. -Time Warner. « Le président ne saisit pas les nuances de la législation ou de la politique antitrust », affirme l’ancien fonctionnaire. « Mais il voulait que le marteau de la fusion tombe ». (Le mois dernier, un tribunal fédéral s’est prononcé en défaveur de la décision du ministère de la Justice).

Les responsables de l’administration Trump affirment que ce ne sont pas des considérations politiques qui ont guidé les actions du gouvernement concernant les trois transactions. Blair Levin, l’ancien fonctionnaire du F.C.C., m’a dit : « Il se peut qu’il y ait des explications tout à fait banales. » Mais, ajoute-t-il, « De façon célébrissime, Trump a dit que vous alliez en avoir marre de gagner, et ce n’est peut-être pas vrai pour le reste de l’Amérique, mais c’est certainement vrai pour Murdoch. » Il ajoute à propos de Murdoch : « C’est un joueur politique incroyablement retors. Il ne laisse pas d’empreintes digitales. Il est dans le jeu des influences sur les actions gouvernementales et ce à son avantage depuis bien plus longtemps que la plupart d’entre nous n’avons été en vie. »

David Axelrod, qui a été le stratège en chef de Barack Obama, estime que Murdoch a longtemps placé ses intérêts financiers au-dessus de toute préoccupation politique. Il se souvient avoir assisté à un dîner au cours duquel Murdoch l’a pressé de faire avancer la réforme de l’immigration. Axelrod a laissé entendre qu’il serait judicieux que Fox cesse d’attiser l’hystérie nationaliste anti-immigrés, et il raconte que Murdoch a répondu :« C’est à Roger qu’il faudra en parler », comme s’il n’avait aucune influence sur Fox. Axelrod précise : « Il y a probablement beaucoup de facettes du Trumpisme qui le mettent mal à l’aise. Mais en fin de compte, c’est un homme d’affaires. Et il est bien utile d’avoir pour ami le président, surtout si les liens avec les régulateurs sont étroits, et dans ce cas précis, c’est un président qui ne se laisse pas impressionner par les règles et les normes.»

Récemment, lors d’un dîner avec des journalistes, la très sulfureuse chroniqueuse d’extrême droite Ann Coulter, qui s’est écharpée avec Trump au sujet de sa politique d’immigration, a déclaré que le président lui avait confié que « Murdoch m’appelle tous les jours. » Elle a rappelé que, « à l’époque où Trump me parlait encore », elle s’était plainte auprès de lui que Fox ne l’invitait plus à intervenir. Elle a déclaré que Trump lui avait lancé : « Voulez-vous que j’appelle Murdoch et que je lui dise de vous faire participer ? ». Coulter a accepté l’offre de Trump. Il se peut qu’il ait appelé Hannity, et non Murdoch, dit-elle, mais dans tous les cas, « dans les douze heures qui ont suivi », elle était réinvitée sur Fox.

Au fur et à mesure que les relations de Murdoch avec la Maison Blanche se réchauffaient, il en allait de même pour la couverture de Trump par Fox. Pendant les années Obama, les attaques de Fox contre le président pouvaient être perçues comme reflétant le rôle contestataire traditionnellement joué par la presse. Avec l’élection de Trump, les animateurs de la chaîne sont passés de la remise en question du pouvoir à la défense de celui-ci. Yochai Benkler, professeur à la faculté de droit de Harvard qui co-dirige le Berkman Klein Center for Internet & Society, affirme que « le rôle le plus important de Fox depuis l’élection a été de garder les partisans de Trump dans le rang. » La chaîne a fourni un contre-récit permanent dans lequel : la seule collusion existante est celle entre Hillary Clinton et la Russie ; Robert Mueller, le procureur spécial, est en train de perpétrer un « coup d’État » de l' »État profond » ; Trump et ses acolytes ne sont pas corrompus, mais les forces de l’ordre et les tribunaux américains le sont ; l’immigration illégale n’a pas été aussi élevée depuis quinze ans, c’est une « invasion » ; et les organismes d’information qui présentent des points de vue différents sont des « ennemis du peuple ».

Le constat de Benkler s’appuie sur une analyse de millions d’articles de presse américains que lui et deux co-auteurs, Robert Faris et Hal Roberts, ont réalisée pour leur livre de 2018, « Network Propaganda : Manipulation, désinformation et radicalisation dans la politique américaine. » Benkler m’a dit que lui et ses co-auteurs s’étaient attendus à trouver une « polarisation symétrique » dans les médias de gauche et de droite. Au lieu de cela, ils ont découvert que les deux pôles de l’écosystème médiatique américain fonctionnent très différemment. « Ce n’est pas la droite contre la gauche, dit Benkler. C’est la droite contre le reste ».

La majorité des organes de presse américains essaient de s’en tenir aux faits. Lorsqu’un article s’avère erroné, ils publient des corrections ou, comme l’écrivent Benkler et ses co-auteurs, « ils se corrigent mutuellement ». Les sites Web d’extrême-gauche publient autant d’histoires fausses que ceux d’extrême-droite, mais les organismes de presse traditionnels et libéraux tendent à passer sous silence les informations d’un extrémisme inquiétant. Les médias conservateurs, en revanche, s’attachent davantage à conforter les partis pris de leur public et sont beaucoup plus susceptibles de pratiquer la désinformation, la propagande et la falsification pure et simple (selon des organismes neutres de vérification des faits tels que PolitiFact). Les études de cas menées par les auteurs montrent que les mensonges et les distorsions de la droite se transmettent facilement depuis les sites Web extrémistes jusqu’aux médias de masse tels que Fox, et que ce n’est qu’occasionnellement qu’ils sont corrigés.Lorsque des contre-vérités sont révélées, les téléspectateurs du noyau dur réagissent souvent avec colère. Selon Media Matters, les animateurs de Fox ont utilisé le mot « invasion » trente-trois fois dans les trente jours qui ont précédé les élections de mi-mandat.

Après que Shepard Smith, le présentateur de Fox News, a contredit les propos alarmistes de Trump sur les immigrants en déclarant : « Il n’y a pas d’invasion, personne ne vient vous choper », les téléspectateurs se sont déchaînés contre lui sur les réseaux sociaux.Il arrive qu’un tel repoussoir ait un effet salutaire. Récemment, Chris Wallace a dit à Sarah Sanders que son affirmation selon laquelle « près de quatre mille terroristes connus ou présumés entrent illégalement dans notre pays » chaque année était tout à fait inexacte. Prouvant l’influence de Fox, la Maison Blanche a abandonné ce point de discussion.De telles transgressions du récit de Trump sur Fox sont cependant rares. Contrairement à Glenn Beck, Hannity a pu cracher des théories du complot sans fondement en toute impunité. Pendant plus d’un an, Hannity et d’autres animateurs ont répandu le mensonge selon lequel le piratage des e-mails du parti démocrate pendant la campagne 2016 était un travail de l’intérieur.

Hannity a prétendu que le piratage avait été commis non pas par des agents de cyber-guerre russes, comme l’a conclu la communauté du renseignement américain, mais par un membre du personnel démocrate nommé Seth Rich, qui avait été assassiné par des agresseurs inconnus dans une rue de Washington. Benkler et ses co-auteurs se sont penchés sur la couverture de Fox et ont constaté que non seulement la chaîne a donné au mensonge autour de Seth Rich une tribune nationale, mais qu’elle a également utilisé l’histoire de la conspiration comme une diversion, la déployant comme un récit concurrent lorsque les avancées de l’enquête de Mueller montraient Trump sous un mauvais jour. En 2017, après que les parents de Seth Rich ont exigé des excuses et que les annonceurs ont commencé à fuir la chaîne, Fox en est arrivée à publier une rétractation, et Hannity a abandonné l’histoire.

Entre-temps, les animateurs de Fox avaient commencé à mettre en avant une autre conspiration : l’histoire d' » Uranium One « , que Hannity a qualifiée de « plus grand scandale de tous les temps impliquant la Russie ». Lors d’une émission diffusée en octobre 2017, Hannity a affirmé que Hillary Clinton, lorsqu’elle était secrétaire d’État, avait donné « à Vladimir Poutine et à la Russie vingt pour cent de l’uranium américain, qui est le matériau de base pour fabriquer des armes nucléaires.» Visiblement, il s’agissait d’un accord conclu en échange de gigantesques versements à la Fondation Clinton. Hannity a également affirmé que « les grands médias corrompus et menteurs » avaient caché cette « bombe » aux Américains, car ils étaient « complices » d’une « énorme opération de dissimulation ».

Plus d’un an auparavant, le Times avait publié en première page un article sur l’affaire, basé sur le livre de droite « Clinton Cash« . Mais l’histoire était tombée dans l’oubli, car d’autres reportages en avaient montré les failles, révélant que de multiples agences gouvernementales avaient approuvé l’accord et que la quantité d’uranium concernée était insignifiante. Pourtant, Fox a continué à en faire un véritable scandale de sécurité nationale impliquant la Russie. Sur le plateau de « Hannity », l’ancien conseiller de Trump à la Maison Blanche, Sebastian Gorka, a soutenu que le crime des Clinton était équivalent à la trahison de Julius et Ethel Rosenberg pendant la guerre froide – et a rappelé aux téléspectateurs que les Rosenberg avaient été exécutés. Dans les deux jours qui ont suivi, Trump a repris l’histoire de Fox, en tweetant : « L’accord sur l’uranium avec la Russie, conclu avec l’aide des Clinton et au su de l’administration Obama, est la plus grande histoire que les Fake Media ne veulent pas reprendre ! »

Alisyn Camerota a été co-animatrice de « Fox & Friends » pendant des années avant de rejoindre CNN, en 2014. Selon elle, Fox a des journalistes d’information sérieux, mais elle a été si perturbée par l’absence de rigueur sur « Fox & Friends » qu’elle a écrit un livre à peine romancé, « Amanda Wakes Up », sur le flou des lignes journalistiques au sein d’une émission matinale du câble. « Fox & Friends était une émission amusante, mais ce n’était pas une émission d’information, dit-elle. Elle enfreignait régulièrement les règles du journalisme.

C’était en fait le quotidien de Roger à la télévision. Il se réveillait le matin avec une marotte quelconque, la balançait à Bill Shine, et ce dernier nous disait de la diffuser à la télévision.» Elle affirme que les producteurs de l’émission « épluchaient les sites Web d’extrême droite et de fêlés » pour trouver du contenu, et ajoute : « Je n’ai jamais entendu quelqu’un s’inquiéter de la nécessité de rechercher une autre source. La seule phrase que j’ai entendue à maintes reprises était : « Cela va scandaliser le public ». Il faut enflammer les téléspectateurs pour que personne ne se désintéresse de vous. Telles étaient les normes.»

Au grand étonnement de ses collègues, la co-animatrice de Fox Kimberly Guilfoyle se préparait souvent pour « The Five » en s’appuyant sur les informations que lui fournissait un fan inconditionnel : un téléspectateur de Géorgie nommé David Townsend, qui n’avait aucun lien avec Fox News pas plus qu’avec le journalisme. Elle communiquait à Townsend les sujets prévus pour la journée, puis ce dernier lui envoyait par e-mail des suggestions de contenu. Un ancien collègue de Guilfoyle raconte : « C’était une blague entre assistants de production – ils disaient : « Attendez d’entendre ça ! » En fait, il lui fournissait des analyses ! C’était à mourir de rire ».

Townsend contribue activement au site de médias sociaux marginal Gab [Gab est un service de réseautage social en ligne basé à Austin, au Texas, créé pour servir d’alternative aux réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Reddit. Il s’agit d’un fork du logiciel libre Mastodon,Ndt], que Wired a qualifié de  » havre de l’extrême droite « . (Il a défendu l’idée que les « hommes physiquement fragiles » sont « plus susceptibles d’être socialistes » et a affirmé que de faire remarquer que « les magnats les plus puissants de la politique américaine sont des sionistes » n’était pas antisémite). La société de serveurs qui héberge Gab l’a temporairement exclus de l’Internet après avoir démontré qu’il avait relayé les propos haineux de Robert Bowers, le tireur qui a tué onze personnes dans une synagogue de Pittsburgh, en octobre dernier.

Quand j’ai interrogé Townsend au sujet de ses e-mails à Guilfoyle, il a répondu : « Mêlez-vous de vos affaires. Je suis juste un fan de la Fox. Je suis un guerrier du clavier. Je ne suis pas important. Il a ajouté : J’ai envoyé des trucs à diverses personnes de la Fox pendant des années, et je ne reçois pas un centime pour ça » puis il a conclu : « Je ne sais pas sur quelle tête vous allez chercher des poux, mais vous feriez mieux de faire attention. »

Étant donné le statut de Fox en tant que source d’information privilégiée de Trump, d’aucuns soutiennent que la chaîne devrait être particulièrement vigilante quant aux influences extérieures. Aki Peritz, ancien analyste de la C.I.A. et professeur adjoint à l’American University, a écrit que Fox News est devenue une cible alléchante pour les agences d’espionnage étrangères, dans la mesure où « c’est ce que voit le président ». Mais une source qui m’a parlé de Guilfoyle et Townsend estime : « C’est encore pire qu’une conspiration du dark Web, ou que quelque chose qui essayerait de manipuler Fox. C’était juste un gars en sous-vêtements en Géorgie qui avait de l’influence sur Fox News ! Et Fox News influence le Président ! »

Officiellement, une journée type de Trump commence à 11 heures, avec son briefing sur la sécurité nationale. Mais Matt Gertz, membre senior de Media Matters, qui a passé plus d’un an à suivre de près la concordance entre les tweets de Trump et les informations données par Fox News, m’a expliqué que « le vrai briefing a lieu sur « Fox & Friends », quatre heures plus tôt ». À en juger par le timing des tweets de Trump, Gertz pense que le président enregistre « Fox & Friends » et le visionne depuis le début, souvent avec un léger retard. Pendant que Trump regarde, il tweete fréquemment sur des points avec lesquels il est d’accord. Depuis août 2018, Media Matters a recensé plus de deux cents cas où Trump a diffusé des articles de Fox News à ses cinquante-huit millions de followers sur Twitter. « Trump sert de bonimenteur pour Fox », affirme Levin, offrant ainsi à la chaîne une aide promotionnelle inestimable.

Les animateurs de Fox opèrent parfois un revirement d’opinion afin de suivre la ligne de Trump : Hannity, qui, sous l’ère Obama, qualifiait les négociations avec la Corée du Nord d' »inquiétantes », considère désormais ces efforts comme une « énorme victoire en matière de politique étrangère ». Mais Gertz en est venu à croire que Fox dirige Trump plus que Trump ne dirige Fox. Lors de la récente impasse avec le Congrès concernant le financement d’un mur à la frontière, les présentateurs et les invités de Fox ont à plusieurs reprises poussé Trump à rejeter les compromis préconisés par les républicains du Congrès et par sa propre équipe, et à poursuivre à la place une voie extrême plébiscitée par les téléspectateurs fidèles de Fox.

Des assistants à la Maison Blanche confirment qu’à plusieurs reprises, Trump a écarté des compromis au dernier moment parce que des animateurs et des invités de Fox y étaient opposés. En mars dernier, il était largement attendu que Trump signe un projet de loi omnibus [Un projet de loi omnibus de dépenses est un type de projet de loi aux États-Unis qui regroupe plusieurs des petits projets de loi de crédits ordinaires en un seul projet de loi plus grand qui peut être adopté avec un seul vote par chambre, NdT], évitant ainsi un shutdown du gouvernement. Mick Mulvaney, son directeur du budget à l’époque, et le vice-président Mike Pence l’avaient qualifié d’accord conclu. Mais le 22 mars, Trump est devenu nerveux, m’a dit un ancien conseiller principal, lorsque les animateurs du soir de Fox l’ont « allumé » et le lendemain matin, sur « Fox & Friends », l’un des plus fidèles partisans du président, Pete Hegseth, l’a « déchiré ». À 8 h 55, Trump a tweeté qu’il pourrait opposer son veto au projet de loi, car il n’y avait pas de financement pour le « MUR DE LA FRONTIÉRE ». L’ancien conseiller principal a déclaré à propos du revirement soudain de Trump :  » Tout vient de Fox.  »

Le tweet de Trump a semé la panique à Washington : de nombreux membres du Congrès avaient quitté la ville et il n’était pas certain qu’ils soient assez nombreux pour adopter un projet de loi de finances provisoire. Le secrétaire à la Défense James Mattis s’est précipité à la Maison Blanche et a expliqué à Trump que, s’il mettait son veto au projet de loi, le financement des troupes américaines serait interrompu à minuit. Cet après-midi-là, Trump a cédé et a signé le projet de loi.Dans ce cas précis, Mattis l’a emporté, mais d’anciens collaborateurs de la Maison Blanche et d’autres acteurs politiques de Washington estiment que Trump est plus influencé par les experts et les invités de Fox que par son équipe ou par les experts du renseignement qui le conseillent.

Marc Short, qui était auparavant chargé des relations avec le Congrès pour la Maison Blanche, a tenté de contrer cet effet en enrôlant des alliés républicains de la Chambre pour aller sur Fox. Selon un membre du personnel du Sénat, un sénateur républicain très en vue affirme que sa méthode préférée pour se faire entendre du Président est d’aller sur Fox. Il appelle un animateur sympathique et lui propose de passer à l’antenne ; généralement, avant même qu’il se soit démaquillé dans le salon vert [Le Salon vert est une pièce, située en coulisses, non loin de la scène et des loges, où les comédiens peuvent se reposer, prendre un café et discuter entre eux,NdT], Trump l’appelle. « C’est le moyen idéal pour entrer dans sa tête », affirme l’employé du Sénat.

Gertz n’est pas le seul à penser que les animateurs de Fox ont joué un rôle clé dans le récent shutdown du gouvernement par Trump et dans sa déclaration d’urgence nationale à la frontière sud. Tous les soirs Hannity et Dobbs ont exhorté Trump dans leurs émissions à prendre ces mesures ; selon des rapports de presse, ils sont également intervenus personnellement pour conseiller à Trump de le faire.

Le 19 décembre, alors que les Républicains contrôlaient toujours les deux chambres du Congrès, le cabinet de Trump a indiqué qu’il signerait un projet de loi de dépenses prévoyant 1,6 milliard de dollars pour la sécurité des frontières. Cette nuit-là, Ann Coulter et Rush Limbaugh ont dénoncé l’accord, et le lendemain matin, Fox a pilonné Trump. Le représentant Mark Meadows, de Caroline du Nord, membre du Freedom Caucus d’extrême droite, est apparu sur « Fox & Friends », qualifiant le projet de loi non pas de  » gifle  » mais d' » entourloupe « , et avertissant Trump de ne pas  » céder « . À 7 h 33, Hegseth a tweeté à l’intention de Trump : « N’écoutez pas les conseillers qui vous incitent à vous écraser . . . . Pas de MUR = ASSEZ. »

Le lendemain, Trump a refusé de signer le projet de loi sur les dépenses, ce qui a entraîné le blocage d’une grande partie du gouvernement. Pendant les trente-cinq jours qui ont suivi, Hannity et les autres animateurs de Fox ont continué à soutenir Trump, même si les sondages montraient que le public américain était de plus en plus opposé au shutdown. Oliver Darcy, de CNN, déclare que les démocrates, plutôt que de négocier avec Trump, « pourraient aussi bien appeler Sean Hannity et l’avoir au téléphone, ajoutant : Il semble que nous ayons en quelque sorte élu Sean Hannity lorsque nous avons élu Trump.»

Gertz, de Media Matters, soutient que « la vision du monde du président est très précisément formatée par ce qu’il voit sur Fox News, mais les objectifs de Fox sont l’audience et l’argent, ce qu’ils obtiennent en maximisant la rancœur. Ce n’est pas un message qui va être bénéfique pour le reste du pays ». Blair Levin, l’ancien responsable du F.C.C., affirme que Trump et Fox emploient le même schéma risqué : enflammer la base et accroître son soutien, plutôt que de construire une coalition plus large. Le dogmatisme ciblé peut générer des milliards de dollars pour une chaîne câblée, mais en tant que stratégie de gouvernement, il aliène inévitablement la majorité. Le problème pour Trump, comme le dit un ancien animateur de Fox, est qu’ « il ne peut pas se permettre de perdre Fox, car c’est tout ce qu’il a ».De même, Fox a un intérêt financier à faire en sorte que Trump soit présenté sous un jour favorable. Les taux d’audience de la Fox et de MSNBC chutent lorsque les nouvelles sont mauvaises pour le parti de leur auditoire. Van Susteren compare ce phénomène au fait que les spectateurs se détournent de leur équipe sportive lorsqu’elle perd.

Pendant la gestion désastreuse de l’ouragan Katrina par l’administration Bush, l’audience de Fox a tellement chuté, m’a dit un ancien producteur de Fox, qu’on lui a demandé de ne plus couvrir l’événement. Depuis les élections de mi-mandat, au cours desquelles les Républicains ont perdu la Chambre des représentants, les taux d’audience de Nielsen pour les émissions du soir de Fox – Hannity, Tucker Carlson et Laura Ingraham – ont chuté de 20 %. Peu de choses font monter l’audimat en flèche comme une interview présidentielle en exclusivité, et le 28 février, Hannity en a de nouveau décroché une, lors de la rencontre du président avec Kim Jong Un à Hanoi. À un moment précis pendant l’entretien, Hannity a abordé la nouvelle la plus importante de la semaine – le témoignage de Michael Cohen devant le Congrès – et a garanti aux téléspectateurs que, même si Stormy Daniels avait été soudoyée avant l’élection de 2016, le président était innocent de tout acte criminel. Cohen, a-t-il dit à Trump, « m’a dit au moins une douzaine de fois que c’est lui qui avait pris la décision de verser ces sommes, et qu’il ne vous en avait rien dit. »« Exact » a répondu Trump.

Lorsque Hannity a déploré que les auditions de Cohen aient perturbé les efforts diplomatiques de Trump, en entonnant : « Je pensais que la politique en Amérique s’arrêtait aux rives de la mer », Trump a qualifié le timing de « vraiment inapproprié. »

À la Maison-Blanche, Bill Shine, tout comme il le faisait à Fox, s’en remet à celui qu’il appelle « le patron ». Lorsque Trump a manifesté son agacement à l’égard des journalistes de la Maison-Blanche, Bill Shine s’est comporté comme son homme de main. Au mépris des principes protégeant la liberté de la presse, il a tenté de confisquer l’accréditation à la maison blanche de l’offensif correspondant de CNN Jim Acosta ; il a également tenté de  » dés-inviter  » la correspondante de CNN Kaitlan Collins qui couvrait un événement au Rose Garden. Elle avait agacé le président plus tôt dans la journée en posant une question sur Michael Cohen.Shine a également rabroué Peter Baker, le correspondant en chef du Times à la Maison Blanche, après avoir entendu – de manière inexacte – que Baker, lors d’un sommet à Buenos Aires, avait ri lorsque le Premier ministre japonais, Shinzō Abe, avait félicité Trump pour sa « victoire historique » aux élections de mi-mandat.

Baker a refusé de commenter, mais un de ses collègues a vu Shine écarter Baker du groupe de presse. Shine lui a pointé un doigt en pleine figure et a exigé de savoir s’il s’était moqué de Trump. L’incident a été réglé à l’amiable après que Baker a envoyé à Shine un enregistrement audio prouvant que l’accusation était fausse. Mais la tentative de Shine pour contrôler un journaliste chevronné n’est pas sans rappeler la culture de l’intimidation qui règne à Fox News.Une source proche de Trump affirme que le président s’est plaint du manque d’agressivité de Shine. À la fin de l’année dernière, Trump a déclaré à cette source : « Shine m’a promis que ma couverture médiatique s’améliorerait, mais elle a encore empiré.» Selon la source, « Trump pensait obtenir Roger Ailes, mais au lieu de cela, il a obtenu le valet de pied de Roger Ailes.»Au cours des derniers mois, Shine a pratiquement mis fin aux points presse de la Maison Blanche. Trump préfère être son propre porte-parole. « Il a toujours pensé que c’était lui qui était le meilleur, dit un ancien haut fonctionnaire de la Maison Blanche. Mais le problème est que vous perdez la possibilité de démentir. C’est devenu un numéro de trapèze sans filet, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

La communication sur le shutdown était une catastrophe. Il n’y avait aucune stratégie de sortie ».Alors que Trump condamne les journalistes en les qualifiant d' »ennemis du peuple », Fox News a également pris des mesures de répression contre les voix dissidentes. Van Susteren a été remplacée par Tucker Carlson, et sous la direction de l’actuelle directrice générale de Fox, Suzanne Scott, une adjointe de longue date de Shine, le programme des heures de grande écoute est devenu plus partial que jamais. La Fox est devenue le refuge de Trump dans les moments de stress. Lorsqu’il s’est retrouvé seul à la Maison Blanche le soir du Nouvel An, il a appelé en direct l’émission de Pete Hegseth pour lui souhaiter une bonne année. Quelques semaines plus tard, lorsque Trump a été humilié par la décision du FBI d’ouvrir une enquête de contre-espionnage à son encontre, il a appelé l’animatrice de Fox Jeanine Pirro pour être rassuré à l’antenne. Les détracteurs conservateurs de Trump qui avaient l’habitude d’apparaître sur Fox, comme Stephen Hayes et George Will, ont quasiment disparu ; Will a déclaré au Washington Post que Fox avait mis fin à son contrat, en 2017, sans explication.

Il est presque choquant de rappeler que, pas plus tard qu’en 2009, Fox compensait la présence de Hannity par celle d’un co-animateur libéral, Alan Colmes.Simon Rosenberg, un vétéran démocrate de la campagne de Bill Clinton en 1992, est passé régulièrement sur Fox pendant plus de dix ans. En novembre 2017, il a eu un vif échange à l’antenne avec une animatrice de Fox, Melissa Francis, au sujet de la loi fiscale républicaine. Lorsque celle-ci l’a tancé, l’accusant de se contenter de répéter des éléments de discussion, il a juré à l’antenne de ne jamais revenir. « Il a toujours été clair qu’il ne s’agissait pas d’une agence de presse comme les autres, m’a dit Rosenberg. Mais quand Ailes est parti, et que Trump a été élu, la chaîne a changé. Ils sont devenus plus combatifs, et ont commencé à me traiter comme un ennemi, pas comme un adversaire.» Maintenant que Shine a rejoint Trump à la Maison Blanche, dit-il, « c’est comme si les animateurs de Fox avaient maintenant deux patrons – la Maison Blanche et le public.»

Selon lui, la chaîne s’est tellement rapproché de la Maison Blanche dans la diabolisation des détracteurs de Trump que « Fox n’est plus conservatrice, elle est anti-démocratique ».Une fois que la Fox aura cédé ses actifs de divertissement à Disney, la chaîne d’information fera partie d’une société beaucoup plus modeste, placée sous la supervision quotidienne de Lachlan Murdoch. Comme Rupert, Lachlan est un conservateur, mais selon les rumeurs au sein de Fox, il semblerait qu’il veuille rapprocher la chaîne d’information du centre-droit. A ce jour, le plus grand défi pour les normes journalistiques de Fox est l’épreuve de force imminente concernant les conclusions de Mueller.

Depuis deux ans, la chaîne prépare ses téléspectateurs à réagir avec une extraordinaire fureur si l’étau des forces de l’ordre du pays devait se resserrer autour du Président. Selon Media Matters, au cours de la première année qui a suivi la nomination de Mueller, Hannity a diffusé à lui seul quatre cent quatre-vingt-six émissions attaquant l’enquête criminelle fédérale sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016 ; trente-huit pour cent de ces émissions affirmaient que les forces de l’ordre avaient enfreint la loi. Ces dernières semaines, Hannity a parlé d’un  » coup d’État « , et un invité de l’émission de Laura Ingraham, l’avocat Joseph diGenova, a déclaré : « Ce sera une guerre totale.

Et, comme je le dis à mes amis, je fais deux choses : je vote et j’achète des armes.»Jerry Taylor, cofondateur du Niskanen Center, un groupe de réflexion à Washington pour les modérés, déclare : « Dans un monde hypothétique où il n’y aurait plus Fox News, si le président Trump devait être durement mis à mal par le rapport Mueller, ce serait la fin pour lui. Mais, avec Fox News couvrant ses arrières auprès de la base républicaine, il a une chance inespérée, car il dispose de quelque chose qu’aucun autre président dans l’histoire américaine n’a jamais eu à sa disposition – une entreprise de propagande servile.»

Jane Mayer, la correspondante en chef du New Yorker à Washington, est l’auteur de « Dark Money ».

Source : The New Yorker – 04-03-2019
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Commentaire recommandé

LibEgaFra // 23.06.2021 à 09h08

« A propos des mêmes dérives actuellement à l’œuvre en France »

Oui, et si on parlait plutôt de ce qui se passe en France? Car ce n’est pas UN foxnews à la française, c’est pratiquement toute la presse dite mainstream et subventionnée par l’Etat qui a pris fait et cause pour le giflé. Quand on pense que son élection a été favorisée par un canard soi-disant indépendant… on voit ce même canard actuellement faire feu de tout bois contre un seul parti en tapant même en dessous de la ceinture. Mais avoir fait un silence de plomb sur la fortune « consommée » par ledit candidat… révélée par Olivier.

La bonne nouvelle: lectorats en chute libre et conséquence: électeurs qui votent avec leurs pieds. La farce de la « représentativité » est ainsi dévoilée.

16 réactions et commentaires

  • Daniel // 23.06.2021 à 08h17

    L’article date un peu…
    Dans l’article, selon Fox News, « La chaîne a fourni un contre-récit permanent dans lequel : la seule collusion existante est celle entre Hillary Clinton et la Russie ». Tous les autres médias (même en France) claironnaient que les Russes avaient mis Trump au pouvoir et cela a duré jusqu’à la campagne Biden-Trump.
    Le Russia Gate est ce une grosse Fake News de tous les médias ou alors c’est ce qui s’est réellement passé ?
    Je pense que Les Crises devraient a posteriori faire un sujet sur la réalité perçue et montrée du Russia Gate : c’est symptomatique d’une recherche de la propagande dans les médias plutôt que d’une recherche de la vérité.

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    • Jolb56 // 30.06.2021 à 17h21

      Ce qui est alarmant c’est de mettre ça en perspective au moment où un CNews envoie un de ses chroniqueurs à l’élection présidentielle. C’est en ce sens que l’article ne date pas. Il est complètement d’actualité au vu de ce qui se prépare tant au Royaume uni qu’en France. Décoder comment la collusion entre le trumpisme et Fox s’est mise en place pourrait aider la France à se prémunir …

        +0

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  • LibEgaFra // 23.06.2021 à 09h08

    « A propos des mêmes dérives actuellement à l’œuvre en France »

    Oui, et si on parlait plutôt de ce qui se passe en France? Car ce n’est pas UN foxnews à la française, c’est pratiquement toute la presse dite mainstream et subventionnée par l’Etat qui a pris fait et cause pour le giflé. Quand on pense que son élection a été favorisée par un canard soi-disant indépendant… on voit ce même canard actuellement faire feu de tout bois contre un seul parti en tapant même en dessous de la ceinture. Mais avoir fait un silence de plomb sur la fortune « consommée » par ledit candidat… révélée par Olivier.

    La bonne nouvelle: lectorats en chute libre et conséquence: électeurs qui votent avec leurs pieds. La farce de la « représentativité » est ainsi dévoilée.

      +20

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    • LibEgaFra // 23.06.2021 à 09h29

      Cette vidéo proposée dans la compile du jour est très intéressante sur la soumission des médias: je n’ai vu nulle part la vidéo qui montre l’incident sous un autre angle (1’14 ») et que la « foule » se limite à une quinzaine (soyons généreux) de personnes et surtout que le gifleur crie « A bas la macronie » et non « montjoie-saint-denis ».

      https://youtu.be/nAkO1blqJrI

        +5

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      • LibEgaFra // 23.06.2021 à 09h45

        Emmanuelle Ducros: par leur vote les Français « transmettent leur souveraineté » aux élus… en fait c’est un abandon de souveraineté et en refusant de prendre part à ces mascarades les citoyens refusent cet abandon.

          +7

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    • Fernet-Branca // 23.06.2021 à 11h42

      Exact pour la gifle et toute la presse y est allée en rangs serrés , les gilets jaunes sont d’extrême-droite. Pourtant suite à la tentative de réforme des retraites par Macron fin 2019, j’ai vu une manifestation début 2020 ou gilets jaunes, syndicats et partis de gauche manifestaient ensemble à Lille. Devant la gare les forces de l’ordre n’y sont pas allés de main morte et pour la première fois de ma vie j’ai vu du sang sur le trottoir dans une manifestation où étaient présents les syndicats. Et j’ai 50 ans de manifestation derrière moi.
      Sur l’aspect va-t-en guerre dans les aventures US/NATO toute la presse main stream française y va de bon coeur contre la Russie, la Chine, l’Iran.
      Le Monde vaut bien Atlantico, le Point, Valeurs Actuelles.

        +7

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    • Kasper // 23.06.2021 à 11h52

      Exactement il dit « montjoie saint denis, à bas la macronie ».

      Pour le coup de « gifler le président c’est gifler tous les français », il faut demander à ces gens quel respect pour sa fonction avait Macron quand il faisait le bouffon à l’Elysée avec ses commis youtubeurs. Là, la confusion entre l’homme et la fonction leur paraissait moins évidente, bizarrement.

      Je pense que tout le monde gagnerait à mettre au rebut cette vision mystique des mandats républicains. Macron est juste notre employé, pas le symbole de la Nation. Il est normal qu’il soit protégé parce que sa mission est importante (enfin en principe, quand elle est bien remplie…) mais sa personne n’a rien de sacré (et ca vaut aussi pour le « la république c’est moi » de Mélenchon).

      Macron est un simple individu qu’on peut gifler pour ce qu’il a fait et pas pour ses idées ou ce qu’il représente.

        +5

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      • paul // 24.06.2021 à 16h50

        il aurait du être entarté, cela aurait été plus malin,mais ça, ils l’auraient vu venir.

          +1

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      • gracques // 25.06.2021 à 07h03

        Oui, sauf que Melenchon à dit ça parce que justement le parquet , institution de la’république violait une fonction républicaine en empêchant un député de pénétrer dans son bureau. A ce moment là Melenchon est député (avec l’echarpe) et effectivement il représente la république par sa fonction….. mais bon , la plupart de ceux qui réclament que l’on respecte les règles n’en n’ont qu’une partie en tête , celles qui leur conviennent .

          +1

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        • Kasper // 26.06.2021 à 06h20

          « A ce moment là Melenchon est député (avec l’echarpe) et effectivement il représente la république par sa fonction… »

          Justement, il est la le problème. Il faut sortir de cette vision mystique du mandat électif. Un député est juste une personne qui a reçu une mission. Pour mener à bien cette mission on lui accorde des privilèges, mais il n’est pas la république.

          Si les règles sont violées il faut le rappeler et exiger leur application. Pas hurler « la république c’est moi ».

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  • Yann // 23.06.2021 à 09h22

    Dans les deux élections (Trump/Clinton et Trump/Biden), les scores étaient proches de 50/50.
    Et dans une démocratie, le score de 50/50 est celui qui fait le plus de mécontents.
    Donc bon…

      +0

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  • yann // 23.06.2021 à 09h42

    Un article intéressant qui montre une fois de plus à quel point la presse s’est exonérée du devoir d’informer et s’autorise à toutes les manœuvres possibles pour favoriser tel camp ou telle idée.

    Je pense qu’ici nous sommes d’accord pour dire que sans citoyen informé il n’y a pas de démocratie.

    Généralement la presse américaine est clairement anti Trump, de même qu’en France elle est essentiellement anti gilets jaunes, anti raoult, pro union européenne et après tout pourquoi pas ?

    Le problème est quand la presse ment ou fait silence sur des informations.
    Par exemple, la presse française s’est bien gardée d’évoquer les déclarations de revenus de Macron avant les élections ou les agissements du fils Biden en Ukraine pendant les élections américaines.
    De même, les journaux français font silence sur le conseil scientifique indépendant et parlent d’un « consensus scientifique » contre la chloroquine ce qui est faux (qu’on soit pour ou contre ce produit est une chose, affirmer qu’il y a un consensus scientifique sur la question est un mensonge pur et simple).

    En tant que citoyen et démocrate, je suis écœuré par « les grands médias », qui j’estime, nous désinforment et rendent impossible toute forme de démocratie. En tant que contribuable je m’estime volé.

    Donc je propose encore une fois que la carte de presse ainsi que l’accès des médias aux subventions de l’état soient directement impactés par des informations prouvées fausses. Je n’accepte plus que des journalistes ou des journaux aient le droit de nous désinformer impunément.

      +12

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  • Pie vert // 23.06.2021 à 12h43

    Et CNN, ABC, CBS… portes voix de la maison démocrates, Biden en l’occurrence. Les médias ne sont pas neutres et ne l’ont jamais été sinon pourquoi des milliardaires s’arracheraient certains titres de presse sans lecteur ?
    Derrière chaque titres, TV, radio il y a une idéologie, une ligne de presse, un rien de diversité ne fait pas de mal au contraire ou alors plus rien ne distingue l’occident de l’exURSS et de l’actuelle Chine.

      +4

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  • Casimir Ioulianov // 23.06.2021 à 13h54

    « le modèle économique fondamental de Fox News est de susciter la peur. »

    A quel moment ils rentrent dans le Patriot Act ? Quoi ? Des gens qui se font métier de terroriser des nations entières pour pousser des vues politiques , vous appelez ça comment vous ?

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  • Koui // 23.06.2021 à 21h30

    Le modèle des médias centristes se meurt, paix à son âme. Mais les nouveaux médias d’extrême droite ne sont guère intéressant. L’influence culturelle de la gauche est proche de zéro. La querelle entre les maîtres de l’information serait plutôt marrante si elle ne s’accompagnait pas d’une censure de plus en plus forte des médias alternatifs. Qu’ils aillent tous au diable

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  • carlos // 26.06.2021 à 03h18

    On aimerait ce genre d’article sur le Monde ou Liberation.
    On sait bien que jamais cela n’arrivera.

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