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Un archive exceptionnelle : Entretien avec George Kennan – Les Dessous de la Guerre Froide (1996)

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Ceci est une transcription de l’entretien que Kennan a donné à CNN pour la série « Guerre froide » en mai et juin 1996.

George F. Kennan était le principal responsable de la politique d’endiguement et l’une des figures les plus influentes de la Guerre froide. Diplomate de formation, Kennan a commencé sa carrière à Moscou en 1933. Il y a servi par intermittence durant les trois décennies suivantes. À Moscou, en 1946, il a rédigé son célèbre « Long Télégramme », un document qui a sonné l’alarme sur l’expansionnisme soviétique et est devenu une mise en garde pressante sur l’imminence de la Guerre froide.

En 1933, il a été envoyé par Franklin Delano Roosevelt (FDR) pour ouvrir des relations diplomatiques avec l’Union soviétique

George Kennan : Il faut se rappeler que nous avons été, je pense pendant 16 ans, sans aucune représentation en Russie. Aucune relation entre les deux gouvernements. Et c’est FDR qui a décidé d’essayer de sortir de cette impasse.

Je n’avais qu’à deviner ses motivations, mais l’une des principales était qu’il s’inquiétait des incursions japonaises en Chine. Et il espérait qu’ainsi [en établissant des relations], nous pourrions obtenir l’aide des Russes contre les opérations japonaises sur le continent. Les Japonais, vous vous souvenez, étaient très avancés à l’époque en Chine : ils en avaient occupé une grande partie. Et c’est le seul motif qui, je pense, n’a pas été mis en évidence de façon aussi évidente dans l’histoire.

Sur Roosevelt et Staline

George Kennan : Le président Franklin Roosevelt a rarement dévoilé toutes ses raisons d’agir envers les autres. Je pense que ses espoirs concernant la Russie étaient largement irréalistes pendant la période de guerre. Je ne pense pas que FDR ait été capable de concevoir un homme d’une iniquité aussi profonde, doublée d’une très grande intelligence stratégique, tel que Staline. Il n’avait jamais rencontré une telle créature. Et Staline était un excellent acteur, et lorsqu’il rencontrait des personnalités de premier plan lors de ces différentes conférences, il était magnifique : calme, affable, raisonnable. Il les a tous renvoyés en pensant : « C’est vraiment un grand leader. » Et oui, mais derrière cela, il y avait quelque chose d’entièrement différent.

Charles Bohlen, mon collègue qui m’a succédé comme ambassadeur sur place, était présent aux conférences de Yalta et de Potsdam. Il m’a dit que ce n’est qu’à une ou deux reprises qu’il n’avait constaté que les assistants de Staline avaient dit ou fait quelque chose qui ne lui plaisait pas, et qu’alors, quand il s’était tourné vers eux, les yeux du crocodile se sont mis à briller d’une lueur jaune – et là d’un seul coup on a réalisé à quel genre d’animal on avait à faire.

Sur Staline

George Kennan : Il était tout en retenu, très poli. Il se levait de table et serrait la main de ses invités, les invitait à s’asseoir, écoutait très patiemment ce qu’ils avaient dit et y répondait souvent de manière assez raisonnable.

Vous devez vous rappeler une chose, c’est que Staline se méfiait, de façon pathologique, de quiconque lui professait de l’amitié ou de la fidélité. Ces réactions anormales n’ont pas affecté les hommes d’État étrangers qui sont venus le voir. Ils n’avaient jamais dit qu’ils étaient ses partisans, et alors il ne pouvait pas les punir de toute façon. Il les a donc traités d’une manière tout à fait différente que les siens, et certains d’entre eux se sont laissés prendre au jeu et ont été vraiment influencés par cela ; et je pense qu’un certain nombre de personnes sont sorties en disant : « Eh bien, c’est un homme tout à fait raisonnable. »

Sur la façon dont la Guerre froide a affecté le programme intérieur de Staline

George Kennan : Staline a estimé que pour obtenir le soutien de l’opinion publique pour les choses qu’il faisait – qui étaient des politiques très dures – il devait convaincre un grand nombre de personnes, le peuple et les membres du parti, que la Russie était confrontée à une conspiration de la part des grandes puissances capitalistes : en particulier l’Angleterre, mais aussi l’Allemagne.

Qu’ils étaient confrontés aux efforts de ces gens pour saper le gouvernement soviétique par l’espionnage, en essayant de paralyser l’industrie russe par le sabotage, des choses de ce genre. Il n’y avait aucune vérité dans tout cela, mais il s’en fichait : il voyait la sécurité de son propre régime être mise en danger s’il ne pouvait pas faire croire aux gens que la Russie était un pays menacé.

Il a donc mené ces différents procès : le procès Shakhty, le procès des ingénieurs allemands, celui dans lequel les Britanniques sont apparus comme un danger. Et en faisant cela, il sacrifiait délibérément, dans une certaine mesure, la possibilité d’avoir de bonnes relations avec ces pays, parce qu’ils étaient furieux à ce sujet. Cela n’était pas compatible avec l’idée de relations diplomatiques acceptables.

Sur les procès de purge soviétique de 1937

George Kennan : Je n’ai assisté qu’à un seul des trois procès. J’ai réalisé, après avoir assisté à celui-ci et après avoir examiné le compte-rendu des trois procès, que Staline avait essayé… de se débarrasser des personnes de son propre mouvement qui, selon lui, s’opposaient secrètement à lui.

J’avais suffisamment d’expérience en Russie pour savoir ce qui avait dû arriver à ces hommes [lors des procès de purge] qui ont été placés sur le banc des accusés. Je pouvais les voir là, avec leurs visages pâles, leurs lèvres qui s’agitaient, leurs yeux évasifs. C’étaient les visages d’hommes qui avaient été, sinon torturés, du moins terrifiés à bien des égards, et souvent par des menaces de s’en prendre à leur famille s’ils n’avouaient pas. Mais ils avaient vécu l’enfer, et ils savaient que ce serait probablement leurs dernières heures. C’était le cas : les mêmes hommes que nous avons vus là-haut, quand l’obscurité est tombée, ils n’étaient plus de ce monde.

C’était un spectacle terrible. Pour tous ceux d’entre nous qui connaissaient la Russie, nous savions que c’était un événement entièrement truqué. Ce n’était pas le procès. Le procès s’était déroulé en coulisses, dans les cercles du parti et de la police, bien avant que ces personnes n’apparaissent à la barre. Il est regrettable que les autres conseillers étrangers présents sur place – les visiteurs étrangers qui ont été invités à ce procès – n’aient pas tous compris cela.

Sur le glissement soviétique vers la terreur stalinienne

George Kennan : Ce n’était pas seulement le meurtre [du Kirov] ; le meurtre était une réponse à quelque chose qui s’est produit, je crois, lors du rassemblement du parti qui a eu lieu à la fin de l’été 1934, je crois, et au cours duquel Staline a réalisé qu’il y avait une réelle chance qu’il soit évincé du pouvoir par le Comité central.

Et lui, en brillant tacticien qu’il était, s’est attaqué à la situation bille en tête, lorsqu’il a réalisé ce qui se passait et leur a dit en fait : « Bien sûr, vous savez qu’il y a des gens qui pensent qu’il est temps que je parte. Et si c’est là le point de vue de cette assemblée, eh bien, je serais heureux de l’envisager. »

Résultat, il a semé la terreur chez tous ces gens parce que chacun d’entre eux a réalisé que si lui seul se levait et disait : « Je pense que nous devrions prendre Staline au mot et le laisser partir » et que les autres ne le soutenaient pas, cela signifierait que c’est sa tête qui tomberait. Voilà comment Staline s’en est sorti, mais il ne s’est pas remis du choc.

Sur la politique américaine concernant l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale

George Kennan : Ces années ont été pour moi une source de tension presque tout au long du processus, car j’ai vu notre gouvernement faire concession après concession au gouvernement soviétique pour des raisons de guerre, en grande partie parce que les militaires disaient : « Eh bien, nous nous en fichons, promettez-leur n’importe quoi, faites tout ce que vous pouvez pour leur plaire… » Les militaires craignaient que Staline ne passe un accord séparé avec Hitler. Je ne pense pas que c’était une crainte très réaliste et je n’avais pas du tout cette [opinion].

Mais en tout cas, en obéissant à cette injonction, nous nous sommes comportés d’une manière que je croyais indigne et ingrate envers Staline et envers toute la bureaucratie soviétique.

Dans son célèbre « long télégramme », il mettait en garde contre l’intransigeance soviétique :

Washington [m’avait] demandé : « Comment expliquez-vous la motivation du gouvernement soviétique ici ? » Eh bien, je devais alors retourner à la première page et essayer de leur dire des choses que je pensais qu’ils avaient oubliées pendant la guerre. Tout cela est lié à la question de savoir si c’était le même groupe de personnes qui avait traité avec Hitler, qui avait essayé de traiter avec Hitler à nos dépens, et qui n’avait jamais changé d’avis sur nous.

J’ai parfois été surpris et choqué par l’enthousiasme avec lequel ce télégramme a été reçu et les choses que j’avais à dire en général – et pas seulement dans le télégramme – ont été reçues à Washington. Et je me rends compte qu’il y avait là un réel danger. Je suis désolé de ne pas avoir insisté davantage dans le télégramme sur le fait que cela ne signifiait pas que nous devions faire la guerre à la Russie, mais que nous devions trouver un moyen de traiter avec eux qui soit tout à fait différent de ce qui s’était passé.

Sur la possibilité de traiter ou non avec Staline

George Kennan : Nous en savons aujourd’hui, bien sûr, beaucoup plus que ce que nous savions à l’époque sur Staline, et nous savons maintenant à quel point il était sur la défensive. C’était un homme très prudent, et l’un des grands points de désaccord, je pense, entre moi-même et toute la droite américaine et la partie militariste de notre spectre politique, concernait ce fait, car ils le considéraient comme déterminé à l’agression militaire.

Je pense qu’il s’agit d’une erreur politique très grave et inexcusable, d’une erreur de réflexion de la part des membres de notre gouvernement. Grâce à Dieu, à l’époque, la Russie était un pays en ruine, dont la moitié environ avait été détruite par les Allemands ; tout – les bâtiments, les chemins de fer, les autoroutes, tout. Ils n’étaient pas en mesure de mener une nouvelle guerre, et ils ne le voulaient pas. Et les gens n’ont jamais réalisé que Staline était un homme assez intelligent pour savoir que le simple fait d’occuper un territoire n’était pas la fin de votre problème : ce n’était que le début, qu’il fallait envisager le long terme.

Je me souviens qu’un de nos généraux m’a dit juste après la guerre : « Eh bien, vous devez comprendre que nous sommes si faibles que les Russes pourraient marcher jusqu’à la Manche en cinq ou six jours. » Et [il] pensait que les Russes voulaient le faire. Staline ne voulait pas faire ça. Il savait que cela mettrait 40 millions d’Allemands supplémentaires sous son autorité, [et] il n’avait pas les personnes pour s’occuper des tâches administratives que cela impliquerait.

Sur les raisons pour lesquelles les États-Unis ont considéré l’Union soviétique comme un ennemi après la Seconde Guerre mondiale

George Kennan : Nous nous étions habitués, par notre expérience de la guerre, à avoir un grand ennemi devant nous qui devait être considéré comme capable et désireux de faire tout ce qui était mauvais et néfaste pour nous. Et comme notre attention s’est alors déplacée de l’Allemagne de Hitler vers ce qui était maintenant l’autre grande puissance militaire en Europe, nous avons commencé à rattacher ce genre de points de vue extrémistes à la Russie également.

Nous aimons avoir nos ennemis au singulier, nos amis, si vous voulez, multiples. Mais l’ennemi doit toujours être un monstre ; il doit toujours nous souhaiter les choses les plus terribles – que cela ait un sens de son point de vue ou non. […] Porter les extrémismes du temps de guerre dans une période qui était théoriquement une période de paix… est l’une des grandes causes fondamentales de la Guerre froide.

Sur la fin de la Guerre froide

George Kennan : Je pense que les forces historiques constituaient une plus grande composante à la fin de la Guerre froide que les actions de n’importe quel individu. Mais si vous devez trouver deux individus qui ont grandement contribué à cela, je mettrais tout d’abord en tête Gorbatchev… mais aussi Ronald Reagan, qui, à sa manière inimitable, n’était probablement même pas tout à fait conscient de ce qu’il faisait vraiment ! Il a fait ce que peu d’autres personnes auraient pu faire pour sortir de cette impasse.

Sur la question de savoir s’il se sent satisfait du succès de la politique d’isolement, dont il a été l’un des principaux acteurs

George Kennan : Oui, je le suis, parce que si l’alternative était d’avoir une grande conflagration militaire, je ne voyais pas l’intérêt d’en sortir. Peu importe qui se considérait comme le vainqueur. Vous devez vous rappeler ma conception de la guerre : que tout le monde devient une puissance vaincue avec la guerre moderne, avec des armes modernes. Je n’en sais pas plus à ce sujet. Mes idées sur l’isolement ont bien sûr été déformées par les gens qui l’ont compris et l’ont poursuivi exclusivement comme un concept militaire ; et je pense que cela, comme toute autre cause, a conduit aux 40 ans de processus inutile, terriblement coûteux et perturbant de la Guerre froide.

Source : Johndclare.net

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Commentaire recommandé

antoniob // 29.03.2021 à 09h05

Ca ne colle pas: l’URSS a été sous pression constante depuis sa fondation et l’Allemagne hitlérienne a été vue au début comme un fer de lance contre le communisme. Staline était un tyran oriental mais bien doublé d’un communiste convaincu. Le support tacite des Etats-Unis à Franco illustre l’obsession anti-communiste anti-socialiste tous azimuths et notamment anti-soviétique. Kennan interprète l’Histoire à travers un gros prisme.

10 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 29.03.2021 à 07h48

    « un document qui a sonné l’alarme sur l’expansionnisme soviétique  »

    Classique: toujours accuser les autres de ses propres crimes.

    « Et comme notre attention s’est alors déplacée de l’Allemagne de Hitler  »

    Toujours se rappeler qu’Hitler n’aurait jamais pu entrer en guerre et commencer par attaquer la Pologne sans le soutien capital de plusieurs compagnies yankees.

     » car ils le (Staline) considéraient comme déterminé à l’agression militaire. »

    D’où la propagande démentielle actuelle contre Poutine.

    « Grâce à Dieu, à l’époque, la Russie était un pays en ruine, dont la moitié environ avait été détruite par les Allemands ; tout – les bâtiments, les chemins de fer, les autoroutes, tout. »

    « Grâce à Dieu »? Non, grâce à Ford, Standard Oil, Jeb Bush et plusieurs autres… Et il n’y avait pas que l’URSS qui était en ruines, ce qui arrangeait fort bien les USA.

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  • Avunimes // 29.03.2021 à 08h59

    N’importe quel diplomate en poste à Moscou a dû remarquer que la Russie était un champs de ruine depuis la guerre de 1914 renforcée par celles menées par les États créanciers, puis doublement en ruine après l’agression des forces européennes « en marche contre le bolchevisme » sous commandement allemand en 1940. La paranoïa de Staline peut donc paraître parfaitement légitime et le texte de Kennan, bien que très diplomatiquement correcte, n’en est pas moins une falsification rhétorique de l’histoire sur la volonté des puissances occidentales de mettre la main sur les ressources russes.

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  • antoniob // 29.03.2021 à 09h05

    Ca ne colle pas: l’URSS a été sous pression constante depuis sa fondation et l’Allemagne hitlérienne a été vue au début comme un fer de lance contre le communisme. Staline était un tyran oriental mais bien doublé d’un communiste convaincu. Le support tacite des Etats-Unis à Franco illustre l’obsession anti-communiste anti-socialiste tous azimuths et notamment anti-soviétique. Kennan interprète l’Histoire à travers un gros prisme.

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    • Incognitototo // 29.03.2021 à 13h53

      Staline un communiste convaincu ? À moins qu’il ne pensât incarner à lui tout seul la dictature du prolétariat, c’était surtout un dictateur omnipotent convaincu…

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      • Phil // 29.03.2021 à 14h39

        Si vous savez lire l’anglais voici un article tres bien documenté qui pourrait, si vous avez le courage de l’étudier, remettre en cause votre opinion qui n’est qu’un héritage de la guerre froide

        Staline et la lutte pour la réforme démocratique (1ere partie)

        « The democratic aspects of the Constitution were inserted at the express insistence of Joseph Stalin. Together with his closest supporters in the Politburo of the Bolshevik Party Stalin fought tenaciously to keep these provisions. (Getty, « State ») He, and they, yielded only when confronted by the complete refusal by the Party’s Central Committee, and by the panic surrounding the discovery of serious conspiracies, in collaboration with Japanese and German fascism, to overthrow the Soviet government. »

        https://ojs.library.ubc.ca/index.php/clogic/article/view/191861/188830

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        • Incognitototo // 29.03.2021 à 19h52

          Il n’y a que les faits et les résultats des faits qui comptent… peu importe ses intentions, c’est ce qu’il a fait et les résultats qui resteront…
          D’ailleurs si vous lisez la constitution soviétique (à l’époque où l’URSS existait encore), vous n’y trouverez rien de particulièrement « choquant » pour un démocrate ; alors que dans les faits c’était bien la dictature d’un seul.

          Par certains aspects, tous les dictateurs ont d’ailleurs eu des intentions « entendables », certains étaient même « humains », ils aimaient les enfants et les chiens… 🙁

          Cette dichotomie n’est d’ailleurs pas propre aux dictatures… Regardez, nous, sur le papier nous sommes en démocratie et dans les faits, nous savons bien que ce n’est pas le cas.

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  • Incognitototo // 29.03.2021 à 13h51

    Toutes ces croyances sur ce que l’on pense que l’autre incarne sont des « jeux psychologiques » projectifs (aussi appelés rackets). L’analyse transactionnelle identifie le principal comme celui du « triangle dramatique » (ou triangle de Karpman), et en psychologie sociale cela s’appelle la stratégie du bouc émissaire ; les pervers adorent…

    On voit bien que pour les USA depuis 1945, plus que pour d’autres pays, cette Nation ne fonctionne plus qu’ainsi : Fidel = mal ; Pinochet = bien ; Ben Laden = bien ; Ben Laden = mal ; communisme = mal ; mais communisme ou n’importe quel dictateur avec lequel commercer = bien, et cetera, et cetera…
    Bref, si on analyse successivement quels ont été les ennemis des USA au-delà des discours, nous serions bien en peine d’y trouver une quelconque rationalité morale, idéologique ou politique… à part celle du commerce et encore…

    Quand le plus grand nombre voudra bien admettre que la politique est tout autant que nos vies, le théâtre de nos problèmes inconscients, l’humanité aura fait un grand pas.

      +9

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    • utopiste // 01.04.2021 à 16h14

      Le contrôle des ressources et l’hégémonie du Dollar.

        +1

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  • Jérôme // 29.03.2021 à 23h42

    Magnifique rideau de fumée. On n’est pas obligé de prendre George Kennan au premier degré. De la même manière que Gorbatchev n’était pas obligé de croire Bush senior sur parole quand il a pris l’engagement de ne pas étendre l’OTAN en Europe de l’est.

    L’idéologie c’est du flanc, des contes de fées pour crédules. Le seul déterminant de la diplomatie de grandes puissances a peu près rationnelles c’est la géographie et plus largement leur géopolitique et leurs intérêts. La preuve c’est que cette politique existait avant la révolution bolchévique et a continué après la chute du communisme soviétique.

    Entre 1917 et 1945, les USA ont progressivement pris le relais du Royaume-Uni comme hégémon de l’empire anglo-saxon occidental. Et leur but c’est de diviser pour régner. Tout au long du 19ème siècle, l’empire anglo-saxon a essayé de contenir puis d’affaiblir la Russie. Après la 1ère guerre mondiale la essayé de lancer l’Allemagne contre l’URSS pour affaiblir les deux.

    En 1945, il a mis sous tutelle l’Europe de l’Ouest et concédé à l’URSS dévastée un glacis défensif en Europe de l’Est après avoir échoué à lui faire accepter de se soumettre.

    Mackinder, le heartland et compagnie, c’est la même histoire depuis plusieurs siècles.

    La guerre froide sert à maintenir l’Europe comme le principal vassal des USA, qui lui permet de continuer de boxer en position avantageuse contre la Chine. Brzezinski l’a écrit on ne peut plus clairement dans son livre Le grand échiquier.

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  • moshedayan // 30.03.2021 à 17h48

    Même si je ne suis pas d’accord avec toutes les tendances de ce site, je remercie son créateur pour ce texte, car il replace parfaitement le problème de la Guerre froide avec tout ce que j’étudiais à Paris, Bratislava et Moscou… le passage essentiel est celui-ci – « Je pense qu’il s’agit d’une erreur politique très grave et inexcusable, d’une erreur de réflexion de la part des membres de notre gouvernement. Grâce à Dieu, à l’époque, la Russie était un pays en ruine, dont la moitié environ avait été détruite par les Allemands ; tout – les bâtiments, les chemins de fer, les autoroutes, tout. Ils n’étaient pas en mesure de mener une nouvelle guerre, et ils ne le voulaient pas.  » C’est Georges Kennan qui parle mais c’est aussi la plupart des « instances occidentales » qui parlent ici…Georges Kennan est l’archétype de l’occidental falot en apparence – il s’amusait de voir sa petite famille surtout sa fille profitait des largesses et mondanités de la « nomenklatura » stalinienne, rencontres et spectacles au Bolshoï… tout en rédigeant des notes acides sur ce pays qu’il maudissait discrètement et sa réflexion n’avait qu’un seul but – comment assurer l’hégémonie économique des Etats-Unis. Dès les années 30, il s’était intéressé aux ressources énergétiques de l’URSS et d’autres régions et ses rapports co-signés avaient clairement établis que la mainmise sur le Moyen-orient était tâche plus facile que sur « les Soviets ». Kennan était un « obsédé » de la supériorité américaine…je le dis.

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