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5.février.20195.2.2019 // Les Crises

Les « gouvernements privés » qui assujettissent les travailleurs américains. Par Chris Hedges

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Source : Truthdig, Chris Hedges, 14-01-2019

Mr. Fish / Truthdig

Les dictatures d’entreprises – qui privent les employés de leurs droits constitutionnels fondamentaux, y compris la liberté d’expression, et qui comptent de plus en plus sur des employés temporaires ou contractuels qui ne reçoivent ni d’avantages ni la sécurité d’emploi – régissent la vie d’environ 80 % des travailleurs américains. Ces sociétés, relativement peu ou pas suivies du tout, surveillent et contraignent leurs effectifs. Ils effectuent des tests de dépistage de drogues au hasard, imposent des quotas et des objectifs pénalisants, commettent régulièrement des vols de salaire, blessent des travailleurs et refusent ensuite de les indemniser, étouffent les cas de harcèlement sexuel, d’agression et de viol. Ils ont recours au harcèlement managérial, à la manipulation psychologique – y compris la pseudo-science de la psychologie positive – et à l’intimidation pour asseoir leur domination et garantir l’obéissance. Ils licencient des travailleurs pour avoir exprimé des opinions politiques de gauche sur les médias sociaux ou lors d’événements publics en dehors de leurs heures de travail. Ils licencient ceux qui portent plainte ou expriment publiquement des critiques sur leurs conditions de travail. Ils contrecarrent les tentatives d’organisation syndicale, licencient sans ménagement les travailleurs âgés et imposent des clauses contractuelles de « non-concurrence », ce qui signifie qu’en cas de départ, les travailleurs ne pourront pas faire valoir leur expérience et postuler pour d’autres employeurs du même secteur. Près de la moitié des professions techniques exigent désormais que les travailleurs signent des clauses de non-concurrence, et cette pratique s’est étendue aux emplois à bas salaires, notamment dans les salons de coiffure et les restaurants.

Plus les salaires sont bas, plus les conditions sont abusives. Les travailleurs des secteurs de l’alimentation et de l’hôtellerie, de l’agriculture, de la construction, des services domestiques, des centres d’appels, de l’industrie du vêtement, des entrepôts, de la vente au détail, des services de pelouse, des prisons, de la santé et d’aide à la personne sont les plus touchés. Walmart, par exemple, qui emploie près de 1 % de la main-d’œuvre américaine (1,4 million de travailleurs), interdit les conversations de couloir qu’il qualifie de « vol de temps ». Le géant de l’industrie alimentaire Tyson empêche ses travailleurs de prendre des pauses toilette, ce qui les oblige à uriner sur eux-mêmes ; en conséquence, certains travailleurs doivent porter des couches. Les travailleurs plus âgés et intérimaires qu’Amazon emploie souvent sont soumis à des cadences exténuantes de 12 heures d’affilé au cours desquelles les moindres faits et gestes de l’employé sont scrutés électroniquement en vue de maintenir la productivité horaire. Certains travailleurs d’Amazone marchent des kilomètres sur un sol en béton et doivent souvent s’agenouiller pour faire leur travail. Ils souffrent souvent de blessures handicapantes suite à cela. Les employés blessés signent des décharges (indiquant que les blessures constatées ne sont pas liées au travail) avant de se faire licencier. Deux tiers des travailleurs des secteurs à bas salaires sont victimes de vols de salaires, perdant un montant estimé à 50 milliards de dollars par an. De 4 à 14 millions de travailleurs américains, sous la menace de réductions salariales, de fermetures d’usines ou de licenciements, ont subi des pressions de la part de leurs employeurs pour soutenir des candidats et des causes politiques favorables aux entreprises.

Les sociétés qui régissent la vie des travailleurs américains constituent ce que Elizabeth Anderson, professeure de philosophie à l’Université du Michigan, appelle les « gouvernements privés ». Ces « gouvernements sur le lieu de travail », écrit-elle, sont des « dictatures dans lesquelles les patrons gouvernent sans rendre des comptes à ceux qui sont gouvernés. Ils ne gouvernent pas seulement les travailleurs : ils les dominent ». Ces sociétés ont le pouvoir légal, écrit-elle, « de réglementer également la vie des travailleurs en dehors des heures de travail – leurs activités politiques, leur discours, le choix de leur partenaire sexuel, l’usage de drogues récréatives, l’alcool, le tabagisme et l’exercice. Parce que la plupart des employeurs exercent ce pouvoir en dehors des heures de travail de façon irrégulière et sans avertissement, la plupart des travailleurs ne sont pas conscients de l’ampleur de ce pouvoir. »

« Si le gouvernement américain nous imposait de tels règlements, nous protesterions à juste titre contre la violation de nos droits constitutionnels », écrit Anderson dans son livre Private Government : Comment les employeurs régissent nos vies (et pourquoi nous n’en parlons pas). « Mais les travailleurs américains n’ont aucuns droits face aux patrons. Le simple fait de s’élever contre de telles contraintes peut leur faire perdre leur emploi. Alors la plupart se taisent. »

Une fois les contrats de travail signés, les travailleurs renoncent à l’essentiel de leurs droits civiques au profit de l’entreprise, à l’exception des quelques droits garantis par la loi comme la durée des contrats. « L’autorité des employeurs sur les travailleurs, en dehors de la négociation collective et de quelques autres situations, comme la titularisation des professeurs d’université, est vaste, arbitraire et ne donne lieu à aucune obligation de rendre des comptes », écrit Anderson – elle ne peut faire l’objet d’avis, de procédures ou d’appels. L’État a établi la constitution du gouvernement du lieu de travail ; c’est une forme de gouvernement privé. Selon la loi, ces sociétés peuvent « imposer aux employés une réglementation beaucoup plus précise, exigeante et radicale que ne le font les États démocratiques dans n’importe quel domaine à l’exception des prisons et de l’armée ».

Ces myriades de dictatures d’entreprises, ou gouvernements privés, font en sorte que les travailleurs américains soient dociles et obéissants alors que la superstructure de l’État corporatif cimente une sorte de totalitarisme sans partage. L’idéologie dominante du néolibéralisme et du libertarisme, sert à justifier la domination des entreprises et les inégalités sociales qui nous affligent, sous couvert de la défense de la liberté. La doxa prétend que les travailleurs concluent et mettent fin à leurs contrats de travail librement, en faisant l’impasse sur la suspension quasi totale de leurs droits pendant la durée de travail. La doxa prétend que les travailleurs et les entreprises opèrent tels des vendeurs et des acheteurs indépendants et autonomes, les travailleurs vendant leur force de travail librement et les propriétaires d’entreprises achetant ce travail.

Ce modèle économique néolibéral est toutefois déficient. La relation entre l’entreprise et le travailleur n’est pas la même que la relation entre un boulanger indépendant et ses clients par exemple. Le boulanger indépendant et ceux qui achètent le pain font appel à une logique d’intérêt mutuel lors de l’échange. « L’acheteur n’est pas un subalterne implorant un service », écrit Anderson. « L’acheteur n’est pas non plus un supérieur ayant le droit d’ordonner au boucher, au brasseur ou au boulanger de lui remettre les fruits de son travail. Les acheteurs doivent se soucier aux intérêts de l’autre. Chacune des parties entreprennent l’échange avec leur dignité, leur statut et leur indépendance personnelle confirmée par l’autre. C’est un modèle de relations sociales entre personnes libres et égales. » (souligné par l’auteur.)

Une fois qu’un travailleur est lié à une entreprise, il ou elle perd instantanément cette dignité, ce lien de subordination engendre la perte de son indépendance personnelle, surtout si l’emploi est temporaire, situé en bas de l’organigramme ou subalterne. Les relations ne sont plus libres et égales.

« Quand les travailleurs vendent leur travail à un employeur, ils doivent se livrer à leur patron, qui peut ensuite leur donner des ordres », écrit Anderson. « Le contrat de travail, place le vendeur sous l’autorité de son patron ». Le travailleur satisfait aux exigences de la direction, qu’il n’est guère en mesure de remettre en question, ou sera réprimandé, rétrogradé, sanctionné ou renvoyé. Le chef d’entreprise exerce une autorité totale sur le travailleur. « L’exécution du contrat incarne une profonde asymétrie d’intérêts », écrit Anderson, « désormais, le travailleur devra travailler dans des conditions qui ne tiennent pas compte de ses intérêts mais de ceux du capitaliste ».

Le néolibéralisme soutient que le choix se situe entre la loi du marché et le contrôle de l’État, alors que, comme l’écrit Anderson, « la plupart des adultes vivent leur vie professionnelle sous un troisième modèle: un gouvernement privé ». Le néolibéralisme soutient que l’essence de la liberté est la libre entreprise, sans jamais aborder la question de l’abandon des libertés fondamentales par les travailleurs. Le néolibéralisme promet, ce qui n’était pas le cas avant la révolution industrielle, que les travailleurs peuvent devenir indépendants s’ils travaillent dur et innovent. Nous avons tous la capacité d’atteindre l’indépendance économique ou de devenir des chefs de file de l’industrie si nous puisons dans nos ressources intérieures, selon le mantra néolibéral, popularisé par la culture de masse. La solution des idéologues néolibéraux à la cannibalisation de l’économie est d’appeler à encourager une nation d’entrepreneurs. C’est une arnaque. Les entreprises et leurs lobbyistes rédigent les lois et la législation, créant ainsi un système juridique à deux vitesses dans lequel la pauvreté est criminalisée et nous sommes contrôlés, taxés et punis. Les oligarques corporatifs, vivent dans un monde où le monopole, la fraude et les autres méfaits financiers sont légaux ou rarement punis et où les impôts sont minimes voire inexistants. Au sein de la population, seul un infime pourcentage de la population, dont la plupart sont issus de l’élite fortunée et ont été formés dans des universités et des institutions élitistes et ploutocratiques, domine la hiérarchie dans les entreprises. Le discours public, contrôlé par le pouvoir des entreprises, ignore cet arrangement de pouvoir unilatéral. Il ne peut pas régler un problème qu’il refuse de reconnaître. La soumission, c’est la liberté.

Anderson appelle ce système économique d’entreprise communiste – c’est-à-dire communiste avec un petit « c » – parce que ces gouvernements privés « possèdent tous les moyens de production de la société qu’il gouverne. Elle organise la production par le biais de la planification centralisée. La forme du gouvernement est une dictature. Dans certains cas, le dictateur est nommé par une oligarchie des puissances d’argent. Dans d’autres cas, le dictateur s’autoproclame ». Les gouvernements privés, dont les pouvoirs de sanction ne permettent pas d’emprisonner ou d’exécuter (bien qu’ils disposent souvent de forces de sécurité intérieure ayant le pouvoir d’arrêter), veillent au respect de la loi en ayant recours à une surveillance généralisée usent de la carotte et du bâton : la sanction ou l’augmentation et la promotion. De plus, ils usent du barrage constant de la propagande d’entreprise [culture d’entreprise, NdT].

« Nous possédons le langage de l’équité et de la justice distributive pour parler de bas salaires et d’avantages sociaux inadéquats, nous savons comment parler de la lutte pour 15 $, quel que soit l’aspect de la question dans laquelle vous vous trouvez », écrit Anderson. « Mais nous n’avons pas de moyens efficaces pour parler de la façon dont les patrons gouvernent la vie des travailleurs. »

Les travailleurs américains n’ont jamais obtenu autant de droits que les travailleurs d’autres pays industrialisés. Au plus fort de la représentation syndicale en 1954, seulement 28,3 % des travailleurs américains étaient syndiqués. Ce nombre est tombé à 11,1 %, et seulement 6,6 % des travailleurs du secteur privé sont syndiqués. Depuis des décennies, les salaires ont baissé ou stagné. La moitié de tous les travailleurs américains gagnent moins de 29 000 $ par an, ce qui met leur famille dans la pauvreté.

Les travailleurs, dépourvus de syndicats n’ont pas la capacité de faire pression sur la direction par la négociation collective, n’ont pas leur mot à dire sur leurs conditions de travail. S’ils choisissent de quitter un emploi abusif, où vont-ils ? Les inégalités et la perte de liberté et d’autonomie des travailleurs sont ancrées dans la structure même de l’entreprise. Il est impossible, comme le met en garde Anderson, de bâtir une société libre et démocratique dominée par des gouvernements privés. Alors que ces gouvernements privés fusionnent dans la superstructure de l’État corporatif, nous sommes en train de mettre en place une tyrannie corporative inattaquable. C’est une course contre la montre. Nos libertés restantes s’éteignent rapidement. Ces dictatures omnipotentes doivent être détruites, et elles ne le seront que par des protestations populaires soutenues, comme on en voit dans les rues de Paris. Sinon, nous serons ligotés dans les chaînes du 21e siècle.

Source : Truthdig, Chris Hedges, 14-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Daniel // 05.02.2019 à 05h50

la case de l’oncle Tom.
c’est un retour à l’esclavagisme par l’argent et pour l’argent.
le pire c’est qu’on nous le vent sous la forme d’un progrès ici et là bas, quelque soit la forme (“l’Europe”, la “vraie Amérique”) en fait c’est toujours le “libéralisme” et la “concurrence libre et non faussée” qui est derrière.
le pire c’est que cette “main invisible” guidant le marché ne marche jamais !
la seule chose qui marche, c’est quand il y a un pilote dans l’avion qui sait où on va.
En France, ce fut le programme du CNR qui fut ce guide durant les 30 Glorieuses (Banque Nationale, crédit productif public et promotion de l’intérêt général).
Ce n’est pas du passé que d’espérer revenir à de telles politiques nationales et d’entreprises.

41 réactions et commentaires

  • Daniel // 05.02.2019 à 05h50

    la case de l’oncle Tom.
    c’est un retour à l’esclavagisme par l’argent et pour l’argent.
    le pire c’est qu’on nous le vent sous la forme d’un progrès ici et là bas, quelque soit la forme (“l’Europe”, la “vraie Amérique”) en fait c’est toujours le “libéralisme” et la “concurrence libre et non faussée” qui est derrière.
    le pire c’est que cette “main invisible” guidant le marché ne marche jamais !
    la seule chose qui marche, c’est quand il y a un pilote dans l’avion qui sait où on va.
    En France, ce fut le programme du CNR qui fut ce guide durant les 30 Glorieuses (Banque Nationale, crédit productif public et promotion de l’intérêt général).
    Ce n’est pas du passé que d’espérer revenir à de telles politiques nationales et d’entreprises.

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    • Evariste // 05.02.2019 à 08h51

      C’est plutôt du servage: les serfs sont liés au seigneur par un contrat alors que les esclaves sont considérés comme des “choses” (en pratique la différence est très mince…).

        +8

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      • Sandrine // 05.02.2019 à 09h49

        En pratique, la différence est assez importante : le serf est attaché à la glèbe, ce qui veut dire que l’on ne peut pas lui intimer l’ordre d’aller travailler à l’autre bout du pays. Il naît dans son village, s’y marie et y voit grandir ses enfants. L’esclave, lui, est attaché à son maître et n’a pour cette raison pas le droit de se marier ni de revendiquer une quelconque filiation avec ses enfants (pour les hommes). Sa vie est entièrement dédiée au patron, ses seuls droits sont ceux que le patron veut bien lui accorder.
        C’est bien l’esclavage qui caractérise le régime juridique que la révolution néo-libérale veut imposer au monde. Mais attention, c’est une forme d’esclavage 2.0 sans foi ni loi, sans AUCUNE forme d’hétéronomie, sans aucune contrainte morale surplombante en mesure de limiter l’hubris des maitres.

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        • Jac // 05.02.2019 à 11h34

          Très important votre remarque et j’en reconnais la pertinence. J’avais moi-même utilisé le terme “servage” pour évoquer sur un autre article le pouvoir du néolibéralisme (qui pour moi est une forme de totalitarisme à l’échelle mondiale, et je distingue le capitalisme, le libéralisme et le néolibéralisme). Je me rends compte grâce à vous qu’il minimise l’esclavage (forme moderne : mobilité extrarégionale et extraterritoriale de plus en plus imposée aux salariés) lequel terme j’utilisais auparavant. Croyant mieux préciser ma pensée, je m’en écartais. Merci.

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        • Mr K. // 05.02.2019 à 12h48

          @ Sandrine

          Lorsque vous écrivez que “l’on ne peut pas [au serf] intimer l’ordre d’aller travailler à l’autre bout du pays”, comme particularité positive le distinguant de l’esclave.
          Ne faites vous pas un anachronisme faussant votre raisonnement?

          Le serf n’est-il pas structurellement (par exemple structure féodale) attaché à la terre qui le voit naître parce qu’en règle générale, la question de son envoi à l’autre bout du pays ne se pose tout simplement pas, donc n’existe pas ?

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          • Sandrine // 05.02.2019 à 15h06

            Non, puisque aux époques concernées, il existait aussi un statut d’esclave (distinct de celui du serf) et ces esclaves faisaient l’objet d’une traite. Verdun a ainsi été l’un des principaux marché aux esclaves d’Europe du Nord au haut moyen-âge.

            Le servage constituait alors un statut plus enviable et plus protecteur correspondant probablement en partie à l’adoption par la société de valeurs chretiennes.

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            • Mr K. // 05.02.2019 à 18h22

              Vous avez certainement globalement raison, cependant à “certaines époques” on vendait aussi les serfs.

              Voir par exemple le roman extraordinaire “Les Âmes mortes” du russe Nicolas Gogol (1842).

              Modification 18h24 : @ Sandrine
              Je viens de lire votre commentaire plus bas sur la particularité russe.

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          • Caliban // 05.02.2019 à 15h38

            “l’adoption par la société de valeurs chretiennes.”

            Explication assez discutable pour le Haut Moyen Age. Surtout le terme “valeurs” qui me paraît un anachronisme.

            A mon avis cela tient plus à la féodalité qui nie l’individu (un homme est toujours “l’homme de quelqu’un”, le serf vis à vis de son propriétaire, l’aristocrate homme lige de son seigneur … et ainsi jusqu’au roi)

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            • Sandrine // 05.02.2019 à 17h58

              Je ne comprends pas bien pourquoi « valeurs » serait un terme anachronique (?)
              La causes de la naissance du servage en Europe sont très discutées par les historiens. En général, pour la France, on fait remonter ça au « colonat » institué dans l’antiquite tardive par l’empire romain pour « fixer » la main d’œuvre sur des terres à cultiver : les « colons » étaient des travailleurs pauvres mais libres qui ne possédaient pas la terre qu’ils cultivaient mais qui ne pouvaient pas non plus en être chassé et qui pouvaient transmettre ce droit d’usage à leurs enfants. Avec la désagrégation du pouvoir central romain, les propriétaires des terres se sont mués progressivement en seigneurs au sens médiéval du terme car ils offraient aux colons une protection militaire (que l’etat déliquescent ne pouvait plus assurer) en échange de l’abandon par les colons d’un certain nombre de droits.
              A cette origine du servage, est généralement également cité une évolution dans les mentalités qui aurait poussé progressivement les possédants à abandonner le principe de l’esclavage pour lui préférer une forme plus « christiano-compatible » de servitude, le servage, c’est à dire un statut qui reconnaît la dignité humaine de la personne en état de dépendance.

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            • Sandrine // 05.02.2019 à 17h58

              A noter que de part le monde, il existe des formes excrément variées de servage. Le servage en Russie était très proche de l’esclavage. On pouvait par exemple vendre une femme indépendamment de son mari et de la terre qu’ils cultivaient ensemble. Mais du point de vue juridique, les serfs étaient considérés comme des « âmes » et non pas comme une simple « ressource » humaine (statut de l’esclave)

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    • Narm // 05.02.2019 à 15h30

      Toujours d’actualité Daniel

      Ils avaient à nouveau signé en 2004
      ce rappel de 2007 est important
      http://lucky.blog.lemonde.fr/2007/10/08/appel-des-resistants-aux-jeunes-generations-du-8-mars-2004-texte-complet-et-notice-reactualisee-des-signataires/
      Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004 : texte complet et notice réactualisée des signataires

      – Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des » féodalités économiques » , droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques,
      intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

        +2

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      • Narm // 05.02.2019 à 15h31

        – Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau » Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
        – Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande,le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés,contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

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        • Narm // 05.02.2019 à 15h33

          Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

          » Créer, c’est résister. Résister, c’est créer « .

          Signataires :Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, PhilippeDechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont,Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, MauriceVoutey.

          Les personnalités de la Résistance signataires de cet Appel du 8 mars 2004 (réunis suite à une invitation du mouvement ATTAC)

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  • Bèbert le fou // 05.02.2019 à 06h13

    Les travailleurs du monde entier savent ce qui les attend en lisant la tragédie des travailleurs américains décrite ici. J’y trouve comme un écho de toutes les turpitudes du libéralisme que JC Michéa relève dans ses livres, et dont la principale, à mes yeux, est que le libéralisme, loin de sa racine “liberté”, prépare la tombe de l’humanité.
    On a déjà mis un pied dedans

      +22

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    • gotoul // 05.02.2019 à 12h31

      Le libéralisme, c’est la liberté de l’entreprise, pas celle de l’individu.

        +5

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      • V_Parlier // 05.02.2019 à 19h39

        Les libéraux diront que si, c’est la liberté de l’individu, mais sans préciser que c’est l’individu… qui possède l’entreprise. 😀
        On peut en tout cas voir que bientôt les Chinois finiront avec des conditions de travail pas pires que celles des américains. C’est peut-être ça le secret de la relocalisation à l’américaine, pour n’avoir pas fait de protectionnisme intelligent tant qu’il était encore temps. Mais finalement tant mieux. Mieux vaut que les USA perdent du pouvoir et de la superbe.

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      • Ari // 05.02.2019 à 22h05

        Le néolibéralisme, c’est surtout liberté des gros à voler/tuer/esclavagiser les petits.
        La liberté du renard dans le poulailler.
        La libertés des grosses entreprises à engloutir les petites entreprises.
        L’individu ne représente rien, ni le bien commun, ni la planète…
        Juste les quelques plus puissants (entreprises ou individus peu importe) contre tout le reste

          +0

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    • Dominique65 // 07.02.2019 à 18h21

      « Les travailleurs du monde entier savent ce qui les attend »
      En effet, Amazon a déjà commencé à appliquer sa politique de licenciements aux travailleurs français suite aux mouvements des GJ.
      Cette entreprise est vraiment à boycotter.

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  • aladin0248 // 05.02.2019 à 07h08

    Le “reset” de ce type de société est inscrit dans ses gènes. A force de diminuer le salaire, la consommation et l’impôt cessent de fonctionner. L’effondrement est inévitable par ce biais là (en plus du reste). Ensuite, je n’ai pas dit que ce qui viendra après sera mieux.

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    • Roger // 05.02.2019 à 09h00

      En effet le “totalitarisme du marché” nous conduit à l’effondrement total (économie, société, environnement).Ce qui viendra après dépend de nous et du “nous” (l’agir collectif). C’est pour cela qu’il y a de l’espoir dans la couleur “JAUNE”…

        +8

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    • Chris // 05.02.2019 à 11h59

      “je n’ai pas dit que ce qui viendra après sera mieux”
      Après ?
      Vu qu’ils détiennent les outils de production (et ressources par le biais de la Bourse qui alimentée par les banques centrales permet de tout racheter à l’oeil), il va falloir pour survivre à cet effondrement annoncé, ré-apprennent fissa comment se nourrir et se loger, gestes qu’on a oublié sur les étagères des supermarchés ou des Do it !
      Je prédis un bel avenir au recyclage inventif… comme savent si bien le faire les Africains !

        +3

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      • Sandrine // 05.02.2019 à 16h48

        « Ils » les détiennent dans la mesure où ils ont le « droit » de les détenir.
        Ne jamais oublier que le « droit de propriété » n’est pas un fait de nature mais qu’il est une construction théorique, qu’il n’existe que parce qu’il est reconnu par des hommes à d’autres hommes.

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        • Jean-Do // 06.02.2019 à 12h20

          … et que les propriétaires disposent de la force, policière et judiciaire, de l’imposer.

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        • lois-economiques // 06.02.2019 à 21h26

          Bien évidemment, la nuit du 4 août 1789 est là pour le rappeler.

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  • Sandrine // 05.02.2019 à 08h22

    Au XIXe siècle le mouvement syndicaliste des « chevaliers du travail » aux États Unis considéraient que le salariat avait remplacé le système d’esclavage mais ne s’en distinguait que superficiellement, et cela surtout à l’avantage du patron qui n’avait plus à supporter le « risque » de l’achat d’un salarié qui pouvait mourir à tout moment ni l’opprobre de ses concitoyens.

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  • Pastounak // 05.02.2019 à 08h43

    “Je vois ici les hommes les plus forts et les plus intelligents que j’ai jamais vus ; je vois tout ce potentiel, et je le vois gâché. Je vois une génération entière qui travaille à des pompes à essence, qui fait le service dans des restos, ou qui est esclave d’un petit chef dans un bureau. La pub nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des mer*** qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l’Histoire mes amis, on n’a pas de but ni de vraie place, on n’a pas de Grande Guerre, pas de Grande Dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression : c’est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rockstars, mais c’est faux, et nous apprenons lentement cette vérité. Et on en a vraiment, vraiment, plein le c**.”

    Qui a dit “Corporate World”?

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    • Pastounak // 05.02.2019 à 09h01

      Si quelqu’un par chance reconnait ce que je partage ici.. Il existe une courte vidéo d’environ 3 à 5min sur comment “apprendre à être sympa en entreprise” (c’est le titre). Je suis tombé dessus via la chaine (youtube et facebook) nommée “BHU Phusis”, qui n’existe plus maintenant.
      Ce reportage est tellement ahurissant sur la façon qu’à le monde de l’entreprise de modeler son salarié, qu’il est d’intérêt public de la partager.

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    • Myrkur34 // 05.02.2019 à 17h54

      Fight club, si je ne m’abuse. Et il va avoir 20 ans en cette fin d’année.
      Je me souviens que j’étais un des rares au cinéma à n’en pas perdre une miette avec toutes ses vérités évidentes et à me bidonner à l’humour corrosif de Tyler durden.
      Je suis pas spécialement content d’avoir plus de 45 ans, mais juste dans l’optique de la curiosité sur le futur vers 2040-2050.
      Chaos général ou favelas au niveau mondial ?

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  • Kokoba // 05.02.2019 à 09h06

    Voilà décrit le futur que nos élites essayent de nous construire.
    A grand renfort d’Europe qui protège, de mondialisation heureuse et de réformes structurelles indispensables.

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  • Actustragicus // 05.02.2019 à 11h22

    A côté de la situation terrible qu’il décrit, cet article montre une certaine confusion entre le principe de “gouvernement”, lequel est censé être au service de ceux qu’il gouverne (ben oui), et celle “d’employeur”, au service (limité) duquel est l’employé. Si un employeur esclavagiste est accusé de se conduire comme un gouvernement, c’est qu’on a un souci avec le concept de “gouvernement” (du moins tel que défini aux USA) – à moins que ce ne soit la traduction ?
    Le piquant de l’histoire, c’est que le problème de notre gouvernement à nous est précisément qu’il se conduit comme notre employeur…

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    • Haricophile // 05.02.2019 à 12h53

      Les entreprise comme Facebook, pour en citer une bien connue pour ses activités, convoitent avidement des fonction régaliennes, donc oui, les entreprises se conduisent comme des gouvernements.

      Dans l’affaire Benalla, on voit bien que ça dépasse largement le “diriger le pays comme une entreprise” au profit de “diriger le pays comme la Mafia”.

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      • V_Parlier // 05.02.2019 à 19h50

        Haricophile et Actustragicus, vos deux remarques sont tout aussi pertinentes. Nous sommes dans tous les cas face à un mélange des genres qui pose pas mal de questions.

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  • libvert.fr // 05.02.2019 à 12h28

    Je suis allé aux Etats Unis il y a qq mois, j’ai plutôt vu des rues calmes, et des personnes assez heureuses de vivre.

    Dans le World Happiness Report 2018, les Etats Unis sont classés 18me, la France 23me, et la Russie 59me
    La Finlande est première.

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    • V_Parlier // 05.02.2019 à 19h56

      Le “World Happiness Report”, rien qu’avec un nom comme ça je me sens sarcastique, même si c’est vilain. 😉 Moi aussi je peux dire que je suis allé en Russie et que les rues sont soit animées soit calmes, mais dans le bon sens du terme (selon qu’on est à la campagne ou à la ville). Les personnes ont l’air tout à fait heureuses aussi, même si elles ne vous font pas un sourire de cheval (à l’euro-américaine, toutes dents dehors) à chaque fois qu’elles vous croisent.

      L’exemple de la Finlande enfonce le clou car le taux de suicide y est pourtant très élevé et le nombre de célibataires bat tous les records (40% des “foyers”). Comme quoi, le “World Happiness Report” ça vaut ce que ça vaut…

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      • Odjo // 06.02.2019 à 03h30

        Sourire de cheval toute dent dehors très bon exemple américain.

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  • Mr K. // 05.02.2019 à 13h55

    Au nom de l’organisation scientifique du travail, associée à la déshumanisation induite par “la gouvernance par les nombres” (voir Alain Supiot), les entreprises multinationales évoquées dans cet article de Chris Hedges, de toute évidence robotisent le comportement de leur personnel.

    A l’heure où l’on discute, de “droits pour les robots”, de les considérer comme “personne-robot”, ne faut-il pas s’inquiéter d’un nouveau nivellement par le bas?
    Plutôt qu’une humanisation des robots (à qui on donnerait par exemple le droit d’aller pisser pendant le travail 😉 ), ne prenons nous pas plutôt la direction inverse.
    Celle de la déshumanisation de l’homme au sein de sociétés multinationales à caractère totalitaire tel que décrit par le Professeur d’université Elizabeth Anderson?

    Avec la fusion de plus en plus évidente entre multinationales et états, on s’étonnera peut-être moins de la dérive autoritaire de nos sociétés.

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    • Sandrine // 05.02.2019 à 16h25

      Envisager de considérer un robot comme une personne est le pendant exact de l’idee selon laquelle une personne humaine peut être considérée un outil, un bien meuble, ce qui était la définition juridique des esclaves dans l’Antiquite (et pas que dans l’Antiquité d’ailleurs)

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      • Alfred // 05.02.2019 à 22h40

        A l’évocation d’un statut juridique propre pour les robots les cheveux de chacun devraient se dresser sur nos têtes non pas parceque des machines un jour nous évinceraient mais bien parceque nous serons tot où tard ramené au rang d’objets à ce jeu là. L’évocation d’un statut personnel pour les robots (et toutes les joyeusetés transhumanistes de milliardaires) devraient nous donner à tous des envies non pas de Luddisme (les machines restent inanimées) mais de révolution (les milliardaires transhumanistes sont des génocidaires en puissance). Du moins pour ceux qui ont encore le moindre instinct de survie.

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