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30.mai.202130.5.2021 // Les Crises

Covid-19 : Pourquoi les Palestiniens sont privés d’accès aux vaccins

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Alors que les habitants de nombreux pays commencent à voir la lumière au bout du tunnel, nous sommes une fois de plus laissés pour compte, écrit Laila Barhoum.

Source : Consortium News, Laila Barhoum
Traduit les lecteurs Les-Crises

Le no man’s land dans ce qu’Israël appelle la zone tampon le long de la frontière Gaza-Israël, 2008. (Kashfi Halford, Flickr, CC BY-NC 2.0)

Par Laila Barhoum, depuis Gaza

Nous avons réussi à tenir le Coronavirus à distance pendant cinq mois à Gaza, la bande de terre palestinienne densément peuplée et entourée d’Israël que j’appelle ma maison. Mais le Coronavirus ne respecte pas les murs ou les frontières artificielles. Alors que l’on se préparait à ce que la pandémie franchisse inévitablement un blocus dont si peu de Palestiniens en sont capables, nous avons attendu qu’elle vienne à nous. Et elle est venue.

Dans l’un des endroits les plus isolés au monde, nous savions que le virus qui se propageait insidieusement dans notre communauté pouvait être catastrophique. Les premiers jours, les réalités de plus de deux millions de Palestiniens, coincés entre un mur et la mer à Gaza, ont été soudainement partagées avec des millions d’autres personnes dans le monde qui ne pouvaient pas quitter leur maison et manquaient de fournitures de base. « Cher monde, comment se passe le confinement ? – Gaza » était en vogue sur Twitter.

Cher monde, comment se passe le confinement ? #Gaza demande,,,,, #freePalestine #liberté #palestine #HumanRights #jerusalen #minimumstandardofliving #italy #Corona

Ce que nous voyons aujourd’hui, les habitants de Gaza le voient tous les jours depuis très longtemps.

Aujourd’hui, comme dans le reste du monde, le virus s’attaque à notre communauté déjà éprouvée, avec une nouvelle vague qui appelle à de nouvelles mesures de confinement – et avec le début du ramadan. Mais vous ne pouvez pas porter un masque quand vous n’en avez pas.

Vous ne pouvez pas prendre de distance sociale lorsque vous vivez dans un camp de réfugiés surpeuplé, ou que vous partagez une petite maison avec une grande famille. Vous ne pouvez pas vous laver les mains pendant 20 secondes quand vous n’avez pas assez d’eau courante. À Gaza, il est difficile de prendre des mesures pour se protéger d’une pandémie alors que nous luttons déjà pour survivre.

De jeunes Palestiniens conduisent leur bateau le long de la côte près du port de la mer de Gaza, vendant des tours de bateau comme moyen de gagner leur vie. (Laila Barhoum/ Oxfam)

Et alors que de nombreux pays commencent à voir la lumière au bout du tunnel, alors que le programme de vaccination tant attendu prend de l’ampleur dans le monde entier, Gaza est une fois de plus laissée pour compte.

Alors qu’Israël a été célébré dans le monde entier pour le rythme soutenu de son programme de vaccination, la première cargaison de 2 000 doses de vaccin, destinée au personnel médical travaillant dans les salles de soins intensifs et les services d’urgence, a été initialement bloquée par les autorités israéliennes à l’entrée de Gaza.

Ce que veut dire une «Politique de ségrégation »

Pour chaque lot ultérieur de vaccins destinés à notre petite enclave côtière, c’est Israël seul qui décidera s’il peut entrer. C’est ce que signifie sa « politique de ségrégation » qui nous maintient isolés du reste du monde et incapables de nous libérer de nombreuses chaînes, dont le virus.

Mais il y a pire. Alors que plus de la moitié de la population israélienne est entièrement vaccinée contre le Coronavirus, Israël a utilisé les vaccins excédentaires comme monnaie d’échange diplomatique, passant des accords avec la République tchèque, le Honduras et le Guatemala pour obtenir en échange des votes aux Nations Unies et des ambassades.

Bien que la campagne de vaccination d’Israël ait été étendue aux Palestiniens titulaires d’un permis de travail en Israël et dans ses colonies, cela ne suffit pas à assurer le rétablissement du territoire palestinien occupé ni même à couvrir nos besoins prioritaires.

Le long passage au point de passage d’Erez que les Palestiniens utilisent pour entrer et sortir de Gaza, lorsqu’ils y sont autorisés. (Laila Barhoum/Oxfam)

Une fois de plus, Israël refuse de protéger efficacement tous les Palestiniens sous son contrôle et de leur garantir l’accès aux soins de santé les plus élémentaires, y compris une campagne de vaccination urgente, qu’il est légalement et moralement tenu d’assurer.

Cela nous dit, à moi et à tous les autres Palestiniens du territoire occupé, ce que l’on nous a déjà dit si souvent : que ma vie est considérée comme sans importance par rapport à la position politique d’Israël.

Nos droits sont trop souvent sacrifiés au profit d’Israël, et c’est encore le cas avec la Covid-19. Alors que les pays du monde entier commencent à vacciner leurs citoyens, les Palestiniens doivent se battre pour être considérés comme des êtres humains justifiant des droits humains les plus élémentaires. Nous ne voyons aucune indication que le monde nous considère comme méritant un vaccin qui peut nous sauver la vie.

L’Autorité palestinienne a récemment reçu sa première cargaison de doses par l’intermédiaire du COVAX, qui sont destinées au personnel de santé et aux personnes âgées de Cisjordanie et de Gaza. En l’absence d’une stratégie Covid-19 transparente de l’Autorité palestinienne, certaines doses de vaccins destinées aux travailleurs de première ligne ont fini dans les mains de soi-disant VIP – fonctionnaires, gardes présidentiels et équipe nationale de football palestinienne.

Il y a eu plus de 65 000 cas de Covid-19 à Gaza. Il y a deux mois, alors que nous attendions et espérions un vaccin, j’ai fait partie des statistiques. Après avoir été testée positive, j’ai eu peur, j’ai perdu la notion du temps et de l’espace, et je n’arrêtais pas de penser : et si ça empirait ?

Pendant près d’un an, j’ai tiré la sonnette d’alarme sur les mauvaises conditions du système de santé à Gaza. L’idée que je puisse avoir besoin d’aller à l’hôpital pour être soignée me terrifiait. Alors que mon souffle devenait de plus en plus court, j’ai demandé à mes poumons de ne pas me faire défaut. Il y a déjà tellement de choses qui nous font défaut ici.

Mais je continue à me battre et à me remettre de la maladie. Et je ne peux m’empêcher de penser à quel point nous avons besoin de ce vaccin et à quel point il est juste d’y avoir un accès libre et équitable.

Un vaccin sûr, efficace et universel contre la Covid-19 est une nécessité de santé publique, une priorité économique et un impératif moral pour tous les peuples du monde. Y compris ma grand-mère. Y compris mes compatriotes palestiniens. Moi y compris.

Les vaccins ne devraient jamais être une monnaie d’échange. Personne ne devrait être empêché d’accéder à des vaccins vitaux en raison de son lieu de naissance, de son lieu de résidence ou de ses moyens financiers.

Ici, à Gaza, nous sommes toujours pris au piège. Même si nous survivons à cette pandémie, je ne suis pas sûre de ce qui suivra. Les décisions qui façonnent le plus nos vies ne sont pas prises par nous, mais par les décideurs politiques à Jérusalem et, dans une moindre mesure, à Ramallah, Washington et Bruxelles. Elles servent généralement à accroître notre misère, et non à nous avantager. Aucune force, intelligence ou ambition ne peut surmonter l’impuissance de vivre sans droits.

Un an après le début de votre confinement pandémique, vous pouvez commencer à comprendre ce qu’a été le nôtre. Mais votre confinement prendra fin dans les mois à venir. Le nôtre est en place depuis 13 ans et n’a pas de fin en vue.

Laila Barhoum est une Palestinienne vivant à Gaza et une responsable politique pour Oxfam.

Source : Consortium News, Laila Barhoum, 30-04-2021

Traduit les lecteurs Les-Crises

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Commentaire recommandé

Fabrice // 30.05.2021 à 08h32

Ce qui est obscène c’est de ne pas avoir accès aux soins que l’on n’y croit ou pas, peu importe les conflits rien ne justifie que l’on traite une population ainsi, ces méthodes ont déjà été utilisées dans le passé et n’honore en rien ceux qui organisent de tels crimes.

Le choix de se vacciner ou pas est parfois un luxe que tous n’ont pas

16 réactions et commentaires

  • Malbrough // 30.05.2021 à 07h45

    Oui, Gaza est un guetto .
    Mais ça ne semble pas déranger grand monde .

      +16

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    • Brigitte // 30.05.2021 à 08h21

      Oui sur ce sujet, américains et russes sont d’accord, ayant une forte communauté israélite.
      Et ça durera tant que l’empire dominera le monde. La Chine n’a pas intérêt non plus à secouer l’olivier et risquer des représailles pour ce bout de terre arabe alors qu’Israel est un bon partenaire commercial.
      Les pays arabes sont désunis, minés par des luttes intestines, à cause des pétrodollars des émirats, mais cela pourrait changer avec la transition énergétique. Ils auront peut-être intérêt à s’unir à nouveau ou alors ils redeviendront des tas de sable. Pour l’instant la mode n’est pas lancée, le Maroc venant de rejoindre le club des « amis d’Israel » probablement invité par les USA….

        +5

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    • Jean-Do // 30.05.2021 à 11h07

      Avec en prime un petit pogrom de temps à autre, histoire de se passer les nerfs ou que le gouvernement a besoin de gagner des voix.

      A tel point que je pense que l’auteure fait une erreur en pensant que sa vie ne compte pas pour les israéliens : au contraire, elle compte beaucoup ! Elle est même irremplaçable comme bouc-émissaire, comme sujet de politique raciste, comme cible d’entraînement au tir, comme justification d’une politique sécuritaire agressive.

        +9

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  • Avunimes // 30.05.2021 à 08h13

    Cette histoire de vaccin, comme de bien attendue, devient obscène

      +7

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    • Fabrice // 30.05.2021 à 08h32

      Ce qui est obscène c’est de ne pas avoir accès aux soins que l’on n’y croit ou pas, peu importe les conflits rien ne justifie que l’on traite une population ainsi, ces méthodes ont déjà été utilisées dans le passé et n’honore en rien ceux qui organisent de tels crimes.

      Le choix de se vacciner ou pas est parfois un luxe que tous n’ont pas

        +23

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  • Jessim // 30.05.2021 à 08h37

    Et dire que la plupart des éditorialistes sur les plateaux TV défendent Israël ou plutôt le gouvernement le plus à droite de l’histoire de ce pays. Comment peuvent-ils se regarder dans une glace sans être dégoûté ??

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    • Patoche // 30.05.2021 à 10h19

      Au contraire chaque matin leur miroir renvoie un visage de lou ravi émerveillé que Leur bougnoulopho…. heu…pardon islamophobie si longtemps rentrée puisse enfin s’étaler médiatiquement et pour les plus valeureux être source de promotion.

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    • Orhan // 30.05.2021 à 13h04

      Se regardent-ils dans la glace, ou regardent-ils plutôt leur compte en banque ? Il n’y a aucune morale chez ces gens là, c’est donc pure perte que déplorer cela.

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  • Brigitte // 30.05.2021 à 10h55

    Pucciarelli, comment pouvez-vous tenir ce genre de propos? Il n’y pas de traitement probant donc seules les mesures prophylactiques sont envisageables, la vaccination étant la plus aboutie. Il n’y a pas l’équivalent des antibiotiques pour les virus. Bloquer la réplication virale n’est pas simple.
    Ce qui est un problème c’est la stratégie européenne qui nous a rendu dépendants des vaccins anglo-américains, sans parler de notre rôle de cobayes pour les nouveaux vaccins. De nombreux pays ayant des labos P3 auraient pu produire leur vaccin inactivé classique, avec une accréditation internationale ou pas.

      +0

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  • Ben // 30.05.2021 à 11h05

    On m’a dit qu’il semblerait qu’on ne soit pas totalement certains que le réseau 5G captait bien, mais ils n’ont pas de linky pour l’activer en Palestine.

    Certains veulent être vaccinés donc respecter leur choix de vous protéger.

    Celui qui ne veut pas ne le sera pas.
    Il s’agit donc bien d’une privation d’aide.

      +0

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  • Christian Gedeon // 30.05.2021 à 16h13

    Méchants israéliens! A tout hasard, je rappelle que Gaza a aussi une frontière avec l’Egypte. Juste comme ça. Elle est donc fermée aussi aux vaccins?

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  • Fernet-Branca // 30.05.2021 à 18h24

    L’article est-il bien choisi ?
    Le problème palestinien peut-il être vu plus loin qu’un problème humanitaire ?
    Il est peu probable que je puisse aller plus loin ici.
    Tous les sujets brûlants peuvent être traités sur ce blog. Sauf celui là. Où alors avec de longues, très longues pincettes.

      +3

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  • andrea naz // 30.05.2021 à 19h57

    Vous avez les chiffres de mortalité comparés à ceux d’Israël?

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  • Patrick // 30.05.2021 à 23h55

    Curieux, pas un mot sur le Hamas qui tient aussi en otage la population sous son contrôle. Bien obligé de maintenir le blocus, au détriment de la population, quand un groupe terroriste ne jure que de faire disparaître les juifs, au moins sur le territoire d’Israel, quand ce n’est pas de la terre entière.
    Ensuite que les Israéliens utilisent la vaccination comme moyen de pression, ce qui n’est pas démontré, n’est pas la meilleure solution.
    Ah oui, c’est vrai, se plaindre du Hamas à Gaza est le plus sûr moyen de signer son arrêt de mort, plus efficace que d’attraper la COVID.

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  • nanann // 31.05.2021 à 09h20

    Et bien sûr c’ est Israël le responsable de l’ incurie qui règne à Gaza ! Dans sa logorrhée, cette personne oublie le principal responsable de la situation désastreuse des habitant de Gaza, le Hamas, organisation terroriste qui préfère les tunnels et les missiles destinés à détruire Israël que la survie des habitants. Israël a fait don de vaccins pour rappel mais il existe autour de Gaza de potentiels donateurs qui ne se manifestent pas. Curieux que dans son article cette dame les oublie. Qui craint-elle vraiment ? Israël ou le Hamas si elle venait à s’ en plaindre. Assez des jérémiades et des raccourcis sur le conflit israëlo-palestinien. Cela alimente la haine de l’ islamo-gauchisme et envers Israël et envers la France ce qui est un comble !

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  • scc // 01.06.2021 à 20h39

    Vous n’effacerez pas la responsabilité de l’état d’Israël dans ce conflit, même en vous focalisant sur le Hamas. Le Hamas est une création d’Israël, de même que les générations de palestiniens qui n’ont connu que cela et qui ont été éduqués dans la haine d’Israël.
    Le fautif est un et un seul.

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