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7.août.20197.8.2019 // Les Crises

Cinq leçons de la crise du golfe persique … Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière,

Après la destruction d’un drone américain1 – jeudi 20 juin -, qui se trouvait bien dans l’espace aérien iranien, Donald Trump a réagi en deux temps : il a d’abord déclaré que l’Iran avait commis « une grave erreur », laissant entendre qu’il y aurait des représailles. Dans un second temps, et pour faire baisser la pression, il s’est ravisé en estimant qu’une « erreur humaine », sinon un « acte stupide » était possible, ramenant la destruction du drone à une « décision possiblement individuelle ». Toujours est-il que, selon plusieurs sources militaires des plus crédibles (confirmées par le site du New York Times), la Maison Blanche a bel et bien donné son feu vert – dans la nuit de jeudi à vendredi passés – à une série de bombardements stratégiques sur l’Iran ; opération baptisée « Enduring Punishment ».

Cette opération devait cibler différents sites militaires iraniens : stations radars, batteries de missiles et dépôt de munitions. Il s’agissait d’opérer de nuit afin de « minimiser les pertes humaines », reproduisant le même mode opératoire des bombardements occidentaux effectués sur la Syrie le 13 avril 2018. Au dernier moment, alors que les appareils allaient pénétrer dans l’espace aérien iranien, Donald Trump s’est à nouveau ravisé, annulant purement et simplement l’opération. Les sources militaires de prochetmoyen-orient.ch indiquent aussi que le téléphone rouge, reliant en permanence Moscou et Washington, aurait fonctionné dans l’urgence et « à diverses reprises » comme du temps de la crise des missiles de Cuba2.

Un responsable du Pentagone a confirmé à l’agence de presse AP que l’armée avait bien préparé une telle attaque, mais s’était vu retirer l’approbation vers 1 h. 30/heure de Paris. Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton et le ministre des Affaires étrangères Mike Pompeo, auraient été les plus chauds partisans de cette réaction militaire, ainsi que la directrice de la CIA, Gina Haspel. Le Pentagone, quant à lui, ainsi que plusieurs responsables démocrates du Congrès, auraient lancé une mise en garde contre un risque d’escalade incontrôlé.

RHINOCEROS

D’une manière plus précise, l’opération Enduring Punishment était – semble-t-il – coordonnée depuis l’état-major américain interarmées de Doha au Qatar, impliquant une trentaine de chasseurs-bombardiers, trois unités de « Système de détection et de commandement aéroporté » AWACS et une centaine de drones déployés à partir des bases de Diego-Garcia (archipel des Chagos dans océan Indien) et de Djibouti en mer Rouge. L’état d’urgence devait être instauré sur l’ensemble du territoire israélien dès une heure du matin/heure locale.

Franchissant un mur du son complètement irréel, cet enchaînement de décisions et contre-décisions ubuesques outrepasse aussi les fictions les plus saugrenues du genre Docteur Folamour3, alliant une douce folie au déclenchement de rationalités techniques pouvant être actionnées par un pur dysfonctionnement dans la chaîne de commandement : un abruti s’est malencontreusement appuyé sur une console de tir HF sans fil à 16 voies ou un ordre décisif et irrattrapable est mal transmis malgré les procédures de validation. Même si le film laisse beaucoup à désirer sur beaucoup de plans en matière de vraisemblance technologique, un autre film – Le Chant du loup4 – donne un avant-goût assez réaliste de guerres majeures ainsi déclenchées par erreur, sinon par un enchaînement de circonstances mal maîtrisées…

Mais, au-delà ou en-deçà de ces hypothèses hollywoodiennes, il y a cette situation assez bien résumée par François Nicoullaud, ancien ambassadeur français à Téhéran de 2001 à 2005, répondant, le jour même, aux questions de notre confrère libanais L’Orient-La-Nuit : « Le dernier épisode, c’est l’envoi d’un millier de soldats américains dans la région, ce à quoi l’Iran a répondu avec la destruction du drone. Il y a manifestement un phénomène d’escalade, ce que les Américains appellent le »game of chicken”, soit le jeu de la »poule mouillée”. C’est à celui qui craquera le premier. »

En marge de ces scénarios dignes du Rhinocéros de Ionesco, plusieurs leçons peuvent, d’ores et déjà, être tirées de la crise qui règne actuellement dans le golfe Persique. 1) Tout d’abord, c’est une « maritimisation » croissante des conflits actuels qui retient l’attention ; 2) ensuite, liée à la baisse d’influence militaire et politique des Etats-Unis, on assiste à une démultiplication de « guerres asymétriques », localisées, hybrides et polymorphes ; 3) ces « guerres fluides », qui se maintiennent sous le seuil des guerres conventionnelles lourdes, donnent lieu à des opérations clandestines et de véritables « guerres de communication » où tout est permis ; 4) autre trait dominant et conjoint de cette « drôle de guerre » : la multiplication des acteurs étatiques et non-étatiques ; 5) enfin, l’ensemble des séquences précédentes ramènent toutes à l’épicentre du conflit israélo-palestinien – qui demeure, quoi qu’en disent les théoriciens néo-conservateurs et les communicants.

MARITIMISATION DES CONFLITS

La crise du golfe persique se déroule d’abord en mer, dans ses trois dimensions à savoir sous-l’eau, en surface et dans les airs. Aujourd’hui comme hier, la plupart des tensions internationales finissent toujours par se déverser dans les mers et les océans. Mais à travers les dynamiques de la mondialisation actuelle – et davantage que par le passé – les crises se cristallisent en autant de confrontations maritimes. Retour sur images !

Avec la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989), la concurrence entre deux blocs géographiques et deux systèmes économiques prend fin. En disparaissant, les chars soviétiques, qui en quelque sorte garantissaient la sécurité sociale (à l’ouest), laissent le salaire horaire du coolie chinois dicter sa règle sur l’ensemble de la planète : produire toujours plus au moindre coût… Si précisément décrits par Marx, les vieux mécanismes du capital connaissent un nouvel emballement planétaire sous l’effet de deux révolutions : 1) une finance transnationale dématérialise l’économie réelle, imposant un nouvel ordre qui transcende la loi de l’offre et la demande et celle du capital/travail par la destruction du salariat et des secteurs d’activités traditionnelles (agricoles, industrielles et de services) ; 2) la révolution numérique optimise et impose un capitalisme algorithmique et une « disruption » généralisée pudiquement qualifiée de « progrès imposé »5.

Ainsi, ce qu’on appelle la « mondialisation » se traduit progressivement par trois casses spectaculaires : celle des Etats-nations et de leur souveraineté ; celle des services publics et celle des politiques de redistribution sociale. Au-delà de ces conséquences économiques et sociales, la mondialisation nous entraîne inexorablement dans une nouvelle époque de l’anthropocène, c’est-à-dire l’histoire de la terre marquée par les activités humaines produisant un impact global déterminant sur l’écosystème terrestre : réchauffement climatique, fonte des banquises, avancée des déserts, typhons, glissements de terrain et autres tempêtes à répétition.

Et cela n’inaugure pas seulement d’irréparables ruptures environnementales comme l’épuisement des ressources halieutiques ou l’extension continu d’un « continent plastique », mais génère aussi différentes formes de réchauffement stratégique. Avec la « révolution du conteneur »6, une part de plus en plus importante du transport de marchandises participe à une augmentation exponentielle du trafic maritime. Les pétroliers aussi ont considérablement augmenté leur tonnage, donc leur vulnérabilité. Aujourd’hui, l’ensemble du trafic maritime est exposé à des menaces consubstantielles à son expansion : piraterie, terrorisme, prises d’otages et différentes formes de corruption et blanchiment liées aux pavillons de complaisance et sociétés écrans.

Ces différentes évolutions rendent les voies maritimes d’autant plus sensibles, notamment les « rails » (Manche, mer Rouge, Méditerranée, etc.) et les détroits (Ormuz, Bab el-Mandeb, Gibraltar, Béring, etc.). Face à la montée de ces périls, qui n’excluent pas des différents inter-étatiques classiques, la plupart des grandes et moyennes puissances ont mis en œuvre des programmes de territorialisation de la mer selon un processus d’« arsenalisation », concept que nous empruntons à Franck Maire7.

Au sens premier du terme, un arsenal est un établissement militaire, « royal » ou « national », un lieu où l’on construit, entretient, répare et abrite les bâtiments de guerre, où leurs équipements et ravitaillements sont assurés. Au sens moderne du XVIIème siècle, hors toute référence exclusive au monde maritime, l’arsenal désigne un lieu de fabrication des armes et des munitions. Au siècle suivant, il indique par extension un dépôt de matériel militaire et d’armes, ou, de façon plus triviale, une grande quantité d’armes. C’est toujours principalement à partir des arsenaux que s’entreprennent les grandes opérations de territorialisation des mers. Au final, alors que la simple militarisation peut être éphémère et réversible sur n’importe quel théâtre, l’arsenalisation suppose des infrastructures maritimes lourdes, diversifées et durables.

Dans cette perspective, l’arsenalisation des espaces maritimes constitue un processus agrégeant plusieurs dynamiques : la militarisation navale affirmée de nouvelles puissances (Chine, Inde, etc.) dont les ambitions excèdent la protection du sanctuaire national pour s’étendre à une présence sur les grandes voies maritimes ; la prise en compte ab initio du facteur militaire dans le développement de nouveaux espaces maritimes (brise-glaces russes pour la route maritime du Nord, modernisation des bases aéronavales arctiques comme Kotelny, Wrangel, Schmidt,etc.) ; l’effet cascade sur d’autres marines émergentes (Vietnam, Thaïlande, Philippines, Bangladesh, Myanmar, etc.) particulièrement investies dans le domaine des forces sous-marines et des missiles antinavires ; la militarisation du littoral (Iran, mer de Chine Méridionale, Inde (Nicobar, Andaman, etc.) ; enfin, la recherche de points d’appui civils et commerciaux convertibles en bases aéronavales.

Ces processus d’arsenalisation ne concernent pas seulement les mers lointaines, riveraines de conflits ouverts, les passages et détroits stratégiques mais touchent aussi simultanément nos zones maritimes de proximité dont les Méditerranée occidentale (crise migratoire notamment) et orientale (blocs gaziers disputés entre le Liban et Israël notamment) ; plus lointaines comme la mer Rouge (compétition des ports entre Djibouti, Emirats arabes unis, Erythrée, Ethiopie et Somalie), détroits de Bab el-Maneb et d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz constitue le pivot reliant le golfe Persique au golfe d’Oman qui doit son nom à l’île iranienne Ormuz, située au sud-est du port militaire iranien de Bandar Abbas. Les pays frontaliers sont l’Iran au nord, le sultanat d’Oman et les Émirats arabes unis au sud (péninsule arabique). Long de 63 km et large de 40 km, le détroit – porte d’entrée du golfe Persique – a une importance stratégique décisive : il constitue, en effet, une voie commerciale essentielle du trafic international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétrole. Outre les Émirats arabes unis et l’Iran, le détroit commande l’accès à d’autres pays producteurs d’hydrocarbures aussi importants que l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l’Irak. Selon le département américain de l’Énergie, environ 2 400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d’environ 17 millions de barils de pétrole par jour.

GUERRE ASYMETRIQUE

La deuxième caractéristique de l’actuelle crise du golfe Persique ramène à une situation où aucun des protagonistes ne peut prendre le risque de déclencher une « guerre conventionnelle lourde » du type de la dernière invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. Désormais engagé dans une campagne pour un deuxième mandat, Donald Trump sait pertinemment que son opinion publique ne veut plus que les Etats-Unis s’embarquent dans ce type d’opérations. Avant lui Obama a parfaitement intégré cette donnée, multipliant des opérations clandestines, menées par des mercenaires, supplétifs ou partenaires étrangers, appuyées par des « frappes » (bombardements de précision), des drones et de nouveaux moyens de reconnaissance et de combat.

Cette transformation, qui remonte à la « Révolution dans les affaires militaires » (RMA) des années 1980, privilégie la supériorité technologique à l’engagement humain sur le terrain. Depuis 2001, on ne parle presque plus aux États-Unis de RMA, mais bien de « transformation », fondée sur les « frappes de précision », l’arsenal des missiles de différentes portées et l’innovation militaire, notamment en termes de cyber-attaques. Les progrès anticipés en matière de renseignement électronique à distance et d’interconnexion des « systèmes » (ou soldats), les uns avec les autres, sont interprétés comme engendrant une démultiplication de l’efficacité et une sécurisation accrue par évitement du contact et maintien d’une distance de sécurité. L’éloignement est substitué aux protections organiques comme le blindage. Développée par l’US-Navy face à la menace des missiles (Cooperative Engagement Capability), la « guerre réseau-centrée » (network-centric warfare) est également reprise à son compte par l’US-Army, qui espère ainsi réduire sa lourdeur logistique et les délais de projection.

Ces différentes évolutions ont amené Barack Obama puis, aujourd’hui Donald Trump à multiplier les conflits de basse-intensité dans les zones d’intérêts américains prioritaires afin de pouvoir y tirer le meilleur profit de leur supériorité technologique. Ainsi dans le golfe persique, il s’agit de « mener une guerre sans la faire » en maintenant les opérations sous le seuil d’une réelle « guerre ouverte », c’est-à-dire une « guerre asymétrique ».

Analysé et détaillé par Sun Tzu au Vème siècle avant J-C dans son célèbre ouvrage L’Art de la guerre, le concept de guerre asymétrique a été réactualisé, notamment par le général américain Wesley Clark durant l’intervention de l’OTAN au Kosovo au printemps 1999. D’une façon générale, une guerre asymétrique est une guerre du faible au fort et/ou inversement du fort au faible. Il ne s’agit pas de conquérir des territoires. La motivation est principalement d’origine politique. En l’occurrence, il s’agit de déstabiliser (par tous les moyens : pressions politiques, sanctions économiques et actions militaires) le gouvernement iranien jusqu’à l’effondrement pour le remplacer par un régime conforme aux intérêts américains.

En tant que stratégie délibérée, la guerre asymétrique vise consciemment les faiblesses de l’adversaire en cherchant à en contourner les points forts, donc en utilisant prioritairement des moyens non-conventionnels. Au fond, il s’agit de ne pas « jouer selon les règles » en optant pour le « jeu de la poule mouillée », selon la remarque précédente de François Nicoullaud. Et dans la guerre asymétrique du golfe persique les « coups les plus tordus », l’information, la communication sinon la propagande, occupent une place primordiale. C’est notre troisième leçon.

OPERATIONS CLANDESTINES ET PROPAGANDE

A ce stade, il faut bien mémoriser la séquence trumpienne à l’égard de l’Iran : dans un premier temps, l’accord de Vienne du 14 juillet sur le dossier nucléaire est proprement déchiré ! De nouvelles sanctions américaines – unilatérales – contre l’Iran sont adoptées. Le 19 mai 2017 – le jour même de l’élection présidentielle iranienne qui voit le réformateur Hassan Rohani élu pour un deuxième mandat -, Donald Trump s’adresse depuis Riyad à une cinquantaine de pays sunnites pour les appeler à « encercler » un Iran « responsable du terrorisme au Moyen-Orient ».

Il fallait quand même oser s’adonner à une telle prestation en Arabie saoudienne, l’une des dictatures théologico-politiques les plus fascisantes de la planète qui finance l’Islam radical depuis des décennies. A ce sujet, on ne peut que recommander avec délectation la lecture d’un rapport récent des Nations unies sur l’assassinat du « journaliste » Jamal Khashoggi, découpé à la scie à métaux dans le consulat de la monarchie à Istanbul sur les ordres directs du prince héritier MBS !

Parallèlement, avec l’aide de barbouzes israéliennes, les services spéciaux américains multiplient cyber-attaques et assassinats ciblés de scientifiques iraniens. A partir du Kurdistan d’Irak, l’Aman (service action et de renseignement de l’armée israélienne) fomente des attaques du PEJAK8 dans le Kurdistan d’Iran. Adoptant de nouvelles sanctions économiques pour empêcher Téhéran d’exporter son pétrole, Washington encourage manifestations, grèves et autres mouvements sociaux pour affaiblir le gouvernement iranien de l’intérieur. Le Pentagone fait appareiller l’un de ses porte-avions et son Groupe aéronaval pour la mer d’Oman. Il annonce l’envoi d’un millier de soldats supplémentaire dans la région. Et pour que l’humiliation soit complète, Donald Trump déclare qu’il a communiqué aux autorités iraniennes son numéro de téléphone personnel afin d’ouvrir des discussions en vue d’ un nouvel accord à « ses » conditions : pour y intégrer le programme balistique iranien de défense nationale et obtenir des garanties d’un désengagement en Syrie, au Yémen, sinon au Liban !

Voilà grosso modo pour la communication et quelques opérations clandestines. A ce propos, et selon les sources militaires de prochemoyen-orient.ch, il ressort clairement que la dernière attaque de deux superpétroliers dans le détroit d’Ormuz n’a pu être menée que par des forces spéciales aguerries. Ce type d’opérations, qui requiert des nageurs de combat, ne correspond ni aux modes opératoires habituels des forces yéménites houthi, ni à celui des Pasdarans spécialisés dans le minage et des opérations « go-fast » effectuées à bord de vedettes rapides. A l’époque de ces attaques, la présence de deux sous-marins israéliens (de conception allemande) a bien été confirmée en mer d’Oman par plusieurs services européens de renseignement.

Les mêmes sources ajoutent que l’attaque des pétroliers a pu être menée à partir de drones aquatiques et de « plateformes immergées ». La marine militaire des EAU disposerait de données identiques, ayant démenti toute espèce de responsabilité dans « ces opérations destinées – à l’évidence – à jeter de l’huile sur le feu afin de faire passer le conflit de sa posture asymétrique à celle d’une guerre conventionnelle ouverte », ajoute un attaché européen de défense en poste à Riyad. On touche ici à la configuration même de la crise actuelle du golfe persique, objet de notre quatrième leçon.

MULTIPLICATION DES ACTEURS

Sans surprise, les autorités de Tel-Aviv suivent la crise et ses développements en temps réel, le cabinet de Benyamin Netanyahou ne faisant pas mystère de sa volonté d’en découdre ouvertement avec l’Iran. A l’unisson avec le conseiller national à la sécurité John Bolton, le ministre des Affaires étrangères Mike Pompéo et la cheffe de la CIA Gina Haspel, les autorités civiles et militaires israéliennes cherchent leur revanche depuis plusieurs années. Après s’être vu infliger une humiliante correction par le Hezbollah libanais durant la guerre dite des « Trente jours » de l’été 2006, l’armée israélienne à multiplié les opérations en Syrie, officiellement pour cibler des objectifs iraniens et du Hezbollah.

En dépit de leurs services de renseignement, qui ont passablement perdu la main durant les dernières années, les militaires israéliens savent pourtant que les unités iraniennes et du Hezbollah n’occupent jamais de positions de « manière compacte » et sont « embedded » dans des corps d’armées encadrés par la chaîne de commandement russo-syrienne. « Un accord a, vraisemblablement été passé entre Vladimir Poutine et Netanyahou pour que la chasse de Tel-Aviv s’en tienne à des bombardements de cages à poules », ajoute l’une de nos sources militaires.

Indépendamment du couple américano-israélien, la crise du golfe persique mobilise les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au premier rang desquels l’Arabie saoudite et les EAU, même si ces derniers ne partagent pas toujours les mêmes objectifs. Au-delà de cette convergence tripartite – Etats-Unis/supplétifs européens, Israël et pays sunnites du Golfe -, des acteurs non étatiques (on l’a dit) comme le Hezbollah et les forces houthi jouent aussi un rôle opérationnel important, en appui de deuxième ou troisième ligne dans une profondeur stratégique qui englobe l’ensemble des pays de la région, dont l’Irak. En effet, à partir de Bagdad, plusieurs pays européens dont la France (enfin !), cherchent à « fabriquer une passerelle de médiation pour enclencher un processus vertueux de désescalade », explique un diplomate français, fin-connaisseur de la zone.

Cette multiplication d’acteurs ne facilite pas les choses et conforte les pratiques trumpiennes d’agent immobilier dans un contexte dont les Nations unies et les autres organisations multilatérales ont été radicalement exclues à l’initiative de Washington. En fait, « ne pas jouer selon la règle » a certainement une autre explication des plus plausibles », estime un ancien ambassadeur de France : « entretenir actuellement un ‘chaos constructif’ dans le golfe persique vise surtout à diluer l’épicentre de l’arc des crises proche et moyen-orientales : le conflit israélo-palestinien ». C’est notre cinquième et dernière leçon.

CENTRALITE DE LA QUESTION PALESTINIENNE

L’une des dernières interventions publiques du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah l’a signifié parfaitement : « attaquer l’Iran aujourd’hui, c’est s’en prendre directement aux palestiniens et à leur revendications séculières ». D’ici la fin de ce mois de juin à Bahreïn, Washington doit révéler son « deal du siècle », autrement dit le plan américain de paix globale de règlement du conflit israélo-palestinien préparé par Jared Kushner (le gendre de Trump) et ses adjoints, la plupart Juif-orthodoxes ! De l’aveu de Pompeo lui-même, cette grande affaire risque de faire pschitt !

Pour sauver les apparences et éviter que les chaises restent vides lors de cette réunion (farces et attrapes), heureusement boycottée par les Palestiniens, Pompeo a effectué une grande tournée dans les pays arabes pour amener (chèques à l’appui) les Marocains (qui, initialement ne voulaient pas venir) et les Egyptiens (eux aussi pas très chauds), ainsi (bien-sûr) que les pays du Golfe, ceux-là mêmes directement engagés contre l’Iran. Une fois le fiasco révélé au grand jour, il sera toujours temps d’accuser l’Iran – encore lui – de porter la responsabilité d’un tel échec et de relancer (toujours à minima la crise du golfe Persique) …

Quoi qu’il en soit les chancelleries arabes et occidentales ne sont pas dupes et devront se rendre à l’évidence. Cette crise ubuesque du golfe persique, ajoutée au désastre annoncé du sommet de Bahreïn, signe durablement le déclin de l’empire américain. Désormais, il apparaît clairement que les Etats-Unis – juge et partie – ne peuvent assurer une quelconque médiation dans le dossier israélo-palestinien ! Donald Trump et sa diplomatie d’agent immobilier auront eu au moins le mérite d’établir la preuve par l’acte : désormais, Washington ne peut plus prétendre imposer ses vues, ni aux Palestiniens, ni dans le cadre des autres crises régionales : Syrie, Yémen et Corne de l’Afrique.

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
24 juin 2019

1 Ce drone est un RQ-4A Global Hawk d’une valeur de 130 millions de dollars
2 La crise des missiles de Cuba est une suite d’événements survenus du 16 octobre au 28 octobre 1962 et qui ont opposé les États-Unis et l’Union soviétique au sujet des missiles nucléaires soviétiques pointés en direction du territoire des États-Unis depuis l’l’île de Cuba, qui ont mené les deux blocs au bord de la guerre nucléaire.
3 Docteur Folamour est l’un des films les plus célèbres du réalisateur Stanley Kubrick, sorti en France en 1964. Le général Jack Ripper, convaincu que les Russes ont décidé d’empoisonner l’eau potable des États-Unis, lance sur l’URSS une offensive de bombardiers B-52 en ayant pris soin d’isoler la base aérienne de Burpelson du reste du monde. Pendant ce temps, Muffley, le Président des Etats-Unis, convoque l’état-major militaire dans la salle d’opérations du Pentagone et tente de rétablir une situation d’apocalypse nucléaire devenue irréversible.
4 Le Chant du loup, du réalisateur Antonin Baudry est sorti en France le 20 février 2019. Un jeune officier-marinier surnommé « L’Oreille d’or » a le don rare de reconnaître chaque son qu’il entend. À bord d’un sous-marin nucléaire français, tout repose sur sa compétence jugée infaillible. Il commet pourtant une erreur qui met l’équipage en danger de mort. Il veut retrouver la confiance de ses camarades, mais sa quête les entraîne dans une situation encore plus dramatique. Dans le monde de la dissuasion nucléaire et de la désinformation, ils se retrouvent tous pris au piège d’un engrenage incontrôlable.
5 Bernard Stiegler : Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? Editions Les Liens qui libèrent, novembre 2016.
6 Cette « révolution » a entrainé la construction de bateaux spécifiques, les porte-conteneurs. La quasi-totalité du transport maritime des biens manufacturés l’est désormais par ce type de navires qui peuvent aussi transporter d’autres marchandises : fruits et légumes, produits agro-alimentaires, liquides (hors carburant), voitures, etc. Cette polyvalence est l’un des principaux avantages de ces navires. Les années 1990 et 2015 ont vu un accroissement de la taille de ces navires avec l’arrivée de bateaux d’une capacité de plus de 25 000 boîtes. En 2016, plus de 135 millions de conteneurs ont ainsi empruntés les mers du globe.
7 Franck Maire est capitaine de frégate : « Arsenalisation des espaces maritimes ». Annuaire français de relations internationales 2018 (volume XIX). Université Panthéon-Assas, Centre Thucydide.
8 Le PEJAK, Parti pour une vie libre au Kurdistan est une organisation politique et armée qui lutte contre le régime iranien.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 24-06-2019

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Commentaire recommandé

fox23 // 07.08.2019 à 10h10

Duracuir et Fritz, votre avis sur le pays non nommé est hélas bien lié au narratif officiel !
Avant même sa création officielle leurs groupes d’assaut tentèrent d’assassiner le haut-commissaire britannique, puis, sous les ordres d’un futur 1er ministre, assassiner cette fois l’émissaire de l’ONU venu pour obliger les nouveaux à faire revenir 7/800 000 habitants des lieux qu’ils avaient chassé pour occuper leurs terres en plus de ce qui leur avait été accordé.
Et ça n’a jamais cessé depuis, voir l’avis de de Gaulle, l’affaire du Liberty et la multitude de guerre avec l’appui des occidentaux, dont la France sous le très socialiste Guy Mollet.
C’est la France qui donna à « l’héroïsme tranquille » l’arme nucléaire !
.

41 réactions et commentaires

  • Fritz // 07.08.2019 à 07h29

    Cet article ancien a le mérite de récapituler la crise du Golfe au point où elle était fin juin. Il n’échappe pas toujours à l’inflation verbale (« l’arsenalisation des espaces maritimes constitue un processus agrégeant plusieurs dynamiques ») et il y a au moins une erreur à corriger : le « téléphone rouge » a été installé entre Moscou et Washington après la crise de Cuba. Durant cette crise, la communication passait en partie par des intermédiaires, comme Aleksandr Feklissov dit Fomine.

      +8

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  • Duracuir // 07.08.2019 à 07h34

    La dernière phrase de l’article rend les USA d’autant plus dangereux. Israël est encore plus inquiétant. Quand on a connu l’impressionnant niveau d’intelligence et d’héroïsme tranquille qui rayonnait dans ce pays dans les années 70, on se frotte les yeux en voyant ce qu’il est devenu. C’est le plus grand danger qui menace ce pays. Et cette cretinisation à tous les étages doublée d’une paranoïa obsidionale est le plus grand danger pour la paix dans le monde.

      +16

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    • Fritz // 07.08.2019 à 08h09

      Ce pays suscitait l’enthousiasme et il imposait le respect. C’était une promesse magnifique.
      Maintenant, il suscite le ressentiment et la haine, et il n’arrive à faire taire les critiques qu’en recourant au terrorisme intellectuel : si vous le critiquez ou le dénoncez, c’est parce que vous êtes anti….

      Et ça marche : je n’ai pas écrit le nom de ce pays pour ne pas être modéré aussi sec.
      Comme si c’était un gros mot… alors que je trouve ce nom superbe.

        +23

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      • Shock // 07.08.2019 à 09h46

        Mouais, en tant qu’historien, vous devriez savoir qu'(((il))) repose sur des mensonges comme l’ont révélé les auteurs de La bible dévoilée, les nouvelles révélations de l’archéologie. Il faudrait aussi expliquer pourquoi (((il))) a pris le nom du royaume du nord, alors que seul le royaume du sud a fait l’histoire autour de sa capitale.

        https://duckduckgo.com/?q=juifs+et+samaritains&t=ffsb&ia=web

          +8

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      • fox23 // 07.08.2019 à 10h10

        Duracuir et Fritz, votre avis sur le pays non nommé est hélas bien lié au narratif officiel !
        Avant même sa création officielle leurs groupes d’assaut tentèrent d’assassiner le haut-commissaire britannique, puis, sous les ordres d’un futur 1er ministre, assassiner cette fois l’émissaire de l’ONU venu pour obliger les nouveaux à faire revenir 7/800 000 habitants des lieux qu’ils avaient chassé pour occuper leurs terres en plus de ce qui leur avait été accordé.
        Et ça n’a jamais cessé depuis, voir l’avis de de Gaulle, l’affaire du Liberty et la multitude de guerre avec l’appui des occidentaux, dont la France sous le très socialiste Guy Mollet.
        C’est la France qui donna à « l’héroïsme tranquille » l’arme nucléaire !
        .

          +35

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        • Fritz // 07.08.2019 à 12h01

          Merci pour ce rappel des faits : je les connais, et Duracuir aussi, j’en suis sûr. Mais au-delà des faits, peut-être voulez vous modifier nos sentiments ? On peut s’opposer à la politique néfaste d’un pays et éprouver de la sympathie pour son peuple.

          @Shock : le livre qui prouve que… Merci, j’ai déjà donné en achetant le livre de Shlomo Sand sur l’origine supposée khazare des Ashkénazes. Il ne m’a pas convaincu.

            +3

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          • Serge WASTERLAIN // 07.08.2019 à 16h18

            Lors d’un voyage d’étude en Israël/Palestine organisé par Le Monde Diplomatique en février/mars 2016, nous avons eu le plaisir de rencontrer tout une soirée Shlomo Sand à Tel-Aviv et je dois dire, au contraire de Fritz, que j’ai été assez convaincu par son argumentation.
            Ceci dit, contrairement à Fritz, je n’ai pas lu le livre…

              +4

            Alerter
          • Shock // 08.08.2019 à 09h53

             » le livre qui prouve que… Merci, j’ai déjà donné en achetant le livre de Shlomo Sand sur l’origine supposée khazare des Ashkénazes. Il ne m’a pas convaincu. »

            Je vais vous faire un aveu: moi non plus je n’ai pas été convaincu par les livres de Sand (peut-être ne saviez-vous pas que deux autres livres ont suivi…): en fait j’avais été convaincu bien avant par Koestler et par ma mère. Vous savez certainement d’où vient le nom ashkénaze?! Ce ne sont pas des Sémites, mais des Turcs. Vous n’allez quand même pas nier la conversion des Khazars? Ni penser qu’ils ont disparu de la surface de la Terre sans laisser de traces ni de descendants? Même si des Séfarades ont trouvé refuge dans les pays de l’Est après 1492. Vous n’ignorez pas non plus que le judaïsme avant Théodose était prosélyte. Il est toujours amusant de voir un goy tenter de justifier le retour des Khazars sur leur Terre promise fictive. Et c’est là que nous retrouvons le livre de Finkelstein et de Silberman. Mais c’est vrai que ce n’est qu’UN livre. Qui démontre que la bible est un livre de propagande politique. Comme disait Mark Twain, il es plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés.

            « Mais au-delà des faits, peut-être voulez vous modifier nos sentiments ? »
            C’est supposé être un argument? Merci de préciser lequel. Les faits, rien que les faits. Mais je peux comprendre que des faits nouveaux peuvent remettre en question, déranger.. A vous de voir.

              +4

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            • Fritz // 08.08.2019 à 13h12

              Votre commentaire est sidérant.
              Qu’est-ce qui vous dit que je suis un « goy » ? Qu’en savez-vous ?

              Je connais bien la conversion des Khazars. Mais s’ils sont les ancêtres des Ashkénazes, expliquez-moi pourquoi aucun mot de leur langue n’est passé en yiddish ? C’est un fait massif et irréfutable. Expliquez-moi aussi pourquoi la base du yiddish est l’allemand franconien ? Cela correspond à ce que nous savons des migrations juives entre l’Allemagne médiévale et la Grande Lituanie, le fameux « Yiddishland ».

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    • Jérôme // 07.08.2019 à 08h12

      Quelle différence entre aujourd’hui et 1967 et même 1947 dans la politique israélienne ? Aucune : la continuité crève hélas les yeux, en particulier des palestiniens, et désormais des syriens.

        +28

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      • Fritz // 07.08.2019 à 09h04

        Certes, mais on pourrait vous répliquer que c’est la loi du plus fort : qu’auraient fait les Arabes s’ils avaient gagné les guerres de 1948 et 1967 ? Ce qui a changé, c’est cette infecte alliance is*raélo-américaine, effective depuis la guerre des Six Jours, et qui permet à un État-voyou de manipuler un autre État-voyou, pour le plus grand malheur du Moyen-Orient et du monde.

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        • Shock // 07.08.2019 à 09h51

          « mais on pourrait vous répliquer que c’est la loi du plus fort :  »

          Tiens, c’est « justement » la conclusion du petit livre vert de Kadhafi: c’est toujours le plus fort qui gouverne. Bref, l’absence de lois, ou les lois imposées par le plus fort.

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      • Duracuir // 07.08.2019 à 10h38

        Je ne parlais pas de politique d’un pays. Je parlais d’un peuple. L’Israel que je connaissais en 78 aurait fremit de répugnance à l’idée d’être gouvernée par un Bibi et un Liberman n’aurait politiquement même pas existé.

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  • calal // 07.08.2019 à 08h15

    « A l’époque de ces attaques, la présence de deux sous-marins israéliens (de conception allemande) a bien été confirmée en mer d’Oman par plusieurs services européens de renseignement »

    information interessante.On se demandait qu’est ce qu’israel pouvait bien faire avec des sous-marins.

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    • Kokoba // 07.08.2019 à 11h09

      Les sous-marins sont de très bons outils pour les opérations spéciales.

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  • Kokoba // 07.08.2019 à 10h17

    Israel s’est lancé dans une série d’opération qui pourrait bien mal tourner.
    Favoriser une alliance Hezbollah/Syrie/Iran n’est pas obligatoirement une bonne idée.

    Bien sur, tant qu’ils ont les US derrière eux, ils ne risquent pas grand chose.
    Mais comment seront les choses dans 20 ans ?

    Israel est devenu le pays le plus puissant de la région mais au lieu d’utiliser cette puissance pour faire la paix, ils ont choisi l’agression tout azimut (le but étant visiblement le Grand Israel).
    Il y aura un cout à payer pour ce choix.

      +23

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  • Shock // 07.08.2019 à 10h25

    Face à une agression us-is-ar contre l’Iran, il est inenvisageable que la Russie (et la Chine) ne réagissent pas et ne viennent pas en aide au pays agressé.

    En 2013, il a suffi à la Russie de dire à Obama que toute attaque contre Damas équivalait à une attaque contre Moscou et de faire en sorte que deux missiles US fassent des ronds dans l’eau de la Méditerrané, pour stopper toute velléité d’intervention directe. Ce qui a rendu un certain président adversaire de la finance furieux. Les alliances se sont renforcées depuis lors côté anti-impérialisme. Y compris par des exercices militaires conjoints. L’Iran est traitée d’égal à égal, et pas comme un vassal. N’est-ce pas la France vassalisée? La question maintenant est: quel pays est le suzerain de la France? Deux réponses possibles…

    Comment agresser l’Iran? Bombardements ou invasion? Les premiers seraient inefficaces et permettraient la fermetures du détroit; la seconde catastrophique pour les envahisseurs, car la Russie serait forcée d’intervenir d’une manière ou d’une autre. En outre toute invasion nécessiterait la mobilisation d’une centaine de milliers d’hommes et on sait déjà l’effet produit par les body bags rapatriés aux States (d’où la politique de manipuler des terroristes fanatiques pour faire le sale boulot avec le soutien financier des monarchies).

    Bref, les USA bluffent et ils ne peuvent guère aller plus loin sans déclencher l’irréparable. Maintenant il reste une inconnue: à quel point certains sociopathes sont-ils prêts à aller pour laisser leur nom dans l’histoire?

      +18

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    • Kokoba // 07.08.2019 à 11h07

      Une invasion de l’Iran demanderait beaucoup plus que 100000 hommes.
      Je crois que les plans Américains parlent de 1million2, 1million3.
      Bref, cela n’arrivera pas.

      Par contre, une campagne de bombardement et de destruction systématique est très possible.
      Cela correspond bien à l’idéologie technologique US.
      L’opinion publique l’accepterait sans doute tant qu’il n’y a pas trop de morts (US).
      Et cela satisferait parfaitement Israel.

      Mais l’Iran a fait savoir que si cela arrivait, ils étendraient immédiatement la guerre à toute la région soutenus par leurs alliés (Hezbollah, Syrie, sans doute Irak, Russie jusqu’à un certain point).
      L’Arabie Saoudite, Israel, le Yemen, le détroit d’Ormuz, les bases Américaines seront alors dans la tourmente.

      Malgré cela, les neo-conservateurs et Israel semblent toujours vouloir la guerre.
      Mais les militaires US sont beaucoup plus réticents.
      Et les vassaux US (France, Angleterre, pays occidentaux divers) semblent peu pressés aussi.

        +11

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  • Fritz // 07.08.2019 à 11h45

    En préférant consulter les Européens pour une éventuelle mission dans le Golfe persique, Berlin refuse d’entrer dans le jeu américain, selon cet article :
    https://www.focus.de/politik/ausland/analyse-strasse-von-hormus-briten-unterstuetzen-usa-bundesregierung-verfolgt-andere-mission_id_11000080.html
    A voir. Je me méfie des initiatives européennes, sauf s’il s’agit d’assurer la liberté de navigation dans le détroit de Gibraltar (menacée par les Anglais).

      +4

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    • lon // 07.08.2019 à 13h22

      Berlin refuse d’entrer dans le petit jeu car Berlin sait que l’opinion publique allemande y est largement opposée

        +5

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  • Louis Robert // 07.08.2019 à 12h47

    «… désormais, Washington ne peut plus prétendre imposer ses vues, ni aux Palestiniens, ni dans le cadre des autres crises régionales : Syrie, Yémen et Corne de l’Afrique. »

    Désormais l’Empire ne peut plus davantage prétendre imposer ses vues, ni aux Russes, ni aux Chinois, ni aux Indiens, ni aux Nord-Coréens, ni aux Philippins, ni aux Turcs, ni aux Vénézuéliens, ni aux Cubains, ni aux…, etc. Ça commence à faire beaucoup de gens, un peu partout! Non?

      +11

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  • martin // 07.08.2019 à 12h55

    La revue National Interest, dans son édition du 22 Juillet nous apprenait que l’aéroport de Tel Aviv subit les contrecoups de ce qui semble être un brouillage GPS intense depuis le territoire syrien, et dont la cible pourrait bien être l’aviation US basée dans le Golfe, en particulier les « F 22 et F 35 ». Mais il y a plus. Des manoeuvres Irano-Russes sont programmées dans le golfe pour les mois qui viennent suite à une nouvelle série d’accords de sécurité entre Téhéran et Moscou.
    Mais la revue Oil Price, généralement fiable, dans son édition du 4 Aout, affirme que l’Iran et la Russie auraient passés un accord pour l’installation de deux bases navales et d’une base aérienne russes en Iran (Bouchehr et Chahabar), afin de sanctuariser à la fois le territoire iranien et le Golfe. Si c’est vérifié, c’est une énorme nouvelle.

      +19

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    • Kokoba // 07.08.2019 à 14h10

      Oui, j’ai vu çà aussi.
      http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/08/le-coup-de-maitre-de-moscou.html

      2 bases Russes en Iran, c’est un sacré changement.
      (mais quelque part, c’est assez logique)

      Ce qui sera amusant (enfin amusant, façon de parler…), c’est lorsque la Chine commencera elle aussi à mettre des bases militaires un peu partout pour contrer l’agressivité US.
      L’empire US sera alors echec et mat.
      Mais la Chine ne va pas s’y lancer avant encore pas mal de temps.

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      • martin // 07.08.2019 à 14h26

        Oui, il semblerait que la Chine, dans l’hémisphère occidental, ait pour mission de fournir l’argent et en général les moyens de survie aux pays sous embargo, tandis que la mission des russes est d’assister les « assiégés » sur le plan de la sécurité. Ca marche bien au Venezuela (pas de crise sanitaire ni alimentaire/ pas d’agression militaire), et ça devrait marcher aussi bien avec l’Iran. La coordination du Sinours joue sur la complémentarité. Cela dit, il n’est pas exclu, en effet, que la Chine apporte à terme sa contribution militaire, dans le domaine naval en particulier, ou elle commence à être assez forte.

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  • lon // 07.08.2019 à 13h18

    Cet article me réconcilie avec M Labévière , qui y démontre sa grand connaissance des enjeux géopolitiques et technologiques , loin des charges polémiques faciles habituelles .
    Cependant assimiler la diplomatie de Trump à celle d’agent immobilier est une insulte pour ces derniers , qui en tant qu’intermédiaires savent ce qu’est une vraie négociation .
    Je persiste à penser que la seule manière pour Israël de survivre à long terme au Moyen-Orient est d’assimiler les palestiniens, ainsi que les réfugiés alentours, dans un seul état et une seule citoyenneté , mais bien sûr là on ne sera plus dans le scénario d’Israël état/nation du  » peuple juif  » . Ceux qui pensent que c’est impossible sont les mêmes qui ont toujours défendu l’apartheid, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud , au prétexte que certains peuples sont irréconciliables .

      +7

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    • Louis Robert // 07.08.2019 à 15h32

      Les Palestiniens ne se laisseront jamais assimiler par les Israéliens. Le croire c’est oublier (ou ignorer) les crimes inavouables dont ils ont été victimes depuis si longtemps, et aux mains de qui. Même croire que les Palestiniens puissent s’intégrer un jour massivement en Israël n’a pas de sens.

      Que ces deux groupes humains vivent un jour séparés et en paix, une fois justice rendue, avec réparations équitables consenties, en accord avec eux, aux Palestiniens, voilà la seule utopie que nous puissions encore nourrir, vraisemblablement bien en vain, hélas.

        +12

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      • lon // 07.08.2019 à 17h21

        Jamais les israëliens ne consentiront à un état palestinien entre eux et le Jourdain , pour des raisons évidentes de sécurité . Ils ont joué la carte des 2 états pour amuser la galerie occidentale bien pensante , tout en grignotant année après année des terres en Cisjordanie . La solution un état peut prendre différentes formes https://www.haaretz.com/israel-news/israeli-palestinian-conflict-solutions/.premium-explained-two-states-one-and-other-solutions-to-the-israeli-palestinian-conflict-1.7044468
        et je pense que vous exagérez l’opposition des palestiniens à cette solution .

        Maintenant je vais en faire hurler certains ici mais je pense que les palestiniens ont tout à gagner à cette solution , culturellement et surtout économiquement . Pour les langues on peut imaginer une entité bilingue hébreu-arabe , quand on est gosse ça pose pas de problèmes, voir des pays comme le Luxembourg où un ado sortant de collège parle couramment français, allemand, luxembourgeois , sans compter l’anglais , l’italien, le portugais ou le russe si origines familiales .

          +3

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        • Fritz // 07.08.2019 à 19h36

          Moi non plus, je ne crois pas que la « solution des deux États » entre le Jourdain et la Méditerranée soit viable ou réaliste. La solution pourrait être un État commun qui inclurait la Transjordanie, séparée de la Palestine par les Anglais en 1922.

            +1

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          • Fritz // 08.08.2019 à 13h15

            « ils n’ont pas de sentiments… ils ne comprennent que la force… ils sont infiltrés partout »
            Bon, une obsession pareille, à ce degré, ça se soigne…
            Je vous recommande le best-seller de Drumont.

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        • Louis Robert // 07.08.2019 à 20h44

          Aveuglés par leur intransigeance arrogante devant la transformation géopolitique si radicale et rapide du monde, je crois que les Israéliens ignorent à leurs dépens n’avoir rien à gagner, à long terme, en poursuivant dans la voie qui leur est familière. Ils le regretteront amèrement bien plus tôt qu’ils ne s’y attendent.

            +6

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          • Fritz // 07.08.2019 à 20h54

            C’est sûr que si leur État persiste dans son arrogance de sale gosse impuni, il terminera dans un joli feu d’artifice (partagé), ou comme l’Algérie française en 1962, ou comme le dernier État croisé en 1291.
            Parmi leurs atouts, ils devraient mieux utiliser leurs liens avec la Russie.

              +4

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            • martin // 08.08.2019 à 23h17

              Sur ce point aussi, la Russie m’étonne. Lorsque les Russes arrivent dans le jeu moyen-oriental en 2015, l’ option stratégique paraît évidente: créer un groupe Syrie-Iran-Russie face au groupe Usa-Israel-Saouds. Dès leur arrivée, des F.15 israéliens tentent d’intercepter une formation de Sukoi 30 russes qui sillonnent le ciel non loin de la Crête, mais les Sukhoi les brouillent durement tout en montrant leur Khalibr de ventre. Retour précipité de la chasse israelienne à Tel-Aviv (2 Octobre 2015), Mais quelques jours plus tard, Netanyahu est à Moscou avec des propositions sérieuses de coopération militaire. Ses conseillers ont flairé la bonne odeur du higtech militaire, les voilà hameçonés. Coup de maître: au lieu de se placer bêtement front contre front avec le groupe adverse, Poutine détache doucement le pivot israélien, affaiblissant ainsi, et sans coup férir, le groupe adverse. Une direction de jeu inattendue apparaît. C’est du haut Dan, ou bien je n’entends plus rien au Go.

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