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7.février.20157.2.2015 // Les Crises

[Reprise] Le désert des valeurs fait sortir les couteaux, par Régis Debray

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Très tôt Régis Debray aura alerté contre l’oubli des et leurs républicaines.

Alors qu’il publie aujourd’hui “Un candide à sa fenêtre”, l’intellectuel s’exprime sur l’unanimisme de l’après- attentat, l’état préoccupant de notre pays ou encore l’attrait inédit du djihadisme.

Propos recueillis par Aude Lancelin

Régis Debray

L’Obs La mobilisation nationale consécutive aux assassinats perpétrés à « Charlie Hebdo » et à la porte de Vincennes pourrait-elle montrer plus de ressources républicaines et de capacités de sursaut qu’on n’en attribuait ces derniers temps à la France ?

Régis Debray Oui, à l’heure où nous parlons, c’est un formidable encouragement. « Quelque chose meurt en nous quand un ami s’en va. » Non. Quand des amis comme ceux-là s’en vont, morts au champ d’honneur, quelque chose de profond se réveille en nous tous. Challenge and response, défi et renouveau. Cela vaut pour les civilisations, comme pour les pays et les individus. Et cela vaut bien de passer sur la récupération bizarre, voire obscène, de joyeux francs-tireurs par tous leurs ennemis réunis, au dedans comme au dehors. Paris vaut bien une comédie unanimiste. La République vaut bien un quiproquo. On devrait pouvoir repartir. Imaginez des politiques à la hauteur ! On peut rêver.

Depuis plus de vingt ans, on le voit à nouveau dans ce livre « Un candide à sa fenêtre », votre réflexion porte sur le délitement de l’idée de France, sur l’espèce de déliquescence qui affecte le grand récit national, et l’antipathie sourde que ce dernier inspire même à beaucoup d’entre nous. Chez vous pourtant, cela ne débouche jamais, contrairement à tant d’autres aujourd’hui en France, sur un déclinisme sinistre. Qu’est-ce qui vous permet de garder espoir en ce pays ?

D’abord, le noble instinct de conservation. Et puis la langue, et l’humour – parce qu’au fond, le français, ma vraie patrie, c’est beaucoup plus grand que l’Hexagone. Il y a là une vitalité, une veine d’impertinence, une résilience qui ne renonce pas, en France, en Algérie, au Québec, au Liban. On est bien forcé pourtant d’observer chez nous un appauvrissement du vocabulaire, un tarissement du poétique, un « casse-toi pauv con » généralisé. Mais il y a de la ressource.

Quand vous lisez Kamel Daoud par exemple /-« Meursault, contre-enquête », NDLR], vous vous dites : ah, il y a encore une mise des mots sous tension, une intensité d’écriture. Bien sûr, minoritaire. Mais, ça l’a toujours été. Malraux disait que la secte littéraire, c’était 10 000 personnes. Au-delà, c’est un malentendu. Ou un opportunisme. Espoir d’ordre culturel, donc. D’ordre politique ? Je crains que de ce côté, on ne soit à la fin d’un cycle, celui qui est né aux alentours de 1789 et qui liait la lutte pour le pouvoir à une confrontation d’idées. La première a sans doute 50 000 ans, en tout cas 3 000 ans attestés. C’est une lutte d’intérêts, de factions, de clans. Mais la Révolution a inventé autre chose en France qui arrimait l’éternelle bagarre pour les places à une idée de l’homme et de l’avenir, à un universel. On a souvent l’impression qu’on en est revenu là-dessus au statu quo ante, « ôte-toi de là que je m’y mette ».

Quel genre d’événement pourrait permettre de mettre en branle les nouvelles élaborations politiques nécessaires pour redonner une véritable vie à la République en France ?

L’attentat du 7 janvier jouera-t-il le rôle d’un tel événement ? Ou bien faudra-t-il une guerre pour de vrai ? Ou l’arrivée d’une troïka du FMI pour prendre les commandes, comme à Athènes ? Il faudra frôler un précipice en tout cas. Je n’ignore pas que chaque siècle a son petit poème de deuil sur la décadence. La longue-vue historique relativise ces lamentations. Quand l’imprimerie est apparue, les moines copistes ont dit que tout était foutu. On voit aujourd’hui la même chose avec le virtuel. C’est une idiotie bien sûr, on peut reconstituer une culture en milieu numérique. Je lisais récemment l’« Histoire de la littérature française » de Thibaudet, livre admirable. Il fait terminer notre littérature dans les années 1920, estimant que les années 1930, celles où il écrit, sont un désert.

Bon. Nous sommes tout de même réellement sur le recul. La France a tenu l’avant-scène deux ou trois siècles. C’est normal qu’elle laisse à d’autres la place. Mon ami Daniel Cordier dit que la France est morte en 1940. La France en tant que pays maître et grande puissance, on peut le penser. Il y a tout de même eu un « été indien » avec de Gaulle, mais la messe était peut-être dite. Au fond, on peut survivre à ça. On peut même vivre plus heureux. Etre un acteur de l’histoire, c’est très emmerdant, ça coûte des vies humaines, de l’argent, beaucoup d’inconvénients domestiques. En Suisse, le principe de précaution joue à plein.

Cette situation ne concerne pas seulement la France. Vous avez ainsi récemment publié « l’Erreur de calcul » (Editions Le Poing sur la Table), un très beau texte, très fort, terrible en même temps. Vous y dénoncez notamment l’expansionnisme de la vision économique du monde, et les ravages qu’elle opère. D’une certaine façon, c’est la planète entière qui est mise en joue par le néolibéralisme et la soumission de nos élites à ses exigences… En Occident, en tout cas. Le remplacement des lettres par les nombres et l’idée qu’à toute expression doit correspondre une valeur chiffrée, que ce soit en taux, en score, en performance ou en part de marché, c’est quelque chose de sidérant. Est-ce l’illusion économique qui a stérilisé la politique ? Ou la politique est-elle tellement stérile qu’il ne nous reste plus que z l’économique ? En tout cas, il y a un cercle vicieux qui fait que nos dirigeants sont devenus des comptables. On m’a fait une adolescence politique, on me fait une vieillesse économique. Ça me fait rire, et un peu pleurer aussi. C’est un changement radical de référence.

Vue aérienne de la marche républicaine du dimanche 11 janvier, à la place de la République

Vue aérienne de la marche républicaine du dimanche 11 janvier, à la place de la République

Pour être Premier ministre, il faut avoir été dircom [Manuel Valls fut directeur de la communication de Lionel Jospin]. Au fond, on se demande si une personnalité originale peut encore surgir dans le forum ou la foire actuelle. Les contraintes et les contrôles (sondages, communicants, marchés, Bruxelles, etc.) sont tels que seul le médiocre, le falot ou le docile peuvent s’y tailler une place.

Aujourd’hui, la gauche radicale française est au tapis, alors qu’on assiste, dans d’autres pays européens, à l’émergence de nouvelles formations (Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, etc.). Comment l’expliquer ? Est-ce que, comme vous le suggériez tout à l’heure, on n’est finalement pas encore tombés assez bas économiquement, ou bien est-ce que nous ne sommes pas ce peuple insurgé que l’on a longtemps prétendu être et que l’on a surjoué à certaines époques ? Qu’est-ce qui explique qu’aujourd’hui le Front national soit la force politique montante, et pas une formation du type Syriza ?

C’est la question clé politiquement. J’ai voté Mélenchon – j’allais dire « comme tout le monde » -, même si je suis souvent en désaccord avec ce qu’il dit (notamment vis-à-vis du religieux, domaine où il n’a rien compris). Le cours des choses est allé de droite à gauche pendant les deux derniers siècles. Aujourd’hui on dirait que la génération qui vient sera plus à droite que celle de ses aînés. Voyez l’évolution du PS. Le programme du Conseil national de la Résistance serait taxé par lui aujourd’hui d’extrême gauche. Cela peut s’expliquer par la remontée des archaïsmes identitaires propre à l’ultramodernité. Et puis il y a la bombe diasporique, à la suite des migrations inéluctables qui vont dominer le siècle, et provoquer des réactions immunitaires un peu partout.

Plus les gens se côtoient, moins ils s’aiment. Il en va de même des cultures. Il y a aussi le fait que le Parti socialiste n’est plus regardable ni audible. Mais honnêtement, je ne peux pas répondre à votre question. Chez les Anglo-Saxons, ou les Bavarois, on peut comprendre. Mais chez nous, pas de Syriza ou de Podemos ? On est latins, tout de même !

Est-ce que ce ne serait pas aussi le fait que la France a opéré pendant des années une chasse aux marxistes très dure, à la mesure peut-être de la longueur de l’épisode gauchiste qu’elle avait vécu antérieurement ? Pendant vingt à trente ans, toutes ces idées-là ont été totalement ostracisées.

Nos connards d’antimarxistes professionnels, excusez-moi, ont ouvert la porte au pire. On a eu deux catastrophes silencieuses depuis trente ans : l’effacement du Parti communiste et celui de l’Eglise catholique – c’est la même chose d’ailleurs. Parce que c’était tout de même deux encadrements qui permettaient l’intégration des marges et des immigrés et dont la seule présence donnait un peu de pudeur à la loi du fric et aux bourgeois déculturés. Le prêtre-ouvrier façon Jean-Claude Barreau et le militant syndicaliste.

Le Français Maxime Hauchard (à droite) a été reconnu, le 17 novembre 2014, parmi les membres du groupe Etat islamique qui ont assassiné des prisonniers syriens.

Le Français Maxime Hauchard (à droite) a été reconnu, le 17 novembre 2014, parmi les membres du groupe Etat islamique qui ont assassiné des prisonniers syriens.

L’immense travail qu’a fait la mouvance communiste (associations de jeunesse, », centres culturels, presse militante, « Vaillant » avec Pif le chien, TNP, etc.) a permis l’extension du domaine de la République vers des couches sociales qui lui étaient étrangères. Quand vous étiez paumé en banlieue en 1950, vous vous disiez : bon, je vais voter communiste, dans vingt ans on sera au pouvoir. Aujourd’hui, qu’est-ce que vous pouvez vous dire ? Chacun pour soi, comme dans un naufrage. Avec son business, ou avec son petit réseau de cinglés. Ou les deux ensemble.

L’engagement pour la Syrie ou l’Irak tient lieu de nouvelle échappatoire pour certains. Dans un des textes de ce recueil, vous comparez au passage audacieusement la situation des jeunes djihadistes qui s’embarquent aujourd’hui pour ces destinations sanglantes à celle du jeune révolutionnaire que vous fûtes.

On allait vers l’homme, tandis qu’eux vont au ciel. On allait vers l’avenir, eux vont vers le passé. Pulsion de vie contre pulsion de mort. On régresse. Le lumpen à l’abandon caricature et inverse l’engagement révolutionnaire d’hier. Pourquoi ? Les âmes bien nées ont toujours eu besoin d’une « cause » et de risquer leur vie pour elle. Or il n’y a plus d’offre nationale de ce côté-là (mourir pour un point de croissance, c’est un peu mince) et l’Europe à la Jean Monnet, comme mythe de convocation, a fait pschitt. Restent les appels de l’exotisme. Ajoutez l’attrait de la guerre et des armes, l’ennui du train-train, et la recherche de l’absolu. Plus une vision du monde qui divise l’humanité entre ceux qui ne sont rien, les incroyants qu’on peut tuer à loisir et les élus. Le contraire de la fraternité. Nous n’étions pas des évangéliques, mais nous avions beau être qualifiés de « terroristes », un attrape-tout qui a beaucoup servi, le fait de prendre des civils en otage ou d’abattre des prisonniers, c’était impensable.

L’agitation autour de l’islam ne cesse de monter en France. Outre les événements tragiques survenus à « Charlie Hebdo », le nouveau roman de Michel Houellebecq traite précisément de ces questions sur un mode polémique. Est-ce que vous pouvez comprendre le fait que certains voient dans cette religion un facteur de déstabilisation majeur pour les pays européens ? Ou est-ce qu’il y a là pour vous une panique excessive qui finit du reste par devenir autoréalisatrice ?

Evitons surtout la paranoïa. Il y a un problème sérieux lié non à l’immigration en soi, mais au fait que beaucoup d’enfants d’immigrés ne se sentent plus français et n’ont pas envie de le devenir. Aux Etats-Unis, les arrivants arborent le drapeau américain. Pourquoi ? Parce que les politiques y ont un petit drapeau étoilé sur le revers du veston, parce que, lorsque vous arrivez dans un aéroport, vous avez un stars and stripes de 10 mètres sur 20.

Nous, nous avons une classe dirigeante qui a honte de sa langue et de son lieu de naissance : c’est ringard, franchouillard, moisi. Comment voulez-vous que les immigrés se sentent un attrait pour ce qui rebute nos gens du bon ton ?

Le vrai problème, ce n’est pas la présence musulmane, du reste aussi éclatée et diverse que le monde chrétien de souche. C’est notre incapacité à nous faire aimer des nouveaux venus. C’est plus un problème franco-français qu’un problème franco-musulman. Pourquoi rien à la place du service militaire ? Pourquoi n’a-t-on pas ritualisé la naturalisation comme le font les Etats-Unis, pourquoi « la Marseillaise » à l’école est-elle jugée pétainiste ?

Leur religion biblico-patriotique rend les Américains confiants dans leur destin, parfois même un peu trop. Nous avions un équivalent dans le culte laïque de la patrie ou du savoir ou du progrès. Les fondements symboliques sont aux abonnés absents. C’est la fierté qu’il faut désormais récupérer.

Pourquoi est-ce que nous n’arrivons plus en France à mobiliser notre passé prestigieux et nos mythologies autrement que sur un mode muséal ?

Les pays comme la Chine ou l’Inde entretiennent leur mytho-histoire. Chez nous, le mythe, Barthes aidant, passe pour un affreux mensonge. La Maison de l’histoire de France était mal partie, avec Sarkozy en initiateur, on avait envie de fuir. Mais cette affaire était révélatrice, comme je le dis dans mon « Candide ». Qu’est-ce qu’une nation ? C’est une fiction qu’on accepte parce qu’elle nous augmente. L’histoire s’en allant, ne nous restent que clod mémoires, parcellaires et antagonistes. On est passé de la molécule aux atomes. Ça se paie.

Vous décrivez trois stades d’illusion dans « l’Erreur de calcul ». Après le temps de l’illusion religieuse, celui de l’illusion politique, et aujourd’hui l’illusion économique dans laquelle l’Occident vit. Cette civilisation-là, à vous lire, n’est pas promise à un grand avenir. Elle présente des contradictions extrêmement violentes, ne serait-ce que le fait de ne pas donner aux gens de véritables raisons de vivre. Alors c’est sûr, nous n’échapperons pas au retour de l’illusion religieuse ?

Ce serait malheureux, parce que la religion sans culture religieuse, c’est toujours meurtrier. Dommage que les autorités n’aient pas donné suite à ma proposition d’il y a dix ans : l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque. On s’était fait une idée un peu bébête du progrès, du genre : « une école qui s’ouvre, c’est un sanctuaire qui ferme ». J’ai découvert il y a quarante ans, en me baladant dans le monde arabe, que les fondamentalistes à l’université prospéraient dans les facs de sciences et de techniques, et non de lettres.

Partout, en Inde, comme en Israël, comme en Amérique. La modernisation techno-économique déclenche une régression politico-culturelle. Comme le nuage porte la pluie, la fin de la politique comme religion (ce qu’elle fut en France depuis 1789) entraîne le retour des religions comme politique. Le tout-économie, dont le tout-à-l ‘ego est un effet parmi d’autres, accélère ce mouvement de balancier jusqu’à la folie. Il y a une sorte de cercle vicieux entre le désert des valeurs et la sortie des couteaux. Entre la dévaluation de l’Etat et le retour au tribal, le repli sur les périmètres de sécurité primaires : le clan, la famille, le terroir, la reféodalisation du paysage.

Au fond, le grand résultat de l’Europe de Bruxelles, ça aura été le retour de l’Europe moderne au XVe siècle : les villes-Etats, les principautés ou régions, les féodalités financières et les communautés de croyance. Mafias et sectes. Si les choses continuent ainsi, ce n’est plus la citoyenneté qui va nous unir, mais la généalogie (papa et maman, la terre et les morts), ou une appartenance religieuse ou les deux. Ce serait la fin d’une période ouverte par la Révolution française, et ceux qui se sont réjouis de cette fin ont en réalité ouvert un avant-1789. Ce sont ces pseudo-modernisateurs de la gauche qu’il faudrait maintenant oublier.

Régis Debray

Source : L’OBS, N°2619, le 14/01/2015


Je vous propose aussi ce beau débat sur Mediapart après les attentats (merci à Arthur78 !), avec Jocelyne Dakhlia, historienne et anthropologue, directrice d’études à l’EHESS, spécialiste de l’histoire du monde musulman et de la Méditerranée ; Régis Debray, écrivain, philosophe ; Edgar Morin, sociologue et philosophe ; Benjamin Stora, historien, spécialiste de l’histoire du Maghreb contemporain, dirige le Musée de l’histoire de l’immigration. :

La République, l’islam et la laïcité (partie 1) : premières leçons des attentats

La République, l’islam et la laïcité (partie 2) : rééduquer les éducateurs

La République, l’islam et la laïcité (partie 3) : Modernité et archaïsmes

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

chris // 07.02.2015 à 06h17

Superbe !!! Merci pour ce texte !

26 réactions et commentaires

  • chris // 07.02.2015 à 06h17

    Superbe !!! Merci pour ce texte !

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  • Crapaud Rouge // 07.02.2015 à 08h43

    Vraiment très bon. J’ai noté qu'”on peut reconstituer une culture en milieu numérique : peut-être, mais dans combien de temps, de quel genre et à quel prix ? Il pourrait y avoir comme une illusion à comparer l’apparition du numérique à celle de l’imprimerie. J’ai noté aussi l’idée d’enseigner “le fait religieux” à l’école : c’est crucial, en effet, et très important car personne n’y échappe. Sans un tel enseignement, la religion a deux effets antagonistes : adhésion à ses croyances comme à des fantasmes, ou déni de sa réalité. Que chrétiens et musulmans aient tant de mal à cohabiter alors que leurs religions relèvent du même “dieu unique” montre que la religion est avant tout un ciment sociologique.

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    • interlibre // 07.02.2015 à 12h08

      Je pense qu’internet est une révolution au même titre que l’imprimerie. Les puissants luttent contre Internet car ils ont bien saisi l’ampleur du machin. On l’a vu avec l’affaire Charlie, à quel point la contagion peut être rapide, à quel point une idée peut se propager (pour le meilleur ou pour le pire). Ce qu’on voit actuellement d’Internet est déjà impressionnant, bridé par des valeurs marchandes et libérales, mais ça change petit à petit. En fait avec Internet, les gens pourraient s’organiser sans avoir besoin des partis politiques ou même de l’État, c’est une société horizontale qui se créé et sauf crise majeure (qui ne ferait que retarder l’inévitable) on peux imaginer que les structures verticales (politiciens, médias influents….) auront disparus d’ici 10-20 ans. C’est nouveau dans l’histoire, c’est risqué, dangereux mais après réflexion je préfère essayer cela à ce que l’Histoire nous a montré jusqu’à maintenant.

        +7

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      • francisco // 07.02.2015 à 13h39

        Bonjour
        Je pense que vous avez raison …et je suis content de constater que vous tentez de voir au-delà de notre ombre (plus grande que notre stature physique) … en disant des choses simples, tellement simples que la majorité des homo sapiens actuels refusent de faire cet effort! Comme disent mes étudiants “vous ne vous la pétez pas” … vous constatez et essayer de faire avec. Et ça, c’est créatif.
        Christian

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      • Arc Angelsk // 08.02.2015 à 00h34

        C’est très osé ce que vous dites. Prenez vous en compte les sous-entendus? Plus besoin d’Etat^^? – Comment faites vous pour légiférer, entretenir l’infrastructre, organiser le régalien, le social etc…. Certes internet accélère et amplifie le virtuel et l’abstrait mais n’élève pas nécessairement la conscience ou la condition humaine. Tout comme vous, j’affectionne internet et j’applaudirais l’avénement spontané, naturel d’une société “horizontale”, du moins la plus horizontale possible !! 🙂 Cependant, je paine à croire qu’internet suffise à faire le saut quantique qui mène à l’horizontalité. Il me semble que certes un outil peut aider à rendre certains concepts plus facilement opérationnels et efficients mais la première chose à changer c’est l’être humain. C’est possible, à mon humble avis, mais avec un travail continu de fond sur plusieurs générations voire siècles :/

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    • Wilemo // 07.02.2015 à 12h51

      Si l’on entend la “culture” au sens de Franck Lepage, alors celle ci existe déjà, dès lors que le monde virtuel existe. La culture, c’est le sorte de bain dans lequel on est plongé sans vraiment se poser de questions. Youtube, Facebook, les forums, ce blog…
      La culture, c’est vous et moi qui la faisons en réagissant à cet article, c’est Norman ou Rémi Gaillard.
      Mais alors il y a 2 cultures en termes institutionnels : celle qui remet en cause le cadre, et celle qui simplement s’y meut.
      Ainsi, au sens de Franck Lepage, la culture “vraie” est une mise en scène d’une construction politique. C’est l’éducation populaire : Votre com’ nourrit le mien, qui nourrit nos lecteurs, qui éventuellement y répondrons pour apporter leur pierre à ce tout petit édifice intellectuel.
      A mon sens, cette culture du virtuel existe déjà. Elle n’a simplement aucun effet apparent sur les constructions institutionnelles collectives.
      Il est intéressant de lire des articles, par exemple du Monde, et ensuite les commentaires. Si ces derniers ne peuvent être une photo réaliste de l’opinion française, on constate cependant un décalage flagrant entre les auteurs et les lecteurs/commentateurs. Mais ça n’intérroge pas le monde médiatique qui continue de faire comme il a toujours fait.

        +2

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  • Joanna // 07.02.2015 à 09h16

    J’ai moi aussi apprécié ce texte.
    Son expérience et son âge lui donnent un recul intéressant emprunt de lucidité …
    alors que tant d’autres ont le nez et la vision au ras des pâquerettes.

    Je signale son site internet officiel au contenu riche et dense
    http://regisdebray.com/

    Déjà la page d’accueil m’est apparue originale et sympathique.

      +4

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  • arthur78 // 07.02.2015 à 10h20
  • Alae // 07.02.2015 à 11h20

    “Le programme du Conseil national de la Résistance serait taxé par lui aujourd’hui d’extrême gauche. Cela peut s’expliquer par la remontée des archaïsmes identitaires propre à l’ultramodernité.”

    Plutôt que par la remontée d’archaïsmes, d’après moi, le CNR serait aujourd’hui rejeté à l’extrême gauche parce qu’il n’avait rien de pro-capitaliste.

    “Plus les gens se côtoient, moins ils s’aiment.”

    Tout dépend des efforts d’intégration. Sinon, qu’on m’explique comment, en Russie, autant d’ethnies et de religions (plus de 70 confessions religieuses différentes) arrivent à vivre en bonne intelligence.

    “On a eu deux catastrophes silencieuses depuis trente ans : l’effacement du Parti communiste et celui de l’Eglise catholique – c’est la même chose d’ailleurs. Parce que c’était tout de même deux encadrements qui permettaient l’intégration des marges et des immigrés et dont la seule présence donnait un peu de pudeur à la loi du fric et aux bourgeois déculturés.”

    Tout à fait, bravo. Elle est là, la réponse. La loi du fric, et partant, le tout-à-l’ego ont tout envahi et supportent de moins en moins de limites éthiques. Or, l’individualisme narcissique sans freins débouche forcément sur la loi du plus fort – le contraire même des idéaux fondateurs de la gauche sociale.
    La gauche française, qui a eu le malheur de s’associer aux revendications libertaires et égocentriques de mai 68 (quel rapport entre “jouissez sans entrave” et le marxisme-léninisme ?), en a perdu sa boussole sociale, d’où le fait qu’elle soit devenue anecdotique.
    Aujourd’hui, soit elle revient à ses fondamentaux, soit elle reste un des outils sociétaux du capital. Au choix.

      +3

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    • Laurent // 07.02.2015 à 14h58

      “c’était tout de même deux encadrements qui permettaient l’intégration des marges et des immigrés et dont la seule présence donnait un peu de pudeur à la loi du fric et aux bourgeois déculturés”

      C’est l’un, ou le principal argument de Zemmour. Je ne sais pas si c’est un argument recevable, mais il est étonnant de le retrouver sous la plume de Régis Debray. Le sort-il parce qu’il a lu le Suicide français et qu’il a trouvé l’argument recevable, ou avait-il cette explication en tête auparavant? Je ne suis pas assez calé pour répondre. En tout cas il est intéressant de noter que les deux se retrouvent sur le même diagnostic.

        +3

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    • Arc Angelsk // 08.02.2015 à 01h01

      “Plus les gens se côtoient, moins ils s’aiment.”Je ne crois qu’il faille prendre ça comme un constat mais comme une vérité générale. C’est une loi physique-chimie élémentaire qui peut s’appliquer aux humains. La concentration et la nature des réactifs affecte la réactivité par simple loi statistique. De mesme que la temérature qui conditionne l’entropie du système (soit la mobilité à échelle humaine)

      En language simple je dirais que: Si sur un espace temps donné vous mettez 10 individus semblables ensemble, il y aura une certaine probabilité qu’il se produise un conflit. Si vous en mettez 100 ou 1000 vous augmenterez ce risque. Si maintenant on n’a plus à faire à des individus semblables mais differents on augmente encore ce risque, et plus le temps tend vers l’infini plus ce risque tend vers la certitude. Et plus ces individus seront “actifs”(en mouvement) et plus on augmentera également ce risque. Je suppose qu’en économie on utilise également ce genre de raisonnement. Bien à vous 😉

        +1

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  • bluetonga // 07.02.2015 à 11h29

    On l’a constaté régulièrement ces derniers temps, les vieux “fossiles” de la politique ont une vision et une langue bien plus acérée que leurs piètres successeurs. Plus rien à perdre, peut-être. On peut se lâcher, livrer un denier baroud d’honneur sans trop d’arrière-pensée, sans calcul mesquin de carrière.

    Malheureusement, on n’écoute pas les sages – sinon ils seraient probablement moins sages. La tentation de la gloire et de la notoriété les reprendraient, et ils s’aveugleraient rapidement.

    Si l’ensemble du texte est plutôt remarquable, je regrette sa tonalité parfois absconse, digne d’une tranche de vie de Lauzier. Quand on a de bonnes idées et un message à faire passer, mieux vaut privilégier la clarté à l’élégance du style. Debray, comme tant d’autres, s’adresse à sa caste d’intellos. Il devrait davantage s’adresser aux gens dont il parle.

      +7

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    • ploi // 07.02.2015 à 17h02

      “Les vieillards aiment à donner de bons conseils, pour se consoler de n’être plus en âge de donner de mauvais exemples” (La Rochefoucauld)

        +6

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    • chris // 07.02.2015 à 18h40

      Excusez moi bluetonga mais j’ai très bien compris ce texte, c’est assez clair pour moi, pourtant j’ai arrêté mes études avant le Bac général !!!! Je suis ouvrier et pas intello !!!

        +2

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      • bluetonga // 07.02.2015 à 21h04

        Allons, Chris, pas de fausse modestie, vous êtes un génie!

        Non, le texte de Debray est sans doute un mauvais exemple dans la mesure où il est effectivement lisible. Mais il pourrait faire mieux. Quand je lis des textes anglais, par exemple sur Counterpunch, neuf fois sur dix, c’est clair, structuré, argumenté, sourcé. Pas de phrases inutiles ou de figure de style, du punch. Il faut savoir ce qu’on veut : écrire pour agir, ou juste pour épater la galerie. Trop d’intellos francophone à mon goût privilégient la seconde option.

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    • boduos // 07.02.2015 à 23h10

      @bluetongua
      sans porter de jugement sur nos blogueurs , Regis Debray est je trouve concis,sans précipitation,novateur dans ses approches (l’angle d’éclairage des idées et des situations est fondamental pour leur compréhension)et bref dans ses interventions.oui,on ne reste pas sur sa faim .

      Edgard Morin dont les explications semblent frappées de postulats partisans sur ce sujet précis s’effiloche et est donc beaucoup plus prolixe.

      Quant au jeune collègue de E.Plenel ,il fait de l’ombre à Edwy,il est excellent.

        +0

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  • Makhnov // 07.02.2015 à 12h55

    Les “pseudo-modernisateurs de la gauche” on réussis en 30 ans à faire le seul pays au monde qui siffle son hymne nationale et crache sur le drapeau. Et ils sont fières d’eux en plus.

    Rappelez vous le scandale Ségolène Royale lorsqu’elle avait oser mettre un drapeau français dans ces meetings.

    Trouver moi un anglais, un américain, un allemand, un espagnol, un russe, un chinois, un algérien, un marocain, n’importe qu’elle nationalité qui est fière de cracher sur son pays, son drapeau et son hymne.

    Il n’y a que chez nous….. pitoyable

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    • Homère d’Allore // 07.02.2015 à 17h44

      Pas tout à fait, Makhnov. C’est que le drapeau n’est pas seulement le pays mais la forme du régime. Et il charrie une histoire.

      D’abord, je peux témoigner avoir rencontré en Alabama des gens qui auraient bien conchié Stars and Stripes car se réclamant toujours de la bannière sudiste.
      Bon, ils étaient dans une forme d’apnée de l’intellect, certes mais ils existaient.
      En Espagne, outre les régionalismes, on trouve aussi des républicains qui refusent de se lever devant le drapeau de la monarchie. Ceux-là me sont personnellement plus sympathiques mais la démarche est la même.

      En France, la bannière tricolore fut longtemps honnie par les royalistes. Mais c’est surtout après avoir été utilisé lors de tant d’assauts inutiles lors des batailles des frontières en 1914, des offensives de Champagne de Joffre en 1915, de la terrible bataille de Verdun en 1916, de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames en 1917 jusqu’aux attaques du 11 novembre 1918 avant 11 heures (plus de morts ce jour là entre 0 et 11 heures que le 6 juin 1944 pour les alliés !) que le drapeau français perdit de son attrait.

      Personnellement, je n’y suis pas allergique. Mais je comprends que certains ne s’y drapent point. Et je trouve qu’il y a d’autres symboles tout aussi représentatifs de la France et des France

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  • eric le goff // 07.02.2015 à 13h05

    je re-lisais ces jours ci les théories psychanalytiques du groupe de René Kaës , dérèglement des fonctions d’encadrement , de croyances partagées , et de représentations communes : l’implicite d’une civilisation , atteinte des fondements de l’ordre symbolique , troubles dans les identifications et dans les systèmes des liens , pas facile d’accès , pour moi , mais ce texte ? un bijou . que dis je ? une mine . A creuser donc .

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  • olivier77 // 07.02.2015 à 13h26

    Pour rebondir sur le débat Médiapart, très intéressant en substance, je trouve, même si la problèmatique a été abordé par R. Debray au détour de son interview, qu’on parle très peu du féodalisme à l’américaine qui a bouleversé les valeurs des sociétés laiques quelles soit occidentales ou orientales, de la mise en rapport binaire qu’on eu les années Bush sur l’opposition à sa politique. En ayant balancé tous les socles intellectuels et modérés, on retrouve une acculturation propre a basculer dans un camp comme dans l’autre pour la sauvegarde de valeurs qui ont finalement peu à voir avec la religion dont les média font leur fond de commerce. Le monde file à droite toute grâce à son chef de file, malheur à celui qui se mettra sur sa route.

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  • PasUneBrebis // 07.02.2015 à 14h04

    “Le vrai problème, ce n’est pas la présence musulmane, du reste aussi éclatée et diverse que le monde chrétien de souche. C’est notre incapacité à nous faire aimer des nouveaux venus. C’est plus un problème franco-français qu’un problème franco-musulman. ”

    Très bien dit.

    Merci pour cette reprise d’interview.

    PS: il y a une coquille dans la mise en page, une question n’est pas en gras. A partir de “Cette situation ne concerne pas seulement la France. Vous avez ainsi récemment publié « l’Erreur de calcul » (Editions Le Poing sur la Table),…”

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  • Milsabor // 07.02.2015 à 17h37

    Débat très intéressant avec Régis Debray : la balkanisation culturelle résultat de l’inter connectivité : « plus on est reliés, plus on est divisés », la modernité source d’un retour aux archaïsmes. Cependant aucun n’évoque l’influence déstructurant de l’hégémonie américaniste sur les plans économique, culturel, géopolitique et militaire depuis la deuxième guerre mondiale, et en particulier le soutien inconditionnel de cet empire du chaos au génocide des palestiniens ainsi que la déstabilisation politique permanente opérée autour des sources de pétrole. Cette humiliation moderne des arabes prolonge l’ancienne humiliation issue de la colonisation et débouche sur la vengeance djiadiste.

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  • Astrolabe // 07.02.2015 à 21h15

    Excellent débat, excellent texte. Le niveau du débat sur cette affaire est remonté de plusieurs crans. Pour constater encore, hélas, que les problèmes existent depuis longtemps, que des propositions de solutions ont été avancées et que comme d’habitude, on a zappé parce que c’est compliqué, parce qu’au delà des ministres, les fonctionnaires chargés des dossiers changent tous les deux ou trois ans et que chacun fait plutôt le contraire de ce que son prédécesseur a commencé. Et donc on attend que ca pète pour se réveiller…… puis se rendormir.

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  • personne // 07.02.2015 à 21h51

    Merci infiniment pour le très beau débat de médiapart : c’est ce que j’ai entendu de plus intelligent – et de très loin ! – depuis les attentats et la gigantesque manifestation qui fait encore couler tant d’encre ! Oui, vraiment merci à ce blog !

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  • georges glise // 08.02.2015 à 14h02

    la réflexion de régis debray est, comme d’habitude juste, puissante et incontournable.bravo.

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  • Krystyna Hawrot // 08.02.2015 à 15h20

    Merci Régis Debray pour ce beau texte. Mais pour moi, réenchanter la République c’est 1. Construire des HLM (3 millions d’habitants de France mal ou pas logés), 2. Investir dans l’industrie et dans l’éducation pour que 7 millions de chômeurs et de précaires aient un travail et un revenu stable. 3. Créer des centres de distributions coopératifs pour que l’argent du revenu ainsi gagné ne partent pas chez Carrefour mais chez les petits producteurs.

    une fois qu’on aura fait ça, on rediscute.

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