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19.juin.202019.6.2020 // Les Crises

Conseil européen du 19 juin : de multiples questions – par Jean-Michel Naulot

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Source : Blog Mediapart – Jean-Michel Naulot

Qui remboursera l’emprunt ? En attente d’un hypothétique accord sur de nouvelles taxes, les Etats doivent-ils accepter le doublement de leurs contributions au budget ? A quels critères répondent les subventions ? L’emprunt de 750 milliards peut-il être lancé sans révision des traités ? Les Etats doivent-ils accepter une procédure permettant à la Commission d’exercer de fortes pressions ?

Publié dans Le Monde daté des dimanche et lundi 14-15 juin 2020

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En annonçant un plan de relance de 500 milliards d’euros, puis la semaine suivante de 750 milliards, Ursula Von der Leyen, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont donné l’impression que Noël était arrivé au printemps ! Une douce euphorie a envahi pendant quelques jours les marchés financiers. Ces 750 milliards seraient empruntés par l’Union européenne (UE) puis distribués de deux manières : à hauteur de 250 milliards sous forme de prêts et à hauteur de 500 milliards sous forme de subventions, notamment en faveur de l’Italie (81 milliards) et de l’Espagne (77 milliards).

Une première question se pose aussitôt : comment sera remboursé l’emprunt pour la partie affectée aux subventions ? Par une augmentation des contributions des Etats membres (72% des ressources du budget) ou par de nouvelles ressources propres à l’UE ? Plusieurs pistes sont évoquées : produits du marché des quotas de carbone, taxe carbone aux frontières de l’UE, taxe numérique, taxe sur les emballages en plastique non recyclables, taxe sur les grandes entreprises, taxe sur les transactions financières… Cet inventaire est impressionnant, mais est-il réaliste ? Les produits des enchères du marché de carbone sont actuellement affectés aux Etats pour la transition énergétique ; l’extension de ce marché aux transports aérien et maritime, comme la taxe carbone aux frontières, se heurte à l’hostilité de nombreux pays ; la taxe GAFA est bloquée par la menace de représailles américaines et les réticences allemandes ; la taxe sur les transactions financières a été abandonnée après plusieurs années de négociations. Pour le moment, le plan de relance est donc loin d’être financé.

La Commission propose de ce fait une présentation budgétaire où les ressources nouvelles destinées à rembourser l’emprunt sont incertaines. Leur progression devra pourtant être spectaculaire. De 0,89% du revenu national brut (RNB) des Etats membres, soit 152 milliards, elles devraient atteindre, en principe à titre temporaire, jusqu’à 2% du RNB. La Commission qualifie cette évolution de « marge de manœuvre élargie », marge qui servirait de garantie pour l’emprunt.

Mais en cas d’échec sur le front des taxes, les Etats membres seraient mis à contribution. Pour la France, qui doit recevoir 39 milliards de subvention et dont le taux de contribution va passer de 15% à 17% à la suite du départ britannique, l’opération deviendrait largement perdante.

A côté de cette incertitude financière, le plan comporte des incertitudes juridiques de trois ordres : la légalité des subventions, leur nature et leur destination, la base juridique de l’emprunt.

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Commentaire recommandé

Frexit // 19.06.2020 à 21h15

Les Etats, La Commisson Européenne n’ont aucun pouvoir de création monétaire, contrairement à la BCE.
Ils sont donc condamnés à emprunter.
Et l’article pose la bonne question : quand on emprunte, il faut un jour rembourser. Qui remboursera d’après vous?
On avait déjà la dette publique nationale (qui a dépassé les 100 points de PIB).
On avait déjà la dette privée (qui est de l’ordre de 130 points de PIB) et qu’on oublie souvent de citer (le privé est tellement mieux que le public nous rabâche-t-on).
On aura maintenant, si tous les Etats membres de l’UE donnent leur accord, une dette européenne.
Que va-t-on laisser à nos enfants et petits-enfants? Un himalaya de dettes.
Et il n’y a pas que le problème du nominal à rembourser. Il y a aussi le problème des intérêts. Les taux d’intérêts sont très faibles, voire négatifs mais cette montagne de dettes interdit en pratique toute remontée des taux, sinon c’est la catastrophe. La BCE, qui est à la manœuvre, est condamnée à poursuivre sa politique d’assouplissement quantitatif (QE) pour maintenir les taux bas. La Fed va encore plus loin : elle est prête à acheter, sans limites, des dettes d’entreprises complètement pourries, pour leur éviter la faillite!
On a atteint l’extrême de l’absurde; Beckett et Ionesco n’avaient pas imaginé cela. Nos responsables politiques ont fait dans ce théâtre de l’absurde, mieux, infiniment mieux. Qui peut dire comment on se sortira de cette situation?

13 réactions et commentaires

  • Frexit // 19.06.2020 à 21h15

    Les Etats, La Commisson Européenne n’ont aucun pouvoir de création monétaire, contrairement à la BCE.
    Ils sont donc condamnés à emprunter.
    Et l’article pose la bonne question : quand on emprunte, il faut un jour rembourser. Qui remboursera d’après vous?
    On avait déjà la dette publique nationale (qui a dépassé les 100 points de PIB).
    On avait déjà la dette privée (qui est de l’ordre de 130 points de PIB) et qu’on oublie souvent de citer (le privé est tellement mieux que le public nous rabâche-t-on).
    On aura maintenant, si tous les Etats membres de l’UE donnent leur accord, une dette européenne.
    Que va-t-on laisser à nos enfants et petits-enfants? Un himalaya de dettes.
    Et il n’y a pas que le problème du nominal à rembourser. Il y a aussi le problème des intérêts. Les taux d’intérêts sont très faibles, voire négatifs mais cette montagne de dettes interdit en pratique toute remontée des taux, sinon c’est la catastrophe. La BCE, qui est à la manœuvre, est condamnée à poursuivre sa politique d’assouplissement quantitatif (QE) pour maintenir les taux bas. La Fed va encore plus loin : elle est prête à acheter, sans limites, des dettes d’entreprises complètement pourries, pour leur éviter la faillite!
    On a atteint l’extrême de l’absurde; Beckett et Ionesco n’avaient pas imaginé cela. Nos responsables politiques ont fait dans ce théâtre de l’absurde, mieux, infiniment mieux. Qui peut dire comment on se sortira de cette situation?

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    • Fabrice // 19.06.2020 à 23h35

      Ceci dit que vaut une dette faite avec de la fausse monnaie créée ex-nihilo de banques en faillites, j’espère que nos héritiers sauront relever ce point et se libérer de cette dette.

      une petite video de thinkerview avec Olivier Delamarche qui résume bien la situation :

      https://youtu.be/yOcEiXiYIDA

        +5

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      • Blabla // 23.06.2020 à 11h33

        Ce n’est pas la première fois dans l’Histoire.
        Un exemple fameux fut l’Allemagne pendant les années 30.
        Dans tous les cas, cela se finit mal, pour les peuples évidemment, mais parfois des têtes couronnées tombent également et d’anciens riches tombent de haut.
        Nous vivons une époque intéressante.

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  • Dominique Gagnot // 20.06.2020 à 00h51

    Puisque la BCE peut alimenter les entreprises cotées en bourse en monnaie fraîche, il leur serait, en principe, possible de distribuer des dividendes sans aucune activité !
    C’est ce vers quoi tend le système : Un marché boursier ou s’échangent des titres d’entreprises virtuelles, alimenté par la BCE. Dans les milieux spécialisés elles portent un nom : les « entreprises zombies ». (voir p. 38 à 42 de http://bit.ly/tragédiecapitaliste )
    L’économie réelle de son coté sera réduite a des activités de survie en marge du système.

    Et dans le même temps les hyper fortunés auront su s’aménager des lieux de replis pour s’y abriter eux et leurs serviteurs…

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  • anti mondialiste // 20.06.2020 à 03h23

    La relation entre la banque centrale et les banques commerciales est une illustration marquante des dérives du capitalisme financier. Derrière des noms rébarbatifs comme les TLTRO (targeted longer-term refinancing operations), il se passe en réalité des choses qui en disent long sur le monde dans lequel on vit. Il faut en effet savoir que la banque centrale vient d’accorder, ce jeudi 18 juin 2020, plus de 1 308 milliards d’euros de prêts à taux négatifs aux banques, c’est-à-dire qu’elle va les payer pour emprunter (13 milliards d’euros de dons aux banques dès cette année). Les TLTRO permettent en effet aux banques privées de gagner beaucoup d’argent en ne faisant rien d’autre que d’emprunter auprès de la banque centrale, et cela sous la seule condition d’accorder des prêts aux agents économiques (tâche dont on aurait naïvement pu penser que c’était leur cœur de métier). En outre, ces prêts sont désormais majoritairement garantis par l’État (pour plus de 100 milliards d’euros en France au 18 juin), et donc sans risque pour les banques. Se faire payer pour emprunter de l’argent tout en étant sûr de se faire rembourser par de l’argent public en cas de défaut de l’emprunteur, c’est magique, n’est-ce pas ? Explications.

    https://www.institut-rousseau.fr/quand-la-banque-centrale-donne-gratuitement-de-largent-aux-grandes-banques-commerciales-au-lieu-de-financer-la-reconstruction-ecologique/

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  • soleil vert // 20.06.2020 à 07h32

    Proposition naïve mais éthique : pourquoi ne pas prendre dans la poche de ceux qui se sont enrichis pendant cette épidémie ? (Les milliardaires américains par exemple ont touché le jackpot).

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    • vert-de-taire // 24.06.2020 à 22h54

      Surtout qu’ils sont d’accord pour le rendre.

      Car enfin un milliard font 1000 millions
      et 2+2 font 4
      tout est si simple dans ce monde calculatoire et virtualisé.

        +0

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  • Anfer // 20.06.2020 à 11h35

    L’important c’est d’avoir les outils de production, les savoirs, les infrastructures, (et une bonne armée).

    Face à ça, la dette n’a qu’une importance réduite, on peut faire défaut de toute façon.

    Question de rapport de force, comme toujours.

      +5

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    • step // 21.06.2020 à 10h29

      Tout ce dont on vient de se délester, avec une confirmation glorieuse avec l’élection d’un liquidateur assumé à la tête de l’état. Entre la chimère des « champions européens » et sa docilité aux amicales pressions américaines, tout ce que nous n’avons plus donc…
      Quand à l’armée, il faut savoir raison garder sur sa loyauté, encore plus depuis sa professionnalisation. Les corps militaires professionnels se sont toujours rangés du côté du manche y compris quand il fallait procéder aux pires besognes, avant de retourner leur veste quand le sens du vent historique changeait.

        +3

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  • Rond // 20.06.2020 à 22h15

    Intéressant tout ça. Comment allons-nous expliquer à nos enfants et petits enfants que : « vous avez une dette Kolossale et abyssale à rembourser » grâce à nous qui avons laissé des fous nous gouverner et des cinglés incommensurables piloter tout ce foutoir soit disant financier et/ou économique et de tellement très très haute politique que les gens d’en bas ne peuvent pas comprendre. Y a-t-il ici un joyeux penseur d’en haut ou d’en bas, prêt à affronter leurs regards et d’autres outils plus inquiétants ?
    Bon, continuons à bavarder et pérorer, c’est ce que nous savons faire de mieux, il semble.
    A mon humble avis, leur opinion est déjà forgée. C’est pourquoi ils se désintéressent de nos problèmes à un point qui donne une idée de l’infini. L’école qui forge des bons esclaves, ils s’en foutent. Notre monde et sa pérennité, ils s’en foutent. Le fric, ils s’en foutent sauf pour se noyer dans les mondes d’illusions. La planète, ils y pensent un peu, tristement, mais n’ont pas les outils pour changer le cours des choses. Se sentant impuissants, ils attendent, sagement. Pour prendre notre place ? Notre planète est si déglinguée, et ils en sont conscients, qu’ils pourraient même s’interdire de réinventer quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à ce que « nous » tentons de sauver à tout prix. Bref, n’en déplaise aux bouffis de certitudes, rien ne sera comme avant. Et c’est bien.
    Monsieur Naulot, avec votre plume, n’y a-t-il rien de plus urgent à traiter que cette europe moribonde dans l’œuf ?

      +0

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  • Bleck // 21.06.2020 à 15h34

    Une dette cela s’annule. Une banque privée, cela se mets au pas, quitte à envoyer l’armée du peuple, prendre physiquement le contrôle de ces établissement mafieux.
    Il y a un moment, où, il faut arrêter de discuter, d’écrire dans les forums jusqu’à la nausée pour toujours rejeter plus loin la seule solution qui vaille : agir, bousculer le réel.
    Il faut se rappeler que les peuple français s’est fait confisquer le résultat du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe. Et nous avons quoi ? Cette Europe, qui pourrit la vie des gens au quotidien (sauf une toute petite élite). Gauche comme Droite, monde financier et hauts patronats, dealers, tous, main dans la main, ont fermé les yeux et ont continué à ignorer ce résultat. La raison est toujours la même : l’inaction du peuple.
    Comme disaient les anciens : « les discours ont perdu le pays ». C’est exactement ce que nous vivons.

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    • vert-de-taire // 24.06.2020 à 23h05

      Oui
      le rapport de forces,
      la capacité de nuisance.

      Juste une remarque : la police (et autres forces) est très bien armée
      Et elle a des manières si légitimes et persuasives de soumettre les récalcitrants…

      Mon arme face à cette force policière des ploutocrates c’est ma vie.
      On voit ce qu’elle coûte dans cet effondrement capitaliste.
      Encore moins que dans les précédents.
      De l’ordre du 1 dix milliardième.
      poussière de gueux.

        +0

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