Par Joseph E. Stiglitz, Professeur à Columbia University, le 02 septembre 2014

Le dernier livre de Thomas Piketty soulève des questions fondamentales sur la théorie économique et sur l’avenir du capitalisme.

NEW YORK – L’accueil fait aux USA et dans d’autres pays avancés au récent livre de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, traduit une préoccupation croissante face à la croissance des inégalités. Ce livre donne encore plus de valeur aux éléments de plus en plus nombreux qui montrent que la montée des inégalités de revenus et des patrimoines bénéficie à une petite minorité au sommet de la pyramide.

Piketty jette également un regard neuf sur les quelques 30 ans qui ont suivi la Grande dépression et la Deuxième Guerre mondiale. Peut-être en raison de la cohésion sociale inhabituelle que peuvent susciter des événements cataclysmiques, il considère cette période comme une anomalie historique de croissance économique rapide durant laquelle la prospérité était partagée au bénéfice de tous, notamment des plus défavorisés.

Il éclaire autrement les idées de « réformes » vendues par Reagan et Thatcher dans les années 1980 en tant qu’accélérateurs de croissance qui devaient profiter à tous. Leurs réformes ont été suivies par davantage d’instabilité et une croissance plus faible qui a bénéficié seulement aux plus riches.

L’analyse de Piketty soulève des questions fondamentales à la fois sur la théorie économique et sur l’avenir du capitalisme. Elle met en évidence une importante hausse du rapport capital/production. La théorie standard associe une telle hausse à une chute des revenus du capital et une hausse des salaires. Mais aujourd’hui les salaires baissent, mais pas les revenus du capital. Aux USA par exemple, au cours des 4 dernières décennies le salaire moyen a baissé de 7%.

Bulle immobilière

L’explication la plus évidente est que l’augmentation du capital mesuré ne correspond pas à une augmentation du capital productif – et les données semblent en accord avec cette interprétation. Une grande partie de l’augmentation du capital tient à une hausse des prix dans l’immobilier. Avant la crise financière de 2008, il est apparu une bulle immobilière dans de nombreux pays ; et même aujourd’hui la « correction » n’est peut-être pas encore achevée. Cette hausse des prix est peut-être aussi la conséquence d’une concurrence entre les riches pour des biens de prestige – une maison en bordure de plage ou un appartement sur la 5e avenue à New-York.

Il arrive aussi qu’une hausse du capital financier mesuré corresponde simplement à un déplacement du capital « non mesuré » au capital mesuré – un déplacement qui peut traduire en réalité une dégradation de l’économie. Si le pouvoir des monopoles s’accentue ou si des firmes (les banques par exemple) mettent au point des méthodes plus efficaces pour exploiter les clients ordinaires, cela se traduira par une hausse des profits, et après capitalisation, par une hausse du capital financier.

Quand cela se produit, il est évident que le bien-être général et l’efficacité économique diminuent, alors que l’on mesure officiellement une augmentation du capital. Cela tient à la non prise en compte de la diminution correspondante de la valeur du capital humain – le patrimoine des travailleurs.

Par ailleurs, si les banques parviennent à utiliser leur influence politique pour socialiser leurs pertes et conserver une part de plus en plus grande de leurs gains mal acquis, le capital mesuré du secteur financier augmente. De la même manière, si les entreprises réussissent à convaincre l’État de verser un prix exorbitant pour leurs produits (c’est le cas des grands laboratoires pharmaceutiques) ou si elles peuvent obtenir les richesses d’un pays à un prix inférieur à celui du marché (c’est le cas des compagnies minières), le capital financier mesuré augmente, tandis que la diminution du patrimoine des citoyens ordinaires reste invisible.

Système politique défaillant

Ce que nous observons – une stagnation des salaires et une montée des inégalités accompagnées d’une augmentation du capital – ne traduit pas le fonctionnement normal d’une économie de marché, mais ce que j’appelle un succédané de capitalisme (l’ersatz capitalisme). Le problème ne tient peut-être pas à la manière dont les marchés fonctionnent ou devraient fonctionner, mais à notre système politique qui ne parvient pas à rendre les marchés concurrentiels et a conçu des règles qui encouragent les dysfonctionnements des marchés, permettant ainsi aux entreprises et aux riches d’exploiter autrui (ce que malheureusement ils font).

Certes, les marchés n’opèrent pas dans le vide. Il faut une règlementation, et elle doit provenir d’un processus politique. Trop d’inégalité économique dans un pays comme les USA (et de plus en plus dans ceux qui suivent leur modèle économique) produit des inégalités politiques. Dans un tel système, les chances de progrès économique et de mobilité sociale deviennent inégales elles aussi.

Les prévisions de Piketty quant au creusement encore plus marqué des inégalités ne reflètent pas les lois inexorables de l’économie. Des changements simples – une fiscalité plus importante sur les bénéfices du capital et sur les successions, des mesures pour faciliter l’accès à l’éducation, une application rigoureuse des lois anti-trust, une réforme de la gouvernance des entreprises qui limite les revenus des dirigeants et une règlementation financière qui empêche les banques d’exploiter le reste de la société – réduiraient sensiblement les inégalités.

Avec une législation appropriée, nous pourrions peut-être même restaurer la croissance économique rapide et partagée qui caractérisait les sociétés de classe moyenne au milieu du XXe siècle. La principale question à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui n’est pas celle du capital au XXIe siècle, mais celle de la démocratie au XXIe siècle.

Joseph Stiglitz est prix Nobel d’économie et professeur à l’université de Columbia à New-York. Écrit en collaboration avec Bruce Greenfield, son dernier livre s’intitule Creating a Learning Society: A New Approach to Growth, Development, and Social Progress (Comment créer une société de la connaissance : une nouvelle approche de la croissance, du développement et du progrès social).


Source : lesechos.fr

Joseph Stiglitz

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29 réponses à [Reprise] La démocratie au XXIe siècle par Joseph Stiglitz

  1. Serge Le 05 octobre 2014 à 05h16
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    Question bête et naïve :
    Mais comment vont-ils faire pour pouvoir continuer à vendre leurs produits ,si il n’y a plus de classe moyenne,si il n’y a plus assez de consommateurs solvables ?
    C’est aussi ça qui les enrichit,non ?


    • jules Le 05 octobre 2014 à 11h11
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      Vous confondez richesse et pouvoir. La richesse n’est qu’un moyen parmi d’autres d’accaparer et d’exercer le pouvoir.

      De fait, pendant quasi deux siècles, une fois la noblesse raccourcie ou sur la touche, la règle du jeu aura été de consommer et de pousser à la consommation une partie de la population qui, d’ordinaire, se contentait de travailler pour des clopinettes. (Une méthode d’enrichissement, rien de plus.)

      Mais maintenant, c’est fini, plus besoin de consommation outrancière, car les matières premières deviennent rares. Par conséquent, plus besoin de consommateurs. Ce qui dorénavant compte, c’est de mettre la main sur le maximum de biens réels et/ou stratégiques (quitte à les échanger pour du vent ou de la monnaie de singe ou à se les approprier par voie de guerre) et, de cette façon, conserver ou augmenter son pouvoir.

      Les ultra-riches le sont déjà plus qu’assez. Par compte, ils ne disposent pas encore d’un pouvoir suffisamment totalitaire que pour garantir ad vitam æternam leur statut de prédateurs suprêmes. (Avez-vous remarqué, d’une part, combien les oligarques ont, aujourd’hui, des ambitions politiques et, d’autre part, à quel point les banques se foutent de l’économie réelle et donc de la plupart des entreprises productrices de biens ?) Et puis surtout, il y a trop de monde, trop d’inutiles, trop de fauchés, trop de crève-la-faim prêts à vomir leur gras-double et qui profitent jusqu’à l‘outrance de ce statut d’êtres humains que, de toute évidence, ils ne méritent pas. Surtout qu’ils n’ont plus besoin d’eux !

      Bien sûr, vous me direz : « Tant de pouvoir pour faire quoi ? »

      Bonne question… Vous êtes terroriste ou psychopathe ? 🙂


      • geoffrey Le 05 octobre 2014 à 17h44
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        je n’aime pas trop la fin du paragraphe “trop de monde, trop d’inutiles…”, le propos n’est pas clair..
        ceci étant, la réflexion me paraît très pertinente : il est temps d’arrêter de caricaturer les riches comme des êtres cupides jusqu’à la névrose, on est à côté de la plaque !
        actuellement, les gros riches rêvent d’immortalité, vieillir leur fait peur : ils financent la recherche sur le clonage, les transplantations d’organes, etc…
        il est justifié de poser le débat comme il se doit : les riches ont adopté un paradigme “maléfique”, anti-humaniste : ce sont des êtres pervers…
        c’est mon opinion
        Geoffrey le communiste


        • le Prolo du Biolo Le 05 octobre 2014 à 19h30
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          “il est temps d’arrêter de caricaturer les riches comme des êtres cupides jusqu’à la névrose”

          Je vois mal comment on peut caractériser autrement des gens qui continuent à amasser alors qu’ils disposent déjà de ce dont ils auront besoin pour les 10 siècles à venir, ou comment on pourrait attribuer cette recherche ivre et maladive (qu’il s’agisse de richesses ou de puissance) à des gens “normaux”, sans suspecter un petit bug quelque-part entre leurs oreilles …


        • Van Le 06 octobre 2014 à 00h32
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          la cupidité d’un riche n’est pas le problème ca a toujours existé dans l’histoire mais le problème viens des liberté qu’on lui donne dans une société et donc le type de société .
          dans une société ou l’argent est roi le cupide riche aura un pouvoir illimité qui pourra lui conférer des passe droit et une immunité sur les lois .
          le problème n’est pas la richesse des personne mais leur nature car leur vices seront destructeur a cause de l’argent , d’où l’importance de l’exemplarité du riche dans la société .
          la responsabilité des politiques est énorme car en adoptant un outil économique (capitalisme) comme régime politique cela a d’emblée tué toute démocratie et a scellé l’inégalité des droits et des devoirs .

          Ps : je me permettrai pas de critiquer un prix Nobel d’économie cela reviendrai a critiquer la politique étranger d’Obama prix noble de la paix .
          ce texte a du sens au yeux de personne qui considère la politique américaine comme la norme .


        • Macarel Le 06 octobre 2014 à 16h15
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          les gros riches rêvent d’immortalité, vieillir leur fait peur : ils financent la recherche sur le clonage, les transplantations d’organes, etc…

          Exactement, je pense aussi que l’accumulation de biens sans limite, est une façon d’essayer de s’étourdir pour oublier que l’on est mortel.

          Mais ils veulent être immortels pour quoi faire ? Pour emmerder les simples mortels encore plus longtemps qu’il ne le font aujourd’hui ? Si c’est le cas, c’est en effet très pervers. Ou alors, ils pensent pouvoir s’échapper de notre pauvre planète qu’ils auront saccagé, et vivre assez longtemps pour en trouver une autre qu’ils pourront dévaster à son tour. Dans tous les cas ce sont des êtres malfaisants.


          • José Le 06 octobre 2014 à 23h22
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            Je crois qu’on continue contre vents et marées à se voiler la face. Le problème vient-il réellement des riches? Ont-ils à eux seuls une capacité de nuisance? Clairement non, ils ne font que profiter d’un système que tous ensemble nous soutenons. C’est la faiblesse de notre capacité de refus qui nous soumet à eux.


      • le Prolo du Biolo Le 05 octobre 2014 à 19h39
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        “Plus besoin de consommation à outrance”

        Là ça a du m’échapper.
        Je n’ai pas tellement remarqué de réduction dans les annonces publicitaires et dans le pillage des ressources naturelles ….

        Mais bon …


        • chatard Le 05 octobre 2014 à 21h06
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          Sur la question des ressources naturelles, Jean Marc Jancovici dit des choses vraiment intéressantes. Même si les stocks ne sont pas épuisés, l’extraction des énergie fossiles va décroître (vers 2050 je crois) et aura un impact sur la croissance. Donc pour l’instant, on ne voit rien mais ça ne veut pas dire qu’il ne va rien se passer à moyen terme.


          • Macarel Le 06 octobre 2014 à 17h59
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            Si, si, l’on voit que la croissance n’est plus au rendez-vous. L’on est au pic du pétrole, c’est à dire que la production mondiale a atteint un niveau tel, qu’elle ne peut que baisser à l’avenir. Et donc le principal carburant de la croissance va manquer, les pilotes pourront appuyer sur l’accélérateur (en fabriquant de l’argent dette) tant qu’ils voudront, rien n’y fera, l’économie mondiale va stagner, puis décroître. Certes pour l’instant l’on maintient la production en exploitant des gaz de schistes ou des sables bitumineux, mais leur extraction est de plus en plus coûteuse en termes tant économiques, qu’environnementaux.
            A moins d’un improbable miracle de la science ou de la technique, we are doomed !


      • chatard Le 05 octobre 2014 à 20h53
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        Je vois aussi les choses comme ça: dans un contexte de rareté des énergies et des matières premières, la société de consommation et la démocratie n’ont plus de sens. Il peut y avoir un retour vers une société ou les rapports humains ne sont plus basés sur l’échange mais le pouvoir. Seuls les ultra riches auront la possibilité des transformer leur richesse en pouvoir. L’avenir a de quoi faire peur.


        • José Le 06 octobre 2014 à 23h25
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          Ils transformeront leur richesse en pouvoir grâce à l’acceptation des moins riches. 9a a l’air évident et pourtant personne ne le souligne.


      • chatard Le 05 octobre 2014 à 21h09
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        Une question quand même: et si les “inutiles” se révoltent, comment vont faire les riches pour se comporter comme une nouvelle noblesse?


        • poilagratter Le 05 octobre 2014 à 23h32
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          Comment pourraient ils se révolter, puisqu’ils n’ont aucun moyen de se révolter?
          Voyez les mégalopoles brésiliennes, (en avance sur les nôtres) pour voir comment cohabitent méga riches et ultra pauvres.
          Certes il y a bien quelques meurtres et enlèvements, mais pas de révolte. Rien ne nous empêche d’adopter cette même urbanisation sympathique en France, d’ailleurs c’est déja en cours. C’est ça le progrès version néolibéral !.


    • Laurent Le 05 octobre 2014 à 12h38
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      Pas si bête que ça votre question, car je me suis fait la même réflexion lors de ma première expérience entrepreneuriale : faire construire ses produits en Chine parce que sinon c’est très difficile d’avoir un salaire et ensuite s’entendre dire sur les stands “Ouah ! C’est super ce que vous faites, je l’aurais bien acheté mais là je n’ai pas d’argent car je n’arrive pas à trouver un trouver un job.”

      Bref le système est en train de s’autodétruire.

      Est-ce qu’il va se corriger et repartir à peu près de la même façon ? Ou au contraire va-t-il se détruire complètement et être remplacé par un autre système ?

      L’avenir le dira …


    • Alae Le 05 octobre 2014 à 12h40
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      Voilà. Logique et de bon sens. Bien sûr, ça a dû faire hurler les Libertariens américains, qui par haine de l’état, espèrent soigner les maux apportés par la dérégulation avec encore plus de dérégulation, mais hors retour à l’étatisme pur, c’est la seule solution.

      @Serge, comment ils espèrent vendre leurs produits si les classes moyennes n’existent plus (que sous forme d’assistés, ajouté-je) ? Avec de la pub et en lançant des modes. Ils savent que les gens endoctrinés par la pub peuvent aller jusqu’à se priver de repas ou à se surendetter pour s’offrir le dernier iPhone. J’en connais. Dans un premier temps, il leur suffisait donc, logiquement, de développer cette mentalité, mais la plupart des gens ne réagissent pas comme prévu ; pour une personne qui se prive pour acheter le dernier gadget à la mode, dix autres font gaffe à leurs sous et diminuent leur consommation. D’où le défi, rendre tout le monde accro aux bidules du marché à n’importe quel prix. C’est là que le bras sociétal du néolibéralisme vient à la rescousse de ses buts commerciaux : en érodant à marche forcée, dès la maternelle s’il le faut, tous les repères autres que la consommation.


    • Alain Le 05 octobre 2014 à 19h16
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      C’est pour cela que l’on pousse au crédit, pour en arriver évidemment au subprimes (étant donné que la vision n’est plus que court termiste, personne se pose la question de leur remboursement), l’alpha et l’omega des banques centrales n’est-il pas de l’argent gratuit aux banques pour accorder plus de crédits. Il n’est pas question dans ces politiques d’augmenter le pouvoir d’achat


    • Van Le 05 octobre 2014 à 22h39
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      tu crois vraiment que les usa compte toujours sur son économie interne avec la consommation et le gaz de schiste , les usa contrôle un grand nombre de pays pétrolier avec des gisement de pétrole et gaz gratuit et des contrat avec une grosse marge pour les societe ( en Afrique équatorial les contrat sont de 20% , 80% en faveur des societe américaine ) , avant l’invasion de l’Irak le pétrole avait chuté jusqu’à 8 $ , et maintenant qu’il a changer de main il ne descend plus des 100 $ .

      le gros problème c’est que tout cela se fait a coup de massacre et déplacement de populations , ce pays a cause de sa prédation déstabilise le monde , et ne devrait pas garder le leadership mondial car ils ne reconnait aucun droit ni au nations encore moins aux peuples .


    • fevil Le 05 octobre 2014 à 23h51
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      La classe moyenne ne disparait pas. La classe moyenne se rétrécit en épaisseur au niveau national mais élargit son assiette au niveau mondial.


    • Ztong Le 06 octobre 2014 à 14h06
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      Ce que tu dis, cher Serge, n’est ni bête ni naïf.
      Tu sais bien la réponse à ta question : la théorie libérale est fondamentalement incomplète.

      Les riches (genre BFM) s’accrochent à leur théorie du “ruissellement”.
      Mais il faudrait plutôt évoquer (conjointement) la théorie des “remontées capillaires” ou de la percolation par le bas.

      Bref, sans une base opulente, il n’y a pas d’élite opulente.
      Sauf à accaparer tout ou partie d’une richesse naturelle. Mais en termes de production, les données sont différentes. La richesse, c’est l’échange.

      On vit la fin d’un monde. Ce qui est désolant, c’est le gâchis.


  2. JEAN DOREMIEUX Le 05 octobre 2014 à 08h48
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    Que dit le socialiste Piketty dans son énorme traité de plus de 970 pages LE CAPITAL AU XXI ème siècle ?

    De façon très documentée il est vrai, l’auteur démontre que les inégalités s’accroissent entre riches et pauvres, puisque les revenus du capital (capital fixe selon les définitions de MENIER) augmentent plus vite que les revenus du travail (revenus venant du capital circulant selon MENIER et ALLAIS).

    Que veut Piketty ? On pourrait croire que l’auteur va proposer pour réduire ces inégalités l’impôt sur le capital à la place des impôts assis sur la consommation, sur la production, sur la circulation.

    Non c’est la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu, principale proposition de ce livre qui est proposée avec la déception que cette idée n’est plus au programme du président Hollande.

    « Mais ma plus grande déception est son inertie européenne », confiait Thomas Piketty, dénonçant « dix-huit mois d’improvisation fiscale ».

    Impôt sur le capital ? Oui il le fait (pages 835-882 de son dernier ouvrage), mais sans supprimer les impôts qui garrottent l’économie responsables de la courbe de LAFFER et, qui plus est, en y ajoutant le capital circulant mondial, alors qu’il faut au contraire le protéger afin de créer un paradis là où il y a un enfer.


    • Wilmotte Karim Le 05 octobre 2014 à 18h18
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      http://www.contretemps.eu/interventions/capital-xxie-si%C3%A8cle-%C3%A9conomie-politique-capitalisme-rentier-0

      “En réalité ces équations nous disent autre chose : le système de production capitaliste, en l’absence de mécanismes de régulation, génère bien plus de concentration de richesses en quelques mains que de croissance, plus de patrimoine privé que d’extension de la production sociale, bref il se développe désormais aux dépens de l’épanouissement des puissances créatrices de la société qu’il avait suscitées depuis deux siècles et demi.

      Et nous verrons qu’il faut interpréter tous les choix théoriques douteux, tous les simplismes, toutes les timides ruptures avec l’économie standard comme des moyens de se conformer théoriquement à cette phase spécifique du capitalisme que Piketty comprend comme son essence même.”


  3. isidore Le 05 octobre 2014 à 08h50
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    Là où l’on voit que l’on a affaire à une pointure , c’est qu’il va à l’essentiel , en termes convenus audibles par l’établishment .
    Là on l’on voit la limite aussi c’est que la (les ) solutions sont recherchées dans les institutions , la législaton ad hoc etc … Justification de l’existence confortable de nos exerts . Seulement là on saute une marche , (avec jeu de mots) , le changement se fera , se fait , d’abord par le marché , ou ne se fait pas . Les institutions venant à la recousse de l’ancien ordre lorsqu’il est contraint d’admettre qu’il a perdu . L’opposition capital du 19e /démocratie du XXI dans cette perspective , (on va dire la mienne , je ne veux nuire à personne ) , est donc occultrice des enjeux actuels .
    Les institutions font avec le ‘marché’ , en les trucquant elles font avec .
    Plus concrétement , personne ne veut reconnaitre que les mauvais : les banques , le systéme financier , n’agit avec toute la perversion qu’on leur connait que pour maintenir des institutions obscolétes , qui elles feignent leur innocence .
    A un moment va falloir renverser le point de vue , c’est malgré les apparences et notre vanité : la Terre qui tourne autour du Soleil . Ces cycles que l’on rajoute aux cycles sont plus précis mais de plus en plus compliqués et de moins en moins praticables .
    C’est pas en rescussitant Keynes , évincé à Bretton Woods , qu’on va remettre de l’ordre , les temps ont changé , c’est bien la Terre qui tourne .


  4. Jacques Le 05 octobre 2014 à 23h00
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    Stiglitz versus Piketty, une rencontre au sommet, pas facile pour nous autres de tout saisir de ce texte allusif, qui rend compte en quelques lignes d’apparence très claire un livre de 970 p (en y incluant la table des matières). Le livre de Piketty résume des études statistiques et historiques très fouillées de toute une équipe pendant plus de dix ans. Il met en évidence une sorte de force tectonique qui pousse de façon implacable à la concentration du capital et qui n’a été contre-balancée que par les deux guerres mondiales. Face à ça, il ne propose qu’un impôt mondial sur le capital, utopique dans le monde actuel. Stiglitz quant à lui conteste l’existence de cette tendance inexorable et ne propose qu’un toilettage de la législation et de la fiscalité pour rétablir la “transparence”, par l’application d’une démocratie redevenue vigoureuse, ce qui revient à supposer le problème résolu. Aucun des deux ne remet en cause le libre-échange, la liberté de circulation des capitaux ni l’indépendance de la banque centrale (autre nom de la privatisation de la création monétaire) qui sont la base du pouvoir de l’oligarchie financière. Nous sommes encore bien loin du programme radical qu’il nous faudrait!


  5. Patrick Luder Le 06 octobre 2014 à 06h12
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    “Avec une législation appropriée, nous pourrions peut-être même restaurer la croissance économique rapide et partagée qui caractérisait les sociétés de classe moyenne au milieu du XXe siècle.”

    Une croissance économique rapide n’est ni possible ni souhaitée.
    Une croissance économique rapide se heurterait au mur des ressources.
    L’évolution souhaitée de l’humanité devrait faire appel à plus de responsabilité, à plus de respect, et non à une croissance économique rapide.

    Joseph Stiglitz et Thomas Piketty sont deux économistes avec deux visions d’économistes … ils ne voient l’histoire que par le bout d’une lorgnette économique et ne peuvent ni déceler ni imaginer aucune bribe d’avenir hors d’une vision réduite à un confettis économique. Ce billet est sans valeur réelle autre que nous montrer une fois de plus, la vision étroite des économistes.


  6. Demoralisateur Le 06 octobre 2014 à 14h34
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    Là ou Piketty se trompe et par extention Stiglitz, c’est que la période post seconde guerre mondiale, n’est pas une anomalie du capitalisme, c’est un bout de chemin en dehors du capitalisme. Avec un autre système. Système que les ultra riche n’ont pas vu venir (ils ont en partie contribuer à le créer) mais ont plus vite compris que nous. Et c’est pourquoi ils dépensent autant d’argent à le détruire, car il met en cause leur suprématie.
    A ce jeu là d’ailleurs on peut faire cocorico, ca c’est la France avec sa sécurité sociale qui a été le plus loin dans ce changement de paradigme. Et c’est d’ailleurs pour ça que c’est chez nous que les opposants à ce système sont les plus hargneux.
    Donc, non, on n’a pas assisté à une anomalie du capitalisme mais au commencement de sa destruction…. Mais la bête s’échappe.


  7. cagouille Le 06 octobre 2014 à 16h59
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    Désolé, mais Piketty a commis des erreurs d’appréciations dans son étude économique et donc décrédibilise sa recherche. Pour ma part je crois que la Capitalisme a toujours su se transformer, évoluer et il faut bien être marxiste collectiviste pour le nier. Toutefois, ce capitalisme actuel enfoncé dans un néo-libéralisme outrancier nous amène à notre perte et il est vital pour un démocrate que les droits essentiels de la personne humaine soient réafirmés, respectés , ce n’est pas en désaccord avec mes termes précédents : nous sommes en période de gestation pour une nouvelle société et je lutterai de toutes mes forces contre toute dictature de Droite comme de gauche car je crois au social: celui qui élève l’homme et non un égalitarisme de pacotille dévastateur…


  8. Milsabor Le 07 octobre 2014 à 17h23
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    Le capitalisme ultra-libéral représente l’accomplissement de l’évolution perverse écrite dans le progressisme issu des Lumières. L’ubris perverse-narcissique poursuit la recherche de satisfaction du désir de puissance à travers la création continuée (l’idée de croissance économique sans limite), la transgression et la prédation. La prédation trouve sa jouissance paroxystique dans l’alliance collusive avec l’autorité politique au moment où elle parvient à la retourner en son contraire : la démocratie retournée en dictature oligarchique libérale-libertaire (dictature sans dictateur), summum de la perversion anti-autoritaire. Au-delà d’un certain seuil le caractère entropique auto-destructeur du mécanisme échappe à tout contrôle et plus rien ne peut l’arrêter. Ce sont ces données psychologiques qu’ignorent les économistes purs (ce qui n’est pas le cas de J Sapir).


  9. Patrice Le 28 octobre 2014 à 14h49
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    “il considère cette période comme une anomalie historique de croissance économique rapide”
    Egalement relevé par Démoralisateur ci-dessus.
    Historiquement, le capitalisme n’a généré que des catastrophes, via ses crises cycliques de plus en plus importantes jusqu’au krash/guerre destructeur.

    “L’anomalie” relevée tient aussi à la reconstruction post-WWII, au déséquilibre nord-sud (captation); ou encore à la “social-démocratie” genre de capitalisme éthique de l’Europe du Nord protestante et à l’existence de l’URSS et de l’idéologie socialiste qui ont permis aux revendications sociales (et le programme du CNR) de passer.

    Le capitalisme a depuis repris sa marche normale, la mondialisation et l’offre excédentaire de main-d’oeuvre entraînent donc la baisse des salaires et le laminage des “travailleurs”, jusqu’au ZHC, zéro-hour-contract anglais qui a donné lieu à quelques papiers jusque dans la grande presse. On voit le travail des enfants (afrique, asie), comme au XIXe en europe, avec les memes arguments (ils amènent un complément de revenu).

    La gestion du système capitaliste consiste maintenant essentiellement à maintenir la dégradation sociale à un niveau (presque) tolérable – afin d’éviter une révolution. L’absence d’alternative idéologique permet de mettre en oeuvre tous les outils de propagande symbolisés par le dogme “TINA”. Et comme il faut se protéger contre les moins-pauvres (chez qui on menace de vous envoyer en cas de délocalisation…)

    Le système a failli imploser en 2008, la recherche de profits impossibles dans les biens et services normaux (les profits sont, de toutes façons, limités à terme par l’économie de marché) amenant les super-bulles du marché financier et l’exploitation massive des revenus de la droque: le capitalisme ne faisant ici que se concentrer dans les marchés dégageant le plus de profit.

    Cette crise de 2008 n’est donc qu’une des crises normales du capitalisme. En 2009 l’aphorisme qui circulait était “Vous avez aimé la crise des subprimes? Vous allez adorer la crise de la dette souveraine”.

    Jusqu’à la prochaine.

    Donc que l’on soit révolutionnaire ou réformiste ou régulateur, il est impératif de prendre des mesures réellement draconiennes, et la seule qui le soit réellement c’est effectivement de confisquer – au profit du peuple c’est à dire des gens nous – le capital: au choix, nationalisation (ou multi-nationalisation) de tout ce qui dépasse un seuil critique, ou taxation progressive allant jusqu’au quasi-confiscatoire des profits/revenus/héritages etc. et judiciarisation maximale de ce qui relève, finalement, du crime contre l’humanité: Fukushima, Irak 2003, et de l’escroquerie à grande échelle Trading Haute Fréquence, titrisation frauduleuse (subprimes), et autres sur-exploitation des ressources naturelles limitées ou critique (eau, foret amazonienne …).


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