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30.octobre.202030.10.2020 // Les Crises

Covid-19 : Quand les milliardaires français profitent des opportunités de la pandémie

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Source : The Japan Times, Lionel Laurent
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le patron de la multinationale française LVMH, Bernard Arnault, et ses collaborateurs ont vu leur fortune plus que quintupler entre 2009 et la mi-2020, pour atteindre 378 milliards d’euros, sous l’effet de l’appétence asiatique pour les produits de luxe de marque française et d’un boom immobilier mondial alimenté par la faiblesse des taux d’intérêt. REUTERS

De tous les milliardaires du monde, à l’exception de ceux de Chine, ce sont les Français qui viennent de vivre leur décennie la plus lucrative, selon une nouvelle étude UBS/PwC.

Le patron de LVMH Moet Hennessy Louis Vuitton, Bernard Arnault, et ses collaborateurs ont vu leur fortune plus que quintupler entre 2009 et la mi-2020, pour atteindre 378 milliards d’euros, sous l’effet de la soif asiatique de produits de luxe de marque française et d’un boom immobilier mondial alimenté par des taux d’intérêt très bas. La France est le pays de ce que l’écrivain Pascal Bruckner appelle le « bolchevisme-mou », où on déteste la richesse en public mais où on l’amasse en privé.

Alors que la pandémie COVID-19 semble marquer le début d’une décennie nettement moins brillante, il est probable que les riches saisiront les opportunités de cette crise.

De nouveaux clivages darwiniens dans le monde des entreprises révèlent une sorte d’inégalité dorée au sommet de la société. Les entreprises technologiques en plein essor sont peu affectées par la distanciation sociale, contrairement aux entreprises de la vieille école. Depuis le début de l’année, la fortune d’Arnault a chuté de 16 milliards d’euros en raison de la chute du tourisme et du shopping, bien qu’il reste le cinquième homme le plus riche du monde, selon les données de Bloomberg. Françoise Bettencourt Meyers, de L’Oréal, doit maintenant faire face à une rude concurrence pour son titre de femme la plus riche du monde, de la part de Mackenzie Scott, l’ex-femme de Jeff Bezos.

En France, la crise du coronavirus a poussé les ultra-riches à prendre conscience de la nécessité de participer davantage, même dans un pays où la philanthropie à l’américaine est généralement considérée comme l’affaire de l’Etat. Hermès International a fait un don de 20 millions d’euros à l’Assistance publique – hôpitaux de Paris en mai ; LVMH a donné des respirateurs et fabriqué des masques. On ne peut pas ignorer aussi facilement le poids de l’opinion publique, comme l’a montré le tollé provoqué par les dons des milliardaires pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame l’année dernière.

Dans ce monde de concurrence acharnée, chaque petite victoire d’entreprise compte. L’épisode le plus visible de l’opportunisme à propos du coronavirus a été la tentative de LVMH de prendre le contrôle du joaillier américain Tiffany & Co. pour 13 milliards d’euros après la chute du cours de son action. Même si Arnault échoue, il aura gagné du temps [L’aquisition est suspendue par le ministère des Affaires Etrangères francais, sur fond de négociation de la hausse des droits de douanes américains sur les produits de luxe prévue le 6 janvier 2021, NdT]. Ailleurs, la chute de la valeur d’Altice Europe, le vaisseau-amiral du magnat des télécoms Patrick Drahi, a conduit le milliardaire franco-israélien à racheter aux petits actionaires leurs actions au prix opportunément bas de 2,5 milliards d’euros, provoquant leurs hurlements. [Devenant seul propriétaire d’Altice Europe, via Next Private BV qu’il contrôle, il sort ainsi de la cotation boursière, NdT]

Le climat actuel offre même aux magnats l’occasion idéale d’acquérir plus de pouvoir et d’influence, comme Lagardère SCA, le conglomérat industriel autrefois puissant qui a connu des situations diverses sur la scène médiatique et commerciale sous la houlette de l’héritier familial Arnaud Lagardère.

Sous la pression de l’activiste Amber Capital, les milliardaires français ont fait la queue pour prendre position : Vincent Bolloré de Vivendi SA, Marc Ladreit de Lacharrière et Arnault de LVMH ont tous acheté des actions récemment, doublant ainsi presque le prix de l’action Lagardère. Alors qu’au début, cela ressemblait à une opération défensive pour aider Arnaud Lagardère, il est maintenant de plus en plus clair qu’Arnault et Bolloré sont en concurrence pour en prendre le contrôle. Que cherchent-ils au juste ? La société possède l’ancêtre des magazines sur papier glacé, Paris Match, l’éditeur Hachette, des stations de radio et des journaux politiquement influents.

Les milliardaires ont toujours été attirés par les médias, et ils ont déjà beaucoup d’influence auprès du président Emmanuel Macron. Mais à l’approche de l’élection présidentielle française de 2022, la pandémie leur offre une opportunité de profit unique.

Tout cela peut sembler assez étrange par rapport aux ambitions spatiales de Jeff Bezos et d’Elon Musk. La jet-set française, de plus en plus du genre Jurassic, [Allusion au jeu vidéo, NdT] préfère les stations de radio aux fusées. Mais c’est en partie parce que le monde rapetisse pour les élites parisiennes en herbe. Si les choses ne marchaient pas chez eux, ils auraient peut-être rêvé un jour de faire du commerce d’accessoires dans la City de Londres ou de lancer une start-up dans la Silicon Valley. Mais les voyages transfrontières ne semblent plus aussi sûrs. L’avenir de la richesse française se trouve en France, et non sur Mars.

Ce n’est pas seulement un phénomène français : de toutes les stratégies commerciales et d’investissement des milliardaires du monde, la moins populaire est la délocalisation vers un autre pays, selon l’étude d’UBS/PwC. Pourtant, dans une crise comme celle-ci, il n’y a pas d’endroit comparable à Paris.

Lionel Laurent est un chroniqueur de Bloomberg Opinion qui couvre l’Union européenne et la France. Il a travaillé auparavant chez Reuters et Forbes.

Source : The Japan Times, Lionel Laurent, 11-10-2020
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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14 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 30.10.2020 à 08h06

    Le manu et celui qui n’est rien.

    Le manu, ayant plastronné
    Tout l’été,
    Se trouva fort dépourvu
    Quand le covid fut venu :
    Pas un seul petit morceau
    De taxe ou d’impôt nouveau.
    Il alla manifester son chagrin
    Chez celui qui n’est rien, son voisin,
    La priant de lui prêter
    Quelque taxe pour subsister
    Jusqu’à l’élection utile.
    « Je vous paierai, lui dit-il,
    Avant longtemps, foi d’animal,
    Intérêt et principal. »
    Celui qui n’est rien n’est pas prêteur :
    C’est là son moindre défaut.
    Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-il à cet emprunteur.
    – Nuit et jour à tout venant
    Je plastronnais, ne vous déplaise.
    – Vous plastronniez ? j’en suis fort aise.
    Eh bien! Démissionnez maintenant.
    ou
    Eh bien! Traversez la rue maintenant.

  • Brigitte // 30.10.2020 à 09h26

    Je ne vois pas très bien où l’article veut en venir. LVMH dinosaure ou crocodile?
    Par contre j’aime bien la phrase  » La France est le pays de ce que l’écrivain Pascal Bruckner appelle le « bolchevisme-mou », où on déteste la richesse en public mais où on l’amasse en privé. »
    C’est pour ne pas attirer la convoitise ou le fisc?
    La philanthropie anglo-saxonne qui donne sans passer par l’état redistributif, et sa bureaucratie, est-elle plus efficace ou plus vertueuse?
    Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet.
    La richesse n’est jamais une affaire personnelle, comme on veut bien le laisser croire mais un système nécessitant la participation de nombreuses personnes. Celui qui profite ou qui utilise le mieux ce système, avec talent, cupidité et opportunisme, doit contribuer à l’entretenir donc à en huiler les rouages. La bureaucratie consomme beaucoup d’huile(s) c’est bien connu, d’où la tentation de dégraisser sans cesse le mammouth.
    L’industrie du luxe est touchée par la pandémie. Ceux qui tirent leur épingle du jeu sont les entreprises de la distribution des biens de consommation courante. Les médias en font partie d’où l’intérêt des milliardaires français pour les médias. Assurément moins déjanté que les projets des milliardaires américains, à moins que ces derniers pensent déjà à sauver leur peau en installant leur bunker dans l’espace.

    • sergeat // 30.10.2020 à 10h07

      Tous les médias perdent de l’argent malgré les aides du gouvernement (le contribuable),mais ces médias ont permis un coup d’état médiatico-judiciaire pour faire élire un acteur de théâtre travaillant pour ses sponsors.
      Si un milliardaire investit dans une filière qui perd de l’argent c’est qu’il a un retour sur investiment supérieur par les lois que vont voter leurs « employés »,le cas de Bolloré est intéressant dans le sens que le changement de paradigme de C8 fait peur à Macron d’où ses magouilles pour que Bolloré ne prennent pas le contrôle des radios macronistres du « nouveau monde .

    • Rémi // 30.10.2020 à 10h14

      Disons que je ne suis pas sur que Musk veuille mourrir riche.
      En france on a une conception patrimoniale de la richesse, on accumule pour transmettre une fortune au générations suivantes comme des quartier de noblesses.
      Aux USA pas mal de riches ont considérés que leurs enfants devraient aussi se faire eux même (C’est plus simple avec les amis de papa et la bonne éducation) Ils modérent donc en partageant l’héritage entre enfants et fondations. (Qui assurent tout de même quelques avantages aux descendants..)

  • Julia // 30.10.2020 à 11h06

    Bonjour et merci pour le partage de cet article.
    « Hermès International a fait un don de 20 millions d’euros à l’Assistance publique – hôpitaux de Paris en mai ; LVMH a donné des respirateurs et fabriqué des masques. ». Ah bon ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’embauches supplémentaires à l’AP-HP depuis le temps ? Il y a toujours – au moins – un être humain derrière une machine. Bien à vous tous.

  • julien bonnetouche // 30.10.2020 à 16h14

    Bonjour,
    Les riches seront de plus en plus riches, d’autant plus que de nos jours, on ne trouve plus personne pour leur couper la tête.
    Mais finalement qui dérangent il ?

    Personnellement je suis d’avantage choqué de voir le nombre croissant de mendiants dans les rues, alors que nous somme le pays le plus redistributif au monde !!

    • Josy // 30.10.2020 à 19h33

      à julien bonnetouche /
      « Personnellement je suis d’avantage choqué de voir le nombre croissant de mendiants dans les rues, alors que nous somme le pays le plus redistributif au monde  »
      nous sommes ou nous étions?

      • julien bonnetouche // 31.10.2020 à 13h11

        @josy,
        Non, je ne crois pas.
        Le fait que les très riches le soient de plus en plus, et que les très pauvres soient de plus en plus nombreux n’a rien à voir.

        • SkandaL // 31.10.2020 à 20h44

          Pourtant la quantité globale monétaire est une somme finie, dont la répartition en strates de revenus est un élément d’analyse à observer. Si cette quantité se répartie plus massivement dans les strates des hauts revenus, le surplus est mathématiquement soustrait de la quantité répartie entre les bas revenus.

          C’est une réponse bien idéologique que la votre.
          « Non, je ne crois pas. » Rien de plus qu’une croyance.

          • JCH // 01.11.2020 à 11h08

            Donc quand le cours des actions LVMH augmente et Bernard Arnault s’enrichit, la “main invisible du marché” vient faire les poches des plus pauvres pendant la nuit pour compenser?
            Et quand la BCE décide de faire usage du “Quantitative Easing”, les économies des bas revenus fondent proportionnellement?
            …Vous êtes sûr de votre histoire de “somme finie” et de “mathématiquement soustrait”??

  • Ernesto // 31.10.2020 à 17h56

    Rien à voir? Vraiment? Même pas au niveau du partage des richesses pourtant créées par ceux qui vivent à peine de leur salaire? Je serais alors curieux de savoir quelle est votre explication crédible du phénomène?

  • julien bonnetouche // 01.11.2020 à 14h39

    Bonjour,

    Si il suffisait de prendre aux uns ( les plus riches) pour donner aux autres ( les plus pauvres) afin de résoudre le problème , nous aurions déjà réussi.

    Parce que c’est ce que nous pratiquons en France depuis 45 ans environ.
    Notre pays est devenu celui qui prélève le plus et redistribue le plus au monde, sous forme d’allocations sociales diverses.
    C’est même ce qui pèse le plus sur le budget de l’État.

    Les premières taxées sont les entreprises, et c’est pour cette raison que nous sommes devenus un pays où les services prédominent sur l’industrie.
    Les industries qui persistent, (le CAC 40) se sont toutes mondialisées par nécessité.
    Mais nous n’avons que très peu de grosses PME (ETI de plus de 5000 salariés)

    Pour qu’il y ait des usines, il faut bien sur des entrepreneurs, mais il faut surtout du capital .
    C’est le capital qui permet le développement des entreprises.

    Conséquence : nous nous sommes désindustrialisés.

    Par ailleurs il faut comprendre, que le système économique le plus efficace, c’est le libéralisme.
    C’est le libéralisme qui enrichit globalement une société tout le monde est d’accord là dessus.

    Enrichir globalement ne veut pas dire que ce sera égalitaire. C’est même le contraire, parce que c’est la nature humaine. Il faut l’accepter.

    Mais c’est mieux que ce que l’on avait avant avec une poignée de nobles qui possédaient tout, ou comme c’est encore le cas dans certains pays actuels à tendance dictatoriale.

  • Ernesto // 01.11.2020 à 17h51

    « Il faut comprendre que le système économique le plus efficace c’est le libéralisme qui enrichit globalement une société, tout le monde est d’accord là-dessus ».
    Ben non, justement, tout le monde n’est pas d’accord là-dessus. Beaucoup critiquent cette configuration néolibérale du capitalisme qui certes, produit beaucoup de richesses mais les répartit très mal en les concentrant entre les mains d’une infime minorité, les fameux 1% qui constituent l’oligarchie dominante. Impossible de nier l’explosion des inégalités , de la précarité, de la pauvreté, du chômage endémique, des pensions misérables, des salaires et des minima sociaux qui stagnent et ne permettent plus une vie digne et décente.

    C’est le travail qui est l’unique créateur de richesses, c’est donc lui et lui seul qui enrichit globalement la société, mais comme il est sous emprise capitaliste, ses fruits sont confisqués par la minorité des exploiteurs.

    « Enrichir globalement ne veut pas dire que ce sera égalitaire, c’est même le contraire parce que c’est la nature humaine, il faut l’accepter ».
    Propos un brin cyniques et la nature humaine a bon dos. Je constate que vous n’êtes pas républicain puisque l’égalité fait partie de la devise républicaine. En la déclarant contraire à la nature humaine, vous faites sécession comme les riches qui, au nom de la défense de leurs privilèges, combattent un idéal de société toujours plus libre, égalitaire, fraternelle, sociale, écologiste et féministe.

  • Ernesto // 01.11.2020 à 18h02

    « S’il suffisait de prendre aux uns (les plus riches) pour donner aux autres (les plus pauvres), afin de résoudre les problèmes, nous aurions déjà réussi ».
    Evidemment non, car pour réussir, il faudrait que tous nos gouvernants depuis des décennies, issus de la classe bourgeoise, en aient la volonté politique, ce qui serait contraire à leur intérêt de caste privilégiée et profiteuse. Vous oubliez que la France est sur la première marche du podium pour la distribution des dividendes au niveau mondial. Vous croyez à cette chimère du « ruissellement » alors qu’aucune étude sérieuse ne valide cette thèse.

    « Il faut surtout du capital. C’est le capital qui permet le développement des entreprises ».
    Le capital ne fait que l’avance monétaire pour lancer le processus de production. Il récupère sa mise augmentée du profit (volé aux travailleurs), en fin de cycle, au moment de la validation par la vente de la marchandise sur le marché.
    Bernard Friot a montré qu’on pouvait se passer des parasites capitalistes et de leur apport en capital, en socialisant 100% de la valeur productive et en finançant l’investissement (futur producteur avec le travail de richesses nouvelles et de développement de l’entreprise) par subvention, complétée si besoin était par création monétaire. Plus besoin de crédit et d’endettement sources de coûts de production supplémentaires.

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