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28.octobre.201828.10.2018 // Les Crises

Appels sans suite (2), par Frédéric Lordon

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Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 17-10-2018

Barn Swallow (Hirondelle rustique)
cc Allan Hack.

Le posturalisme et l’inconséquence ne sont pas des plaies d’époque qu’en matière de climat (voir « Appels sans suite (1) »). Sans grande surprise, la dramatique question migratoire en a sa part. Et même plus que sa part. Car le drame du drame, c’est que le drame est devenu une parfaite matière pour chaisières de l’humanisme sans suite, par-là même assurée du soutien des médias, et sous les mêmes conditions (que pour le climat) de ne se lier à rien de fondamental. Cause séparée, certitude de la supériorité morale, occasion lyrique, absence de conséquences politiques à tirer autres que déclamatoires : tout concourt à en faire la parfaite vache à lait symbolique – mis à part pour ceux et celles qui sont pour de bon dans la boue ou dans la neige au côté des migrants à Calais, à Grande Synthe ou à la Roya.

Cependant le « Manifeste pour l’accueil des migrants » publié simultanément par Mediapart, Regards et Politis (1) semble vouloir faire un pas au-delà de la pensée Miss France (pardon, Monde) qui jusqu’ici gouvernait l’exercice. Il faut dire qu’on a été beaucoup bassiné par le devoir d’accueillir l’Autre ou l’enrichissement par les différences, et qu’en matière de sermons édifiants on entrait clairement dans la zone des rendements décroissants. Le « Manifeste », après nous avoir infligé tout de même une dose supplémentaire de « vivre ensemble », de « partage »,et de serments de « ne pas courber la tête » (devant l’extrême-droite – résistance) nous explique cette fois qu’il faut moins regarder du côté des migrants pour avoir le fin mot de la précarisation salariale que du côté des structures économiques — c’est du moins ainsi qu’on comprend des expressions comme « frénésie de la financiarisation » et « ronde incessante des marchandises ». Et le progrès est réel. Car c’est bien de ça qu’il s’agit en effet.

Mais progrès jusqu’où au juste ? Car, en bonne logique, les conséquences devraient s’enchaîner à partir des prémisses, puis des conclusions intermédiaires. Si, par exemple, l’une des causes du malheur salarial est à trouver du côté de la « frénésie de la financiarisation », il s’ensuit qu’on doit la rendre moins frénétique. Mais défrénétiser la finance suppose d’en restreindre (considérablement) les mouvements, voire d’en interdire certains. Le nom usuellement attribué à ses restrictions est « contrôle des capitaux ». Mais voilà, l’Union européenne a gravé dans ses traités (art. 63) qu’il n’en serait pas question. Ici, on serait tenté de conclure qu’il va donc falloir rompre avec cette Europe. Mais allez expliquer une chose pareille à Roger Martelli — l’un des initiateurs du Manifeste pour Regards. Pour qui la ligne est droite depuis toute idée d’une telle rupture jusqu’aux époques les plus sombres de notre histoire. Et qui nous conseillera sans doute la patience humaniste d’une « autre Europe ». Comme Varoufakis qui, pour avoir la paix un moment, avait taillé large en se donnant dix ans : DiEM25, lancé en 2015, c’était l’autre Europe, celle-là démocratique, sociale, écologique et humaniste, tout qui va bien. À dix ans. Mine de rien tout de même, déjà trois de passés, c’est fou comme ça file. Au moment du lancement, on avait parié qu’à ce compte-là, en 2025, nous serions toujours les deux pieds dans le même sabot, avec juste dix années supplémentaires de perdues (2) — le pari tient toujours. Entre temps, il n’est pas certain que les migrants suspendent leurs mouvements, ni que les salariés voient leur situation s’améliorer, ni donc que le débat empoisonné connaisse la première accalmie. À la vitesse où surgissent sur la carte les extrêmes droites au pouvoir, on va se faire vieux d’ici 2025.

Pourrait-on faire mieux du côté de la « ronde incessante des marchandises » ? Sans doute : en faisant cesser la ronde. Mais là encore d’imprévisibles difficultés surgissent. Car si les marchandises ne cessent pas d’elles-mêmes de girer, il faudra bien les en empêcher. C’est-à-dire leur mettre quelques bâtons dans les roues (des camions, ou des réacteurs des avions-cargos, ou des hélices des porte-conteneurs). Malheur de nouveau : c’est du protectionnisme. Une monstruosité morale à peine moins grave que la zoophilie, en tout cas qui mène au même endroit que la sortie de l’euro, cela tous les initiateurs du texte en sont convaincus. Pendant ce temps, c’est le Rassemblement National, avec toute son habileté perverse à la récupération, qui, sur les plateaux, fait désormais l’apologie des circuits courts. Au passage, on attendra de voir si, à ce motif, la gauche alter se défera des Amap comme elle exigeait qu’on se défasse de la sortie de l’euro — dans l’ordre des paris anciens, il y avait aussi celui qu’à suivre jusqu’au bout cette logique de la souillure par reprise, ladite gauche, à force d’être dépouillée, finirait une main devant une main derrière (3).

En évoquant des causes auxquelles ils n’ont en réalité aucune envie sérieuse de s’en prendre, comme en témoigne qu’ils ne leur consacrent pas même le commencement d’une déclaration d’intention tant soit peu articulée, comme en témoigne plus encore qu’ils aient tant de difficulté à les nommer, les médias initiateurs du « Manifeste » passent certes le stade « chaisière » mais tout de même d’assez peu. C’est bien pourquoi d’ailleurs on en a entendu parler jusqu’à la revue de presse de France Inter. Où il faut imaginer le destin d’un appel « migrants » qui dirait : « le problème des salariés français, ce ne sont pas les migrants, c’est la mondialisation, par conséquent nous en appelons à la démondialisation, sortie de l’euro en tête ». Mais ici les trois initiateurs sont déjà évanouis les bras en croix. Du reste, comme pour les appels « climat », on se demande ce qui resterait de la liste des signataires culturels à grand spectacle une fois posé pareil plan de marche — c’est-à-dire, comme d’habitude, indiqué une ligne de front.

Il faut imaginer le destin d’un appel « migrants » qui dirait : « le problème des salariés français, ce ne sont pas les migrants, c’est la mondialisation, par conséquent nous en appelons à la démondialisation, sortie de l’euro en tête »

Or c’est bien ce qu’il y a à discuter ici si l’intention particulière du « Manifeste » n’est pas tant d’attirer l’attention sur le sort des migrants en général que d’en finir avec l’imputation faite aux migrations d’entretenir la misère salariale. Donc de relever les migrants d’une causalité qui ne leur appartient pas, en tout cas pas en première instance, et de lui substituer la bonne : celle qui évite de dresser un salariat contre un autre. Mais alors, la logique élémentaire devrait commander, d’abord de nommer les vraies causes avec la plus grande clarté, et ensuite de s’en prendre très directement à elles, avec normalement le double bénéfice et d’améliorer les effets pour tous et d’en finir avec les débats mal posés. C’est à ce moment qu’on prend la mesure des blocages mentaux qui, le problème déplié, empêchent de se rendre à sa solution — et ni les migrants, ni les salariés nationaux ne sont sortis de l’auberge.

Car on voit bien que la « frénésie » et la « ronde incessante » avaient surtout vocation à faire faire l’économie des mots — et surtout de ce qui peut s’en suivre une fois qu’on les a lâchés. Il fallait bien suggérer un petit quelque chose, mais le priver autant que possible de sa consistance logique et même de sa force nominale. Il est vrai qu’ayant fait à des degrés divers campagne pour savonner la planche de la seule force politique qui pouvait entraver la marche consulaire de Macron (c’est-à-dire entraver l’approfondissement des causes en question ici même !), voire pour certains ayant positivement servi la soupe à ce dernier, on ne pouvait guère attendre des initiateurs du « Manifeste » qu’ils prissent tout soudain une ligne autre que compatible avec leur projet foncier de reconstitution d’une force finalement socialiste-courtoise (satellites compris), avec une réelle amplitude de débat puisqu’on autorisera de discuter de tout pour savoir si c’est Benoît Hamon ou Christiane Taubira qui doit en prendre la tête — en tremblant même du fol espoir que Raphaël Glucksmann puisse faire don de son corps à l’Europe sociale et à l’accueil de l’Autre. De là d’ailleurs ce cycle asymétrique caractéristique, indexé sur le calendrier électoral, qui fait assaut de toutes les audaces pendant quatre ans et demi, puisqu’elles sont essentiellement verbales, et pendant les six mois qui précèdent l’élection enjoint de retourner à l’écurie pour voter Hollande, Macron, ou bien le prochain équivalent fonctionnel, il faut quand même être raisonnable — ou bien faire barrage. En tout cas ne rien commettre d’irréparable qui dérangerait l’ordre contemporain autrement qu’en mots (et encore).

La question de l’euro n’étant que […]

Suite à lire sur : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 17-10-2018

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Commentaire recommandé

Dominique Gagnot // 28.10.2018 à 09h02

Oui, il faudrait. Mais ils ne veulent pas faire, et on sait pourquoi.

La bonne question est : faudrait qu’on (le peuple) fasse quoi ?
Réponse : exiger de la force publique qu’elle vire ces usurpateurs, au nom de la DDHC de 1789…

Les syndicats font partie du système, ils ne peuvent pas faire de politique. Ou alors ça devient des partis politique.
Les intellos qui font vraiment de la politique ne seront jamais invités sur les plateau (voir Etienne Chouard invité 1 fois chez Taddei sur FR2 en 2014 => ils ont supprimé carrément l’émission ! )

Les vrais intellos qui se permettent d’avoir des idées, sont d’illustres inconnus puisqu’ils n’ont pas accès aux gros médias. On les trouve un peu partout sur le net.

28 réactions et commentaires

  • John V. Doe // 28.10.2018 à 07h34

    Bien que fort verbeux, Lordon tape juste. J’en retiendrai surtout l’intertitre que l’on retrouve sur le site originel « le problème des salariés français, ce ne sont pas les migrants, c’est la mondialisation, par conséquent nous en appelons à la démondialisation, sortie de l’euro en tête » Comme dit l’auteur, ce serait enfin un appel plein de sens.

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  • pucciarelli alain // 28.10.2018 à 07h59

    Bonjour. Des signataires du manifeste au positionnement syndical, il serait bon de faire à nouveau prendre l’air à un vieux concept marxiste. Dans le cadre de la lutte des classes, qui fait rage, ces gens sont des collaborateurs des classes dirigeantes, et personnifient à leur niveau ces “élites” qui sont passées avec armes et bagages du côté du pouvoir oligarchique, dispensateur de revenus de places et de notoriété. Sous-estimer ce parti pris social idéologique et politique peut paraître regrettable: il ne s’agit en aucun cas pour eux de s’opposer au mondialisme ultra libéral, mais de pratiquer la charité morale dont Médiapart par exemple s’est fait une spécialité, en bref de “nous promener”. Stratégie dilatoire qui pour l’heure n’est pas sans effets sur l’opinion. Dans ce cadre, que chacun choisisse son ou ses coupables, hélas ils sont légion. Tout cela se terminera sans doute mal. Cordialement.

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  • Roger // 28.10.2018 à 08h39

    Au fond, sur cette étude de cas particulièrement significative, F.Lordon développe une idée qui devrait être évidente:
    -il faudrait que les intellectuels fassent de la Politique au sens originaire du terme;
    -Il faudrait que les syndicats fassent eux aussi de la Politique;
    Et enfin , cette sorte d’incongruité, pour nos media de milliardaires:
    -Il faudrait que nos hommes et femmes Politiques fassent vraiment de la Politique!
    Alors peut être que les 50% de nos concitoyens qui ne se déplacent même plus pour aller voter, penseront que ça vaut la peine de retrouver les chemins qui mènent aux urnes…

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    • Dominique Gagnot // 28.10.2018 à 09h02

      Oui, il faudrait. Mais ils ne veulent pas faire, et on sait pourquoi.

      La bonne question est : faudrait qu’on (le peuple) fasse quoi ?
      Réponse : exiger de la force publique qu’elle vire ces usurpateurs, au nom de la DDHC de 1789…

      Les syndicats font partie du système, ils ne peuvent pas faire de politique. Ou alors ça devient des partis politique.
      Les intellos qui font vraiment de la politique ne seront jamais invités sur les plateau (voir Etienne Chouard invité 1 fois chez Taddei sur FR2 en 2014 => ils ont supprimé carrément l’émission ! )

      Les vrais intellos qui se permettent d’avoir des idées, sont d’illustres inconnus puisqu’ils n’ont pas accès aux gros médias. On les trouve un peu partout sur le net.

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      • lois-economiques // 28.10.2018 à 14h10

        Sur les plateaux télé peut-être pas mais sur France Culture nombreux intellectuels sont régulièrement invité à commencer par Lordon ou Jean Claude Michéa que j’apprécie également beaucoup.
        La thèse de Lordon se résume par :
        « Les structures déterminent les comportements, si vous souhaitez changer les comportements alors il convient de modifier les structurent qui les déterminent. »
        Et une des structures les plus parasitaires qui existe c’est la publicité. Interdire toute forme de publicité c’est une condition nécessaire à tout véritable changement sociétale.

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        • sauvingnin // 28.10.2018 à 16h06

          Quelle structure nous rendra capables de ce comportement ?

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        • Gaby // 28.10.2018 à 16h43

          Ça pourrait être un premier combat à mener : interdire la publicité, à la manière de Gandhi qui a commencé par protester contre une taxe sur le sel (si je ne me trompe pas).

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    • RGT // 28.10.2018 à 09h23

      “Il faudrait que les xxx fassent de la politique”…

      Pour qu’ils en fassent réellement il faudrait en premier lieu qu’ils soient motivés à le faire.

      Pour l’instant, les intellectuels, les syndicats et tous les autres ne sont que des imposteurs qui ont vu une bonne perspective de carrière qui leur permettra de leur garantir des revenus confortables et la certitude d’être à l’abri du besoin pour toute leur existence.

      Comment voulez-vous que des personnes réellement motivées par les concepts politiques qu’ils sont censés défendre puissent émerger dans ce microcosme si bien régenté au profit de la “Sainte Économie Généreuse” (pour ceux qui en profitent).

      Sachant de plus que l’accès à la “notoriété” est strictement contrôlé par les profiteurs qui ne vont surtout pas se tirer une balle dans le pied.

      C’est con mais le seul moyen de changer réellement les choses consiste à renverser violemment la table en foutant une trouille monumentale aux détenteurs du pouvoir.

      Si le peuple ne le fait pas, le “pouvoir” lui ne se gênera pas.

      Ça s’appelle la violence d’état et c’est tout à fait légal, allez savoir pourquoi.

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  • Emmanuel // 28.10.2018 à 09h08

    “Tout ceux qui avaient décidé de ne pas voir” : ce déni est bien la caractéristique depuis la crise de 2008…hier l’élection de Trump, le Brexit, etc (avec à chaque fois, l’étonnement de “l’intelligenstia”, pas si “intelligente” pour ne pas avoir compris)…..10 ans après, chacun s’accorde de plus en plus à dire, même chez les libéraux, qu’il y a quelque chose qui cloche….Sans en tirer la leçon. La situation de l’Italie aujourd’hui va parler d’elle-même, et il n’est pas du tout faire preuve de géni exceptionnel que de prévoir là, la source d’une prochaine crise économique et financière. Demain le Midterm américain (qui va sans doute conforter Trump), après demain un Brexit forcé, après-après demain des élections européennes, et avec toutes les tractations pour le renouvellement des représentants des principales institutions (BCE, Commission, etc..), avec des velléité allemandes de pouvoir se placer en pôle position et de verrouiller encore plus le système (à son avantage, ce qui ne va pas arranger les affaires des autres pays). La folie néolibérale ne semble vouloir s’arrêter qu’après l’effondrement….(mais pire que 2008, qui n’a pas suffit).

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  • tchoo // 28.10.2018 à 09h47

    Il faudrait tout simplement que les signataires du manifeste et les responsables syndicaux tirent toutes les conséquences de leur positionnement et de leurs revendications, qui pour aboutir suppose qu’ils s’intéressent à la politique et surtout à modifier profondément le cadre dans lequel nous sommes.
    Parce ce que ce qu’ils dénoncent, découlent directement et intrinsèquement de cadre politique actuel dans lequel on nous enfonce de jour en jour plus profondément

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    • vlois // 28.10.2018 à 12h07

      Il me semble – et je peux me tromper – que la société occidentale, ne soit pas capable de lier les choix et les implications aux conséquences. En tout cas, je ne sais pas si c’est un délire coupable ou voulu.

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  • jules vallés // 28.10.2018 à 10h08

    “lui substituer la bonne : celle qui évite de dresser un salariat contre un autre”

    Au delà de sa pédanterie récurrente et de sa jubilation a étaler son vocabulaire et la complexité de ses visions analytiques (ouf!!) Lordon pourrait aller pêcher du coté de Marx (pas groucho!) et de son analyse au sujet de l’armée de réserve (dressage d’un salariat contre un autre) dans Le Capital 1 chapitre vii ….
    et de la création de la 1ère internationale et de l’AIT (Association internationale des travailleurs) dont un des objectifs était:
    ” L’Association internationale les intéresse sur un plan corporatif si elle parvient à empêcher l’introduction en Grande-Bretagne d’ouvriers du continent venant briser les grèves ou faire tendre les salaires à la baisse”
    (https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_internationale_des_travailleurs)

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    • Alfred // 28.10.2018 à 21h24

      Ouala. Enfin. Merci. Cette pseudo gauche qui a échangé Marx contre de bons sentiments est exaspérante. Tout ce qui nous arrive a été décrit et théorisé. Et il n’y a que les capitalistes pour s’en souvenir. Et il leur suffit d’agiter l’épouvantail pour faire rentrer tous les moineaux dans le rang.

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  • martin // 28.10.2018 à 10h15

    Je ne trouve pas Lordon verbeux, mais on voit bien qu’il aime le XVII° et qu’il est latiniste.

    Sur le fond, le texte est parfaitement juste. Les peuples mécontents grognent et cherchent vengeance, et si ses porte -paroles attendus les oublient (tout en s’obstinant à occulter les causes réelles de leur malheur), alors ils vont aller vers le fascisme. On a presque envie de parler de loi sociologique ou historique. ” Perdu pour perdu, autant faire le plus mal possible à toutes ces élites prétendument démocratiques et qui nous ont trahies”.

    C’est pourtant clair, reconnaissons-le!

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    • R.C. // 30.10.2018 à 01h23

      Parfaitement d’accord avec vous, Lordon n’a rien de verbeux. Ou, alors, il faudrait se contenter des écrits de plumitifs laborieux et indigestes qui ont oublié les richesses d’une langue française au service d’une clarté de la pensée ?
      Que Lordon se fasse plaisir (?) à écrire, pourquoi pas s’il procure un plaisir de lecture et de compréhension à ses lecteurs.
      Le combat politique – car c’est bien de cela dont il s’agit -, s’il veut aboutir, passe nécessairement par la clarté des idées et de l’expression de ceux qui entendent le mener. Et Frédéric Lordon est l’un de ceux-là (bien trop rares).

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  • Zibeline // 28.10.2018 à 10h46

    Actuellement, tous ces manifestes signés par la bien-pensance s’arrêtent tous sur le seuil en n’ouvrant jamais la porte au prétexte que ce serait un acte politique et continuent de piétiner ainsi, à l’arrêt, en prétendant être aller au plus loin de leur réflexion.
    Il est vrai que, ne pas donner leurs noms aux causes, ne peut que laisser le champ libre à ceux qui utilisent ce piétinement intellectuel comme un aveu de faiblesse, à juste titre puisque rien ne se passe concrètement. “Vous voyez bien qu’ils ne font rien pour vous.” Et de proposer des “raisons et des solutions”, la faute aux migrants, un système fort qui vous protégera de ceux qui vous ont abandonnés.
    Dire que la lutte des classes existe, que l’écologie est incompatible avec le modèle ultra-libéral, qu’il n’y a pas d’aménagement possible de ce modèle, voilà ce qui se trouve derrière la porte mais ces manifestes continuent de nous faire piétiner sur le seuil, en ayant, eux, la bonne conscience du devoir accompli.
    Établir la liste des symptômes sans jamais nommer la maladie, ne permet pas d’accomplir la focalisation nécessaire à toute guérison.

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  • vlois // 28.10.2018 à 11h58

    Je ne suis pas d’accord avec ce que dit Lordon sur le RN car c’est justement le rôle dévolu à ce parti (dans le jeu de la partitocratie actuelle) que de ternir tout modèle alternatif, par sophisme d’association tout ce qui est blanc devient noir et suspect, d’extrème-droite… Je crois que JM Le Pen nous a renseigné discrètement sur ce point à propos d’un 2ème tour de Présidentielle.
    Ce n’est pas de la récupération, c’est du ternissage, miroirs aux alouettes pour déçus alors que l’extrème-droite opérative est au sommet de l’Etat pour la casse sociale, (ou l’extrème-centre, parti unique à voir ce que fait le Ministère de la Justice et de l’Intérieur). De sorte que LREM continue le travail d’illusionnisme du jeu politique français.
    “Pendant ce temps, c’est le Rassemblement National, avec toute son habileté perverse à la récupération, qui, sur les plateaux, fait désormais l’apologie des circuits courts…”

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  • justinos // 28.10.2018 à 17h58

    Le RN est toujours présenté comme “pervers”, récupérateur, surfeur, et ravi – “au fond” – de l’aggravation de la situation . Que ses électeurs puissent avoir le souci légitime – que Lordon légitime, à raison – d’eux-mêmes ; que ses cadres puissent – en somme – avoir une âme et déplorer sincèrement l’abandon du peuple par les élites, cela, il est interdit de le penser. Ils doivent être tous – absolument tous – des salauds. C’est ontologique, substantiel, essentiel, éternel. Que la Gauche par contre – et pas seulement la non “critique” – ait abandonné ce peuple et ne s’intéresse qu’aux migrants, à LGBT, aux petites bêtes, au Diesel pollueur, au Saint Empire européen non germanique, aux nudistes (qui ont leur espace à la fête de l’Huma), à son nombril de “gauche”, que sais-je ?, ne saurait compromettre sa vertu ontologique, substantielle, essentielle, éternelle… même si elle s’est oubliée un peu ces temps derniers il est vrai. Le Mal versus le Bien. La Vice versus la Vertu. Et la caravane du Mal de bientôt passer partout sous les sifflets indignés. MAIS A QUI LA FAUTE ? Regardez encore la pub, le meilleur des symptômes : on croirait que la moitié des couples sont mixtes en France. C’est de la réclame pour le métissage comme les nazis en faisaient pour les enfants blonds. La politique, le culturel, l’économique sont étrangers au peuple (il est vrai divers : se méfier du concept… si c’en est un ; alors disons “les gens”, comme Georges Marchais) : comment ne se sentirait-il pas étranger (i.e. aliéné) ? Alors il se tourne vers cet autre proscrit qu’est le RN. LOGIQUE.

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  • Célavy // 28.10.2018 à 20h39

    Oui, c’est clair… mais désespérant ! Et pourtant chacun cherche comment réveiller les consciences : les Colibris ? les petits agriculteurs ? les enfants ? (ils sont nombreux qui comprennent parfaitement l’avenir hideux qu’on leur prépare et qui voudraient pouvoir intervenir et être écoutés…) –

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  • Grrr // 28.10.2018 à 22h02

    La première partie de l’article (non publiée par lescrises) est excellente aussi.
    Le capitalisme désigné comme cause du réchauffement climatique, niée par les médias qui préfèrent montrer les individus du doigt. Anthropocène non… capitalocéne oui! Merci Lordon.
    [modération : https://www.les-crises.fr/appels-sans-suite-1-par-frederic-lordon/ ]

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  • Nadji // 29.10.2018 à 05h15

    J’ai lu les deux textes de F. Lordon. Au-delà de la forme (une maîtrise parfaite), j’y ai trouvé, toute proportion gardée par ailleurs, une description si objective de la domination, la achevee et ici (en Algérie par extension) si enracinée du capitalisme néolibérale.
    Même si nous publions très peu (nous sommes dans un pays où les obstacles aux chercheurs, universitaires et intellectuels en général sont d’une force insoupçonnée) beaucoup d’entre nous ici en Algérie n’en pensent pas moins.
    Enfin, remarquons la forme jubilatoire que prend la critique anti-capitaliste de F. Lordon. Sans aucunement amoindrir la force et l’objectivité de son analyse, elle en ajoute en qualite.
    Merci Monsieur Frédéric Lordon.

    Pr Nadji Khaoua
    Annaba, Algérie.

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  • lon // 30.10.2018 à 22h31

    J’aime beaucoup le style de Lordon , malgré les apparences il n’y a pas un mot de trop .
    Jamais nous n’avons vécu une époque si moralement et politiquement conformiste , et il est bon que des intellectuels de la classe de Lordon ( ou Todd ) la dénoncent encore et encore . C’est là le vrai combat d’un intellectuel , défaire le discours dominant , le mettre à nu, en dénoncer les impostures .

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  • METZGER // 31.10.2018 à 11h10

    Flatus vocis : (emprunt fait à l’auteur ) voici en résumé le débat sur la domination du capitalisme version néo-libérale, pareil pour le climat, idem sur les mouvements de populations, ( humanitaires ou économiques ) du sort des abeilles à celui de Julien Assange. Bravo pour la dénonciation des impostures, de la médiocratie, de la manipulation des informations par la presse main stream au service de bla-bla-bla, etc….
    Pour changer de logiciel, pour se sauver, notre société doit se débarrasser physiquement des dominants et de possédants actuels : Jean Ziegler a bien expliqué que les oligarques ne lâcheront leurs prérogatives, possession et pouvoir qu’avec une charge de mitraille dans le ventre. Il faut que la loi et surtout les services d’ordres cessent d’être à leur service. Il nous faut une révolution et se cacher qu’elle sera sanglante est une illusion. Le premier signe qui indiquerait que la population y est prête, serait que les avions restent au sol : cette pollution massive de la stratosphère, ce gaspillage délirant des ressources non-renouvelables, pour le confort d’un “petit” voyage en Australie, l’achat de Kiwis du Pérou, et la consommation irraisonnée de cochonneries venant de l’autre bout de la planète serait un signe favorable. Or les plus jeunes, habitués dès le biberon à ce mode de vie scieur de branche sur laquelle nous sommes assis, montre la tempe de leur doigt quand on ose seulement l’envisager… Nés esclaves et faits pour le rester, plongés dans ce monde virtuel, ces adipocytes bourrés au taccos, ne lèveront pas le petit doigt. Et nous, on est déjà trop vieux. Y’a plus qu’à continuer à pérorer et radoter doctement, à la Lordon et s’en féliciter copieusement ! Je lève mon verre à ce beau combat intellectuel ( seulement, ça fait moins mal ) qui met à nu le discours dominant ! Reverse-moi une rasade de dénonciation, Paulo !
    Au passage, chaque fois que j’écris et je signe cela, tout le monde fait semblant de n’avoir rien lu. Bizarre, non ?

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    • lon // 01.11.2018 à 14h56

      Metzger mon ami, inutile d’employer ce ton cynico-pleurnichard : quand je dis que c’est le combat d’un intellectuel c’est exactement cela que je veux dire : le combat d’un intellectuel . Si mes souvenirs sont bons c’est pas Karl Marx qui a combattu et pris le pouvoir en octobre 17 , et ça m’étonnerait que Chomski fasse le coup de feu lors de la prochaine révolution , prochaine révolution d’ailleurs qui n’attend que ton courage , malgré ton grand âge, pour avoir lieu …

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  • METZGER // 03.11.2018 à 23h18

    Cher Ion, merci de n’avoir pas lu, pas compris, ni répondu : ma question est pourtant simple : qui peut abandonner notre douillet confort pour mettre des actes sur ces mots ? Je suis prêt à parier que personne ne le veux, ni même ne le souhaite. Il y des hommes qui bâtissent des maisons, élèvent des enfants, portent des charges, prennent des initiatives, et d’autres, qui, tous les jours, rédigent des révolutions de papier. Tu n’as tout de même pas la prétention d’être Marx ? Si il y avait le moindre frémissement d’envie chez un petit nombre de concitoyens je pourrais te proposer :”chiche ?” Las, rien que de beaux discours : des yakas qui nous expliquent ce qu’on aurait jamais du faire.

    Pour sortir du jardin d’enfants, il faut une qualité : la lucidité. Mais il reste vrai que les coups de mentons de nos intellectuels sont un baume sur nos humiliations, nos lâchetés. J’aimerais qu’après une rasade de saine analyse, un simple mode d’emploi qui explique comment on sort du merdier. [modéré]

    En résumé, le diagnostic est fait, depuis des lustres, et chose curieuse, nous sommes tous d’accord: j’attends maintenant la recette du clystère ! Notre époque est Panem, Circences, Vino et jeux vidéos. Je ne cours aucun risque à parier sur les prolongations de la logomachie ambiante jusqu’à l’effondrement total.

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  • chr bernard // 04.11.2018 à 13h44

    ” le problème des salariés français, ce ne sont pas les migrants, c’est la mondialisation” ; certes, mais l’immiagration est en soi un mécanisme de mondialisation.
    Par ailleurs, il n’y a pas que qu’économie dans la vie : l’immigration pose d’incontestables problèmes culturels..

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