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Transcription : Quand on a posé de vraies questions à Clapper. Par Ray McGovern

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Source : Ray MacGovern, 06-01-2019

6 janvier 2019

Par Ray McGovern

Les propos tenus par Clapper en novembre dernier au Carnegie Endowment ne peuvent vraiment pas être qualifiés de divertissants, ils sont très révélateurs, en particulier les choses contenues dans ses mémoires : Facts and Fears : Hard Truths From a Life in Intelligence. [Faits et peurs: la dure réalité d’une vie aux renseignements] La dure réalité en effet.

Comme nous l’avons mentionné dans un article précédent, la vidéo complète de la comparution du 13 novembre dernier de l’ancien directeur national du renseignement, James Clapper, au Carnegie Endowment for International Peace à Washington, DC, est maintenant disponible sur le site Web de Carnegie (visitez le site Web de Carnegie en cliquant sur le lien suivant) : http://carnegieendowment.org/2018/11/13/intelligence-brief-with-james-clapper-event-7007). On y voit la séance de questions-réponses au cours de laquelle Ray disposait de quatre minutes pour interroger Clapper (à partir de la minute 28:45).

Les échanges entre Ray et Clapper rappelait étrangement la séance du 4 mai 2006, lorsque Ray interrogeait Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, pendant quatre minutes à Atlanta et en direct à la télévision. (Voir : https://www.youtube.com/watch?v=v1FTmuhynaw).

Comme on le sait, les mensonges de Rumsfeld étaient légion (comme il l’a si clairement démontré au cours de cet interrogatoire). Les mensonges de Clapper sont moins connus, en partie parce que ni C-SPAN ni CNN n’avaient diffusé en direct du Carnegie, comme ce fut le cas à Atlanta. Rumsfeld fut le parrain de Clapper. Avant l’attaque de 2003 contre l’Irak, il l’avait chargé d’analyser les images satellite afin de s’assurer qu’aucun analyste n’oserait jouer au trublion et déclarer qu’il n’y avait aucun site d’ADM (armes de destruction massives) confirmé en vue. Au lieu de cela, avec l’aide de médias corrompus, Rumsfeld, Clapper, Cheney/Bush et d’autres ont réussi à convaincre plus des deux tiers des Américains non seulement que Saddam Hussein avait toutes sortes d’ADM, mais aussi qu’il avait joué un rôle dans les attentats du 11 septembre. Ce qui correspond aujourd’hui à peu près au même pourcentage d’Américains qui pensent que les Russes nous ont apporté Trump.

Lors de l’événement au Carnegie, Clapper a emprunté à plusieurs reprises la même rhétorique que Rumsfeld pour justifier un mensonge servant de base à la justification du lancement de la guerre en Irak. En effet, tout au long de l’entretien il n’a de cesse de répéter : « Je n’ai pas menti ». Ce faisant, ils ont contribué à détruire un pays qui ne représentait aucune menace pour les États-Unis, à faire des centaines de milliers de morts et à semer le chaos au Moyen-Orient. Ils n’ont subi aucune conséquence pour leur malhonnêteté à ce jour.

Dans ses mémoires, Clapper admet avec nonchalance que « les agents du renseignement et moi même étions tellement désireux d’aider [à répandre l’affirmation de Cheney/Bush selon laquelle l’Irak avait un “programme d’ADM voyou”] que nous avions trouvé ce que nous cherchions même s’il n’existait pas ».

Et maintenant…

Les réponses de Clapper sur l’« ingérence » russe dans les élections américaines de 2016 sont, bien sûr, d’une importance et d’un intérêt plus actuels – d’autant plus qu’il n’est pas habitué à répondre à des questionnements directs. Ci-dessous une retranscription de ces quatre minutes d’échange entre Clapper et McGovern (NB : visualiser la vidéo et appréciez le langage non-verbal également).

(Note : Clapper, continue de faire référence au rapport du service des renseignement du 6 janvier 2017, le fameux rapport : « Évaluation des activités et des intentions de la Russie aux dernières élections américaines », qui a été largement couvert. Aujourd’hui, Ray a prétend rédiger un amendum à posteriori (deux ans après) en vue d’expliquer pourquoi cette pseudo analyse du renseignement était en finalement un mensonge de plus au peuple américain. En effet, il paraîtrait que Clapper lui-même ait joué un rôle important dans l’élaboration dudit rapport.)

Transcription :

James Clapper (JC)

Ray McGovern (RM)

RM : Je m’appelle Ray McGovern. Merci pour ce livre ; il est très intéressant [Ray tient dans la main un exemplaire des mémoires de Clapper]. Je fais partie du Veteran Intelligence Professionals for Sanity et j’aimerais parler du problème de la Russie, mais tout d’abord il y a une analogie évidente [que je voudrais évoquer] : Vous étiez responsable de l’analyse des images avant l’attaque de l’Irak, n’est-ce pas?

JC : Oui

RM : Vous admettez [dans le livre] avoir été choqué d’apprendre qu’aucune arme de destruction massive n’avait été trouvée. Et puis, vous admettez, comme vous le dites ici [citations du livre], que « la responsabilité incombe aux agents du renseignement, moi y compris, qui étions si désireux d’aider [l’administration à faire la guerre en Irak] que nous avons trouvé ce qui n’était pas vraiment là. »

Maintenant, revenons dans le temps, il y a deux ans. Vos supérieurs étaient déterminés à trouver un moyen d’accuser les Russes pour la victoire de Trump. Pensez-vous que vos efforts ont péché dans le même sens ? Pensez-vous avoir découvert là aussi beaucoup de choses qui n’existaient pas vraiment ? Parce que c’est notre conclusion, surtout du point de vue technique. Il n’y a pas eu de piratage informatique du DNC (siège du parti démocrate) ; il y a eu une fuite, et vous le savez très bien parce que vous avez parlé à la NSA.

JC : Eh bien, j’ai beaucoup parlé avec la NSA en effet, et je sais aussi ce que nous avions dit au président élu Donald Trump le 6 janvier. Et dans mon esprit, euh, j’ai passé beaucoup de temps dans le domaine des SIGINT [renseignements électromagnétiques], les preuves médico-légales étaient accablantes sur ce que les Russes avaient fait. Il n’y a absolument aucun doute dans mon esprit. Le rapport que nous avons fait ce jour-là, qui nous a été demandé par le président Obama et qui nous a été confié début décembre, n’a jamais spécifié dans quelle mesure les Russes avaient influencé le résultat de l’élection. Euh, l’administration, euh, l’équipe de l’époque, l’équipe du président élu, voulait dire cela – que nous avions déclaré que l’ingérence russe n’avait eu aucun impact sur les élections. Et j’ai essayé, nous l’avons tous fait, essayer de corriger ce malentendu alors qu’ils rédigeaient un communiqué de presse avant même que nous ayons quittés la salle de réunion.

Cependant, en tant que simple citoyen, comprendre l’ampleur de ce que les Russes ont fait et le nombre de citoyens de notre pays qu’ils ont pu atteindre et les différents mécanismes par lesquels ils les ont atteints, c’est pour moi faire preuve de crédulité que de penser qu’ils n’ont pas influencer de manière profonde les résultats de l’élection.

RM : C’est ce qu’affirme le New York Times. Mais permettez-moi de vous dire ceci : nous avons également deux anciens directeurs techniques de la NSA au sein de notre mouvement (Veteran Intelligence Professionals for Sanity) ; nous avons aussi des experts scientifiques, d’accord ?

Le président lui-même, votre président, le président Obama, a déclaré deux jours avant de quitter la ville : Les conclusions de la communauté du renseignement – c’est dix jours après que vous l’ayez informé – sur la façon dont WikiLeaks a reçu les courriels du DNC sont « non concluantes ». Pourquoi aurait-il déclaré cela si vous aviez dit que c’était concluant ?

JC : Je ne peux pas expliquer ce qu’il a dit ni pourquoi. Mais je peux vous dire que nous sommes, nous sommes presque sûrs de savoir, ou nous savions à l’époque, comment WikiLeaks avait reçu ces e-mails. Je ne vais pas entrer dans les détails techniques pour expliquer pourquoi nous croyons cela.

RM : Nous le sommes également [presque sûrs de savoir]; et il s’agissait d’une fuite à partir d’une clé USB – parvenue à Julian Assange – Élémentaire. Si vous le savez, et que la NSA dispose de cette information, vous avez un devoir, vous avez le devoir de l’avouer, ainsi que pour [l’Irak]. [Le rapport des services américains de renseignement, utilisé par l’administration Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003, a été rendu public. Rien n’y indique que l’Irak avait des armes de destruction massive NdT]

JC : Avouer quoi?

RM : Avouer que vous avez déformés les preuves

JC : C’est faux

RM : Le rapport de la communauté du renseignement n’était étayée par aucunes preuves.

JC : Je n’admets pas cela. Je ne suis tout simplement pas d’accord avec vos conclusions.

William J. Burns (président du Carnegie) : Hé, Ray, j’apprécie votre question. Je ne souhaitais pas que ça prenne la tournure de Jim Acosta empoignant des micros à la Maison Blanche. Je vous remercie toutefois pour vos questions. Oui, madame [Burns invite le prochain intervenant à prendre place]. [Le 7 novembre 2018, le journaliste vedette Jim Acosta est privé d’accès à la Maison-Blanche pour avoir refusé un temps de rendre son micro, relançant avec insistance Donald Trump lors d’une conférence de presse organisée au lendemain des élections de mi-mandat NdT]

Source : Ray MacGovern, 06-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Fritz // 02.02.2019 à 07h56

Voilà comment il faut interroger les menteurs. Pour info : Ray McGovern a voté pour Jill Stein en 2016.
Concernant la prétendue ingérence russe dans cette présidentielle américaine, la page Wikipédia de McGovern est abjecte :
https://en.wikipedia.org/wiki/Ray_McGovern#Russian_interference_in_the_2016_election
« McGovern a été persuadé par un désinformateur pro-Kremlin que le vol des courriels du DNC était une affaire interne, et pas le travail d’agents russes (contrairement aux conclusions de la communauté du renseignement US). Cet agent de désinformation a manipulé les métadonnées… »

Wikipédia, relais de la « communauté du renseignement US » ? Daniele Ganser s’est posé la question (Les guerres illégales de l’OTAN, p. 226-227), il est bien placé pour parler de la wikidiffamation.

4 réactions et commentaires

  • Fritz // 02.02.2019 à 07h56

    Voilà comment il faut interroger les menteurs. Pour info : Ray McGovern a voté pour Jill Stein en 2016.
    Concernant la prétendue ingérence russe dans cette présidentielle américaine, la page Wikipédia de McGovern est abjecte :
    https://en.wikipedia.org/wiki/Ray_McGovern#Russian_interference_in_the_2016_election
    « McGovern a été persuadé par un désinformateur pro-Kremlin que le vol des courriels du DNC était une affaire interne, et pas le travail d’agents russes (contrairement aux conclusions de la communauté du renseignement US). Cet agent de désinformation a manipulé les métadonnées… »

    Wikipédia, relais de la « communauté du renseignement US » ? Daniele Ganser s’est posé la question (Les guerres illégales de l’OTAN, p. 226-227), il est bien placé pour parler de la wikidiffamation.

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  • weilan // 02.02.2019 à 09h30

    Les millions d’Irakiens, de Syriens, de Libyens, d’Afghans, de Yéménites massacrés sous de fallacieux prétextes n’empêcheront certainement pas ces messieurs de profiter d’un retraite confortable et de mourir dans leur lit ‘entourés de l’affection” de leurs proches. L’amoncellement de “fake news” officielles distillées par leurs officines continuent de polluer l’esprit des amerlos et de leurs fidèles vassaux. Ces messieurs ont effectué le job que l’on attendait d’eux, un point c’est tout !

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  • Spartel // 02.02.2019 à 17h11

    Qui peut accorder aujourd’hui sous toutes les latitudes le moindre crédit à un directeur du renseignement ou à un diplomate US ?
    Trump, en demandant aux directeurs des SR de “retourner à l’école”, montre le degré de culpabilité et de déchéance morale dans laquelle ils baignent depuis le 11/9.., l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, le Yémen…
    Trump devrait envoyer aux directeurs le XIIIème chapitre de l’Art de la guerre de Sun Tzu avec ce mot : à copier 100 fois sur papier libre.

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  • scc // 04.02.2019 à 20h35

    En même temps Trump renvoie à l’école les directeurs des SR alors que pour une fois ils disent vrai (à savoir que l’Iran n’est pas une menace pour les USA).
    Il n’y en a pas un pour sauver l’autre…

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