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24.avril.202024.4.2020 // Les Crises

Le néolibéralisme, maladie incurable de l’Italie ?

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Source : Le Vent se Lève

Le coronavirus frappe un pays affaibli par des réformes structurelles qui ont organisé l’économie et la société italiennes sur la base des principes néolibéraux. Le débat politique esquive ce thème, tout comme la question européenne. Pourtant, l’Italie ne sortira pas de la crise sans rompre avec la logique néolibérale. Par Stefano Palombarini, maître de conférence à l’université Paris 8 et auteur, avec Bruno Amable, de L’illusion du bloc bourgeois (Raisons d’agir, 2017).

Printemps 2020 : le coronavirus qui sévit dans le monde entier, frappe avec une violence particulière l’Italie, avec des conséquences sur l’économie et la structure productive du pays impossibles à mesurer pour l’instant, mais sans doute catastrophiques. L’opinion publique se retourne massivement contre l’UE. Dans un sondage qui date de la fin mars 2020 [1], seulement 49 % des interviewés se disent « européistes », contre 64 % avant le début de l’épidémie ; 72 % considèrent que l’Union n’a apporté aucune aide face à la crise, et 77 % pensent que le rapport entre Italie et UE est destiné à rester conflictuel. Le 26 mars, le premier ministre Conte refuse de signer les conclusions du Conseil européen réuni pour élaborer une réponse commune aux difficultés économiques engendrées par la crise sanitaire.

Malgré l’annonce d’un plan de soutien européen de 500 milliards d’euros le 9 avril, l’Union européenne est toujours à la recherche de moyens supplémentaires permettant de faire face aux dépenses engendrées par la crise économique qui démarre. On peut se demander ce qui se passe en Italie, un pays qui compte parmi les six signataires du Traité de Rome et qui, il y a quelques années encore, était unanimement favorable, ou presque, à la construction européenne.

De la formation du bloc bourgeois à sa défaite

Pour comprendre, il faut d’abord revenir à un jour de l’été 2011, le 5 août précisément. A cette date, le président de la BCE (Jean-Claude Trichet) et son successeur désigné (Mario Draghi) signent ensemble une lettre à l’adresse du gouvernement italien, qui lui dicte la politique économique à suivre s’il veut bénéficier d’une politique monétaire accommodante, nécessaire pour éviter l’envolée des taux d’intérêt sur la dette publique. La lettre énumère une série de « réformes structurelles » portant sur la flexibilisation du marché du travail, la libéralisation des services publics, la réduction de la protection sociale. Elle entre en résonance avec le projet d’une partie des classes dirigeantes italiennes, qui depuis longtemps déjà souhaitent se débarrasser du « vieux clivage » entre la droite et la gauche, et réunir dans une seule alliance tous les acteurs responsables et raisonnables : c’est-à-dire, tous les acteurs favorables à la poursuite des réformes néolibérales. Le 23 octobre de la même année, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy affichent ouvertement, dans une conférence de presse devenue célèbre, leur manque de confiance sur la capacité du gouvernement Berlusconi de mener à bien ces réformes et de réduire la dette publique ; le 12 novembre, Berlusconi présente sa démission et seulement quatre jours après Mario Monti prend sa place, à la tête d’un exécutif technique qui a comme programme… les mesures demandées par la lettre de Trichet et Draghi. Le bloc bourgeois est né, et ce sera l’alliance au pouvoir de 2011 jusqu’aux élections de mars 2018 avec les gouvernements menés successivement par Monti, Letta, Renzi et Gentiloni.

Nous avions appelé cette nouvelle alliance « bloc bourgeois »[2] car elle avait l’ambition de réunir les classes moyennes et hautes auparavant séparées par le clivage droite/gauche. Les classes populaires étaient exclues par choix programmatique, si l’on peut dire, de l’échange politique entre soutien et politiques publiques. Mais les classes moyennes ont été précarisées et fragilisées par l’action du bloc bourgeois, dont le périmètre s’est progressivement réduit aux seuls groupes privilégiés. On évoque le plus souvent, pour expliquer cette dynamique, l’austérité demandée par Bruxelles qui s’est effectivement traduite dans une série de mesures socialement très lourdes. C’est en larmes que la ministre Fornero avait présenté le « sacrifice nécessaire » de la réforme des retraites qu’elle venait de signer, en décembre 2011. Mais il serait erroné de réduire l’action du bloc bourgeois à une politique austéritaire visant la réduction de la dette publique. Les changements apportés au Code du travail, et notamment le Jobs Act, mesure-phare du gouvernement Renzi, qui visaient une plus grande « flexibilité » du rapport salarial, ne peuvent s’expliquer par des considérations budgétaires et sont révélateurs de la véritable stratégie du bloc bourgeois : l’austérité a été un instrument au service d’un projet plus ambitieux, c’est-à-dire l’achèvement de la transition du capitalisme italien vers le modèle néolibéral. Une transition déjà fort bien entamée par les gouvernements de droite et de « centre-gauche » qui se sont alternés au pouvoir depuis les années 1990, mais que le bloc bourgeois a porté à son accomplissement final.

L’austérité a été un instrument au service d’un projet plus ambitieux, l’achèvement de la transition du capitalisme italien vers le modèle néolibéral.

L’action « réformatrice » des gouvernements de la période 2011-2018 a fortement pénalisé les classes populaires, mais elle a aussi produit une paupérisation et une précarisation grandissantes des classes moyennes, qui ont fait défaut au bloc bourgeois provoquant son effondrement. Il n’est pas nécessaire de détailler l’ensemble des résultats électoraux pour mesurer la violence de la chute : il suffit d’évoquer le destin des quatre premiers ministres exprimés par cette alliance sociale. Mario Monti avait fondé en 2013 un parti, Scelta Civica, qui a cessé d’exister après avoir chuté à moins de 1 % des voix et ne pas avoir obtenu un seul élu aux législatives de 2018. Son successeur à la tête du gouvernement, Enrico Letta, s’est retiré (provisoirement ?) de la vie politique, et enseigne à Sciences Po Paris. Matteo Renzi, qui avait évincé Letta du gouvernement pour en prendre la place, n’est plus, comme à l’époque, le dominus d’un Parti Démocrate qu’il a quitté après s’être retrouvé en position minoritaire ; le mouvement qu’il a formé, Italia Viva, est crédité aujourd’hui d’environ 2 % des voix par les sondages. Paolo Gentiloni, de son côté, a été nommé commissaire européen et s’est donc relativement éloigné du combat politique italien.

La Lega et les 5 Etoiles : adversaires du bloc bourgeois, mais pas du néolibéralisme

L’effondrement du bloc bourgeois a profité aux deux seuls mouvements qui s’y étaient opposés. Les 5 étoiles, qui auparavant ne s’étaient jamais présentés à des élections nationales, ont obtenu 23 % des voix en 2013, pour s’affirmer comme le principal parti italien en 2018 (32,7 %). La Ligue, de son côté, est passée de 4 % en 2013 à 17 % en 2018, pour atteindre 34 % lors des européennes de l’année suivante.

Pour avoir une idée plus précise du paysage politique italien, il est important de souligner que ces deux partis ont combattu le bloc bourgeois, mais sans faire des réformes néolibérales la raison principale de leur opposition. Cela est surtout vrai pour la Ligue, héritière d’un électorat de centre-droit auparavant séduit par Berlusconi et ses promesses d’un enrichissement individuel à la portée de tout le monde dans une société débarrassée du fardeau de l’intervention étatique. Dans une situation d’appauvrissement généralisé des classes populaires et moyennes, Salvini s’est surtout appliqué à expliquer que, si les promesses du libre marché n’ont pas été tenues, c’est à cause d’un ennemi extérieur dont l’identité a d’ailleurs changé au cours du temps [3] : la finance mondialisée, la bureaucratie bruxelloise, les migrants (et oui, surtout et souvent les migrants), et désormais l’Allemagne. Les spectaculaires revirements de Salvini sur des thèmes pourtant fondamentaux comme l’adhésion de l’Italie à l’Union européenne et à l’euro (sur lesquels, en l’espace de trois ans, il a affiché pratiquement toutes les positions possibles) ne cachent pas, aux yeux de son électorat, la cohérence d’une position qui attribue à un ennemi extérieur l’entière responsabilité des difficultés italiennes : le « souverainisme » de la Ligue n’est rien d’autre que la déclamation répétée de la nécessité d’une défense nationale contre cet ennemi, changeant et parfois totalement imaginaire. Le même Salvini affiche d’ailleurs une foi inébranlable dans la théorie du ruissellement (les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et le travail d’après-demain), et au cœur du programme de la Ligue il y a encore aujourd’hui, en pleine crise économique et sociale, la flat tax, c’est-à-dire le renoncement à toute fonction redistributive de la fiscalité et à tout financement par l’impôt de nouvelles dépenses publiques.

Lorsqu’ils ont gouverné ensemble, de juin 2018 à septembre 2019, la Ligue et les 5 étoiles ne sont revenus sur aucune des réformes néolibérales de la période précédente.

Sur les réformes néolibérales, la position des 5 étoiles est à vrai dire plus ambiguë. La volonté de défendre les services publics et la lutte contre la précarisation du travail étaient très présents dans les premières années d’existence du mouvement, en même temps cependant d’une thématique anti-élites qui s’est vite confondue avec une attitude anti- étatique. Ni de droite ni de gauche, hostiles à la logique marchande mais aussi aux interventions publiques dans l’économie, les 5 étoiles ont été en réalité incapables d’élaborer une véritable stratégie : lors du gouvernement jaune/vert qui les voyaient en alliance avec la Ligue, c’est Salvini qui a su faire preuve, et sans trop de difficulté, d’hégémonie.

C’est ainsi que lorsqu’ils ont gouverné ensemble, de juin 2018 à septembre 2019, la Ligue et les 5 étoiles ne sont revenus sur aucune des réformes néolibérales de la période précédente. Même la loi Fornero sur les retraites et le Jobs Act de Renzi, c’est-à-dire les mesures les plus contestées du bloc bourgeois, n’ont été amendées que très marginalement.

La dette : une obsession qui empêche de penser

L’épidémie de coronavirus s’abat donc sur un pays qui est dans une situation paradoxale. Le capitalisme italien est désormais intégralement organisé selon la logique néolibérale, ce qui réduit considérablement les capacités de réagir à la crise. Les coupes aux dépenses de santé, 37 milliards dans les dix dernières années [4], ainsi que la forte réduction du rôle de l’hôpital public en faveur du secteur privé, font obstacle à la capacité de prendre en charge les malades. La diffusion du précariat, et la faiblesse du système d’allocation-chômage, exposent très directement le monde du travail aux conséquences de la crise. Le déclin de la grande industrie en faveur de petites et moyennes entreprises multiplie la possibilité des faillites. Les privatisations massives qui ont eu lieu au cours des trente dernières années empêchent une véritable politique industrielle qui viserait le soutien de la production. Le coronavirus est en train, douloureusement, de montrer à quel point les réformes néolibérales affaiblissent la société italienne. Mais, et c’est là le paradoxe, encore aujourd’hui ces réformes restent en arrière-plan du débat politique, qui est entièrement centré sur les modalités de financement des dépenses publiques que la crise rend indispensables. Bien évidemment, des problèmes d’ordre financier et monétaire se poseront avec urgence à l’Italie ; mais c’est tout de même impressionnant de constater à quel point la relation salariale, la protection sociale, les services publics, la possibilité d’une politique industrielle, autant de sphères institutionnelles qui joueront un rôle décisif dans la crise, restent absents du débat. Et cela pour une raison simple : sur ces thèmes, les principaux partis italiens, de gouvernement comme d’opposition, n’ont aucune proposition claire à avancer. Le Parti démocrate, après la scission de Renzi, hésite à entamer un vrai bilan critique de la période du bloc bourgeois, et garde en son sein une composante importante qui revendique le bien fondé des réformes néolibérales. Les 5 étoiles, qui depuis septembre 2019 forment avec le Parti démocrate la coalition de gouvernement, affichent toujours une ligne ni droite ni gauche qui se traduit concrètement dans l’absence absolue de vision stratégique. Et la Ligue, qui reste profondément ancrée à l’idéologie néolibérale, a tout intérêt à structurer le conflit politique sur d’autres thèmes.

Le débat italien tourne ainsi autour d’un seul thème : le financement d’une dette destinée à grimper de plusieurs dizaines de points de PIB. Bien évidemment, il s’agit d’un problème très important et très urgent. Mais même quand elles abordent ce thème, la politique et la société italiennes semblent davantage conditionnées par les traumatismes du passé que par une vision stratégique pour le futur. Prenons d’abord la mesure du problème. Une baisse de l’activité qu’on peut estimer, sans catastrophisme, autour de 10 % du PIB, impliquerait mécaniquement une chute des recettes pour l’Etat d’environ 90 milliards d’euros. Avant la crise, le déficit programmé était de 20 milliards ; et il faut considérer aussi les mesures fiscales que la crise rendra nécessaires. Début avril, le gouvernement italien avait déjà mobilisé 50 milliards, mais il s’agit tout juste des premières mesures d’extrême urgence. S’il est évidemment trop tôt pour avancer une estimation précise, on peut donc imaginer qu’il s’agit de trouver des nouveaux financements pour un montant compris entre 200 et 300 milliards d’euros. À cela s’ajoute la nécessité de renouveler les titres arrivant à échéances d’une dette publique qui, avant la crise, dépassait les 2400 milliards d’euros ; et ce renouvellement pourrait poser problème pour un pays en pleine récession.

Sans la BCE, point de salut ?

Le financement de la dette risque donc de devenir un véritable problème. Parmi les solutions envisageables, il faut évoquer la mutualisation des dettes publiques au sein de l’Union européenne, rêve récurrent des européistes les plus convaincus car elle impliquerait un saut décisif vers une véritable union politique : mais on ne trouve rien, ni dans l’histoire passée de l’UE ni dans la dynamique politique présente des pays du nord, qui laisse imaginer qu’un tel scénario solution puisse avoir une chance de se traduire en réalité.

La deuxième possibilité, c’est un prêt européen soumis à des conditionnalités qui se traduiraient, une fois la crise passée, dans des politiques publiques répondant davantage aux intérêts des créanciers qu’aux attentes sociales italiennes. On sait par exemple que le Mécanisme européen de stabilité (MES) a la possibilité de lever des fonds jusqu’au montant théorique de 700 milliards, mais d’autres mécanismes institutionnels sont aussi envisageables pour arriver au même résultat. Une telle hypothèse suscite cependant des résistances très vives dans un pays marqué par les années du bloc bourgeois. Seule la fraction du Parti démocrate qui revendique comme positive l’expérience des gouvernements Monti, Letta, Renzi et Gentiloni, serait prête à appuyer une solution qui consisterait à prolonger la dynamique politique des dix dernières années. Pour la même raison, les 5 étoiles et la Ligue, qui ont construit leur socle électoral en s’opposant à une action publique répondant aux « exigences » européennes, y sont totalement opposés. Et surtout, une grande partie des classes moyennes et populaires italiennes vivraient un programme d’ajustement macroéconomique et de changement institutionnel dicté par les institutions européennes, comme le prolongement d’un cauchemar qu’elles pensaient tout juste terminé.

Le caractère hautement improbable de la première solution, et le très large rejet de la deuxième, expliquent le quasi-consensus engendré par une troisième possibilité : celle d’une dette publique largement financée par la création monétaire de la BCE. Une solution qui comporte des avantages évidents, surtout dans l’absence de limites d’un financement à faible taux d’intérêt, mais aussi des inconvénients que bizarrement personne, de l’extrême droite à ce qui reste de la gauche radicale, n’évoque en Italie. Ces inconvénients sont de deux ordres.

Premièrement, comme on le sait, la BCE peut acheter des titres de la dette publique seulement sur le marché secondaire. Il est vrai que, du point de vue de l’impact sur le spread qui pèse sur les taux d’intérêt, ce type d’intervention est pratiquement équivalent à un achat de titres à l’émission. Il reste que la liquidité émise par la BCE est récupérée directement par les agents privés qui détiennent les titres, c’est-à-dire pour l’essentiel les banques et les fonds d’investissement, qui figurent certainement parmi les grands gagnants de l’opération et qui n’ont aucune obligation d’utiliser toute la nouvelle liquidité pour acheter de nouveaux titres. Au contraire, l’expérience enseigne qu’une partie de la liquidité créée par la BCE sera utilisée pour des placements boursiers qui risquent fort de soutenir artificiellement des cours pénalisés par la chute de l’activité au niveau mondial, en alimentant ainsi des bulles spéculatives et en augmentant le risque de crises financières à venir.

Un financement de la dette italienne par la création monétaire de la BCE implique l’impossibilité pour n’importe quel futur gouvernement italien de s’écarter de la route fixée par la BCE, sous peine de fermeture du robinet monétaire et d’explosion des taux d’intérêt.

Le deuxième type d’inconvénient engendré par un financement de la BCE touche plus directement l’Italie. Un prêt soumis à des conditionnalités, comme celui qui pourrait venir du MES, rencontre de très larges et très compréhensibles résistances dans la politique et dans la société italienne. Mais une dette publique largement dans les mains de la BCE devrait susciter le même type de réaction, alors que, bizarrement, ce n’est pas du tout le cas dans le débat italien. Bien sûr, on peut toujours espérer que la BCE reste dans son rôle institutionnel et ne fasse jamais valoir l’énorme pouvoir politique que lui conférerait le rôle de créancier principal de l’État italien ; mais là encore, l’expérience dit le contraire.

Les Italiens auraient-ils oublié que la lettre citée plus haut, et qui a ouvert les portes du gouvernement au bloc bourgeois, n’était signée ni par la Commission européenne, ni par des premiers ministres du nord de l’Europe, mais par deux directeurs de la Banque centrale ? Un financement de la dette italienne par la création monétaire de la BCE implique que, dans le futur, il sera impossible pour n’importe quel gouvernement italien de s’écarter de la route fixée par la BCE, sous peine de fermeture du robinet monétaire et d’explosion des taux d’intérêt. Cette conditionnalité est implicite, et donc politiquement plus facile à accepter d’une liste de conditions posées explicitement ; mais justement parce que implicite, elle échappe complètement à tout contrôle démocratique et à tout processus de négociation. Plus simple à valider politiquement, et plus immédiatement accessible, la solution d’un financement par la BCE pose à bien regarder le même type de contraintes qu’un prêt octroyé par d’autres pays européens par l’intermédiaire du MES ou d’autres institutions communautaires. Les choses seraient évidemment différentes si la BCE, au lieu de jouir de la plus totale indépendance, était soumise au contrôle politique d’un hypothétique gouvernement européen ; mais on rentre là, et plus encore que pour la mutualisation des dettes, dans un scénario qui relève plus de la science-fiction que de la réalité.

Sortir de l’euro, mais comment ?

Les solutions communautaires au problème de financement de la dette étant insatisfaisantes, il reste à évoquer la possibilité pour l’Italie de sortir de l’euro en récupérant sa souveraineté monétaire. Mais force est de constater qu’aucune force politique italienne n’a travaillé sérieusement jusqu’ici dans une telle direction. La Ligue a pour habitude d’évoquer cette hypothèse quand des échéances électorales approchent, pour basculer dans des positions très différentes dès qu’il s’agit de gouverner. On rappellera qu’après la formation du gouvernement jaune-vert en 2018, Salvini, qui avait mené campagne sur l’Italexit, a déclaré à plusieurs reprises avoir « changé d’avis » sur l’euro. Et aujourd’hui, pour réagir à la crise, sa disponibilité à participer à un gouvernement d’unité nationale qui pourrait être dirigé par… Mario Draghi est manifeste. Il est vrai que, par moments, la Ligue aime évoquer le scénario d’une souveraineté monétaire qui permettrait une baisse généralisée des impôts et le retour à la croissance, ce qui correspond au rêve le plus profond d’une partie de sa base électorale : renouer avec les promesses d’une concurrence libre et non faussée porteuse d’enrichissement individuel. Mais dans le bloc social représenté par la Ligue, la petite et moyenne entreprise du nord du pays occupe une position absolument centrale ; fortement intégrée avec la zone économique allemande, elle rejette toute hypothèse de rupture par crainte de rétorsions commerciales. Les 5 étoiles ont été aussi par le passé favorables à une sortie de l’euro : mais, tout comme la Ligue, ils espèrent désormais pouvoir « changer l’UE de l’intérieur ». Un objectif partagé par le Parti démocrate, le plus européiste des partis italiens, ce qui produit une convergence assez forte et qui rend improbable une sortie délibérée de l’euro.

Quand l’économie va bien, sortir de l’euro serait plus simple, mais personne n’y pense. quand l’économie va mal, les bénéfices de la souveraineté monétaire apparaissent plus clairement, mais sortir devient beaucoup plus compliqué.

Il faut ajouter aussi qu’une sortie en pleine récession aurait des conséquences économiques très lourdes. Dans l’hypothèse d’une souveraineté monétaire retrouvée, la monétisation massive de la dette publique qui se rendrait nécessaire pour faire face à la crise impliquerait une forte dévaluation de la nouvelle monnaie. Le risque d’une telle dévaluation serait intégré dans les taux d’intérêt, engendrant ainsi un cercle vicieux entre hausse des taux, nécessité de monétiser ultérieurement la dette, dévaluation supplémentaire, que seule une restructuration de la dette pourrait arrêter. Mais aucun acteur politique italien n’ose évoquer l’utilité d’une restructuration de la dette, et de la nationalisation du secteur bancaire qui devrait nécessairement l’accompagner.

La confiance des investisseurs sur la soutenabilité de la dette italienne, et donc la possibilité de gérer de façon ordonnée une sortie de l’euro, seraient plus fortes en période de croissance, mais c’est là ce qu’on pourrait appeler le paradoxe de l’euro : quand l’économie se porte bien, en sortir serait plus simple, mais personne n’y pense ; quand l’économie se porte mal, les effets bénéfiques de la souveraineté monétaire apparaissent plus clairement, mais sortir devient beaucoup plus compliqué.

Lire la suite de l’article sur Le Vent se Lève

[1] « Il sondaggio : fiducia in Ue crolla anche fra europeisti », AdnKronos, 29/3/2020

[2] Amable, Guillaud, Palombarini, L’Économie politique du néolibéralisme. Le cas de la France et de l’Italie, Editions Rue d’Ulm, Paris, 2012

[3] Palombarini, « Il liberismo autoritario », Jacobin Italia, 25/7/2019

[4] « Il definanziamento 2010-2019 del Servizio Sanitario Nazionale », Report Osservatorio GIMBE, n. 7/2019

Source : Le Vent se Lève

Commentaire recommandé

Gévaudan // 24.04.2020 à 07h24

Les trois grands pays les plus violemment atteints par la Covid19, Italie, France, Espagne, sont les trois grands pays de la zone Euro qui ont été le plus affectés par l’usage de 20 ans de monnaie unique en terme de perte de revenus des habitants et de désindustrialisation.

64 réactions et commentaires

  • Barbe // 24.04.2020 à 07h08

    Voilà ce qui arrive quand on confie le soin de créer sa monnaie à une institution étrangère et soi disant apolitique. Le prix de l argent c’est un ensemble de mesures austéritaires en direction du peuple. Ces politiques décident de qui peut vivre et qui peut mourir. Mais le rapport de force est injuste puisque l on constate que le nouveau souverain, l empire par delà nos Républiques, n a pas de limites à la création monétaire. Draghi l à dit en son temps. Nous, par contre, nous ne pouvons que subir, la réduction de nos droits.

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  • Gévaudan // 24.04.2020 à 07h24

    Les trois grands pays les plus violemment atteints par la Covid19, Italie, France, Espagne, sont les trois grands pays de la zone Euro qui ont été le plus affectés par l’usage de 20 ans de monnaie unique en terme de perte de revenus des habitants et de désindustrialisation.

      +58

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    • calal // 24.04.2020 à 08h15

      https://institutdeslibertes.org/les-economistes-existent-pour-que-les-astrologues-aient-lair-serieux/

      ch gave donne une explication de l’effondrement des economies des pays du sud dans ce papier:
      grosso merdo : »Certes, l’Allemagne est plus efficace mais l’Italie reste compétitive en dévaluant sa monnaie constamment vis-à-vis du DM (ligne jaune) qui passe de 250 lires/DM en 1970 à 1000 lires/DM en 2000… Les rentiers Italiens sont payés en Lire, tandis que les entrepreneurs le sont en fait en DM et bien sûr r>i est la règle.Arrive l’euro en 2000. Les rentiers Italiens sont payés en DM et les entrepreneurs doivent en supporter le coût ; r <i"

      il y a dans chaque pays de la zone euro, des rentiers qui profitent de l'euro et des salaries,entrepreneurs qui en subissent le cout. Si vous faites partie des gens qui en subissent le cout,vous allez continuer a en prendre plein la tete…

        +15

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      • tchoo // 24.04.2020 à 21h58

        Parce que l’Europe est calquée sur la conduite de l’Allemagne qui clairement du fait de sa démographie privilégié ses rentiers
        Et tous les autres béats de leur emboîter le pas
        Le Reich est EnMarche

          +3

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    • Urko // 24.04.2020 à 08h42

      Oui, l’Euro, système anti libéral au possible, pour tenir, doit s’accompagner de mesures pour le coup d’inspiration plus libérale. Ceux qui ont décidé de tout cela sont soit très malins (anti libéraux quand il s’agit de manipuler les prix, libéraux quand il s’agit de transférer le coût de cette manipulation à la population), soit des apprentis sorciers aveuglés par leurs projets politiques grandiloquents auxquels ils prennent le risque de sacrifier la population. Quoi qu’il en soit, la population paie le prix.

        +4

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    • jok // 24.04.2020 à 09h53

      A cela faut rajouter 2) libre circulation des capitaux et des travailleurs 3) application du déficit public ne devant pas dépasser les 3 % du PIB. Voilà le triptyque qui nous amènent là où nous en sommes aujourd’hui.

        +9

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  • Pie vert // 24.04.2020 à 07h37

    Néolibéralisme ? Mais ce terme ne veut rien dire.
    À priori il y a la notion de liberté, mais l’Italie à fait le choix de la soumission économique avec l’Euro ce n’est pas vraiment du libéralisme.. c’est autre chose, de l’Euro fédéralisme par la monnaie plutôt et qui est du reste imparfait et satisfait de moins en moins de gens au nord comme au sud, mais pourquoi diable nous continuons ce délire ?

      +10

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    • Terminator // 24.04.2020 à 08h04

      Le néolibéralisme, c’est la liberté de pouvoir réduire autrui en esclavage. C’est bien exactement ce dont on parle ici !

        +38

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    • LibEgaFra // 24.04.2020 à 08h20

      « mais pourquoi diable nous continuons ce délire ? »

      Parce que tous les médias sont dans les mêmes mains et qu’en conséquence l’opposition à l’euro est marginale.

        +29

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    • Patrick // 24.04.2020 à 08h52

      eh oui !
      Quand j’ai vu néolibéralisme dans le titre , je me suis dit que l’article allait être amusant .. même pas , une espèce de longue litanie avec néolibéral dans chaque phrase.
      L’Italie a toujours une gestion désastreuse de ses finances , mais tant que la monnaie était la lire  » la situation était désespérée mais pas grave « , il suffisait de dévaluer régulièrement et de glisser doucement vers la misère.
      Mais ces idiots ont décidé de passer à l’Euro, plus question de dévaluer … c’est le piège.
      La situation est la même en France , si vous ne pouvez pas dévaluer votre monnaie , soit vous dévaluez tout le reste , soit vous gérer correctement.

        +7

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      • Urko // 24.04.2020 à 09h09

        Gérer correctement ? Comment faire avec une monnaie surévaluée qui étouffe mécaniquement vos ressources ? Il n’y a pas de bonne gestion qui survive longtemps à un effondrement des recettes : le privé rejoint le public sur ce point. Donc, il ne reste qu’à dévaluer tout le reste. C’est la seule solution. Et l’Italie génère un excédent primaire pour rappel : pas si mal pour un pays « mal géré ».

          +19

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        • patrick // 24.04.2020 à 09h22

          Le problème de l’Italie reste la dette accumulée pendant des années, en lires c’était pas grave.
          La Grèce a succombé au même mal , faire n’importe quoi en drachme c’était pas grave.
          Celui qui vit dans la dette , périra dans la dêche !!

            +3

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          • Bats0 // 24.04.2020 à 14h05

            « soit vous gérer correctement » et pour ce faire, vous délocalisez toute votre industrie…
            Bigre, « bonne gestion » en effet; on voit où elle nous mène actuellement : à la pêche de tout ce qui nécessaire (masque, matière première pour faire les tests, et j’en passe des meilleurs) afin que les pertes humaines soient les moins douloureuses possibles, mais il paraît que les US sont plus rapides que nous à ce jeu.
            Mince alors, où sont ces fameux « experts européens » afin qu’ils viennent à ma rescousse pour me libérer de ma gestion économique calamiteuse…

              +5

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            • Patrick // 24.04.2020 à 15h00

              Gérer correctement.. le budget de l’état , sans faire de dettes qui vous étranglent.
              C’est la seule solution avec une monnaie que vous ne maîtrisez pas.

                +1

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        • Stannis // 24.04.2020 à 09h28

          Ca fait plus de 40 ans qu’aucun gouvernement français n’a été capable d’avoir un budget équilibré donc la France était mal gérée bien avant l’arrivée de l’Euro.

            +6

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          • patrick // 24.04.2020 à 11h05

            oui mais avant on dévaluait. Donc ça compensait l’incapacité à gérer un budget correctement ( déficit constant depuis le début des années 70 ).
            Erreur de Miterrand : politique du franc fort … stupide de la part d’un gouvernement socialiste qui a naturellement besoin de faire des dettes.
            Autre erreur : l’Euro
            Mitterrand avait déclaré ; » j’ai cloué les mains de l’Allemagne sur la table de l’Euro  » !!!
            Encore une belle réussite.

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            • Gévaudan // 24.04.2020 à 11h31

              Accablons Mitterrand. Oui. C’est logique. Mais n’oublions pas son intouchable confesseur es européisme, l’intouchable et quasi déjà sanctifié Saint Jacques Delors. Père de la réforme bancaire qui a ouvert la porte à la spéculation de masse. Père du tournant de la rigueur et de la politique du franc fort, anticipation de l’euro-Mark. Père spirituel de l’Euro.
              Également Père (spirituel) des Pascal Lamy et autres libre-échangistes forcenés !

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          • tchoo // 24.04.2020 à 22h02

            A force de faire des cadeaux aux uns et autres et donc de diminuer les recettes en courant après les dépenses il arrive des déficits qui sont aussi nécessaire aux excédents allemands

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    • Urko // 24.04.2020 à 09h03

      Non, ça ne veut pas rien dire. Il s’agit pour l’essentiel d’un mouvement d’idées ayant pris son essor avec la critique de l’État providence dont il apparaissait à la fin des années 1960 et durant les années 1970 qu’il gênerait de gros ratés. On l’oublie souvent mais le FMI a débarqué à Londres en 1976 pour sauver le gouvernement travailliste Wilson de la faillite, et alors, plein de gens ont commencé à théoriser que les états devaient peut être commencer à réduire le périmètre sur lequel ils prétendaient intervenir. Ajoutons y les délires sur la spécialisation productive (théorie pour le coup libérale et pas néo, pas idiote du tout mais trop simpliste pour être poussée à son extrême) ayant fait le lit de l’ouverture totale des frontières aux marchandises-capitaux-travailleurs, le besoin des US de s’assurer des débouchés – l’UE ne sert en gros qu’à cela en plus de leur servir de colonie stratégique face à la Russie – et l’Euro et nous voilà avec des états obèses tout en ayant abandonné leurs missions clefs au privé quand ils ne les ont pas abandonnées.

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      • Anfer // 24.04.2020 à 12h10

        La stagflation des années 70, c’est la faillite des « néo keynésiens » (des libéraux en réalité, le keynésien est cosmétique).

        Au lieu d’essayer d’aborder réellement l’économie telle qu’elle est, les charlatans néoclassiques en ont profité pour revenir.

        Ils ont imposé leurs balivernes, résultats :
        – chômage
        – endettement
        – croissance anémique
        – explosion des inégalités

        Mais le plus important est assuré, la RENTE est excellente.

        Mais dis donc voir, et la sortie de la pauvreté de pleins de gens dans le monde, c’est pas grâce au libéralisme ?
        Non, l’essentiel de cette baisse de pauvreté, c’est la Chine, et elle n’est pas libérale, la bas si un milliardaire fait chier le parti, il disparaît.

        Les pays qui ont réussi à émerger ont TOUS appliqué les mesures suivantes:
        – dirigisme économique
        – protectionnisme
        – contrôle des changes

        Et les dindons occidentaux se sont plumés tous seul.
        C’est comme si au jeu d’échecs, nous nous imposions, que le cheval ne peut pas sauter les pièces adverses, et que le fou est limité à 4 cases, et que nous accusions ceux qui ne respectent pas ces règles d’être des tricheurs.

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        • Urko // 24.04.2020 à 12h42

          Je ne peux pas répondre à tous ces éléments, intéressants, en un post. Mais oui, disons que la juste observation des limites d’un état intervenant dans trop d’aspects de la vie économique et de la vie tout court – comme toute organisation a tendance à vouloir étendre toujours son périmètre même là où elle fait plus de bourdes que de bien – a servi de prétexte à des saccages idiots, pour ne pas dire plus, voire à des rapines, tout simplement. Les théoriciens néo libéraux ont fourni le matériel intellectuel à ces décisions comme Keynes a fourni celui de politiques qu’il n’aurait pas approuvées. Un classique…

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    • Dominique65 // 24.04.2020 à 13h02

      « l’Italie à fait le choix de la soumission économique avec l’Euro ce n’est pas vraiment du libéralisme.. c’est autre chose »
      Oui, en effet, et c’est pourquoi on lui donne un autre nom : le néolibéralisme. Du coup, le néolibéralisme, dont tu prétends qu’il ne veut rien dire, tu viens de le (re)définir (à ta manière).
      Cordialement.

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    • Galvan // 25.04.2020 à 08h28

      Le Néolibéralisme est un terme qui est utilisé à tord et à travers, et comme tout mot dévoyé par ce système depuis 40 ans, il est lui même porteur d’un sens contraire :
      1- Il n’y a rien de nouveau dans ce système, il est même porteur de notions très anciennes (enrichier les riches …), et dans ce cadre il pourrait être qualifié de RETRO.
      2 – Il n’est en rien libéral au sens initial du terme, car le libéralisme (Adam Smith) avait également pout but de rendre les nations puissantes, alors qu’aujourd’hui c’est l’oligarchie qui gagne en puissance. Dans le cadre on pourrait le qualifier d’OLIGARCHISME
      Le bon terme serait donc : Retro-oligarchisme …

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    • Brigitte // 25.04.2020 à 08h44

      Ne jouons pas sur les mots Pie Vert. Le libéralisme est un terme économique qui n’a rien à voir avec la liberté au sens philosophique, sinon celle de faire de l’argent sans partage. C’est la liberté au sens égoïste du terme, celle qui se résume à l’adage « ma liberté commence là où s’arrête celle des autres » . Vous savez bien que la liberté est un terme qui prit au mot, n’a aucun sens moral, social. Même, au sens primaire du terme, c’est la loi du plus fort. Dans une société il faut des lois pour garantir la liberté de chacun. La loi est basée sur la justice et la raison. « ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent » ou « La liberté est la faculté que tout homme porte en lui d’agir selon sa propre détermination, sans avoir à subir d’autres contraintes que celles qui sont nécessaires à la liberté des autres ». Georges Burdeau,

        +1

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  • wuwei // 24.04.2020 à 08h00

    A partir de 1948, les services secrets américains avaient créé une association : l’ACUE. Cela signifiait « American Committee on United Europe », c’est-à-dire « Comité américain pour l’Europe Unie. »
    De 1948 à 1960, ce comité a donné des centaines de milliers de dollars aux associations et aux mouvements qui militaient pour la construction européenne :
    – le Mouvement européen,
    – l’Union des fédéralistes européens.

    Autrement dit : à partir de 1948, les services secrets américains ont financé les mouvements favorables à la construction européenne.
    – Selon Wikipedia, les personnages-clés du Mouvement européen étaient :
    Paul-Henri Spaak
    Robert Schuman
    Walter Hallstein
    Jean Rey
    Gaston Thorn
    Valéry Giscard d’Estaing.
    Dans le livre « Circus Politicus », un chapitre s’intitule : « Nos chers amis de la CIA. »

    http://sa.penchak.free.fr/divers/Circus-Politicus.pdf
    https://lvsl.fr/l-ue-souffre-dun-deficit-de-democratie/

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    • LibEgaFra // 24.04.2020 à 08h23

      Et voilà comment est repris par l’impérialisme yankee le rêve de Nietzsche d’un nationalisme européen. Cf. manu premier qui ne parle que de souveraineté européenne sans être jamais repris ou si peu. Son rêve: devenir le premier empereur européen.

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      • Fritz // 24.04.2020 à 09h21

        Et ce rêve se transforme vite en cauchemar : voyez les deux illustres prédécesseurs de Manu Ier, Napoléon et Adolf. Deux Européens convaincus, qui se sont cassés les dents en Russie.
        Si nos journalistes étaient un contre-pouvoir, ils rappelleraient ce fait à Macron.

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        • Brigitte // 25.04.2020 à 08h59

          Fritz, justement, ceux qui croient à l’UE sont ceux qui pensent qu’elle garantie la paix, empêche toute velléité belliqueuse d’un pays sur ces voisins européens. Là est le paradoxe. Car en bradant leur souveraineté nationale, en rendant les armes économiques et politiques, ils créent un impérialisme hors sol plus puissant encore et peut-être plus meurtrier à long terme qu’un envahisseur potentiel. Surtout, ils se privent de la possibilité de créer un vrai pacte de non agression communautaire, qui garantirait la souveraineté nationale et la liberté de chaque pays d’Europe.

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    • Dominique65 // 24.04.2020 à 13h06

      Attention à ne pas faire de politique et vouloir conduire la France avec ces idées, tu seras tout de suite qualifié par Patrick Cohen et consorts de complotiste ou conspirationniste. Mieux, les publications sur lesquelles tu t’appuies pour ta démonstration disparaitront du web.

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    • Christian // 24.04.2020 à 14h33

      @wuwei,

      « à partir de 1948, les services secrets américains ont financé les mouvements favorables à la construction européenne »
      On ne peut pas leur en vouloir car ils n’avaient pas trop envie d’envoyer de nouveau quelques centaines de milliers de GI en Europe se casser la pipe dans une nouvelle guerre fratricide intra-européenne.

      Aujourd’hui dans le gigantesque rapport de forces qui est entrain de se jouer au niveau mondial, le machin européen est la seule force au niveau européen qui puisse tenir tête aux USA et à la Chine. Pas même l’Allemagne encore moins la France. La créature peut et doit se retourner contre son créateur; voir mon commentaire plus bas à Urko.

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      • Bezukhov // 25.04.2020 à 09h08

        En théorie, vous auriez raison. En pratique c’est autre chose qui se passe. L’UE, dont ses membre sont aussi dans l’OTAN, sont de facto subordonnés à la volonté des USA, donc en pratique ne tient tête à personne d’autre qu’à leurs ennemis. Le plus grave dans tout ça est que les Etats Unis ont réorienté leur politique extérieure vers l’asie (« pivot to Asia » comme ils appellent ça) et même le moyent orient revêt une importance géopolitique plus grande que l’UE. Pour reprendre les mots de John Mearsheimer « l’Europe n’est plus qu’un vaste musée » à leur yeux (entendu dans une conférence).

        Donc à supposer que l’UE veuillent vraiment entrer dans le rapport de forces géoplitique mondial (ce dont je doute qu’elle ai les moyens aujourd’hui) il faudrait à minima que ses membres principaux sortent de l’OTAN, qu’elle ai une véritable vision stratégique cohérente – on peut douter que ce soit le cas, stratégiquement la France aurait intérêt à se rapprocher de l’Afrique francophone, l’Allemagne des pays slaves dont la Russie, les pays méditerranéens auraient intérêt à faire une alliance ne serait-ce que pour une politique commune d’immigration ou de sécurité etc, bref peu de cohérence à première vue.

        Tout n’est pas a jeté dans l’UE, je pense qu’elle doit être recréée en tant qu’alliance stratégique d’entitées nationales fortes avec quelques buts communs qui nécessitent une coopération internationale (récahuffement climatique par exemple) avec une politque extérieure commune (très dure à définir mais il faudrait essayer de le faire). Autrement pour moi ce n’est pas viable.

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        Alerter
    • Christian // 24.04.2020 à 14h54

      @Roger,

      je ne vais pas m’abonner aux échos pour lire cet article
      mais s’il suggère que la BCE fasse comme la banque d’Angleterre c’est à dire financer l’Etat directement pour un pouillième et à court terme uniquement, en bref une petite avance de trésorerie, il ne s’agit là que d’un détail cosmétique qui n’est là que pour noyer le poisson. Et visiblement il y a beaucoup de poissons qui s’y noient.

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  • Urko // 24.04.2020 à 08h11

    L’Italie soufre d’avoir une monnaie à parité fixe avec celle de l’Allemagne. Cela a laminé sa compétitivité sans espoir de rattrapage puisque personne n’investira dans le capital productif d’une économie à la monnaie surévaluée, à moins de masochisme. Du coup, sa croissance – l’une des plus soutenues en Europe depuis l’après guerre, devant l’Allemagne – s’est arrêtée net avec l’adoption de l’Euro asséchant l’état et sa capacité à intervenir. Et apparaît alors une confusion absolument incroyable : l’Euro serait libéral pour certains… Il s’agit pourtant de la plus grande manipulation monétaire de l’histoire par des pouvoirs publics : il n’a rien de libéral, d’ultra libéral ou de néo libéral, ni même d’un tout petit peu libéral, il constitue l’exacte inverse du libéralisme. Des états ont autoritairement décidé de parites monétaires entre plusieurs pays puis de les figer pour toujours : en quoi une telle intervention proviendrait d’une inspiration libérale ?

    Le plus amusant reste que certains commentateurs – éditorialistes, hommes politiques, dirigeants d’entreprises – qui se croient libéraux défendent l’Euro alors que, bien entendu, les libéraux authentiques ne cessent de s’etrangler que les politiques aient ose instaurer une aussi gigantesque manipulation des changes, des taux d’intérêt et donc des prix. Un anti libéral peut s’opposer à l’Euro ; un libéral ne peut que s’y opposer. Personnellement, je pense que libéral ou pas, chacun doit comprendre qu’un système autoritaire de parités fixes entre plusieurs économies sans transferts budgétaires relève de l’ineptie.

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    • Jean // 24.04.2020 à 11h01

      @Urko

      => Un anti libéral peut s’opposer à l’Euro ; un libéral ne peut que s’y opposer.

      Rappel de ce qui est d’inspiration néolibéral en Europe :

      – Privatisation de tous les services non régaliens de l’Etat.
      – Libre circulation des biens, des travailleurs et du Capital.
      – Interdiction de lutter contre le dumping fiscal, sociale et environnemental.
      – Interdiction de dévaluer ou d’avoir un déficit budgétaire excessif, même temporairement.
      – Dérégulation du secteur bancaire et de la finance, même après 2008.
      – Dérégulation du marché du travail et de la protection sociale.
      – Contournement des règlements sanitaires par la signature d’accords de libre échange.
      – Réduction d’impôts pour les plus riches et les multinationales.

      Et vous en voulez encore ? c’est quoi la prochaine étape ? Privatiser l’armée pour que les nouveaux seigneurs puissent « protéger » leur domaine et leurs esclaves ?

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      • Dominique65 // 24.04.2020 à 13h10

        Il te parle libéralisme et tu entends néolibéralisme. Le débat est impossible si lorsqu’il donne sa perception du jaune tu lui réponds sur ce que tu penses du bleu.

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        • Jean // 24.04.2020 à 15h37

          @Dominique65

          Ce n’est pas parce que les néolibéraux aiment se cacher derrière des mots, à la manière de loups qui se déguisent en agneaux, qu’il faut être dupe de ce stratagème. Les néolibéraux, les libéraux et les ultra-libéraux sont le nom derrière lequel se cache la même engeance qui cherche à détruire tous les mécanismes de solidarité et de régulation pour les remplacer par le chaos parmi lequel les prédateurs prospèrent.

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          • Dominique65 // 24.04.2020 à 16h57

            « Les néolibéraux, les libéraux et les ultra-libéraux sont le nom »
            Oui, et marxiste, socialiste, écologiste, c’est pareil.
            Les conservateurs étasuniens font ça très bien, d’ailleurs. Si tu es un tant soit peu à gauche, tu es pour eux un communiste, et pas question de faire une quelconque différence : ce ne sont que des mot derrière lesquels s’abritent l’idéologie rouge sang.
            Tout mélanger revient à faire du confusionnisme. Mais je n’insisterai pas. Ce sera mon dernier post sur ce sujet.

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      • Catalina // 24.04.2020 à 23h04

        « Privatiser l’armée pour que les nouveaux seigneurs puissent « protéger » leur domaine et leurs esclaves ? », pas encore mais il existe bcp d’armées privées déjà….
        Le poids des SMP(sociétés militaires privées)/ESSD (surtout anglo-saxonnes) a été croissant depuis les années 1990, en lien avec les conflits afghans et irakiens et du fait de menaces émergentes tels le terrorisme islamiste et la piraterie moderne. Toutefois, l’essor en fut surtout favorisé par une logique néolibérale anglo-saxonne, par contraste avec des doctrines nationales considérant le domaine de la Défense comme régalien, comme en France, où aucune société militaire privée n’a vu le jour à l’exception de Secopex, rapidement disparue. »

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_militaire_priv%C3%A9e

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      • Stannis // 24.04.2020 à 23h30

        La France est à moins de 10% de son budget consacré au régalien, est en déficit budgétaire permanent, fait fonctionner la machine à lois à plein régime (donc pour la dérégulation, vous repasserez) et malgré les réductions d’impôts est toujours plus taxée que partout ailleurs.
        Incroyable tout ce libéralisme débridé !

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        • Anfer // 26.04.2020 à 13h51

          Non c’est normal, le libéralisme est par essence, une bureaucratie étatiste qui ne s’assume pas.

          Les « règles du marché » c’est l’état qui les fixes, et plus elles sont nombreuses et envahissantes, plus la bureaucratie (publique ou privée) prospère, comme l’union européenne en est un magnifique exemple.

          Le libéralisme, c’est la règle faussement présentée comme technique, qui se substitue à la loi, débattue et voté démocratiquement.

          Le « néolibéralisme », ce sont les libéraux qui après le désastre du « laissez faire », on finalement admis que le marché n’apparaît pas spontanément, et qu’il faut le faire advenir en prenant le contrôle de l’état.

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          • Stannis // 28.04.2020 à 10h11

            J’ai l’impression de relire 1984 : vous m’expliquez au calme que « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ».

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    • Locksman // 24.04.2020 à 12h04

      Vous avez sans doutes raison de dire que l’euro, comme monnaie commune, n’a rien de libérale mais vous semblez oublier la partie idéologique qui accompagne le projet européen.
      L’euro n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais, mais il reste un formidable outils d’assujettissement des nations qui l’ont accepté. Cet excellent article le démontre, la politique austéritaire exigé par l’appartenance à l’euro à permis de libérer des pans entier du secteur publique pour les servirs, sur un plateau, au secteur privé.
      Je pense aussi qu’un projet aussi bancale que l’union (économique et monétaire) européenne se doit de posséder un semblant d’unité, au moins en apparences. C’est certainement plus facile d’imposé les règles de l’ordo-libéralisme allemand à des pays qui utilisent une monnaie comme l’euro, qu’a des pays qui ont leurs propre monnaie.

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    • Anfer // 24.04.2020 à 12h14

      Le libéralisme est étatiste, il est dans le déni, mais sans état fort et capable de garantir la sécurité des biens et des personnes, pas de marché, c’est le féodalisme ou le brigandage qui règne.
      Un pays sans état fort, c’est l’Afghanistan, la Somalie, Madagascar…
      Je ne croit pas que le marché y soit florissant.

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    • Christian // 24.04.2020 à 12h20

      @Urko,

      mais enfin, la gigantesque manipulation des taux de change et des taux d’intérêt et donc des prix par les interventions de nos chers banquiers centraux ne concerne pas que l’euro, ce sont bien toutes les monnaies qui sont concernées. Le système de détermination des prix (dit prix de marchés) dis-fonctionne complètement puisqu’il s’appuie sur un système monétaire international (SMI) et bancaire qui est une ineptie. C’est cela qui fait système et qu’il s’agit de changer radicalement.

      D’une part le SMI est encore et toujours dollarisé alors qu’il devrait refléter le monde multipolaire qui est celui du XXIeme siècle. Or la question ici en ce qui nous concerne est de savoir si l’Europe veut constituer un de ces pôles ou non car dans le gigantesque rapport de forces qui va et doit avoir lieu aucune nation européenne seule ne peut jouer un rôle.

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      • Urko // 24.04.2020 à 12h56

        Mais justement : tout le monde joue avec ses parites monétaires sauf nous, puisque notre monnaie ne peut pas s’ajuster par rapport à celles de seize de nos plus importants partenaires (dévaluer votre monnaie par rapport à celle d’un pays avec lequel vous n’avez pas d’échange n’a strictement aucun intérêt ni impact ; ce qui compte pour l’Italie, c’est la parité de sa monnaie à la monnaie allemande et à la française, pas à celle du Lesotho). Sortez vous bien de la tête que l’Euro est une monnaie : il y a dix sept monnaies émises par dix sept banques centrales formant l’eurosysteme, et ces monnaies s’appellent toutes Euro (pourquoi pas ?) et ne peuvent pas s’ajuster les unes par rapport aux autres (très embêtant) Et ne confondez pas création monétaire et dévaluation : il y a un lien mécanique entre les deux, vous avez raison, mais pour le coup, comme tout le monde imprime à tout va…

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        • Christian // 24.04.2020 à 15h29

          @Urko,

          « tout le monde joue avec ses parites monétaires sauf nous »
          certes mais vous ne semblez pas comprendre que c’est justement cela qui fait dérailler tous le système de détermination des prix (très embêtant dans un système d’échanges basé là dessus). De plus la manière de jouer de nos chers banquiers centraux consiste à essayer de fixer (j’insiste sur ce verbe) la parité de leur monnaie face au dollar (ou bien à l’euro dans une moindre mesure) ce qui est normal dans un système dollarisé. Ils jouent au yoyo avec les parités des monnaies pluôt que de les laisser fluctuer librement. C’est cela qui est entrain de péter sous nos yeux. Il est grand temps de remplacer ce système par un autre avant qu’il ne soit trop tard. C’est tout ce que je dis plus haut.

          « Et ne confondez pas création monétaire et dévaluation »
          où voyez vous que je confond les deux?

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    • Christian // 24.04.2020 à 12h21

      suite du précédent commentaire:

      D’autre part le système bancaire est extrêmement instable puisqu’il est encore et toujours basé sur le système de monnaie par le crédit bancaire, ce que d’aucuns appellent le système de monnaie dette qui est maintenant prêt à exploser à tout moment. Ici il existe une réelle alternative, le 100% monnaie, c’est à dire un système bancaire où la seule prérogative de la banque centrale est de créer la quantité de monnaie nécessaire suivant la règle des k% (k= taux d’inflation + taux de croissance) et où les taux d’intérêts sont libres de varier suivant l’offre et la demande de crédits. C’est à dire un système exactement à l’inverse de celui qu’on a actuellement. Or ici aussi, ce n’est qu’a l’échelle d’un continent que l’on pourra changer le système bancaire.

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    • Christian // 24.04.2020 à 13h42

      suite et fin

      On le voit bien si en s’en donne la peine, seul un saut fédéral peut créer l’impulsion nécessaire pour un changement radical de SMI et de système bancaire. Seul un saut fédéral peut créer un mécanisme de transfert budgétaire entre nations riches et pauvres de la zone euro. Il y a beaucoup à faire mais il n’est pas trop tard. Un nouveau SMI non dollarisé mais dollar-euro-yuanisé ainsi que le 100% monnaie et un mécanisme de transfert sont d’inspiration très libérale, comme quoi on peut être fédéraliste européen et libéral à la fois, c’est cohérent n’est ce pas?

      Je ne voit pas d’autres alternatives possibles tout du moins toutes les autres mènent à une impasse.

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      • Catalina // 24.04.2020 à 23h27

        je ne comprends pas pas ce que vient faire le yuan dans un fédéralisme européen dont l’Allemagne qui a tout à y gagner devra partager le camembert, et se refuse à le faire. Le lait, le beurre, la crémière et la ferme, pourquoi partagerait-elle ?

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  • barbe // 24.04.2020 à 09h52

    « personne n’investira dans le capital productif d’une économie à la monnaie surévaluée, à moins de masochisme »

    Mais c’est la même monnaie? Pourquoi croire qu’il y aurait une corrélation entre valeur de la monnaie et actifs tangibles, à partir du moment où la monnaie scripturale créée va soit en bourse, soit en paradis fiscal….
    Les chantres de l’économie de marché, appelons les libéraux, tels mr gave qui disait que les entreprises n’étaient pas assez rentables (la journaliste aurait dû lui demander : on n’a qu’à rétablir l’esclavage?), continue à nous faire croire qu’il y a une justice, une juste allocation de la monnaie par le marché.

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    • Urko // 24.04.2020 à 11h16

      Que l’Euro soit une monnaie, voilà une assertion audacieuse si vous me permettez. Il s’agit plutôt d’un système de parites fixes entre 17 monnaies qui portent toutes le même nom. Mais ça ne change guère la réponse à votre question. En gros, une économie peu productive (quelque raison qu’ait cette faible productivité : par exemple, une industrie automobile dans l’Himalaya ne s’avérerait pas productive même avec la meilleure volonté du monde, de même qu’une usine d’embouteillage d’eaux minérales à Tombouctou) ne peut pas avoir la même monnaie qu’une économie productive, sinon, le détenteur du capital qui veut l’investir dans le productif (pas l’immobilier ou l’art hein) va choisir de le placer dans le pays le plus productif, car pour le même coût du capital, il va tirer une production supérieure, donc un rendement supérieur, sans compter qu’il sait que ses coûts de production ne pourraient pas se voir abaisser par dévaluation monétaire dans le pays moins productif, où il devrait donc soit tailler dans les coûts et les effectifs, ce qui n’a jamais constitué un but en soi, soit abaisser ses prix pour vendre ses produits, réduisant ses marges, soit faire les deux en même temps. Bref, à moins de transferts budgétaires massifs du plus vers le moins productif, du Piémont vers le mezzogiorno par exemple, lier les monnaies d’économies à productivités différentes revient à condamner les moins productives à devenir toujours moins productives. Imaginez que le Bengladesh ait l’Euro pour monnaie : son économie ne le supporterait pas trois ans. L’Argentine a essayé avec le dollar : fail.

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      • barbe // 24.04.2020 à 11h33

        « Que l’Euro soit une monnaie, voilà une assertion audacieuse si vous me permettez.
        L’Italie soufre d’avoir une monnaie à parité fixe avec celle de l’Allemagne. »
        Je ne fais que vous citer.
        La parité des monnaies est un vrai sujet, et c’est pourquoi on a proposé de distinguer monnaie unique et monnaie commune. La pensée libérale a pour dogme l’ouverture des frontières et la concurrence. On peut imaginer, comme cela a été le cas à Cuba, deux monnaies, dont celle réservée aux autochtones, est facteur d’un équilibre des rapports de production.

        « le détenteur du capital » :cette expression vous permet d’escamoter le sujet sur lequel j’insiste : la création de la monnaie, et donc du capital. Les libéraux s’acharnent à nous faire croire qu’il y a une correspondance directe entre monnaie (valeur) et richesse. On a déjà dit ici que la monnaie du vénezuela ne valait rien alors que le pays est assis sur ce que l’on sait…
        Et s’il était assis sur la force des travailleurs, on retomberait sur la dialectique nécessaire et peut-être indépassable entre droit des détenteurs des capitaux et droits des travailleurs. A moins de rétablir l’esclavage, pour faire plaisir à mr gave admirateur des germains.

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        • Urko // 24.04.2020 à 13h02

          Pour que l’Euro soit une monnaie commune ou unique, il faudrait qu’elle soit une monnaie, c’est à dire émise par une seule autorité (je n’ai pas écrit état ou banque centrale mais autorité) et représente une créance tacite sur la dette d’une seule autorité aussi (pour le coup, un état). En clair, mutualisez les dettes européennes, donc faites que la commission prélève des taxes et impôts directs, et faites que la BCE émette des Euros à la place de l’eurosysteme et vous aurez une monnaie. Quant au bimetalisme, je ne connais pas assez les conséquences. Certains mentionnent l’idée de monnaies par destination : une pour les consommations courantes (alimentation, habillement…), l’autre pour les équipements (habitation, voiture). Compliqué… d’autant que l’une des fonctions de la monnaie consiste à fluidifier et à mesurer des échanges. Sinon, créer de la monnaie ne créer pas de capital.

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          • barbe // 24.04.2020 à 14h52

             » créer de la monnaie ne créer pas de capital »
            Et le capital des entreprises, il est donc libellé en travail?
            Faudra-t-il nous faire croire que le capital c’est le travail?

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      • Jean // 24.04.2020 à 11h39

        @Urko

        => L’Argentine a essayé avec le dollar : fail.

        Rectification : Des politiciens argentins corrompus ont décidés de s’aligner sur le dollar pour accélérer le pillage du pays par les prédateurs apatrides de la finance, personne ne doutait du résulta final.

        Pour votre information : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=57348.html

        Mêmes causes, mêmes effets. Car si nous ne sommes qu’au début de ce processus, nous allons probablement pouvoir l’expérimenter jusqu’à son terme… avec votre bénédiction ?

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        • Urko // 24.04.2020 à 13h09

          Le peg peso dollar a montré ce à quoi aboutissait inéluctablement un peg : une catastrophe. Quant aux intentions derrière, bon, il s’agissait aussi de guérir l’Argentine d’une tare chronique : le manque absolu de confiance de ses élites capitalistes en leur pays (en sa population) et en sa monnaie qui fait que depuis près de cent ans, les riches argentins placent leurs capitaux à l’étranger, ce qui pose évidemment un gros problème au pays. Des apprentis sorciers ont cru qu’en figeant la parité du peso au dollar, les élites argentines, souvent d’origibe anglo saxones du reste, allaient enfin réinvestir en Argentine… Navrante et naïve tentative.

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    • Dominique65 // 24.04.2020 à 13h16

      Les entreprise françaises en effet manquent, pour beaucoup, de rentabilité qui leur permettrait de s’assurer un bas de laine permettant d’investir en matériel ou R&D. Surtout depuis que la monnaie française est surévaluée. Mais il n’y a pas que l’Euro comme problème : l’obligation de gaver l’actionnaire en est un autre. Je ne sais pas comment la France pourrait toute seule sortir de cette obligation, même en sortant de l’UE. Débat ouvert.

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  • Renaud // 24.04.2020 à 11h02

    wuwei @ le 24.04.2020 à 8h00
    Exactement!
    Vous pouvez consulter (si vous ne l’avez fait) les soubassements de cette « Europe » dans les 119 pages de notes (sur 415 pages) comportant de nombreux des fac-similés, reproductions, etc., que comporte le livre de Philippe de Villiers, intitulé:
    -J’ai tiré le fil du mensonge et tout est venu- Éditions Fayard, février 2019. Ces 119 pages sont bourrées, non pas de notes de Philippe de Villiers, mais de notes d’archives authentifiées, déclassifiées, irréfutables, provenant des bureaux, et d’instances, de secrétariats ayant un rapport étroit et archidocumenté avec les « pères » de cette « Europe » dont les États-Unis (entre autre la CIA) sont les parrains et les premiers fourriers.
    C’est vraiment une « Europe » purement idéologique et inculte.

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  • Volodia // 24.04.2020 à 11h05

    Oui, la seule solution pour l’Italie serait la sortie de l’euro, une sortie ordonnée et programmée, mais sa classe politique en est absolument incapable.
    Attendons-nous à d’autres mois de grande souffrance sanitaire, économique et sociale pendant lesquels les tergiversations, palabres, demi-mesures et autres rustines ridicules vont continuer de plus belle. Puis d’un coup l’absurde édifice de la (dés)Union Européenne et de sa prison monétaire s’effondrera tout seul sous le poids de la réalité.

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  • Onna // 24.04.2020 à 18h27

    Lorsque je lis « les six signataires du Traité de Rome et qui, il y a quelques années encore, était unanimement favorable, ou presque, à la construction européenne. » je me demande qui sont « les signataires ? » des politiciens ? et nous revenons à la problématique démocratique, la démocratie représentative formée de professionnels de la politique donc de la langue de bois, de la manipulation et du mensonge.

    le meolibéralisme est une maladie profonde de l’occident injectée aux peuples, pendant plusieurs génération avec leur consentement involontaire, le peuple, carencée en économie et en finance comprenant difficilement la machinerie du totalitarisme monétaire n’a que les tribuns professionnels s’appuyant sur les medias crasses pour les fourvoyer dans des explications soporifiques et de propagande de plus en plus visible.

    Le fait que la ligue et les 5 étoiles soient frileux de sortir de ce système monétaire en dit long sur les alternatives possibles des italiens. Est-ce mieux en France ? Je ne le crois évidemment pas.

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  • Ernesto // 25.04.2020 à 00h57

    Nous savons tous le sort qui nous attend: celui de la Grèce et de sa crise humanitaire. « Il n’y a pas de choix démocratique contre les traités européens » (JC Juncker, ex président de la commission européenne). « On ne va pas changer les règles à chaque nouvelle élection » (wolfgang Schaüble ex ministre des finances de Merkel). On peut compter sur les fous furieux qui siègent à l’Eurogroupe et décident du sort de 500 millions d’européens pour nous faire rembourser rubis sur l’ongle jusqu’au dernier cent les « avances » généreusement consenties par les autorités monétaires. Comment s’en étonner, comment espérer un sursaut solidaire face au désastre quand le maître mot de la construction européenne est: « concurrence libre et non faussée? Notre folie est d’avoir lié le sort de nos politiques monétaires et budgétaires à l’acceptation du primat allemand: « à mes conditions ou rien ». On ne fait pas monnaie commune (ou alors à ses risques et périls) avec des partenaires qui ont connu des traumas, lesquels ont muté en obsessions qui les rendent incapables de remettre en question des principes auxquels ils tiennent plus que tout. On peut d’ailleurs tout à fait comprendre cette attitude qui découle du roman national allemand. Quoiqu’il en soit, la principale condition, c’est la mise sous tutelle de ces politiques, sous le contrôle, la surveillance et la discipline de fer des marchés financiers (car les règles on peut toujours les transgresser ou les détourner).

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  • Ernesto // 25.04.2020 à 01h47

    L’euro est surévalué par rapport aux performances des économies de l’Europe du sud (France, Italie, Espagne, Portugal). En régime de monnaie unique, sans possibilité de dévaluer, il ne reste plus que le niveau des salaires, de l’emploi, de l’endettement comme variables d’ajustement. Les transferts budgétaires pourraient être une solution pour remettre à niveau les retardataires, mais seuls de rares pays seraient en mesure d’y répondre. Peut-on raisonnablement attendre de l’Allemagne qu’elle consente à soustraire à ses impressionnantes performances 8% à 10% de son PIB chaque année pour secourir d’autres Etats impécunieux (les PIGS!), qui n’ont pas su ou pas voulu mettre en oeuvre les indispensables « réformes structurelles » auxquelles elle, l’ Allemagne, s’est pliée non sans efforts et douleurs ? On pourrait aussi augmenter le budget de l’Union (1% du PIB des 27!) pour dégager des financements nouveaux et les affecter prioritairement à ceux les plus fragiles, mais là encore cette piste se révèle inadaptée car ce sont toujours les mêmes qui mettront la main au portefeuille.
    Bref, pas de solution miracle en vue, sinon l’austérité renforcée pouvant dériver en tsunami humanitaire. Peut-on encore croire en un euro progressiste? Une Europe refondée, transformée de l’intérieur? Perso, je n’y crois pas; je suis pour un Frexit, retour à la souveraineté nationale, monétaire, budgétaire; ça va tanguer très fortement mais si ça passe, on pourra peut-être avec d’autres rebâtir l’espoir.

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  • Barbe // 26.04.2020 à 08h22

    C’est étrange cette manière d évacuer la politique. Comme s il n’y avait pas de volonté dans les choix économiques. Que tout ce qui arrive est naturel. Nécessaire.

    https://lilianeheldkhawam.com/2020/04/24/lonu-promeut-un-jubile-dune-valeur-de-un-trillion-de-dollars/#more-46644

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