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4.février.20194.2.2019 // Les Crises

Zuroff fustige Poroshenko, qui a ignoré la complicité ukrainienne dans la Shoah. Par Raphaël Haren

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Source : The Times of Israël, Raphaël Haren, 25-01-2019

Le célèbre chasseur de nazis a dénoncé la “chutzpah” du chef ukrainien qui a fait l’équivalence entre la Shoah et la famine organisée par les Soviétiques en 1930

Le président de l’Ukraine Petro Poroshenko, à gauche, serre la main au Premier ministre Benjamin Netanyahu après la signature d’un accord de libre échange au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 21 janvier 2019 (Crédit Jim Hollander/Pool via AP)

Le célèbre chasseur de nazis Efraim Zuroff a critiqué le président ukrainien Petro Poroshenko qui a détourné le regard de la complicité de l’Ukraine, pendant la Shoah, au cours de toute sa visite effectuée cette semaine en Israël. Le chef de l’Etat a également vivement recommandé à Jérusalem de reconnaître le Holodomor (« extermination par la faim »), une famine d’origine humaine et organisée par les Soviétiques dans les années 1930 qui a tué des millions d’Ukrainiens – en tant que génocide.

S’exprimant auprès du Times of Israel suite au voyage de Poroshenko, Zuroff a également mis en cause les hôtes israéliens du président, les blâmant de ne pas l’avoir mis en cause publiquement concernant la politique de Kiev, qui consiste à honorer des héros de guerre nationalistes d’Ukraine dont un grand nombre ont été impliqués dans les massacres contre les Juifs.

« Ce qui est arrivé est l’apogée de la chutzpah« , s’est indigné Zuroff, qui dirige le bureau israélien du Centre Simon Wiesenthal. « Il est venu ici et il a demandé à Israël de reconnaître le Holodomor en tant que génocide – ce n’en était pas un ».

En 1932 et 1933, l’Union soviétique avait fait mourir de faim des millions personnes au cours de ce qu’une dizaine de pays et plus (Israël n’en fait pas partie) ont reconnu officiellement comme un génocide. Que le terme de « génocide » soit approprié au niveau historique fait l’objet d’un débat entre les chercheurs : les opposants affirment que cette famine d’origine humaine ne visait pas à éliminer le peuple ukrainien en tant que tel.

« Des Juifs sont également morts pendant l’Holodomor tout comme des Russes et des Biélorusses », a dit Zuroff.

Lors d’un entretien qui a eu lieu lundi avec le président de Knesset Yuli Edelstein, Poroshenko a explicitement appelé le parlement israélien à reconnaître l’Holodomor comme « génocide du peuple ukrainien », selon un compte-rendu fourni par son bureau.

Au cours de sa visite, le même jour, au centre de commémoration de Yad Vashem, à Jérusalem, Poroshenko a semblé faire l’équivalence entre l’Holodomor et la Shoah.

Le président ukrainien Petro Poroshenko ravive la flamme éternelle dans la Salle du souvenir au mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem, le 21 janvier 2019 (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

« L’Ukraine, en tant qu’Etat qui a souffert de l’Holodomor de 1932-1933, lorsque des millions d’Ukrainiens ont été torturés par le régime communiste stalinien qui a commis un génocide contre la population ukrainienne, garde également – et avec respect – le souvenir des victimes de la Shoah », a-t-il dit.

« Aujourd’hui, au nom du peuple ukrainien, je veux m’incliner en mémoire de toutes les victimes du régime nazi, en mémoire des millions de victimes de la Shoah qui ont été torturées et tuées au cours des années terribles de la Shoah en Ukraine et dans le monde. Nous chérissons leur souvenir », a ajouté Poroshenko.

Zuroff, dont le doctorat a eu pour sujet les réponses judéo-américaines apportées à la Shoah, s’en est pris au président pour avoir oublié de mentionner la complicité ukrainienne dans le génocide nazi.

« Il n’a pas dit un mot sur la participation à ces crimes des Ukrainiens, et elle a été considérable. Et c’est une litote », a-t-il affirmé.

Zuroff, né à New York et qui s’est installé dans les années 1970 au sein de l’Etat juif, s’est insurgé contre les éloges des leaders israéliens qui ont salué le chef de l’Etat ukrainien pour sa lutte contre l’antisémitisme.

« L’Ukraine est l’un des quelques pays où personne n’a été poursuivi pour antisémitisme. Et ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de haine anti-juive en Ukraine », a-t-il noté.

« L’accueil qu’il a reçu était tout simplement absurde », a poursuivi Zuroff, notant qu’aucun des hauts-responsables ayant rencontré Poroshenko à Jérusalem n’a interpellé ce dernier sur la distorsion du récit de la Shoah que font les autorités de Kiev.

« L’Ukraine est probablement l’un des contrevenants les plus graves sur ce sujet actuellement, et c’est le cas depuis plusieurs années », a expliqué Zuroff. « Il a reçu carte blanche ».

Le chasseur de nazis Efraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal, durant une interview accordée au Times of Israel, le 17 août 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Netanyahu a expliqué à Poroshenko lundi qu’il appréciait « ses efforts continus visant à éliminer les discours de haine et à combattre l’antisémitisme en Ukraine ».

Le président Reuven Rivlin a remercié son homologue ukrainien pour ses « paroles fortes et ses actions contre l’antisémitisme » dans son pays, saluant notamment l’ouverture d’un musée à Babi Yar, « pour garantir que ces événements terribles ne seront jamais oubliés ».

Il ne manque pas d’exemples pour illustrer les initiatives de Kiev visant à glorifier les nationalistes ukrainiens qui ont été impliqués dans des crimes antisémites à l’époque nazie.

Une statue de Stepan Bandera à Lviv, en Ukraine, en septembre 2014 (Autorisation : Andrey Syasko/via JTA)

Par exemple, l’anniversaire du nationaliste ukrainien Stepan Bandera – dont les proches aides ont été impliqués dans le meurtre de Juifs suite à l’invasion des nazis au mois de juin 1941 – a été récemment déclaré fête nationale par le gouvernement de Kiev.

Le jour même de la visite de Poroshenko en Israël, une nouvelle statue a été dévoilée à Kiev pour Symon Petliura auquel les historiens attribuent la mort de 50 000 compatriotes juifs dans les années 1920.

« Juste avant cela, un libre écrit par le suédois Anders Rydell qui mentionnait simplement les pogroms dont Petliura s’est rendu coupable a été interdit à l’importation depuis l’Ukraine », a confié au Times of IsraelEduard Dolinsky, directeur-général du comité juif ukrainien de Kiev.

Nouvelle statue du nationaliste ukrainien Symon Petliura, inaugurée le 14 octobre 2017. (Crédit : autorisation)

Au début du mois, un projet de loi a été présenté au parlement ukrainien pour rendre hommage au héros de guerre nationaliste Yaroslav Stetsko, qui avait prôné la « destruction des Juifs et le transfert des méthodes allemandes d’extermination des Juifs vers l’Ukraine », a ajouté Dolinsky, qui a cité encore d’autres exemples similaires.

Poroshenko n’a pas mentionné la complicité ukrainienne dans les crimes commis pendant la Shoah au cours de sa visite de vingt-quatre heures « parce que c’est la période des élections [à Kiev] et qu’il veut éviter d’évoquer cela pour ne pas s’attirer de critiques dans le pays », a supposé Dolinsky.

Selon les sondages les plus récents, Poroshenko pourrait s’incliner lors du scrutin devant l’ex-Première ministre Yulia Tymoshenko.

Le président ukrainien Petro Poroshenko, deuxième depuis la gauche, visite le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem (Autorisation : Edmon)

’ambassadeur israélien en Ukraine Joel Lion a pris la défense du président.

“Poroshenko combat l’antisémitisme et c’est un fait. L’administration ukrainienne fait beaucoup de choses dans ce sens », a-t-il dit cette semaine au Times of Israel. « Il faut faire la différence entre eux et les partis ultra-nationalistes, dont l’un est représenté au parlement ».

Le mois dernier, Lion lui-même avait décrit les héros nationalistes ukrainiens comme étant « une horreur historique pour la communauté juive ».

Des personnalités telles que Bandera sont largement considérées comme des « héros qui ont lutté en faveur de l’indépendance de l’Ukraine » mais « nous les considérons comme des tueurs de Juifs », avait-il dit dans un entretien.

L’ambassadeur israélien en Ukraine Joel Lion (Crédit : Wikimedia Commons/Dovernewyork )

« Un dialogue doit s’ouvrir entre nous de manière à ce que nous puissions évoquer librement cette triste période, parce que ces questions seront toujours soulevées dans le dialogue israélo-ukrainien. C’est un dialogue qui est très nécessaire », avait-il ajouté.

« Nous attendons de nos amis ukrainiens qu’ils comprennent nos émotions. On peut ranger la mémoire historique et ouvrir des monuments de mémoire, faire des commémorations, mais il y aura toujours une perception de la mémoire historique ».

Zuroff, critique de longue date de la realpolitik de Jérusalem vis-à-vis des pays d’Europe de l’est et d’Europe centrale, a indiqué reconnaître que le commerce et les liens sécuritaires avec l’Ukraine sont importants.

« Mais – et c’est heureux pour Israël – au point où nous en sommes, il n’est plus question de traduire des personnes en justice. Cela n’arrive nulle part en Europe à parten Allemagne. Alors ce n’est pas comme si nous réclamions de faire asseoir leurs grands-parents sur le banc des accusés », a-t-il dit.

« Mais ce que nous pouvons leur dire, c’est ceci : nous ne vous attribuons pas la responsabilité des crimes qu’ont commis vos grands-parents – vous ne les avez pas commis vous-mêmes », a-t-il continué. « Mais en même temps, nous attendons de vous que vous disiez la vérité sur la Shoah ».

JTA a contribué à cet article.

Source : The Times of Israël, Raphaël Haren, 25-01-2019

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Schwartz // 04.02.2019 à 09h45

Vouloir mettre sur le même plan la Shoah et la famine en URSS dans les années 1930 n’est pas une invention de Poroshenko. C’est récurent depuis la fin de l’URSS. Le but étant de mettre sur un même pied le nazisme et le communisme.
On oublie cependant un peu trop rapidement que le communisme, quelles qu’aient pu être par ailleurs ses immenses turpides, n’a JAMAIS été basé sur une idéologie de supériorité d’une race ou d’un Peuple sur les autres.
Enfin, il est inepte de dire que la famine des années 30 a fait des millions de morts. Il suffit de regarder l’évolution de la population en URSS sur Wikipédia (qui n’est pas un site stalinien, ou alors, expliquez-moi…) pour s’apercevoir qu’il n’est pas possible d’un côté de perdre des millions de personnes et d’avoir un solde démographique positif, sauf à prouver que les femmes soviétiques ont toutes eu des quintuplés sur la période !
A lire, avec les réserves habituelles, l’intéressante étude faite par Annie Lacroix-Riz sur le sujet.

9 réactions et commentaires

  • Lysbeth Levy // 04.02.2019 à 09h44

    On arrive là au coeur du problème, lancé par l’administration Reagan (l’Holodomor Act fut signé en 1984 par l’administration Reagan) c’est sa “victoire posthume” de l’idée de mettre le “système nazi” et ces nombreux génocides au “système communiste” soviétique a laquelle on impute l’Holodomor, et qui défini son interdiction désormais en Europe ! Voilà la raison de l’interdiction des partis communistes en ex-pays soviétique. La déclaration de Pragues en 2008 signé par les américains et européens a fait de cette “équivalence entre les deux systèmes” une nouvelle guerre idéologique : https://en.wikipedia.org/wiki/Prague_Declaration_on_European_Conscience_and_Communism. Alors qu’il n’y a pas du tout de réelle “équivalence” selon le professeur Dovid Katz responsable du site Defending History qui nie l’existence du “double génocide” et milite a travers l’Europe et les Usa contre cette reconnaissance “négationniste” de comités “rouge-brun” selon lui..http://defendinghistory.com/prague-declaration/opposition C’est donc les Usa qui soutiennent la nouvelle Histoire, dénoncée par l’historienne Annie-Lacroix Riz : https://blogs.mediapart.fr/jcg/blog/211110/holodomor-une-campagne-anti-sovietique. Faisant fi des crimes commis par le capitalisme, colonialisme,-esclavage, surtout anglo-saxonne.Désormais l’Histoire est sous influence, américaine de surcroit depuis “Courtois et Furet, Nolte” dans les années 80 et hyper-médiatisé afin de mettre sous cloche la fabrique de l’histoire au service de la politique du plus fort et de la realpolitik !

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  • Schwartz // 04.02.2019 à 09h45

    Vouloir mettre sur le même plan la Shoah et la famine en URSS dans les années 1930 n’est pas une invention de Poroshenko. C’est récurent depuis la fin de l’URSS. Le but étant de mettre sur un même pied le nazisme et le communisme.
    On oublie cependant un peu trop rapidement que le communisme, quelles qu’aient pu être par ailleurs ses immenses turpides, n’a JAMAIS été basé sur une idéologie de supériorité d’une race ou d’un Peuple sur les autres.
    Enfin, il est inepte de dire que la famine des années 30 a fait des millions de morts. Il suffit de regarder l’évolution de la population en URSS sur Wikipédia (qui n’est pas un site stalinien, ou alors, expliquez-moi…) pour s’apercevoir qu’il n’est pas possible d’un côté de perdre des millions de personnes et d’avoir un solde démographique positif, sauf à prouver que les femmes soviétiques ont toutes eu des quintuplés sur la période !
    A lire, avec les réserves habituelles, l’intéressante étude faite par Annie Lacroix-Riz sur le sujet.

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    • René Fabri // 04.02.2019 à 16h20

      Il me semblait que le but de du rappel permanent de l’Holodomor par Porochenko et ses alliés n’est pas tant d’accuser le communisme que d’accuser la Russie. Or cette terrible série de famines a fait des victimes à la fois parmi les partisans de la Russie, que de ses opposants, et même davantage parmi ceux du premier groupe, car les régions orientales de l’Ukraine furent plus touchées que les régions occidentales.

        +6

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      • Donnot // 04.02.2019 à 16h44

        Oui,mais Staline n’ est pas Russe, mais Géorgien…….

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  • Ubu // 04.02.2019 à 12h04

    Ce que je trouve remarquable, un gouvernement ukrainien ouvertement pro néo nazi, qui fait des affaires, par un accord de libre échange (http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2019/01/21/97002-20190121FILWWW00332-israel-et-l-ukraine-signent-un-accord-de-libre-echange.php), avec le gouvernement israélien, dont l’origine et la légitimité découlent de circonstances historiques des actes de barbarie de nazis… Et tout ça semble normal, “décontrachté !” comme dirait notre bon vieux Garcimore, y’aurait pas comme une sorte de dissonance cognitive ?
    21st Century Schizoid Man !!!

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    • V_Parlier // 04.02.2019 à 23h03

      En effet, ça m’a choqué depuis le début, dès que j’ai vu la façon dont la presse israélienne vantait le “Maïdan” et ses rapports avec l’Ukraine. Qu’est-ce qu’Israël ne ferait pas pour les USA! Comme quoi, contrairement à ce que prétendent certains (pas toujours très recommandables non plus), ce n’est pas la queue qui remue le chien mais bien le chien (c.à.d. le pays le plus gros) qui remue la queue.

      Mais nous ne sommes plus à un paradoxe près, quand des ennemis proclamés de l’oligarchie mondiale prennent comme modèle ce même coup d’Etat néonazi et bien pourri: https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/02/gilets-jaunes-winter-on-fire-ce-documentaire-sur-lukraine-qui-inspire-ces-deux-figures-du-mouvement_a_23632137/ .

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  • Charles Michael // 04.02.2019 à 14h07

    Sous le régime yatzenuk, puis Poroschenko l’Ukraine a perdu environ cinq millions d’habitants et rejoint les nombreux états plongés dans le chaos et la misère
    par l’Empire US et ses valets Euronouilles, leurs guerres coloniales et leurs sanctions.

    Israel a hélas perdu son compas moral, oui j’y ai cru un moment, depuis son association dans l’entreprise coloniale de Suez en 56. Sa place parmi les puissances coloniales belliciste fut confimée en 67.

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  • Raoul C, // 04.02.2019 à 14h58

    C’est Porochenko. (La colonisation impérialiste commence à la transcription ;-))

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  • Max // 04.02.2019 à 19h19

    La famine en Ukraine fut affreuse et Staline confirma son statut de criminel à cette occasion, mais l’occident fut tout aussi ignoble.
    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/russie-l-effondrement-40963
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Famine_en_Irlande

      +1

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