Dans la torpeur estivale, cette information aurait pu passer complètement inaperçue. C’est un article daté du 9 Août 2014 signé du bureau éditorial du New York Times (1) relayé sur un réseau social qui a attiré mon attention sur cet événement. 11 banques parmi les plus importantes de la planète (2) ont vu leurs copies du « testament bancaire » retoquées le 6 août. Vous savez, ce document imposé par le Dodd Franck Act ou autres lois Moscovici et sensé fournir la « recette » du démantèlement au moins pire des intérêts des créanciers et de l’écosystème en cas de crash de l’établissement financier testateur.

J’ai déjà publiquement abondé il y a plus d’un an (3) dans le (bon-) sens d’Olivier Berruyer sur le sujet du testament bancaire : « Plutôt que de savoir quoi faire si Fukushima se reproduit, je préfère empêcher que Fukushima se reproduise ». Il est inutile de s’attarder sur l’opportunité de ce document : utile ou non, il est obligatoire. Mais là, les « exécuteurs testamentaires » que sont la Federal Reserve et la Federal Deposit Insurance Corporation, tentant de valider ex ante les informations de la version 1.0 de ces testaments, jugent ces documents non réalistes et insuffisamment étayés (4). Il est donné aux cancres une année de plus pour produire un codicille acceptable et satisfaire cette prescription. Soit 5 ans au lieu de 4. Mais pas question de bousculer de 100 bp l’exigence de leur ratio Tier 1 dans l’attente d’une copie qui obtiendrait la moyenne, ou de leur coller une amende dont la démesure outre-Atlantique esbaudit l’observateur européen.

Cette année supplémentaire indigne les signataires de l’article, et, de mon point de vue, ils ont raison. Pendant cette année, ces banques qui font partie de la trentaine de banques systémiques mondiales vont continuer à s’exposer et exposer leur écosystème sans satisfaire une des contraintes réglementaires qui devrait s’imposer à elles et (théoriquement) réduire la portée du désastre induit par leurs éventuelles défaillances, le sinistre maximum possible en jargon d’assureur. Nonobstant l’inefficacité dont j’affuble cette disposition, ne s’agit-il pas d’une distorsion conséquente à la concurrence par rapport aux autres établissements systémiques ayant fait correctement ce travail ?

Mon opinion d’iconoclaste : cette généreuse clémence qui confine au laxisme est un symptôme de cette inversion de fait que j’ai formulé dans mon titre : la banque est devenue le régulateur de la puissance publique, quand bien même une bonne théorie d’économie politique nous dirait que c’est l’inverse qui devrait être la norme. Un citoyen, ennemi de la finance ou non, ne saurait s’en réjouir.

Autre sujet d’agacement, la relative discrétion des médias français. Le sujet n’est certes pas passionnant, le reste de l’actualité est chargé, et je suis sans doute plus sensible que d’autres à la régulation bancaire, mais j’ai parfois le sentiment que nos médias sont plus complaisants quand il faudrait qu’ils soient pugnaces. L’absence de banque française prise la main dans le pot de miel explique peut-être ce relatif silence, mais le constat qu’un tiers des banques systémiques mondiales s’avère incapable de produire un testament qui tienne la route devrait (de mon point de vue) être terrifiant, ou alors ils partagent mon scepticisme sur l’utilité du testament bancaire et se taisent pour des raisons que j’ignore.

Bref, si vous pensez que Dodd Frank Act et ses avatars locaux protégeront l’économie mondiale des crises financières, vous êtes peut-être naïf, ou alors victime d’une information défaillante. La mansuétude sans contrepartie dont ces banques semblent bénéficier me fait penser à une cour de récréation où l’on pourrait lever le pouce pour dire qu’avant, ça ne comptait pas, c’était pas du jeu. Il serait opportun que la finance mondiale se fasse imposer un Glass Steagall Act pour éviter qu’au lendemain d’une prochaine crise, un Vincent Auriol ne soit tenté de mettre sa menace à exécution (5).

(1) http://www.nytimes.com/2014/08/10/opinion/sunday/too-big-to-regulate.html?_r=0
(2) Bank of America, Bank of New York Mellon, Barclays, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Morgan Stanley, State Street & UBS
(3) http://www.finyear.com/Banque-pensee-unique_a25090.html
(4) « unrealistic or inadequately supported »
(5) « Les banques, je les ferme, les banquiers, je les enferme. »

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx

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Je complète par ce papier de François Garçon, Enseignant-chercheur, sur le Nouvel Obs

Le patron de la BNP “affecté” par l’amende record des USA : l’ENA-pipeau a encore frappé

LE PLUS. BNP Paribas a été condamnée fin juin à une amende de 6,5 milliards d’euros pour avoir violé les embargos américains contre le Soudan, Cuba et l’Iran. “Très affecté” par la sanction, le patron de la banque, Baudoin Priot, envisagerait de céder sa place. Quand les médias arrêteront-ils de le couvrir d’éloges ? Coup de gueule de François Garçon.

Ce grand patron “à la française”, autrement dit sorti de l’ENA et rapidement hélitreuillé à la tête d’un groupe de 180.000 personnes par un pair sorti de la même colonne de distillation (bonnes notes au lycée (!?), concours imbécile mais “méritocratique”, haute fonction publique, ignorance totale du milieu PME) à, de surcroît, eut la consécration journalistique : en 2009, le journal “La Tribune” le consacrait “stratège de l’année” pour avoir racheté Fortis Banque et, l’année suivante, il était élu “meilleur dirigeant bancaire européen”.

En 2012, c’est au tour du magazine “Challenges” de le célébrer comme “patron le plus performant“. En 2011, avec sa rémunération fixe et ses bonus, l’intéressé empochait 2,47 millions d’euros.

L’avez-vous reconnu ? Il s’agit de Baudoin Prot, patron de la BNP, dont la banque, nous dit “Le Monde”, connaît “des ennuis judiciaires” aux États-Unis. Ennui, nous dit “Littré”, signifie “contrariété”, voire “grand chagrin”.

La banque savait les risques qu’elle prenait

En l’occurrence, cette contrariété et ce grand chagrin se traduisent par un chèque en dollars avec un 9 suivi de neuf zéros. Neuf milliards de dollars. Alors que le président collectionnait les médailles, la BNP, “sa” banque, celle dont Baudoin Prot était le patron, commerçait activement (et en dollars) avec Cuba et le Soudan, l’un des plus innommables régimes sur la planète.

À écouter nos benêts banquiers français, ils ignoraient que jongler avec la monnaie américaine plaçait automatiquement les transactions concernées sous la juridiction de ce pays !

Il est aujourd’hui admis que, depuis juin 2006, la banque savait les risques qu’elle prenait en enfreignant sciemment la législation américaine. Pire, on apprend encore que lorsque les autorités américaines ont engagé des poursuites contre la banque française, elle s’est empressée de détruire des documents qu’elle jugeait, sans doute à juste titre, compromettants.

Si à cela l’on ajoute les gémissements de Michel Sapin, déplorant l’hégémonie du dollar, puis l’humiliation de François Hollande intercédant auprès d’Obama pour que l’IRS américain revoie à la baisse sa sanction contre la banque française (à quoi Obama aurait répondu qu’en vertu de la séparation des pouvoirs, une telle démarche était impensable aux États-Unis), il n’est pas illégitime de s’interroger sur ce qui reste de “l’autorité morale” de la France.

Cessons donc de consacrer les patrons français !

Pour revenir à Baudoin Prot, et si l’on en croit le “JDD”, “son entourage le dit très affecté par la sanction”. Pardi, on le serait pour moins !

Après la faillite du Crédit Lyonnais sous la direction d’un autre inspecteur des finances, ou l’affaire Kerviel à la Société Générale, banque dirigée par un clone des précédents, cet énième cataclysme bancaire illustre l’incurie de cette vaste famille de dirigeants français qui, de l’entreprise, n’ont jamais connu que leur stage pipeau à l’ENA.

Cette engeance régale la presse qui, en retour, l’invite sur ses plateaux de radio ou de télévision, où elle se rengorge.

Que cette presse cesse donc de consacrer les “patrons de l’année”, ceux qui n’ont jamais rien créé, qui sont aux antipodes du modèle justement célébré de patrons anglo-saxons ou germaniques, sortis du rang, ayant monté leur entreprise pour ensuite la faire prospérer. Dommage d’être tant fasciné par ce modèle d’entrepreneurs hors de France pour, sitôt qu’on y revient, se rabattre sur l’archétype du technocrate interchangeable.

Le patronat français du CAC 40 est un patronat de réseau, réseau qui s’encalmine sitôt sorti de France. L’arrogance acquise pendant leurs formations stériles, organisées autour de concours imbéciles et de classements de sortie, s’avère une calamité. Peut-être viendra le jour où l’on s’en rendra enfin compte.

Enfin, tant de banquiers ont été célébrés pour leurs performances financières de l’année écoulée pour se découvrir, l’année suivante, de pendables imbéciles, ne conviendrait-il pas, comme dans le cas de sportifs dopés et démasqués, de procéder à la restitution des médailles et autres hommages dont ces patrons sont l’objet et dont ils sont si friands ?

Source : Nouvel Obs

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Et un peu de Lordon pour finir :

47 réponses à [Invité] La banque comme régulateur de la puissance publique, par Rémy Mahoudeaux

  1. pikpuss Le 14 août 2014 à 00h33
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    Je verrais plutôt l’Etat comme régulateur de la ” banque “…


    • Ardéchoix Le 14 août 2014 à 10h59
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      @ pikpuss
      Donc un état qui sait pas gérer , et qui va réguler des banques qui se prennent pour des dieux . Au secours 🙂


      • theuric Le 14 août 2014 à 13h40
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        Réécoutez, ce n’est pas ce qu’il se fut dit!


        • Ardéchoix Le 14 août 2014 à 15h16
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          @theuric
          Oui oui bien sur , on attend que les banques soient évaluées à 1€ , on rachète et voilà. C’est un joli discours , mais moi un truc qui vaut plus rien , j’en veux pas.Un seul truc peut faire avancer ce système bancaire boiteux , rendre des comptes et hop la prison (et pas du vip)


        • pikpuss Le 14 août 2014 à 19h43
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          Mais on ne pourra nationaliser les banques sans renflouer les joueurs de poker à condition de changer d’Etat… cela veut dire le gouvernement corrompu et tous les conseillers qui oeuvrent quelque soit le gouvernement pour le compte de lobbies.


  2. Guillaume Besset Le 14 août 2014 à 00h46
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    Pour moi, l’Etat devrait proposer un rapport clair sur une seule page, avec la liste des banques par ordre décroissant de risque de faillite.
    Et dire clairement aux citoyens : Prenez vos dispositions, nous ne rembourseront la faillite d’aucune banque. Point.
    Que les actionnaires des banques soient responsabilisés (ainsi que les citoyens)
    (je sais c’est un peu radical et utopique)


    • Surya Le 14 août 2014 à 01h02
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      alors qu’il suffit d’appliquer l’article 52 de la loi bancaire de 84 transcrit en L511-42 du Code monétaire et financier

      http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006072026&idArticle=LEGIARTI000006654744&dateTexte=&categorieLien=cid


      • bdb Le 14 août 2014 à 07h11
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        en cas de défaillance, la banque est “invitée” à faire appel à ses actionnaires. Donc aucune contrainte ni sanction.


        • Surya Le 14 août 2014 à 08h09
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          Vu que l’ACPR peut déclencher la mise en résolution de l’établissement concerné; c’est une invitation un peu forcée en fait puisque la sanction c’est de tout perdre.


        • Surya Le 14 août 2014 à 08h10
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          Extrait d’un rapport sénatorial :

          En outre, ce dispositif a progressivement donné lieu à une jurisprudence du Comité des établissements de crédit consistant à exiger, lors de l’agrément des banques, la présence dans leur capital d’actionnaires de référence, s’engageant par des lettres de confort à garantir leur intervention en comblement de passif, sur l’invite du Gouverneur de la Banque de France.


          • Rémy Mahoudeaux Le 14 août 2014 à 09h20
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            si les banques avaient des actionnaires solidairement responsables et sans limites, ça se saurait !


          • Rémy Mahoudeaux Le 14 août 2014 à 09h40
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            Si, j’ai même le le texte de loi 🙂
            Mais :
            1) les banques sont des sociétés anonymes, pas des snc
            2) si le bâton de la menace n’est jamais ni utilisé ni même seulement brandi il ne sert à rien (cf 2008)
            3) quelle est la solvabilité du garant ayant émis la lettre de confort en cas de crash systémique ?


            • Surya Le 14 août 2014 à 09h45
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              S’il y a un garant ayant une réelle solidité financière ça permet de calmer les marchés et donc les conditions de refinancement (cf. garantie de BPCE à Natixis pour la gestion des actifs en extinction cantonnés en GAPC – qui a été purgée il y a 2 semaines)


    • Wilmotte Karim Le 14 août 2014 à 11h06
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      Si on fait cela, dans un premier temps, les banques du haut de classement sombreront.
      Dans un second temps, l’ensemble du système financier sera au tapis.
      Cela devrait prendre entre de un jour à une semaine.

      Soit on sauve les banques (avec saisies ou pas), soit on les laisse couler.

      Si on les laisse couler… Les moyens de payement étant assez largement dépendant de la banque…
      Vous pensez pouvoir tenir combien de JOURS?

      Ce n’est pas radical et utopique : c’est l’expression d’une frustration compréhensible et d’une juste colère. Mais la frustration et la colère sont de bien mauvais conseils en politique.


      • FETO Le 14 août 2014 à 15h03
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        Que les banques coulent ne veut pas dire que les moyens de payement disparaissent, juste que les banques non plus les moyens financiers de les opérer. Les états ont d’autres possibilités que de refinancer les banques (rachat des actions quand les cours est au plus bas puis maintien des opérations, nationalisation …).

        Le vrai sujet est que si les banques coulaient, cela remettrait en cause toute la politique de financiarisation de l’économie de ces dernières décennies.


        • Rémy Mahoudeaux Le 14 août 2014 à 15h36
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          Les moyens de paiement sont aujourd’hui ne sont que :

          1) la transmission-réception-validation d’un ordre de paiement
          2) l’échange d’information entre banque du payeur > banque du payé (ou l’inverse en cas de prélèvement)
          3) la diminution de la créance sur sa banque pour le payeur
          4) l’augmentation de la créance du payé sur sa banque
          5) l’augmentation de la créance de la banque du payé sur celle du payeur (ou la diminution de sa dette)
          6) l’imputations de frais pour le service

          Oui, ce n’est qu’une affaire de tuyaux et d’ordinateurs avec des bases de données qui survivraient à une crise de solvabilité de l’un des acteurs. Sauf qu’une créance sur une banque en cessation de paiement n’est plus aussi liquide ni exigible que lorsque cette banque est réputée solvable.


  3. Papagateau Le 14 août 2014 à 01h39
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    “La banque comme régulateur de la puissance public”.

    Tout est dans le titre : le monde à l’envers.

    Mais un patron de presse peut faire dire ce qu’il veut à ses employés.

    Le plus étonnant , c’est que ça marche sur les lecteurs et les électeurs, qui pourtant ne sont pas payés.


    • barre-de-rire Le 14 août 2014 à 12h39
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      et le coté retors de la cheptelisation de la clientèle, les gens payent pour se faire noyer le cerveau.

      c’est de l’art à ce niveau là.


      • Ardéchoix Le 14 août 2014 à 15h24
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        @barre-de-rire
        Ce monde qui va ou est en train de s’écrouler était celui de ” la vie à crédits” .Philosophiquement c’est peut-être pas plus mal , pour nous et notre planète .


  4. fdigano Le 14 août 2014 à 01h42
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    Curieusement, si je suis franchement pour la privatisation de tous les services publics non régaliens, hors transport et électricité, je suis franchement pour la renationalisation de toutes les banques. De toutes les façons, c’est ce qui va inévitablement arriver, dès les premiers défauts français constatés, et qui arrivent maintenant à grand pas…


    • theuric Le 14 août 2014 à 13h51
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      Les services publiques en réseau, soit, également, la production et la fourniture électrique ainsi que tout ce qui concerne les communications, sous quelque forme que ce soit, doivent eux aussi être placé sous un statut hors du champs concurrentiel, tel que le furent, par exemple, la S.N.C.F. ou la R.A.T.P..
      Hormis l’électricité et les communications (dont l’aviation), la fourniture et l’évacuation/traitement de d’eau, la fourniture du gaz par canalisation (le réseau), la gestion des déchets (toujours en réseau) en font parti.


      • theuric Le 14 août 2014 à 15h14
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        Les services publiques ont deux points particuliers indépassables:

        1) leurs infrastructures et, souvent aussi, leurs flux sont onéreux, autant à la construction qu’à l’entretien;

        2) leur existence est d’une impérieuse nécessite pour chaque personne d’une société moderne, complexe comme peut l’être la nôtre, et la défaillance d’une seule d’entre-elle pour un nombre même limité de citoyen désorganise cette société.

        Leur privatisation ou leur mise en concurrence, qui ne peut se faire qu’en interne à ces dits services (nul ne peut téléphoner en demandant trois K.W.h d’électricité à un fournisseur et deux à un autre, chaque abonné est lié à lui, fournisseur ne tissant qu’extrêmement rarement un nouveau réseau), ne peut dès lors que générer que des effets pervers:

        a) surcoût pour “l’usiteur” (mot ayant ma préférence plutôt que celui d’usager qui, phonétiquement, ne peut que renvoyer à celui d’usagé), surcoût compréhensible si entre en ligne de compte la nécessité du bénéfice que toute société privé se doit de produire;

        b) limitation de l’entretien générant inéluctablement une dégradation continuel de ces services publiques, la concurrence menant à une baisse des tarifs couplées à la recherche normale de bénéfice pour toute société privée ou, tout simplement, pour les simples investissements (les accidents de chemin de fer viennent toujours de ce défaut d’entretien, en Angleterre comme en France dès leur privatisation débutée);

        c) le risque important de prévarication et de concussion aussi que, là encore, un défaut d’entretien des infrastructures provenant de ce que seule deux types de privatisations peuvent s’effectuer:

        I) Mise en concurrence de la livraison de ce service sur un même canal, il en est ainsi de l’électricité, du transport par rail, du gaz…, la tentation sera forte pour un groupe plus fort qu’un autre de s’octroyer des parts plus importantes, auprès d’élus ou d’administratifs compréhensifs, de plus, leurs intérêts sur le court terme sera de rechercher un entretien moindre du réseau, du moment que la livraison passe, toujours la question du bénéfice;

        II) Pire encore, une privatisation par concession temporaire, généralement de trois à dix ans, cette entreprise concessionnaire sait qu’elle pourrait n’avoir que le temps alloué pour faire du bénéfice et, de ce fait, soit investi réellement en sur-coûtant le prix pour les usiteurs, soit fait passer l’entretien au second plan, sans toutefois oublier d’augmenter ses tarifs, la tentation là aussi sera forte de faciliter l’octroi d’une nouvelle concession contre monnaies sonnantes et trébuchantes auprès des contrôleurs, par exemple, le bénéfice, vous dis-je, le bénéfice.

        Il est ainsi abjecte, voire criminel d’avoir privatisé E.D.F., surtout les centrales nucléaires en mettant en péril la vie d’autrui.

        Défauts d’entretien, surcoûts, prévarications, les risques pour la société que prennent les élus lors d’une privatisation, même partiel, des services publiques en réseaux sont immenses et je n’en ai fait qu’un très succinct tour.

        Placé hors du champs privatif et concurrentiel, ces services, ne devant faire aucun bénéfice, seront mieux à même de remplir leur rôle de régulation sociale.

        Il est intéressant de voir si, parmi ces élus ayant privatisé de tels réseaux, il y en a d’affilié, d’une manière ou d’une autre, à tel ou tel entreprise ayant acquis des parts d’une concession ou d’une mise en concurrence d’un ou de plusieurs de ces services, soit à l’échelle nationale, soit au niveau de l’Union-Européenne.


      • theuric Le 14 août 2014 à 15h33
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        A la phrase: “Hormis l’électricité et les communications (dont l’aviation), la fourniture et l’évacuation/traitement de d’eau, la fourniture du gaz par canalisation (le réseau), la gestion des déchets (toujours en réseau) en font parti.”

        Il est plus logique que j’y écrive: “…En plus de… l’électricité et les communications (dont une partie du transport aérien et bien sûr des autoroutes), la fourniture et l’évacuation/traitement de d’eau, la fourniture du gaz par canalisation (le réseau), la gestion des déchets (toujours en réseau)… en font parti.”

        Il est à noter que les communications sont d’un statut particulier, à la limite d’une nature régalienne et stratégiquement centraux.


  5. pikpuss Le 14 août 2014 à 02h19
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    Nationaliser c’est bien si l’Etat récupère la banque pour 1 Euro symbolique et c’est très mal si c’est pour payer les dettes de jeu des banksters !


    • Wilmotte Karim Le 14 août 2014 à 11h09
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      Les dettes sont les actifs d’autres.
      D’une manière ou d’une autre, certains vont y perdre beaucoup.

      Pour l’instant, ceux qui perdent sont surtout ceux qui n’ont pas grand chose.
      Au mieux, on peut modifier les catégories qui vont devoir passer à la caisse.
      Mais une perte est une perte et quelqu’un doit l’éponger.


      • pikpuss Le 14 août 2014 à 19h51
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        Les financiers au sommet ne fonctionnent que par délit d’initiés. Cela fait belle lurette qu’ils ont placé leurs gains dans les paradis fiscaux… Quand on sait que les actifs placés dans les paradis fiscaux représentent plusieurs fois le PNB mondial… cela fait frémir…


  6. STEPHANE Le 14 août 2014 à 06h05
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    L intervention de Frederic Lordon est eclairante a ce sujet, je doute que vous ne l ayez pas vue, enfin sait-on jamais… https://www.youtube.com/watch?v=jlh8rHR5f7Y


  7. Fabrice Le 14 août 2014 à 06h34
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    Si il n’y a pas de testament c’est peut être que ces banques se pensent immortelles du fait que l’état sera toujours là pour les sauver.

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/chroniques/olivier-delamarche/


    • Rémy Mahoudeaux Le 14 août 2014 à 09h21
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      Oui, tant que les contribuables seront là pour payer des chèques pour les renflouer


  8. abeilles Le 14 août 2014 à 07h36
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    Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent .Ce sont ces derniers ,et non les Dirigeants des gouvernement qui contrôle la situation ,puisque la main qui donne est au dessus de celle qui reçoit ,l’argent n’a pas de Patrie ,les financiers n’ont pas décence ,leur seul objectif est le gain Napoléon ,la raison qu’il a créé la Banque de France et que les sangsues ,voraces en 1973 ont signé notre RUINE en nous livrant aux Rothshild et Compagnie Pompidou a travaillé à la Banque Rothshild ,les autres ni ont que leur propre intérêt ,Nous sommes ruiné comme jamais mon Pays la été Honte à nous


  9. BA Le 14 août 2014 à 09h45
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    Jeudi 14 août 2014 :

    Evolution du PIB au deuxième trimestre 2014 :

    France : 0 %.

    Italie : baisse de 0,2 %.

    Allemagne : baisse de 0,2 %.

    Allemagne : brutal coup de frein à la croissance au 2e trimestre.

    Le produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne a subi un brutal coup de frein au deuxième trimestre. Il a reculé de 0,2%, encore plus que prévu, selon un chiffre provisoire de l’Office fédéral des statistiques, Destatis.

    http://www.romandie.com/news/Allemagne-brutal-coup-de-frein-a-la-croissance-au-2e-trimestre/507448.rom

    François Hollande disait en 2012 : « En Europe, la crise est derrière nous. »

    Pauvre clown.

    En Europe, la crise est devant nous.


  10. Ardéchoix Le 14 août 2014 à 10h42
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    “La main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit.” les banques se prennent pour Napoléon , et le gouvernement avec 100% de dette de son pib est aux ordres du banquier .
    Depuis des années le placement financier est plus rémunérateur que la production industrielle , et avec des contraintes égales à 0. Le résultat ? CHOMAGE .


  11. jo Le 14 août 2014 à 11h08
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    Vous avez sans doute entendu parler de cet accord ?
    “Dans le cadre d’un accord signé entre la France et les Etats-Unis en vue de lutter contre l’évasion et la fraude fiscales des contribuables américains (dispositif FATCA), les banques devront communiquer à l’administration fiscale française certaines informations concernant leurs clients présentant des critères dits d’américanité (exemples : lieu de naissance aux USA, nationalité américaine, adresse de résidence aux USA.)


  12. jo Le 14 août 2014 à 12h42
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    “La britannique Northern Rock réclame à la banque française 34 millions de dollars pour tromperie sur la qualité de prêts immobiliers à risque. La banque française peut toutefois encore éviter un procès en concluant un accord.”
    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20140813trib000844277/la-societe-generale-risque-a-son-tour-un-proces-aux-etats-unis.html

    “La violation par BNP Paribas de règles d’embargo américaines a coûté très cher en juin. L’amende de près de 9 milliards de dollars payée par la banque aux Etats-Unis a fait ressortir le déficit des paiements courants de la France à 7,4 milliards d’euros en juin.

    “Les revenus primaires et secondaires seraient stables sans la prise en compte, dans les revenus secondaires, de la pénalité de BNP Paribas aux Etats-Unis, qui accroît de façon exceptionnelle le déficit des transactions courantes”, souligne la Banque de France.””
    http://www.crashdebug.fr/index.php/actualites-france/9259-bnp-paribas-fait-exploser-le-deficit-courant-de-la-france-a-7-4-milliards-d-euros-en-juin


    • Fabrice Le 14 août 2014 à 14h19
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      J’ai un peu de mal cette fois à comprendre le procès, cette banque jouait en pleine conscience avec les emprunts à risques et la titrisation qui l’a mis à deux doigts de la fermeture qui aurait eu lieu si la banque d’Angleterre n’avait fait le “bon” samaritain de service.

      En gros l’hospice qui se fout de la charité, autant je ne me fait pas d’illusion sur cette banque française qui à mon avis mériterait de figurer sur le banc d’un procès mondial avec d’autres, autant je ne comprends pas l’apathie des pays européens pour pointer et mettre en accusation, le financiarisme qui nous viens d’outre manche et outre atlantique quand même source de la crise en courbant l’échine sans rien dire.

      A mon avis pour un procès en Europe, une dizaine pourraient s’ouvrir à l’encontre de nos “amis” (mais non je n’ai pas dit goldman sachs, et les agences de notations rooh vous croyez ? mince ça m’a échappé, pardon pas taper !) si prompt à aider certains gouvernement à maquiller les comptes et à jouer sur de fausses notations de placements titrisé jusqu’à la lie…

      Nous vivons vraiment une époque formidable ou le coupable devient l’accusateur des lampistes… voir des victimes (j’attends franchement avec inquiétude le traité atlantique quand on voit déjà le résultat sans !)


  13. FETO Le 14 août 2014 à 14h28
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    Quelque chose d’important concernant la BNP que je n’ai pas encore vu mentionne ici, je cite:

    “Baudouin Prot aura réussi à faire de la plus grande banque française une banque de facto américaine.

    De facto, oui. Quelle autre interprétation pourrait-on produire alors que le service de sécurité financière dans son entièreté va être transféré aux États-Unis, lesquels installeront au cœur même de la banque des fonctionnaires du ministère de la justice chargés de contrôler ses activités, et qui auront vraisemblablement accès à l’ensemble des opérations …”

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=67878


    • jo Le 14 août 2014 à 17h48
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      La BNP a des contrats avec l’Iran. Quelle aubaine !


    • Fabrice Le 14 août 2014 à 20h51
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      Quoi que dire qu’une banque est de tel nationalité ou d’une autre à ce niveau c’est plus que flou, non franchement je pense que vu ce qu’Olivier dans le passé nous appris sur le trio systémique (bnp, sg et ca) franchement j’hésite à demander à ce qu’on les remercie ou qu’on les plaignes si le pire arrive :

      http://www.les-crises.fr/bnp-paribas/


  14. NeverMore Le 14 août 2014 à 14h45
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    Bon je vois qu’il y a du boulot pour récupérer la région PACA et les marches des Pyrénées.
    (à moins que ce ne soient des régions dissidentes, ce que je comprendrais parfaitement – chacun son Ukraine de l’est).


  15. BA Le 14 août 2014 à 15h32
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    En 2012, le candidat François Hollande avait envoyé son programme à tous les électeurs français.

    Je recopie un passage hilarant du programme de François Hollande :

    « Mon projet se fonde sur des hypothèses de croissance de notre économie, à la fois prudentes et réalistes.

    2012 : croissance de 0,5 %
    2013 : croissance de 1,7 %
    2014 : croissance de 2 %
    2015 : croissance de 2 – 2,5 %
    2016 : croissance de 2 – 2,5 %
    2017 : croissance de 2 – 2,5 %

    C’est la page 40 :

    http://www.scribd.com/fullscreen/79434607?access_key=key-1xhnedbgqcnq3j582g32&allow_share=true&escape=false&view_mode=scroll

    J’éclate de rire !

    Bien entendu, la France n’atteindra jamais ces chiffres pendant le quinquennat de François Hollande.

    Le plus rigolo, c’est que les ministres font encore semblant d’y croire.

    A la télévision, les ministres jouent la comédie, mais au fond d’eux-mêmes ils ne croient plus à toutes ces belles promesses de croissance entre 2 et 2,5 %.

    Et pendant cette comédie, le naufrage de la France continue.

    La France coule.


  16. esope Le 14 août 2014 à 15h50
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    Le fonctionnement économique actuel est de façon générale le résultat de la prise en compte des productions et des consommations par le libéralisme, l’application de la loi du marché. C’est la plus mauvaise façon de le traiter …, après tous les autres, pour reprendre l’avis de Churchill concernant le démocratie, car le dirigisme a abondamment fait la preuve de ses résultats désastreux.
    Ce fonctionnement est supervisé, de fait, par deux pilotes, l’activité des politiques qui sont des superviseurs de droit, et l’activité des financiers qui manœuvrent les vannes des flux de liquidités. L’un et l’autre, vivant chacun dans son microcosme, n’ont aucune vision de l’économie réelle, celle qui fait vivre producteurs et consommateurs ordinaires. Ils se coordonnent comme des larrons en foire pour cultiver leurs champs d’action respectifs, leur image politique pour les premiers, leurs actifs financiers pour les seconds, afin de maximiser leurs intérêts. Ils prennent de temps en temps des postures pour camoufler leur complicité. Pendant ce temps, l’économie réelle est ballotée dans tous les sens.
    Espérer une régulation de leur part, c’est faire preuve d’optimisme charitable.


  17. perceval78 Le 14 août 2014 à 16h19
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    2 articles interessant chez Jorion aujourd’hui

    Croissance zéro : il faut parler avec l’Allemagne, par Jean-Michel Naulot
    =
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=67976#more-67976
    =
    Nick Hanauer : « À mes camarades ploutocrates : ‘Prenons garde ! Les fourches sont en marche !’ »
    =
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=67988
    =


    • NeverMore Le 14 août 2014 à 17h13
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      Je l’ai dit dans les commentaires d’un autre billet, si je vois une faux ou une fourche, je sors lon propre matériel.

      L’information ou la réinformation est disponible dans de nombreux blogs, dont le blog d’Olivier Berruyer, criant de lucidité. Parlez en à votre famille, à vos amis, à vos relations, sans rien céder. Notez bien qu’en dehors de France beaucoup de médias sont moins veules que les nôtres.

      En attendant, hélas, je ne vois rien qui pointe …


  18. Ardéchoix Le 14 août 2014 à 16h26
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    @ perceval78
    Le texte en Français de la vidéo de Nick Hanauer :
    http://www.crashdebug.fr/index.php/international/9059-les-fourches-arrivent-pour-nous-ploutocrates


    • C Balogh Le 14 août 2014 à 23h03
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      Merci Perceval et Ardéchoix pour ce témoignage étonnant.


  19. KOMETA Le 14 août 2014 à 23h41
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    On peut se demander si il est prudent de dissimuler derrière le paravent de la personne morale, fer de lance du privé, des activités susceptibles d’affecter des communautés entières.

    Il est paradoxal qu’à une époque où il semble adéquat, par exemple, d’introduire des caméras partout pour surveiller le moindre geste des personnes physiques, on semble persister à croire que rien de tel ne serait nécessaire pour les personnes morales (plus fictives que morales ?).

    Pour le contrôle des personnes physiques on va jusqu’à bloquer des accès. Pourquoi en serait-il autrement avec les personnes morales ?

    Selon quelle logique ce qui est bien enfermé, visible que partiellement de l’extérieur et avec des droits relatifs étendus, serait moins susceptible d’être suspecté ? La peur du bâton ? Aussi fort soit-il ce bâton, il n’arrive qu’après coup.

    La personne morale peut fusionner. Elle peut appartenir à d’autres. C’est une bien étrange personne que celle à qui on offre sur un plateau la possibilité de se fondre aisément dans la multitude, souvent par des montages inextricables, pour à toute fin pratique disparaître des radars et rendre les tâches de surveillance presqu’impossibles à appliquer. On a qu’à penser à l’AMF et le HFT. On serait sado-maso ?

    Et comme le disent si bien les néolibs eux-même, si vous n’avez rien à cacher alors vous n’avez rien à craindre. Raison de plus pour conserver les ‘joyaux’ bien en vu, sans paravents inutiles, question de ne pas trop tenter le diable.

    Si on pense un jour pouvoir réglementer adéquatement le privé retranché derrière son paravent de la raison morale, n’en serait-il pas logiquement plus aisé de réglementer le public, aussi délinquant soit-il, dégarni, lui, des inconvénients du paravent de la personne morale.

    Là-dessus, Lordon aurait plus raison que tort.


  20. esope Le 15 août 2014 à 14h11
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    @KOMETA en particulier.

    Le fonctionnement économique a pour justification la satisfaction des besoins humains. Sans ces besoins, étant donné la pénibilité et les risques des activités de production, celles-ci n’auraient pas lieu d’être.
    Certaines activités sont absolument indispensables, elles sont citées dans le commentaire de KOMETA mais il pourrait en rajouter d’autres, la production de nourriture ou de logement par exemple. Soit ces activités sont assurées dans le cadre d’un monopole, soit elles le sont dans un cadre concurrentiel.
    Dans le premier cas, les activités en cause sont rapidement dévoyées par leurs acteurs qui profitent de leur monopole pour accumuler les privilèges, quitte à se mettre grève pour forcer la main des représentants de la collectivité. L’efficience (minimisation des ressources consommées, dont le travail humain, pour atteindre les objectifs) s’effondre. Les effectifs et les dépenses deviennent pléthoriques en face du service rendu. Sur une planète (ou une nation) aux ressources nécessairement limitées, la généralisation des monopoles est suicidaire à terme pour la collectivité concernée.
    Dans le second cas, l’efficience est à peu près atteinte, tout au moins concernant le travail humain, donc le service est à peu près maximalisé dans les organismes de production de biens ou de services, pour une qualité de service rendu donnée. Par contre, certains producteurs de base sont surchargés avec un revenu médiocre en raison des disproportions de pouvoir systémique à l’intérieur des organisations.
    Où placer la frontière ? Les avis divergent.
    Concernant les activités politiques ou les activités financières, elles sont trustées dans des microcosmes en situation de monopole, avec les dérives qui s’y attachent. Pour des régulateurs, on espèrerait mieux.


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