Petit rappel historique, pour les 103 ans de l’assassinat de Jaurès…

Raoul Villain, assassin de Jaurès le 31 juillet 1914, est acquitté le 29 mars 1919 par onze voix sur douze, un juré ayant même estimé qu’il avait rendu service à sa patrie : « Si l’adversaire de la guerre, Jaurès, s’était imposé, la France n’aurait pas pu gagner la guerre. » La veuve de Jaurès est condamnée aux dépens (paiement des frais du procès).

Le 14 mars 1919, soit quinze jours plus tôt, le 3e conseil de guerre de Paris, juridiction militaire, condamnait à la peine de mort Émile Cottin, l’anarchiste qui avait blessé de plusieurs balles Clemenceau le 19 février précédent.

Pourquoi Raoul Villain, l’assassin de jaurès, a-t-il été acquitté ?

Source : Jaures.eu, Charles Sylvestre, 09-07-2014

Un article de Charles Silvestre paru dans l’Humanité du 18 mars 2011

Livre : Le deuxième assassinat de Jean Jaurès. Le procès de l’assassin de Jaurès, Éditions Pagala, 450 pages, 42 euros.

Quatre cent cinquante pages pour résoudre une énigme : comment l’assassin de Jaurès, Raoul Villain, a-t-il pu être acquitté 
le 29 mars 1919 ? L’ouvrage n’est pas 
un roman policier, il donne à lire l’intégralité des débats qui se sont déroulés du 24 au 29 mars 1919 dans la salle d’audience 
des assises de la Seine. Ce scandaleux verdict, 
on peut et on a pu l’attribuer au jury composé exclusivement de « bourgeois » mais le mal était 
plus profond, plus politique, plus moral. On peut 
le résumer en quelques mots : puisque tous les débats tournèrent autour du patriotisme, celui de la victime et celui de l’assassin, Villain pouvait être présenté 
par ses défenseurs comme un patriote sujet 
à un « moment d’égarement ».

L’Humanité du 1er août 1914 – Le lendemain matin de l’assassinat de Jaurès

L’institution judiciaire elle-même a permis cette manipulation. D’abord en acceptant le report 
du procès prévu en 1915, à la demande de l’accusé lui-même. Et que dit Villain, dans sa lettre, 
qui se donne déjà, avec perversité, le beau rôle patriotique ? Que le procès risque de troubler l’union sacrée de la guerre en cours. À l’ouverture des assises, le président dira au prévenu : « Vous êtes un patriote Villain », lui reprochant de ne pas avoir « pensé » 
aux conséquences de son geste pour un pays 
qui avait besoin d’union. L’idée est reprise jusque dans le réquisitoire par l’avocat général, demandant « une condamnation, mais une condamnation atténuée ».

Le vice du procès vint aussi, paradoxalement, 
du « camp » de Jaurès. On était en 1919, 
au lendemain de la guerre « victorieuse » contre « l’ennemi » allemand. René Viviani, le président 
du Conseil de juillet 1914, dans son témoignage, enrôle Jaurès dans l’union sacrée. Et même Pierre Renaudel, désormais à la tête de l’Humanité, dit de son prédécesseur : « Il eût fait rayonner notre politique de guerre. » L’important était, face 
à la calomnie du « traître » opposé à la guerre, 
de rendre à Jaurès et aux siens leur « honneur 
de Français » !

Il restait à Alexandre Zévaes, l’avocat de Villain, 
le « renégat socialiste », à glisser cette perfidie : 
si les socialistes eux-mêmes ne s’accordent pas sur 
le patriotisme de Jaurès, au titre de son refus de la guerre, pourquoi son client n’aurait-il pas eu droit, sous la pression d’une presse déchaînée contre 
le pacifisme, à sa propre « interprétation » ? 
Ainsi Jaurès fut-il tué symboliquement une deuxième fois. Avec cette chose incroyable : en six jours d’audience, personne pratiquement ne rappela 
les millions de pauvres morts. Après « l’union », c’est la guerre qui était devenue sacrée. Il ne faudra pas longtemps pour que le réveil s’avère douloureux, confirmant la mise en garde de Jaurès : « Si la patrie ne périssait pas dans la défaite, la liberté pourrait périr dans la victoire. »

Charles Silvestre.

Source : Jaures.eu, Charles Sylvestre, 09-07-2014

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Mort de Jaurès: Raoul Villain, l’assassin acquitté

Source : RFI, François-Damien Bourgery, 31-07-2014

Photographie anthropométrique de Raoul Villain.

L’histoire de Raoul Villain est celle d’un homme ordinaire au destin hors du commun. De son crime le 31 juillet 1914 à sa mort en Espagne en 1936, le parcours de l’assassin de Jean Jaurès est raconté dans un livre écrit par Dominique Paganelli : Il a tué Jaurès.

Signe particulier : néant. C’est ce qu’indique la fiche de police de Raoul Villain rédigée après son arrestation. L’homme qui vient d’assassiner Jean Jaurès est un personnage fade au physique banal, un étudiant médiocre, un faible d’esprit. Un petit-chose. Il est né le 19 septembre 1885 à Reims où son père est greffier au tribunal. Sa mère, il ne la connaît pour ainsi dire pas : elle est internée depuis son plus jeune âge. Martyrisé par ses camarades de chambrée à l’armée, chahuté par les élèves du lycée Stanislas où il a été surveillant, il s’est longtemps réfugié dans l’élaboration de multiples projets qui n’ont jamais abouti. Mais ce 31 juillet 1914, à 28 ans, il vient enfin de donner un sens à sa vie.

Quelques heures plus tôt, dans le quartier de la Bourse, en plein centre de Paris, Raoul Villain marche d’un bon pas en direction du 142, rue Montmartre, siège du journal L’Humanité. Dans ses poches, deux revolvers. Ce soir, c’est décidé, il va tuer Jaurès. Hier, déjà, il a failli passer à l’acte. Le dirigeant socialiste était juste là, à quelques mètres de lui. Il a hésité. Pour finalement renoncer.

Militant nationaliste

Voilà plus d’un an que Raoul Villain a ce projet meurtrier en tête, depuis que le tribun de la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) s’est opposé à la loi des trois ans qui allonge le service militaire d’une année supplémentaire. Nourri par les discours haineux que les nationalistes étalent dans les journaux et à la Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine où il milite, Villain est persuadé de sauver la France d’un traître à sa patrie.

Mais à L’Humanité, on lui apprend que monsieur Jaurès n’est pas là. Villain s’en va, dépité. Ce ne sera encore pas pour cette fois. En passant devant le Café du Croissant, à quelques mètres de là, il le voit, attablé dos à la rue, en train d’achever son dîner en compagnie de quelques-uns de ses collaborateurs. Villain saisit l’un de ses revolvers, passe son bras par la fenêtre entrebâillée et tire à deux reprises. La première balle atteint Jaurès à la tête. Il est 21h40.

Villain s’enfuit aussitôt en courant. Il est vite rattrapé. Sur le chemin qui le mène au commissariat le plus proche, la foule l’insulte, le frappe, lui crache à la figure. On réclame sa mort. Lors de l’interrogatoire, il affirme avec calme avoir agi sans complice et pour l’intérêt de la France. Celui que ses amis vont qualifier de demeuré et les médecins de débile mental est sûr d’être un héros. Pas question qu’on réduise la portée de son geste en le faisant passer pour fou ! Le 9 janvier 1915, les experts rendent leur rapport : Villain n’est pas un aliéné, il a commis son crime avec lucidité. Ils qualifient le crime de « passionnel » et recommandent l’indulgence des juges.

« Le fou du port »

Raoul Villain traverse la guerre à la prison de la Santé, puis à Fresnes. Son procès est sans cesse reporté. Avec l’aide de ses avocats, il tente d’alerter l’opinion publique en se présentant comme une victime privée de ses droits. Le procès s’ouvre finalement le 24 mars 1919. Jugé pour homicide volontaire avec préméditation, Villain est acquitté cinq jours plus tard. Les jurés n’ont mis qu’une demi-heure à délibérer. Au lendemain de cette guerre dont la France est sortie victorieuse, ils ont estimé que l’assassin de Jaurès n’avait pas commis de faute. Il n’est donc pas coupable.

Commence alors pour Villain une longue vie d’errance. La haine que lui voue le monde ouvrier le force à l’anonymat. En 1920, il est condamné à une amende de 100 francs pour trafic de devises. Il vagabonde de ville en ville en changeant régulièrement d’identité. Brouillé avec son père, rejeté par ses anciens amis, il décide de s’exiler à Tahiti en 1932. Son voyage s’arrête aux Baléares, sur l’île d’Ibiza. Il y acquiert un terrain sur lequel il se fait construire une étrange maison. Dans les rues, il chante à tue-tête Frère Jacques. On le surnomme « le fou du port ». Le 13 septembre 1936, deux mois après le déclenchement de la Guerre civile espagnole, Raoul Villain est abattu par un détachement de soldats républicains sans que l’on connaisse les raisons de leur geste.

Source : RFI, François-Damien Bourgery, 31-07-2014

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37 réponses à Raoul Villain est acquitté le 29 mars 1919 par onze voix sur douze …

Commentaires recommandés

Tepavac Le 17 août 2017 à 11h54

“sous la pression d’une presse déchaînée contre 
le pacifisme,”

Un siècle plus tard, l’atmosphère médiatique et politique est en rien différente de celle vécue lors de la 1ere et seconde guerre mondiale.

42 % des Américains sont enclin à pulvériser la Corée du Nord, simplement “par prévention”.
Et pendant qu’ une partie de l’opinion publique souhaiterait occire les Russes, une autre jubile à l’idée de trucider de l’Oriental et une autre de balayer Israël de la carte du monde.

Je ne suis pas contre la “liberté d’expression” mais lorsque “l’informateur” n’a d’autre discours que la haine de ses semblables, je crois salutaire de l’envoyer au front en premier afin que ses actes soient en accord avec ses idées.

  1. Tepavac Le 17 août 2017 à 11h54
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    “sous la pression d’une presse déchaînée contre 
le pacifisme,”

    Un siècle plus tard, l’atmosphère médiatique et politique est en rien différente de celle vécue lors de la 1ere et seconde guerre mondiale.

    42 % des Américains sont enclin à pulvériser la Corée du Nord, simplement “par prévention”.
    Et pendant qu’ une partie de l’opinion publique souhaiterait occire les Russes, une autre jubile à l’idée de trucider de l’Oriental et une autre de balayer Israël de la carte du monde.

    Je ne suis pas contre la “liberté d’expression” mais lorsque “l’informateur” n’a d’autre discours que la haine de ses semblables, je crois salutaire de l’envoyer au front en premier afin que ses actes soient en accord avec ses idées.


    • RGT Le 18 août 2017 à 08h53
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      Vous signalez là une pensée que je répète à volonté depuis des décennies : Que les seuls combattants d’une guerre ne soient que ceux qui la prônent et en tirent profit.

      Tous enfermés dans une grande arène, avec les mêmes armes (un petit canif ne permettant que de se battre au contact, ce serait plus “réaliste” pour les spectateurs) et qu’il n’en reste aucun.

      Si d’aventure l’un d’entre eux survivait il serait embastillé à vie pour meurtre avec préméditation sans circonstances atténuantes.

      Une fois que les belligérants se seraient totalement entre-tués le reste de la population de chaque contrée pourrait se réunir afin de trouver un arrangement pour que ces problèmes ne surviennent plus jamais.

      J’ajouterais pour faire bonne mesure que tous les avoirs des combattants seraient bien sûr équitablement répartis entre la population afin de la dédommager de la gêne apportée par leur comportement.

      Malheureusement ce n’est pas comme ça que ça se passe.


  2. Grégoire Le 17 août 2017 à 12h05
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    Il n’est pas exact de dire au sujet des républicains espagnols qui ont exécuté Raoul Villain qu’ils ont agi sans raison. Ils s’étaient renseignés sur “le fou du port” et savaient qui il était en réalité.


    • Salimoucha Le 17 août 2017 à 12h32
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      Grégoire, voudriez-vous préciser SVP? (les raisons pour lesquelles ils ont tué Villain). S’agissait-il de “on venge Jaurès” ou “tuons ce fou” ou autre raison encore?
      C’est une vraie question que je pose (je m’intéresse au sujet). Merci de bien vouloir répondre
      D. Salimoucha


      • Grégoire Le 17 août 2017 à 20h31
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        Bonjour,
        Je ne fais modestement que reprendre le livre d’Alain Decaux “C’était le XXème siècle”:

        “Villain est allé se réfugier dans l’île d’Ibiza. Grâce à un petit héritage, il s’est fait construire une maison. Là, éternel solitaire, il va vivre dans une saleté repoussante. Il erre dans l’île en chantant Frère Jacques. Les enfants le poursuivent, se moquent de lui, lui lancent des pierres. On l’appelle le « fou du port ». Derrière sa maison, il va faire ériger une grande croix.
        La guerre civile espagnole éclate. A Ibiza, les nationalistes tentent de prendre le pouvoir. Les républicains bombardent l’île, y débarquent. On leur indique la maison du « fou du port » comme pouvant abriter un suspect. Ils s’y rendent, interrogent le propriétaire, découvrent son identité.
        Sur la plage de galets, on retrouvera un cadavre, la gorge éclatée, la poitrine percée d’un trou rouge, béant.
        C’était là tout ce qui demeurait de Raoul Villain, l’homme qui avait tué Jean Jaurès.”


        • Salimoucha Le 17 août 2017 à 21h38
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          Merci de m’avoir répondu et d’avoir pris le temps de recopier le passage du livre de Decaux ; le récit me laisse cependant rêveur (“on cherche un suspect” “il habite chez toi?” “et t’es qui, toi, le fou du port?” “ben, l’assassin de Jaurès, un ardent patriote, acquitté par la justice française” “ah ouais? eh ben tiens, voilà pour toi!”)…


          • Grégoire Le 17 août 2017 à 22h04
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            C’est un point d’histoire qui n’a pas été bien traité jusqu’à présent.
            Il est possible que Villain, souffrant de troubles psychiques, se soit vanté de son geste…
            Le plus intéressant dans ce qu’écrit A.Decaux, c’est la description de la dépouille, qui est suffisamment précise. Je n’ai pas trouvé l’équivalent ailleurs, ce qui laisse penser que Decaux était bien renseigné sur ce point.
            Cela contraste avec les récits plus ou moins officiels qui parlent d’exécution par fusillade.


    • Fritz Le 17 août 2017 à 15h23
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      Les Républicains d’Ibiza devaient savoir qui était Raoul Villain… De là à justifier les exécutions sommaires (paseos) de 1936, il y a de la marge. Villain méritait ses douze balles, mais après un procès. C’est évidemment illusoire dans le contexte espagnol de l’été 1936.


      • Chris Le 17 août 2017 à 15h43
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        Pourquoi un second procès ?
        Il avait déjà été jugé, mais… raté ! Sont-ce vraiment les Républicains espagnols qui l’exécutèrent ?


        • Fritz Le 17 août 2017 à 16h09
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          Les Républicains espagnols auraient pu déclarer nul et non avenu le verdict d’une justice “bourgeoise”. Ont-ils exécuté Raoul Villain ? Je pense que nous pouvons faire confiance à son biographe, M. Paganelli. Sérieusement, vous voyez les franquistes ou phalangistes exécuter l’assassin de Jaurès ?

          J’ai cherché dans l’ouvrage classique de Hugh Thomas, La guerre d’Espagne (Robert Laffont, coll. Bouquins, p. 296), mais il ne parle pas de Raoul Villain. Il faudrait consulter des monographies sur la guerre civile dans les Baléares.


        • Fritz Le 17 août 2017 à 21h23
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          D’après cet article d’El Pais, qui cite Eduardo Jordá, les anarchistes qui ont liquidé Raoul Villain ne savaient pas au juste qui il était ni ce qu’il avait fait, mais ils le suspectaient de cacher quelque chose :

          https://elpais.com/cultura/2014/08/09/actualidad/1407613293_640202.html

          Jordá précise que Jaurès n’aurait sûrement pas approuvé qu’on répande le sang pour le “venger” :
          http://www.diariodeibiza.es/opinion/2013/08/30/jaures-cafe-du-croissant-villain/641718.html


  3. Fabrice Le 17 août 2017 à 12h47
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    Sur le fond l’acquittement est une felonie sans nom, sa condamnation à la prison était ce qui aurait respecté la loi car peu importe les motivations.

    Après Jaures comme beaucoup de socialistes à un double visage humaniste et combatif lors de l’affaire Dreyffus et d’une lâcheté sans nom lors de la colonisation qui avait comme excuse sortir de la “barbarie” les peuples colonisés mais au final une exploitation des pays colonisés.

    Donc condamner ce lâche meurtre oui sans hésitation mais faire de Jaures un martyr voir un saint (un comble pour lui) non franchement ce serait faire autant preuve d’aveuglement que ceux qui acquiterent son lâche assassin.


    • Sandrine Le 17 août 2017 à 13h56
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      Jaures et les socialistes favorables au colonialisme? Vous etes sur?

      http://www.ldh-toulon.net/Jaures-et-le-colonialisme.html


      • Fabrice Le 17 août 2017 à 14h24
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        Qu’il ait fait son mea culpa alors qu’il était trop tard ne fait pas oublier certaines phrases qui levèrent toutes réticence au moment où c’était encore possible :

        http://halleyjc.blog.lemonde.fr/2006/07/28/2006_07_le_colonialisme/

        “Par ailleurs, Jean Jaurès, le grand dirigeant socialiste français, ne tarissait pas de louanges sur les bienfaits de la colonisation française et soulignait que “ quand nous prenons possession d’un pays, nous devons amener avec nous la gloire de la France, et soyez sûrs qu’on lui fera bon accueil, car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté. Nous pouvons dire à ces peuples, sans les tromper, que jamais nous n’avons fait de mal à leurs frères volontairement ; que les premiers nous avons étendu aux hommes de couleur la liberté des Blancs, et aboli l’esclavage (…). Que là enfin où la France est établie, on l’aime, que là où elle n’a fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille plus, elle a laissé derrière elle un long et doux crépuscule où les regards restent attachés ”.”


        • Fabrice Le 17 août 2017 à 14h37
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          Jules Ferry :

          http://jacques.morel67.pagesperso-orange.fr/ccfo/crimcol/node71.html

          on peut en chercher d’autres mais j’ai trouvé toujours fascinant leur amnésie quand cela les arranges.


          • Sandrine Le 17 août 2017 à 14h59
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            Attention tout de même à ne pas faire de Jules Ferry un socialiste!
            Vous confondez les socialistes d’aujourd’hui avec ceux de l’internationale socialiste d’alors qui, elle, était encore marxiste.
            Les marxistes de cette époque-là comptaient justement parmi les (rares) théoriciens opposés au colonialisme.


            • Fabrice Le 17 août 2017 à 23h56
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              et pour cause rappelez moi quand les socialistes sont apparus ? Jean Jaurès était un admirateur de Jules Ferry et se considérait comme un héritier de son oeuvre, y compris dans la colonisation et rare sont les socialistes à jeter l’opprobe sur ce point sur cet autre grand homme (j’avoue c’était un petit piège de ma part 😉 ).


          • sassy2 Le 17 août 2017 à 18h27
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            ce n’est pas ce Ferry là qui est intéressant mais le suivant>>

            Le 31, toutefois, à la Chambre comme au Quai d’Orsay, où il est reçu avec quelques députés SFIO par le sous-secrétaire d’État Abel Ferry, Jaurès se rend compte de la faiblesse du gouvernement, qui n’a rien fait pour arrêter la Russie, puis apprend que les socialistes allemands ont accepté la mobilisation générale. Il décide en conséquence d’en appeler à l’opinion publique, par le biais d’un **********”article décisif” **********qui dénoncerait les causes réelles de la crise. Il espère encore dans la médiation britannique, voire dans une intervention du président des États-Unis. Mais il est aussi conscient que la paix et les valeurs qui la rendent possible doivent être défendues, y compris par la guerre.


        • Fabrice Le 17 août 2017 à 14h52
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          allez un article d’alternatives-économique :

          https://www.alternatives-economiques.fr/economistes-colonies-xixe-siecle-socialistes-lalgerie/00068930

          un peu facile de faire l’amnésique quand le mal est fait pour se dédouaner à bon compte. Proudhon à sa part d’ombre dans ce domaine mais là je vous laisse chercher plus.


          • RGT Le 18 août 2017 à 09h10
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            “Proudhon à sa part d’ombre”…

            Pourriez-vous je vous prie exprimer votre argumentaire car il s’apparente à une affirmation du “Monde”.

            Proudhon était opposé à la centralisation de l’état dans les mains de quelques personnes “exceptionnelles” et donc aux manoeuvres des ploutocrates visant à asservir les peuples, qu’ils soient “locaux” ou “indigènes”.

            Je vous invite donc à nous faire un exposé référencé sur vos affirmations.

            “Ce qui est affirmé sans preuves peut être réfuté sans preuves”.

            Cordialement,


        • Raoul Le 17 août 2017 à 14h57
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          Jaurès, comme tant d’autres, était un homme de son époque avec tous les préjugés qui allaient avec. Il existait alors peu d’intellectuels et d’hommes politiques pour remettre en cause le colonialisme, surtout qu’ils étaient particulièrement mal informés, voire totalement désinformés, sur le sujet.

          Qu’il ait pu, dans le contexte de l’époque, revenir sur ses préjugés et changer d’opinion est tout à son honneur. Peu d’hommes en sont réellement capables quand cela touche à des fondamentaux et la politique coloniale de la France était justement quelque chose qu’on ne pouvait pas remettre en cause.

          Dès lors qu’il a eu l’information, il a pris une position claire. Vous dites que c’était trop tard. Mais pourquoi était-ce trop tard ? Il a tout de même pris des positions courageuses sur le sujet (notamment la guerre du Maroc) qui lui ont valu nombre d’inimitiés. C’était plus que ce que faisait alors la quasi totalité de la classe politique.


          • Fabrice Le 17 août 2017 à 15h08
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            Je doute qu’en disant oups erreur on oublie ? Oui il est le fruit de son époque comme ceux de droite, du centre, anarchiste, royaliste de l’époque mais en faire un saint non désolé, je reconnais le grand homme mais comme un citoyen engagé qui doit être connu pour tous ses actes et pas qu’on cherche à faire taire les conséquences dramatiques de certaines prises de position.

            Les décisionnaires français ont été dans leur intégralité responsables, voir certains dires c’était uniquement le fait de certains camps, jamais nous ne reconnaîtrons l’implication dans cette ignominie nos icônes Jaurès, Proudhon, Ferry sont intouchables, ça m’énerve.

            C’était des hommes qui pouvaient influencer la France, ils ne l’ont pas forcément fait au bon moment et il y eut de graves conséquences qu’ils partagent avec les autres sur qui est rejeté toute la faute.


            • Raoul Le 17 août 2017 à 15h33
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              Vous voulez juger Jaurès sur nos critères actuels. Ce faisant, vous lui reprochez ses premières prises de position en faveur de la colonisation, mais vous minimisez le fait qu’il se soit remis en cause et qu’il ait ensuite agi contre la colonisation (au moins contre la guerre du Maroc) dans la mesure de ses moyens.

              Juger les gens du passé selon les critères modernes est toujours dangereux. Certes, il y a des choses inacceptables (par exemple, le racisme de Napoléon qu’on passe sous silence), mais il faut être très prudent sous peine de devenir arrogant. Quels barbares les gens de cette époque tout de même ! Ils n’avaient pas notre sagesse, n’est-ce pas ?

              Quand on voit les horreurs pratiquées à notre époque, je pense que l’on se doit d’avoir un peu de modestie dans nos jugements sur les hommes du passé.

              Il ne s’agit pas de faire de Jaurès un saint, mais c’était certainement un des hommes politiques les plus engagés et les plus honnêtes de son époque.


            • Fabrice Le 17 août 2017 à 16h41
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              Raoul-Marc soit il est “victime” de son époque cela peut-être compréhensible mais dans ce cas tous l’étaient et par qu’eux dans ce cas que dire pour d’autres monstruosités perpétué par d’autres pays et certains qui disent on ne savait pas tous notre éducation nous poussait a cela ?

              Doit on les condamner avec nos regards actuels ? C’est le dilemne. Mais non Jaurès a pour moi une stature et avait une position qui lui donnait accès a des informations que le quidam n’avait pas et surtout la volonté, il ne la pas fait avant de s’exprimer. Il a pris ses responsabilités en parlant ainsi au lieu d’au pire s’abstenir, son silence eut mieux valu vu son potentiel de connaissance (voir son métier) et sa volonté encore une fois.

              C’était un grand homme mais pas indemne d’avoir participé dans la partie cruciale, voir a incité ceux qui avaient moins accès aux informations proches des idées humanistes en résumant la situation.

              C’est bien pourquoi je lis les crises.fr et d’autres pour ne pas me dédouaner de ce qui est fait en notre nom a mon époque pas sûr que j’y puisse grand chose, mais je refuse a mon niveau de laisser dire ou croire n’emporte quoi en me basant sur le principe qui existait déjà a son époque ne fait pas a autrui …


            • Fabrice Le 18 août 2017 à 01h13
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              Petit ajout vous noterez que Clémenceau pourtant de l’époque se prononça contre l’expansion coloniale et pourtant cela n’en fait pas un saint sur des erreurs de choix.

              Un personnage qui doit être reconnu pour ses actes bénéfiques tout en critiquant ses erreurs qui eurent tout autant de funestes conséquences.


            • Fabrice Le 18 août 2017 à 06h32
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              Pour illustrer le fait que la colonisation était par certains connu comme une violence faite aux colonisés :

              http://blog.ac-versailles.fr/motamot/index.php/post/20/04/2017/Cl%C3%A9menceau-%3A-Un-discours-contre-la-colonisation


            • RGT Le 18 août 2017 à 09h29
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              Proudhon, en 1851, avait déjà annoncé la future trahison des “socialistes” dans son ouvrage “Idée générale de la Révolution au 19e siècle”.
              Sa célèbre réflexion “Être gouverné” est systématiquement amputée de sa fin, allez savoir pourquoi.
              Je la livre à ceux qui ne la connaîtraient pas, vous comprendrez pourquoi elle est glissée sous le tapis :

              “Et dire qu’il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, cette ignominie ; des prolétaires, qui posent leur candidature à la présidence de la république ! Hypocrisie !”

              Il y a plus de 160 ans, ce fils d’ouvriers très pauvres avait tout compris, et pourtant il n’était destiné à sa naissance qu’à aller enrichir la masse de main d’œuvre corvéable à merci.


  4. aleksandar Le 17 août 2017 à 13h20
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    Quel est l’intérêt d’un tel article?
    Rafraichir les connaissances historique du public ? Dans la France de 1919 son acquittement n’a rien d’étonnant. Toujours le problème des intellectuels, lire le passé avec la grille de compréhension du présent.
    Il est vrai que l’indignation à posteriori ne coute rien.
    Totalement inutile, mais cela permet je suppose de se donner le beau rôle dans les salons parisiens.


    • Fritz Le 17 août 2017 à 15h10
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      Je vous rejoins sur un point : crier “ils ont tué Jaurès” aujourd’hui, 103 ans après sa mort, quelle facilité ! Quel confort moral !

      Cela dit, le geste de Villain a été criminel, mais aussi désastreux. Au soir de ce 31 juillet 1914, il restait une chance infime que les partis socialistes dénoncent la guerre impérialiste qui se mettait en place : cette chance a été balayée avec l’assassinat de M. Jaurès. Et ce fut la guerre, et ce fut la trahison des partis socialistes, qui a profité au bolchevisme comme au fascisme…


      • tepavac Le 17 août 2017 à 16h56
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        Hum, il me semble que ce qui est mis en exergue, soit l’histoire de ce jeune homme (Raoul Villain) pris dans les tourments d’une époque qui ressemble furieusement à la notre.


    • Les-crises Le 17 août 2017 à 16h15
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      “Rafraichir les connaissances historique du public ?”

      Oui…

      “Dans la France de 1919 son acquittement n’a rien d’étonnant.”

      Si si, cela étonné beaucoup de monde à l’époque… “En réaction, Anatole France écrit : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! »28. Une manifestation est organisée le 6 avril suivant par les sections socialistes et syndicales de Paris pour protester contre le verdict et honorer Jaurès le pacifiste. 100 000 personnes défilent”


      • Fritz Le 17 août 2017 à 16h23
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        Le report du procès (cinq ans après le crime) est étonnant, lui aussi. On a certes allégué la guerre en cours, l’union nationale nécessaire, mais il faut rappeler que sous la IIIe République, la Justice était bien plus rapide que maintenant.

        Quelques mois entre un meurtre et son procès en cour d’assises, et si l’accusé était condamné pour assassinat sans circonstances atténuantes, il donnait sa tête à Deibler.


    • Sandrine Le 17 août 2017 à 16h38
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      L’interet de ce texte, c’est aussi de montrer que meme dans un Etat a-priori démocratique, l’institution judiciaire, meme indépendante du pouvoir politique, ne fait pas toujours respecter la loi et ne rend pas toujours des jugements justes.
      Cet épisode de l’histoire française légitime donc la désobéissance civile.


      • Kilsan Aïtous Le 17 août 2017 à 17h46
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        J’espère que le procédure pour diffamation qu’a entrepris de lancer Olivier ne subira pas ce funeste sort….


        • Nadine Le 18 août 2017 à 15h27
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          Louise Michel écrit dans La Misère (1882) :
          “- Il vaudrait mieux que j’allasse prévenir la justice.
          – Dans ce cas-là, dit avec amertume le jeune vagabond, vous trouverez des magistrats, mais vous ne trouverez pas la justice.”
          Excusez moi, je trouve encore de l’actualité à cet écrit… oserais-je dire une certaine universalité ?


          • Nadine Le 18 août 2017 à 15h33
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            Ah oui je précise que je viens de refuser de faire partie de la liste des jurés d’assises de mon département. J’essaie d’être en accord avec mes idées… je fais peut-être erreur ?


  5. sassy2 Le 17 août 2017 à 18h32
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    oui quelques heures avant un appel à la greve à la mobilisation

    quel sens du timing!


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