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19.juillet.201719.7.2017 // Les Crises

Le Temps de la colère, par Chris Hedges

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Source : Truthdig, Chris Hedges, 11-06-2017

Mr. Fish / Truthdig

Le nihilisme et la rage qui balaient la planète ne sont pas engendrés par des idéologies perverties ni par des croyances religieuses moyenâgeuses. Ces forces destructrices prennent racine dans la destruction des traditions sociales, culturelles et religieuses par la modernisation et la société de consommation, dans les tentatives désastreuses de la part des États Unis d’effectuer des changements de régimes, souvent par des coups d’État ou des guerres, et dans l’idéologie néolibérale utopique qui a concentré les richesses entre les mains d’une petite clique d’oligarques corrompus.

Comme l’écrit Pankaj Mishra dans « Le Temps de la colère : une Histoire du présent », ce vaste projet planétaire d’ingénierie sociale a convaincu des centaines de millions de personnes au cours du siècle dernier, « d’abandonner – et souvent mépriser – un monde passé qui avait duré des milliers d’années, et de prendre le pari de créer des citoyens modernes qui seraient laïques, éclairés, cultivés et héroïques ». Ce projet a été un échec spectaculaire.

Alexandre Soljenitsyne a remarqué sarcastiquement que « pour détruire un peuple, vous devez couper ses racines ». Les damnés de la terre, comme Frantz Fanon les appelait, ont été dépouillés de toute cohésion sociale ou culturelle. Ils sont coupés de leur passé. Ils vivent dans une pauvreté écrasante, une aliénation paralysante, le désespoir et souvent la terreur. La culture de masse les abreuve d’images clinquantes, violentes, salaces et ridicules. Ils se lèvent contre ces forces de la modernisation, poussés par une fureur atavique, pour détruire l’univers technocratique qui les condamne. Cette rage s’exprime de multiples façons – le nationalisme hindou, le proto-fascisme, le djihadisme, la droite chrétienne, la violence anarchique et autres. Mais les diverses formes de ressentiment trouvent leur source dans les mêmes puits du désespoir global. Ce ressentiment « empoisonne la société civile et sape les libertés politiques », écrit Mishra et il alimente « un revirement global vers l’autoritarisme et des formes toxiques de chauvinisme ».

Les élites occidentales, plutôt que d’accepter leur responsabilité dans l’anarchie globale, définissent de manière égocentrique le conflit comme celui des valeurs de l’Occident éclairé contre les barbares médiévaux. Elles voient chez les nationalistes extrémistes, les fondamentalistes religieux et les djihadistes une irrationalité indéfinie et inexplicable qui ne peut être réprimée que par la force. Il leur reste à saisir que ceux qui sont privés de droits ne nous haïssent pas pour nos valeurs : ils nous détestent pour notre duplicité, notre usage de la violence industrielle systématique contre leurs nations et leurs communautés et pour notre hypocrisie.

Plus les élites occidentales sont attaquées,plus elles se réfugient aussi dans un passé mythologique, l’autocélébration et l’ignorance volontaire. Mishra écrit :

« Ainsi, dans les endroits mêmes [en Occident] où est apparue la modernité laïque, avec des idées qui furent alors établies de façon universelle – l’individualisme (contre l’importance des relations sociales), le culte de l’efficacité et de l’utilité (contre l’éthique de l’honneur), et la normalisation de l’intérêt personnel – le Volk mythique est réapparu comme une incitation à la solidarité et à l’action contre des ennemis réels ou imaginaires.

« Mais le nationalisme est, plus que jamais auparavant, une mystification, sinon une escroquerie dangereuse de par sa promesse de rendre une nation « à nouveau grande », et de par sa diabolisation de « l’autre » ; il dissimule les conditions d’existence réelles et les vraies origines de la souffrance, par cela même qu’il cherche à reproduire, à l’intérieur d’un horizon terrestre sombre, le baume apaisant des idéaux transcendants. Sa résurgence politique montre que le ressentiment – ici, celui des gens qui se sentent délaissés par l’économie mondialisée et ignorés avec mépris par ses seigneurs gominés et par les meneurs de claque de la politique, des affaires et des médias – reste la métaphysique par défaut du monde moderne depuis que [Jean-Jacques] Rousseau l’a défini le premier. Et son expression la plus menaçante à l’âge de l’individualisme pourrait bien être l’anarchisme violent des déshérités et des inutiles ».

Les partisans de la mondialisation ont promis de faire accéder à la classe moyenne les travailleurs de toute la planète et d’inculquer les valeurs démocratiques et le rationalisme scientifique. Les tensions religieuses et ethniques seraient modérées ou éradiquées. Ce marché mondial créerait une communauté de nations pacifiques et prospères. Tout ce que nous avions à faire était d’écarter les gouvernements et de nous agenouiller devant les exigences du marché, présentées comme la forme ultime du progrès et de la rationalité.

Au nom de cette utopie absurde, le néolibéralisme a éliminé les règlements du gouvernement et les lois qui protégeaient jusque-là le citoyen des pires excès du capitalisme prédateur. Il a créé des accords de libre échange qui ont permis de transférer des milliards de dollars des entreprises sur des comptes offshore pour éviter l’impôt, et de faire fuir les emplois vers des ateliers en Chine et dans le sud de la planète où les travailleurs vivent dans des conditions proches de l’esclavage. Les programmes de prestations sociales et les services publics ont été détruits ou privatisés. La culture de masse, y compris les écoles et la presse, ont endoctriné une population de plus en plus désespérée pour qu’elle participe au reality show planétaire du capitalisme, une « guerre de tous contre tous ».

Ce qu’on ne nous a jamais dit, c’est que le jeu était réglé d’avance. Nous étions toujours condamnés à perdre. Nos villes ont été désindustrialisées et se sont dégradées. Les salaires ont décliné. Notre classe ouvrière s’est appauvrie. La guerre sans fin est devenue, de façon cynique, une activité lucrative. Et la richesse du monde a été saisie par un petit groupe d’oligarques mondiaux. Les kleptocraties, comme celle actuellement installée à Washington, ont volé les gens de façon éhontée. L’idéalisme démocratique est devenu une plaisanterie. Nous ne sommes reliés les uns aux autres, comme l’écrit Mishra, que « par le commerce et la technologie », forces qu’Hanna Arendt a appelées « la solidarité négative ».

Le contrecoup, écrit Mishra, ressemble à la violence et au terrorisme anarchiste, fasciste et communiste qui ont eu cours à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Dans l’une des plus importantes parties de son analyse brillante et multidimensionnelle du monde qui nous entoure, Mishra explique comment les idées occidentales ont été adoptées et transformées par les idéologues dans les pays du Sud, idées qui deviendraient aussi destructrices que l’imposition même du marché libre capitaliste.

Par exemple, la révolution islamique de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny en Iran, a largement emprunté aux idées occidentales, parmi lesquelles la représentation par les élections, l’égalitarisme et l’avant-garde révolutionnaire de Lénine, qui furent adaptées à un monde musulman. Nishida Kitaro et Watsujii Tetsura, de l’école japonaise de Kyoto, puisèrent dans le nationalisme romantique des philosophes allemands, et transformèrent la glorification de la nation germanique en glorification du Japon impérial. Ils « fournirent la justification intellectuelle de l’attaque brutale de la Chine dans les années 30, et ensuite de l’attaque soudaine de son plus gros partenaire commercial en décembre 1941 – à Pearl Harbour ». L’écrivain et érudit le plus important de l’Asie du sud, Muhammad Iqbal, a produit une « vision nietzschéenne de l’Islam revivifiée par des Musulmans forts et auto-créatifs ». Et l’érudit chinois Lu Xun a appelé les Chinois à montrer « la volonté indomptable illustrée par Zarathoustra ». Ces idéologies bâtardes se drapaient dans le vernis des traditions et croyances indigènes. Mais c’étaient des créations nouvelles, nées du schöpferische Zerstörung, ou « tempête de la destruction créatrice », du capitalisme mondial.

Nulle part cela n’est plus vrai qu’avec les appels modernes au djihad de la part de radicaux islamiques autoproclamés, dont la plupart n’ont pas d’éducation religieuse et qui viennent du milieu criminel sécularisé. Le chef djihadiste Abu Musab Zarqawi, surnommé « le cheik des bourreaux » en Irak a eu, comme l’écrit Mishra, « un long passé de proxénétisme, de trafic de stupéfiants et d’alcoolisme ». L’Afghano-Américain Omar Mateen fréquentait, selon certaines sources, la boîte de nuit d’Orlando, en Floride, où il a massacré 49 personnes et où on l’avait vu en état d’ébriété. Anwar al-Awlaki, qui prêchait le djihad et fut finalement assassiné par les États-Unis, avait un penchant pour les prostituées. Abu Mohammed al-Adnani, un haut dirigeant de l’État islamique, avant d’être tué, a appelé les Musulmans d’Occident à tuer tout non-Musulman qu’ils rencontreraient. « Écrasez-lui la tête avec une pierre, ou abattez-le avec un couteau, ou roulez-lui dessus avec votre voiture, où poussez-le d’un endroit élevé, ou étouffez-le, ou bien empoisonnez-le », disait al Adnani à ses disciples.

L’idée de Mikhail Bakounine de « la propagande par l’action » écrit Mishra se « manifeste de façon universelle dans les massacres enregistrés sur vidéo, diffusés en direct et postés sur Facebook ». Elle s’est développée « naturellement à partir de la présomption que seuls des actes d’une violence extrême pouvaient révéler au monde la situation sociale désespérée et l’intégrité morale de ceux qui étaient déterminés à la contester ». Ces idées importées ont rempli le vide laissé par la destruction des croyances, traditions et rituels autochtones. Comme le dit Mishra, ces djihadistes « représentent la mort de l’Islam traditionnel plutôt que sa résurrection ».

« Il s’avère », écrit-il, que « les modernisateurs autocrates n’ont pas réussi à faire entrer une majorité de leurs pupilles dans le monde moderne, que leurs révolutions avortées venues d’en haut ont ouvert la voie à des révolutions plus radicales venues d’en bas, suivies par l’anarchie, comme nous avons pu le voir ces dernières années ».

Mishra souligne que les attaques terroristes à Paris ou Londres ont été provoquées par le même ressentiment que celui qui a conduit Timothy McVey à faire exploser une bombe au Bâtiment fédéral Alfred P. Murrah, tuant 168 personnes, dont 19 enfants, et en blessant 684. Et quand l’Américain fut emprisonné à Florence, Colorado, le prisonnier dans la cellule voisine était Ahmed Yousef, le cerveau de la première attaque du World Trade Center en 1993. Après l’exécution de McVey, Yousef a commenté : « Je n’ai jamais [connu] personne dans ma vie qui ait une personnalité aussi similaire à la mienne ».

Mishra écrit : « Des fanatiques malfaisants ont émergé au cœur même de l’Occident démocratique après une décennie de bouleversements politiques et économiques ; le paradigme explicatif simpliste gravé dans la pierre après les attaques du 11 septembre – celui du terrorisme d’inspiration islamiste contre la modernité – est réduit en cendres ». Les États-Unis, en plus de subir des massacres périodiques dans des écoles, des galeries marchandes ou des salles de cinéma, ont vu des terroristes locaux frapper le marathon de Boston, une église de Caroline du Sud, des installations militaires au Tennessee, une base militaire au Texas et ailleurs.

« L’Occident moderne ne peut plus être distingué de ses ennemis apparents », constate Mishra. « L’hagiographie du sniper de la Marine états-unienne Chris Kyle – qui avait un tatouage représentant la croix rouge des Croisés et appelait la guerre en Irak un combat contre « un mal farouche et acharné » dans le film de Clint Eastwook « American sniper », célèbre la vision du monde binaire adoptée par les djihadistes qui déifient leurs poseurs de bombes kamikazes.

« La frénésie xénophobe déclenchée par l’adaptation cinématographique du livre de Kyle suggère que les partisans de la guerre sainte les plus virulents ne fleurissent pas seulement dans les paysages ravagés de l’Asie du Sud et de l’Ouest », écrit Mishra. « De tels fanatiques, qui peuvent être des athées tout comme des croisés ou des djihadistes, se cachent aussi parmi les meilleurs et les plus intelligents de l’Amérique, enhardis par un soutien sans fin en argent, armes, et même « idées » fournies par des experts en terrorisme et par des théoriciens du choc des civilisations ».

Donald Trump, étant donné la destruction politique, culturelle et économique menée par le néolibéralisme, n’est pas une aberration. Il est la résultante d’une société de marché et d’une démocratie capitaliste qui a cessé de fonctionner. Une classe inférieure en colère et exclue, représentant à l’heure actuelle jusqu’à la moitié de la population des États-Unis, est envoûtée par des hallucinations électroniques qui remplacent l’instruction. Ces Américains prennent un plaisir pervers et presque diabolique dans des démagogues tels que Trump, qui expriment un mépris pour les règles traditionnelles et et bafouent ouvertement les rituels d’une structure du pouvoir qui les exploite.

Mishra trouve une situation comparable dans son propre pays, l’Inde. « Dans leur indifférence envers le bien commun, leur recherche constante du bonheur personnel et leur identification narcissique avec un homme fort apparemment impitoyable et grande gueule désinhibée, [le Premier ministre Narendra] les électeurs mécontents de Modi sont le reflet de beaucoup d’électorats dans le monde – des gens plus satisfaits qu’horrifiés par les dérapages verbaux et le massacre des anciennes conventions », écrit-il. « Les horizons nouveaux des désirs et des peurs individuels ouverts par l’économie mondiale du néolibéralisme ne favorisent pas la démocratie ni les droits de l’homme ».

Mishra dénonce la version occidentale idéalisée et aseptisée de l’histoire : « les idées et les présomptions simplistes et dangereusement trompeuses, tirées d’une histoire triomphante des réalisations anglo-américaines qui ont longtemps façonné les discours des hommes d’État, les rapports des think-tanks, les enquêtes des technocrates, les éditoriaux des journaux, tout en donnant du grain à moudre aux chroniqueurs, aux commentateurs de la télévision et aux soi-disant experts en terrorisme ». Les mandarins qui déversent ce récit égocentrique sont, comme le théologien Reinhold Niebuhr les a appelés, eux et ceux de leur acabit, les « fanatiques insipides de la civilisation occidentale qui considèrent les réalisations hautement accidentelles de notre culture comme la forme finale et la norme de l’existence humaine ».

Les racines de la modernisation et de la colonisation sont, écrit Mithra, celles du « carnage et de la pagaille ». L’appétit vorace des capitalistes et des impérialistes n’ont jamais pris en considération « les facteurs contraignants tels que l’espace géographique fini, les ressources naturelles limitées et les écosystèmes fragiles ».

« La filiation intellectuelle des atrocités d’aujourd’hui ne se trouve pas dans les écritures religieuses », écrit Mishra. « Les colonialistes français en Algérie avaient utilisé des techniques de torture initialement déployées par les nazis lors de l’occupation de la France (et aussi par quelques-uns des premiers pirates de l’air). Les Américains dans la guerre mondiale contre le terrorisme ont recouru aux méthodes cruelles d’interrogatoire que l’Union soviétique avait brevetées pendant la guerre froide. Dans la dernière étape de cette terrible réciprocité, les héritiers de Zarqawi à I’EI habillent leurs otages occidentaux des tenues orange de Guantanamo et allument les caméras de leurs smartphones avant de décapiter leurs victimes.

La foi dangereuse de l’Occident dans l’inéluctabilité du progrès humain est relatée par Mishra au travers de la confrontation entre les intellectuels français Rousseau et Voltaire, ainsi que Bakounine, Alexander Herzen, Karl Marx, Fichte, Giuseppe Mazzini et Michel Foucault. Cet ouvrage intellectuellement nuancé et philosophiquement riche montre que les idées importent.

« Les modernistes hindous, juifs, chinois et musulmans qui ont contribué à établir les grandes idéologies de construction nationale étaient en phase avec les principales tendances de la fin-de-siècle européenne, qui a redéfini la liberté au-delà de l’intérêt égoïste bourgeois comme une volonté de forger des nouvelles sociétés dynamiques et de remodeler l’histoire », écrit Mishra. « Il est impossible de les comprendre, eux et le résultat ultérieur de leurs efforts (islamisme, nationalisme hindou, sionisme, nationalisme chinois), sans saisir leur contexte intellectuel de décadence culturelle et de pessimisme : l’anxiété de l’inconscient, que Freud n’était pas le seul à ressentir ; ou l’idée d’une renaissance glorieuse après le déclin et la décadence, empruntée à l’idée chrétienne de la résurrection, que Mazzini a tant fait pour introduire dans la sphère politique ».

Mishra continue ainsi :

« L’EI, né pendant l’implosion de l’Irak, doit plus son existence à l’ opération Justice sans limites et Liberté immuable qu’à une quelconque théologie islamique. C’est le produit caractéristique du progrès radical de la mondialisation dans laquelle les gouvernements, incapables de protéger leur citoyens des envahisseurs étrangers, de la brutalité policière ou des turbulences économiques, perdent leur légitimité morale et idéologique, créant un espace pour des acteurs non étatiques tels que des gangs armés, des mafias, des milices, des seigneurs de la guerre et des revanchards privés.

« L’EI a l’intention de créer un califat, mais, comme les changeurs de régime américains, il ne peut organiser un espace politique qui soit distinct de la violence privatisée. Motivés par un individualisme personnel, les adeptes de l’EI sont plus doués pour détruire le Valhalla [dans la mythologie nordique, lieu où les valeureux guerriers défunts sont amenés. ndT]. que pour le créer. Finalement la passion pour une politique grandiose, qui se manifeste dans l’anéantissement wagnérien de l’EI, est ce qui pousse le Califat, autant que l’a fait l’utopie de [Gabriele] D’Annunzio. La volonté de puissance et la soif de violence comme expérience existentielle réconcilient, comme l’a prophétisé le [philosophe et théoricien social Georges] Sorel, les divers engagements religieux et idéologiques de ses adeptes. Les tentatives pour les replacer dans une longue tradition islamique oublient à quel point ces militants, qui mettent fiévreusement en scène leurs meurtres et leurs viols sur Instagram, reflètent un stade ultime dans la radicalisation du principe moderne de l’autonomie individuelle et de l’égalité : une forme d’affirmation de soi acharnée qui ne reconnaît aucune limite, et requiert la descente dans des abysses moraux ».

Le philosophe George Santayana a prédit que la culture individualiste obsessionnelle de la compétition et du mimétisme de l’Amérique encouragerait ultérieurement « une lame de fond d’aveuglement primitif et de violence ». L’incapacité d’être critique et conscient à l’égard de soi-même, associée au culte du moi, conduirait à un suicide collectif. L’historien de la culture Carl Schorse a écrit dans « La Vienne de la fin-de-siècle : politique et culture » que la descente de l’Europe dans le fascisme était inévitable une fois qu’elle avait coupé le « cordon de la conscience ». Et avec l’ascension de Trump, il est clair que le « cordon de la conscience » a également été coupé dans les jours crépusculaires de l’empire américain. Dès que nous ne reconnaissons plus ou ne comprenons plus notre capacité à faire le mal, dès que nous ne nous connaissons plus, nous devenons des monstres qui dévorent les autres et nous dévorons finalement nous-mêmes.

« Le totalitarisme avec ses dizaines de millions de victimes a été identifié comme une réaction malveillante à la tradition bienveillante des Lumières du rationalisme, de l’humanisme, de l’universalisme et de la démocratie libérale – une tradition envisagée comme une norme ne posant pas problème », écrit Mishra. « Il était clairement trop déconcertant de reconnaître que la politique totalitaire cristallisait les courants de pensée (racisme scientifique, nationalisme chauvin, impérialisme, technicité, politique esthétisée, utopisme, ingénierie sociale et lutte violente pour la survie) qui circulaient à travers toute l’Europe à la fin du dix-neuvième siècle ».

Mishra sait ce qui se produit quand les gens sont abandonnés sur le tas de fumier de l’histoire. Il sait ce que les guerres interminables, menées au nom de la démocratie et de la civilisation occidentale, engendrent chez leurs victimes. Il sait ce qui conduit les gens à avoir soif de violence, qu’ils se trouvent à un meeting de Trump ou dans une mosquée radicale au Pakistan. L’histoire informe le présent. Nous sommes atteints par ce que l’écrivain Albert Camus appelait « l’auto-intoxication, la sécrétion maligne de notre impuissance préconçue à l’intérieur de l’enceinte du moi ». Et tant que cette « auto-intoxication » ne sera pas traitée, la rage et la violence, chez nous ou à l’étranger, se développera tandis que nous trébucherons vers une apocalypse mondiale. L’auto-aliénation du genre humain, a prévenu Walter Benjamin, « a atteint un tel degré qu’elle peut vivre sa propre destruction comme un plaisir esthétique de premier ordre ».

Les conflits en Égypte, en Libye, au Mali, en Syrie et dans d’autres nombreux endroits, souligne Mishra, sont alimentés par « des événements climatiques extrêmes, l’épuisement des fleuves et des mers et de leurs stocks de poissons, ou la désertification de régions entières de la planète ». Les réfugiés qui sont poussés en Europe par le chaos de leur pays, y créent de l’instabilité politique. Et tandis que nous marchons vers l’avenir comme des somnambules, la détérioration continue de l’écosystème amènera finalement l’effondrement complet des systèmes. Mishra nous avertit que « les deux façons dont l’humanité peut s’autodétruire – la guerre civile à l’échelle planétaire, ou la destruction de l’environnement naturel – convergent rapidement ». Nos élites, oublieuses des dangers à venir, aveuglées par leur propre orgueil et leur cupidité, nous transportent, comme Charon, vers le pays des morts.

Source : Truthdig, Chris Hedges, 11-06-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Commentaire recommandé

Fabrice // 19.07.2017 à 07h01

Oui constat intéressant et réaliste mais après que fait on ?

Les constats impuissants se multiplient, mais quoi faire pour changer la donne quand le système en place de tous les côtés est orienté vers ce nihilisme aveugle on ” s’amuse” à compter les points et se lamenter sur la bêtise humaine et notre impuissance devant le verrouillage du système en place ?

40 réactions et commentaires

  • Catalina // 19.07.2017 à 06h42

    Il y a dans cet article un manque flagrant, celui de la manipulation de masse étudiée et mise en place à coup de milliards de dollars.
    De plus, une société de plus en plus inégalitaire ne peut que créer de la violence, même chez les singes, le sentiment d’injustice est un concept inné.

    “Les conflits en Égypte, en Libye, au Mali, en Syrie et dans d’autres nombreux endroits, souligne Mishra, sont alimentés par « des événements climatiques extrêmes, l’épuisement des fleuves et des mers et de leurs stocks de poissons, ou la désertification de régions entières de la planète », c’est pas comme si des puissances extérieures manigançaient en assassinats, renversements et coup d’état multiples, nouvelles truquées, manipulations médiatiques, mensonges, financement et armement de terroristes, imposition d’hommes de main en lieu et place de président….Il y a à prendre et à laisser dans cet article. Par ailleurs, je vois pas trop ce que vient faire Bakounine dans ce texte….ainsi que Trump qui n’est pas président depuis assez longtemps pour être jugésur ses actes……

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    • marc // 19.07.2017 à 10h12

      catalina, tu as écris : “Il y a dans cet article un manque flagrant, celui de la manipulation de masse étudiée et mise en place à coup de milliards de dollars.”

      c’est faux, relis le deuxième paragraphe :

      “ce vaste projet planétaire d’ingénierie sociale a convaincu des centaines de millions de personnes…”

        +5

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  • Moi , BHL , intello // 19.07.2017 à 06h59

    J’avoue que la probable disparition de l’humanité me cause un certain plaisir esthétique ,et même un plaisir esthétique certain !
    Voila , c’est dit !

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    • marc // 19.07.2017 à 10h14

      tu es suicidaire? pas moi

      ou tu aimes juste l’idée du suicide, comme schopenhauer qui en faisait l’éloge devant une table remplie de bonne cuisine?

        +8

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      • Chris // 19.07.2017 à 16h49

        Je partage l’appréciation de Moi.
        Qu’une espèce qui se dit intelligente, s’applique à s’auto-détruire par tous les moyens (tels des Folamours), ne mérite que sa disparition.
        La disparition de la biodiversité et des mammifères en particulier devrait nous alerter sur notre propre sort. Que nenni : on continue. En marche !
        J’invite une fois de plus les lecteurs à lire ou relire le Rapport du Club de Rome publié en 1973. L’évolution probable de nos sociétés techno, pillardes, débridées et consuméristes décrite dans ce rapport est en cours de réalisation. Le reset sera terrible et inévitable.
        Quel gâchis ! Notre planète était si belle.

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        • laurent // 19.07.2017 à 22h24

          euh, ben justement, on est la, ou une des rares espèces qui s’occupent d’autres espèces, les soignent, les sauvent de la mort, font preuves de bienveillances et aussi d’amour.
          alors oui est très loin d’être des saints, sans doute même le contraire, mais ce que vous suggérez me donne un sentiment d’abandonner la bataille et ciao la compagnie.
          je préfère ne pas abandonner. je préfère aussi que vous n’abandoniez pas. ainsi vous niez d’abord vous même, puis le reste du monde en général, ainsi même que cet échange. c’est presque du nihilisme

            +1

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          • Chris // 20.07.2017 à 14h50

            Nihilisme ?
            Ça fait plus de 50 ans que j’assiste au spectacle, impuissante. Et ça va de mal en pis : les gens sont médiatiquement zombiesés, blottis tels des foetus dans leur petit monde hollywoodien, ignorant toute dissonance cognitive.
            L’hédonisme a remplacé le vivre ensemble, la Sécu évacué la solidarité : nous consommons tout et n’importe quoi, écervelés par un merchandising laudateur, boursoufflé et absurde. Nous courons après notre ombre.
            L’apocalypse ? Mais nous sommes dedans. Il faut juste la replacer à l’échelle de l’humanité et non pas générationnelle.
            Le tempo est lent, mais sa vitesse s’accélère. Mon âge me permet d’en apprécier la progression.
            Ceci dit, vivez votre vie… au plus près de votre conscience.

              +6

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    • olivier // 19.07.2017 à 21h42

      Vos propos illustrent parfaitement L’humanisme 2.0 : celui qui, après avoir porté l’homme a la place de Dieu et de la Nature, se retrouve sans point d’appui extérieur, ce qui interdit d’accorder à l’homme une valeur quelconque. L’homme n’est plus qu’un cousin du dauphin, dangereux prédateur qu’il serait souhaitable de voir disparaitre. Puissiez-vous de nouveau « Croire en l’homme ».

        +2

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      • Porcinet // 20.07.2017 à 06h09

        Mais l’homme n’est qu’un cousin du dauphin, c’est de se croire supérieur qui l’autorise à se comporter comme un con.
        Croire en l’homme, c’est valider la très haute estime que ce chimpanzé mal dégrossi a de lui-même.
        Les américains croient dur comme fer qu’ils sont les bienfaiteurs de l’humanité et pourtant.

          +5

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        • Olivier // 20.07.2017 à 13h11

          C est votre avis. Vous mélangez beaucoup de choses : on peut se savoir supérieur et rester humble ( et non pas modeste), responsable du devoir que cela impose, conserver une rectitude intérieure, continuer à se remettre en question et veiller à une nécessaire bienveillance. Si les gens sont ‘cons’ comme vous dite (et encore cela traduit une certaine misanthropie fruit d’un amour déçut) c est peut/être qu’ils ne sont plus éduqués et qu'”on” passent le temps à leur expliquer “qu’ils le valent bien”, et qu’ils ne doivent rien à personne. Bref aucune gratitude ni amor mundi.

          En revanche, pas sûr que les neo-con(servateurs) américains soient aussi naïf que vous le pensez.

            +3

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  • Fabrice // 19.07.2017 à 07h01

    Oui constat intéressant et réaliste mais après que fait on ?

    Les constats impuissants se multiplient, mais quoi faire pour changer la donne quand le système en place de tous les côtés est orienté vers ce nihilisme aveugle on ” s’amuse” à compter les points et se lamenter sur la bêtise humaine et notre impuissance devant le verrouillage du système en place ?

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    • Toony // 19.07.2017 à 07h57

      Ce système fonctionne parce qu’il y a consommation…
      Il y a même consommation de propagande, consommation de produits présentés comme bons pour l’environnement mais devastateurs, consommation pour l’estime de soi et pour faire comme les autres… Detruisons la pyramide de maslow et tout ira mieux.
      Detruisons l’ego et l’egocentrisme et tout ira mieux ?

        +26

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      • enebre // 19.07.2017 à 10h09

        Tout détruire… Est-ce vraiment la solution ?
        Je ne penses pas que nous puissions nous le permettre (le peuple), l’état doit rester l’état pour que la mécanique du système de vie qui est le nôtre puisse continuer, par contre il nous est absolument nécessaire de trouver le moyen de nettoyer notre société du “vil” qui l’occupe, cette nouvelle sous-classe d’individu qui règne en maitre dans bien des structures de l’état ainsi qu’au sein même de toutes nos classes sociales.
        Il serait bon de ne plus les nommer avec des superlatifs du genre “En haut” “L’élite” “Le Grand Chef” etc. Car nous ne faisons que continuer à leur donner l’importance qu’ils recherchent. Ce sont pour la plupart que des crapules sans foi ni loi. “VIL” et “VILENIE”, il ne méritent que ça comme classification de leur personne et de leurs actes. Oui ils nous vendent chaque jour, c’est ça être vil.

          +9

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        • Suzanne // 19.07.2017 à 13h48

          IL n’y a pas, plus, de solution confortable. Effectivement il faut faire que les bénéfices des multinationales s’effondrent. Résister, d’abord individuellement (être le plus indépendant possible), puis collectivement. Militer, créer des liens sociaux, mettre en commun. Repérer les terres cultivables. Inventer des moyens de communications. Stocker de la connaissance, en soi et hors de soi. Travailler les savoir-faire techniques et scientifiques.

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        • Galvan // 20.07.2017 à 06h19

          Tout à fait en accord avec Enebre. L’oligarchie n’est pas une élite : ce sont des hommes et des femmes sans talent extraordinaire, sans “super pouvoirs”. Ils sont généralement dénués de tout scrupule et de tout sens commun : c’est précisément ce qui fait leur force avec leur richesse.
          Cela porte un nom plus adapté : des psychopathes privilégiés.
          Arrêtons d’appeler ces personnes des élites car ils sont vraiment à l’opposé du concept. On peut d’ailleurs remarquer que ce terme d’élite a été utilisé en premier par la presse aux ordres : une technique habituelle de manipulation du dogme néolibéral, changer la signification des mots usuels (régression –> réforme, cleptocratie –> démocratie, aucune régulation –> libre circulation etc …)
          La première des choses à faire pour s’en sortir est d’éveiller les consciences, réveillez les dormeurs. Expliquez à vos amis ce qui se passe réellement car vous serez surpris du nombre de personnes qui acceptent et intègrent la propagande massive actuelle.

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    • openmind // 19.07.2017 à 08h08

      Le jour où la figure paradigmatique du bobo parisien sera mise en minorité par une majorité non macronolâtre qui sera lasse de trop de souffrance, car sans souffrance pas de changement automoteur possible, alors là peut-être verra-t-on autre chose que des constats d’impuissance et des manipulations médiatiques pour nous berner et élire une marionnette du grand capital (il ont réussi et nous ne sommes rien pour eux). D’ici là, plus de gens doivent souffrir pour dépasser l’injonction d’antifascisme et voter selon leur vrai intérêt de classe, Mélencon ou Le Pen peu importe, le vrai fascisme n’existant pas en France sous la forme d’un parti structuré prônant une telle idéologie. Mais le danger est que la colère de certains profite à d’autre pour une putsch fasciste réel comme en Ukraine…pas simple.

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      • marc // 19.07.2017 à 10h20

        “Le jour où la figure paradigmatique du bobo parisien sera mise en minorité par une majorité non macronolâtre qui sera lasse de trop de souffrance, car sans souffrance pas de changement automoteur possible, alors là…”

        c’est justement pour maintenir à un niveau acceptable, la souffrance du peuple, que se perfectionne chaque jour un peu plus l’immense industrie du divertissement…

        regarde, pouvoir critiquer la société sur internet permet de se remonter le moral…

        seul un dérêglement de la machine mondiale infernale pourrait précipiter les choses, mais ce qu’on observe c’est une formidable capacité du système à se maintenir à flots… alors que les voyants sont au rouge depuis des années!

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    • TC // 19.07.2017 à 08h25

      Que faire ? Malheureusement pas grand chose pour inverser le processus. Vivre l’instant présent avec les gens qu’on aime c’est déjà en soi un acte qui combat le nihilisme, non ?

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    • Téji // 19.07.2017 à 08h40

      “Que fait-on ?”, bonne question à se poser, que je ne vois pas posée souvent…
      Comme le dit Toony, arrêtons de consommer ce qui fait tourner ce système !
      Je ne vais pas jusqu’à ce qu’Il (BHL !) suggère, la disparition de l’humanité, éternuement à l’échelle des temps planétaires, qui serait certes un grand bienfait pour la Terre : elle s’en remettrait bien vite…
      Ce que je retiens de cet article qui titre ‘le temps de la colère’, c’est que le processus de deuil est en cours : après le déni, la colère, et je penche même pour une bonne déstructuration en cours…
      La prise de conscience a démarré, et ça, c’est une bonne nouvelle !
      Quant à dire combien de temps ce chaos va durer…

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      • Chris // 19.07.2017 à 16h55

        Problème : le temps que vous invoquez vient à manquer cruellement vu l’ampleur et l’irréversibilité des dégâts environnementaux causés aux ressources naturelles…
        Je dirais même qu’il est trop tard. On ne freine pas un bateau comme une voiture ou bicyclette.

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        • Téji // 20.07.2017 à 08h10

          Trop tard, à quelle échelle ? Et pour qui, pour quoi ?
          Une explosion de super-volcan est bien plus cataclysmique !

          L’âge aidant, je deviens très réaliste sur la raison humaine : l’homme est certes très intelligent, mais aussi capable d’une stupidité, d’une méchanceté sans limite. Comme chantait Brel, beau et con à la fois. L’humanité, bien que remontant loin, n’est pas encore mature. Mais capable, parfois, à côté du pire, du meilleur ou de ressaisissements spectaculaires. L’homme est un animal grégaire, il peut réagir en masse.

          Je fais là le lien avec les domaines d’Ising qu’évoque François Roddier : les choses peuvent parfois changer très vite, sur des indicateurs subtils.
          Vous évoquez un bateau, mais avez-vous jamais vu une nuée d’étourneaux, un banc de poissons ? À la fois la multitude, et l’individualité. Il n’y a plus d’inertie !

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          • enebre // 20.07.2017 à 08h56

            Oui il y a ceux qui espèrent encore… Utopie, bien sûr.
            Que ça change par l’oeuvre divine, ou grâce à eux avec leurs « bonne idées ». Autant croire en Dieu, on auraient alors plus de chance de voir le monde s’apaiser. Car croire en nos intellectuels est vain à la première contrainte sur eux, ils retourneront leur veste et vous vendront pour quelques pièces.
            Ah ! Il y a aussi les nantis et ceux qui ont réussi, ceux-là croient qu’ils seront choisi et sauvé par leurs élus qui oeuvrent (sûrement) pour leur bien.
            Allons ! Soyons lucides, que reste-t-il pour que le monde redeviennent serein, rien ni personne.

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          • Chris // 20.07.2017 à 14h58

            “Trop tard”
            Oui trop tard pour les 2 ou 3 générations actuelles et à venir.
            Les survivants à ces derniers n’auront pas la tâche facile : auront-ils seulement appris quelque chose ?
            C’est pas sûr, si j’en juge les écrits de la Tradition (philosophique et/ou religieuse) qui décrivent les fins de civilisations par la faute de la sottise et lâcheté des hommes.

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    • Tanguy // 19.07.2017 à 20h11

      Le monde de demain ne sera pas construit sur les ruines de celui d’aujourd’hui. Le monde de demain se construit aujourd’hui avec les valeurs de ceux qui y œuvrent.

      Ce sont les réseaux d’aujourd’hui qui sont le système de demain : s’affranchir au maximum du système et construire des alternatives sur lesquelles il n’a pas de prise sont les moyens de l’amener à sa perte.

      Jardins partagés, associations de tous ordres, circuits courts, boycott des grandes surfaces, repair cafés, bénévolat, culture de son potager, activités dans des Systèmes d’Echange Locaux (SEL), utilisation de monnaies parallèles, refus maximal de l’endettement,… Toutes choses qui émancipent du système et le sapent de l’intérieur, sans “Grand Soir”, sans violence d’aucune sorte mais avec un véritable effet sur le long terme.

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      • enebre // 20.07.2017 à 14h37

        C’est beau tout ça, mais un peu utopiste car de fait il y a déjà un moment que tout cela a commencé, pourtant ça reste très embryonnaire et marginal. Et peu de gens ont les moyens financiers ou du temps pour se consacrer à se genre de mouvement exemplaire. Et “Ils” sont déjà occupés à légiférer le contenu du web, pour “notre” plus grand bien.

        Je penses davantage que c’est la tête dont il faut changer le chapeau.
        Les politiques par exemple, pourquoi ne pas exiger une loi qui oblige les élus à accomplir leurs promesses pré-électorales.

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    • Subotai // 19.07.2017 à 20h44

      Retour à la frugalité. On cesse donc de nourrir la bête et on sort ainsi du Système en douceur.

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  • Cyd // 19.07.2017 à 09h47

    Cet article fait écho à Chesterton : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules »
    => « L’incapacité d’être critique et conscient à l’égard de soi-même, associée au culte du moi, conduirait à un suicide collectif »
    Nous avons d’un côté, l’exacerbation malsaine de l’espérance chrétienne comme possibilité de victoire sur le mal et de construction un monde meilleur (moderne)/paradis (du travailleur)sur terre :
    =>« qui a redéfini la liberté au-delà de l’intérêt égoïste bourgeois comme une volonté de forger des nouvelles sociétés dynamiques et de remodeler l’histoire »
    Et de l’autre la négation du péché originel, c’est-à-dire la capacité de tous de faire le mal, surtout si on est persuadé d’être le bien
    =>« Dès que nous ne reconnaissons plus ou ne comprenons plus notre capacité à faire le mal, dès que nous ne nous connaissons plus, nous devenons des monstres qui dévorent les autres et nous dévorons finalement nous-mêmes »
    Et la propagation de la maladie se fait par polarisation et mimétisme chers à René Girard
    =>« Le philosophe George Santayana a prédit que la culture individualiste obsessionnelle de la compétition et du mimétisme de l’Amérique encouragerait ultérieurement « une lame de fond d’aveuglement primitif et de violence ». »

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  • DidierF // 19.07.2017 à 10h46

    Que fait-on ?

    Revenir aux liens sociaux, à la “common decency”, à la transcendance.

    Accepter que des choses ne s’achètent pas et qu’elles sont plus importantes que l’économie.

    Accepter que nous avons des limites et que seuls des liens avec des gens de confiance nous permettent de les supporter.

    Les Lumières sont très efficaces pour avancer en économie financiarisée. Elle dévore tout le reste et nous sommes en train de passer la ligne du supportable. Si cette idéologie gagne, ce sera la guerre de tous contre tous car tous les liens qui assurent la paix entre nous auront été brisés.

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    • jim // 19.07.2017 à 12h49

      Certes. Mais il faut du plus concret aussi.
      Leur maillon faible est la caste politicienne, délégitimée.
      C’est elle qu’il faut attaquer, en la considérant comme caste hors peuple. Exit donc l’option de goooosse!
      Je ne précise pas ici un ensemble de choses indispensables, des choses à ne pas faire, des choses à faire, des principes généraux guides, des opé concrètes.
      Mais la cible à privilégier, je l’ai pointée, et plus précisément c’est le parlement qu’il faut viser encore plus que le gouvernement. Pour la démocratie, pour les Français, et vive la France 🙂 olléééééééééééé

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  • Sébastien // 19.07.2017 à 12h40

    Alexandre Soljenitsyne a remarqué sarcastiquement que « pour détruire un peuple, vous devez couper ses racines ».
    Les américains n’ont ni traditions, ni racines. Ce n’est pas un peuple, ils sont donc en dehors de tout contrôle, prêt à tout pour vendre leur âme au Diable, ce qu’ils ont fait. Une sorte de peuple élu par Dieu qui n’empêchera pas le châtiment le moment venu.

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  • Louis Robert // 19.07.2017 à 15h50

    Plusieurs demandent: “Mais après que fait-on?”

    Hedges a publié abondamment sur la révolte comme obligation morale, la rébellion citoyenne, la désobéissance civile et les multiples formes de résistance collective au Pouvoir (voir notamment “Wages of Rebellion: The Moral Imperative of Revolt” et « Why I Am a Socialist », ses articles, conférences, émissions, etc.). Seul ou avec d’autres il lutte encore quotidiennement pour une mobilisation massive des populations contre l’abus du Pouvoir impérial aux États-Unis et à l’étranger.

    Pour faire court, Hedges est bien conscient que devant cette crise globale aux multiples visages qui menace notre monde de faillite et d’effondrement, seule une mobilisation citoyenne massive, résolue, et déterminée peut imposer à nos pays un arrêt complet de cette marche vers l’autodestruction afin de créer, ensemble, un nouvel ordre mondial dont la seule raison d’être soit le bien commun à tous.

    La responsabilité nous incombe de nous rallier à ses pareils.

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    • Narm // 19.07.2017 à 22h20

      c’est pour contrer celà que des lois “d’état d’urgence” sont et vont encore nous être imposées

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  • Duracuir // 19.07.2017 à 21h11

    Depuis des temps immémoriaux, c’est comme une respiration. Flux et reflux. Des phases de libertarismes qui commencent pour une soif de liberté, souvent après des événements historiques traumatisants suivis d’une explosion démographique. Puis cette soif de liberté finit par exciter toutes les faiblesses humaines, et ce sont finalement les riches et puissants qui tirent les marrons du feu renvoyant les damnés à leur enfer.
    Réaction, remoralisation, ordre, discipline, oppression puis soif de liberté. Fin de l’empire carolingien, féodalité, licence généralisée pour les puissant puis Croisades, Bernard de Clairvaux, cathédrales, ordre royal puis guerre de cent ans, peste, et “renaissance”, licence généralisée dans “l’élite”, effervescence intellectuelle, révolution militaire. Puis Réforme, contre-réforme, ordre moral, jusqu’à la Révolution et ainsi de suite.

      +4

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  • Renaud Bouchard // 19.07.2017 à 22h43

    L’ouvrage de Mishra est passionnant et la recension qui en est ici donnée de grande qualité.

    On lit ceci dans le texte précité:” Donald Trump, étant donné la destruction politique, culturelle et économique menée par le néolibéralisme, n’est pas une aberration. Il est la résultante d’une société de marché et d’une démocratie capitaliste qui a cessé de fonctionner. Une classe inférieure en colère et exclue, représentant à l’heure actuelle jusqu’à la moitié de la population des États-Unis, est envoûtée par des hallucinations électroniques qui remplacent l’instruction. Ces Américains prennent un plaisir pervers et presque diabolique dans des démagogues tels que Trump, qui expriment un mépris pour les règles traditionnelles et et bafouent ouvertement les rituels d’une structure du pouvoir qui les exploite.”

    Cet anti Trumpisme que l’on trouve désormais mis à toute les sauces tel un mantra quotidien récité sur toutes les radios, repris dans tous les journaux, a quelque chose de surprenant.
    Plus personne ne se pose la question la plus simple qui soit: imagine-t-on réellement ce qu’aurait été un monde selon Clinton?

      +2

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  • enebre // 20.07.2017 à 08h49

    Décortiquer la situation actuelle, est un bel exercice de style mais est aussi une impossibilité tant la complexité en est rendue incompréhensible pour le citoyen moyen devenus les moutons dociles d’une politique manipulatrice.
    Les autres les inactifs, matraqués par la bières, la drogue, les médicaments, la nouvelle musique abrutissante, les conflits de proximités, avec cette télévision qui leur distille les nouveaux dogmes comportementaux basés sur l’individualisme et l’honneur de bas étage, vivant comme des chiens qui aboient à longueur de journée avec leur nouveau langage qui ne sert qu’au monologue, ceux là n’ont déjà plus rien pour comprendre quoi que ce soit, ils ne construisent plus rien, ils cassent et changent le beau en laid, leurs aventures sont les conflits avec les voisins, leur honneur s’exprime par leur monologue de critique… sur tout ce qui n’est pas « crasse, vulgarité, fainéantise, beuverie etc. ».
    Puis il y a ceux qui espèrent… Une utopie, bien sûr.

      +1

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  • José // 20.07.2017 à 09h44

    Le temps de la colère … (…) et ses bonnes raisons.
    Au travers de son évolution, l’homme semble avoir été dans un rapport de force constant (culturel, idéologique, social, accès aux ressources, accès aux territoires, etc….). Or l”homme d’aujourd’hui, se découvre un destin universel et menacé.
    12 milliards d’être humains pourraient être alimentés par la production alimentaire actuelle mais 1 milliard meurent de faim. … le mythe des self-made man, penseurs et politiques infaillibles, a du plomb dans l’aile…confrontés au principe de réalité.
    Une intelligence collective et collaborative, pourrait-elle enfin émerger grâce aux nouvelles technologies et agir POUR au lieu de se liguer : CONTRE.
    Voici quelques pistes, bien sûr à compléter… et peut-être à promouvoir :
    http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=39852#.WXA0PbFh3eR
    https://fr.ulule.com/autonomies/
    ….(….)…
    En toute amitié, facebookienne …

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  • Lysbeth Levy // 20.07.2017 à 11h38

    “Les Américains dans la guerre mondiale contre le terrorisme ont recouru aux méthodes cruelles d’interrogatoire que l’Union soviétique avait brevetées pendant la guerre froide”
    Ah Ok cet intellectuel “auto-proclammé” n’est pas au courant des “créations made in Usa” de la torture et expérimentations biologiques, armes de guerre de la CIA ou de l’Armée Us. Rien que cette phrase en dit long sur un nouveau “gourou” indien d’origine, hyper-médiatisé pour jeter des platitudes ou lapalissades sur le néolibéralisme détruisant la planète et les hommes qui les habitent. Merci bien on connait et l’Histoire aussi. Il évite de donner les noms de responsables de ces méfaits néolibéraux et guerriers. Clinton, Bush père et fils, Obama, Blair, Thatcher, Merkel, Sarkozy, etc les banques et autres grands noms de l’élite qui a pleinement agit pour aller à la catastrophe. Il manque plus que la phrase de Macron sur le réchauffement climatique cause de guerres au moyen-orient par exemple. Il faut se méfier des nouvelles icônes issues de “l’Upperclass” même avec un nom sonnant bon le anti-impérialiste indien. Obama est l’exemple type de la trahison de son mandat malgré son petit air de “.noir” dessous il était bien un WASP dans sa vision des choses.

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  • Pinouille // 20.07.2017 à 17h05

    L’article décortique les responsabilités de l’occident (USA en tête) dans la plupart des maux actuels. Difficile de lui donner tort. Cependant, il convient de nuancer: les constats faits sont finalement ceux, banals et intemporels, de la nature humaine. L’histoire de l’humanité est une succession ininterrompue de rapports de force en constante évolution, des accaparements, des tueries par milliers rendues possibles par la fanatisation des masses.
    Les particularité de notre époque:
    – c’est l’occident qui domine (plus pour longtemps)
    – la technologie.

    Une note positive toutefois: un billet sur ce site constatait la diminution des conflits (en nombre et en victimes) ces dernières décennies et l’attribuait à l’augmentation des échanges commerciaux entre pays. Les interdépendances commerciales (mondialisation) rendent naturellement les conflits armés moins pertinents pour résoudre des conflits.

    Certains espèrent une humanité vivant dans le respect, la paix et le partage; voire l’avènement d’une middle class mondialisée. Cet espoir se confronte toutefois à certains principes de réalité:
    – la Terre ayant des ressources limitées, cette middle class serait bien en dessous de la nôtre
    – les riches (que nous sommes) ne sont jamais disposés à sacrifier volontairement leur niveau de vie au profit des autres
    – les croyances/fanatismes sont par essence impossible à maîtriser, malgré les efforts dans l’enseignement (ex: résurgence du créationnisme aux USA)
    – etc…

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    • enebre // 21.07.2017 à 22h14

      Pourquoi une middle class mondialisée serait-elle pour tous la même chose, je n’y vois pas d’intéret.
      La vie sociale ça se gagne, se mérite, se prépare, s’organise, il faut correctement justifier et préciser ce que vous dites. S’il ne faut qu’une seule class, il y faut des nuances.
      Ce n’est pas la middle class qu’il faut étendre sur un seul pied d’égalité, ce serait absurde; le courage, le travail, la volonté, la motivation, sont qqs-une des valeurs nécessaires à la santé mentale individuelle et sociale.
      Par contre le temps des seigneurs, des magnas, des milliardaires, népotisme, oligarques et autres psychopathes du pouvoir, doivent dans les plus brefs délais, être déclarés obsolètes et remplacés par gens méritants. L’organisation du système monétaire doit être revu et les biens différemment partagés dont une catégories de biens doit devenir libre d’accès à tous. Pour le reste chacun doit gagner sa vie d’une manière ou d’une autre. Avec un système étatique amélioré et renforcé.
      aussi pour:
      christian gedeon

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  • christian gedeon // 21.07.2017 à 17h23

    Hedges adore les citations…mélange d’Annunzio et Sorel,cite la volonté de puissance (que de crimes commet on en son nom,intellectuels je veux dire),convoque romantiques et islamistes de la pègre,bref nous fait un joli méli mélo, et finit sur l’inévitable touche “climatique”. beaucoup de vr ai,mais quel désordre. L’ultralibéralisme,çà fait un bail que nous savons que c’est affligeant de bêtise et de monstruosité…rien de nouveau sous le soleil…ce qui me navre,c’est que M. Hedges ne souligne pas la puissance de la manipulation de masse,ni le fait que ce sont les citoyens,bon an mal an,qui ont mis au pouvoir depuis des décennies les oligarchies qui les font pleurer maintenant,et qu’ils remettent au pouvoir avec une régularité de métronome,élection après élection! Et çà,c’est une varie question. Les exemples récents abondent,n’est ce pas?

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