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14.décembre.202014.12.2020 // Les Crises

En dix ans, de 1939 à 1949, Industriels et Financiers ont détruit le pouvoir syndical

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Par Jacques-Marie Bourget

À notre époque, celle de l’à peu près et du mélange de mensonges qui fait vérité, il semble un peu ridicule et vieux monde de parler des dictionnaires. Pourtant, les livres d’Annie Lacroix-Riz sont comme des dicos, des bouquins qu’il faut avoir sur l’étagère, car ils recèlent la grammaire de l’Histoire. Dans le passé, un Petit Larousse Illustré était le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un tout juste titulaire du Certificat d’Etudes Primaire. L’impétrant en avait pour la vie, avec en plus des pages roses en latin.

Des livres, comme ceux de cette historienne de combat, il faut donc les avoir à portée de main. Vous lisez quelque part – ou vous entendez dire – que les luttes ouvrières auraient subi « une déconfiture », alors vous plongez dans « Scissions Syndicales, Réformisme et Impérialismes Dominants », le dernier opus de Lacroix-Riz sorti chez Delga, et vous découvrez, archives à l’appui, ce que signifie « le travail d’historien ».

Septembre 1895 – Création de la Confédération Générale du Travail (CGT)

La faiblesse du titre n’enlève rien à la force du contenu : le capitalisme des années 1940, avec en premier de cordée celui d’Amérique, a écrasé le mouvement syndical en Europe. Les coupables sont en nombre et figurent dans l’index des noms, à la fin de l’ouvrage.

De 1939 à 1949, ces derniers ont trahi la République et ont participé à nous conduire au déclin, à la montée de la misère et aux profits toujours plus grands. Page après page, on découvre la pathétique description de la victoire de l’argent contre la sueur ouvrière.

L’histoire des syndicats est une suite de querelles parfois violentes, qui remonte bien avant leur légalisation en 1884, avec la lutte idéologique entre Marx et Proudhon.

Au début du XXe siècle, le mouvement ouvrier se cristallise autour de la CGT, non exempte de guerres internes. Et l’unité de façade est en mauvaise passe avant 1914, ce dont témoignent les déchirements du congrès d’Amiens en 1906, où les « guesdistes » (officiellement marxistes) et les antimarxistes s’écharpent. L’entrée en guerre qui a été approuvée par la majorité conduite par Léon Jouhaux, tue ce semblant « d’agir ensemble. »

1er mai 1906 – Devant la Bourse du Travail à Paris pour la journée de 8 heures de travail

Avec la boucherie puis la révolution soviétique, la rupture est consommée entre « réformistes » et « révolutionnaires ». En 1921, par une manipulation rarement observée, Jouhaux parvient à virer les « unitaires » alors qu’ils sont en marche pour conquérir la majorité au sein de la CGT. Une manœuvre réussie avec l’aide du patronat et de l’État français, mais aussi de la Fédération syndicale internationale d’Amsterdam, contrôlée par ses amis américains.

Léon Jouhaux – Secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947

Pulvériser une CGT, même blessée mais toujours peuplée de communistes et qui demeure le principal syndicat, reste l’objectif de la haine patronale. Surtout qu’en Allemagne avec le National-Socialisme et qu’en Italie avec le Fascisme, on observe des contre-exemples où le « bonheur ouvrier » passe par l’ordre militaro-capitaliste et non par l’hérésie rouge et syndicale.

En Europe, le capitalisme sans frontière engage une guerre totale contre toute organisation syndicale capable d’être un contre-pouvoir. Pour les industriels et financiers allemands, américains aussi, il y a urgence à écraser les salaires, à durcir les conditions de production.

Pour abattre la résistance ouvrière, on va la diviser, c’est le modèle français. Le plus souvent par la corruption de quelques leaders. La propagande promue par le nationalisme européen est si bien ajustée que même les nazis s’y mettent.

Certes le capitaliste allemand est satisfait si l’ouvrier français est ligoté, mais il fait mieux. Ainsi, des missionnaires nazis vont réussir à convaincre une partie du prolétariat français aux vertus du « pacifisme ». En réalité Hitler, dont on connait « l’appétit » pour la paix, demande aux ouvriers de lui tenir la porte ouverte pour l’invasion de demain. L’opération a bien marché et a commis de gros dégâts. Récompensés, des syndicalistes se retrouvent fonctionnaires de Vichy.

Sachant qu’après juin 1941 et l’engagement de l’Union Soviétique dans la guerre, Hitler allait perdre la guerre, les États-Unis ne cessent en tous domaines de préparer notre avenir d’Européens.

Dès 1944 et la Libération, Washington est dans les plots de départ afin de détruire toute renaissance d’unité syndicale. Une gigantesque corruption du syndicalisme « modéré » va assurer la victoire, celui du coin glissé afin de fendre le bloc. Une entreprise conduite à bien grâce aux dollars du Plan Marshall. La même potion est infligée aux syndicalismes britannique et allemand.

Le chemin est sans épines puisque la rapide et opportune naissance de la « guerre froide » va faire argument. Les apôtres du libéralisme disent aux ouvriers : « vous n’êtes pas des syndiqués mais simplement des otages du Parti Communiste ». Avoir une carte de la CGT, c’est « voter Staline », un slogan forgé par les relais des services américains.

C’est bien sûr la SFIO qui a tendu la main au patronat. Un lobby qui a démontré sa « sagesse » et son « goût de la paix » en préférant Hitler au Front Populaire… Tractions de grosses ficelles du type IVe République, puissants financements, promesses de postes flatteurs : l’unité syndicale éclate.

En 1947 et sous une pluie de dollars nait « Force Ouvrière », un syndicat « apolitique et raisonnable ». Léon Jouhaux, le traître qui a conduit « sa » CGT à l’abattoir, a réussi l’affaire de sa vie. En 1951, il est même récompensé du Prix Nobel de la Paix.

19 décembre 1947 – Scission CGT-FO

Le capitalisme a gagné une bataille qui va le conduire à gagner la guerre. Il suffit de regarder le champ sans combat d’aujourd’hui, où les responsables syndicaux se retrouvent « convoqués » à l’Élysée comme la cinquième roue du carrosse…

L’ouvrage d’Annie Lacroix-Riz s’intéresse tout particulièrement à la période 1939-1949, une période essentielle pour le mouvement ouvrier. A la lecture, les bassesses et les trahisons se multiplient, celles du « courant munichois » de la CGT.

A sa tête déjà avant-guerre, on trouve un certain Léon Jouhaux, anti-communiste compulsif et « pacifiste » frénétique (contrairement à 1914 où il fut si « patriote » !). Prudent, il délègue à son coadjuteur, René Belin, la charge de structurer un pan de la CGT, une sorte de CGT-bis, capable de brandir bientôt le drapeau de la collaboration.

René Belin – secrétaire général adjoint de la CGT à partir de 1933

Pour exprimer sa doctrine, il ne manque pas de moyens et parvient à imprimer sans problème l’hebdomadaire « Syndicats » décrivant une forme de paix allemande. Originaire de la classe ouvrière, Belin profitera le « l’ascenseur social » de Vichy en devenant ministre du Travail et de la Production nationale de Pétain. Il signera également les lois anti-juives du 3 octobre 1940, et décèdera dans son lit, gracié en 1949.

Dans le premier chapitre de son livre, Annie Lacroix-Riz se livre à une réflexion sur « L’étrange défaite », l’ouvrage fondamental de l’historien Marc Bloch qui, dès 1940, avant d’être exécuté en 1944, a le courage de dresser le bilan du fiasco français de 1939.

Au tableau du déshonneur, Bloch cloue en première ligne les militaires. Lui-même mobilisé, il a vécu à bout portant les épisodes accablants de la « drôle de guerre » où il a pu mesurer l’inanité du commandement. Bloch fustige aussi une droite qui a refusé de « s’informer sur le monde », « la haute bourgeoisie appuyée par la finance et la presse », considérant donc Hitler comme un bienfait ou un moindre mal.

La gauche n’est pas épargnée puisque Bloch stigmatise les ouvriers « trop bien payés et pas assez mobilisés dans l’effort de guerre ». Pour Lacroix-Riz, ce dernier propos de l’intellectuel « est injuste » : le « sabotage » qu’il dénonce « est essentiellement le fait de ceux-là qui, à l’intérieur de la CGT, avaient choisi Hitler ».

C’est un Marc Bloch faussement étonné qui avait écrit : « Les chefs des principaux syndicats qui comptaient parmi les puissances de la République se sont, en une alliance étrange, rencontrés sur les routes de la capitulation avec les ennemis de leur classe et de leurs idéaux ».

La guerre terminée, toute l’équipe dirigeante de la CGT, celle regroupée derrière le journal « Syndicats », est recyclée par le patronat. « Plus jamais ça », l’objectif est de poursuivre la lutte « contre l’hydre marxiste ».

Reste qu’amputée de ses « renégats », la CGT, celle qui a refusé Vichy, va fournir un glorieux contingent à la Résistance. Parmi les 27 fusillés de Châteaubriant, on compte sept secrétaires de Fédérations de la Confédération : Désiré Granet, Jean Grandel, Charles Michaels, Jean Poulmarc’h, Henri Pourchasse, Jean-Pierre Timbaud et Jules Vercruysse. Et les autres, sans carte de la CGT en poche, étaient des communistes.

Le groupe de 27 otages (sur 48) qui seront fusillés le 22 octobre 1941 – parmi eux, Guy Môquet, jeune communiste de 17 ans (debout, le cinquième à droite).

Pourtant, en 1945, toutes ces vies perdues ne pèsent rien au moment de laisser place à un nouveau pouvoir syndical. Le bruit des dollars couvre les échos du peloton d’exécution, nous démontrant qu’une bonne guerre n’est jamais mauvaise pour le capitalisme…

Annie Lacroix-Riz, « Scissions syndicales, Réformisme et Impérialismes Dominants 1939-1949 », éditions Delga

 

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RGT // 14.12.2020 à 10h51

Le coup de poignard final dans le dos du syndicalisme a été donné quand le statut de « partenaires sociaux » a été défini, permettant de déverser des tombereaux de monnaie provenant de l’état (sous la « bienveillance » du patronat) dans les caisses des syndicats croupions qui n’avaient plus alors à continuer de se battre pour assurer leur propre subsistance en allant quémander des cotisations à ceux qu’ils étaient censés défendre.

Plus d’adhérents, plus de problème.

Ensuite, ce n’est plus que des effets de manches pour tenter de gagner la course à la « popularité » afin de grappiller un peu plus de subsides de l’état (payés par nos impôts et non pas par ceux qui tirent les ficelles).

Que ce soit Farce Ouvrière, la CFDF, la CFTC (ils sont encore vivants ?), la CGC et même la CGT (après l’effondrement du communisme il fallait bien survivre) tous ces « syndicats » n’ont plus qu’une seule vocation : Permettre à leurs dirigeants adoubés par le MEDEF de vivre grassement sans trop se fatiguer.

Leurs seules actions désormais consiste à torpiller les révoltes de la base et de faire partir ces manifs et grèves en eau de boudin.

Les seuls qui tentent de réellement défendre les intérêts de leurs adhérents sont désormais les syndicats qui ont une structure anarcho-syndicaliste, avec une base qui décide, une structure totalement horizontale et qui refusent de se compromettre avec les « élites » (et qui, n’étant pas « partenaires » ne reçoivent pas les deniers de la honte).

Vous voulez être défendus par de VRAIS syndicats ?
Quittez ces « partenaires sociaux » corrompus jusqu’à la moelle et adhérez massivement aux seuls syndicats réellement libres encore existants : SUD, la CNT ou la CNT-AIT (le plus petit mais mon préféré).
Les autres ne sont que des fumisteries.

Et si vous êtes propriétaires de votre propre entreprise, fuyez le MEDEF qui ne défend que les intérêts du caca-rente et vous plante à chaque occasion un couteau dans le dos.
Adhérez aux trois syndicats que j’ai nommé, ils défendront réellement vos intérêts même si au premier abord ils sont vos « ennemis ».

32 réactions et commentaires

  • calal // 14.12.2020 à 07h51

    « Ainsi, des missionnaires nazis vont réussir à convaincre une partie du prolétariat français aux vertus du « pacifisme ». En réalité Hitler, dont on connait « l’appétit » pour la paix, demande aux ouvriers de lui tenir la porte ouverte pour l’invasion de demain. L’opération a bien marché et a commis de gros dégâts. Récompensés, des syndicalistes se retrouvent fonctionnaires de Vichy. »
    L’interpretation de ces eventuels faits me laisse pantois.

    waouh cela differe vraiment de « c’est les patrons qui pensaient que hitler allait reduire le danger communiste en france et qui ont trahi et laisser la france se faire envahir sans rien faire ».

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    • jojopq // 14.12.2020 à 08h30

      Non, c’est exactement la même chose.
      Toutes les stratégies sont bonnes pour faire tomber l’ennemi communiste – ou toute idée politique qui remettrait en cause la domination par l’élite. Les moyens du patronat et de l’Etat (gouverné ou à la main de la classe dominante) sont quasi infinis, et sachant que tous les hommes ne sont pas infaillibles…
      Le fait qu’on ne puisse plus s’interroger aujourd’hui sur le communisme (celui qui y distingue des bienfaits est considéré comme un monstre stalinien, au mieux un idiot) montre bien combien cette entreprise a porté ses fruits.

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      • X // 14.12.2020 à 10h19

        Oui effectivement ça revient au même… N’empêche que ça commence à faire du monde qui « a tenu la porte à Hitler ». D’autant que certains autres s’en tenaient aussi à un strict pacifisme « de classe » pour cause de pacte germano-soviétique…

        Plus proche de nous, j’ai entendu Luc Ferry ce matin sur Radio Classique louer la discipline des Allemands qui eux au moins « écoutent leur chancelière » sur les questions de Coronavirus, contrairement aux Français qui sont toujours à critiquer le gouvernement (c’est ce qu’il a dit presque mot pour mot).
        On prend les mêmes et on recommence…
        NB: Ferry doit commencer a perdre la mémoire, parce que cet été les Allemands étaient très actifs dans les mouvements anti-masque

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        • Alfred // 14.12.2020 à 10h37

          « Oui effectivement ça revient au même… N’empêche que ça commence à faire du monde qui « a tenu la porte à Hitler ». »
          Effectivement ça commence à faire du monde qui a tenu la porte. Si on transpose ici et maintenant aux nouvelles menaces en parties liées au réchauffement démographique mais qui restent taboues ça commence à faire du monde qui tient la porte et ça finira de même.

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        • ALR // 14.12.2020 à 14h15

          « D’autant que certains autres s’en tenaient aussi à un strict pacifisme « de classe » pour cause de pacte germano-soviétique…’ »
          Cette légende inoxydable, comme beaucoup d’autres qui prospèrent à la faveur de l’effondrement de l’Histoire en France (aussi catastrophique que celui de l’enseignement mathématique de notre jeunesse), ne correspond en rien aux faits établis par les sources :
          merci de vous reporter à celles-ci, mentionnées avec les précisions nécessaires dans les ouvrages, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Les élites françaises, 1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine, La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950 (tous parus chez Armand Colin à des dates diverses entre 2006 et 2019), et l’objet de la présente recension, Scissions syndicales, réformisme et impérialismes dominants (chapitre 1) ainsi que dans l’article https://www.historiographie.info/Le%20pcfentreassautetmeaculpav2.pdf

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  • fox23 // 14.12.2020 à 09h58

    Aujourd’hui, CGT toujours en tête, ils ne représentent plus qu’eux mêmes, expliquant les attaques actuelles contre les derniers avantages gagnés à la Libération.
    CGT que j’ai connu en 68 avec 1 300 000 adhérents est aujourd’hui en-dessous de 100 000. 13 millions de rentrées de cotisations par an pour plus de 40 millions de charges, obligeant à vivre en mendiant la « charité » gouvernementale et donc à ne pas faire trop de vagues !
    Les salariés ont aussi une lourde responsabilité dans cette situation…

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    • Gévaudan // 14.12.2020 à 11h47

      Et notamment de la charité de la Confédération européenne des syndicats… ce qui explique beaucoup de mises en bémol !

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    • Xuan // 14.12.2020 à 23h19

      De l’eau a coulé sous les ponts entre temps.
      Après 68 les ateliers étaient chauds bouillants. La CFDT un temps contestataire, parfois plus radicale que la CGT, s’est débarrassée des plus remuants, puis est revenue dans le sillon de la collaboration tracé par sa génitrice CFTC, dans le but de donner à la social-démocratie une assise syndicale.
      La CGT a soutenu le cagoulard Mitterrand puis s’est trouvée paralysée pour ne pas « faire le jeu de la droite ». L’échec renouvelé d’une gauche électorale a écarté nombre de ceux qui y croyaient et qui fondaient leur action syndicale sur un débouché gouvernemental, déléguant leur action au premier tribun « social » qui se présentait.
      Les plans de licenciement et la désindustrialisation à grande échelle ont brisé des actions résolues pendant les années Reagan-Thatcher-Mitterrand.
      Parallèlement le Parti Communiste a déserté les cellules d’entreprise. Il semblait que la classe ouvrière, délocalisée, externalisée et au chômage n’était plus une classe d’avenir.
      Mais la lutte des classes n’est pas terminée, les classes sont toujours là et de plus en plus opposées.

        +10

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      • Garibaldi2 // 15.12.2020 à 10h25

        La CGT est ce qu’en font ses adhérents. Pour les autres, ils pensent que c’est un prestataire de services dont ils vont solliciter l’intervention, se souvenant de son existence le jour où tombe le plan social! Si les salariés n’ont plus la conscience qu’ils ne sont que des prolétaires, même en étant propriétaires, à crédit, de leur logement, il adviendra ce qu’il doit advenir car on ne sauve pas les gens contre eux-mêmes.

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        • Recits d’Yves // 15.12.2020 à 13h22

          Les salariés ne se considèrent plus comme prolétaires depuis que le capitalisme leur a donné accès la consommation dont les maules ouverts le dimanche ont remplacé les églises.

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    • LeMauvais // 19.12.2020 à 14h02

      Fox23, cela fait trop longtemps que vous avez décroché visiblement. La CGT, c’est encore 650 000 adhérents… et non y’a pas de problème d’argent à la CGT et donc pas besoin de se prostituer, il y a par contre un déficit d’engagement (que l’on retrouve dans toute la société – partis, associations) d’un côté et de l’autre un rouleau compresseur de l’état néo libéral pour laminer tous les outils syndicaux. Les deux lois « Travail » (patrie) de Macron nous ont mis une belle claque dans l’indifférence totale de la majorité du salariat. Et comme l’a dit un commentateur, on ne fait pas le bonheur des gens contre eux ou sans eux. Aujourd’hui le salarié, il ferme sa bouche en priant pour que la merde tombe sur son voisin et pas sur lui.

        +2

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    • astap66 // 22.12.2020 à 07h44

      Ils ont été dispersés façon puzzle.
      Finis les grands collectifs de travail. Les salariés des grands groupes font soit partie de l’aristocratie ouvrière et ont oublié d’où viennent leurs avantages sociaux, soit (je pense au nettoyage, à la sécurité…) sont tous dispersés et sans contact les uns avec les autres. Et ceux des sous traitants ne sont pas en mesure de négocier du « grain à moudre » avec leur employeur. Et se font d’ailleurs impitoyablement éliminer, sans soutien des collègues, dès qu’ils sont un peu revendicatifs…

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  • RGT // 14.12.2020 à 10h51

    Le coup de poignard final dans le dos du syndicalisme a été donné quand le statut de « partenaires sociaux » a été défini, permettant de déverser des tombereaux de monnaie provenant de l’état (sous la « bienveillance » du patronat) dans les caisses des syndicats croupions qui n’avaient plus alors à continuer de se battre pour assurer leur propre subsistance en allant quémander des cotisations à ceux qu’ils étaient censés défendre.

    Plus d’adhérents, plus de problème.

    Ensuite, ce n’est plus que des effets de manches pour tenter de gagner la course à la « popularité » afin de grappiller un peu plus de subsides de l’état (payés par nos impôts et non pas par ceux qui tirent les ficelles).

    Que ce soit Farce Ouvrière, la CFDF, la CFTC (ils sont encore vivants ?), la CGC et même la CGT (après l’effondrement du communisme il fallait bien survivre) tous ces « syndicats » n’ont plus qu’une seule vocation : Permettre à leurs dirigeants adoubés par le MEDEF de vivre grassement sans trop se fatiguer.

    Leurs seules actions désormais consiste à torpiller les révoltes de la base et de faire partir ces manifs et grèves en eau de boudin.

    Les seuls qui tentent de réellement défendre les intérêts de leurs adhérents sont désormais les syndicats qui ont une structure anarcho-syndicaliste, avec une base qui décide, une structure totalement horizontale et qui refusent de se compromettre avec les « élites » (et qui, n’étant pas « partenaires » ne reçoivent pas les deniers de la honte).

    Vous voulez être défendus par de VRAIS syndicats ?
    Quittez ces « partenaires sociaux » corrompus jusqu’à la moelle et adhérez massivement aux seuls syndicats réellement libres encore existants : SUD, la CNT ou la CNT-AIT (le plus petit mais mon préféré).
    Les autres ne sont que des fumisteries.

    Et si vous êtes propriétaires de votre propre entreprise, fuyez le MEDEF qui ne défend que les intérêts du caca-rente et vous plante à chaque occasion un couteau dans le dos.
    Adhérez aux trois syndicats que j’ai nommé, ils défendront réellement vos intérêts même si au premier abord ils sont vos « ennemis ».

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    • vert-de-taire // 14.12.2020 à 20h08

      Cette défaite syndicale est UNE des catastrophes françaises en cours.
      Il n’y a plus de contre-pouvoir au capitalisme dévorant, totalitaire.

      Et les dérives actuelles (violences de la macronie qui ne font que renforcer les précédentes) en sont les effets annoncés.

      On retrouve souvent à la CGT des luttes entre la base et la direction…

      Il est particulièrement intéressant de voir ce qui se passe en ce moment où EdF est démantelée,
      une grande source pécuniaire pour la CGT qui va fortement diminuer.
      Et une privatisation des profits versus une budgétisation des déficits du nucléaire.

        +4

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    • JnnT // 14.12.2020 à 23h23

      Attention : un syndicat n’est fort que du nombre de syndiqués et de leur détermination.

      Le problème du syndicalisme en France, c’est juste le VIDE. Un sigle acronymique dont presque personne ne connaît le sens, un siège où ne viennent que quelques habitués, une presse que personne ne lit, des cadres souvent bien informés mais sans illusions et pas de troupes.

      Les syndicats minoritaires sont encore plus faibles. Pas d’espoir de ce côté-là non plus.

      Je n’essaierai pas ici d’expliquer cette situation.

        +7

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      • Foxtf // 15.12.2020 à 08h04

        JnnT a tout résumé sur l’allure de l’impuissance actuelle. Pour en être, et malgré toutes les bonnes volontés présentes, je ne peux que confirmer… hélas.

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        • LeMauvais // 19.12.2020 à 14h04

          le désengagement, le délitement du collectif, la perte d’espérance mais faut pas non plus caricaturer, si le syndicalisme est à la peine, il est loin d’être mort.

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    • LeMauvais // 19.12.2020 à 14h19

      « Quittez ces « partenaires sociaux » corrompus jusqu’à la moelle et adhérez massivement aux seuls syndicats réellement libres encore existants : SUD, la CNT ou la CNT-AIT (le plus petit mais mon préféré). »

      c’est bien gentil mais ces syndicats sont inexistant en dehors d’un engagement de témoignage et participent de l’émiettement syndical ! Si les camarades ou compagnons réfléchissaient deux secondes, ils investiraient tous la cégète… Mais pour mémoire, Sud a été créé par des partants de la CFDT, avant tout anti-rouges…

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    • plouf473 // 21.12.2020 à 16h42

      Analyse hors du temps bien connue, dont la facilité n’élimine pas l’incurie de l’idéologie qui la sous-tend. Par ailleurs la décision collective reste du pipeau dans bien des cas.
      Malgré leurs tares, les grandes organisations restent le minimum pour sauver les meubles et les organisations autres ne bénéficient que de la colère des syndiqués, elles sont capables de s’opposer mais lorsque le peuple manque, le peuple manque.

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  • step // 14.12.2020 à 10h58

    « Par Jacques-Marie Bourget »
    Je pense que l’ouvrage de Mme Lacroix-riz ne tient pas sur une entrée du blog.
    Les conclusions de style romantico-naif dans les revues de presse, c’est plus que courant.

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  • Anto // 14.12.2020 à 17h16

    Merci de donner de la visibilité aux travail d’Annie Lacroix-Riz j’appréciais déjà votre site et cette article me conforte dans mon sentiment.

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  • JnnT // 14.12.2020 à 23h04

    …ça commence à faire du monde qui « a tenu la porte à Hitler ».

    Je connais les livres d’Annie Lacroix-Riz approfondissant les impressions de Marc Bloch. Sa thèse me paraît juste : la défaite de 1940 a été une « guerre civile extérieure » assez analogue à la guerre d’Espagne, gagnée contre le peuple par la classe dirigeante qui voulait porter porter Pétain au pouvoir et abattre la République.

    Cela étant, les comploteurs étaient peu nombreux, même s’ils pouvaient compter sur la sympathie active de beaucoup, tant dans la hiérarchie militaire que dans le premier cercle du pouvoir. Mettre les syndicalistes dans le complot, c’est tout de même excessif. Certains ont collaboré, incontestablement, comme nombre de socialistes et de pacifistes, mais après la défaite. Ils ne l’ont pas préparée.

    En tant que syndicaliste à Force Ouvrière, je peux témoigner de l’exaspération que pouvaient provoquer les militants communistes : seuls ils détenaient la vérité, mais ils condescendaient à donner quelques leçons, en attendant l’occasion de mettre au pas toute dissidence. Le communisme, c’était une police de la pensée absolument insupportable à tout esprit libre. Qu’ils aient suscité le rejet et/ou inspiré la crainte, quoi de plus normal.

    Que TOUS les militants communistes n’aient pas été des apparatchiks bornés, des sortes de maniaques dangereux, j’en suis convaincu. Mais ceux-ci représentaient la norme, les héros généreux l’exception.

    Évidemment Annie Lacroix-Riz ne voit pas cela, alors même que l’actuelle CGT lui a fait quelques misères…

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    • Garibaldi2 // 15.12.2020 à 10h31

      Et c’est un adhérent d’un syndicat fondé avec l’argent de la CIA (Irving Brown) qui vous le dit !

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  • christian gedeon // 15.12.2020 à 09h42

    C’est fou ça ! Être modéré fait partie du jeu. Mais être modéré par principe que nenni. Je réitère que syndicats dits représentatifs ont été les complices actifs de la destruction de l’industrie française lourde et même moins lourde. Après de pseudo combats syndicaux médiatiques histoire d’amuser la galerie et de faire de la résistance Potemkine, ça s’est toujours terminé de la même façon. Faut pas le dire? Ni l’écrire? Eh bien c’est très dommage. Ça ne change rien au faits.

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    • Garibaldi2 // 15.12.2020 à 10h37

      Argument d’autorité qu’il convient de prouver avec des exemples précis. On attend !

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      • Philippe T. // 15.12.2020 à 12h01

        Fin 1996, depuis 1 an nous savons que notre centre de production fermera.
        En gros la moitié du personnel est déjà partie: préretraites et reclassements.
        La CGT, suivie par une petite minorité de salariés qui s’effrite jour après jour, continue à appeler à des débrayages contre la fermeture.
        Les autres syndicats ont négocié au mieux les modalités de reclassement et de licenciements puisqu’hélas il y en aura.
        La CGT appelle à une énième AG du personnel (ce sera la dernière avec quelques dizaines de participants peu motivés) pour exiger le maintien des emplois et du site et des négociations alors que les pelleteuses des démolisseurs ont déjà commencé à casser un 1er bâtiment de production.
        On nomme comment cette attitude: aveuglement, absurde entêtement, perte du sens du réel?
        Et ne me prenez pas pour un anti-CGT, j’ai été un élu de ce syndicat et je suis navré par son état de délabrement.

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        • LeMauvais // 19.12.2020 à 14h05

          problème tactique mais ça répond aux commentaires méprisants de certains qui jugent la CGT complice de la désindustrialisation… faut arrêter de fumer la moquette !

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      • Fernet Branca // 15.12.2020 à 21h11

        Alors là pas de doute, les journées villes mortes se sont succédées . Les journées où tous les commerçants baissent le rideau et où on promène un cercueil tranquillou. J’ai vu ça à Merlebach à la fermeture annoncée des Houillères de Lorraine, et jusqu’à la plantage de 863 croix à Bridgestone Béthune il y a 15 jours.
        J’ai vu aussi les pseudi-manifestations lors de la fermeture de la métallurgie à Valenciennes et bien d’autres,…

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  • Basile // 15.12.2020 à 12h04

    Adhésion à un syndicat obligatoire dans les entreprises!
    Pour des syndicats représentatifs et pluriels!

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  • Fernet Branca // 15.12.2020 à 21h18

    Surprenant que l’article ne parle pas de Jules Moch , le ministre de l’intérieur anticommuniste comme un nazi qui a cassé avec CRS et gardes mobiles toutes les grèves de 1947/1948.
    Celui qui a ré-embauché Maurice Papon pour l’envoyer en Corse dès1945 ( renseignez vous sur ses activités là-bas ) puis au Maroc puis en Algérie
    Et qui dès 1947/1948 avait déjà pas mal de cadavres à sonnactif.
    Il a été suivi par tous les ministres de l’intérieur plus à droite que moi tu meurs, Christian Fouché, Raymond Marcellin, Charles Pasqua, Michel Poniatowski, Christian Bonnet, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Gérald Darmanin.

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    • JM Bourget // 16.12.2020 à 09h17

      L ouvrage d Annie Lacroix Riz parole bien sûr du rôle de Moch, s il a manifesté son influence dans le complot, il n avait un e position de dirigeant de premier plan.

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  • Louis // 17.12.2020 à 18h54

    On peut remonter à plus loin si on considère que la révolution française est la victoire de la bourgeoisie sur l’aristocratie la mort du Roi un fâcheux contretemps. Ainsi le 4 août 1989 l’assemblée constituante vote l’abolition des privilèges et le 14 juin 1791 une loi dite « Le Chapelier » interdit tout groupement professionnel empêchant de fait les syndicats ou autres revendications collectives au nom de la liberté du travail, et de la libre concurrence. Autrement dit un superbe cadeau à la bourgeoisie qui va marquer durement le mouvement ouvrier.
    Rappelons que l’historienne Annie Lacroix-Riz souligne la proximité entre le monde de la bourgeoisie financière et industrielle et les partis Nazi, Fasciste et même Vichyste.
    Il n’y a que la couleur des piquets qui changent..

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