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19.novembre.201819.11.2018 // Les Crises

L’élection au Brésil du leader d’extrême-droite Bolsonaro est une « opportunité de profits », selon des dirigeants d’entreprises américaines

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Source : The Intercept, Zaid Jilani & Lee Fang, 25-10-2018

 

Jair Bolsonaro se prépare à voter aux élections générales à Rio de Janeiro, Brésil, le 7 octobre 2018. Photo : Mauro Pimentel/AFP/Getty Images

Les marchés financiers semblent préférer faire l’impasse sur les pulsions autoritaires et les discours guerriers du candidat brésilien Jair Bolsonaro, espérant qu’il mènera une politique économique résolument pro-business.

Lors d’une téléconférence enthousiaste entre investisseurs jeudi dernier, Timothy Hassinger, le PDG de Lindsay Corp, fabricant de matériel agricole basé au Nebraska, a qualifié cet homme politique d’extrême droite de « vu comme un farouche partisan de l’agriculture » et qualifié sa victoire électorale probable de « chance à saisir ».

Bolsonaro a surpris les analystes politiques avec un score de 46% au premier tour de l’élection et devrait facilement battre Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs, lors du second tour du scrutin le 28 octobre.

Nombre de défenseurs des droits de l’homme s’alarment que M. Bolsonaro ait applaudi à plusieurs reprises la dictature militaire brésilienne [de 1964 à 1985, NdT], et que son programme appelle à durcir la répression du crime et des conflits sociaux, avec le retour de la peine capitale et des entraves aux enquêtes sur des agents ayant tué dans le cadre de leurs fonctions.

Mais la finance mondiale se réjouit de ses excellents résultats, encouragée par le choix de Paulo Guedes comme principal conseiller économique. Banquier libéral, formé à l’Université de Chicago, Guedes serait responsable des finances, de la planification, du commerce et autres politiques nationales. Le bilan économique de Bolsonaro en qualité de parlementaire est modeste, et il a été critiqué pour son inculture économique, mais son choix de Guedes a été perçu comme un signal de son adhésion au consensus néolibéral encouragé au Brésil par les investisseurs.

Guedes a promis de vendre le patrimoine de l’État, de supprimer le système public de retraite, de réviser le code des impôts, et de déréglementer l’économie. Un autre conseiller de Bolsonaro, Nabhan Garcia, a déclaré à Reuters que l’administration réduirait les contraventions infligées aux agriculteurs qui violent les lois de protection de l’environnement dans des régions sensibles comme l’Amazonie.

L’an dernier, The Intercept a couvert un meeting de campagne à Deerfield Beach, en Floride, au cours duquel Bolsonaro a déclaré à la foule : « La presse dit que je ne comprends pas l’économie. Pour autant que je sache, Ronald Reagan non plus, or il a été l’un des meilleurs présidents des États-Unis. »

En septembre, lorsque Haddad progressait dans les sondages, la devise brésilienne, le real, a chuté à son plus bas niveau depuis plusieurs années, mais depuis, elle a rebondi de plus de 12 % par rapport au dollar américain.

Quand Bolsonaro est devenu favori, les investisseurs ont immédiatement réagi. CNBC a noté que « l’indice [boursier] de référence brésilien Bovespa a gagné 4,6% » le lundi qui a suivi les élections, tandis que « le fonds d’investissement iShares MSCI Brazil a enregistré une hausse de 6,7%, son meilleur gain journalier depuis le 19 mai 2017, où il a gagné 6,75% ».

Un certain nombre d’analystes du secteur financier ont expliqué sur les ondes combien les investisseurs de Wall Street étaient enthousiasmés à l’idée d’une administration Bolsonaro pilotée par Guedes.

Julia Leite, une journaliste de Bloomberg News [un groupe de médias états-uniens, NdT] qui couvre le Brésil, a donné son point de vue au magasine Bloomberg Markets [magasine de presse écrite appartenant à Bloomberg News et spécialisé dans l’actualité de la finance mondiale, NdT] le 8 octobre. « Les marchés réagissent très bien », a-t-elle dit. « Les marchés ont une nette préférence pour Bolsonaro, dont le conseiller économique, très libéral, veut tout privatiser, avec un État réduit au minimum. … Donc, pour les marchés, c’est vraiment clair. Ils veulent Bolsonaro. »

Leite a noté qu’après les résultats du premier tour des élections, Bolsonaro a fait un Facebook Live mettant en vedette non pas son candidat à la vice-présidence Hamilton Mourão, mais Guedes. « Hier soir, Bolsonaro, n’a pas tenu une conférence de presse, mais a organisé un Facebook Live aux côtés non pas de son vice-président, mais de son conseiller économique », a-t-elle noté.

« Fascinant symbole, c’est formidable », a répondu David Westin, présentateur économique chez Bloomberg.

L’économiste de Jair Bolsonaro, Paulo Guedes, s’adresse aux médias à Rio de Janeiro, Brésil, le 21 août 2018. Photo : Daniel Ramalho/AFP/Getty Images

Le comité de rédaction du Wall Street Journal a fait l’éloge de Bolsonaro, y voyant celui qui allait assainir le « marécage brésilien » et minimisant sa rhétorique agressive et anti-démocratique. Lors d’un rassemblement dimanche à São Paulo, il a déclaré qu’il « rayerait de la carte ces bandits rouges », en référence à ses opposants politiques. Lors d’un rassemblement antérieur, il avait dit : « Ici, tirons sur le petralhada (terme injurieux désignant les électeurs du Parti des travailleurs) ».

Emy Shayo, la directrice de JPMorgan Chase & Co. pour l’Amérique latine, a déclaré à Bloomberg Markets le 8 octobre que les marchés financiers voyaient d’un bon oeil certains aspects d’un éventuel gouvernement Bolsonaro. « Ce que nous savons, c’est qu’il a nommé un gourou de l’économie libérale qui plaît plus aux marchés, à partir des informations dont ils disposent, que son opposant. Les marchés se sont donc ralliés à Bolsonaro, ce qui fait que nous observons des hausses de la bourse et de la devise [brésilienne] », a-t-elle dit.

Shayo a également abordé la question de la législature fédérale brésilienne, qui s’est encore droitisée à la suite des élections. « Ce à quoi nous avons assisté, en termes de composition du Congrès, c’est à un score important pour le parti de Bolsonaro, qui était quasiment absent du parlement, et qui compte désormais un nombre non négligeable de représentants, une bonne cinquantaine. Et je m’attends aussi à ce que bon nombre des partis qui occupent le centre de l’échiquier politique rejoignent Bolsonaro pour contribuer à l’élaboration de ce programme urgent de réformes dont le Brésil a besoin », a-t-elle dit.

La directrice de JPMorgan Chase a également confié ses espoirs pour le premier mandat de Bolsonaro, s’il est effectivement élu. Elle a souligné sa volonté de sabrer dans les programmes de sécurité sociale.

« Nous sommes d’avis qu’à ce stade, ce sont ses actes qui détermineront s’il gagnera ou non cette élection », a-t-elle dit. « Ceci étant dit, nous avons besoin d’éclaircissements sur ses propositions économiques, en particulier en ce qui concerne la réforme de la sécurité sociale, et sur les dispositions du parlement à voter en faveur de ce programme ».

Bloomberg Markets a ensuite demandé si ce programme, clairement de droite, serait compromis dans l’hypothèse d’un Congrès partagé.

« Cela ne m’inquiète pas trop. Certes, dans un premier temps, le Congrès sera divisé, mais il aura tendance à se rassembler autour d’un président élu pour son premier mandat. Cela fait huit ans que nous n’avons pas vu cela au Brésil. Donc au moins au début, Bolsonaro devrait bénéficier d’un soutien suffisant, largement suffisant. Nous avons vu l’opposition recueillir environ 30% des voix. C’est important. Mais il pourra, je pense, je l’espère du moins, disposer d’une marge de manœuvre pour réformer, ce qui est urgent pour le Brésil. »

Mais tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde. Certains économistes brésiliens mettent en doute l’engagement de Bolsonaro en faveur de la vision néolibérale que Guedes représente, sur la base de ses propres déclarations. Au début du mois, dans un entretien accordé à TV Bandeirantes [réseau de télévision privé brésilien, NdT], le candidat a contredit ses conseillers économiques et s’est prononcé contre la privatisation de la compagnie d’électricité publique Eletrobras et des activités principales de la compagnie pétrolière Petrobras. « Imaginez que vous avez un poulailler sous votre maison et que vous en vivez. Quand on privatise, on n’a pas la garantie de manger un œuf dur ». Il a ajouté : « La Chine n’achète pas au Brésil, elle achète le Brésil. Vous allez laisser le Brésil entre les mains des Chinois ? » Le lendemain à midi, l’action Eletrobras a chuté de 14%.

« Les marchés peuvent penser ce qu’ils veulent. Mais pendant 30 ans, nous avons eu une attitude étatiste. Cela ne va pas changer du jour au lendemain », a déclaré l’économiste Sergio Vale au journal conservateur Estado de São Paulo.

Le journal The Economist a qualifié Bolsonaro de « dernière des menaces pour l’Amérique latine », ajoutant qu’il « ferait un président désastreux », en invoquant ses craintes pour les droits humains.

Dans l’émission économique Squawk Box, sur CNBC [réseau télévisé américain payant spécialisé sur les questions économiques et financières, NdT], des commentateurs ont fait valoir que les critiques sont trop focalisées sur les menaces, très explicites de la part de Bolsonaro, de restaurer une dictature militaire au Brésil ; les observateurs devraient plutôt considérer son programme économique comme un véritable indicateur de liberté.

« Vous allez lire beaucoup de choses sur la menace que représente cet individu pour la démocratie », a déclaré Michelle Caruso-Cabrera, une collaboratrice de CNBC. « Mais ce qui m’étonne, c’est que les gens s’inquiètent beaucoup du manque de liberté politique et du retour à une dictature politique au Brésil, mais ils ne veulent pas reconnaître qu’il y a une dictature économique au Brésil depuis des décennies. »

Les autres invités ont convenu que la candidature de Bolsonaro représentait la « liberté économique ». Plus tôt ce mois-ci, la société d’investissement brésilienne XP Investimentos a interrogé 187 investisseurs institutionnels qui, en moyenne, ont classé Bolsonaro comme le plus libéral économiquement des quatre principaux candidats.

L’animateur de CNBC Joe Kernan a demandé s’il serait juste de classer l’adversaire de Bolsonaro, Fernando Haddad, aussi « à gauche » que le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders. Caruso-Cabrera en a convenu, notant que tous deux sont favorables à une caisse d’assurance maladie unique et publique. « Tout à fait », a-t-elle dit.

D’après les sondages, le problème le plus souvent cité est le manque d’accès à des soins de santé qui soient publics et de qualité satisfaisante. Soixante-dix pour cent des Brésiliens sont contre la privatisation [du système de santé], selon un sondage de l’institut de recherche Datafolha de décembre dernier. En début d’année, un sondage sur le financement public a révélé que seulement 14% de la population appuyait la réforme de la sécurité sociale. L’opinion publique a contraint le président Michel Temer et le Congrès à reporter à après les élections de nombreuses mesures impopulaires. Ils devraient les reprendre au cours de la session parlementaire de transition, mais Temer a déclaré dimanche à ses alliés qu’il ne pensait pas possible de réformer la sécurité sociale avec le Congrès actuel. Les tentatives précédentes avaient fait descendre les travailleurs dans la rue lors de manifestations de masse.

« Une fois de plus, le marché sous-estime grossièrement les risques à venir », a déclaré Paulo Leme, l’ancien président de Goldman Sachs pour le Brésil, dans une interview accordée au journal Estado de São Paulo. « Le marché commet une nouvelle erreur en sous-estimant la difficulté à gouverner », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il estimait que Bolsonaro et Haddad étaient tous deux « épouvantables ».

Photo du haut : Jair Bolsonaro, candidat à la présidence brésilienne du Parti social libéral [PSL, de droite, NdT], s’apprête à déposer son bulletin de vote aux élections générales le 7 octobre 2018 à Rio de Janeiro, au Brésil.

Source : The Intercept, Zaid Jilani & Lee Fang, 25-10-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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astap66 // 19.11.2018 à 07h28

Dimitrov au 7ème congrès du Komintern (1935):

“Dans les conditions de la crise économique extrêmement profonde, de l’aggravation marquée de la crise générale du capitalisme, du développement de l’esprit révolutionnaire dans les masses travailleuses, le fascisme est passé à une vaste offensive.
La bourgeoisie dominante cherche de plus en plus le salut dans le fascisme, afin de prendre contre les travailleurs des mesures extraordinaires de spoliation, de préparer une guerre de brigandage impérialiste, une agression contre l’Union Soviétique, l’asservissement et le partage de la Chine et sur la base de tout cela de conjurer la révolution.
(…)
Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’Etat qui, prétendument, “se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie”, ainsi que l’affirmait, par exemple, Otto Bauer.
Ce n’est pas “la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’Etat”, comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford.
Non.
Le fascisme, ce n’est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite bourgeoisie ou des éléments déclassées du prolétariat sur le capital financier.
Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même (…)”.

18 réactions et commentaires

  • astap66 // 19.11.2018 à 07h28

    Dimitrov au 7ème congrès du Komintern (1935):

    “Dans les conditions de la crise économique extrêmement profonde, de l’aggravation marquée de la crise générale du capitalisme, du développement de l’esprit révolutionnaire dans les masses travailleuses, le fascisme est passé à une vaste offensive.
    La bourgeoisie dominante cherche de plus en plus le salut dans le fascisme, afin de prendre contre les travailleurs des mesures extraordinaires de spoliation, de préparer une guerre de brigandage impérialiste, une agression contre l’Union Soviétique, l’asservissement et le partage de la Chine et sur la base de tout cela de conjurer la révolution.
    (…)
    Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’Etat qui, prétendument, “se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie”, ainsi que l’affirmait, par exemple, Otto Bauer.
    Ce n’est pas “la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’Etat”, comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford.
    Non.
    Le fascisme, ce n’est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite bourgeoisie ou des éléments déclassées du prolétariat sur le capital financier.
    Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même (…)”.

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    • Geof’ // 19.11.2018 à 09h21

      pour moi, le fascisme, c’est un mode de conquête du pouvoir, par la violence essentiellement.

      il n’y a que 2 tendances : l’égalité ou l’inégalité, la gauche ou la droite…

      soit on donne, soit on prend..des droits ou des opportunités.

      le kapitalisme est moribond, c’est un zombie qui tient debout par sa force d’inertie et ses polices nationales

      Geof’-Rey, neo-communiste belge

        +2

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    • kiva // 19.11.2018 à 09h25

      Merci pour ce beau moment de propagande communiste, un magnifique retour dans le temps. Une fois l’hilarité passée vous pourrez aborder de vrais travaux sur le sujet comme ceux de Pierre Milza que tout le monde a encensé à sa mort sans jamais l’avoir lu. Bolsonaro n’a absolument aucune des principales caractéristiques du Fascisme. Il n’y a aucune perspective révolutionnaire (De Felice, Milza), aucune aspiration à l’Homme nouveau (Bonucci, Milza), aucune volonté étatiste au contraire… On est loin du “Tout par l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État !” de Mussolini. On est loin de Victor Barthélémy titrant ses mémoires “Du Communisme aux Fascisme”. On est loin D’Oswald Mosley, travailliste, qui fonde l’Union fasciste britannique.
      On peut être critique sur la politique de cet homme sans verser dans la propagande d’un autre temps.
      Vous illustrez parfaitement la Fable D’esope, “le garçon qui criait au loup”. Le jour où un vrai système totalitaire émergera plus personne ne s’en rendra compte (ou difficilement) car on aura agité ce chiffon rouge, ad nauseam, pendant des décennies pour rien…Et c’est peut être pour cela que peu de monde réagit face aux structurations à tendances autoritaires comme l’Union Européenne ou aux idéologies clairement totalitaires comme l’Islam.

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      • Roger // 19.11.2018 à 09h55

        ” Le jour où un vrai système totalitaire émergera plus personne ne s’en rendra compte…”
        Nous sommes dans ce processus depuis que les socialistes sont devenus “libéraux”, c’est à dire adeptes du tout marché. On ne s’en rend pas compte parce qu’il s’agit de la mise en place d’un “totalitarisme du marché”. On commence par tout “mercatiser” c’est à dire expliquer que tout échange peut fonctionner “comme un marché”, la métaphore est puissante et s’insinue comme une vérité dans les esprits et les pratiques les plus anodines. Puis on passe au stade de la marchandisation, tout est ramené au statut de “marchandise”. Le processus est très avancé , par exemple en France, avec le secteur de la Santé, et il est à l’oeuvre dans le secteur de l’éducation. La promesse d’un vaste “marché des services” fait saliver l’économie financiarisée.
        Le champ le plus prometteur de la marchandisation généralisée, soit d’un “totalitarisme de marché”, se développe sous nos yeux avec les connections en tout genre de nos vies personnelles qui alimentent les big data, suscite la création de toutes sortes d’objets connectés (jusqu’à une brosse à dent par exemple!).
        Et nous les braves gens d’applaudir en répondant présent à toutes ces sollicitations…

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      • astap66 // 19.11.2018 à 10h49

        Ce n’est pas de la propagande, c’est de l’histoire.
        Mais je pense que l’analyse d’un des représentant du pays qui est parvenu à vaincre victorieusement le fascisme à l’échelle du continent européen en 1944 valait la peine d’être reprise.
        Milza avait justement montré dans ses premiers écrits l’origine de classe du fascisme.
        Par ailleurs, ce n’est pas quand il y a, dans un pays, une perspective “révolutionnaire” que la fascisme s’installe.
        C’est au contraire quand la classe ouvrière (ou pourrait dire la classe des petits salariés aujourd’hui) est affaiblie que le fascisme s’impose.
        Le fascisme ne se caractérise pas non plus par une aspiration à “l’homme nouveau”, ou encore par une volonté “étatiste”. Pinochet était fasciste. Franco était fasciste.
        Le fascisme est le pouvoir financier (c’est à dire le pouvoir de la partie la plus concentrée du capital, aujourd’hui mondialisé et généralisé) qui impose sa domination en recourant à la terreur de l’appareil d’Etat.
        Comme l’écrivait Dimitrov:
        “Le développement du fascisme et la dictature fasciste elle-même, revêtent dans les différents pays des formes diverses, selon les conditions historiques sociales et économiques, selon les particularités nationales et la situation internationale du pays donné. Dans certains pays, principalement là où le fascisme n’a pas de large base dans les masses et où la lutte des différents groupements dans le camp de la bourgeoisie fasciste elle-même est assez forte, le fascisme ne se résout pas du premier coup à liquider le Parlement et laisse aux autres partis bourgeois, de même qu’à la social-démocratie, une certaine légalité. Dans d’autres pays, où la bourgeoisie dominante appréhende la proche explosion de la révolution, le fascisme établit son monopole politique illimité ou bien du premier coup, ou bien en renforçant de plus en plus la terreur et la répression à l’égard de tous les partis et groupements concurrents. Ce fait n’exclut pas, de la part du fascisme, au moment d’une aggravation particulière de sa situation, les tentatives d’élargir sa base et, sans changer d’essence de classe, de combiner la dictature terroriste ouverte avec une falsification grossière du parlementarisme”.

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        • kiva // 19.11.2018 à 11h21

          L’Histoire c’est a prendre avec du recul. Georgi Dimitrov n’est pas qu’un simple “représentant d’un des pays ayant vaincu le fascisme” mais ça vous arrange de le décrire comme cela…
          Milza n’a jamais montré “l’origine de classe” du fascisme, je ne sais pas où vous avez vu cela. Dans son ouvrage “les fascismes” il énonce cette thèse (qu’il attribue à la gauche italienne) mais jamais il n’y souscrit au contraire.
          Et s’il y a bien une constante dans le fascisme c’est la perspective révolutionnaire qui est la base fondamentale de toutes les trajectoires des personnalités importantes du fascisme Mussolini, Mosley, Barthélémy. Tout cela est bien documenté, il suffit de lire les biographies et mémoires de ces gens.
          Le mythe de l’Homme nouveau est aussi une constante qui a été démontrée par Marie Anne Matard-Bonucci et Pierre Milza dans leur ouvrage “l’Homme nouveau dans l’Europe fasciste 1922-1945”. Que ça soit mussolini, Hitler, Franco, Salazar etc, ils ont tous développé cette idéologie.
          Il y a aussi un ouvrage collectif qui montre clairement cette représentation “Les années 1930, la fabrique de l’homme nouveau”

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          • ceusette // 19.11.2018 à 14h17

            Il me semble qu’il a parlé de l’origine de classe dans un de ses premiers ouvrages : “L’Italie fasciste”, publié en 1970 en collaboration avec Serge Bernstein. A vérifier.

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            • Le Minotaure // 21.11.2018 à 02h10

              Il faut préciser ce que vous appelez “révolutionnaire” car dans le fascisme ce mot n’a absolument pas le même sens que chez les courants politiques issus de la Iere Internationale (communistes, anarchistes ou socialistes). Il s’agit d’une révolution “spirituelle” qui respecte le capitalisme et la grande propriété privée. Voir les travaux de Sternhell ou de Paxton sur l’idéologie fasciste, et la synthèse de Kershaw sur me nazisme.

              Le fascisme, c’est la recherche d’une troisième voie entre libéralisme et communiste. Organisation de la société sur une base corporatiste qui interdit la libre organisation des salariés en syndicats, dans le cadre d’un Etat totalitaire qui garantit l’ordre existant.

              Que ce soit en Italie ou en Allemagne, il y a eu une entente totale entre le grand patronat et les fascistes/nazis pour réprimer les organisations syndicales et politiques de gauche.

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      • ellilou // 20.11.2018 à 11h45

        Selon vous “Bolsonaro n’a absolument aucune des principales caractéristiques du Fascisme.” ? Donc vous êtes sourd(e), illettré(e) et aveugle. Je ne vois pas d’autre explication (hormis un anti-communisme tellement primaire que je n’ose y penser…) à un tel aveuglement. Il suffit de l’écouter ou de lire ses déclarations pour s’en convaincre. Et taxer ses “sorties” de fanfaronnades ou de rhétorique dans un but de victoire électorale ne marche pas, désolée. Je vous mets ci-dessous un petit florilège de belles phrases annonciatrices d’un enfer pour beaucoup de citoyen(ne)s brésiliens. Pour ne pas heurter vos yeux si sensibles je vous mets un lien tout choupinou et pas anarchosyndicaliste pour un sou: http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/08/01003-20181008ARTFIG00221-elections-au-bresil-les-declarations-polemiques-de-jair-bolsonaro.php

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        • kiva // 21.11.2018 à 12h14

          Et dans toute ces citations, où est le rapport avec le fascisme ?
          C’est bien beau de donner un lien avec quelques citations pêle-mêle mais elles n’ont absolument rien de caractéristiques au fascisme…
          Si pour vous c’est ça le fascisme, je peux comprendre que vous en voyez partout…

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  • christiangedeon // 19.11.2018 à 11h09

    Plus sérieusement,en quoi cette déclaration est elle,en soi,choquante? C’est une déclaration américaine, dans une vision américaine et au profit des sociétés américaines. Je sais bien que nous avons depûis longtemps pêrdu le sens de “nos interets ” en France. Pendant que la Germanie se surindustrialisait,nous nous désindrutialisions. Pendant que la BCE passait sous contrôle germanique,nous allions maintenir l’ordre au sahel après avoir détruit la Lybie. Pendant que Chinois et arabes des sables pétroliers envahissent peu à peu l’Afrqiue, nous renversons Gbagbo et essayons de détruire le seul tycoon français,Bolloré, qui compte encore en Afrique. J’appelle de mes voeux une vision des interets de la France qui soit,comme c’est bizzare,française. ET en ce sens,rien ne me choque dans la déclaration des businessmen américains.
    J’ai dit.

      +5

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    • ceusette // 19.11.2018 à 14h13

      Le problème est que Bolloré s’en est pris lui-même à des intérêts français comme on peut le voir dans le cas du port de Conakry, en mettant sur la paille le concessionnaire français du port pour ses propres intérêts…

        +4

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    • astap66 // 19.11.2018 à 18h35

      Cessons déjà d’assimiler les intérêts des capitalistes français avec l’intérêt de la France. Blackrock pèse plus que l’Etat au capital de Total.
      L’Etat d’ailleurs, c’est quoi ?
      C’est (pour moi) le Conseil d’administration du capital dominant en France.
      Les intérêts de ses membres sont divergeants, mais ils se rejoignent sur l’essentiel: perpétuer le système d’exploitation et maintenir ou augmenter leurs profits.
      Au XIXème siécle, et peut-être encore au début du XXème, c’était encore le représentant des capitalistes français. La classe ouvrière avait, par ses députés, des strapontins. Mais en jouant sur les contradictions des uns et des autres, les intérêts des petits capitalistes contre les gros, ils arrivaient encore à des résultats.
      Mais rapidement, le capital français est devenu “compradore”. Il a été dominé par un capitalisme plus puissant (américain, puis allemand, puis américain). Et à partir des années 70, le capital s’est mondialisé, généralisé et financiarisé. Aujourd’hui, les grands capitalistes français ont un commandant en chef, les Etats Unis…ou plus exactement les grandes sociétés financières basées aux Etats Unis. Et un directeur régional, l’Allemagne (ou plus exactement le capital financier contrôlant Siemens, Bayer…). Les petits capitalistes comptent pour du beurre. D’ailleurs, la valeur qu’ils produisent est entièrement absorbée par le capital financier dominant. Les politiques de l’Etat sont donc, logiquement, entièrement tournées vers les intérêts de ce capital financier. Ils exercent un règne sans partage. Franchement, qu’est ce que les PME avaient à faire d’une loi qui valide les licenciements économiques pour un groupe florissant au niveau mondial qui veut fermer sa filiale en France ?
      Mais ces politiques génèrent de plus en plus de misère. D’où les politiques de décérébration des médias de masse, de division et de corruption des partis politiques et des syndicats, pour juguler la révolte…Et, comme cela ne marche pas toujours, les tentatives de faire vivre des partis populistes ou fascistes (les islamistes dans les pays arabes, les suprémacistes blancs ailleurs…).
      Et au cas où cela ne suffirait pas, l’attaque des droits du parlement, la surveillance de masse pour repérer les meneurs potentiels et les étouffer dans l’oeuf.
      Et si cela ne suffit encore pas…
      C’est pourquoi le travail que fait ce site est important.
      Il ne faut pas permettre au gouvernement de surveiller la population. Il ne faut pas céder aux sirènes de la propagandes guerrière. Mais il faut avoir conscience de l’origine de cette montée des périls.

        +2

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    • Le Minotaure // 21.11.2018 à 02h12

      Les intérêts de “la France” ou des patrons français ? Parce que désolé je ne confond pas la France avec Bolloré. Un prédateur français ne m’est pas plus sympathique qu’un prédateur allemand ou américain.

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    • jdautz // 23.11.2018 à 14h21

      En l’occurrence la France n’a rien a voir avec cette élection, la CIA si et pas qu’un peu.

        +0

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  • Charles Michael // 19.11.2018 à 12h41

    Effectivement ce n’est pas choquant, c’est habituel
    comme est habituelle la trahison des capitalistes locaux
    comme est habituelle la mise en place du Sauveur Nationaliste, de Pétain à Bolsonaro.

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  • Chris // 19.11.2018 à 14h34

    Le dépeçage reprend…
    https://www.romandie.com/news/Br-sil-un-Chicago-Boy–la-t-te-de-Petrobras-sous-Bolsonaro/972579.rom
    “Le futur ministre de l’Economie du Brésil, Paulo Guedes, a annoncé lundi la nomination à la tête de Petrobras d’un “Chicago boy”, Roberto Castello Branco, qui devra mener à bien la privatisation de certaines activités de la compagnie publique.
    Petrobras est en première ligne pour explorer les gigantesques réserves de pétrole offshore dont dispose le Brésil”

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    • caliban // 20.11.2018 à 02h58

      « Ceci étant dit, nous avons besoin d’éclaircissements sur ses propositions économiques, en particulier en ce qui concerne la réforme de la sécurité sociale, et sur les dispositions du parlement à voter en faveur de ce programme ».

      Dixit la CEO de JP Morgan. Faut traduire :
      Pour mettre la main mise sur l’Hôpital public brésilien,
      • manque plus que la signature des firmes US
      • et l’incarcération de quelques députés récalcitrants

      A part ça, 70% des Brésiliens sont contre … mais c’est pô dans ses calculs.

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