Sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur, les inégalités, je vous propose aujourd’hui la traduction de cet article de Stewart Lansley du 19 mars 2012, traduit pour www.les-crises.fr par Valérie Courteau, que je remercie.

Stewart Lansley est chercheur à l’Université de Bristol et auteur de «The Cost of Inequality : Why Economic Equality is Essential for Recovery », Gibson Square, 2012.

 Au cours des trente dernières années, une part croissante du gâteau économique mondial a été « colonisée » par les pays riches. C’est cette concentration de revenus qui est la véritable cause de la crise actuelle. Elle a créé les conditions du krach de 2008 et maintenant nous conduit dans une ère de crise quasi-permanente.

L’orthodoxie économique des 30 dernières années tient qu’une dose sévère d’inégalité amène les économies à la pleine croissance de façon plus efficace et plus rapide. Comme l’économiste autrichien-américain, Ludwig von Mises, l’un des prophètes de premier plan du capitalisme de marché inégal, l’évalue en 1955: «L’inégalité de la richesse et des revenus est la cause du « bien-être des masses, et non pas la cause de la détresse de quiconque ». C’est le point de vue repris par Sir Keith Joseph, l’un des conseillers les plus écoutés de Mme Thatcher, en 1976. “La recherche de l’égalité des revenus amènera ce pays à devenir un bidonville totalitaire.”

En 1975, un livre influent, “Equality and Efficiency : Le Big Trade-Off”, écrit par le regretté économiste américain Arthur Okun, a fait valoir que trop d’égalité conduit à une moindre richesse économique. Bien qu’il s’agisse d’une théorie qui a pris naissance avec la nouvelle droite, elle arriva à être adoptée dans la plupart de l’échiquier politique, y compris par la direction du New Labour.

La preuve est désormais faite – une expérience de trente années à rendre les économies plus inégales a abouti à un échec. Les économies des États-Unis et du Royaume-Uni – où l’expérience a été plus fortement appliquée, sont devenues beaucoup plus polarisées et plus enclines à la crise. Les deux crises les plus dommageables du siècle dernier – la Grande Dépression des années 1930 et le grand krach de 2008 – ont été toutes deux précédées par une forte augmentation des inégalités. En revanche, la période la plus longue de succès économique et de stabilité – l’ère de la période post-guerre aux années 1970, une période surnommée la «grande mise à niveau » – était celle dans laquelle les produits de la croissance étaient répartis de façon équitable, entre salaires et profits et par catégories de revenus.

La répartition de ce que les économistes appellent “la part des facteurs de production” – la façon dont la production est partagée – a des implications cruciales pour la façon dont les entreprises privées du pays fonctionnent. Comme l’un des pères fondateurs de l’économie classique, David Ricardo, l’a dit en 1821, “Le principal problème en économie politique” est de déterminer comment “le produit de la terre … est réparti entre … le propriétaire de la terre, le propriétaire du stock ou des capitaux nécessaires à sa culture et les ouvriers par qui elle est cultivée “.

Permettre aux salaires de se positionner trop loin derrière la croissance de la production bouleverse les mécanismes naturels nécessaires pour atteindre l’équilibre économique. C’est parce que dissocier les bénéfices de la production siphonne l’économie. Le pouvoir d’achat diminue et les sociétés de consommation perdent leur capacité à consommer.

Au Royaume-Uni aujourd’hui, les salariés ont environ £ 100 milliards de moins dans leurs poches (à peu près l’équivalent du budget de la santé de la nation) que si le gâteau avait été partagé comme il était dans les années 1970. Dans la plus grande économie du monde, les États-Unis la somme s’élève à £ 500 milliards. En revanche, les gagnants du processus de la hausse de la redistribution – les grandes entreprises et les un pour cent du haut du panier- sont assis sur les excédents croissants des entreprises et la flambée des rentes privées. C’est ce déséquilibre qui est la cause réelle de l’absence de redressement.

La concentration des produits de la croissance dans les mains d’une petite élite financière mondiale apporte non seulement une déflation massive, et conduit également à des bulles d’actifs. Selon la théorie pro-inégalité, les excédents croissants des entreprises en plein essor et les richesses personnelles auraient dû déclencher une nouvelle ère d’investissements privés et une hausse plus rapide de croissance. Au lieu de cela, elles ont conduit à une montagne mondiale géante de capital libre de toute attache. Seule une minuscule proportion de cette somme, d’ailleurs en baisse, a fini dans un investissement productif. L’argent versé dans les prises de contrôle, le private equity, et l’ingénierie financière et industrielle est devenu la source de beaucoup des plus grosses fortunes, mais a surtout permis d’extraire la richesse des entreprises existantes.

La principale leçon de ces trente dernières années, c’est qu’un modèle économique qui permet aux plus riches membres de la société d’accumuler une part de plus en plus importante du gâteau crée un mélange dangereux de déflation de la demande, d’appréciation des actifs et un grand resserrement de l’économie productive qui prendra fin dans la tourmente économique prolongée. Un écart grandissant intensifie simplement le cycle économique, ce qui augmente la hauteur des pics, l’approfondissement de l’étendue du crash et prolonge la durée du creux.

Depuis les trente dernières années, nous avons exploité un modèle économique défectueux. Pourtant, il a survécu à la seconde récession la plus profonde de ces 100 dernières années et est resté pratiquement intact. Sortir de l’ère actuelle d’une croissance lente et intermittente et d’instabilité prolongée exige que les grandes concentrations de revenu et de richesse soient détruites – tout comme elles l’ont été dans les années 1930. Au lieu de cela, à travers le monde, le fossé avec les grandes richesses n’a cessé de croître durant la récession.

L’édification d’une société plus égalitaire signifie maintenant un changement fondamental dans notre approche de la gouvernance politique. Il doit y avoir une reconnaissance, plus large, de l’erreur qu’a été la théorie sur l’impact de l’inégalité, et de ses conséquences désastreuses. Un modèle de capitalisme qui ne parvient pas à partager les fruits de la croissance de façon plus équitable n’est pas durable. Le cas classique contre l’écart de revenu croissant, fondé sur la justice sociale et la proportionnalité, doit être étendu aux éléments de preuve de l’impact dommageable des économies les plus polarisées.

Par-dessus tout, la recherche de sociétés plus égalitaires doit être élevée à un objectif principal de la politique économique nationale et mondiale. Ce serait ajouter une nouvelle dimension au débat actuel sur le rôle de l’Etat. Au Royaume-Uni depuis les années 1980, jusque sous les trois gouvernements travaillistes après 1997, le rôle et l’impact de l’inégalité n’a joué, au mieux, qu’un rôle marginal dans l’appareil gouvernemental. Bien qu’il y ait eu beaucoup de débats au plus haut niveau sur la mobilité sociale et à la lutte contre la pauvreté, la question plus large de la répartition des facteurs de production et de l’impact macro-économique des changements dans la concentration des revenus ont été largement ignorés par le Trésor et le Cabinet du Premier ministre.

Aucun modèle de prévision économique commun dans le Royaume-Uni – y compris ceux construits par des institutions indépendantes ainsi que par le Trésor et le Bureau pour la responsabilité budgétaire (OBR) – n’intègre l’impact des changements dans la répartition des revenus sur les résultats vitaux tels que l’investissement privé, le niveau de vie et la demande globale dans l’économie. L’OBR a publié un tableau en 2011 – niché dans une annexe, qui prévoit que la part du travail de la production va continuer à baisser jusqu’en 2015. Mais les répercussions de cette tendance ont ensuite été ignorées.

La question de la «distribution des facteurs » devrait être au centre de la pensée économique stratégique. C’est ce qui détermine l’évolution du niveau de vie et a eu un impact majeur sur la stabilité et la durabilité de l’économie. Pourtant, étonnamment, elle passe à travers les mailles de la machinerie actuelle d’élaboration de la politique.

Comme un ancien conseiller, à la fois de Tony Blair et de Gordon Brown, Gavin Kelly, le disait dans une analyse récente à la radio 4, “La vérité est qu’aucun ministère à Whitehall ne voit vraiment comme son travail de s’inquiéter des importantes évolutions du niveau de vie auxquelles est confrontée la population active de ce pays. Evidemment tout le monde s’intéresse à elles mais personne n’en est vraiment chargé. ”

Cette approche non interventionniste doit changer. Réduire les inégalités, en particulier par la réalisation d’un meilleur équilibre entre salaires et profits, est un objectif qui doit être adopté par la machine gouvernementale. Cela nécessite, d’abord, l’ajout d’une nouvelle série d’indicateurs économiques à ceux de l’inflation, de la productivité, de la croissance et du chômage. Ceux-ci devraient inclure les rapports de rémunération, la part salariale, la part du revenu détenue par les plus hauts revenus et les 0,5 pour cent ainsi que la tendance des taux moyens d’imposition. Les informations sur toutes ces tendances sont collectées par le Bureau du Royaume-Uni pour les statistiques nationales et par la plupart des pays riches – bien qu’avec, parfois, un certain décalage. Pourtant, l’analyse de ces données et leurs implications a principalement été laissée à des chercheurs indépendants.

A chaque indicateur devrait être donné un objectif compatible avec la stabilité économique. Ainsi l’objectif de la part des salaires devrait être fixé selon la moyenne des deux décennies d’après-guerre – entre 58 et 60 pour cent – des niveaux qui ont amené l’équilibre et la stabilité durables. À 53 pour cent – et en dessous – il est actuellement bien en deçà de l’objectif. Le taux moyen d’imposition devrait augmenter par décile de revenu. À l’heure actuelle, ils sont plus élevés parmi les ménages à faible revenu que chez les ménages à revenu élevé. La part du revenu dont bénéficie le 1% les plus riches se situe actuellement à 15 pour cent, bien au-dessus du niveau compatible avec la stabilité. Le ratio de la rémunération entre le haut et le bas de l’échelle se trouve bien au-dessus de 100:1, plus du double du modèle typique des années 1950 et 1960.

A côté de ces nouveaux indicateurs, le gouvernement devrait rassembler les meilleures études sur les instruments politiques les plus efficaces pour atteindre ces objectifs. Ceux-ci doivent être conçus pour limiter le niveau d’inégalité économique à l’intérieur des limites qui empêchent l’instabilité. Ils vont de la politique fiscale et industrielle au rôle de la négociation collective et de la gouvernance d’entreprise. Lorsque les objectifs ne sont pas respectés – comme ils le sont de toute évidence à l’heure actuelle – alors la politique doit être ajustée en conséquence.

Une telle stratégie va conduire sans doute à des cris d’indignation des lobbyistes employés par ceux qui sont susceptibles d’être les plus touchés. Il existe déjà une campagne concertée pour la défense des rémunérations de la City, malgré elles l’une des principales sources de déséquilibre. Comme Michael Spencer, le directeur général de l’intermédiation professionnelle, ICAP, et avec une fortune estimée à un demi-milliard de livres, l’écrit dans The Independent le 10 mars, «Un salaire élevé est bon pour la Grande-Bretagne. En fait, il est essentiel “.

On en a beaucoup parlé, mais cela n’a suscité que peu d’actions sur la question des salaires en baisse et de la participation aux bénéfices en hausse. Assurer un meilleur équilibre entre ces principaux résultats économiques est aussi nécessaire à la réussite économique que le contrôle de l’inflation et la gestion du déficit budgétaire. Pourtant, en abdiquant leur responsabilité sur ces points, les gouvernements partout dans le monde riche ont permis d’amener les économies nationales et mondiales sur la voie de l’autodestruction.

Stewart Lansley

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33 réponses à [Article exclusif] S’attaquer aux inégalités : un nouveau rôle pour l’état, par Stewart Lansley

  1. Jean-Luc Mercier Le 27 juillet 2012 à 02h11
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    « The Spirit Level », de Wilkinson et Pickett, plaide de la même façon :
    les sociétés inégalitaires sont pleines de problèmes graves.


  2. Galuel Le 27 juillet 2012 à 05h04
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    Le Dividende Universel répond directement à la fois à un impératif de cohérence économique (Un Dividende est un produit économique), de symétrie temporelle intergénérationnelle relativement à l’émission monétaire et de densité de répartition du pouvoir économique.
    http://www.creationmonetaire.info/2012/07/dividende-universel-et-symetrie.html


  3. Helios Le 27 juillet 2012 à 05h05
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    Pourtant, en ce qui concerne la France, on assiste à une proportion croissante des revenus ponctionnée par l’état.
    Ce n’est pas forcément contradictoire. Cela vient du fait qu’une proportion croissante des revenus des pauvres vient de subventions publiques.
     
     


    • Patrick Luder Le 27 juillet 2012 à 06h05
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      Un retour à une inflation modérée (~ 3%) ne serait-elle pas plus équitable (plus sociale) qu’une augmentation des impôts ? La mesure de Hollande contre les revenus supérieurs à 1 million est peut-être juste mais elle est contre-production, car elle couduira à d’autres dérives, n’oublions pas que les riches sont ceux qui ont le plus de moyens (pas seulement financiers) …


      • step Le 27 juillet 2012 à 13h01
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        le problème de l’inflation patrick c’est que c’est un volant imprécis. obtenir une inflation à un taux voulu, c’est loin d’être évident. Enfin cela nécessite d’accrocher les salaires à l’inflation ce que nos néocons ne veulent en aucun cas.


    • norbix Le 27 juillet 2012 à 09h51
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      En même temps, une proportion croissante des revenus les plus haut vient de ce qu’ils ne participent plus à l’effort collectif – baisses d’impôts, niches fiscales, évasions et optimisations fiscales – tout en bénéficiant des avantages du collectif – infrastructures, santé, éducation.
      Le constat des inégalités comme facteur de déséquilibre – ou contradictions – du système étant posé, reste les solutions.  
      Soit 1. la hausse de la productivité phénoménale 2. l’augmentation des personnes ne participant pas à la production ==> partage du travail.
      Soit 1. production privée en contradiction avec la rareté des ressources naturelles 2. hyper-consommation ==> réorientation de la production 


    • Damien Le 27 juillet 2012 à 13h29
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      proportion croissante des revenus ponctionnée par l’état.

      Avez-vous des chiffres?!?
      De toute façon, l’auteur ne propose pas “plus de taxe”, il propose de taxer les plus riches et en particulier de taxer les profits (d’investissements) au moins autant que le travail. Voir la sortie de Warren Buffet sur ce sujet.
      L’étude récente d’Olivier sur les inégalités montrait que les inégalités n’ont pas progressé en France ces dernières années. Intéressant: la France ne s’en sort pas si mal en ce moment, comparé à ses voisins européens.
      (J’ai été rechercher l’article mais la table des matières ne marche pas…)


  4. Tikehau Le 27 juillet 2012 à 05h34
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    L’économie actuelle est irréformable. Les résistances à la mise en œuvre de doctrines économiques spoliatrices ne sont pas tant issues de la volonté des peuples de ne point s’adapter à de nouvelles réalités économiques comme nos gouvernements voudraient nous le faire croire pour nous culpabiliser : elles sont biaisées par la volonté de protéger coûte que coûte les appareils qui nous oppressent. La crise bancaire de 2008 en est l’exemple le plus frappant. Ce n’est donc pas une crise que nous vivons, c’est l’inéluctable crash du système capitalistique moins de 25 ans après la fin de l’utopie du communisme. Et c’était PREVISIBLE dès les années 90…


    • chris06 Le 27 juillet 2012 à 07h30
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      Dire que l’économie est irréformable et annoncer l’inéluctable crash du capitalisme en sautant sur sa chaise comme un cabris c’est justement ce qui fait que rien ne bouge.

      Il existe pourtant un moyen de faire en sorte que ce système ne soit pas concentrationnaire de richesses et parvienne à une distribution plus équitable : c’est de mettre en place, comme on l’a fait après guerre, dans tous les pays de l’OCDE des systèmes d’imposition assurant une progressivité réelle de l’ensemble des prélèvements obligatoires ET rétablir un contrôle des changes permettant de contrôler les mouvements de capitaux hors de cette zone. Quand au surplus de dettes inremboursables et qui ne seront pas remboursées, il faut déclarer un moratoire moderne et procéder selon la méthode proposée par le Prof. Steve Keen dans le cadre d’une restructuration du système monétaire international.

      Mais évidemment on nous répète que c’est pas possible que les peuples se mettent d’accord (alors qu’on en a été capables après guerre et qu’ils ont tous un intérêt commun) ou que le système est irréformable, ou que le capitalisme est à l’agonie, et tout ça fait que pour sûr, on risque pas de se mettre d’accord ce qui ne fait qu’arranger les affaires des élites qui s’enrichissent encore plus de notre incapacité à nous serrer les coudes.


      • Brice Goe Le 27 juillet 2012 à 12h46
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        “nous serrer les coudes” ?
        😀


      • Damien Le 27 juillet 2012 à 13h43
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        En termes concret, en tant que citoyens, que pouvons-nous faire:
        – voter (quel parti propose une solution en rupture avec la pensée dominante??? Question qui se pose d’ailleurs partout en Occident)
        – se révolter, manifester, “s’insurger”, etc.
        – je ne vois rien d’autre (à part s’expatrier / vivre en ermite / bref fuir le problème)
        Qui va mettre en place le système d’imposition que vous proposez? Arrêtons l’utopisme, même au sein de l’UE on n’aborde pas la question (par ex. du dumping fiscal en Irlande)
         
        Je suis d’accord avec Tikehau: plus les puissants sont riches, plus ils sont capables d’influer sur le politique, plus ils sont favorisés, plus ils deviennent riches, etc.
        C’est flagrant aux Etats-Unis avec le financement de la campagne électorale. 
        En Europe c’est moins extrême, mais c’est sur que tous nos élus se battent fort pour maintenir le système en place (cf les X sommets pour “sauver l’euro” – en fait ses banques)


  5. Patrick Luder Le 27 juillet 2012 à 06h01
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    Les Inégalités de l’Homo sapiens.
      
    Il y a trois sortes d’inégalité qui font mal et une qui détruit.
      
    Il y a l’inégalité de traitement, entre les individus (toutes les discriminations de races, de sexes, d’âge) et entre les entreprises (exemptions d’impôts, lobbys) d’un même pays. Ce genre d’inégalités fait mal au cœur car elles sont profondément injustes et laissent une forte amertume contre le gouvernement et SA justice.
      
    Il y a les excès d’inégalité de salaire au travers les couches sociales d’une même société. Il y a certes les salaires excessifs inacceptables (au delà de 10 fois un salaire moyen) mais les salaires les plus bas sont tout aussi inacceptables quand ils ne laissent plus la possibilité de vivre décemment avec un horaire à plein temps. Cette inégalité des couches sociales est celle qui empêche un pays de vivre dans la tranquillité et la paix sociale.
      
    La plus forte inégalité est celle qui se fait entre les continents et les peuples, induit par des monnaies qui divisent par 100 le pouvoir d’achat des uns, induit par un pillage des ressources des peuples les plus miséreux pour la consommation excessive des peuples les plus nantis. Cette inégalité est la plus hideuse car non seulement elle foule au pied une partie de l’humanité, mais c’est un type d’inégalité croissante à sens-unique => riches toujours plus riches contre pauvres toujours plus pauvres.
      
    Enfin il y a la suprématie (ahem) de notre espèce qui se croit supérieure aux autres espèces et à son propre environnement, espèce sans respect de soi et sans respect des autres … qui s’approprie tout et qui détruit tout, y. compris le fragile écosystème qui a permis à la vie d’évoluer sur terre. Ce dédain de la nature et cette inégalité des espèces et non seulement autodestructeur, mais irrespectueux envers la création … les conséquences ne seront que justice pour l’Homo sapiens…
      
    Toutes ces inégalités sont bien plus importantes que les petites crises financières actuelles, et toutes ces inégalités devraient être combattues chaque jour par chacun d’entre-nous et dans chacun de nos actes. Nous sommes tous coresponsables des dérives de l’humanité … l’humanité c’est chacun d’entre-nous, ici et maintenant …
      
     


    • Leveau Le 27 juillet 2012 à 10h31
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      La plus forte inégalité, celle entre les continents et les peuples est, depuis De Gaulle en France et l’après guerre dans tous les pays riches, le meilleur motif à l’inaction politique des affaires internes. Chacun à encore de nos jour (n’est ce pas messieurs les Anglais) des positions géostratégiques vitales pour la nation et qui autorisent…le pillage en bande organisée.
      En préambule à une remise en ordre du système économique, il conviendrait donc pour chacun d’ordonner à notre bon président (moelleux à cœur), l’arrêt des ventes d’armes françaises, de lâcher la bride à Total, de dire aux Russes que leur gaz y pue et qu’on en veut pas etc etc.
      Effectivement va pas y avoir foule à la manif! 
      Guillotinons alors!… mais va falloir manger de la patate et du pissenli pendant quelques années!
      Alors allons regarder les JO, prendre nos vacances, et après moi le déluge.


  6. Patrick Luder Le 27 juillet 2012 à 06h15
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    Chers amis, je vous laisse en moment tranquille, le temps d’aller vérifier si les inégalités sont autant criantes qu’on le suggère ici …
    Allez, salut la compagnie   😉 


    • step Le 27 juillet 2012 à 13h03
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      bonnes vacances !


  7. David Le 27 juillet 2012 à 09h37
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    Cet article est intéressant car il donne un cadre idéologique et politique à le construction des innégalités.
    Il est fréquent qu’on trouve des publications étudiant en détail les effets des innégalités, mais au niveau de leur genèse on se limite souvent au influences et lobbies divers.

    Je connaissais les économistes “de l’offre”, on connais maintenant ceux de l’inégalité “positive”. Tout pousse a croire qu’ils devraient bien s’entendent ensembles.


  8. Thomas Le 27 juillet 2012 à 10h04
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    Bonjour,
     
    Loin de moi l’idée de vouloir compléter l’analyse de ce monsieur, mais quelque chose m’a frappé à la lecture des premiers paragraphes : cette fuite en avant vers l’inégalité parce que “La recherche de l’égalité des revenus amènera ce pays à devenir un bidonville totalitaire.”
     
    L’allusion à l’URSS est à peine voilée. Est-ce donc uniquement parce que les économies anglo-saxonnes, très polarisées contre le bloc soviétiques, ont pris le contrepied de l’URSS que nous en sommes à ces niveaux d’égalité ? ça me rappelle un commentaire de notre cher hôte à la radio, expliquant que l’URSS, c’était que de l’égalité sans liberté, et que notre système, c’est que de la liberté, sans égalité.
     
    Je serais tenté d’y voir quelque chose d’assez vrai, dans la mesure où le seul (à ma connaissance) politique français qui tient ce genre de constat est Jean-Luc Mélenchon, qui est taxé de communiste rouge par l’élite médiatico-politique, avec la traditionnelle question de sa supposée catharsis vis à vis de Cuba, Chavez, et consorts…
     
    Bon, c’est quand même fou de se dire qu’on en est là pour des sottises pareilles. J’ai lu tout à l’heure un article fascinant disant qu’au rythme d’altération de notre écosystème par l’espèce humaine, il n’était pas inenvisageable qu’un cataclysme se produise d’ici 100 ans. Et à part ça, on continue à consommer plus, et à nous seriner de croissance à n’en plus finir.


    • Error System Le 27 juillet 2012 à 16h27
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      Je préfère la liberté à mélenchon… Oh OUI !!!


    • Delphin Le 29 juillet 2012 à 10h42
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       “et que notre système, c’est que de la liberté, sans égalité.”
       
      Il ne faut pas confondre liberté apparente et liberté réelle : 
       
      Sans information réelle, pas de liberté d’agir : Il a fallu la “crise financière” pour que nous (“français moyens”) découvrions ébahis les pouvoirs et manipulations du monde financier international. Il a fallu la “crise” de la “vache folle” pour apprendre, horrifiés, qu’on donnait de la viande aux vaches. Il a fallu les “accidents” nucléaires de Tchernobyl et Fukushima pour percevoir, stupéfaits, les tares écologiques et économiques du nucléaire etc.
       
      Sans prise de conscience de l’aliénation (mercantile dans nos civilisations) à l’oeuvre, pas de liberté des individus, acteurs de leur propre malheur (Gustave).
       
      Delphin


  9. Macha Le 27 juillet 2012 à 11h13
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    “s’attaquer aux inégalité” un nouveau rôle pour l’Etat?
    disons plutôt un très vieil os misérabiliste à ronger, périodiquement relancé par les oligarchies populistes aux peuplades infantilisés de démocraties défaillantes
    n’est-ce pas le regretté George Fresche président de région socialiste iconoclaste avéré et vieux routard de la politique qui le rappelait sans vergogne  devant les étudiants de faculté à Montpellier “je fais campagne pour les cons…et ça marche “ 
    c’est du même tonneau et ce n’est pas monsieur Patrick Luder qui me contredira  🙂


  10. jean-luc Le 27 juillet 2012 à 11h44
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    Les mêmes économistes qui prônent l’inégalité de richesse/revenus comme un des fondement du bien-être nous demandent de consommer toujours plus, pour notre bien-être aussi, d’ailleurs.
    N’y aurait-il pas une contradiction ?
    Merci pour cette traduction.
    N’étant pas économiste, je découvre cette doctrine qui semble avoir soutenu les politiques économiques GB et US des trente dernières années et qui semble également s’être investie un peu partout, France y compris.
    Conséquences : “déflation de la demande et bulle des actifs”. Cela, on l’a bien vu.


  11. Marcus Le 27 juillet 2012 à 12h06
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    Les inégalités existent dans la nature et il y en aura toujours.
    Mais chez les hommes quand cela devient vraiment criant, flagrant, sans aucun sens, c’est insupportable.
    L’injustice poussée à des extrêmes rend fou et crée les guerres.
    C’est cela notre avenir : la guerre partout par manque de générosité partout.
    A++
    Marc


  12. Brice Goe Le 27 juillet 2012 à 12h40
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    “Ainsi l’objectif de la part des salaires devrait être fixé selon la moyenne des deux décennies d’après-guerre – entre 58 et 60 pour cent – des niveaux qui ont amené l’équilibre et la stabilité durables”
     
    Ca serait marrant que l’auteur s’en aille expliquer cela aux dirigeants de PSA, Air France, Alcatel, etc …


  13. Gus Le 27 juillet 2012 à 12h54
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    L’histoire est un éternel recommencement. Ce qui me frappe, c’est que l’on est en train de redécouvrir des choses qui semblaient avoir été apprises il y a 70-80 ans.C’est assez désespérant. Le propre de l’homme n’est-il pas de capitaliser les savoirs nés de ses expériences passés ? 
    Saurons-nous définitivement tirer profit des erreurs du 20ème siècle dans ce nouveau siècle ?


    • step Le 27 juillet 2012 à 13h12
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      oui c’est assez navrant, sinon amen dans le texte, à ce qui est dit.

      La capacité de caricature du style “ce n’est pas très inégalitaire…. donc c’est soviétique !” des personnes intéréssées par ce goulag idéologique. Un système économique doit gérer de la richesse soit, mais il y a toujours eu une anomalie dans les hierarchies de valeurs :

      1) la performance 
      2) la rapidité
      3) la liberté sur la méthode
      et plus loin… la justice, la durabilité…

      Je pense que cette hierarchie est à revoir. Ce qui est dramatique quand on tient se discours c’est d’être automatiquement anti-riche avec pleins de “pauvres” qui se mettent alors à les défendre bec et ongle. C’est lamentable, car ce n’est pas une réflexion haineuse, mais une simple recherche de l’intérêt général. Les trops grandes richesses c’est nuisible à l’économie, c’est tout.              


  14. Marcus Le 27 juillet 2012 à 15h39
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    Souvenirs, souvenirs :
    Je me souviens à la fin des années 70 ou pendant sa campagne présidentielle de 1981, Georges Marchais répondait aux journalistes : “je maintiendrai un écart des revenus de 1 à 5 et au-delà je prends tout.
    Je n’ai pas voté Jojo et en plus je n’avais que 16 ans en 81, mais ça fait tout drôle de se replonger dans le temps. On a peine à y croire …
    Bonnes vacances et bon courage tout le monde !
    Marc


    • Brice Goe Le 27 juillet 2012 à 15h59
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      Ou encore René Dumont adoubant son jeune poulain, Brice Lalonde (qu’on constatera, avec le temps, n’être finalement qu’une girouette) :
       
      Le programme des écologistes* pour la campagne des verts de 81 se résumant en deux points :
      – sauver notre environnement
      – rééquilibrer les rapports économiques entre le Nord et le Sud
       
      Au final, ils ont du faire 2 ou 3 %
       
      * : des vrais, pas les verts


      • Marcus Le 27 juillet 2012 à 18h19
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        Très juste, René Dumont avec son verre d’eau qu’il montrait à la caméra.
        Qui aujourd’hui parle du grand défi de l’eau potable ?
        Il reste le mouvement associatif et internet …


        • Brice Goe Le 27 juillet 2012 à 19h38
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          Ouais, et puis il y avait Haroun Tazieff pour nous alerter sur le risque lié à l’eau. Ou encore Cousteau.
          Toutes ces grandes figurent nous manquent aujourd’hui :'(


        • Brice Goe Le 27 juillet 2012 à 19h39
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          “figures”


  15. Bertrand Le 27 juillet 2012 à 19h05
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    Je ne partage pas du tout le point de vue de cet auteur. Selon moi, il ne relève pas du tout de l’Etat à jouer les Robin des bois. L’Etat grossira encore pour créer sans cesse plus de rentes, confisquant encore un peu plus de richesses pour la dépenser, forgeant au passage une série de clientélismes. Le problème des vingt dernières années est la collusion entre les élites financières et les Etats. Ces élites ne produisent pas de richesses mais perçoivent d’importants revenus (croissants!) sans que leurs erreurs de gestion ne puissent être sanctionnées de faillite. Ce n’est pas du capitalisme mais de la kleptocratie. Diminuons donc la part de l’Etat et mettons en prison les faiseurs de dettes. Les peuples, libérés de ce fardeau, ne pourront que s’en porter mieux. Ils se relèveront les manches plutôt que d’implorer leur”panum” et leurs “circenses”. Cordialement à tous.


  16. georgesvalgeorges Le 28 juillet 2012 à 00h45
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    Bonjour,

    Remerciements à Valérie pour la traduction.

    Soyez fort(e)s et bonne journée

    Georges VALGEORGES 


  17. Benjamin Franklin Le 29 juillet 2012 à 09h51
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    “Au cours des trente dernières années, une part croissante du gâteau économique mondial a été « colonisée » par les pays riches.”

    Quand on est un économiste universitaire, on ne se permet pas d’écrire ce genre de bêtises :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_historique_des_r%C3%A9gions_et_pays_par_PIB_%28PPA%29

    Depuis un demi-siècle, la part des pays en développement dans l’économie mondiale ne cesse de croître, à un rythme qui s’accélère depuis 30 ans.

    “L’orthodoxie économique des 30 dernières années”

    L’orthodoxie économique des 30 dernières années c’est la synthèse néoclassique, avec des gros bouts de monétarisme et de keynésianisme dedans. Ce sont les banques centrales qui pilotent les politiques économiques, et les banques jouissent de privilèges corporatistes attribués par les Etats. Ne mélangeons pas tout.

    “La preuve est désormais faite – une expérience de trente années à rendre les économies plus inégales a abouti à un échec.”

    Plus inégales, oui. Plus libérales…

    “Les deux crises les plus dommageables du siècle dernier – la Grande Dépression des années 1930 et le grand krach de 2008 – ont été toutes deux précédées par une forte augmentation des inégalités.”

    L’augmentation des inégalités est le symptôme, pas la cause. La crise de 29 comme celle de 2008 ont été précédées de longues périodes d’inflation monétaire considérable, inflation captées par les élites financières avec la bénédiction des pouvoirs publics. En monétaire, c’est alors logique que les inégalités explosent. En niveau de vie, c’est moins évident. L’économie américaine pré-1913 voyait une réduction lente mais régulière des inégalités sociales.
    Le problème c’est surtout les “bulles d’actifs”, qui parasitent l’économie réelle.

    Bref, une fois de plus, c’est la bureaucratie qui va sauver le monde, alors que c’est déjà le soutien actif de la bureaucratie qui a permis aux financiers de s’enrichir démesurément.


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