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15.janvier.202015.1.2020 // Les Crises

Le coût humain de la guerre contre l’Iran – Par Elizabeth Murray

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Source : Consortium News, Elizabeth Murray, 05-01-2020

La perspective d’une souffrance humaine de masse, une réalité oubliée depuis l’époque de la guerre du Vietnam, est exclue du cadre des stratèges militaires américains, a écrit l’ancienne analyste du renseignement américain Elizabeth Murray en août 2012.

À la fin de 2002, juste avant le lancement de la campagne américaine « choc et effroi » contre l’Irak, j’ai été invitée à me joindre à une réunion d’analystes du renseignement au U.S. Army War College de Carlisle, en Pennsylvanie, pour participer à un exercice de « simulation de guerre » contre l’Irak. On nous a assigné des rôles spécifiques et on nous a demandé de « jouer » divers scénarios politiques et diplomatiques qui pourraient se dérouler à la suite d’une attaque américaine contre l’Irak.

Un Américain d’origine irakienne, grand et costaud, qui était présent en tant qu’observateur et qui était assis à côté de moi le dernier jour, a fait une remarque discrète : « Tous ces gens parlent de questions stratégiques, politiques et militaires ; personne ici ne parle des centaines de milliers de personnes – mon peuple – qui vont mourir. »

Les corps d’hommes, de femmes et d’enfants vietnamiens empilés le long d’une route à Mỹ Lai après le massacre perpétré par l’armée américaine le 16 mars 1968. (Le photographe de l’armée américaine Ronald L. Haeberle)

Ses paroles m’ont paru profondément tragiques, et les larmes qui coulaient derrière ses lunettes noires m’ont soudain fait honte d’être là, consciente de l’absence totale de considération pour les Irakiens. J’ai eu du mal à trouver quelque chose à dire qui puisse consoler cet homme, mais je me suis sentie perdue.

Aujourd’hui, après toutes ces années, cet incident est revenu me hanter alors que nous approchons du précipice d’une autre guerre meurtrière. Allons-nous encore nous laisser aveugler ?

Alors que les dirigeants israéliens se livrent à des gesticulations frénétiques au sujet d’une possible attaque militaire contre l’Iran, nous avons de nouveau des grands pontes, des experts et des commentateurs qui spéculent sur la façon dont se déroulerait une offensive israélienne. Ils cherchent un sens à la rhétorique incendiaire du ministre de la Défense Ehud Barak et du Premier ministre Benjamin Netanyahou, et s’interrogent sur l’impact d’une guerre sur les intérêts politiques, stratégiques et économiques de l’Occident.

Comme pour les exercices de guerre auxquels j’ai participé à l’École supérieure de guerre il y a dix ans, leur focalisation étroite sur les aspects stratégiques et tactiques d’un conflit potentiellement grave évite commodément le fait que nous parlions du meurtre et de la mutilation en masse de civils iraniens, ainsi que de nombreux autres dans la région.

Attaque sur Bushehr : « La mort de milliers de personnes ».

Dans un article de réflexion sur ce sujet, la Professeure Marsha B. Cohen, spécialiste des questions irano-israéliennes, note qu’un document de 114 pages commandé en 2009 par le Centre d’études internationales et stratégiques, « Study on a Possible Israeli Strike on Iran’s Nuclear Development Facilities » [étude sur une possible frappe israélienne sur les installations nucléaires iraniennes, NdT], ne consacre que deux pages au sujet des pertes humaines prévues (pp. 90-91).

L’étude indique que « toute frappe sur le réacteur nucléaire de Bushehr entraînera la mort immédiate de milliers de personnes vivant sur le site ou à proximité, et des milliers de décès par cancer par la suite, voire jusqu’à des centaines de milliers selon la densité de population le long du nuage de contamination », ajoutant que « Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis seront fortement touchés par les radionucléides. »

En d’autres termes, le document reconnaît que puisque la propagation des radiations nucléaires ne s’arrête pas aux frontières nationales, les populations civiles de toute la région, y compris celles des alliés des États-Unis, seront forcées de subir les conséquences horribles de toute aventure militaire israélienne en Iran.

Le document répertorie l’éventail des souffrances et des décès humains dus aux radiations selon le degré d’exposition, allant de 0-50 Roentgens – « aucun effet évident, peut-être des changements sanguins mineurs » – jusqu’à 5.000 Roentgens – « incapacité presque immédiate ; toutes les personnes exposées seront tuées dans la semaine qui suit ». Une carte d’accompagnement de la région montre les configurations de vent dominants, indiquant où le rayonnement est susceptible de dériver.

Sans aborder plus avant la dimension humanitaire, la page suivante évoque les différentes caractéristiques techniques des systèmes de missiles israéliens et iraniens.

L’empathie humaine, victime d’une culture guerrière ?

Comment se fait-il que les responsables politiques américains comme les membres des agences de renseignement et des groupes de réflexion qui les soutiennent semblent avoir si peu de compassion pour les victimes de leurs décisions politiques et militaires ? Sont-ils devenus trop éloignés de la souffrance, alors qu’ils font la navette d’une réunion à l’autre dans leurs SUV et leurs limousines ?

Le sujet de la souffrance humaine est presque tabou au sein de ces élites, et n’est généralement soulevé que lorsque la publicité négative des médias, ou la perspective de celle-ci, les oblige à agir.

Les grands médias encouragent-ils une culture de la guerre qui conditionne leurs citoyens à ne pas penser à la souffrance humaine des citoyens étrangers ? Se pourrait-il que nos médias contrôlés par les entreprises ne veuillent pas que les Américains se soucient du fait que les corps des hommes, des femmes et des enfants en Iran seront déchiquetés par les bombardements massifs, les attaques aériennes, ou se détérioreront lentement et douloureusement à cause des maladies liées aux radiations qui accompagneront l’exposition à l’uranium appauvri des bombes « bunker buster » [Un bunker buster est une bombe conçue pour pénétrer des cibles fortifiées ou des cibles enterrées en profondeur, NdT] ?

À quand remonte la dernière fois que des images de morts et de blessés des guerres en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan ont été diffusées à la télévision ? Même pour les Américains qui cherchent des sources dans les médias alternatifs, il y a des chances que la diffusion par WikiLeaks de la vidéo désormais célèbre des « meurtres collatéraux » ait été la première – et peut-être la dernière – exposition à la brutalité et à la criminalité pure et simple de ces guerres.

L’émission allemande « Panorama » sur la vidéo « Meurtre collatéral » a présenté un excellent extrait de la vidéo « Meurtre collatéral » qui a fait l’objet d’une fuite, mettant en vedette le soldat américain Ethan McCord, qui est arrivé après le massacre et a désobéi aux ordres en se précipitant sur l’un des enfants blessés pour qu’il reçoive des soins médicaux.

Le fait qu’un tel programme soit diffusé en Allemagne, où il a eu une résonance particulièrement importante et intense, mais pas aux États-Unis, en dit long sur l’autocensure qui règne aujourd’hui dans les médias américains en ce qui concerne la mort et la destruction causées par les guerres américaines.

Les médias américains n’ont pas toujours été aussi réticents à montrer les réalités sanglantes de la guerre. Lorsque la télévision américaine a diffusé des images choquantes, aux heures de grande écoute, de soldats américains blessés et de villageois terrifiés au Vietnam, les Américains ont réagi en formant un mouvement anti-guerre massif qui a finalement forcé la fin du conflit en Asie du Sud-Est.

Le grand ponte néoconservateur Norman Podhoretz, qui soutenait vigoureusement la guerre du Vietnam ainsi que les guerres en Irak et en Afghanistan, était dégoûté par le retrait des États-Unis de l’Asie du Sud-Est et pensait qu’il était nécessaire pour la société américaine de surmonter le « syndrome du Vietnam » – à savoir ce qu’il appelait « les oppositions malsaines à l’utilisation des forces militaires ».

(L’un des principaux objectifs des relations publiques des administrations Reagan et du 41e président Bush était de guérir le peuple américain de ce « syndrome du Vietnam », un processus qui a progressé à travers les petites guerres des années 1980, comme l’invasion de la Grenade, l’invasion d’importance moyenne du Panama et la guerre du golfe Persique contre l’Irak, à plus grande échelle. Après la fin du massacre de cette guerre au sol de 100 heures, le Président George H.W. Bush a déclaré : « Dieu merci, nous avons vaincu le Syndrome du Vietnam une fois pour toutes »).

La Route de la Mort, Irak, 1991 : les États-Unis ont tiré sur des Irakiens qui battaient en retraite. (Flickr)

Depuis le lancement des guerres américaines en Afghanistan et en Irak après le 11 septembre 2001, les grands médias contrôlés par les entreprises ont particulièrement bien réussi à écarter les réalités de la guerre des écrans de télévision. Les directeurs de l’information ont tenu compte des réclamations des faucons de guerre qui se plaignaient d’une couverture « antipatriotique » de la guerre et ont pris des mesures sévères pour censurer les images susceptibles de retourner l’opinion publique contre elle.

Jusqu’à récemment, cette censure sur les victimes de guerre comprenait l’interdiction de diffuser des images de cercueils militaires arrivant à la base aérienne de Dover [La base aérienne de Dover ou AFB Dover est une base de l’armée de l’air américaine située à 3 km au sud-est de la ville de Dover, dans le Delaware, NdT]. Ignorer les sombres réalités de la guerre a également permis sa glorification par des programmes de télévision tels que « Stars Earn Stripes ».

L’absence de voix favorables à la paix dans les médias grand public a également contribué à isoler les Américains des réalités de la guerre, à alimenter des peurs irrationnelles et à contribuer à la déshumanisation des victimes de la guerre en tant qu’« Autre » sans visage.

La valeur de la compassion pour nos semblables est souvent décrite comme une faiblesse dans le discours des médias grand public – une évolution qui doit donner une immense satisfaction à Podhoretz et à d’autres de son espèce qui se sont insurgés contre les « oppositions malsaines » à la violence qui ont contaminé les Américains après la guerre du Vietnam.

Alors que les enjeux de la participation des États-Unis à une aventure militaire israélienne imprudente et malavisée contre l’Iran augmentent, n’oublions pas que ceux qui préconisent de telles guerres sont presque toujours confortablement installés dans des lieux et des modes de vie qui leur garantissent de ne jamais avoir à voir de leur vivant un champ de bataille, un cadavre mutilé ou un enfant difforme.

Elizabeth Murray a été officier adjointe du renseignement national pour le Proche-Orient au sein du Conseil national du renseignement avant de prendre sa retraite après une carrière de 27 ans au sein du gouvernement américain, où elle s’est spécialisée dans l’analyse politique et médiatique du Moyen-Orient. Elle est membre de l’association Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS).

Source : Consortium News, Elizabeth Murray, 05-01-2020

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Fritz // 15.01.2020 à 08h09

L’OTAN, garantie de paix ? Vous avez le sens de l’humour. Serbes et Libyens apprécieront.

32 réactions et commentaires

  • Fritz // 15.01.2020 à 07h40

    Les surhommes se croient tout permis, ils massacrent les sous-hommes par centaines de milliers, ils n’éprouvent aucune compassion pour les « bastards », et il ne viendra jamais à l’idée de Rambo d’éprouver de l’empathie, à supposer qu’il ait une idée en tête.
    Mais lorsque son jour sera venu, personne ne pleurera sur Rambo.

    Aucune image de l’abri d’Amiriya en Irak (1991), d’Azizabad (2008) et Granai (2009) en Afghanistan… Et on s’étonne que beaucoup aient éprouvé une certaine satisfaction en regardant les images de deux tours percutées par des avions à New York ? Satisfaction plus ou moins avouée, selon l’honnêteté morale de chacun, et bien au-delà du monde musulman.

    Quant à la centrale iranienne de Bushehr, elle a été bombardée huit fois par les Irakiens durant la Première Guerre du Golfe, entre 1984 et 1988 (Nader Barzin, L’Iran nucléaire, L’Harmattan, 2005, p. 273). Mais elle était alors en construction.

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  • calal // 15.01.2020 à 08h00

    l’epoque des guerres pour la “democratie et la paix” de l’armee us et de ses coalitions avec des bombardements et des frappes “chirurgicales” est finie. Les occidentaux n’ont plus une maitrise hegemonique des cieux. Les systemes russes de defense antiaerienne S300,S400 ou S500 feront barrage ou detruiront un grand nombre d’avions,de drones ou de missiles.De nombreux pays occidentaux ne peuvent se permettre de perdre une dizaine d’avion qui ont coute plusieurs dizaines de millions chacun.
    D’un autre cote,si la menace d’etre “bombarde jusqu’a retourner a l’age de pierre” disparait,la necessite d’une dissuasion nucleaire est diminue d’autant.
    Peut etre y a t il la une opportunite pour regler des situations conflictuelles au moyen orient en garantissant les frontieres des pays non occidentaux tout en empechant la dissemination d’armes nucleaires et en remplissant le carnet de commande de l’armee russe.
    Certains evoqueraient egalement l’extension de l’otan a israel ou aux petromonarchies.Ce qui pourrait etre une voie vers la paix (garantie de la securite des pays “occidentaux” du moyen orient alors que les “non*occidentaux” sont proteges par les s300,s400) ou un chemin vers l’escalade vers la 3 guerre mondiale facon mecanisme des alliances en 1914 apres l’assassinat du prince Ferdinand.
    L’avenir nous le dira.

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    • Fritz // 15.01.2020 à 08h09

      L’OTAN, garantie de paix ? Vous avez le sens de l’humour. Serbes et Libyens apprécieront.

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      • calal // 15.01.2020 à 09h07

        les serbes et les libyens n’avaient pas de s300 ni de s400,que des fours a micro ondes.
        CIVIS PACEM PARA BELLUM – VAE VICTIS sont les regles du monde occidental depuis l’antiquite…
        la paix est la uniquement quand les deux cotes ont plus a perdre en cas de guerre qu’a y gagner.l’otan ne doit rien avoir a gagner et les non occidentaux non plus.Le probleme des s400 c’est que ceux qui sont bien proteges peuvent vouloir attaquer…

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        • RGT // 16.01.2020 à 08h17

          “la paix est la uniquement quand les deux cotes ont plus a perdre”…
          La paix est là uniquement quand l’agresseur constate que la guerre lui coûtera “un bras” pour récupérer des peccadilles.

          Dans la version moderne, quand sa population n’arrivera plus à financer l’industrie de l’armement si profitable pour ses propriétaires et que ses propres ressources seront insuffisantes pour financer cette opération.

          Tout comme les irakiens et les libyens, les iraniens possèdent des ressources pétrolières qui ont été “volées” aux compagnies pétrolières occidentales, ne l’oublions pas…
          Et dans ces trois cas, ce fut suite à une révolution qui avait permis aux nouveaux dirigeants de nationaliser les ressources pétrolières afin que les bénéfices reviennent à l’état (et à la population) au détriment des actionnaires des compagnies pétrolières privées.

          De même, l’Afghanistan ne possédait pas de ressources pétrolières mais déjà les USA avaient négocié en secret un accord avec les talibans pour qu’un “tuyau” traverse le pays afin “d’exfilter” les hydrocarbures des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale pour qu’ils ne profitent plus aux russes mais aux actionnaires US… Les talibans n’ont d’ailleurs pas donné suite à ce projet, ce qui a ensuite été le prétexte réel de l’invasion de ce pays.

          De même, si on remonte plus loin, toutes les guerres d’invasion ont toujours été motivées par la cupidité des “élites” et de leurs “mécènes” qui souhaitaient exercer leur “bon droit” en allant piller les pays envahis pour leur plus grand profit.

          Et l’histoire étant toujours écrite par les vainqueurs, quand un pays agressé se rebiffait, il était alors accusé d’être à l’origine du conflit.

          Souvenez-vous de l’agression perse contre la “divine Grèce antique” : Un pays dans lequel l’esclavage était interdit, dans lequel les populations vivaient en sécurité, s’était simplement contenté de se défendre contre un autre pays qui pratiquait des razzias sur son territoire pour aller piller ses ressources naturelles de l’époque.
          Seule la version grecque bien sûr est portée à notre connaissance.

          Il y a déjà 2500 ans les iraniens étaient déjà agressés par les occidentaux cupides.

          Rien n’a changé depuis, si ce n’est les ressources convoitées.

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  • M.Smith // 15.01.2020 à 08h15

    Réconfortant de voir ce soldat américain désobéir aux ordres pour sauver un enfant. Il y a aussi du bon dans la nature humaine.
    Hélas, l’exception parmi les soldats, et trois fois hélas, une exception plus grande encore parmi les reportages de guerre. Celle-ci est le fait de psychopathes mais aussi de tout ceux qui, complices, relayent la propagande de guerre : se présenter en sauveur et surtout ne pas montrer les victimes. Déréalisation.
    D’où l’importance d’une information alternative même si la lecture en est pénible.

      +11

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  • Urko // 15.01.2020 à 08h25

    Pour rappel, Trump s’était publiquement opposé à la guerre en Irak de 2003, considérant que les conflits armés s’avéraient coûteux en termes de vies humaines (il songeait aux Américains, pas aux Irakiens), pécuniaires et stratégiques, le tout pour des résultats très aléatoires, voire souvent défavorables aux Etats Unis. Il ajoute aujourd’hui que ces conflits incessants ont distrait l’Amérique d’objectifs plus importants comme celui de devoir contenir l’expansion de la Chine, car pendant que Reagan, Bush Sr, Clinton, Bush jr et Obama guerroyaient ici et là en semant la mort, Deng Xiaoping et ses héritiers sortaient tranquillement leur pays du moyen âge où Mao l’avait replongé et consolidaient un rival sans précédent pour la puissance états unienne. Devenu président, ses déclarations passées l’embarrassent car un président qui se déclare pacifiste envoie le message à ses adversaires qu’ils disposent d’une vaste latitude pour enfreindre ses règles, mais fondamentalement, à ce jour, il demeure le premier président américain depuis quarante ans à n’avoir déclenché aucun conflit armé et son choix de viser un cacique du régime adversaire ne masque guère qu’au fond, il n’a toujours pas envie d’aller se coltiner un conflit meurtrier et incertain avec l’Iran. Reste qu’en dénonçant l’accord sur le nucléaire, il a peut-être créé un engrenage qu’il ne maîtrisera pas.

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    • patoche // 15.01.2020 à 18h02

      @Urko
      Vous avez écrit:« Ses héritiers sortaient tranquillement leur pays du moyen âge où Mao l’avait replongé. »

      Le moyen âge c’était avant 1949.
      « La Chine d’avant 1949, rappelle Alain Peyrefitte, c’est un pays du Moyen-Âge, (..) un pullulement de mendiants à moignons, d’enfants couverts de plaies, de cochons noirs et de chiens efflanqués ; des loques, parmi lesquels se glissent quelques brocarts. Quand les éléments se fâchaient, la famine balayait tout. Les paysans étaient ruinés d’avance ; en cas de sécheresses ou d’inondations, ils ne disposaient pas de la moindre réserve » (Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, 1973, T. 2, p. 85).

      Vous avez une grosse màj à faire.
      La Chine de 1949 était un des pays les plus pauvres du monde (comparable à l’Inde). L’espérance de vie était de 40 ans! En 1975 à la fin du règne de Mao elle atteignait 64 ans. Globalement positif non?
      Aujourd’hui on approche de 77 ans, 2 ans de moins que les USA. L’Inde plafonne à 68 ans et Cuba est à 80 (je sais c’est désespérant).

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      • Urko // 15.01.2020 à 20h56

        Oui, le grand bond en avant avait bien replongé la Chine dans le moyen âge, et Deng Xiaoping après son retour aux affaires a entamé une politique de sortie de ce moyen âge. Quant à Cuba, que vient elle faire ici ? Ce n’était pas trop le sujet… Je voulais rappeler que certains dans l’administration us considèrent que toutes leurs guerres avaient laissé le champ libre à la Chine.

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        • RGT // 16.01.2020 à 19h02

          La révolution culturelle de Mao n’a pas été, et de loin, sa meilleure initiative (il me semble que vous y faites allusion).

          Par contre, la Chine d’avant Mao, c’était surtout la misère, des populations totalement spoliées par les colonisateurs puis par “Papa Chang” qui avait donné les clés du pays aux “vainqueurs” de la seconde guerre mondiale.

          La Chine de Mao, c’était pas top, mais la comparaison avec la situation précédente, comme dans le cas de la Russie/URSS/Russie (pour peu qu’on se place du côté de la “populace grouillante, malodorante et inculte”) a permis à la population de sortir de l’état d’esclave d’un système féodal (dans les deux cas) puis d’esclave des puissances étrangères (Chine) à celui de population parvenant au moins à vivre “décemment”.

          Et côté Corée, s’il n’y avait pas eu la guerre froide, les coréens du sud seraient envieux des conditions de vie de leurs voisins du nord.

          TOUS les gouvernements et les TOUS les états ne sont que des dictatures masquées qui se maintiennent au pouvoir pour permettre à leurs “élites” de continuer leurs “petites affaires” sur le dos de la population.
          La seule chose qui change, c’est le discours de la propagande politique qui est soit “social”, soit “sociétal/libéral/nous pouvons tous devenir riches à milliards”.

          Dans la réalité des faits, les gueux se font (et se feront) toujours tondre pour le plus grand profit de leurs “élites”.

          Je ne suis SURTOUT PAS marxiste, mais je suis encore moins “libéral”.
          Je suis simplement pour l’équité et le droit inaliénable de chacun à vivre dignement.

            +2

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  • basile // 15.01.2020 à 08h46

    je me demande si tous ces articles, ces dénonciations du faux ami, du faux pacifiste étasunien, servent à quelque chose. Si un Macron ou une Merkel, pire, un Tusk polonais, les lisent.

    ils ne font que donner la nausée à ceux qui en sont déjà convaincu. Quant aux susnommés, c’est probablement une question de « bilan globalement positif » qui leur fait fermer les yeux sur le protecteur un peu turbulent. Qui passe prélever sa dime (ou son racket) de temps en temps, un coup à la BNP, un autre à Air bus. Une espèce de cotisation par habitude au syndicat qu’on hésite à quitter. .

      +14

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    • Pierrot // 16.01.2020 à 10h56

      Ces articles ne sont pas destinés à Macron, Merkel ou Tusk, mais à tous ceux, encore beaucoup trop nombreux, qui continuent naïvement à nourrir la bête immonde et à soutenir ses actions. Plus cette nausée progressera dans l’opinion publique mondiale, plus ces horreurs deviendront difficiles à perpétrer et moins les responsables pourront jouir de l’impunité et des bénéfices de leurs crimes.

        +3

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  • Ali Salmi // 15.01.2020 à 09h06

    L’Empire n’a que peu ou pas du tout de considération pour les populations civiles. Ce qui compte pour lui, avant tout, c’est la défense de ses intérêts, et ses stratèges raisonnent en termes de gains, de bénéfices, de résultats. On connaît tous les massacres commis par l’armée américaine, de My Lai, au Vietnam, à El-Amiriya, à Baghdad, l’abri pulvérisé par ce que les Américains appellent ” une bombe intelligente”. Bilan: environ 400 civils morts calcinés, enfants, femmes et vieillards. La propagande de guerre américaine avait prétendu que cet abri était un centre de commandement de l’armée irakienne.
    Après la guerre du Golfe1, en 1991, l’Irak a été soumis à un embargo économique qui a duré plusieurs années. Le pays a vu son niveau de vie chuter terriblement avec pour conséquence immédiate la destruction des infrastructures de base de la société, enseignement, santé, administrations, etc. On a avancé le chiffre effrayant de 500.000 enfants morts à cause de la malnutrition et du manque de médicaments. Quand une journaliste américaine a demandé à l’ex-secrétaire d’État de Georges Bush père, président des USA de 88 à 92, si ” elle ne regrettait pas la mort de ces dizaines de milliers d’enfants”, elle répondit que ” l’embargo était nécessaire.”
    Moralité de l’histoire : ” L’Empire viole le droit international, c’est la loi du plus fort.”

      +26

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  • Louis Robert // 15.01.2020 à 09h37

    Ici, les qualificatifs essentiels manquent: « déshumanisation » et « insanité ».

    Une vie qui non seulement incarne ÇA mais qui est consacrée à ÇA… ce n’est pas une vie mais bien un crime permanent.

    Participer tout bêtement à ÇA, ne pas fuir ÇA, ne pas même ressentir le besoin irrésistible de fuir CA, ne pas parvenir à faire autre chose de sa vie que ÇA, est preuve par excellence de monstruosité congénitale.

    Le passant

      +12

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  • jmdest62 // 15.01.2020 à 10h14

    Désolant à dire mais je crois que , tant qu’ils n’auront pas été attaqués sur leur territoire (je parle d’une vraie attaque pas deux ou trois tours effondrées mais une dizaine de villes rasées) les zuniens continueront à croire que la guerre n’est qu’une simple version technique d’un jeu hybride entre échecs , poker et Monopoly
    Ils ont même inventé une version avec joystick pour que massacrer des peuples soit encore plus “virtuel” donc de moins en moins culpabilisant.
    @+

      +25

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    • petitjean // 15.01.2020 à 10h47

      @jmdest62
      j’y pense souvent
      aussi longtemps que les USA n’auront pas reçu une formidable raclée sur leur territoire , ils continueront d’empoisonner le monde
      et aujourd’hui seule la Russie a cette capacité………….

        +10

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      • Subotai // 15.01.2020 à 20h34

        Problème!
        Quel intérêt pour la Russie?
        Aucun.
        Tant qu’elle arrive à contenir (et elle y parvient) les visées US sur son territoire et ses alentours elle st contente.
        Pour le reste la dégringolade des USA ne fait que s’accélérer et le résultat est inéluctable.
        Pas de panique. 🙂
        La seule inconnue est la forme du résultats et par la même ses conséquences. Mais Tout le monde maintenant prend acte de la situation même si certains ne le crient pas sur les toits. Et chacun gère le pas de sa porte en tenant compte de ce qu’il appréhende.
        “Assied toi au bord de la rivière et tu verras passer le corps de ton ennemi” n’a jamais autant été d’actualité. 🙂

          +5

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        • Rassemblement des Intellectuels et des Ouvriers (ROI) // 16.01.2020 à 14h33

          Les étatsuniens ont ont créé leur propre prophétie auto-réalisatrice les concernant : elle a pour nom “Mad Max”.

            +1

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    • koui // 15.01.2020 à 23h36

      Non, c’est entre eux qu’ils découvriront la réalité de la guerre au pays. Personne ne peut les aider a cause la bombe H mais ils ont de la ressource. Ils s’empaillent pour des causes stupides et ne comprennent rien a leur vrai problemes. Ils aiment la force brutale et les armes. Deux partis aussi bêtes l’un que l’autre s’opposent haineusement. Mais bientôt, le gâteau va se réduire et ils ne voudront pas partager. Ils vont s’entretuer dans la joie, du moins au début. Après, ils comprendront.

        +2

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  • petitjean // 15.01.2020 à 10h39

    Nous le dirons jamais assez : depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les interventions guerrières américaines dans le monde ont fait des millions de victimes !
    Ecore récemment les ingérences américaines dans les affaires du Moyen Orient se soldent par des centaines de milliers de morts et des millions de personnes précipitées sur les routes de l’exode, sans oublier les considérables destructions !!
    Mais pourquoi laissons nous faire ?
    pourquoi ne condamnons nous pas énergiquement ces crimes ?
    pourquoi ne mettons nous pas les USA au banc des nations ?
    pourquoi sommes nous si lâches ?………………

      +20

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    • tachyon // 15.01.2020 à 12h36

      Nous ne sommes pas lâches !!
      Nos gouvernants (visibles ou invisibles) le sont. Ajoutons de grosses louches de mensonge, de cynisme, etc. Ces malfaisants sont tous inscriptibles à la légion du déshonneur…

        +9

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    • catherine // 15.01.2020 à 23h09

      Parce que ils tiennent tout le monde par les ….
      Ils savent TOUT sur tout le monde (cf. Snowden) et surtout sur les “importants” et il est tellement facile de laisser “fuiter” des choses embarrassantes (cf.Epstein)
      En tout cas c’est ma conviction depuis le temps que j’observe comment le monde tourne.

        +7

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  • Gildas // 15.01.2020 à 11h25

    Les usa étant le pays de “dieu”, sa morale est donc fondée sur la religion, qui n’est rien d’autre que la négation de la réalité. Il est donc normal de ne pas montrer la réalité. Surtout quand ça gêne les affaires.

      +8

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    • vert-de-taire // 15.01.2020 à 14h32

      Ce n’est pas une négation de la réalité.

      Disons que la transcendance surpasse le réel.

      Avec toutes les conséquences sur les comportements possibles en particulier la vie des gens (sur Terre) se prolongeant après peut donc être abrégée sans vraiment tuer …

      Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens .. une vieille histoire atroce.

      Partout où la précarité règne, se raccrocher à une croyance fonctionne bien.
      Tout à la fois recherche de stabilité même symbolique qu’espoir permettant de supporter les souffrances, contraintes, soumissions, vexations, .. continuelles.
      Désolé pour ces basses trivialités d’un monde dévasté.

        +1

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  • catherine // 15.01.2020 à 14h47

    Les 500 000 enfants morts en Irak du fait de l’embargo contre l’Irak y compris sur le minimum de matériel médical, elle n’en contesta pas le chiffre et elle pense que oui, “le prix en valait la peine” (video).
    Impressionnant non ?
    C’est dans l’esprit de ces gens là qu’il y a quelque chose de malade.

    https://fr.sputniknews.com/international/201803201035589211-madeleine-albright-morts-enfants-irak/

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  • Macarel // 15.01.2020 à 16h11

    L’OTAN c’est le bras armé de l’oligarchie impérialiste occidentale, US avant tout, point barre.

    Si c’était autre chose, elle aurait été dissoute après la chute du mur de Berlin et la dissolution du Pacte de Varsovie.

      +9

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  • daniel // 16.01.2020 à 19h00

    C’est un texte tragique. J’ai dû m’arrêter de lire quand des larmes ont coulées sous les lunettes de son interlocuteur. Les miennes, -les larmes- n’étaient pas loin…
    C’est là, de la part de l’auteur, le signe d’une humanité réconfortante. On se dit que les USA, sa culture, son respect de la souffrance d’autrui, enfin toutes ces choses qui nous font humains et sensibles, sont encore bien vivants.
    Voyez la situation: une bande de gougnafiers, assassins en gros, se réunissent pour jouer à la guerre, la vraie, et ils invitent une femme pour témoigner. Reste à savoir s’ils ont tenu compte des objections évidentes. Comme j’ai pas lu la suite, je ne le saurai pas. J’me dis, au vu de l’histoire, que les chances sont minces…

      +0

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  • Damien // 19.01.2020 à 19h02

    Ce qui est frappant sur la photo, c’est qu’on ne voit pas grand-chose de militaires, hormis un char d’assaut au milieu de la photo, et quelques camions qu’on peut supposer militaires… Voire des cars pour transporter des troupes (?).

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