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21.juin.202021.6.2020 // Les Crises

Interdit d’interdire – Le télétravail est-il l’avenir ?

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Source : Russia Today France, Interdit d’interdire

Frédéric Taddeï reçoit Philippe Planterose, sociologue du travail, et Fanny Lederlin, doctorante en philosophie.

Source : Russia Today France, Interdit d’interdire

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Commentaire recommandé

Urko // 21.06.2020 à 10h03

Il y a en ce moment une guéguerre au sein des entreprises contre le télétravail. Des responsables d’équipes la mènent, qui jusque-là repoussaient cette façon de travailler en arguant de toutes les difficultés voire impossibilités auxquelles elle aboutirait, d’après eux du moins. Ils paniquent désormais car le confinement les a contredits, montrant que cela fonctionnait finalement souvent très bien et que les catastrophes qu’ils prévoyaient n’ont pas eu lieu. Il faut comprendre ces « managers » : pour certains d’entre eux, la perspective de voir leurs équipes travailler et atteindre leurs fameux objectifs loin d’eux, voire sans eux en somme, remet clairement en cause l’utilité réelle de leur fonction et des avantages qu’ils en tirent. Pour un chef d’équipe dont l’essentiel du savoir faire consistait à contrôler les horaires d’arrivée de ses collaborateurs par exemple (ça existe encore), le télétravail ressemble à une menace implacable, et ils feront tout pour la torpiller. Pourquoi des entreprises paieraient elles des chefs si en fait, sans eux, les employés travaillent tout aussi bien si ce n’est mieux ? Au delà, c’est toute la notion d’entreprise qui se voit interrogée : des gens se réunissant en un même lieu pour y travailler ne représente plus la norme… Enfin, il y a ceux, plus nombreux qu’on ne le pense, qui ont beaucoup investi sur leur vie professionnelle ou pour qui elle tient lieu de vie sociale, et qui bien sûr, s’inquiètent de la voir se restreindre et de la solitude induite.

13 réactions et commentaires

  • Urko // 21.06.2020 à 10h03

    Il y a en ce moment une guéguerre au sein des entreprises contre le télétravail. Des responsables d’équipes la mènent, qui jusque-là repoussaient cette façon de travailler en arguant de toutes les difficultés voire impossibilités auxquelles elle aboutirait, d’après eux du moins. Ils paniquent désormais car le confinement les a contredits, montrant que cela fonctionnait finalement souvent très bien et que les catastrophes qu’ils prévoyaient n’ont pas eu lieu. Il faut comprendre ces « managers » : pour certains d’entre eux, la perspective de voir leurs équipes travailler et atteindre leurs fameux objectifs loin d’eux, voire sans eux en somme, remet clairement en cause l’utilité réelle de leur fonction et des avantages qu’ils en tirent. Pour un chef d’équipe dont l’essentiel du savoir faire consistait à contrôler les horaires d’arrivée de ses collaborateurs par exemple (ça existe encore), le télétravail ressemble à une menace implacable, et ils feront tout pour la torpiller. Pourquoi des entreprises paieraient elles des chefs si en fait, sans eux, les employés travaillent tout aussi bien si ce n’est mieux ? Au delà, c’est toute la notion d’entreprise qui se voit interrogée : des gens se réunissant en un même lieu pour y travailler ne représente plus la norme… Enfin, il y a ceux, plus nombreux qu’on ne le pense, qui ont beaucoup investi sur leur vie professionnelle ou pour qui elle tient lieu de vie sociale, et qui bien sûr, s’inquiètent de la voir se restreindre et de la solitude induite.

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    • Florent // 22.06.2020 à 15h43

      Pour ma part, je ne suis pas manager d’équipe, je ne suis pas contre le télétravail, je suis plutôt pour le « chacun comme il le souhaite ».

      Personnellement, je n’ai pas beaucoup « investi » sur ma vie professionnelle, mais je considère le travail comme quelque chose de social, et donc de collectif avant tout. Je n’aime pas le télétravail (à part 1 jour par-ci, par-là), car les relations humaines en pâtissent fortement. Les réunions par visioconférence, ou les simples appels en visioconférence, ne valent pas les réunions ou discussions « réelles ». Sans même parler des conditions dans lesquelles on télétravail.

      Le travail fait partie de la vie sociale, au même titre que la famille, les amis ou les activités que l’on peut exercer qu’elles soient bénévoles, sportives, culturelles. Et perdre un de ceux-là créé (là je parle pour moi) un déséquilibre et finalement un manque dans la vie sociale justement.

      Je me demande d’ailleurs, si mon entreprise obligeait le télétravail, si ça n’est pas un motif légitime de démission. Car je le ferai.

      A lire l’enquête du Diplo de juin intitulée « Travail, Famille, Wi-Fi ».

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  • Ives // 21.06.2020 à 19h01

    je suis tout à fait d’accord. En tant que DS dans ma boîte, le télé travail me semble être l’aboutissement de l’individualisation de la société (du moins pour l’aspect travail). L’étape suivante, qui a en fait déjà commencé, sera sûrement plus de salariés, mais que des auto-entrepreneurs (on ne parle pas forcément des coiffeurs, restaurateurs, …) qui travailleront à la tâche (on dira à la mission, çà fait un peu moins XiXe siècle). Bref, un modèle très Uber…
    Après, si c’est ce que les gens veulent… S’ils n’en veulent pas, ils n’ont qu’à se battre.

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    • Karine // 21.06.2020 à 23h31

      DS aussi, je ne partage pas votre analyse : sur notre site, le travail est très numérisé, zero papier, tout est sur le réseau, les échanges se font par mail, même quand on est dans le même openspace… du coup, le télétravail est une conséquence naturelle, car pourquoi se déplacer puisqu’on ne rencontre pas vraiment les collègues, sauf pour des réunions interminables qui ne servent à rien?
      et il y a aussi le piège des interruptions incessantes, facilitées par l’openspace : certains se cachent dans les bubbles pour y échapper; là encore, le télétravail est une conséquence logique.
      Les souhaits personnels ont peut-être changé, mais c’est surtout la réalité du travail quotidien qui s’est déshumanisée…

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    • VVR // 22.06.2020 à 00h19

      Des délégués syndicaux, ça fait très longtemps que je n’en a pas vu. En fait depuis mon premier poste, dans une trés vieille entreprise de plus 3000 salariés (a l’époque). La plupart des employés étaient là depuis plus de vingt ans: les rares jeunes étaient tous en CDD, Interim, ou en stage.

      Depuis, comme il n’y a de grille salariale nulle part et que le salaire est la gueule du client, personne ne se risque à devenir délégué. Un ami l’a fait, mais il l’était devenu uniquement parce qu’il détestait son patron et que celui ci essayait de jouer au plus malin avec le code du travail (et indirectement avec le fisc). Il a démissionné le jour ou il a obtenu gain de cause.

      Dans les PME (qui font l’essentiel du boulot des grandes entreprises) ou j’opère aujourd’hui, les RH, au premier nuage sur l’horizon financier, ne se gênent absolument pas pour présenter des ruptures conventionnelles « librement consenties » en disant que sinon c’est licenciement pour n’importe quel motif, préférablement insuffisance professionnelle, et bonne chance aux prud-hommes.

      C’est un monde où les « petits-cadres » (qui n’encadrent personne) ont un CDI qui ne tiendra que rarement plus de 3 ans (incluant les 6 mois de periode d’essais). Pour le bas de l’échelle des contrats intérim et CDD de moins de 2 mois. Plus bas encore, les basses-œuvres sont sous-traitées à du sous-prolétaire Uberisé (pardon: des auto-entrepreneurs).

      Est-ce que le télé-travail a encore quelque chose a détruire ?

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  • Shadow // 23.06.2020 à 00h29

    Le télétravail. Le kiff. J’ai une vie familiale et sociale bien remplie. Le travail est alimentaire. Si je peux m’éviter 2h de transport par jour, moins de stress et plus de temps pour moi et mon entourage alors oui, vive le télétravail ! Individualiste ? Face au capitalisme et au libéralisme ? Non juste mieux vivre. J’aurais pas plus ni moins sur ma FP à la fin de mois, mais je gagne en qualité de vie + un petit billet du fait de l’essence que je n’utilise pas + un petit acte pour la nature et deux heures par jour de ma vie, que je reprend !!! 2h !!!

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  • Wanda // 23.06.2020 à 12h25

    Moi je veux quitter Paris. Si je pouvais télétravailler (à la limite revenir 1 semaine par mois dans les locaux de mon entreprise, cela me va) cela me permettrait de déménager et de quitter cette ville étouffante.

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  • Ming Tong // 24.06.2020 à 07h16

    Le telétravail généralise peut masquer des délocalisations vers d’autres pays et prendre insidueusement les formes d’un processus d’externalisation d’activités de l’entreprise; ce qui se traduira alors par une précarisation du statut du salarié par une nouvelle forme contractuelle

    Le teletravail systématique freine l’integration dans une culture d’entreprise ainsi que la créativité de groupe en renforçant l’individualisation; il boulverse l’organisation et la structure de l’entreprise et peut être un obstacle à un controle direct des salariés qui peut etre lourd à gerer. Par contre , il permet d’éviter l’absenteisme , consécutif à des greves de transport ou à des contraintes familiales.

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    • step // 24.06.2020 à 08h56

      commentaire éclairant – volontaire ou non – sur les enjeux du télétravail pour le patronat. Si cela permet de diminuer l’absentéisme et renforce la mise à disposition des employé envers l’entreprise, oui, sinon non. Pas le moindre désir, ou même idée que le télétravail puisse être un avantage mutuel et équilibré. Tout pour la gueule de l’entreprise, ou comment transformer un outil potentiel de rééquilibrage professionnel/personnel envers des salariés qui pour la majorité sont surinvestis dans leur rapport à leur entreprise, en outil d’écrasement. Les jours heureux sont toujours aussi loin…

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      • Ming Tong // 25.06.2020 à 08h32

        Nuances à prendre en compte relatives au télétravail par rapport aux entreprises de Paris et sa banlieue :
        – beaucoup d’entreprises sont situées en grande banlieue pour des raisons de coûts de l’immobiilier à Paris
        -temps moyen de déplacement par RER en venant de Paris : plus de 2 heures aller/retour , avec des rames surchargées aux heures de pointes
        -pratiquement tous les jours, des incidents et perturbations du traffic: grèves, materiel defaillant , bandes de « voyous » d’où retards et allongements du temps de transport : -exemple hier le RER est reste immobilisé une heure dans la chaleur avec obligation de porter un masque (pas pour tous d’ailleurs devinez qui?)

        -Résultat : temps de trajet + de 3 heures
        -C’est le quotidien pour ceux qui font le trajet Pris- banlieue et vice et verça
        -Transport en voiture: il y a des embouteillages monstres
        -Habiter en banlieue (près de l’entreprise) on préfère éviter
        -Habiter Paris, beaucoup n’ont pas les moyens vu les prix

        Conclusion
        2 et parfois3 jours en téletravail dans la semaine , si c’est possible, sont les bienvenus

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        • step // 25.06.2020 à 11h48

          ah oui effectivement, les salariés ont aussi des souhaits sur le sujet. A titre personnel, on peut apprécier le non déplacement, la fatigue économisée, le gaspillage écologique et humain évité (combien de morts dans ces mouvements pendulaires ?) … (y compris en dehors de paris, il y a un paquet de villes grosses ou moyennes, dans lesquelles se déplacer est une galère). Il y a beaucoup d’aspect importants dans le télétravail qui devrait écarter ce sujet d’une gestion par (et pour) les entreprises. Sinon effectivement, cela se finira en précarisation et en travail du dimanche à l’oeil.

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  • RGT // 26.06.2020 à 10h37

    Proche de la fin de ma « vie active » (encore quelques années mais pas trop) je peux vous dire que, bien qu’ayant été loin des postes les moins enrichissants (sauf pendant mes études), que le travail n’est pas, et de loin, la « valeur ultime de l’existence humaine ».
    Le travail n’est que le SEUL moyen pour la majorité de la population de parvenir à obtenir de quoi vivre ou survivre.

    Étymologiquement ce mot provient de SOUFFRANCE, DOULEUR.
    La meilleure preuve de l’origine de ce mot est d’ailleurs celle qui s’applique au travail lors de l’accouchement : Des douleurs intenses pour celles qui donnent la vie.
    Dans l’antiquité, le « travail » tel qu’on le conçoit de nos jours était réservé aux esclaves et aux métèques (étrangers), puis les serfs et les roturiers ont pris le relais.

    Et ont ensuite été remplacés à la révolution industrielle par les ouvriers, sous caste corvéable à merci qui devait vendre leur force et leur vies en échange du minimum leur permettant de survivre.

    Les seuls qui se battent contre le télétravail sont les « cheffaillons » qui perdent leur ascendant sur leurs subordonnés.
    Par contre, pour les employeurs, c’est tout bénef : Plus besoin d’avoir des locaux adaptés, de devoir fournir l’énergie et bien sûr horaires à rallonge au prétexte du « temps gagné » dans les transports…

    Souvenez-vous des esclaves du télétravail, ces « petites mains » qui dans le passé étaient payées à la pièce pour une rémunération de misère, ces esclaves corvéables à merci et disponibles selon le bon vouloir des donneurs d’ordres.

    Ce fût interdit, allez savoir pourquoi..

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  • Ming Tong // 26.06.2020 à 12h55

    -Vivre pour travailler ou travailler pour vivre?
    -S’investir dans une activité pour que celle-ci nous donne des possibilités de pouvoir faire des choix de vie et satisfaire des besoins est important!
    -Dans la vie, ne survivent longtemps que ceux qui ont « endurci » leur corps et leur esprit . Par contre, ceux qui veulent ignorer la dimension économique du travail font un déni de la réalité des avantages dont ils bénéficient dans la société. La société, où nous vivons, fait du marketing pour une existence ludique où l’argent est apporté par le père Noel. Si ces mêmes personnes se trouvaient dans des sociétés (comme celles qu’a connu l’Europe il y a 100 ans) où il y avait peu de travail et pas de père Noel, elles raisonneraient différemment. Mais attention elles risquent d’êre rattrapées par l’histoire.

    – Un combattant « transforme un mal en bien » ou encore « les épreuves sont destinées à le rendre toujours plus fort »!

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