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21.mai.201921.5.2019 // Les Crises

« Europe: l’académisme contre l’Histoire » (4/6)

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Annie Lacroix-Riz est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris 7.

Plan :

– Introduction

– « D’éminents historiens européens » contre le royaliste documenté Philippe de Villiers

– Un dossier historique « biaisé » par « d’éminents historiens européens »

  • Les fallacieuses origines de l’Union européenne
  • Adenauer et les siens, de la vieille à la « nouvelle Allemagne »
  • De la France « européenne » et « résistante » contre Pétain au triomphe des vichysto-américains ?
  • L’oubli des « premières Communautés européennes »
  • Jean Monnet « l’Américain » : une calomnie ?
  • Le tandem Monnet-Schuman et la prétendue « bombe » du 9 mai 1950
  • Robert Schuman calomnié ?
  • Walter Hallstein, simple « non résistant » ?

– Conclusion

Le tandem Monnet-Schuman et la prétendue « bombe » du 9 mai 1950

Sans transition, les « éminents historiens européens » passent, à propos de leur héros Monnet, de 1943 à mai 1950, le créditant d’avoir « souffl[é] l’idée [de la CECA] au ministre Robert Schuman ». Cette autre légende inoxydable reprend implicitement celle, au cœur des Mémoires de Monnet, du « secret absolu » d’un projet caché même au Quai d’Orsay – que Schuman dirige de juillet 1948 à décembre 1952.

Les censeurs, qui paraissent n’avoir pas consulté les fonds du Quai d’Orsay lui-même, entonnent le refrain de « [l]a célèbre “déclaration” » du 9 mai 1950 de Schuman, « approuvée au préalable par Konrad Adenauer, chancelier de la nouvelle République fédérale d’Allemagne » : « à ce projet, fondateur de l’Europe des six » se seraient miraculeusement ralliés « quatre autres États ». Dont deux, on ne nous le dit pas, comptaient déjà parmi les membres fondateurs, en 1926, du cartel international de l’acier, à forte base initiale franco-allemande.

Des plans wilsoniens au Plan Marshall

Le plan américain d’une « Europe » centrée sur le Reich – momentanément ouest-allemand seulement, vu les circonstances militaires de 1945 – érigé en chef de file de la « reconstruction » du continent, avait occupé la scène internationale depuis l’ère Wilson : il avait précédé la Première Guerre mondiale, comme le politiste néerlandais Kees Van der Pijl l’a, après nombre d’historiens, rappelé en 19841Plans « européens » et projet de « classe dirigeante atlantique », mis au point entre le début de l’ère impérialiste et l’ère wilsonienne, décrits par le politiste néerlandais Kees Van der Pijl, The Making of an Atlantic Ruling Class, Londres, Verso, 2012 (1e éd., 1984), chap. 2 et 3. . Mais les « éminents historiens européens » détestent la problématique, si largement agréée avant 1914, de « l’impérialisme » quand il s’agit des États-Unis : ceux-ci se seraient bornés au rôle de bienveillant protecteur de l’Ouest du continent contre la terrible « menace soviétique », si éclatante en 1950.

Villiers, homme de droite, a, comme Éric Branca en 2018, et l’homme de droite de Gaulle bien avant eux, découvert des États-Unis obsédés par leur permanente surproduction de marchandises depuis les années 1890. Si antisoviétique qu’il s’affirme (rien ne permet de le contredire sur ce point), l’« europhobe convaincu […] retiré de la vie politique » (selon le chapeau du Monde), a osé négliger l’impact de « la menace soviétique » sur la noble entreprise européenne. Il a bien fait. Plus sérieux étaient en effet les vieux plans économiques américains, qui visaient à intégrer l’Europe à la Porte ouverte, et auxquels le lancement du Plan Marshall fournit une impulsion décisive. On le sait de longue date même en France, où cette problématique a reçu, en mars 1991, les cautions académiques d’un colloque international sur Le Plan Marshall et le relèvement économique de l’Europe. Ses conclusions scientifiques convergentes ont été depuis lors mises au placard : il est de mauvais ton de contester le mythe sacro-saint sous nos climats « occidentaux » d’une « aide » américaine salvatrice à l’Europe occidentale.

Or, la session avait confirmé les vieilles démonstrations des historiens « révisionnistes »2Au sens américain du terme, c’est-à-dire ayant « révisé » l’histoire officielle de la Guerre froide : il s’agit d’historiens de la gauche radicale, dite New Left, sans rapport aucun avec ce qu’on appelle « révisionnisme » en français, autrement dit la négation des chambres à gaz. américains puis du Britannique (pas radical) Alan Milward3Alan S. Milward, The Reconstruction of Western Europe 1945-1951, Londres, 1984 : son chap. I anéantit avec brio les explications traditionnelles sur la prétendue « crise de 1947 », qui fut, non pas une crise de production, mais exclusivement une crise des paiements extérieurs,en dollars, règle imposée à tous en matière de commerce international, contre le vieux bilatéralisme, p. 1-55. après eux, établissant, entre autres :

– 1° que le Plan Marshall était le fruit d’une stratégie fixée par Washington entre 1942 et 1945. Les États-Unis n’avaient alors cessé de rechercher les moyens d’éviter ou de différer la crise de reconversion, inévitable et violente, qui avait suivi la précédente guerre mondiale, et de proscrire « le cauchemar de la dépression » des années 19304Sur les débats au Congrès à ce sujet, Williams, The Tragedy. . La reconstruction générale de l’Europe entraînerait fatalement une baisse de ses énormes importations d’origine américaine. Le seul moyen d’y parer était, normes du commerce international fixées à Bretton-Woods à l’appui, de poursuivre le flux des crédits en dollars ininterrompu depuis le Prêt et Bail à l’Angleterre de 19415Williams, Tragedy, chap. 6, « The nightmare of depression and the vision of omnipotence », p. 202-276, et G. et G. et J. Kolko, op. cit. ;

– 2° que le Plan Marshall n’avait nulle part contribué à la reconstruction des forces productives, qui ne l’avait pas attendu : certains anciens pays occupés, dont la France, avaient retrouvé dès 1947 leur niveau industriel de 19386René Girault et Maurice Lévy-Leboyer, dir., Le Plan Marshall et le relèvement économique de l’Europe, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France et du Comité d’histoire industrielle, 1991, passim. ;

– 3° que le Plan Marshall avait représenté une étape majeure dans le combat contre la concurrence qu’occasionnait aux États-Unis le bilatéralisme (hors devises fortes) du commerce inter-européen, Est-Ouest en particulier : apprécié depuis le 19e siècle de l’ensemble du continent, toujours taxé par Washington d’« autarcie », il était condamné à mort par le couperet dollars de Bretton-Woods7Ibid., dont Lacroix-Riz, « Plan Marshall et commerce Est-Ouest : continuités et ruptures (cas français et perspective comparative) 1945-1952 », p. 651-683 (et sa bibliographie); « Réflexion sur un ouvrage récent » (« Méfaits ou bienfaits du bilatéralisme sans dollars », discussion de l’argument de Bossuat d’un bilatéralisme désuet ou « sclérosant », par opposition au dollar-roi moderne); G. et J. Kolko, The Limits of Power ;

– 4 °que le Plan Marshall avait surtout permis à l’Allemagne occidentale de se débarrasser officiellement des « réparations »8Ibid., Werner Abelshauser, « Le Plan Marshall et la première phase de reconstruction de l’Allemagne de l’Ouest », p. 415-447. Pionnier sur le vrai motif du veto américain contre les réparations, Bruce Kuklick American Policy and the Division of Germany. The clash with Russia over Reparations, Ithaca, 1972. . Les « réparations », versées tant aux Soviétiques qu’aux autres pays bénéficiaires sur le papier, eussent entravé l’urgente et prioritaire « reconstruction » des zones occidentales de l’Allemagne [qui intéressait si directement les capitaux américains]. Cette priorité allemande fut imposée autres « pays Marshall » c’est ainsi que le Département d’État les désignait depuis 1948)9Foreign Relations of the United States, passim ; l’ambassadeur Henri Bonnet usait couramment de l’expression « pays ERP ». comme condition sine qua non de « la reconstruction de l’Europe ». De fait, les « réparations » eussent bénéficié aux vainqueurs militaires et/ou victimes européens et consécutivement réduit les gains attendus de l’installation (ou réinstallation) des États-Unis en Allemagne : cette perspective, aussi insupportable qu’au terme de la guerre générale précédente, fut, cette fois-ci, liquidée plus vite encore, et pas pour l’URSS seulement.

L’assentiment de fait donné à « la reconstruction prioritaire » de l’Allemagne occidentale – réarmement stricto sensu compris – conditionna formellement l’octroi des crédits américains à tout « bénéficiaire ». Clairement notifiée à tous les pays emprunteurs la guerre à peine finie, la règle de « la coopération européenne » fut annoncée le 5 juin 1947 par le secrétaire d’État Marshall dans un discours exigeant la création d’une Union européenne. Elle fut brutalement énoncée en « six points », les 10 et 11 septembre 1947, par le richissime financier et secrétaire américain au Commerce William Clayton aux Seize (pays d’Europe occidentale10Allemagne officiellement exclue, mais représentée par ses chefs américains, et objet central de ladite conférence, voir n. suiv. ) réunis à Paris depuis juillet. Elle comportait des conditions, notamment allemandes, qui en rendaient la réalisation délicate, tant pour le Royaume-Uni que pour les pays anciennement occupés, et même les pays neutres11Cas français, Lacroix-Riz, Marianne, et Carcan, chap. 5 : citation de Clayton; tél. Bidault à Bonnet et Massigli, Paris, 12 septembre 1947, MAE, A.22.9. 2 C II, VCCD, p. 101-102, et bibliographie sur la reconstitution précoce de la Wehrmacht, citée infra; cas anglais, Carcan, avec bibliographie « révisionniste » sur l’affaiblissement britannique définitif, dont, en français, Farnetti Richard, L’économie britannique de 1873 à nos jours, Paris, Armand Colin, 1993; cas suédois et scandinave, Gunnar Adler-Karlsson, Western Economic Warfare 1947-1949. A Case Study in Foreign Economic Policy, Stockholm, 1968; Lacroix-Riz, L’économie suédoise entre l’Est et l’Ouest 1944-1949: neutralité et embargo, de la guerre au Pacte Atlantique, Paris, L’Harmattan, 1991; « La Scandinavie et l’Europe d’après-guerre: projets et prises de positions de la guerre à 1947 », Actes du colloque Plans des temps de guerre pour l’Europe d’après-guerre 1940-1947, Bruylant, Bruxelles, 1995, p. 527-562. .

« L’ogre soviétique »?

Les signataires européistes de la tribune du 27 mars ont donc effacé les années 1918-1950 pour faire commencer les choses « européennes » à « l’idée » attribuée au tandem Monnet-Schuman. L’initiative française, soutenue par un Adenauer aussi autonome ou indépendant, aurait simplement reçu « l’approbation des Etats-Unis, trop heureux de voir l’Europe occidentale se renforcer face à la menace soviétique. » Certains des signataires de la « tribune » semblent avoir oublié que leurs propres travaux antérieurs12Gérard Bossuat, L’Europe occidentale à l’heure américaine. Le Plan Marshall et l’unité européenne 1945-1952, Complexe, Bruxelles, 1992, et « Réflexion sur un ouvrage récent (1992) », 2 articles, Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, 1994, http://www.historiographie.info/bossuat.pdf , sont, bien que les Soviets et les communistes vernaculaires y soient régulièrement accusés du pire, antagoniques avec cette thèse.

Des États-Unis juste intéressés à l’entreprise par souci de « la menace soviétique », et bienveillants envers cette œuvre essentiellement française? Aucun des responsables occidentaux, américains inclus n’a jamais cru à ladite menace d’un pays qui, d’une part, n’avait jamais montré d’ardeurs offensives contre ses voisins et qui, d’autre part, était si ruiné par la guerre allemande qu’il fut sans répit traité par Washington en mineur bien que la victoire des États-Unis dépendît de son rôle militaire primordial13Nombreux exemples, Geoffrey Roberts, Les guerres de Staline, Paris, Delga, 2014; Lacroix-Riz, « États-Unis et Vatican dans les tractations de paix de la Deuxième Guerre mondiale », in Marie-Claude L’Huillier, Anne Jollet, dir.,, Guerre et paix, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 185-206, et Élites. . Le milliardaire Averell Harriman, héritier d’un immense empire financier, ambassadeur à Moscou de 1943 à 1946 et chargé après-guerre dans la sphère d’influence européenne de Washington de mainte autre mission diplomatique, dont celle d’ambassadeur extraordinaire du « Plan Marshall », avait d’ailleurs cru pouvoir annoncer aux siens, en février-mars 1944, que l’URSS à quia ne tirerait même pas la moindre garantie territoriale de sa victoire : « appauvrie par la guerre et à l’affût de notre assistance économique […] un de nos principaux leviers pour orienter une action politique compatible avec nos principes », elle n’aurait pas la force d’empiéter sur l’Est de l’Europe. Elle devrait se contenter pour l’après-guerre d’une promesse d’aide financière américaine, ce qui nous « éviterait le développement d’une sphère d’influence de l’Union Soviétique sur l’Europe orientale et les Balkans »14Tél. 861.01/2320 de Harriman, Moscou, 13 mars 1944, FRUS 1944, IV, Europe, p. 951. (il se trompa sur ce seul point).

La « menace » apparaissait plus pitoyable en pleine « Guerre froide » officiellement déclarée. La victoire « occidentale » fut acquise par KO depuis 1947, avec l’affaiblissement et l’isolement spectaculaires des communistes d’Europe occidentale, entre Kominform (septembre 1947) et prétendu « coup de Prague » (février 1948). En novembre 1948, H. Freeman Matthews, chef du Bureau Europe du Département d’État, alors ambassadeur à Stockholm, ricanait comme ses pairs sur « l’ogre soviétique » brandi quotidiennement15Lettre n° 1068, de l’ambassadeur de France Dampierre au MAE Schuman, Stockholm, 23 novembre 1948, Europe généralités, 43, MAE. . Tous les pays « occidentaux » avaient réussi, via leur presse ou tout moyen disponible, à épouvanter en tant que de besoin leurs nationaux respectifs, et ils ne cessaient de se congratuler sur leur triomphe politique contre le loup-garou16Tarte à la crème de la « menace soviétique », Lacroix-Riz, Le choix de Marianne: les relations franco-américaines de 1944 à 1948, Paris, Éditions Sociales, 1986, réédition, Delga, 2020; « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme? », historiens et géographes, n° 324, août-septembre 1989, p. 219-243. Carcan, chap. 5 (et sa bibliographie). .

Europe américaine et permanence du cartel « européen »

Le temps était venu d’appliquer au Vieux Continent la « Porte ouverte » lancée en 1899 par le secrétaire d’État Hay à propos de la Chine que se disputaient les rivaux européens des Américains – lesquels la voulaient pour eux tout seuls. La formule avait été avancée à propos de l’Europe par Wilson puis ses successeurs, mais les Américains disposaient en 1945 dans leur zone d’influence de moyens d’exécution autrement plus radicaux qu’en 1918. Après les secrétaires d’État Hull, Byrnes et Marshall, ce fut au tour de Dean Acheson de taper sur le clou, ce qui ne signifie pas, au contraire de ce qu’écrit Villiers, « que tout a[vait] commencé […] en 1949 ». L’intervention américaine permanente relevait du secret de Polichinelle depuis l’immédiat après-guerre. La seule annonce, et non la mise en œuvre – depuis la fin 1948 seulement du fugace « Plan Marshall », vite arrêté et officiellement « militarisé » sous prétexte de guerre de Corée17Sur la transformation officielle de l’ECA ou de l’ERP en MSA (Mutual Security Agency, Agence de Sécurité Mutuelle) encore plus contraignante, « Plan Marshall et commerce Est-Ouest », « 2. Le miracle coréen : vigueur et limites de la puissance américaine (juillet 1950-1952) ». , avait donné un tour décisif à la méthode de la schlague.

Étape décisive de la fondation de l’Union européenne, celle, le 3 avril 1948, de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), bientôt confiée à la présidence de la « potiche » des Américains Spaak, annonça la suite. L’OECE avait été dès l’origine soumise, comme la Direction des Affaires économiques et financières (DAEF) du Quai d’Orsay l’écrivit fin mai 1948 au ministre des Affaires étrangères Georges Bidault, « à une véritable tutelle américaine » et privée de tous « pouvoirs de contrôle et d’initiative ». Il y a quelques décennies, Gérard Bossuat lui-même reconnaissait cette réalité qui, à lire les rédacteurs du Quai d’Orsay, était pire encore que ce qu’en décrivait L’Humanité quotidienne18Citation Note DAEF pour Bidault, 28 mai 1948, MAE, A.22.9. 2 C IV, consulté dans les années 1970, avant classement définitif, archives du ministère des Affaires étrangères (MAE), et toutes les sources citées dans mes travaux. . Certes, il euphémisait sur « la transparence » exigée par nos « mentors [américains] sourcilleux et parfois odieux, toujours encombrants, mais salutaires parfois » [pas toujours, donc?] « mal supportée » par des hauts fonctionnaires excédés. Mais il décrivait du même coup, avec le « contrôle permanent de bonne utilisation des produits ERP » (European Recovery Program, nom américain du Plan Marshall, géré par l’Economic Cooperation Administration : « exigence contractuelle irritante », écrivait-il19Bossuat, L’Europe occidentale à l’heure américaine, « La souveraineté des États européens mise en cause? » (point d’interrogation purement diplomatique), p. 112 sq.; « Le cas de la France », sous-paragraphe de « Une intervention modulée dans les affaires européennes », p. 180 sq., et passim , à propos d’un contrat strictement unilatéral. C’était désigner, en bon français, un contrôle permanent et quotidien, tant dans la métropole que, et de plus en plus visiblement au fil des ans, dans l’empire, en partie contrôlé depuis le débarquement nord-africain de novembre 194220Économie et bases aéronavales, Lacroix-Riz, Les Protectorats d’Afrique du Nord entre la France et Washington du débarquement à l’indépendance 1942-1956, Paris, L’Harmattan, 1988, passim. . Rien ne le distinguait des pratiques régnant chez les vaincus soumis à l’AMGOT, et l’historien ne les légitimait que par choix idéologico-politique, et comme dans la tribune, pour le coup, par l’antisoviétisme.

Le lancement de la Communauté européenne du charbon et de l’acier donna à la « tutelle américaine » un caractère spectaculaire, et pas seulement sur le terrain économique. La CECA consacrait le triomphe officiel de la Gleichberechtigung économique. Au mensonge sur le « secret » à trois, s’ajoute un autre gros mensonge par omission. La CECA devait abolir les derniers lambeaux des limitations de production industrielle allemande définies en 1945 et déjà unilatéralement relevées à l’été 1947 par les Américains, escortés des Anglais21Le choix de Marianne, chap. 4, « La reconstruction prioritaire de l’Allemagne : la France mise devant le fait accompli (juillet 1947) », p. 133-136 de l’édition de 1985. . Adenauer et son ministre des Affaires étrangères Walter Hallstein allaient immédiatement clamer urbi et orbi que le principe d’une stricte « égalité des droits » était antagonique avec les restrictions imposées par la défaite de mai 1945. Et la Gleichberechtigung ne serait pas seulement économique, mais aussi, comme dans l’entre-deux-guerres, militaire22Lacroix-Riz, « Paris et Washington au début du Plan Schuman », communication au colloque d’Aix-la-Chapelle de mai 1986 sur les débuts du Plan Schuman 1950-1951, Die Anfänge des Schuman-Planes 1950-1951, éd. Klaus SCHWABE, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden, 1988, p. 241-268. .

Nos « éminents historiens », qui prisent la thèse du secret autonome du trio Monnet-Schuman-Adenauer sur la « bombe » concoctée en dehors du Quai d’Orsay, ont oublié (?) de préciser que Washington avait au printemps 1950 – deux mois et demi avant de disposer du prétexte coréen décidé de faire enfin venir au jour son vieux projet de réarmement allemand stricto sensu. Le Quai d’Orsay le savait d’autant plus qu’il avait lui-même fixé la date du discours : la prétendue « bombe » permettrait à Schuman d’esquiver dans l’immédiat une étape politiquement délicate, vu la vivacité, dans son pays, du souvenir de l’Occupation. Il devait se rendre à Londres, le 10 mai, à la conférence atlantique où les Américains, aimablement suivis par leurs « alliés » britanniques (qui ne tenaient pas trop à entrer dans cette union européenne), exigeraient de lui l’accord officiel français à la reconstitution stricto sensu de la Wehrmacht23Détail, Lacroix-Riz, « Vers le Plan Schuman : les jalons décisifs de l’acceptation française du réarmement allemand (1947-1950) », guerres mondiales et conflits contemporains, « I. De la reconstruction prioritaire au réarmement », n° 155, juillet 1989, p. 25-41; « II. Paris et le projet américain de réarmement de l’État allemand », n° 156, octobre 1989, p. 3-87, et « La France face à la menace militaire allemande au début de l’ère atlantique: une alliance militaire redoutée, fondée sur le réarmement allemand (1947-1950) », Francia, vol. 16, cahier n° 3, mai 1990, p. 49-71); « L’apport des “guerres de Staline” de Geoffrey Roberts à l’histoire de l’URSS : acquis et débats », préface à Roberts, Les guerres de Staline, Paris, Delga, 2014, 34 p., p. XII-XXXIV. , ou, selon la formule de mars 1949 de Bonnet, le recours au « potentiel militaire que représent[ai]ent en Allemagne de nombreuses générations bien aguerries » contre les « armées russes »24Tél. Bonnet n° 1212, Washington, 19 mars 1949, Europe Généralités 1944-1960 (Europe), 26, MAE. . Autre facette de la prétendue « initiative révolutionnaire », « pacifique » en sus, de Schuman, fable tirée des mémoires mensongers de Monnet ou d’Acheson25Gillingham, Coal, p. 149, à confronter aux sources de la n. 86. .

Cette puissante empreinte américaine n’empêcha pas le projet de conserver nombre de ses caractéristiques initiales de cartel « européen »26Carcan, chap. 6, p. 113-122, sur l’aspect américain du projet, et 122 sq. sur le ‘cartel “européo-allemand” ». . Lequel présenterait pour les États-Unis de sérieux inconvénients concurrentiels et leur rappelait par trop le cartel sidérurgique d’avant-guerre dont ils n’étaient pas les tuteurs, poste occupé par la sidérurgie allemande. L’enthousiasme du professeur et journaliste néerlandais Jitta, exprimé en février 1951, lors d’un banquet de hautes personnalités économiques et politiques, balaie définitivement le double mythe du « premier jalon de la réconciliation franco-allemande » et des liens entre « la menace soviétique » et la CECA. L’opération en cours, déclara Jitta, renoue avec bonheur avec « les cartels [d’]avant la guerre […] contre lesquels on peut certes avoir des objections, mais qui ont leur utilité » (les « objections » n’avaient qu’une motivation : le mot déplaisait si souverainement à Washington, avec son parfum de rivalité commerciale, que Monnet et Schuman répétèrent sur tous les tons, à partir du 9 mai 1950, que la CECA était tout sauf un cartel « autarcique ». « Le Plan Schuman lui-même a d’ailleurs le caractère d’un cartel international fondé sur la protection. La Haute Autorité qu’il prévoit veillera plutôt à la défense de certains intérêts industriels qu’à celle des intérêts de la collectivité européenne. »27Tél. n° 361 de Garnier, 23 février 1951, Z Europe Généralités 1944-1960, 112, Plan Schuman, MAE. Argumentaire des « anti-autarciques », Carcan et tous art. cit. sur le Plan Schuman. . Cet aspect, très allemand, de la CECA, a été négligé tant par Villiers que par ses censeurs.

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Notes   [ + ]

1. Plans « européens » et projet de « classe dirigeante atlantique », mis au point entre le début de l’ère impérialiste et l’ère wilsonienne, décrits par le politiste néerlandais Kees Van der Pijl, The Making of an Atlantic Ruling Class, Londres, Verso, 2012 (1e éd., 1984), chap. 2 et 3.
2. Au sens américain du terme, c’est-à-dire ayant « révisé » l’histoire officielle de la Guerre froide : il s’agit d’historiens de la gauche radicale, dite New Left, sans rapport aucun avec ce qu’on appelle « révisionnisme » en français, autrement dit la négation des chambres à gaz.
3. Alan S. Milward, The Reconstruction of Western Europe 1945-1951, Londres, 1984 : son chap. I anéantit avec brio les explications traditionnelles sur la prétendue « crise de 1947 », qui fut, non pas une crise de production, mais exclusivement une crise des paiements extérieurs,en dollars, règle imposée à tous en matière de commerce international, contre le vieux bilatéralisme, p. 1-55.
4. Sur les débats au Congrès à ce sujet, Williams, The Tragedy.
5. Williams, Tragedy, chap. 6, « The nightmare of depression and the vision of omnipotence », p. 202-276, et G. et G. et J. Kolko, op. cit.
6. René Girault et Maurice Lévy-Leboyer, dir., Le Plan Marshall et le relèvement économique de l’Europe, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France et du Comité d’histoire industrielle, 1991, passim.
7. Ibid., dont Lacroix-Riz, « Plan Marshall et commerce Est-Ouest : continuités et ruptures (cas français et perspective comparative) 1945-1952 », p. 651-683 (et sa bibliographie); « Réflexion sur un ouvrage récent » (« Méfaits ou bienfaits du bilatéralisme sans dollars », discussion de l’argument de Bossuat d’un bilatéralisme désuet ou « sclérosant », par opposition au dollar-roi moderne); G. et J. Kolko, The Limits of Power
8. Ibid., Werner Abelshauser, « Le Plan Marshall et la première phase de reconstruction de l’Allemagne de l’Ouest », p. 415-447. Pionnier sur le vrai motif du veto américain contre les réparations, Bruce Kuklick American Policy and the Division of Germany. The clash with Russia over Reparations, Ithaca, 1972.
9. Foreign Relations of the United States, passim ; l’ambassadeur Henri Bonnet usait couramment de l’expression « pays ERP ».
10. Allemagne officiellement exclue, mais représentée par ses chefs américains, et objet central de ladite conférence, voir n. suiv.
11. Cas français, Lacroix-Riz, Marianne, et Carcan, chap. 5 : citation de Clayton; tél. Bidault à Bonnet et Massigli, Paris, 12 septembre 1947, MAE, A.22.9. 2 C II, VCCD, p. 101-102, et bibliographie sur la reconstitution précoce de la Wehrmacht, citée infra; cas anglais, Carcan, avec bibliographie « révisionniste » sur l’affaiblissement britannique définitif, dont, en français, Farnetti Richard, L’économie britannique de 1873 à nos jours, Paris, Armand Colin, 1993; cas suédois et scandinave, Gunnar Adler-Karlsson, Western Economic Warfare 1947-1949. A Case Study in Foreign Economic Policy, Stockholm, 1968; Lacroix-Riz, L’économie suédoise entre l’Est et l’Ouest 1944-1949: neutralité et embargo, de la guerre au Pacte Atlantique, Paris, L’Harmattan, 1991; « La Scandinavie et l’Europe d’après-guerre: projets et prises de positions de la guerre à 1947 », Actes du colloque Plans des temps de guerre pour l’Europe d’après-guerre 1940-1947, Bruylant, Bruxelles, 1995, p. 527-562.
12. Gérard Bossuat, L’Europe occidentale à l’heure américaine. Le Plan Marshall et l’unité européenne 1945-1952, Complexe, Bruxelles, 1992, et « Réflexion sur un ouvrage récent (1992) », 2 articles, Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, 1994, http://www.historiographie.info/bossuat.pdf
13. Nombreux exemples, Geoffrey Roberts, Les guerres de Staline, Paris, Delga, 2014; Lacroix-Riz, « États-Unis et Vatican dans les tractations de paix de la Deuxième Guerre mondiale », in Marie-Claude L’Huillier, Anne Jollet, dir.,, Guerre et paix, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 185-206, et Élites.
14. Tél. 861.01/2320 de Harriman, Moscou, 13 mars 1944, FRUS 1944, IV, Europe, p. 951.
15. Lettre n° 1068, de l’ambassadeur de France Dampierre au MAE Schuman, Stockholm, 23 novembre 1948, Europe généralités, 43, MAE.
16. Tarte à la crème de la « menace soviétique », Lacroix-Riz, Le choix de Marianne: les relations franco-américaines de 1944 à 1948, Paris, Éditions Sociales, 1986, réédition, Delga, 2020; « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme? », historiens et géographes, n° 324, août-septembre 1989, p. 219-243. Carcan, chap. 5 (et sa bibliographie).
17. Sur la transformation officielle de l’ECA ou de l’ERP en MSA (Mutual Security Agency, Agence de Sécurité Mutuelle) encore plus contraignante, « Plan Marshall et commerce Est-Ouest », « 2. Le miracle coréen : vigueur et limites de la puissance américaine (juillet 1950-1952) ».
18. Citation Note DAEF pour Bidault, 28 mai 1948, MAE, A.22.9. 2 C IV, consulté dans les années 1970, avant classement définitif, archives du ministère des Affaires étrangères (MAE), et toutes les sources citées dans mes travaux.
19. Bossuat, L’Europe occidentale à l’heure américaine, « La souveraineté des États européens mise en cause? » (point d’interrogation purement diplomatique), p. 112 sq.; « Le cas de la France », sous-paragraphe de « Une intervention modulée dans les affaires européennes », p. 180 sq., et passim
20. Économie et bases aéronavales, Lacroix-Riz, Les Protectorats d’Afrique du Nord entre la France et Washington du débarquement à l’indépendance 1942-1956, Paris, L’Harmattan, 1988, passim.
21. Le choix de Marianne, chap. 4, « La reconstruction prioritaire de l’Allemagne : la France mise devant le fait accompli (juillet 1947) », p. 133-136 de l’édition de 1985.
22. Lacroix-Riz, « Paris et Washington au début du Plan Schuman », communication au colloque d’Aix-la-Chapelle de mai 1986 sur les débuts du Plan Schuman 1950-1951, Die Anfänge des Schuman-Planes 1950-1951, éd. Klaus SCHWABE, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden, 1988, p. 241-268.
23. Détail, Lacroix-Riz, « Vers le Plan Schuman : les jalons décisifs de l’acceptation française du réarmement allemand (1947-1950) », guerres mondiales et conflits contemporains, « I. De la reconstruction prioritaire au réarmement », n° 155, juillet 1989, p. 25-41; « II. Paris et le projet américain de réarmement de l’État allemand », n° 156, octobre 1989, p. 3-87, et « La France face à la menace militaire allemande au début de l’ère atlantique: une alliance militaire redoutée, fondée sur le réarmement allemand (1947-1950) », Francia, vol. 16, cahier n° 3, mai 1990, p. 49-71); « L’apport des “guerres de Staline” de Geoffrey Roberts à l’histoire de l’URSS : acquis et débats », préface à Roberts, Les guerres de Staline, Paris, Delga, 2014, 34 p., p. XII-XXXIV.
24. Tél. Bonnet n° 1212, Washington, 19 mars 1949, Europe Généralités 1944-1960 (Europe), 26, MAE.
25. Gillingham, Coal, p. 149, à confronter aux sources de la n. 86.
26. Carcan, chap. 6, p. 113-122, sur l’aspect américain du projet, et 122 sq. sur le ‘cartel “européo-allemand” ».
27. Tél. n° 361 de Garnier, 23 février 1951, Z Europe Généralités 1944-1960, 112, Plan Schuman, MAE. Argumentaire des « anti-autarciques », Carcan et tous art. cit. sur le Plan Schuman.

Commentaire recommandé

Charles Michael // 21.05.2019 à 11h18

Honneur soit rendu à Annie Lacroix-Riz
et merci à ce site de publier cette série.

Dénoncer cette durable imposture de l’Europe c’est la Paix, de l’Union fait la force, est une oeuvre de salubrité publique.

les esclaves volontaires s’attacheront au style sans oser s’aventurer sur le fond: une tradition de mensonges d’Etats.

18 réactions et commentaires

  • Denis Monod-Broca // 21.05.2019 à 07h54

    Très intéressants ces longs papiers d’Annie Lacroix-Riz mais écrits trop vite, avec trop de fautes et de coquilles. Ça nuit beaucoup à leur lecture et même à la crédibilité de l’ensemble.

      +2

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    • Ghislain // 21.05.2019 à 09h49

      Les articles et les livres d’ALR ont tous ce style caractéristique qui contraint le lecteur à beaucoup de concentration. Les références documentaires et les développements de la rédactrice sont étroitement imbriqués, ce qui en rend la lecture assez délicate.
      Pourtant, ses thèses de l’action constante et prépondérante des américains sur l’histoire mondiale depuis les années 1890 sont aisément repérables dans tous ses écrits.
      Étant, comme elle, né en cette année cruciale 1947, je partage l’angle sous lequel elle voit lla période qui a précédé notre naissance. Nous avons baigné, dès le début de notre vie, dans la propagande pro-américaine la plus débridée d’où il a été très difficile de s’extraire surtout si (comme moi) la formation politique était des plus faiblarde à l’époque.
      La lecture du “choix de la défaite” a été, à cet égard, une révélation sensationnelle. J’en possédais tous les éléments, le livre m’a donné la clé de décryptage.

        +20

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      • AtomeCrochu // 21.05.2019 à 13h58

        Je recherchais une porte d’entrée aux travaux de Mme Lacroix-Riz, vous venez de me l’indiquer. Merci beaucoup !

        Une note à part, il est amusant de voir l’influence de l’âge dans la perception de l’Histoire et des “alliances”. Ma génération, née dans les années 80, a bouffé de l’Europe “c’est la paix” et du film de guerre sauce burger, mais sûrement pas autant que celle née dans les années 50.

        A chacun sa croix, mais parler d’histoire, de politique ou d’économie (difficilement dissociables) de manière transgénérationnelle est franchement pénible.

        “L’histoire mène à tout,à condition d’en sortir”
        Merci aux historiens courageux !

          +5

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        • ALR // 21.05.2019 à 22h01

          À ceci près que la génération née après la Deuxième Guerre mondiale disposait, en l’absence d’accès aux archives, du soutien solide contre l’intoxication à flots continus apporté par ses organisations, politiques et syndicales, de défense, qui jugeaient vitale l’Histoire critique, et de la discussion avec les familles qui avaient vécu la guerre et compris un certain nombre de choses. L’effondrement desdites organisations et la réduction au silence des grands-parents et parents qui avaient résisté ont privé la génération née depuis les années 1980 de cet appui ou ce guidage.
          Qui s’oppose au torrent de propagande désormais? Assurément pas « les historiens du consensus » (formule de l’historien américain du fascisme français, Robert Soucy, qui a ulcéré l’équipe de l’Institut d’études politiques au moins autant que les rudes avis de Couve de Murville et Villiers ont déchaîné nos « éminents historiens européens »): ils ont verrouillé au profit des « presses de Bruxelles » et de « l’histoire orale » glanée auprès des « grands témoins » l’usage des archives désormais disponibles. Les fonds bruts, accablants, sont tabous dans la perspective d’une thèse sur « l’Europe ».
          Concernant l’accès à la vérité historique, les jeunes générations sont, à cette date, perdantes. On compte sur elles pour se débarrasser, un de ces jours prochains, du carcan de la censure et de l’autocensure qui a pourri, entre autres, la vie académique des trois dernières décennies.

            +7

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          • AtomeCrochu // 22.05.2019 à 08h25

            Votre réponse m’honore.
            Merci pour cet apport précieux.

            Les quelques échanges que j’ai eu avec nos aïeux au sujet de l’occupation ont toujours éclairé l’Histoire d’une manière différente, crue et mystérieuse car presque opposée à mes cours d’école ou autres prêches d’arté.

            Un grand père parvenu à fuir les rafles des fritz et vivant de petits boulots en zone occupée, un autre qui détestait de Gaulle pour avoir désarmé les français après guerre, armes chèrement acquises par des réseaux parallèles (mafia Guérini) pour servir au maquis, un grand mère mise en danger par des résistants qui s’en servaient de mule, des bombardements alliés mortels…D’autres témoignages sur les fridoulins qui devaient se comporter convenablement avec les occupés à l’ouest au risque d’être envoyés sur le front de l’est et là, ça ne rigolait pas.

            Encore merci pour votre travail

              +3

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  • Crapounet // 21.05.2019 à 08h10

    Je ne comprends pas le sous-entendu par «prétendu coup de Prague»

      +3

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    • ALR // 21.05.2019 à 09h18

      Voir les références fournies n. 16, notamment « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme? », historiens et géographes, n° 324, août-septembre 1989, p. 219-243, expose la tentative de la droite tchécoslovaque, qui, en liaison avec Washington et dans la perspective du fameux Plan Marshall, a tenté de faire ce qui avait réussi à Bruxelles (mars 1947), Paris et Rome (mai 1947), c’est-à-dire l’éviction du parti communiste du gouvernement. La tentative échoua à Prague : le rapport de forces général et intérieur de la zone d’influence soviétique était différent de celui de la zone d’influence américaine, le parti communiste plus puissant et détenteur de postes ministériels clés, dont l’Intérieur. Sur un ton très « occidental », Jean-Pierre Rageau, Prague 48 (sic). Le Rideau de Fer s’est abattu, Bruxelles, Complexe, 1981, va dans le même sens.
      Quel historien sérieux soutiendra dans quelques décennies la thèse de l’agression de l’Iran contre les États-Unis en 2019?

        +17

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  • Sandrine // 21.05.2019 à 09h20

    A. Lacroix-Riz insiste sur le fait que depuis la fin de la seconde guerre mondiale les USA privilégient leur alliance avec le capitalisme allemand et voient en l’Allemagne le cœur obligé de l’Europe.
    Certes ALR cite des déclaration qui peuvent faire penser que c’est effectivement le cas, mais, pour autant, elle n’explique pas vraiment cette préférence. Je l’ai entendue dire dans une récente conférence que cette préférence américaine était due au fait que la structure du capital allemand était comparable à celle du capital américain, notamment le niveau de cartellisation. Mais est-ce une explication suffisante?
    Il y a là un impensé, à mon avis, qui s’explique peut-etre par le fait que cette question dépasse le champ d’investigation de ALR (centré sur l’histoire économique) mais qui du coup rend sa démonstration un peu insuffisante.

      +3

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    • ALR // 21.05.2019 à 11h56

      Vous voudriez vraiment voir démontré en 30 pages et 144 notes infra-paginales ce qui renvoie à des dizaines de fonds originaux et de travaux, travaux le plus souvent inédits en France, et trouver le strict équivalent de décennies de recherches et de milliers de pages de travaux, en aucun cas exclusivement économiques (https://www.historiographie.info/cv.html)?
      Quant aux coquilles, dénoncées par d’autres lecteurs, c’est vrai, il manque quelques mots ici ou là (telle coupure ou non-coupure de relecture est très condamnable de ma part), et il y a eu quelques erreurs de transcription de notes infra-paginales, retrouvées malencontreusement dans le texte (pas de mon fait). Assurément. Sont-elles vraiment susceptibles de « nuire à la crédibilité de l’ensemble »? À l’accusation de texte « long et tarabiscoté », « mal écrit et organisé », que répondre? Certes, c’est moins désagréable que l’accusation politico-idéologique plus habituelle, du genre fiche Wikipédia, mais tout de même, il serait plus raisonnable et loyal de parler du fond des faits historiques…

        +11

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      • Sandrine // 21.05.2019 à 12h42

        Chère ARL, je me suis probablement mal exprimée, mais je suis contente que vous me répondiez et je vous en remercie.
        Je ne doute pas du sérieux de vos recherches ni de la sincérité de votre intime conviction sur ce point.
        Mais votre explication me laisse personnellement sur ma faim : pourquoi les USA auraient choisi de s’allier avec le capitalisme allemand plutôt qu’avec un autre? Avant guerre, je comprends : l’argument du « bon payeur » est convaincant (même si la puissance du KPD aurait dû, si l’on suit votre logique, inquiéter théoriquement les investisseurs américains)
        Mais après-guerre ? Pourquoi les Américains se seraient tellement acharnés à diaboliser le nazisme (tout en récupérant à leur compte les savoir-faire des nazis) en organisant Nuremberg, etc.(et jusqu’à aujourd’hui encore car la diabolisation du nazisme reste leur fond de commerce) si c’était dans l’idée de réhabiliter l’Allemagne et d’en faire le nouveau champion de l’Europe?

        Pour tout dire il me semble que vous négligez la dimension culturelle/spirituelle des choses (volontairement, je me doute, car vous êtes partisane du matérialisme scientifique ) et du coup, on a l’impression que votre explication est trop simple (presque simpliste).

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    • Véronique // 21.05.2019 à 17h45

      J’aimerais moi aussi une réponse du professeur ALR sur cette question, que je trouve intéressante, parce que déjà après la première guerre mondiale, les industriels et financiers US sont fortement impliqués en Allemagne, en investissant, en créant des filiales, en restructurant l’industrie allemande etc. J’ai pensé qu’il était simplement plus facile à un pays comme les USA de s’imposer dans un pays vaincu et assez mal en point (crise économique, crise politique), tout en jouant le rôle de soutien (contre une application stricte du traité de Versailles).
      Peut-être qu’après la deuxième guerre mondiale il en a été de même (avec en plus le fait que l’Allemagne pouvait accepter encore plus facilement la tutelle US en échange de l’effacement de ses dettes de réparation et de sa “dette morale”).
      Sans parler du fait que l’Allemagne est plus tournée vers l’est (donc l’URSS à l’époque) que par exemple, la France ou le RU.

        +3

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      • ALR // 21.05.2019 à 21h55

        Réponse à vous-même et à Sandrine:
        Sur l’alliance objective et subjective entre impérialismes américain et allemand, comme sur les faveurs des milieux dirigeants américains pour le Reich, pré-nazi, nazi et post- nazi, la réponse en cours sur le présent site fournit nombre de références.
        La dernière en date sur la complaisance américaine envers le nazisme est mon ouvrage à paraître en août 2019, La non-épuration en France 1943-années 1950, Dunod-Armand Colin, annoncé par une interview sur Radio Galère consacrée à la prétendue « dénazification » ouest-allemande, diffusée le 8 mai 2019, https://www.historiographie.info/alr8052019RG.mp3.
        Ce travail, qui s’inscrit contre la thèse dominante en France, mentionne aussi une masse de références anglophones, malheureusement non traduites en français, sur le même sujet.

          +2

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        • Véronique // 22.05.2019 à 14h25

          Je vous remercie beaucoup pour votre réponse, et je suis heureuse d’apprendre que vous publiez un nouveau livre, et en plus sur un sujet qui en ce moment m’intéresse beaucoup.

            +4

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  • roubaud pierrre // 21.05.2019 à 09h29

    Dans un tract distribué par le « Pôle de Renaissance Communiste en France » (PRCF – ww.initiative – communiste.fr) dont Annie Lacroix-Riz fait partie, on peut lire ceci :
    « Macron, le petit commis de Merkel et de Trump, veut substituer à la « souveraineté nationale » une « souveraineté européenne » et une armée européenne… »
    Un peu plus loin dans ce tract on peut lire que « l’Allemagne » est « la vraie patronne de l’UE ».
    On peut lire aussi que l’UE est une « vraie prison des peuples dominée par Berlin » et que l’Otan est une « partenaire stratégique de l’UE ».
    Ainsi, selon Annie Lacroix-Riz au sein du PRCF, l’UE, et, dans l’UE l’Allemagne se seraient émancipées de la tutelle des EUA, et du point de vue militaire de la tutelle de l’Otan, à laquelle il ne resterait que le rôle de « partenaire stratégique ».
    Or, personnellement, je conteste cette analyse. Je constate par exemple
    -que la France fait encore partie de l’Otan toujours placée sous la tutelle yankee ;
    -que la pénétration économique des capitaux et autres « fonds de pension » étatsuniens n’a jamais été aussi importante,
    -que les EUA ont installé leur domination sur l’Ukraine et poussent non sans succès à la pulvérisation régionalisation des nations européennes ;
    -que la NSA étatsunienne a pu installer ses bureaux à Paris, etc.

    Que pense Annie Lacroix-Riz de mes objections ?

      +1

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  • Kokoba // 21.05.2019 à 09h35

    Le texte est certes intéressant mais tout de même bien mal écrit et organisé.

      +1

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  • Charles Michael // 21.05.2019 à 11h18

    Honneur soit rendu à Annie Lacroix-Riz
    et merci à ce site de publier cette série.

    Dénoncer cette durable imposture de l’Europe c’est la Paix, de l’Union fait la force, est une oeuvre de salubrité publique.

    les esclaves volontaires s’attacheront au style sans oser s’aventurer sur le fond: une tradition de mensonges d’Etats.

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  • Catalina // 21.05.2019 à 22h12

    Bonsoir madame Lacroix-Riz et merci de venir nous répondre.
    A la lecture de ce texte, j’ai pensé immédiatement à Poutine et Macron quand Poutine lui a dit de ne pas avoir peur, ce à quoi Macron a répondu, effrayé ” je n’ai pas peur”.
    Cela va être difficile de sortir de la tuelle US, et de celle de son “partenaire” privilégié allemand. Sortir de l’ue est la première chose à faire et je vois qu’on ne nous laissera pas sortir facilement.

      +5

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